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REVUE
DBS
LANGUES ROMANES
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REVUE
DBS
LANGUES ROMANES
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
PCBLlâB
PAR LA SOCIÉTÉ
POUR L'ÉTUDE DES LANGUES ItOMANES
Tome XLV
(V« SÉRIE — Tome VII)
MONTPELLIER
AD BUREAU DES PUBLICATIONS
DR LA SOCIKTS
Bu d« rADckn-ODBrriw, I
PARIS
G. PEDONE-LAURIRL
Litinirt-Édiltir
13, RUR S0UFFIX)T
REVUE
DBS
LANGUES ROMANES
UNE NOUVELLE EDITION
DU ROMAN DE FLAMENCA '
Le volume qui fait Tobjet de la présente étude n*est que le
premier et ne constitue que la moitié de la 2* édition, depuis
longtemps attendue, de Flamenca. Il comprend seulement le
texte du poème, précédé d*un court avant-propos, et le voca-
bulaire. L*introduction,1a traduction, qui cette fois sera com-
plète, et les notes composeront le second volume.
La première édition de Flamenca parut en 1865. 11 est
naturel que celle qui nous est offerte aujourd'hui réalise sur
celle-là un progrès considérable. C'est dans la traduction que
ce progrès devra surtout se marquer, car, outre les lacunes
qu'on regrettait d'y trouver, elle laissait à désirer plus encore
que le texte lui-même.
Ce texte, dont nous avons donc seulement» aujourd'hui, à
nous occuper, se présente à nous sous un aspect autrement
satisfaisant qu'autrefois. L'éditeur l'a revu soigneusement sur
* Le roman de Flamenct, publié d'après le manuscrit unique de Car-
cassonne traduit et accompagné d'un yocabulaire. — Deuxième édition*
entièrement refondue, par Paul Mbtsr, membre de Tlnstitut. Tome I.
Paris, Emile Bouillon, 1901. Bibliothèque Française du Moyen Age^
t. VIII.
XLv. — Janvier- FéTrier 1902.
167923
6 UNE NOUVELLE EDITION
le ms. QDÎque, ce qui lai a permis de corriger un très grand
nombre de fautes de lecture qui le dénaturaient dans la
première édition. Il a de plus introduit dans ce même texte,
ainsi rétabli selon la teneur du ms., mais visiblement altéré
en mille endroits par un scribe négligent, les plus heureuses
corrections. Enfin le vocabulaire , qui dans la première
édition, malgré le louable effort dont il témoignait, était resté
par trop insuffisant, a reçu, dans celle-ci, un accroissement
et des améliorations qui en font un ouvrage tout à fait nou-
veau. M. Mejer, du reste, n'en est plus à faire ses preuves en
ce genre de travaux. Si le glossaire actuel, pas plus que ceux
de la Croisade^ de Daurel et Béton et de Guillaume de la Barre^
n*est partout exempt d'erreurs, et, s'il présente même quel-
ques lacunes, on ne peut qu'en louer la richesse et, en gêné*
rai» l'exactitude.
On aurait, peut-être, en décernant à cette première partie
de la nouvelle édition de Flamenca les éloges qu'elle mérite,
à faire quelques réserves sur la méthode et les procédés de
critique de l'éditeur. Je crois devoir, aujourd'hui du moins,
m'en abstenir, parce qu'il est possible — c'est du moins ce
qu'un passage de l'avant-propos laisse entendre — que Tin-
troduction et les notes présentent une justification acceptable
de ce qu'on serait autrement porté à blâmer.
Mais, il faut le dire dès aujourd'hui, car il n'est pas néces-
saire d'attendre Tapparition du second volume, pour se pro-
noncer sur ce point, la nouvelle édition du texte de Flamenca^
si considérable que soit le progrès qu'elle réalise sur la pre-
mière, si nombreuses qu'y soient les habiles restitutions de pas-
sages corrompus, n'est point encore l'édition , je ne dis pas
définitive (il n'y en a guère de telles, et il ne saurait y en avoir
dans des conditions pareilles à celles du cas présent), mais l'édi-
tion aussi parfaite que possible, ces conditions étant données,
qu'on était en droit d'attendre de M.PaulMeyer. Aussi ne sau-
rais-je souscrire sans réserve au jugement qu'il émet lui-même
sur son travail m Je crois, dit-il, avoir fait rendre au manuscrit
tout ce qu'on en pouvait tirer. » Eh bien! non. On en pouvait
tirer davantage, et M. Meyer le pouvait mieux qu'aucun autre.
Il lui suffisait d'y appliquer, avec une attention plus soutenue et
plus réâéchie,et aussi avec quelque défiance de son propre sens,
DU «r ROMAN DE FLAMENCA » 7
sartoatde la justesse de ses premiers aperçus, cette critique
si éveillée d'ordinaire, qui Ta rendu justement redoutable, et
ces rares qualités de c'airvoyance et de pénétration qu'on
admire en lui, et dont il sait si bien user, — non parfois sans
un surprenant mélange de légèreté, *- quand il s'agit de juger
les travaux d'autrui.
Cette remarque, je le répète, ne porte et ne peut porter
que sur rétablissement du texte. Une appréciation générale
ne sera possible que lorsque nous en aurons tous les éléments,
c^est-à-dire quand le second volume aura paru. Je me borne-
rai donc, dans les pages qui vont suivre, à soumettre au lec-
teur et à Téliteur lui-même, qui en acceptera peut-être quel-
ques-unes, les corrections qui me paraissent pouvoir être
proposées en certains endroits du texte, et en général les
observations que m'a suggérées une lecture attentive, en
même temps que les résultats d'une collation minutieuse
que j'ai faite du ms. et dont je parlerai tout à l'heure.
Je me suis autrefois beaucoup occupé de Flamenca^ et
j^avais même commencé dans la Revue des langues romanes^
il y a déjà vingt-cinq ans*, la publication d'une série de notes
consacrées à la critique et à l'interprétation du texte de ce
charmant poème. Cette publication fut interrompue et fina-
lement abandonnée, pour des motifs qu'il est inutile d'exposer
ici. Mais j'ai conservé mes notes et plusieurs d'entre elles
ont pu encore être utilisées, les passages qu'elles visaient
n'ajant pas reçu dans la nouvelle édition les corrections dont
ils me semblaient susceptibles.
Depuis, ajant obtenu de M. le Maire de Carcassonne, par
l'obligeant intermédiaire de son collègue de Montpellier, qui
était alors M. Castets, doyen de la Faculté des lettres, com-
munication du manuscrit, j'ai pu, grâce à la collation très
attentive que j'ai faite du texte imprimé, corriger un grand
nombre de fautes de lecture. De ces fautes plusieurs ont per-
sisté dans la nouvelle édition, et il y en a çà et là quelques-
unes de nouvelles. Je relèverai, des unes et des autres, celles
que j'ai pu constater avec certitude.
Au lieu de ranger mes remarques sous des chefs différents,
> Tome IX, pp. 24 et suIt.
8 UNE NOUVELLE EDITION
il m'a paru plus simple et plus commode de les présenter dans
Tordre même des vers du poème, qu'elles s'appliquent aux
leçons du ms., à l'établissement du texte, ou à son interpré-
tation, c'est-à-dire au vocabulaire. On pourra trouver plu-
sieurs de ces remarques minutieuses. Mais le Roman de Fla-
menca occupe dins la littérature provençale et, en général,
dans la littérature médiévale, un rang si élevé, c'est pour
l'histoire de la civilisation un document d'une telle importance
que tout effort, si humble qu'il soit, tendant à en rendre le
texte plus intelligible et plus correct, paraîtra devoir être
encouragé. L'éditeur lui-même, qui se fait, à juste titre, un
mérite d'avoir indiqué en note a toutes les particularités gra-
phiques qui ne pouvaient être conservées dans le texte », ne
me saura pas mauvais gré d'avoir noté celles ou une partie
de celles qui ont échappé à sa révision.
M. Antoine Thomas a publié dans le cahier de juin dernier
du Journal des Savants, sur la nouvelle édition de Flamenca,
un article très important, rempli d'observations judicieuses
et de conjectures pour la plupart aussi ingénieuses que plau-
sibles ^ Dans un certain nombre de passages, j'avais déjà
corrigé les mêmes fautes ou fait les mêmes observations que
lui. Je n'ai pas cru devoir supprimer de mon article les notes
concernant ces passages.
Vers 18. «Si Plamencha deven esclava. » Pourquoi ne pas
écrire ici Esclava, avec une majuscule, puisque plus loin
(v. 36) on écrit ainsi Esclaus, qui en est le masculin?
30. a pot ». Le ms. porte poc.
65. (c e demandet ». Corr. e[l] d,
71. tt si a bonplag». Coït, et, puisque l'éditeur ramène
systématiquement à Torthogr. étymologique les particules
si et a et leurs composés. Et c'estle seul cas, pour le remar-
quer en passant, où il agisse ainsi, malgré Tinconséquence
qu'il j a à ne pas généraliser le procédé.
* Je signalerai particulièrement celles qui concernent les vers 1096,
2717, 5236, 6097. — Quant aux vers 1194-1199, je ne saurais être de son
a?is, sauf en ce qui concerne l'observation sur fenei*a et sabra.
DU a ROMAN DE FLAMENCA » 9
73. € Ben par que no t*îest feinz. » Lire no t'i est, en sup-
primant que ?
79. « que i ponhem » = que nous tardions. Le vocab. ne
donne pas cette acoeption, qu'on retrouve au v, 6842 et qui
est encore en usage.
147-8. (( ConsL a venir s'aparella Tais cortz... ». Venir doit
paraître ici un peu surprenant. Aussi n*est-oe pas ce qu'il y
a dans le ms. On y lit nemur = Nemours (sans 5, comme au
V. 1077) ; et c*est justement ce que le contexte exige.
153. a Ane Archimbautz gos non retenc». Ms. Ans^ qui ne con-
vient pas ; mais anc ne convient guère mieux. Corr. Ens. Le
nom de ce personnage est partout ailleurs précédé de Tarticle
honorable. Je remarquerai à cette occasion que presque partout
où réditeur imprime En A, ou d'En A., il faudrait imprimer
€ IfA. ou de N^A.f selon, d'ailleurs, Tindication constante,
ou presque constante, du ms.
154. c( avant m. Ms. avan,
164. a sufr' el cors.» M. Meyer, à Cerrata, sipprime avec
raison Tapostrophe. Mais il devrait aussi rétablir la leçon du
ms. sufril, qu'il a le tort de changer en sufrel^ car sufri (3*
pers. sing. ind. prés.) n*est pas une forme incorrecte.
175, note. Us de tosiz est exponctuée dans le ms.
256. <c De part Flamenca saludet. » Cor. Flamencal,
274. (c si en leis. » Ms. ses {sesi^ avec Vi exponctué), à
rétablir. C'est une forme bien connue, et dont il y a d'autres
exemples dans ce texte.
309. Supprimer la virgule. La construction doit être : 0 de
ren que cor saupes pensar que boca etc. »
311. « Archimbaut[z]. jd Rétablir Archimbaul. a On servit
{serviron) Archambaut et le comte. 0 On ne s'expliquerait pas
que le comte et surtout Archambaut, son hôte, ûssent le ser-
vice. L'emploi de coms^ comme régime, ne doit pas faire dif-
ficulté. Les exemples ne sont pas rares d'une pareille infrac-
tion à la règle des cas, pour les noms de personne ou de
dignité. Cf. Revue, X, 277.
327-28. « maïstre : mal islre. » Corr. maestre : mil eslre,
car, s'il n'j a pas d'objection à faire à maïstre^ je ne crois
pas qu'on puisse accepter istre comme une forme régulière.
387-388. « deneir[s], drap[s], cullier[s], enap[8j ». Pourquoi
10 UNE NOUVELLE EDITION
ces S? Ce sont là des nominatifs pluriels. Ou alors pourquoi
aur et argen sans s ? Il n*y avait rien à changer à la leçon du
ms.
400. « Ni Tautra carn ja meins non valgra ». Le con-
texte, ce me semble, repousse ici Tidée du conditionnel. Il
audraitdonc donner à valgra sa signification étymologique,
et entendre : « les autres viandes (bœuf, mouton, etc.) ne
valaient pas moins », à savoir que la volaille et la venaison
dont rénumération précède. On sait qu'un pareil emploi de
Tancien plus- que-parfait, rare à la vérité et archaïque, n'est
pas sans exemples en d'autres textes. Il serait intéressant
de pouvoir le constater ici.
401. « a fag ». Ms. ha f,
429. (( monta spessa ». Corr. moût espessa. Je ne crois pas
que le féminin moula ait jamais été employé devant un
adjectif, dans la fonction de moût, pour exprimer le super-
latif, comme il est dit au vocabulaire.
433. <( ques fo eîssitz A rencontre. » ques fo est pour que fos
du ms. Bonne correction ; mais mieux vaudrait quel fo.
469. « paubre[8]. » Pourquoi cette correction? Le pluriel
convient mieux ici que le singulier.
473. « Es anc per el non s'amermet ». Corr. per al? L'édi-
teur propose per ren^ qui revient au même, mais s'éloigne
bien davantage de la leçon du ms.
488. « Ben lo feiran el cais gelar ». Corr. tV.
570. (( tantareva». C'est bien par a fantaisie, idée saugre-
nue, absurdité a que ce mot ree;a (voirie vocabulaire) doit se
traduire. Il existe encore avec des acceptions diverses, dont
celle-ci. On dit, par exemple, à Montpellier : « Quanta rêva
te pren ? » Quelle lubie te prend? « Aco's una rêva que i a pas-
sât per la testa. » Ce même mot s'applique aussi aux épidémies
ou à leur cause inconnue. De l'infiuenza, du choléra, on dira:
« C'est une rêve qui passe. » Une servante disait dernière-
ment, à propos d'une maladie qui sévissait dans mon quartier :
a Moi, je ne prends pas facilement les rêves. » Faut-il voir là
une expression métaphorique, analogue à celle de u payer
son tribut à la maladie », si fréquemment employée ? On sait
({xx^reva, en provençal comme en bas-latin, et comme rêve
en français, est le nom d'un certain impôt.
DU <c ROMAN DE FLAMENCA V> 11
573. «c baizar es estreiner. » M. Meyer indique, avec doute,
au vocabulaire, la correction esieiner^ qui paraît sûre. Mais
il faut aussi corriger baizar en baissar. Ces deux mots baizar
et estreiner étant naturellement associés (cf. 5941), la première
erreur du scribe a entraîné la seconde.
588. a conseillers... » Ce mot signifie coussin, ou quelque
chose d*analogue. M. Meyer en a trouvé, dans un inventaire
de 1288, un exemple qui, joint à celui qu'a relevé Raynouard,
ne laisse aucun doute sur sa vraie signification. Mais il paraît
bien difficile d'admettre que ce soit a une expression méta-
phorique dérivée de conseil^ au sens d'entretien privé. » Il
existe en provençal à côté de coissiMn autre substantif de signi-
fication analogue, sinon identique, qui est cosser, féminin cos-
i«'a*. Serait-il trop téméraire de supposer un dérivé cose-
rier^ qui aurait pu facilement devenir cosselier ? Mais d'où
vient cosser ?
681. a Que l'yras trobet a l'uisset. » Dans la première
é litiou on lisait Lyras, Ce Lyras devient aujourd'hui un nom
commun^ sans que le glossaire nous éclaire sur sa significa-
tion. Les notes du second volume le feront sans doute. En
attendant, on ne peut, semble-t-il, le traduire que par Caffligé
oa tirrité. Je ne sais, quant à moi, quel est le personnage de
roman ainsi désigné.
710. n en bala. » A cette expression, que M. Meyer traduit
très justement, à ce qu'il semble, par en bloCy ensemble^ on
peut comparer amas o, aujourd'hui si usité, qui a ce même
sens.
736-737. Il doit y avoir une lacune entre ces deux vers.
Les idées, de l'un à l'autre, ne paraissent pas se suivre, et le
V. 737 est très obscur.
739. « a cascus ». Corr. cascun,
752. a Mais Cobezesal venc comtar ». Comtar paraît ici
assez impropre. Corr. conortar^ en supprimant A/a«?
> On en trou?era un exemple, en même temps que de cosseitUer^ au
tome XXXII de la Revue^ p. 193. Une variante est cocena (Rayn. II
427) à qui, comme à coftsera^ parait convenir plus spécialement la signi-
fication de matelas ou de couette. C'est d'ailleurs de coce?ia (cossena) que
coj^^ra paraît provenir, comme cosser de cossen. Mais je n'ai pas rencon-
tré cett« dernière forme.
18 UNE NOUVELLE EDITION
755. « Ci ! oi I » 0/, interprété simplement par exclamation,
doit signifier ici oui, comme en d'autres endroits du poème
qui seront signalés plus loin.
810. (( Que lamanega no[n] i esgap ». Corr. plutôt, car la
grammaire exigerait gaps, que la rime repousse : no î es
[per] gap.
816. « li di[s] SOS cors ». Ms. se cors. M. Meyer, qui accepte
ailleurs Tarticle féminin sa, aurait pu ne pas rejeter ici ce se,
qui est la forme masculine suj. sing. du même article, a Le
cœur lui dit. » L'adjectif possessif, en de telles phrases, n'a
pas besoin d'être exprimé.
823. (( Neis antreseinz... » L'édit propose la correction ni.
C'est nés {ne -{- s euphonique), qui est ici naturellement indi-
qué.
823-4. (c deia... torneia. d C'est sans doute par distraction
que M. Mejer écrit ici ces deux mots par {', car ailleurs il
emploi \ej. Cf. vv. 519-20, 2238-9, etc.
870. a sen. » Corr. fen (= fenh) ? Cf. v. 875.
890. (( Lo reisvol ». Le ms. porte Le, qu'il faut naturelle-
ment rétablir.
952. « vos». Ne peut-être ici le pronom personnel, ni, sem-
ble-t-il, t;oz( vocem). Le vocabulaire, sans citer pourtant ce
vers, n'indique d'autre signification que celle de voix. Je
pense qu'ici il s'agit de vœux. S'il fallait une correction, als
serait tout indiqué.
976. a a despes. » Ms. ha d.
980. (( dures. » Voir la note. Le ms. porte duretz.
1024. « Oi! lo mal aion...» Lire Oi lo! Mal aion,,. C'est une
réponse à la question qu'Archambaut se faisait à lui-même
au vers précédent. Oi est une forme » déjà signalée plus
haut V, 755, de l'affirmation (=oc avec c vocalisé), encore fort
usitée en divers lieux (Montpellier, Alais, etc.), et lo est le
pronom neutre sujet, inexprimé, eomme à l'ordinaire, dans
la proposition à laquelle celle-ci répond. Cf. v. 2579, 6187.
1038. « Déferas art, dedins acora. » Corr. atora{i\ gèle),
que le contexte semble exiger. Voy. Mistral Tor, Sauvages
Toura^ et les glossaires des diverses éditions de Goudelin.
1072. (( aital donerl » Que signifie cela? 11 faut un mot
pouvant rimer avec enquer ou enquiet\ La correction dongiei*
DU « ROMAN DB FLAMENCA » 1 3
ou donier se troave ainsi toate indiquée. C'est le français
dangier^ avec son acception ordinaire chez les romanciers et
les lyriques.
1073. Virgule après leis.
1078. a Mi euh eu be que la sentis ». J^écrirais Faseniis
( = li a.}, du verbe assenlir^ qui manque à Rajnouard, mais
qii*on peut voir dans Mistral.
1079. a Asaborada la savia ». Cette forme saviOy admise
au vocabulaire comme imparfait de saier, paraît inadmissible.
Je lirais : /a 5'a{;ia ; a il 5e T avait savourée o.
1125. 0 geus ». Pourra vos, est-il dit au glossaire. J*en
doute. Je lirais gens avec un point d'exclamation à la fin du
vers. Cette particule qui accompagne d'ordinaire la négation,
est aussi employée au positif, comme explétive, et il y en a,
dans notre poème, des exemples certains. Yoj. le vocabulaire
et ajoutez aux exemples cités giens 5528.
1129. « forfes. » Est-ce bien la vraie leçon? La l'* édition
portait forsêSj ici comme plus loin (3579), et je n'ai pas, en
ces deux endroits, relevé de faute, dans ma collation. Cette
forme d'ailleurs existe encore Çnâ forsei eu Limousin).
1147. a Malaus balli». Ms. falli; la correction salii est
mieux indiquée, et le contexte n'y répugne pas, à condition
de sous-entendre quelque chose comme cela (ce mot, cette
parole)? Cf. v. 6022, où un sujet neutre est également sous-
entendu.
1152. « ttin s'i pert ». Corr. tems i.
1162. « Que semblon Flamencha espinat ». Il ne s'agit cer-
tes pas ici, malgré la majuscule, de l'héroïne du poème : /7a-
menchOj d'après Mistral; signifie (oison en Dauphiné ; quant
à espirat, qui suit dans le ms., c'est vraisemblablement un
autre substantif, qu'on pourrait traduire par buisson, tas
d'épines, en adoptant la correction très plausible de M. Meyer.
1192. « que nom folleja. o Corr. non. Le pronom réfiéchi
de la l'* personne n'a rien à faire ici. Le sujet du verbe est
Flamenca, et non Archambaut, comme le suppose assez sin-
gulièrement l'éditeur (voir le vocabulaire), f Je la crois inno-
cente, quoique je me plaigne d'elle; mais il faut être sur ses
gardes. Et que ferais-je si un misérable l'avait fait succom-
U UNE NOUVELLE EDITION
ber?... » La contradiction des paroles du personnage est
Texpression naturelle du désordre de ses idées.
1217. « [D*] aisso... o Correction inutile: aisso est régime
direct de blasman^ comme que, qui le remplace, de lauzar;
me^ dans le premier quem^ comme dans le second (où il ne
peut y avoir doute), = mihi.
1218. « Petit sap fors de castiar.» Le ms. a fort. D*après
la première édition, où on lit /br[«], j*avais cru que la leçon
du ms. était for; et c*est la bonne, comme je Tai dit il j a
longtemps.
1222. « Mais am [mais]... » Cette répétition de m is est un
peu choquante. Dans la première édition, M. Mejer avait
adopté une autre correction: Mais am[ieu]t peut-être préfé-
rable. Ou vaudrait- il mieux, corriger, si on tient à la conjonc-
tion adversative, [Mas] mais om?
1224. c a Bolonha. » Le ms. porte na Bolonha, ce dont
l'éditeur ne parle pas. On peut conserver ce na, sauf à écrire
n*a. Et comme la tournure de la phrase paraît s'accommoder
mieux du parfait composé que du parfait simple, je supplée-
rais un second a, ce qui donnerait : « Apres n'a a Bolonha, o
hon? », avec élision de Ta final de Bolonha. a 11 en a appris, de
la chicane, à Bologne ou ailleurs ! o
1236. « so trobet en espéra. » Par des procédés mathé-
mathiques, est-il dit au vocabulaire. Il faut plutôt entendre
par Pastrologie. Cf. un des exemples cités par Rajnouard.
1237. « qui m'o sabria. n Je mettrais après ce mot plu-
sieurs points (il n'y a aucun signe de ponctuation dans Tédi-
tion) et un point d'interrogation à la suite. .
1255. « cachutz v. Corr. cajutz pour cazutz.
1275-6. « miellers : piegers. » Simples assonances, à moins
qu*on n'admette un déplacement peu vraisemblable de l'accent.
On ne voit pourtant pas de correction à proposer, et le contexte
n'en réclame pas.
1312. (( nom [fai] demora. » Lire non i et supprimer fai.
1315. « Efes li faire aital pertus o. Pourquoi écrire aital,
puisque les deux premières lettres sont grattées dans le ms.?
1330. a Quan la fort gelosial tocha ». Corr. cocha.
1334. « Non escriurian los motz nils vers. » Ce vers doit
DU a ROMAN DE FLAMENCA » 1 5
rimer a^ec Mes (la Tille de Metz). Corr. vetz (défenses) ? Cf.
5428 et devesa 1776.
1411. (c per son jausimen ». Au yocab. « jouissance ». Corr.
chausimerij qui est certainement le mot qui convient ici.
1423. a E de davan es el acmessa ». Leçon du ms. a con-
server, soit qu*on lise ainsi {es étant pour et^), soit qu'on pré-
fère e sel{=zen cet)^ « pour celer». Cette même expression se
retrouve plus loin, v. 1552. Le Donat provençal traduit cel
par cautela, qui convient très bien à ce dernier exemple.
1426. a Hon i sezia. » Corr. simplement i[l\.
1480. (f cascus. » 11 j a cascuns dans le ms.
1493-4. Mettre le point à la fin du second vers, et une vir-
gule seulement après le premier. Cf. v. 1901.
1502. tt Ni [l]eis si descaus... » Correction inadmissible,
leis ne pouvant être sujet. Le ms. porte Nieis qui suggère
Nieil^ = ntiU comme met (v. 5102) = ni* i, comme siei (v.
4294) b: st t\ et par conséquent la correction M' lï. Sur ces
formes et des pareilles cf. Revue XIV, 116.
1540. « Pas ai, fai s*el, las mas e mort ». Lire posai en un
seul mot (cf. anat 7361) et corr. els mas se mort?
1546. «Geus bainas plus soven que nos. o Lire Gens. « Vous
vous baignez bien plus souvent que nous ! » Cf. la note sur
V. 1125.
1552. « car estet en cel De sa mollier ». estar en cel veut
dire ici être en surveillance^ plutôt que se tenir en cachette,
comme il est dit au glossaire. Cf., à la fln d'une cbarte que
M. Mejer a publiée dans son Recueil d'anciens textes (p. 173) :
« Aquist cofraire nos tenont en sel e en regart deus avers e
dans cors... » Voir ci «dessus la note sur 1423.
1557. (( E tôt o fes digastendons ». Ce dernier mot, qui
reparaît plus loin (v. 2441), et dont la signification précise
est incertaine, n'a été signalé nulle part ailleurs. Comme c'est
évidemment un mot composé, M. Meyer propose, avec doute,
de le décomposer en digas t'en donz^ sans Texpliquer autre-
ment. Ce doit être, dit-il, « une expression populaire, indi-
* Pour cet emploi pléonastique de et, d'ailleurs bien connu, cf. plus
haut 1040 et plus loin 1511.
* Rien de plus commun dans le ms. que la confusion de l ot de s.
16 UNE NOUVELLE EDITION
quant un état d'esprit ». Pourquoi pas aussi bien une attitude
physique? Je me demande, quant à moi; si nous n*aurions
pas deLïiB digas^ où M. Meyer voit, à ce qu'il semble, Timpératif
du verbe dire, une autre forme de gigas, jambes. Pour la
réduction de ^î [dji) à di, cf. Revue des L r., VI, 293, et Guil-
laume de la Barre, introduction p. lxxv-lxxvi. Le tout signi-
fierait alors : Donne t'en des jambes/ et cette expression, dont
il j a tant d'analogues en provençal (cf. p. ex. a no m'encal)^
surtout dans le provençal moderne, reviendrait à dire « à la
course », a à la hâte », et, par une extension assez naturelle,
0 brusquement ». — On peut encore supposer que le mot a
été forgé par Tauteur lui-même, sur le modèle des expressions
adverbiales telles que de genoillons, pour peindre plaisam-
ment l'attitude raide (litt. à jambes tendues) d'Archambaut,
Taspectrude et sévère qu'il voulait se donner.
1678. a gabar ». Le voc. n'indique d'autre acception que
moquer (sé)^ railler. Ce verbe a aussi la signification de louer,
ici louer avec exagération. Borel, dans son dictionnaire, sous
gaber^ qu'il traduit par se moquer, donne deux exemples en
ancien français de cette signification, et ajoute : « Au con-
traire ce mot signifie louer dans les montagnes du haut Lan-
guedoc. »
1729-1730. « En l'an cen ves en un jorn tan Com a de
renda en tôt Tan. » Une correction est évidemment indis-
pensable. Bn lai (là-bas) pourrait convenir. Ou suffirait-il
d'écrire En lan, où lan serait le la nasalisé qu'on a dans la
locution /an^tian?
1756. Je corrigerais fora en fos et rétablirais per supprimé
par l'éditeur, en dépit de la grammaire.
1762. a lo ver ». Ms, per ver, que je préférerais.
1764. a Cant legit ac totz los auctors ». Cant, ici, a la
signification de puisque, car. Cette acception, connue des dia-
lectes modernes, et que Raynouard n'a pas mentionnée, n'a
pas été relevée dans le vocabulaire. On la retrouve plus
loin, V. 3035.
1765. Supprimer la virgule à la fin du vers.
1877. (( bel les ». Lire beil {=: be H), les, avec le ms.
1881. Lire pros hom 'elplusleial,
DU a ROMAN DE FLAMENCA » 17
1915. Lacune après ce vers? Cf. v. 1917: En paucde temps
es fort cregutz. Or on n*a pas dit Tâge de Guillem.
1921. « alajet. » Corr. alachet. Plus loin v. 4540 cojatz^ où
le même affaiblissement de la chuintante se remarque, a été
justement corrigé cochait.
1944. a qu'en son cor ha. » Corr. que ? Cf. les trois vers
suivants, surtout 1946-7 et encore 1952.
1966. « E la tor. » Corr. De latorl
1981. f ben sai. » Paraît avoir ici déjà la signification du
moderne bessai (peut-être).
1985. « per aquest ». A quoi se rapporte cet aquest ? Corr.
atga ? C'est-à-dire p(tr les bains.
1992. a non garisqu'els bainz Ab sol que lo perque s'i
bain. » Rimes incorrectes. Corr., au premier de ces deux vers
ou el bain^ ou, mieux peut-être, no/ ^amco/ bain.
2049. a Sin aissim » Ecrire si *n{si en aissi)^ la préposition
en ne se liant pas avec si^ comme Tadverbe-pronom en ou ne^
dans les textes correctement imprimés.
2088. a Quar pauc n'i a e par non dura. » Rétablir Tordre
des mots comme dans le ms., en corrigeant: « Quar par no
i a e pauc madura » ?
2091. Corr. et ponctuez : « Qui Ti met. Tus o Tautre mor. »
2109. oQuesvan... gaban. » Se vantant, et non pas se
moquant. Cf. v. 1678.
2164. « Ben cug valgues unas daveras. » Corr. ne valgues
un? Le copiste, trompé par la finale de Tadverbe, aura donné
à tin la flexion du féminin pluriel et supprimé ne pour réta-
blir la mesure. Ou vaut-il mieux ne rien changer ici, et, au
vers précédent, substituer jota à plazers^
2168-2169. Ces deux vers sont terminés par le même sub-
stantif p/azer, de signification identique aux deux endroits.
Corr. voler au second.
2203. (( Si ben hom tant non la tirera». Corr. ias. « Il n*eût
pas porté de chausses de saie, si bien qu*on les eût tirées
(aussi collantes qu*elles fussent), n La construction est un
peu embarrassée ; ou faut-il une autre correction ? Cf. le
V.5827.
2216. « Be Taiga ». Corr. De taiga. v. Cf. 3884, 5666.
2224. a Abtant lai venc En Peire Gui. o Le ms. a lo vene^
2
18 UNE NOUVELLE EDITION
qui pouvait rester» soit qu'on considère ce mot comme pronom
neutre, sujet explétif, soit qu'on préfère j voir un adverbe
de lieu. Cf. pour le premier cas, Romania IV, 342 ; pour le
second, Revue des L r., IX, 357, et X, 210.
2243. <f la». Ms. /o, à rétablir ; se rapporte à argen.
2304. (cben moût sabes orar. » Corr. moût ben.
2309-10. « no m'en fas Ges ara trop gais ni trop leri. »
Corr. gaif pour mettre cet adjectif d*accord avec le suivant,
que la rime ne permet pas de modifier.
2314. f ben meut ne vales mais, o Corr. e mouti
2349. a Guillem non au ni ve ni sen )>. Ms. Non aus nives^
et de même ailleurs, p. ex. 2750 ves, également rejeté. Pour-
quoi ces corrections, puisque Téditeur a renoncé, il le dit
lui-même, « à régulariser la graphie d, et que ces formes
peuvent être caractéristiques du dialecte de Tauteur ou de
celui du copiste ? Il y en a d'ailleurs de pareilles en d'autres
textes, p. ex. la Vie de Sainte Douceline. Voy. Revue des L r.
XVIII, 21, note 1.
2355. « qu'el cor li reveilla ». Lire quel cor. Reveillar^ que
je sachcy n'a jamais été neutre.
2381. « E ja nol toc hom trop suau. » La correction pro-
posée (^lY toc) fansse le sens, qui est et doit être, comme le
contexte l'indique suffisamment: « On le frapperait rudement
qu*il ne sentirait pas le coup. »
2399. « Perque so vos mi celavatz? » M. Meyer lit ici comme
le ms. lui-même ; mais je crois qu'il aurait mieux valu écrire
Perçues o.
2424. (c Al meins baissera lo nasil. »Non pas le nez, comme
traduit l'éditeur, mais la bande qui le cacbait. L'auteur ap-
pelle ici cette bande nasil, peut-être par plaisanterie, comme
nous appelons cache-nez une cravate qui n'a pas pour em-
ploi de cacher le nez plus que la bouche ou le menton.
2442. a mal aceutz o. Ce mot, où M. Mejer voit aujour-
d'hui avec raison le représentant d'acceptus (en catalan
accepte^ castillan acepto), figure, sous la forme aciouty dans le
dictionnaire de Sauvages, qui le traduit par dispos, alerte,
2483-4. « Le cappelas ab l'isop plou, Lo sal espars per miel
lo cap. » La ponctuation indique que l'éditeur ne donne pas de
régime kplou. Je crois que c'est à tort, et qu'il faut supprimer
DU « ROMAN DE FLAMENCA » 19
la virgule. «Le prêtre pleut (fait pleuvoir), aveo le goupillon,
Teau bénite sur la tête de Flamenca. » Le mot sol est ici mas-
culin, contrairement à Tusage général de la langue d*oc (comme
mon en plusieurs endroits du poème), ce qu*on n*a pas noté au
vocabulaire, non plus qu*on n*j a relevé la signification d'eau
bénite, qu*il a évidemment en ce passage, soit à lui seul, soit
avec Tadjonction du participe espai*s qui le suit {sal sparsum
[m aqua] ?) S ot qui, dans le cas contraire, serait là seulement
pour donner plus de précision à Tidée exprimée par plou.
2501. Virgule après ce vers.
2520-1. a Et ab la ma qes fon sein^da Ac baissât un pauc
lo musel ». Ce mot musel reparaît plus loin 3133, et dans les
deux cas M. Mejer le traduit par « museau, bas du visage ».
Ce qui, à mon avis, est inexact. Je pense que le poète veut
désigner la bande qui recouvre le bas du visage de Flamenca
et que plus baut, comme on Ta vu v. 2424, il appelle nasii.
Le contexte s*accommode du reste beaucoup mieux de cette
signification que de celle que M. Meyer suppose ; car
Flamenca n^avait pas besoin de s'aider de la main pour baisser
la tête. Un sjnonjme de mus^ d'où vient musela proprement
ce qui enveloppe le mus (muselière), et par extension le mus
lui-même, est mourrey dont nous avons en limousin le dérivé
mourreu qui a exactement la signification du musel de notre
texte. On appelle ainsi, par exemple, un moucboir plié en
forme de large cravate dont on s'entoure en partie le visage,
lorsqu'on j souffre d'un mal quelconque, spécialement du mal
de dents ou du mal d'oreilles.
2554. n faut un point, ce me semble, au lieu d'une virgule
après ce vers.
2568. « de si don. » Corr. sî dons.
2577. « per quan sim costa. » Cela ne donne pas un sens
t II existe à Montpellier un rerbe d*an fréquent usage signifiant as-
perger, arroser, mais qu'on n'applique pas, ou qu'on n'applique plus, à
Taspersion de l'eau bénite. C'est issala (de exsalareÇ^), comme «>//• de
exire). Pourrait-on trouver là un appui à l'hypothèse de fiai = « cm
bénite > à lui seul? On n'ignore pas que la langue de l'Église a fourni à
celle du peuple nombre d'expressions métaphoriques, souvent employées
d'une façon peu respectueuse de ses cérémonies et de ses mystères.
20 UNE NOUVELLE EDITION
satisfaisant. Xécrirais quansm et corrigerais gosta. Gustar
s^emploie encore ainsi, en catalan, comme en castillan, dans la
signification de agréer, plaire. Cheville pour cheville, celle-ci
est plus acceptable que l'autre. La confusion de c et de ^ est
constante dans le ms.
2579. « Seiner, oilo. » Ecrire oi lo, en deux mots, puisqu^on
écrit de même o el (v. 7061). C'est la réponse à la question du
vers 2575 : Ha i comtier^ où le pronom neutre sujet n'est pas
exprimé, selon Thabitude, tandis qu'il Test dans la réponse.
Cf. ci-dessus 1024, et plus loin 6187.
2728. Virgule, au lieu d'un point, après ce vers.
2761-68.
Per son part lo cors el cor laissa,
Car cel non vol ben segre [en] laissa,
E[l] cors pensa que Testeisses,
Sel forsava que s'en mogues
Entro que lo n'aia gitat
Cil on ha tan lonc tems musat;
Mas cant ha conogut e vist
Q'us autre ha cel hoa conquist...
Ce passage est, ainsi écrit, à peu près incompréhensible.
Il faut, au premier vers, lire l'aissa et mettre un point après ;
au second, supprimer en et corriger S6$'r^[/]; au troisième, au
lieu de corriger e[C], substituer car à cors;?L\i cinquième, écrire
/o s'aia, d'après lems. ; au sixième, mettre un point, et au
huitième corriger celhos en celheis.
2793. (( festa rica en als. » La correction proposée en note
est inutile. Lire ena& poxxr anals = fête solennelle (annuelle.)
Vojez Sauvages festonaouy et les autres lexicographes.
* 2805. a E preguet li : a Sius plas, merce lo. On lit de nou-
veau 5tu5 plas au vers suivant. Voyez la note. Corr. n E preguet
li suau : « Merce » ?
2831. « non sai coraus m*i voirai ». Il faut écrire mi évi-
demment, et non m't [quando vos mihi videbo.) Que signifierait
quando vos me ibi videbo? Dans la première édition, M. Meyer
n'avait pas fait cette faute.
2843. La correction proposée en note {Ni anc nire mais ) ne
saurait être acceptée; car, à quoi serviraient les deux ni? Du
reste, le texte ne parait pas en exiger.
DU « ROMAN DE FLAMENCA » 21
3013 -4. « Et autre mal an qualques orafs] : abora[s]. »
Corrections fâcheuses. Us qui termine qualques n'est pas la
flexion du pluriel, car c'est à quai qu'elle devrait s'attacher.
C'est sans doute l'orthographe du français moderne qui a
induit M. Mejer en cette erreur.
3035. « Quan ». Pourquoi corriger quar^ mot qui est plus
loin dans la même phrase? Quan^ ici, signifie puisque*
3054-5. « Per so nom meravil eu ges Si Guiliems era fort
laisatz ». M. Mejer propose en note la correction lassatz^ et
non sans motif, le verbe laisar, s'il faut lui laisser sa signifi-
cation propre et, à ce qu'il paraît, constante, de souiller, ne
pouvant en effet convenir ici. Mais le même verbe se trouve
déjà au V. 1831, où il présente la même difficulté d'interpré-
tation, et là, il n'est pas possible de lui substituer lassar. Il
faudrait donc admettre pour ce verbe, à côté de la signification
ordinaire de souiller, celle de rendre malade^ faire du mal.
3070. « Vel vos si bel e clar ». Ms. ci. Pourquoi cette cor-
rection, puisque ci est justement la forme qui convient? Vous
le voici. Cf. 272 où l'éditeur s'est mieux gardé de cette faute,
car il a lui-même corrigé en veci la leçon (vesi) du ms.
3072. « Ben pogra heure. » Corr. Be i ?
3102. « Mais [sol] nom cominal avion. » J'aimerais mieux
Mais [quel.
3108. Il n*j avait pas, ce me semble, lieu d'hésiter à intro-
duire dans le texte la correction proposée en note, sauf à
écrire se la don Hntret, et non si la^ qui n'expl iquerait pas aussi
bien la bévue du copiste.
3110. « Venc [E]n Archimbautz, fera guida ». J'aimerais
mieux : « Venc N' Archimbautz, trop fera guida ».
3124-25 « Baissai musel tan que gausir Poe ben Guiliems
tota la boca. » Voir la note sur le v. 2521, où j'ai déjà fait
remarquer que musel est non le museau^ mais ce qui le
recouvre. Comment Guillaume, qui regardait à ce moment
Flamenca par son pertuis, aurait- il pu voir (car ganzir ici est
certainement pour causir, comme ailleurs agabar pour aca-
bar^ esgolas pour escolas, etc.), comment, dis-je, aurait-il pu
voir la bouche de Flamenca, si celle-ci avait, sans la décou-
vrir, simplement baissé la tête ?
ii DNB NODTELLE ÈUITION
3195. « Mas so ea d'AmoF sa dreitura. > Corr. natura. Cf.
le vers suivant et le y. 3193.
3332. « quel seras boq fâchas. » La correction proposés eo
note eat à rejeter. Sera est masoulin, comme j'ai en occasioa
il; a déjà longtemps de le faire remarquer, en rendant compte
ici-même d'une autre publication de M. Uejer. Voy, Heoue
XIV (1878), p. 117.
3312. H An[B] s'en recrusa e pejura. » Dans sa première
édition M. Mo^er avait laissé sans correction la leçon du ms.
{Am en r.), et il aurait dû la conserver. Recnaar, que par
parenthèse Ra;aoaard explique mal, n'a nul besoin du pro-
nom réfléchi. Sa signification est évidemment oelle du latin
recrudetcere,
3414, «Nulla ren d'aiso c'ar mi pes •>. Il serait plus correct
d'écrire car, sans apostrophe : «quem sia bes... car mi pas
nulla ren d'aiso ».
ifôdl. H E car seran milvea baiaat ». Corr. can [quatHum) ?
Ou com7
3606. Virgule après p/as.
3618. u E fes lor del plorar giquir. ■ Le ms. porte los^ qui
vaut mieux, et que l'éditeur n'a pas mis en note.
3619. « Oimais ploras 1 » Corr. Si maf$ et remplacer par
une virgule le point d'exclamation?
3640. Il Mais que non a fagra fag en très, u C'eat la leçon,
évidemment corrompue, du ms. M. Meyer a corrigé que non
agra. Mais l'idée de ici doit 6tre eiprimée : « U aura en deux
ans plus appris qu'il n'aurait fait ici en trois, n La leçon du ms.
suggère naturellement la. Corr. çue nonia'gra fag? One con-
traction pareille me paraît devoir être admise au v. 6480
{be'nlaulor,a.\i lieu de ben enlaalur du ms.), et peut-être encore
au V, 6978 (yui's, pouryui rs).
3G81. a quam oobrî. n Corr. cobra, Cobri, de coàrîr, no peut
être une forme de subjouctif, et ce mode est ici indispen-
sable.
3705. a E pot 11 ben ara gabar.» Lire ar'agabar, pour acabar,
de (umpa l'avance ; il peut bien maintenaut
Il Cf. V. 78:21: <i Quant pauc enanson et
suivant devrait, peut-être, dtrd corrigt! :
clerc ordenar. »
LE « ROMAN DE FLAMENCA » 2 )
3873. 0 que li faza. » Corr. si? Cf. vv. 4311, 4313, 7352.
3899. (( quan tal ». Ms. qu 'aital^ leçon qu'il n*j avait pas
lieu de rejeter, et qui n'^est pas relevée dans les notes.
3928. « neisa pas donar. » Corr. nei[s] {ni eîs) sa? ou sim-
plement n'eisa ? nets pas [/t] donar serait encore plus satis*
faisant.
3965. « Ë fes parer los salms i via. » Corr [ç]uis?
3997. a Lo cors. » Ms. le que les notes ne mentionnent pas,
et qu'il faut rétablir.
4001. Suppr. hancei rétablir mala. Le féminin est habituel,
sinon de règle, dans les formules de ce genre.
4038. a ad home ». Corr. a domna ?
401 1 . « Non sai qui donc, Amors, quet val ? » Je crois qu'il
faut mettre un point et un tiret après qui, et supprimer les
deux virgules suivantes ; qui serait ensuite avantageusement
corrigé en quai^ comme Téditeur le propose.
40 46. « beu la m'eu eis. » J'écrirais plutôt beu lam eu eis.
4078. « suflfris si. » Corr. suffiH. C'est un prétérit.
4134. a gra[n]8 ». Pourquoi cette correction ? n II n'est pas
malade, mais beau et gras», c'est-à-dire bien portant.
4135. « Nos es. » Ms. Non^ que le secs exige et qu'il faut
rétablir. Peut- être est-ce une faute d'impression, car il n'j
a pas de note sur ce vers.
4178. (( Sa vines, ma douza piuzella. » Formule encore
usitée, surtout en Gascogne {sabietz^ au singulier sàbi, avec
déplacement de l'accent). M. Meyer corrige inutilement sa
en sa[i\. Au contraire, aux vv. 892, 3516, il conserve sa.
Son édition est pleine de pareilles inconséquences.
4190. Je mettrais un ? à la un du vers. La phrase a tout à
fait la tournure interrogative.
4219. (f Aici es vers. » Corr. plutôt aissi que aisso proposé
en note.
4233. « Ans [nos] coven. » Ans ne convient guère ici. Corr.
simplement i4 n[o\s,
4257. a lo destreiuna. » 11 faut une rime en ina. Corr. lom
destina, dont le contexte s'accommoderait assez bien* ?
* Cf. pourtant vv. 5973-4, où ansina {=zenienha) rime avec fina^ et v.
1136, eslrinz =:estreinz. Faudrait-il admettre la légitimité de pareille»
24 UNE NOUVELLE ÉDITION
4277. a que no. » Corr. t7 no?
4293. « Qu'om nol pusca. » Corr. non.
4304. « E[l] dis. » Le manuscrit porte bien El.
4325. a si poc. » Corr. 5t moc et modifier la ponctuation
en conséquence.
43Ô4. « Nom pert una ». Corr. Non {no en) = il n'en pert
pas une.
4392-5. Les pronoms vos et nos sont confondus dans ces
quatre vers. Voici comme il me semble qu'il faut les lire :
Parlât vos ha una vegada
Amors ; hoimais es sobre vos
De respondre, quar davan nos
Vos a tomada la pilota
Aicil que ben garda e nota
Et entent so ques hom li dis.
11 faut après ce dernier vers un point ou du moins un point
et virgule.
4425. «en tota ren.» La rime exige la correction en totas res.
4436. Ponctuation à modifier. Il faut mettre une simple
virgule après diSj et supprimer la majuscule à ben^ le membre
de phrase qui commence ici continuant, après Tincise [lui dit
tamour)^ le propos du vers précédent.
4449. « Gran angoissa e grans martires. » Ms. Grans an-
goissas. Il fallait garder grans.
4474. «Voles o vos domna?» Corr. doncas^ et mettre un
tiret au commencement du vers. C'est une question de Fla-
menca, comme le montre la réponse qui suit.
4527. «envejos». Ms. enujos, qu'il n'y a aucun motif de
changer en envejos^ à côté degi/os qui précède immédiatement.
4571. « qu'ieil diga ». Corr. qu'ieul (= que ieu lo). 1! ny a
pas place ici pour le datif.
4575. Mettre un tiret devant ce vers. C'est Alis qui parle.
4582. « De malesa coma sas pelz.» Corr. tomUf du même verbe
que le français tumer: secouer, jeter de côté et d'autre. C'est
aussi le sens que conjecture M. Mejer. Mais il propose une
formes, et, par suite corriger destrina au v. 4257 ? M. Meyer ne l'a pas
cru, car, au v. 5973, il a corrigé aisina.
DU « ROMAN DE FLAMENCA > 25
correction beaucoup plus éloignée du texte. Le catalan a
conservé cette acception à tombar, autre forme du même mot.
4589. a non [a] pausa ni âna. » Je corrigerais plutôt non [si]
pansa.
4640-1. Il n'j a point ici de lacune : il faut seulement
mettre un point après le premier de ces deux vers, et un
point d^interrogatioA après le second. Guillaume s'interrompt
ici, au milieu de son monologue, pour se réfuter lui-même,
et il constate par sa propre expérience que ce n^est pas
la pitié, mais Tamour qui donne son prix à n merci» .
4653. « E per tôt ben.» Corr. E de tôt ben? Cf. vv. 2896
et 6277.
4722. Virgule après disses ; ses^ qui suit, et que M. Meyer
propose de changer en queSf est la conjonction se{ = si },
accrue de Vs euphonique, comme déjà ci-dessus, v. 274. Cf
aussi 5136. Il n*^ a pas lieu à correction; il faut seulement
écrire Qu'o.
4724. c< Celar lan dei a mon semblan. » Il faut une virgule
après dei^ et une autre virgule seulement après semblan: la
de lan se rapporte à lauzenga du vers suivant, à la ûri duquel
il faut un point et virgule.
4727. Virgule après mentava.
4728. tt lam mandava ». Corr lom.
4736. a Ben son maïstre de Tobrar ». Ms. siei, qu'il fallait
conserver: siu est ici la 3* pers. plur. de l'imparfait, que le
contexte ne repousse nullement; au contraire.
4741. «Tal colp que fassa gap ni b[r]uis». Il n'y avait pas de
correction à faire. Buis reparaît au v. 7211 où l'éditeur le
laisse sans changement. Le même mot est dans Sancta Agnes
v. 864, sous la forme buh, que M. Bartsch, commettant la
oiêuie erreur que M. Meyer, a corrigé bruh.
4740. «Qu'anc i toques ». Le sujet manque. Corr. Quom?
4760. « Que d'als pens' e non fai parvent. » Corr. penses?
4787. « le cor ». Il faudrait lo, le substantif étant régime,
et c'est en eflfet ce que porte le ras.
4811 . (t aibida. » La leçon du ms. cabida (= pourvue), non
indiquée en note, et qu'il faut rétablir, est bien préférable.
La première édition donne cubida.
4826. d Ans es vizis. » Ms. utizis, La correction est peu
?6 DNE NOUVELLE EDITION
satisfaisante. Il faudrait un participe ou toute autre épithète.
La l'* édition offrait aunitz^ très acceptable pour le sens, mais
trop éloigné de la leçon du ms. Gorr. vilzis {vt'lzùz^ avili).
4851. Remplacer le point à la fin du vers par une virgule.
4873. a Le jous de Roasos a tersa. n Ms. Lo dijous. Il fal-
lait évidemment conserver /o, le substantif n'étant pas au
nominatif ; et il n^était peut-être pas indispensable de rejeter
dijous, car Roasos devait pouvoir être dès lors, ad libitum, disjl-
labique, comme il Test devenu, par exemple en Limousin, où
Ton dit las rasons^ oa devenu diphtongue, comme je suppose
qu'il ait pu l'être ici déjà*, s'y étant réduit à a.
4875. « Non vol per ren sa pas ad esme. » Je crois que
vol est vult et non volvit^ comme le suppose M. Mejer. Et
comme il faut une rime en err7ie,je corrigerais s'aderme, sub-
jonctif prés, du verbe adermar^ qui signifie « laisser en fri-
che », métaphoriquement « négliger » ; sa pas serait non pour
sa pQz, qu'on lit déjà au v. précédent, mais pour sa pars. Le
sens serait en gros : « Il ne veut pas manquer son rôle. » Cf.
vv. 4514, 6076.
4992. Point d'interrog.à la fin de ce vers, et un autre après
le V. 4995.
4998. « Quar si ». Corr. Qu'aissi?
5021 . « mas geins. » Corr. ma[l]s geins.
t024. « respondet. » Corr. respondetz,
5046. Mettre deux points (ou un seul?) à la fin du vers.
5067. a ni tot[a] la re qu'aves. » Le ms. porte ques aves.
Corr. donc plutôt /o//'^[/]reytie«ave5; d'autant plus que Iota
la re étonne tant soit peu.
5068. « S'avias neis. ...» Le vers est incomplet et M. Meyer
propose, pour le parfaire, l'hémistiche toi quart feses. Mais i^
faut une rime en è ouvei t. La correction d'un lecteur du XV* s.,
indiquée en note, peut mettre sur une voie meilleure: « dos
tans 0 d^tz », au lieu de 1res, qui a le même défaut que feses,
5086. « Car plus no i gitar[i]al pe ». Pourquoi cette correc-
tion? giiara^ ici, = citera, et c'est justement le conditionnel
' Il faut pourtant remarquer qu a un autre endroit du poème (v. 1445)
où ce mot figure, il reste trisyllabique.
DU «ROMAN DE FLAMENCA» 27
passé qui convient. Pour d^aaires formes pareilles (en ara
an lien de era), cf. 3695, 7478.
5122. « Que poguesson » Corr. Quo {Co^ Com)l
5147. « posca trobar. » Corr. pose [s] (posca se).
5164*5. Je mettrais une virgule après le premier de ces
deux vers et supprimerais le point à la fin du second. La con-
jonction que est sous-entendue devant celui qui suit.
5217. « Pren li, car s'el eis non lui pren ». Ecrire ri(=lo i)
et de même au v. 5230, et corriger /ut, où M. Mejer, par je
ne sais quelle distraction, semble vouloir trouver un équi-
valent de lo\ en loi {lo i).
5265 6. 0 Pero sens es... Zo que sens vol. » Corr. qu'Amors
vol.
5279. a Je soupçonne ici une lacune d*au moins quatre
vers, le premier terminé par les mots pren fij que Flamenca
à ce moment devrait prononcer.
5284. a laboca el morsoh » Je n*ai vu morsol nulle part ail-
leurs ; mais ce ne peut être la bouche, comme il est dit au
vocabulaire ; il faut probablement entendre par ce mot le bas
du visage. La signification propre parait être mâchoire (de
mors).
5321. a A pessat venc com pogues far. » Corr. Apessatz^
€ 11 avait pensé à moi avant de venir; ce n'est pas ici et su-
bitement {desopte) que l'idée lui est venue de me secourir, o
5352-3. a Malaventura Deus li don Qui mais vos amara
qa^eu sian. Passage des plus difficiles. M. Mejer propose,
avec doute, de corriger vos en nos et qu^eu en quen^ qui serait
' Voy. le yocalalaire, sous Imù II n'est pas moins surprenant de voir
le savant éditeur écrire, dans le Tocabulaire également, en tète de Tarti-
cle Li : • Li, forme abrégée de lui », car il peut moins que personne
ignorer que H n'est autre chose que le latin illi. Se serait-il fait en ce
moment sous sa plume une confusion entre ce Zt, datif, et un autre Zt,
qui est en effet une forme abrégée, ou mieux contractée, mais à peu
pr^s exclusivement française celle-là, non pas de lui^ mais de /iet, et
qui n'est que féminine? Dans ce même article, renvoyant aux deux ii
visés dans la note ci-dessus, M. Meyer écrit : c Dans pren li^ il faut
peut-être écrire Vi. » Il n'y a lieu ici à aucun «peut-être ». Suppose-t-il
donc qu'on ait jamais pu dire pren li (ce qui serait encore plus extraor-
dinaire que pren lut), au lieu de pren lOy en parlant de n'importe quoi?
28 UNE NOUVELLE EDITION
pour quinh. Je propose à mon tour, sans prétendre avoir
mieux trouvé, la correction suivante pour le second vers, en
mettant une vigule à la fin du précédent : « Qui mais vos am,
cora qu'en (ou que?) sia? » G'est-à-dire : « Malheur à qui vous
aimerait, n'importe quand ! » Flamenca désigne par vos les
chevaliers des terres de son père et de son mari (cf. v. 5335,
5339) dont elle vient de se plaindre amèrement.
5407. a Deves tôt la re consentir. » Ce vers, tel qu'on le lit
ici, ne signifie rien, à moins de supposer que Tautour parlait
une langue barbare. Je ne propose pas de corriger /'a[/Jre,
comme je Tai fait pour le vers 5067, parce que je pense que,
malgré l'apparente identité des mots, le cas n'est pas le même.
Je crois qu'il faut simplement lire tare {li are) où are (en un
seul mot ou en deux) est la locution encore fort usitée, surtout
dans le composé adere, qui signifie « successivement, sans
cesse ». Le sens est donc: a Vous devez consentir à tout ce
qu'il va désormais vous demander. »
5423. « Honors e jois, precs e jovens ». Corr. prêts (preiz).
Rien de plus commun dans le ms. que la confusion du t et du
c. Ainsi au v. 249, au lieu de tel on j lit cel^ ce qui n'est pas
indiqué en note.
5424. «Domnei ». Corr. Domnets.
5425. Supprimer le point à la fin du vers.
5437. « prendes. « Corr. prencl[r]es,
5453. La correction proposée en note paraît inacceptable,
car comment Guillem pourrait-il être du conseil dont il
s'agit? C'est de l'Amour, naturellement désigné par le féminin
aquil, qu'il est question, assas us du vers précédent est obscur,
et rien au vocabulaire n'indique comment l'éditeur l'entend.
Une correction paraît s'imposer ; mais laquelle ?
5482. « Pos luec no[n]3 fug quel jorn vos diga a. Il faudrait
une virgule à la fin du vers précédent, et une autre après /V/^.
Mais pourquoi corriger nous {no nos) plutôt que nous {no vos) ?
Cette phrase d'ailleurs, qu'on lise nons ou nous^ ne satisfait
point pleinement. On attendrait quelque chose comme : Puis-
qu'il vous a dit le lieu, qu'il vous dise le jour : Pos luec vos
dis^
5488. « 0 demanda ». Répétition de la rime précédente.
Corr. comanda ?
nu « ROMAN DE FLAMENCA » Î9
5497. a lo coven. n Gorr. coven[c]^ il fallut. Seul exemple
(arec celui du v. 2224 ? voj. ma note) de ce pronom neutre
sujet, en dehors de la locution oilo. Il aurait dû être relevé au
Tocabulaire.
5499. a jorn breu e gent. » Cette réponse de Guillem pa-
raît longue, dans la circonstance, outre que e gent j a Tair
d'un pur remplissage. Ne faudrait-il pas écrire : «que «jorn
breu», e gent Pueis 8*ostet... d (et s*éloigna ensuite genti*
ment) ?
5501. Remplacer le point, à la fin du vers, par une virgule.
Faute d*impression évidente.
5513-14. o Car noi a mas deman el mieg, Quant al respon-
dre, mis respieg. » M. Mejer interprète el mieg « au milieu
du jour. » A tort, ce me semble. La phrase est embarrassée
et assez mal construite ; mais le sens paraît clair : « Car il n'y
a, pour répondre, mis répit, dans Tintervalle, que demain. »
Cet emploi du participe mis, avec un sujet neutre, paraît, à la
vérité, un peu singulier; mais c'est parce qu'il n'est pas habi-
tuel; remplacez-le, je suppose, par accordé^ et la phrase ne
choquera pas. Cf. le vers 6822 qui offre, avec une meilleure
tournure, une phrase construite grammaticalement de la
même manière.
5518. Mettre une virgule à la fin du vers.
5527. (( Mais ara ven tota la forsa. n II faut, ce me sem*
ble, écrire ar aven = maintenant convient. Cf. v. 1345 :
Caven del gilos a suffrir : v. 5G35 : mais pas vei qua suffrir
m' ave. Ne faudrait- il pas aussi corriger ma forsa ?
5545. « L'un'os de ser, autra de fueill. » Corr. de fer? Ce
qui reviendrait à dire : « L'une est pesante, l'autre est légère. »
5563. a lom dis Amors. » Corr. som. Le copiste confond
souvent les deux lettres s et /.
5600. tt E si passa .xxi. an o. Corr. passo ; avec passa il
faudrait corriger ans et au vers précédent at/ans.
5613. « Pos er mescabada per jor.i. » Cette locution per
jom^ traduite au vocabulaire par ua jour, paraît signifier
plutôt ;0Mr à jour, chaque Jour.
5617. Ici s'interrompt le monologue de Flamenca, qui le
reprend seulement au v. 5622. Il faut donc mettre des guille-
30 UNE NOUVELLE EDITION
mets à la fin de 5617 et supprimer ceux qui précèdent les
quatre vers suivants.
5621. (( Als oils si pren, teunamen plora. » « Elle est prise
par les jeux », dit Téditeur. Il faut traduire : « Elle s'en prend
à ses jeux », jolie expression encore en usage, pour dire :
Toute sa ressource, tonte sa consolation est de pleurer.
5632. « Neis ». Corr. nés ou nis [ne ou ni -|- Vs euphonique).
Cf. nfz 3348.
5637. « Con » . Lis. C on,
5642. (( Vos sera cambra et ostal ». La rime et la grammaire
exigent ostals. C'est d'ailleurs la leçon du ms.
56 16. La correction proposée en note pour ce vers doit
s'appliquer plutôt au précédent. Peut être j a-t-il une faute
d'impression.
5668. (( El 'obrils oilz ». o6n\ ici, est au présent, et non pas
au prétérit, comme il est dit au vocabulaire.
5673. ad'aque8t[a] ».Corr. plutôt (Taquesi [mal],
5683-85. « Quel iuna es a recontorn.... E il sera del tôt
fermada. » S'agit-il bien du dernier quartier de la lune, comme
il est dit au vocabulaire ? Je penserais plutôt au premier quar-
tier, quand la lune se recontourne, commence à reprendre sa
forme ronde, et alors il faudrait peut-être corriger /b/*m(7(/a au
V. 5085. Cf. d'ailleurs les vv. 3259 60: « El Iuna sera deman
nona, E bainar m'ai en ora bona. » Or le neuvième jour de
la lune, donné là comme favorable à qui veut prendre un bain,
correspond précisément au premier quartier.
5739. Mettre une virgule après ausent el,
5780. 0 cabeissa ». Ce ne peut pas être un capuchon, comme
le suppose M. Mejer. Le contexte l'indique assez. Ce mot,
encore usité, s'applique aux tiges herbacées de certaines
plantes : en limousin la chabesso d'une rave, d'une carotte,
d'une pomme de terre. En catalan cabessa désigne au contraire
les racines des plantes bulbeuses, ou du moins les bulbes de
ces racines.
5790. n Car tôt égal i conoissia Alcun pertus com far so-
lia. » Alcun pertus ne parait pouvoir être qu'une incise, à
mettre entre deux virgules, et qui exige une correction. On
pourrait proposer, en supprimant /Vir: [Ses] negun pertus,
5820. « affars ». Cjrr. affans?
DU « BOMÂN DE FLAMENCA» 31
5827. c on si tan ». Correction peu satisfaisante : s^atain,
leçon da ms., mais que la rime repousse, convient ici on ne
peut mieux. Je soupçonne une lacune de deux vers.
5842. a Tan bes [tain] b. Pourquoi pas /au, puisque les
autres Terbes (esM, semblet) sont au parfait ?
5036-7. « De nuUa ren mais non s^esmaia Mas que lo puesca
pron servir ]>. lo est une correction de Téditeur» qui a eu ici la
main malbeureuse. Le ms, porte no/, qu*il faut rétablir, c Fla-
menca n'a d'autre crainte que de ne pouvoir assez le servir. »
6007-9
Amdui si ploron coralmen
E Taiga que del cor deissen
MescloD ensems e pueis la bevon.
Voilà un de ces traits qu'on regrettait que M. Mejer eût
omis autrefois dans sa traduction. Notre auteur qui savait,
comme tant d'autres passages en témoignent, son Ovide par
cœur, pensait peut-être, en écrivant ces vers, à celui-ci de
tàrt daimer ;I1, 326) :
Et sicco lacrimas combibat ore tnas.
6064 . a enn aut. » Pourquoi ne pas lire en naut, puisque naut
est une forme connue ?
6074. c< Oimais ren [alsj pron nol tenra. » Corr. plutôt 0
j[à\Tnais ren pron nol tetira. Voici, dans le ms., la disposition
des premières lettres : 0 imais, ce qui suggère immédiatement
la correction que je propose.
6125. « Ans dorm adeso. Ce verbe dorm est contradictoire
au contexte, car Flamenca ne dort pas ; elle s'agite dans
son lit. Corr. tom' odes.
6162. a D*aisso qu'an digac trop granjuec ». Ms. dig {cor*
rigé de dif, non de dis, comme il est dit en note) an^ ce qui
suggère la correction dig fa^ préférable d'ailleurs à celle de
rédition.
6187. « per Dieu, oilo. » Éorire oi h. Cf. 2579.
6238. Manque ici un vers dont l'éditeur propose en note
une restitution qui ne convient pas grammaticalement au
contrxtc. Suppléez j:îutôt : E que ja tant non li fara.
52 UNE NOUVELLE EDITION
6243. a E ppega Dieu qui ja la cre ». Corr. E perga Dieu.
Cf. V. 1032.
6248. (( por ». Faute d'impression. Lis. pot.
6257. « 0 per amie d'ams eumioal ». amic^ correetion de
Téditeur, forme avec le vers suivant un pur pléonasme, car
il est clair que Tami commun de deux personnes ne veut mal
à aucune d'elles. Pourquoi ne pas accepter la leçon du ms.,
en corrigeant toutefois, comme Ta fait Téditeur an enam5, et
lire 0 per autr 'ad ams ? Le sens serait : < ou par toute autre
personne de leur société ».
6264. « Qu'en ren so tenga. » Lire s'o tenga,
6277. « Parer de son amie nol quilla. » Doit rimer en eilla.
Il faut donc une correction. Celle qui est indiquée en note,
de Taveu même de Téditeur, est inacceptable. Je pense que
nol cueilla peut convenir. Il y a d'autres exemples de l'emploi
du simple coillir pour le composé acoiliir. Ou pourrait aussi
penser à, vueilla. Quant à cette construction avec Tablatif
d'une part et l'accusatif de l'autre, elle est bien connue.
6300-1. Corr. plutôt $i[m] podia^ Per si far aucire, guérir.
Avec la correction de l'éditeur, il faudrait au moins si[s] podia.
6340. « Sis pieu per lui, un autre clerc. » 11 faut une virgule
après />/eti. Cette expression sis pleune parait signifier rien de
plus, ici, que s'il lui plaît *. Cf. N' At de Mons:
Mas de failhir se plevon tant (les rois)
Que blasme toi al laus son cors.
Raimbaut d'Orange:
Qu'a far Ter, sis pieu, per me.
Voir aussi Revue^ X, 312, où l'on cherche à établir l'iden-
tité de pleure et de plevir^ contestée par M. Meyer.
6345. a So qu'il manda ». Corr. qu[eyi= que H. Cf. 6530.
tV ne pourrait pas d'ailleurs se rapporter à un nom masculin.
6369-70. « c'om moguty agues... mogut s'en es.» M. Meyer
propose la correction anat pour le second vers. J'aimerais
' C'est ainsi que le traduit M. Meyer daas sa première édition, mais
en renvoyant à un passage où pieu a sa signification ordinaire.
DU ROMAN « DE FLAMENCA » 83
mieux eissùz. On pourrait aussi penser à mudat pour le pre-
mier, et le second resterait tel qu*il est.
6380. a Que nuilla re. » Lire Qu^e nuilla re.
6424. a Mant* angoi88[a] ». Répétition du vers précédent.
M. Mejer propose manta dolor. J^aimerais mieux E man
irebail.
6436. « ques'entramesson. » Ne vaudrait-il pas mieux écrire
avec apostrophe s*entramesson ?
6439. a Mais tan vos plaz faitz voslre albir ». Les mots sou-
lignés sont une correction; il en faut une; mais celle-ci ne
convient guère. Le contexte suggère plus naturellement lo$
venir^ à savoir les deux écujcrs que Guillaume a demandé à
Flamenca la permission de lui présenter.
6479. « ferai. » Corr. foraL
6480. 0 lo pogr'om ben taular ». Corr. pogron et écrire
be'ntaular.
6503-4. (c volon... dolon. » Corr. voillon,,. doillon. Le sub-
jonctif est ici de rigueur.
6506-7. a Soven envidon e revidon Lo jorn la mostra e la
presaB. Ms./ors, qui pouvait rester. Loj'ors est ici considéré
comme un adverbe et muni en conséquence de Vs adverbiale.
Ce cas est fréquent. Autres exemples dans Flamenca même :
guad" ans (v. 3492), de nugz, (v. 6280), quada sers (v. 7131).
6589. « simples et purs. » Corr. bios, pour rimer avec saboros,
6592. il Si totz tems i dévia entendre ». Entendre termine
aussi le vers précédent. Corr. atendre (s'appliquer). Cf. les
vers 3114 et 3179.
6598. « Non s'asauton d'aitals esgolas. n II est surprenant
que M. Mejer n*ait pas reconnu ici le mot escolasy averti
comme il Tétait, par lui-môme S de réchange fréquent dans
le ms. des lettres c et g. Il le traduit par bagatelles, ce qui est
d'ailleurs un sens approchant.
6600. a Le joi d'amor. d Corr. Lo. C'est un régime.
6614. «L'us en Tautre». Corr. Z^'un. Mettre une virgule à
la fln du vers suivant.
6617-18. « On lur désir los fai venir, Baisar, abrassar e
tenir. » Suivent immédiatement deux autres rimes en tV, ce
1 Voyez la préface de la première édition, page xxzii.
34 UNE NOUVELLE EDITION
qui fait supposer une lacune entre les deux paires de rimes,
ou une altération du texte. On pourrait proposer, dans cette
dernière hypothèse, de remplacer venir par parer et tenir par
tener^ qui serait d'ailleurs plus régulier.
6078. «mi agues » {habuistis). Pourquoi corriger accès
{habuissetis) ? Ni le sens ni la rime ne l'exigent.
6795. « tutz im. » Il faut tut, et c*est en effet la leçon du ms.
6730. « Car non ac talen ques mogues. » Ce devrait être
justement le contraire. Aussi une correction s'impose-t-elle :
lezer est celle qui se présente le plus naturellement.
6759. aforan.» Ms. foron^ qu'on pouvait conserver. Cf. v.
6724. où tolgron, forme assurée par la rime, est aussi un
second conditionnel.
6842. « A[l] revenir mot lonc tems poina ». Pourquoi cette
correction ? Revenir ici n'est pas pris substantivement ; il est
employé dans sa fonction verbale ordinaire, a Quiliaume
tarde beaucoup à se remettre.» Car il ne faut pas perdre de
vue que poinar^ ici, signifie tarder^ acception déjà notée au
V. 79. Cf. iocha, même sens, au v. 3944, comme le remarque
l'éditeur.
6852. « Ja es[t] vos. t Pourquoi cette correction, puisque
es = etz est plus régulier ? Cf. 2839, où ce même es n'en souf-
frirait d'autre que etz, étant en rime avec enqueres (...e/z).
6864. a Tan co[m]plitz. d La correction aibitZy proposée en
note, car il en faut une, ne convient pas ici. Corr. offlitz^
part, passé de afflire.
6872. « non colon ». Ne chôment pas. C'est aussi le même
verbe et le même sens qu'on a aux vers 620 et 5940 , pour
lesquels j'avais autrefois proposé, à tort, les corrections tolc
et toi. Ici la même erreur n*était pas possible, et je trouve, dans
mes notes, à Tappui de cette acception, dans son sens mé-
taphorique, cet exemple tout à fait probant ,
Tiriaca, jes vostre pretz non col
De meillurar, c*uoi valetz mais que hier.
(Â. de Peguilain, Gedichte de Mahn, 344,6.)
6880. « E d'els acnillir. » Ecrire deh {de los) acuillir.
6905-6. (( ella[s].. domna[s].. donzella[s].. » On ne voit pas
l'utilité de ces corrections. Le vers 6908 d'ailleurs les con-
DU « ROMAN DE FLAMENCA » 35
damne. Aa y. 6005, vau du ms. a été corrigé van. Pourquoi»
puisque vau est une forme connue et que M. Meyer en admet
ailleurs de pareilles, p. ex. 728-8 estarau : venrau^ 1761 et
4315 âtin, 1151 trobarau?
6959-60. a fe que dei vos... s*el es daus vos. » Corr. nos au
second vers? Il est naturel que le beau -père d'Archambaut
dise ici denotre^ aussi bien que de votre calé,
6970. Mettre une virgule aprèd ce vers, et un point et vir-
gule après le suivant.
6978. « Ë qui [sj'alegri ni gau senta. » Le ms. porte alegrn.
Ne vaudrait-il pas mieux conserver cet adjectif et lire « E
qufs {= qui es) alegra ni gausenta » ? Cf. ci- dessus, note sur
le V. 3640.
7012. « Non 7 ajudava .n. botos. » C'est la leçon du ms.
Le vers étant trop long d'une syllabe, M. M. a corrigé No.
Il vaut mieux conserver Non et corriger ajuda, le présent
convenant ici beaucoup mieux que l'imparfait.
7015-16. 0 fer j tant gent Que cavalliers pren e reten. n
Leçon du ms. qui appelle une correction, la rime étant fausse.
Mais il vaudrait mieux corriger gent en ben qu'intervertir
Tordre des deux derniers mots du second vers, comme l'a fait
réditeur^ car de sa correction, outre qu'elle renverse l'ordre
logique des termes, il résulte une série de quatre rimes en
ent, ce qui est choquant et serait dans tout le poème un
cas presque unique.
7024. « ab lo dous avrei. » Ce mot est traduit par avril au
vocabulaire, ce qui est inacceptable, puisqu'il rime à tornei.
Lire simplement aurei. Cela d'ailleurs revient au même pour
le sens. Cf. A. deMareuil; ab b dous aurei Quem reoea lo
coraissi. Il s'agit de la brise printanière.
7026. 0 Que a son tornej[amen] fos. » J'aimerais mieux,
pour rendre au vers les deux syllabes qui lui manquent, sup-
pléer el si,
7065. Virgule après ce vers.
7067. a qu'el ». Lire quel {que lo). ,
7075. «Flamenca dis: ccE disl bel seiner». Corr. Flanmca
rit e dis: fi Bel seiner.
7106. i lo[s] » Le ms. porte bien los.
7143-7144. « sentis : esgauzisu. Corr. sentisca: esgauzisca
3 6 UNE NOUVELLE EDITION
on simplement sentissa: esgauzissa. Pour ces dernières for-
mes, cf. plus loin vv. 7549-50.
7154. Ms. quieil. C'est ce que la note devait iudiquer; mais
on j a oublié le premier t. Faute dUmpression.
7163. ttsi so sap.» Lires'o.
7204. « Pobies alberga tôt entorn. » Lire Poble s'alberga.
Cf. Y. 7263. Mais on voudrait Tarticle. Corr. le poble alberga»
(= alberga se)? Poble ^ que M. Mejer n*a pas relevé au
vocabulaire, signifie ici ville^ bourg. Acception conservée
en catalan et en gascon. Cf. castillan pue&fo.
7255. (( Fes hom [un] gran escadafals.» Mettre une virgule,
au lieu d'un point à la fin du vers, et corriger us gratis. Cf.
V. 7276.
7265. « Car be i a[c] cavallier[8] tal mil ». Ms. tais. On ne
s'explique pas le rejet de Vs dans ce dernier mot, lorsqu'elle
est justement rétablie dans le précédent.
7321. (( So dis le rei. » Il faudrait reù, mais la rime s'y
oppose. Faute surprenante chez un auteur aussi correct. On
ne voit pas de correction possible, et le contexte ne laisse
pas soupçonner de lacune.
7331. aper lurvesD.L'édit. propose de corriger p^ /eir 0/7$.
Pourquoi ne pas entendre à leur tour ? L'emploi de per ici
serait-il si extraordinaire ?
7337-8. 0 E dis suau antre sas dens : Sempre pesca qui una
pren. » Rimes fausses. Corr. si una prens? pesca, naturelle-
ment, serait un impératif.
7404. Corr. Qu'om toi lo près del mon li dona.
7434-5. « Lur ueilz e lur booas revenon D*aitan con podon,
e lur nas. 1) On ne voit pas bien le rôle du nez dans cette
galante conversation. Corr. mas (les mains). L'auteur a déjà
dit plusieurs fois qu'elles ne restaient pas inactives, et il le
répétera plus loin.
7440. « E cant Guillems...)) Corr. Abtant, en mettant un
point à la fln du vers précédent?
7497. Sur aiz et son origine (voj. le vocabulaire), il me
sera permis de renvoyer aussi à la Revue des langues romanes,
XVI, 378, et au glossaire de Deux mss. provençaux^ p. 181.
7514. a ben deu ». Le contexte exige dei {debeo)^ et c'est en
DU « ROMAN DE FLAMENCA » 37
effet la leçon du ms., deu j ayant été corrigé en dei, par
Texponctoation do second jambage de Vu.
7548. « dueilla ». Corr. tueilla.
7530. a Comleva i'us ». Corr. Can (quan)7
7551. <f [so] n. Lire plutôt s*o.
7582. a tenti ». Corr. vesti ?
7614. « Que danqoec ». C'est la leçon du ms. Corr. qu'ad
unquee^ comme le veut le contexte, et non que unquec^ comme
a fait réditear.
7629-30. Les signes de ponctuation (: et ,) ont été transpo-
sés à la Un de ces deux vers. Faute dMmpression évidente.
7635. a que so prenda ». Lire s'o.
7642. 11 semble qu'il jait une lacune après ce vers. Pour
quoi n*est-il question que d'un couple, quand il y en avait
deux? Pourquoi très au v. 7643?
7647. « a leur guisa ». Corr. lur. Faute d'impression.
7648-9. J'avais pu lire moi-même, sans réactif, la seconde
moitié et même un peu plus de chacun de ces deux vers,
qu*Qn lecteur trop scrupuleux avait grattés, et qui étaient
restés en blanc dans la première édition ; savoir :
bllsaus'ni camisa
de lur benenansa *
Pour le reste j'avais fait les mêmes conjectures ou à peu
près que M. Mejer.
Ques anc ni...
Non tolc ren...
7655. a consi l'acueilla. » Corr. consii[$] a.
7680. i Aissi cos fes ». Lire coffés et écrire co fes ? Le pro-
nom réfléchi ne convient guère ici.
7687-8. « Maritz que son despendre cuja Que mullier ad
aaiic estuja. » La correction proposée en note serait loin
d'améliorer le texte. Il faut simplement mettre les deux ver-
bes au subjonctif {cuje: estuje). Le sens est : « bien fou est le
mari qui pourrait croire qu'il dépend de lui de cacher ' une
< M. M. a lu blisaut. — * M. M. a lu benanansa,
3 Proprement c mettre dans un étui, serrer, renfermer t.
38 UNE NOUVELLE EDITION
femme à son amant. » Pour cette construction et cet emploi
substantivé de Tinfinitif, cf. vv. 1731, 3655, 4712.
7705. ((baïto. Il existe en Saintonge et en Poitou un verbe
basi^ qui signifie disparaître^ mourir. Aurions-nous ici le même
verbe? Ou faut il corriger 6/aî^qui serait pour blasii {flétri) ?
Voir Mistral sous blesi^ et aussi Rajnouard, blezir et blahir,
7802. a ab blatons. > Corr. ab latons. C*est évidemment un
diminutif de lata, baguette longue et plate. Le copiste aura ici
redoublé le b comme il fait ailleurs Ts, 17, etc. — Sesmar^ qui
suit, n*exige aucune correction. Ce verbe signifie disposer,
arranger^ et le contexte n*en demande pas plus.
7818. «la meillers [r]-)S. » Ms. le. Il fallait donc plutôt cor-
riger lt\ forme qui est de beaucoup la plus fréquente pour le
nominatif singulier féminin.
7840. « De son joven<i ni [de] sos vieils. » Ce vers, tel que
le donne le ms., est inadmissible à tous égards. Je ne sais
comment l'éditeur Tentend. Je crois, quant à moi, qu*il faut
corriger : a De nos jovens ni de ocs vieils ^ ; c*est-à dire :
(( des non de la jeunesse ni des oui de la vieillesse », ce qui
s'accorde on ne peut mieux avec ce qui précède, et spéciale-
ment avec les vers 7837 et 7838.
Je remarquerai à cette occasion que notre auteur, qui se
plaît aux jeux de mots (voir entre autres les passages où il
joue si curieusement svlv sol et solalZy vv. 4592-6 et sur mti^
et mot (4675 et suiv.), ne doit pas avoir employé sans inten-
tion de ce genre Tépithète noada (v. 7829) et le substantif noz
du V. 7832.
7849. Mettre un point à la fin du vers. Autrement il fau*
drait corriger au vers suivant, consi nos penses,
7855. a de corre que. . . » Lire de corr' e que. . .
7863. « com hom vesa. » Corr. que hom?
7886. <c Turton. »Le ms. a turcon, qu'il faudrait corriger
trucon^ mot qui convient fort bien ici. Rajnouard n*a que le
substantif correspondant, truc. Mais voj. Mistral.
7896. « De cal guisa Tobras menet, » Lire lo bras. Guil-
laume montra la force de son bras.
7941-42. « deslivre: livre ». Lire desliure: Hure.
7968. Lacune. Mais c'est plutôt avant le vers 7967 qu'il
fallait la marquer, car ce dernier se lie parfaitement avec
DU <r ROMAN DE FLAMENCA » 39
celui qui le suH dans le ms., à condition de traduire poino par
$^ efforcent^ en rapportant cette forme à poinar. M. Meyer au
contraire la rattache à poiner {pungere),
7986. « Que non vougues totz los arsos. » Faut- il corriger
voiges de votar? Ou rapporter cette forme à volgere? Cf. Diez
sous voio II a. Dans tous les cas, ou ny peut-être que diph-
thongue. On ne saurait penser, à cette date, à la voyeUe sim-
ple que le pro7. mod., comme le français figure par ou^ et que
présentent les formes actuelles vouja, bouja,
8017. a D*aqui on s*es. » Écrire ses en un seul mot (sedet)»
Cf. v€s (vi(iei\ aus {audit), etc.
8041. c On estavan bon feridor ». La syntaxe réclame ici
Timparfait du subjonctif, et le contexte un adjectif de quantité
de vant bon (es/esson /an ^on?). Mais la mesure du vers ne permet
pas cette correction; /o55on tan conviendrait très bien. Si Tindi-
catif présent pouvait être ici admis S la correction n^exigerail
que rinsertion d*un / âa,ns Vestauan du ms., devenu ainsi estau
[t]an. On pourrait aussi penser à estiu tan. On aurait bien là
un subjonctif, mais ce serait toujours le présent.
8065. «Non val unas». Non pas, ce me semble, tin as,
comme l'éditeur le suppose, mais tmas ( trescas ), non étant
pour no en. Ci. v. 8062.
8083-4. (cSi tu me plais, ce n'est pas tout en cbeveux et en
joues», c.-à-d. «ce n*est pas seulement par tes charmes
extérieurs » Ainsi me paraît devoir être interprété ce passage,
Je lirais^ bien entendu^ si nCazautas, au lieu de sit m. Ce t
sera venu spontanément sous la plume du scribe, qui pensait
à tu, et qui aura oublié de Texponotuer.
8089. « Troban Jaufre de Laisina. » Troban est pour troba
en (l'article honorable), ce qu'il eût été bon d'indiquer, car
iln*y a pas d'autre exemple dans le poème de la contraction
de cet article avec un verbe.
C. C.
P. -S. — Le présent article n'ayant pu paraître dans le
numéro de Novembre-Décembre de la Revue, je profite de ce
retard forcé pour joindre aux remarques qui précèdent un
> Cf. pourtant, t. 4, que m'es, où l'on attendrait quem sia.
40 UNE NOUVELLE EDITION
certain nombre (Inobservations nouvelles, faites au cours d'une
seconde lecture.
2456-7. « Mais langui, plais, fol desplazer : vezer. » La
grammaire voudrait desplazers^ que la rime repousse. Corr.
fel d. ? ou ac desplazer^ ou encore del desplazer^ en suppri-
mant la virgule après plais ?
2478. « don* avanz. » Apostrophe inutile.
2631. (( De prohome s'a ver lo poc. » Corr. s'amar ?
2655. «entendet s'i ». Lire plutôt si^ car à quoi se rapor-
terait i ?
3878. « Aqui la mes, quar ben Tadesa. o Outre la significa-
tion de toucher^ seule indiquée au vocabulaire , le verbe
adesar devait avoir celle de (c serrer, mettre en lieu sûr », et
c'est celle qui conviendrait ici. Ce verbe existe aussi eu
catalan, et le dictionnaire de Labernia Tinterprète par « posar
alguna cosa en lloch segur.» Je soupçonne dans Domef^z que
du vers précédent une altération d'une leçon meilleure, que
je ne sais pas retrouver.
8991-2. a Et e menz d'oral camja cor... Lasl con no mor. n
Le ms. a cors et mors que je voudrais rétablir. Guillaume,
daus le second de ces deux vers, s'adresse à lui-même, et na-
turellement à la deuxième personne, ce qu'il fait très souvent.
Cf. p. ex., un peu plus bas, vv. 4011 et suiv. La forme de la
première personne ne serait pas d'ailleurs, régulièrement,
mory mais muer.
4053-4. (( Quar aissim pren bona sabor Lo bon saber qu'om
a d'amor. o M. Meyer propose de corriger Del bon saber, La
seule correction à faire, car aissim est pour aissin {aissi ne)
et non pour aissi me, est de donner au sujet du verbe une
forme régulière, en écrivant Le bons sabers.
4066. 0 E l'us per l'autre. » Corr. tun. Saborir signifie, ici
du moins, non pas devenir^ mais rendre savoureux,
4103. « Si davaus mi donz gauh nom ve. » Le mot gauh
est déjà au vers précédent et reparaît au suivant. Il serait ici
avantageusement remplacé par une particule (ges? )
4106. « conort. » Il faudrait un mot exprimant l'idée con-
traire. Cow, dolors?
4215-16. « gran aventura : s'aventura. » Ecrire plutôt sa
Ventura.
DU « ROMAN DE FLAMENCA » 4J_
4300. <s Si merces i fai captenensa. » Corr« no i fat? Cf.
V. 5186.
4549. « Qu[e] ieu non vis ». La correction Qu'ieu non vis
[mah] serait à mon avis préférable.
4763. a Lo mot e met en cor prion. » Corr. el met en c. Le
ms. porte El mot e mot.
4831. 0 E cel que non sap ni volria ». Leçon du ms. L'édi-
teur corrige ni en molt. Ce n'est pas là que la correction
devrait porter, principalement du moins ; c'est sur non. Lis.
(t E cel que molt sap ne volria. o Avec la correction de M.Mejer,
ancar du vers suivant s'expliquerait mal.
4944. « es so abetz. » La traduction de abetz au vocabulaire
(tromperie, fourberie) ne saurait convenir ici. C'est tout au
plus a ruse » ou mieux encore « raillerie » qu'il faut entendre :
c Elle se moque sans doute en me demandant pour qui »
5187. « E vos a merce connoissetz. » Corr. cossentetz?
5243 5. cf Ben vai l'affars ; Nuls affars non fora plus cars
Aora d'aquest estornut.» Le deuxième a/fars est certainement
une répétion fautive ; mais la correction est indiquée par le
contexte même. Alis vient d'éternuer, ce qui est de bon
augure. Corrigez donc agurs.
5287-8. Le sens paraît être que Flamenca fixa ses jeux
sur Guillaume plus longtemps que lui-même ne faisait sur elle.
Corr. en conséquence ou Ques el leis, ou el esgarda. Au vers
suivant il suffit d'écrire hon {on) au lieu de hom.
5412. (( Cossi pocses far quel plagues. » Corr. placses? on
pogues et quetis ?
5435. Supprimer le point à la fin du vers.
5473. a Que de tal guisa [sia] fait. » J'aimerais mieux [oata]
fait.
5536. (i E negun pensier. » Corr. Per?
5564. « Nos feiron. » Corr. /Vb feiron.
5567. (( Si[l] toi vergoina ni temensa. » On ne sait à qui
rapporter le pronom (/= li) suppléé par l'éditeur, non plus
que le verbe toi. Corr. a Cel. cutioi vergoina e (ou o) temensa » ?
5610*11. « Car si mescaba una ves, En autr'afar pot reve-
nir. » Afar ne paraît guère convenir ici. Le ms. offre une
autre division autra far: En autra pourrait signifier une
autre fois, et il faudrait chercher une correction pour far.
4 2 UNE NOUVELLE EDITION
Peut-être sai: « Je sais bien qu'elle peut uae autre fois reve-
nir de son erreur, mais... »
5781. (( Quar las canas foron fumadas ». Cela ne signifie
rien; aussi l'éditeur propose-t-il une correction, fermadas,
qui ne paraît guère satisfaisante. Je crois que suilladas con-
viendraity et paléographiquement et pour le sens. Cf. v. 6713.
5011. « Per lur sen ni per lur parlar. » C'est la leçon du
ms. Comme il faut une rime en ér^ l'éditeur corrige saber. Je
crois qne parer vaudrait mieux.
5997. « Non la[8] cuja. » Cette addition d'une « {= sibi)
paraît ici assez inutile.
6045. (( Quel fronz. un pauc si remulliet. » Corr. front "1
6159. « Cui Alis fai papiejar. » M. Meyer, au vocabulaire,
voit dans ce mot le même verbe que l'ancien français papier
qui signifie balbutier^ en observant avec raison que ce sens
ne convient guère ici. 11 y a dans le provençal moderne un
autre verbe qui conviendrait au contraire on ne peut mieux,
et dont la leçon du ms. ne s'éloigne pas beaucoup ; c'est patejar^
moins usité que aryoa^tf/ar, signifiant l'un et l'autre a piétiner,
aller et venir, tourner surplace ».C*est le dernier qu'il fau-
drait ici pour la mesure du vers. Mais on pourrait corriger
Qu 'Alts fai [aissi] patejar, ce qui peut-être vaudrait mieux.
6472. (f E podon las ben solassar. » Corr. la ou lai.
6507. « la mostrae la presa. » a Termes de jeu », est- il dit,
simplement, au vocabulaire. N'est-il donc pas possible d'in-
terpréter ces mots d'une façon moins vague ? 11 me semble
que la mise (ou Vinvite)eile gain (l'acte de gagner) pourraient
les traduire.
6952. (( Al tornei sai quel veirem doncs. » Voilà déjà le
moderne satque = probablement, peut-être ; car Archambaut
n'a à cet égard aucune certitude. Cf. les vers suivants. —
Voir ci-dessus, V. 1981, la note sur éen sai, aujourd'hui bessai^
dont saique est le synonyme.
7028. fc m 'i métrai ». Lire plutôt mi.
7307. « A vostra dona. t Corr. nostra? Cf. v. 5708.
7734. ce Quar a cel portai. » Corr. Ques a. Cf. v. 7755-6.
7912. a Don vos n'ires. » Corr. donc? Ou faut-il considérer
don comme un vocatif pluriel {domini) ? Le vocabulaire est muet
sur ce point.
DU ff ROMAN DE FLAMENCA » 43
8000. 0 El fer son tost d*outra passât, n Corr. tôt?
8015. a E Testreap. » Corr. Els estreups. Ou vaudrait-il
mieux corriger peitral au v. 8013? Ces formes de nominatif
pluriel s'expliqueraient par une anacoluthe.
8027. « Non la pogra. » pogt^n du ms. est il vraiment une
faute, comme on le dit en note? J*en doute pour ma part,car
ce mot peut très bien se traduire par a on n'aurait pu. »
QuMl me soit permis, en terminant ce long examen, d'ex-
primer le vœu que M. Paul Mejer, avant de mettre sous
presse son second volume, veuille bien revoir le texte avec
un redoublement d'attention, et s'efforcer d'y introduire plus
de correction et de clarté, afin que sa traduction de Flamenca
paisse ôtre l'image la plus nette et la plus fidèle de ce déli-
cieux poème. Nul mieux que lui, je l'ai déjà dit, ne peut le
faire; et j'oserai ajouter que la reconnaissance lui en fait un
devoir. C'est sous les auspices de Flamenca qu*il fit si heu-
reusement ses premiers pas, dans une carrière encore peu
fréquentée et mal aplanie. C'est grâce à elle, grâce à la
séduction de ses charmes, qu'il fut partout accueilli d'emblée
avec faveur. Et puisque, après trente-cinq ans, il conserve
encore à Taimable personne qui lui valut ses premiers succès
toute la tendresse d'autrefois, il lui doit bien de faire tout ce
qui est possible pour rafraîchir sa parure et la nettoyer com-
plètement des taches qu'une main maladroite et peu soigneuse
j a répandues.
C. Chabanbau.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
{SuiU)
165
GAUCELMS FAIDITZ
(= B. Gr. 167, 14)
1. ChascuBhom deu conoisser
[e entendre
Qe richeza ni prez ni cor-
[tezia
Res qe sia. nons pot de mort
[défendre
Cal iorn com nais comensa a
[mûrir
5 E qi mais viu plus ponha de
[fenir
Donc ben es fouz cel qen sa
[vidas fia
Si bes pessa de prion sa
[folia
Eh nos es tos los gentil cors
[faliz
Duna valen contessabiatris.
II. Donc neguns hom nos pot
[per dreih contendre
Oimais mas tan con deus ten
[en bailia
Non puescha om sa part de
[valor tendre
Desseignamen ni daut cor
[dont dei dir
5 E pos dieus se de mort non
[vole garir
Qi totz los bes del mon com-
[plitz auia
Ja non fara als autres se-
[gnioria
Qe tuit murrem e qi mais er
[grazitz
Ni plus ama cest* segle miels
[ner trahitz.
III. Con auzam donc aqesta mort
[atendre
Canadobat troban* chascun
[dia
Qe nostra mort podem en
[vida rendre
Car dieus qe la men ^ lai ser-
[uir
5 Ont el fo mortz per nos sal-
[uar garir
Aqi morir e qui per lui
[morria
Cobran son dreih ca perdut
[en suria
Ab gran razon venria gen
[gamitz
Al iutzamen lai on er ihesu
[cristz.
IV. Qui per dieu vai lauer el
[cors despendre
De paradis 1er uberta la
[via
E qi non vai deu baissar e
[descendre
» /. : amal — > ^ : trobam a — ' f . : d. nos ditz qe Tanem
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
45
De tôt honor car tem qe dieu
[lair
5 Qi rema sa ni pot anar gar-
[nitz
Qeu aai daitals cauers ni ma-
[nentia
E diables (p, 161) e pechatz
[e bauzia
Za retengntz .c. ' fais auars
[aunitz
Guerriers de dieu e de totz
[bes partitz.
V. Ben se cugen en las terras
[estendre
E sar' conqis mas autramen
[cug sia
Mas dieus lo reis sap sar-
[balesta tendre
E tra cairel trencban per ben
[ferir
5 E negus om al colp non pot
[gandir
Gant el sirais e ue com nos
[cbastia
Mas qil dopta ni ves lui su*
[melia
Aqel aura chapdeu saint es-
[peritz
E qi non fai er en effern
[puniz.
VI. A totz degra de dolor lo cors
[fendre
Del dezeret al fil sancta
[maria
Mas cornai lair qi ves* los
[autres pendre
Sesforsa plus del mal ses
[repentir
5 0^ mau segle don dieus nos
[lais issir
A saluamen si con ops nos
[séria
E mon tbesaur qe lais en lom-
[bardia
Don dieus salut car de totz
[nos es guitz
E dels crozatz los cors els
[esperitz.
166
GAUCELMS FAIDITZ
(= B. Gr. 167, 54)
I . Si tôt nonqa ses grazitz
Tan can sol cbanz ni solatz
[gais
Non er queu lauzens^ no
[meslais
Dun vers far don soi enqe-
[zitz
5 Car cel qa bon escienza
Deu far . zoqapres sagenza
Non deu celar. son saber ni
[cubrir
Lai on coue a mostrar ni a
[dir
Qen totz luecs val adrecha
[captenenza.
II. E non taing qestei plus mar-
[ritz
Ni vir mon fin cuer en biais
Pero truep micbargei^grieu
[fais
La bella falsa enjanairitz
5 Qe totz fui mortz em par-
[uenza
Mas er nai trobat garenza
Tal qi ma gen desliurat de
[morir
* /. : Als r. com — ^ /. : far — • /.; M. com laire qi ve — ♦ c. en : A. —
* c. en: iauzens — • /. : charget
4C
LE CHANSONNIER DE BERXÂRT AMOROS
Qel * la genser qom puescha
[el mon chauzir
Ez il rema fazen sa pêne-
[denza.
III . Don fui cortezamen garitz
Qenqer nai en la bochal bais
E la dolza sabor el iai^
Con fui gen baizan acullitz
5 Per lei cane non fei faillenza
E pos tan gent mo comensa
Ane la douzors del bais nos
[poc partir
De ma bocha ia nO deu m»is
[faillir
Ni far ni dir nulla desaui-
[nenza.
IV. Car* anc nestei iorn faiditz
De lei veer on beutatz nais
Ni qel fols cens al nO satrais
Ez il siA perdoz e guilz
5 Er vauc mon gran tort ses
[tenza
Adrechurar en proenza
E si anc re qe fezes agrazir
Agui de lei de lui a ^ ses
[faillir
E de nagout e de saconois-
[senza.
V. (p. Î62) De re non es ora
[tan saziz
Ni on tan leus iois ni es-
[mais ^
Ni nO porta cm tA greus
[eschais
Con damor qi ame comquts
5 Camors a poder qe venza
E qant be nai souinenza
Adont* consir qe miels mi
[degra aucir
Qeu anc sofris qe mon po.
[gués partir
Can vi lamor. e la gram be-
[volenza.
VI. Mes vers voirai qe sia vitz.
[auzitz ^
Per mon beu thesaur par
[clauaîs
Qil es de pretz clardatz e
[rais
Ez an ^ can er. de lui partitz
5 An rie de ioi a prezensa
Dir qen sobeiras dargenza
E ma dona ma fag de lai
[venir
Car si per eus no fos a* ses
[faillir
For eu lombartz lie cenh e
[de valenza.
167
GAUCELMS FAIDITZ
(=B.Or. 167,^)
I . Lommtz ^^ iauzens sers
[ "]
Venc mot bel lespers **
Gen eomplit ^' matendenza
5 Mi toma en plazers
Ab douza souinenza
Em fai chanzos faire
Don mi cuiaua es traire
Car ben es razos
10 Qieu chant gais e ioios
Pos cil cui sui amaire
Qi es la genzer cane fos
Vol me e mas chanzos,
II. Qel sieus plazers pros
« /. : Qes— « /. : iais — » Z. : E car — W. : de lai lai — « L : ni esmais V
«c. en: Adonc— U, : sia a. — " /. : E tan — « /. ;er. — »• c. en:LonraU
— " /. : On tant bella paruenza —>«/.: mos bel espers — »* /. : complir
LE CHANSONNlEa DE BERNART AMOROS
47
Francs chauzitz de bonaire
Francs e chars e bos
Gentils e daut afaire
5 E li ^ oil amoros
QuQ saub toi * cor atraire
Assa benvolenza
Don îo plei ^ ves proenza
Man tan aut azers
10 Qe ries soi et esders
Sol vostra couinësa
Sia complitz lezers
Que noi failla poders.
III. Car adreh sabers
E valens conoissenza
E humils parers
E precs ab gran valësa
5 Beutatz genz teners
Son en lei don magensa
En son gais chantaire
Per sas valons retraire
Eil grazis los dos
10 EU plazers saboros
El afan queW vi traire
Al grieu comnjat doptos
Ab sospirs engoissos.
IV. Per soil tara ^ perdos
Car tarzei pauc ni gaire
De tomar coltos *
Ves lai dins son repaire
5 Don degenoillos
Li soi leials preiaire
Qe merces lam venza
Em perdo la faillenza
Courars ni valers
10 Ni baizars. ni iazers
No te sai nî bistenza
Sol noil sia temers
Lafanz nil mais poders*
V. Pero sil mouers
Qeu fau per penedenza
Lai on dieus lo vers
Près veraia naisenza
5 Les al cor dolers
Noi deu auer temenza
Ca totz bos veiaires
Es dieus ^ bos prez lo maiers ^
Qi sans delechos
10 Vai al rei glorios
Seruir qi es vers saluaire
Car el cel e saios
Len ve ries gazardos.
VI. (p. i6^) Oimais es sazos
Danar am dieu lo paire
Qi près mort per nos
Sia chapdelaire
5 Ez als compaignos
Qi son nostre cofraire
Per obedienza
Aider me lor crezenza
Eus cors eus auers
10 Can es sieu seruir ders
Telnha en sa prezenza
Eil sià douz vezers
Lafanz el mais paders.
168
GAUCELMS FAIDITZ
( = B. Gr. 243, 2* )
1 . De leis ^ cui am de cor e de
Domne segnior et amie vol-
[rai dir
E ma chanzo sil platz. qe
[voilla auzir
« /. : Eil — » /. : Qim saub lo — ^c, en: soplei — ♦ /. : tain — ^c, en:
coitos — *Z.: de — ' /. : maire.
• Vnijez le texte donné par M, Appel dans sa Chr. Prov. p, 75 d'après
la thèse de M. 0. Dammann Breslau 1891, p, 1 ss. — » /. : Geleis
4 8 LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Del meno r tenz ^ damor son
[gran poder
5 Perzo car nés * princeps
[ducs e marqes
Comtes e reis e lai on sa
[cortz es
Non sec razon mas plana
[volontatz
Ni ia nul temps noi sera
[dreitz vitjatz ^,
II. Tant es sotils com nO la
[pot vezer
E cor tan tost. qe res noil
[pot fugir
E fer tan fort qe res noil pot
[gandir
Ab dart dacier com nos pot
[escremir *
don fai colp de plazer
5 On non ten pro auzbes ^
[fortz ni espes
Si lanza dreg e pois trai de-
[manes
Sagetas daur ab son arc
[estezat
Pois lanza un dart de plomp
[gent afilat.
III. Corona daur porta per son
[deuer
E non ve ren mas lai on
vol ferir
No fail nul temps tan gen
[si sap aizir
E vola leu e fai si molt temer
5 E nais desaur ^ qe ses ab
[ioi enpres
E can fai mal sembla qe
[sia bes
E viu de gaug e defen e
[combat
Mas noi gara paratge ni
[rictat.
IV. E son balais lai on se vai
[iazer
A .V. portais e qil dos pot
[ubrir
Grieu passais très man ^ non
[pot leu partir
Mas ab gaug uîu cel qei
[pot remaner
5 E pujai hora per .1111. gras
[moût les
Mas non intra vilas ni mais
[après
Gap los fais son el barri
[alberjat
Qe ten del mon plus de luna
[meitat.
V. For al peiro on ela vei • se-
[zer
A .1. tauler tal con sai deve-
[zir
Qe neguns om noi saup nul
[ioc legir
Las figuras noi trop a son
[plazer
5 E zai mil poins mas gart qe
[noi ades
Om malauzatz. de lah iogar
[mespres
E li poin* de veire trasgi-
[tat
E quin frain^® un part son
[iuec e mudat".
VI. (p. 164) Ai tant con mars
[ni tra " pot tener
> l. : tertz — « î. : vews — * cen: iutjatz - ♦ /. : Ab d. dacier — « /. :
ausbers — ^ • c. en: desaut, /.: dasaut — "^ /. : mas — • c. en: vai — ® Z. :
point son — to c, en: train — ^M. : ennuidat —'•/.: terra
49
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Ni soleils par si fai * tôt
[seruir
Los nos fai vinre els autres
[fai morir
Los uns ten bas eb autres
[fai valer
5 Pois estrai leu so qe gen a
[promes
B rai nuda. mas can dun
[pauc dorfres
Qe porta seinh. e tuit sa pa-
[tentat ^
Naisson de fnec de qe son
[asemblat,
VII. Al segon reis tam ' franqeza
[e merces
El sobeiranz es de tan gran
[rictat
Qe sobra cels essaia son
[régnât.
169
GAUCELMS FAIDITZ
( = B. Gr. 167, 2 )
I. Er consir e plaing
En chantan mon dampnatge
Dun ici qem sofraing
Per mo meteus folatge
5 Qen pais estrain
Fui ^ ne no vei messatge
De leis cui soplei
Don eu nom recrei
Cades on qeu sei
10 Laclin ses cor volatge
Se tôt non la vei.
II. Mi donz sui aclinz
Vas on qeu vau ni vegna
Eviers lo pais
0 ill estai e regnja
5 Sola ma conqis
La bella qi nom degna
E no sai per qe
Me destreing anc se
Qeu lasegur be
10 Qe ia dautra non fegna
Mas il la uO ore.
III. Moût fes bel gazain
Can * près mon homenatge
Per qeu non remain
En autrui segnoratgo
5 Ne a mi nos tain
Qieu seg autre viatge
Ni qieu ia desrei
En autrui domnei
Car SOS sers mautrei
10 Humils ab franc coratge
[ •]
IV. Amors qe farai
Saissim desasegura
Qil mauci desmai
E de me non a cura
5 Ai gelos sauai
E auolz genz tafura
E fais lausengier
Son damor guerrer
Per qa ieu qerir ^
10 Qil don malauentura
E mal encombrier.
V. Meilsforam sufris
De leis cui lois manteignha
Qe ia non la vis
Cattalz * maltraigz men re-
[gnha*
5 Soauet mi aucis
W. : faia— « /. : parents t — ' /.: Al s. rei toin.— « L :
Tan — • /. : Qautra non enuei — ' .. ; que iesu qier —
* /. : vegnha
Sui — • c. en:
• /. : Gaitals —
50
LE CHANSONNIER DE
Ab la fais antresegnha
Cant per sa merce
Mi retenc ab se
Car no len soue
10 Tant ma obs qem reuei-
[gnlia
[.. «1
VI. Joios ben sescbai
Caia de ioi frachura
Cel qa ioi verai
Et a lui non satura
5 Qel laz mos cors estai
Loin g de bona uentura
En grant consireir
E mon centongier
Vei damor premier
10 Si ia sa îoia dura
Beil vai a sobrier.
170
GAUCELMS PAIDITZ
(=B. Or. 167,35)
I. [p, 165) Main tas fazos ' es
[hom plus volontos
De zo don mal e dan li deu
[venir
Qe de son ben. e uoil lo per
[men dir
Car ieu meteis manei mètre
[cochos
5 En tal poder. don aran
[vauc plagnen
Qem fai languir, e suspirar
[souen
Qe qan ne ' cug ben auer
[ieu nai dan
E torn atraz qan cug anar
[enan.
BERNART AMOROS
11. Ben man trahit seu bel oill
[amoros
E SOS gentz corse sos azautz
[gamitz ^
Sos gentz parlars. e sos
[gens acuillira
Sos bels solatz sos auinens
[respos
5 Mala vi anc sa gran beutat
[valen
Don ieu cugei auer mon cor
[iauzen
Mas aram vau plagnen e
[sospiran
E nom i val merces qeu lai
[deman.
III. Anc non cugei qe nuilla
[domna foz
Tan grft bentatz qen fos
merces a dir
Qon plus li clam merce nom
[deg nauzir
Anz ma son cors ades plus
[orgoillos
5 Per qe mos mala mi vai ades
[creissen
& es mi piegz ci deus mi
[sal p«r vn cen
Per leis car ten iha* de mal*
[estan
Qe per lo mal qeu nai ni per
[lafan.
IV. Lo mais qieu trac mi fora
[bels e bos
Bella domna sol qel pogues
[suffrir
Car ses afan non pot hom
[enreqir
De nuU afar qe sia chabal-
[los
1 /. : Nil membra de me.— * ?• en: sazos — ' Z. : eu — *c,€n: gamirz
— • /. : renni a.
LE GHÂNSONNIBR DB
5 & zo qe hom conqier ab
[gran turmen
Ten hom plus car plus celat
[e plus gen
Quê zo que ha tôt iorn a son
[talan
Qar lea despen qi de lea ha
[gazaing.
V. De zo don plus cugei esser
[ioios
Soi plus iratz e nai mais de
[conzir
Per qom nous deu p^ gaug
[trop esiauzir
Ni p«r ira esser trop an-
[goissos
5 Mas ieunon puesc ges esser
daital sen
Qeu malegrei trop al co-
[menzamen
Douma per uos mas eram
[vau ploran
QoQ hom marritz que ren
[non sap on san.
VI. Sa ma domna plaguesson
[mas chansos
Naurella moût mestera bel
[e gen
Car ia enan non aurai mon
[talen
De nnlla ren ni puesc far
[bel semblan
5 Tro que de leis aia zo qeil
[deman.
BERNÂRT AMOROS 51
171
QAUCELMS FAIDITZ
(= B. Gr. 167, 19)
I. (p. 1616) Del gran golfe de mar
E dels enois los ' portz
E del perillos far
Soi merce dieu * estortz
5 Don pose dir e cOdar
Qe mainta malananza
1 hai suffert e maint turmen
E pos a dieu platz quen '
[torn men
En limozi ab cor iauzen
10 Don parti ab pesanza
Lo tomar e lonranza
Li grasisc pos el mo cossen.
II. Ben dei dieu merceiar
Pos vol qe sanz e fortz
Puesc el pais tomar
Un val mais uns paucs doir *
5 Qe dautra terrestar
Ries ab gran benananza *
Qar sol li bel acuillimen
Eil onrat fag eil * dig plazen
De nostra domna il ^ prezen
10 Damorosa coindanza
E la douza semblanza
Val tôt qan autra terra ren.
III. Ar hai dreg de chantar
Pos vei ioi e deportz
Solatz e domneiar
Qar zo es vostra cortz ^
5 E la font el ris * clar
Fan mal cor alegranza
Voyez les éditions de cette chanson données par M. Chahaneau, dans
la Rev, des t. r., IV s., t. II, p. 550 s. et par M. Appel, dans sa Pro-
venzalische C/trestomathie, p. 112. — t /. ; enoios (CA.), enois deU (A) -
* Ch. : deu — » (7A.:que — * /. : ortz (Ch, et A.) — » CA. : benan[an]za
- •Ch.etA. : oll — t/. : eU (CA. et A.]- « /. : vostr^acortz {Ch.) — « /. :
Us fonU el riu {Ch. et A.)
52
LE CHANSONNIER DE BEBNART AMOROS
Prat* e vergier qar tôt mes *
[jçen
Qera nO dopti mar ni ven
Garbe ' maistre ni ponen
10 Ni ma naus nom balanza
Ni nom sai * mais doptansa
Galier * ni corsier corren.
IV. Qi per dieu gazaignar
Pren daitals desconortz
Ni per sarme * saluar
Ben es dregz "^ non ges tortz
5 Mas cel • qi per rubar
E per mal acordanza
Vai per mar un hom tan
[mal pren
Em pauc dora sauen souen
Qe qan cujom puiar deissen
10 Si qab desesperanza
Il laissa * tôt eslanza *°
Larme lo cor " e *' laur e
[largen.
Finis coronat opus,
(p. 166*:) Argumente den foiqetz
de marssilia [voy. devant n« 97].
(p.l663:) Argumente de gaucelms
faiditz [voy. devant n" 138].
(p. 166* :) Copie partielle d'un
planh catalan (B. Or. 461, 2) publié
d'après un autre ms. complet par
Terres Amat à la p. 369 de son
Dictiennario critico de les escri-
teres catalanes (Voy. une note de
M. C. Chabaneau, dans le vel.XVlII
de la Rev. des 1. r., p. 18 s.). Le
texte incomplet de & a été imprimé
dans la préface de mon édition des
deux plus anciennes grammaires
provençales^ p, VII et era scritto
inanzi al principie del originale
nelle carte che si seglien lasciar
blanche per conservare i libri cosi
imperfetto.
(p. 1643) 1588. Jaques Tbssibr de
Tarascon.
Concorda te 1589.
Riueduto Antonio Martblino.
{p, 166^) ARGUMBNTO DBN PEIROLS
Peirols si fo us paubres caua-
liers daluergne dan castel qe a
nom peirob qes en la terra del
dalfin a pe de rochafou e fo certes
hom e auinenz de la p^rsona. el
dalfin daluergne si! ténia ab se el
vestia el daua cauals & armas, el
dalfiz si auia un a soror qauia nom
sail de claustra bella e bona e
molt presiada & era moillier den
beraut de mercoir dun gran baron
daluergne. en peirols si lamaua
per amor. El dalfis si la pregaua
p^ lui e salegraua molt de las
châzos qen peirols fazia de la
seror. e molt las fazia a plazer a
la seror e tant qe la dona li uolia
ben. eil fazia plazer damor a sau-
buda del dalfin e lamors de la
domna e den peirols monta tant
qel dalfiz sengelozi delà car cudet
qela li fezes plus qe non conuenis
ad ella. e parti peirols de si e loi-
gniet e nol uesti nil armet. don
peirols non sen pot mantener per
caualier, e uenc ioglars. & anec
percorlz ereceup delsbaros. draps
e dîners e cauals.
Ce texte se retrouve tel quel une
seconde fois au f 22, v<^ de la der-
nière partie du ms.
« Ch.: Prai -^^ Ch.: mos — « Ch. et A. : Garbi — * c. en : fai — » Ch.
et A.: Galea — 6 ch. ecA. : s'arma — ' CA. : Ben e saregz --•Ch. et A,:
ces — » /. : Eslaissa ou El /. (Ch,) — i* /. : e 'slanza (A,), en lanza(CA.) —
" /.: Larm'el cors (A,) — »« Ch,: (e).
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
53
172
EN PEIROLS
(= B. Gr. 366, 22)
I. (/>. I6T) Nuls hom dod
[sauci tan gen
Ni tan douzamen
Non fai son dan ni folleia
Con cel qen amor senten
5 Pero nai eu bon talen
Sitôt amors me guerreia
Nim destrein greumen
Car per mo * voler mal pren.
II. Cuna domn am finamen
Don mon escien
Mer a morirab leuera*
Tant es de rie pretz valen
5 E si plus nonca naten
On qieu steia lai sopleia
Vas lei franchamen
Mo8 cors qi la uez ' soueu.
III. Estraigz cossirers men ve
E si gairem te
Conois cades mi sordeia
Tort nai eu meteus de qe
5 Car nom am si cos coue
Tal dôna camar mi deia
Car il per ma fe
No deu sol pôsar de me.
IV. E pero can sesdeue
Qieu li par len rei ^
Ges mas paraulas nom veia *
Anz uei gescouta^ las be
5 Del repropcher mi soue
Qi non contraditz autreia
Auran doncs merce
Tant 0 voil qie nO lo cre.
V. Pel bel semblan qelam fai
Vol qem tenga gai
E qem bon respeg esteia
Mas de sa valor mesmai
5 Ai bella donna sius plai
La vostra francheza veia
Lo greu mal qieu trai
DoD ia senz vos non guerrai.
VL Cbanzos saludar lam vai
Per teil mandarai
Qeil res es qe plus me greia
Car tan luing de mi estai
5 E pos enaissi seschai
Sobre tôt cant es lam preia
Qe il soneigna lai
Dezo. dont ieu consir sai.
VII. Bella dona de vos ai
Tal dezir e tal enueia
Qe ren del ^ mon mai
Al cor a mi nom estai.
173
EN PEIROLS
(= B. Gp. 366, 31)
I. Si ben son loing et entre
[gen estraigna
Eu mais consir damor ab
[qem conort
E pans dun vers consil fasse
pacort
Tal qe sia bons e plazens e
[fiz
5 E car hom mais mon chan-
[tar mi grazis
Adoncs dei miels gardar qe
[nom mesprenda
Ni diga ren don sauis me
[reprenda.
t /. : mal — * /. : Tenueia — * /. : ue — * L: parlen re — * c. en: neia
— «/. : qescouta — ' /. : de tôt lo.
54
LE CHANSONNIER DE BEUNAUT AMOROS
II. Non es nuils iornz qe mon
[cor non descenda
Una douzors qem ven de
[som pais
Lai iong mas mans & lai
[estauc aclis
E sapchas ben qeu volgra
[esser fort
5 Près de mi donz sitôt sa vas
[mi tort
Cab bel solatz & ab douza
[compagnia
Mi dauret gen zo qe ara
mestragnja.
III. (p. 168) Ben ai assatz qe
[suspir e qe plaigna
Ca pane lo cor nô part cant
[mi recort
Del bel solatz. del ioi e del
[déport
E del plazer qelam fei e qem
[diz
5 Ai con fora garitz. sadonc
[moris
Que can la prec que de mi
merceil prenda
Sol veiaire non fai qella
[mentenda.
IV. Ben es razons qieu suffra e
[atenda
Con atendrai pos lieis nO
[abeillis
Miels mi fora som cug qe
[men partis
Partir non ges. trop nai
[près lonc acort
5 Bona domna vostrO sui tôt
[a fort
E non cudes lamor e mi
[remaigna
Qen vos amar tem qe temps
[mesoffraigna.
V, A lieis non fail res qa prô
[dOna taigna
Com nô la ue qe de lieis
[laus nom port
Colde gai es e pros p^r qieu
[lam fort
E doncs amors oui tos temps
[soi aclins
5 Plagues li ia cuna ves men
[auzis
Agestal* qeirper don e per
[emenda
0 si non mais guizardon nO
[mi rCda.
VI. Dautre trebail prec dieu
[qellam defenda
Mas vn sol iom volgra qella
[sentis
Lo mal qeu trac per leis ser
[e maUs
Qen grieu perilh ma laissât
[loi g del port
5 E non voil ges quautra men
[ai estort
E sa leis platzqe ia vas me
[safraigna
Ane no fes om damor genzor
[gazaigna.
174
EN PEIROLS
(=B. Gr.386,12)
I. Del sieu tort farai emenda
Leis quem fes partir de se
Anqer ai telan qeil renda
Sil plai mas chanzos e me
t /.; Aqestal.
LE CHANSONNIER DE BERNART ÂMOROS
55
5 Ses reipeig dautra merce
Sol soffra qen lieis men-
[tenda
E qel bel men atenda.
H. Ges per negun mal qem
[prenda
De samistat nom recre
Anz sofraicades mentenda'
La pen el dan qe men re
5 Fairem degra qalqe ben
Mas non tain qeu lan re-
[prenda
Si tôt ses ver qill mes-
[prenda.
lU. Mont i consir nueg e dia
E no men sai conseillar
Pero si sesdeuenia
Gran talent ai can baizar
5 Li pogues tolr o emblar
E si pois sen iraissia
Yoluntiers lo li rendria.
IV. (p. Î69) Ben conosc qieu
[non poiria
Mon cor de samor ostar
Per ira ni per feunia
Ni per autra domn amar
5 No mo cal plus essaiar
Caissi con li plaira sia
Qieu lamarai tota uia.
V. Qel mon nom es hom qe
[teigna
Tan apoderat amors
Qe ges non vol quen reteina
Los plazers ni las bon ors
5 Cauia trobat aillors
Anz vol qede sai mestreigna
Per zo qenô vol nim degnia.
VI. Bella dOna en cui reigna
Senz e beutatz e valors
Pos suffretz caissim des-
[treigna
Lo dezirers e la dolors
5 Si vais dels plazers menons
Mi faitz tan don lois mi
[veigna
Sol ca uos non descoueigna.
Vil. Cbanzoneta vai de cors
Dir a mi donz qel *reteigna
Pos mi retener non deigna.
175
EN PEIROLS
(= B. Gr. 366, 14)
I . Dun sonet vau pensan
Per solaz e per rire
Qeu non chantera ogan
Estier per mon consire
5 Dont mi conort chantan
Camors mauci desroai
Car ma trobat verai
Plus de mil ' autr aman.
II. Las con muer deziran
Sos hom e sos seruire
Qieus iria celan
Maintas ves men azire
5 E die per maltalan
Qe totz men partirai
Aquei mezeus trop lai
Mon cor on eran tan.
m. Ges per autrui nol man
La ren qe plus dezire
Qeu mezeus tan la blan
No len auzi ren dire
5 Anz can li soi denan
Mal tas vetz can seschai
Die dona que farai
Nom respont mas gaban.
IV. Sivals* vai daitan
Qe ges nom pot aucire
A tan onrat afan
« c. en : men renda — « l,: qet, — • Z. : nul — ♦ /. : Sivals bem
&6
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Ni ab tan bel martire
5 Catal donam coman
Qes la genzer qeu sai
Bo8 mes lo mais qeu trai
Mas il na pechat gran.
V. Si ' oilh el cors mestan
Vas leis caillors nos vire
Si cades on qeu man
La vei e la remire
5 Tôt p^r aital semblan
Con la flors com retrai
Qe totas viai yai
Contrail soleil viran.
VI. Si marnes ni^ tan ni qan
Ja for eu totz iauzire
Sapchatz nO es dengan
Qe souen en sospire
5 DOna per oui eu chan
Una ren vos dirai
Saquest vostrom dechai
AntaP auretz e dan.
VIL Chansonetta ab aitan
Dreit a mi donz ten vai
E digas li sil plai
Qe tempr«nga et chan.
VIII. (p. 170) Damor ai fin talan
Ë fin dezirer nai
E ia daqui en lai
On plus no men deman.
176
EN PEIROLS
(= B. Gr. 366, 20)
I. Mentencion ai tôt en un
[vers messa
Con valgues mais, de chan
[qieu anc fezes
E progresser que miels fora
[apreza
Chanzonetta sieu faire la
[volgues
5 Mas chantars tom a leuja-
[ria
E bon vers qi far lo sabia
Qes ^ semblan qe degues
[mais valer
Per qieu i voil demonstrar
[mon saber.
II. Amors mauci tan ses emen
[apreza
Greus mes lafanz el trebails
[on ma mes
Tôt na perdut deportar e
[gaieza
E sanc nai ioi era non sai qe
[ses
5 Per mi donz suspir noit e
[dia
Mi donz cai dig con lapel
[mia
Dir lo puesc eu caitan nai
[em poder
Mas ill nO vol nim degna re-
[tener.
III. La gran beutat de lieis e la
[drecheza
Non es nuls hom que truep
[lauzar pogues
leu qe pro ' silles bell e
[cortesa
Anz mueir yer leis e noil
[en pren merces
5 Ver qel faz ieu ia trobaria
Autra domna qe mamaria
Mas er sai eu qel reprocher ®
[diz ver
> /. : Li — « /. : marnes — a /, • Antai. — ♦ /. : Q.a — * proi ai —
* c» eni reproches
LE CHANSONNIER DE BERNABT ÂMOROS
57
Tostemps vol hom zo qe
[nom ' pot auer.
IV. Ja non creirai qea non la-
[gues conqueza
Seu ualgaes tan qe amar
[mi degues
Las qe farai amar lai sa
[leis peza
E sofDrirai mê dOna non eu
[ges
5 Mas per merces la pmaria
Qe noil pezel ' si noil plai-
[ria
Qe nulla ren nom pot dal
[cor mouer
Lo désirer qem destrein el
[voler.
V. Emperairis volgra fos o
[marcheza
O reina cela qe me ten près
E tôt lauer del mond e la
[richeza
Volgra eu plus qeu non sai
[dir agues
5 Qe pfraitan non mauciria
Mas sa beutatzmauciemlia
Car es tan granz e tan sap
[far plazer
Son bel semblan car le laira ^
[vezer.
177
EN PEIROLS
(= B. Gr. 366, 6)
I . Camjat ai mon consirer
Camger * ai faig damia
Don ai fin ioi vertadier
M ais cauer non solia
5 E nô es de prelz sobrier
leu per qe mentiria
Car so dis el reprocheir
Qui nO troba non tria
E qi pren nos fadia.
II . Entendrem fazi amor
En folla richaudia
En la riqessa auzor
Don mal pnon grat suffria
5 Penas e duns e dolor
Si qe tôt io** motîa
Gardatz sera ben folor
Qe con plus i perdia
E miels mi entendia.
III. ip. 171) Per qem sui ame-
[suratz
E tien g ma dreita via
Qor qe fes ma voluntatz
Plus aut qe non deuria
5 Ben degr esser castiatz
Fer danz qe men venia
Qe zo es dobla foudatz
Dôme qi nos chastia
Pos conois sa folia.
IV. Lai on ai mon bon esper
Matrait amorz em lia
Don nom pueis ni auz mouer
Mon consir nuit ni dia
5 Ben pot ma dôna saber
Quer eu lam ses bauzia
Qe ren contrai seu voler
M os cors non pensaria
Nil bocha nol diiîa.
V. Ara sai eu et enten
Qes bona côpagnia
Candos samon finamen
Per leial drudaria
5 E chascuns tôt franchamen
Vas son par sumelia
Qe amors non vai qeren
Null autra segnioria
Mais merce tota via.
« /. : non — * /. ; pezes — ' /. ; se laisa. — ♦ cen: Gamget
58
LE CHANSONNIER DE BEBNART AMOROS
VI. E zo sai qestora ben
E fora cortesia
Qe ia hom non âmes ren
Mas zo qe lamaria
5 Preiar seschai es coud
Qe mesura i metria
Mas sapchatz qi trop sen-
[ten
Pois me sembla qe sia
Enaegz eustania* .
VII. Leu cbanzoneta plazen
Vai ten ta dreita via
A Ueis on iois eiooen
Renouella qec dia
5 Digas lim ca leis mi ren
Vas la cal part qe sia
Car eu non ai ^ talen
Del autra segnioria
Nis tain qeu plus en dia.
VIII. Miels me val mon bon es-
[peP
Ten chanzon dreita via
A la bella on qe sia
E dil qiel faz a saber
5 Cautra no voil qe sia
De mon cors garentia.
IX. Oils vos ren e boch e cors
Ma bella douz amia
De totz bos aibs conplia.
178
EN PEIROLS
( == B. Gr. 366, 27 )
I . Pos de mon ioi vertadier
Si fan aitan voluntier
Deuinador e parlier
Enoios elauzeujer.
5 Segon la fazenda
Couen qeu mi atenda
Qe gieinzmi a mestier
Ab qieu mi defenda
Qe neguns... ' aprenda
10 Mon celât consirer.
II. Demi donz aie de premier
Lon veia ^ el dezirer
& ab grft esfortz sobrer
Mi ten qe ren mais noi qier
5 Mas conque menprenda
Mos cors me diz qatenda
E sofra e sofrier
Ver qeu crei qesmenda
Men faz amors em renda
10 Qalqe plazer leuger.
III. {p. 172) Tal vetz es nom
[puesc suffHr
Cab mi mezeus nO azir
E voill men aitan partir
Qen altre domnei me vir
5 Per zo si remuda
Malautes. qar miels cuida
En altra part guérir
Mas ren no maiuda
Anz fas loita perduda
10 Cades tom sai morir.
IV. Ai can douzamen dezir.
Si pogues esdeuenir
Qamors men fezes iauzir
Aissi com lam fe cbauzir
5 Trop lai atëduda
Mas la flam escOduda '
Es grieus a esmortir
Tôt es remazuda
Lesp^ranz e vencuda
10 Qem soli esbaudir.
V. Pero ades mi soue
Camors deu atrair a se
Franc corag a bona fe
Miels cab nulla autra re
n. : e uilania — * /, : ai ges. — • /. : non ^^ *c, en: Lenyeia — • /. :
ascenduda
LE CHANSONNIER DE BERNA RT AMOROS
59
5 E cil oDseslanssa'
Tota ma desiranza
Po8 mon cor sap e re
Nom torn e viltanza
Caitan col rei de franza
10 Soi eu ries damar ben.
VI. E pois autre pron nom te
Preiarai lanquar de me
Cauzit ai retrair anc se
Qe las si ve qis recre
5 E sai ses doptâza
Qe ades esp^ranza
Qant hom troba merce
Dobla lalegi'Aza
£1 ioi el benauanza
10 A cel cui esdeue.
VII. Dalfi seDZ doptanza
Joi e pretz vos euanza
Miels camors dO fai me.
179
EN PEIROLS
(= B. Gr. 70, 45)
I. Tuit cil qem pregon qieu
[chan
Volgran saubesson lo uer
Sieu vai* aize ni lezer
Chantes qi chantar volria
5 Qeu nO sai ni chan ni via
Pos perdei ma beneanza'
Per ma mala destinanza.
II. Ailas con muer de talan
Qeu nom dorm mati ni ser
Anz la nueg can vau iazer
Lo rossigniols chant e cria
5 Et ieu qi chantar solia
Muer denvei e de pezanza
Can aug ioi ni alegranza.
m Amors beus iet^amon dan
Cautre pro noi puesc auer
Ja mais baizar ni temer
Nous qier cadoncs vos per-
[dria
5 Ben es fols qin vos se fia
Cab vostra bella semblanza
Maues tragses desfinanza'.
IV. Damors vos puesc ieu * dir
[aitan
Qi ben la pogues auer
Res non la pogra valer
Certas moût fon bon amia
5 Mas nom duret mas un dia
Per qels fols qi ses fer-
[manza
Met en amor sesperanza.
V. {p, 1 7S) Lemozi a deu coman
Leis qi nom vol retener
Oimais pot il ben saber
Qe vers es so qeil dizia
5 Qen terr estragna niria
Pos dieus ni fez ni fianza
No mi val ni acordanza.
180
EN PEIROLS
(= B. Op. 366, 9)
1 . Cora qem fezes doler
Amors nim dones esmai
Eiram ten iausent e gai
Per qeu chant de mon pla-
[zer
5 Car ai plus rie ioi conquis
Cami nous taignia
Per qe mos chanz sumelia
Cumelitatz menreqis.
^ c. en: seslaussa. — » c. e;i ; nai — > Z. : benôanza — ♦ prec — » /. :
desflanza — • /. :Jpuesc.
60
LE CHANSONNIER DE BERNA RT AMOROS
II. Mi donz merci e grazis
Del benananza qeu ai
Ni ia nô loblidarai
Los plazers qem fes nim dis
5 Qen mi non a mais poder
Sill qamar solia
Qem plus franca segnioria
Voil ses enian remaner.
III. Darenan mer a tener
Al reprocher com retrai
Nos moua qi ben estai
Non farai ia eu per ver
5 Qk^îI flama camors noiris
Mart la nueg el dia
Per qeu remain tota via
Con fai laurs el fuec plus
[fis.
IV. Molt magrad o mabeillis
De dos amies cant seschai
Qe samon dun cor verai
E luDS laltre non trais
5 E saboD luec e lezer
Gardar tota via
Que lur bona compaguia
Non puesc enoios saber.
V. Souen lanera uezer
La plus auinen qeu sai
Sil deuinamen qou fai
Nom avengues a temer
5 Pero mos cors es aclis
Vas leis on qe sia
Qe fin amors ioing e lia
Cor part' loindan pais.
VI. Ser outra la cros del ris
Don nuls hom non toma sai
No crezatz qem pogues lais
Re tener nuls paradis
5 Tant ai mo voler assitz
0 ma douza amia
Que senes leis nO poiria
Nul autre loi retener.
Vil. Chanzos oimais potz rener*
Vas mi donz ta uia
Quen sai be qii«la volria
Te auzir e mi vezer.
VIII. Dalfi sauzesmon voler
Dir a ren qe sia
Tant am vostra compagnia
Qe vos en saupras lo ver.
181
EN PEIROLS
(= B. Or. 366, 34)
I. {p. 174) Tuit mei dezir son
[damor e de chan
En aqti^tz dos mestiers gais
[e certes
Aimonengiene moncoratge
[mes
E pois amors ab douz pla-
[zers menanza
5 6é deu esser mos chanz fis
[e valenz
Qar tant ma faitz ma dona
[ries couenz
Per qa totz iomz viu en
[bona esperanza.
II. Maltraitzdamorno sera' tan
[granz
Qautre dos mais noi estec
[cals qe bes
Qtiestiers nO crei qom suffrir
[la * pogues
E qan seschai com na gran
[benananza
5 Ja tan non er segura ni
[plazens
Cades noi trop, angoisses
[pensamenz
« /. : part de — * c. en : tener. — ' /. : s. mais — • /. : lo
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
61
Qttestreignion lo ioi e lale-
[gjanza.
III. Qant ieu premier la vi mi
[plat ' aitan
Qe de mon cor retener non
[poic ges
Totz fo a leis. & enqera
[si 68
Moût i trobet amoroza coin-
[danza
5 E grâ solatz e fin enseigna-
[menz
Mas si tôt sni de samistat
[iauzenz
Qar mes trop loing nai dolor
[e pezanza.
IV. Pero ben sai can se son doi
[aman
Fort adirat e lut* es gran
[mal près
Pois los plaideia. franchesa
[e merces
Molt lor es douza e bona
[lacordanza
5 Cadoncs lur nais nouels
[esiauzimenz
Mas ieu no veil qec iom
[adiramenz
Mo ioi segur torn en aital
[balanza.
V. Envei-s mi donz ai tos temps
[bon talan
E lamarai cni qe plassa nil
[pes
Caissonon pot vedar neguna
[res
Qe can recortsos digtz e sa
[semblanza
5 Con ilh es bell e coinde aui-
[nenz
Tostemps serai en samor
[atendenz
Car ieu nO ai en autre ioi
[fizanza.
182
EN PEIROLS
(= B. Or. 366, 33)
I. Tôt mon engien e mon
[saber
Ai mes en un ioi qem soste
Quan mi remembra nim sone
Tam bona domnamfai chan-
[tar
5 Adoncs mi deuri esforsar
Con pognes far mon chant
[valer
Si ben trac greu martire
Damor cui sui seruire.
II. Amors ma si en son poder
Qel ma fait comensar. tal
[ren
Qieu non puesc a mal ni a
[ben
Trair a cap plus cal cei
[mOtar
5 Per la genzer com pot tro-
[bar
Gardât? sim deuri eschazer
Qieu lam tant e dezire
Caillors mO cor nO vire.
III. {p, 175) Ieu lam maiz qe
[non faz parer
En parli mais qe nos coue
E voil qem aucizatz de se
Si iaroais men auzetz parlar
5 Ni a dreig semblan deuinar
Tan sai cubertamen tener
> /. : plac.
62
LE CHANSONNIER DE
E celar mon albire
Ab solatz e ab rire.
IV. La nueg qant ieu mi vauc
[iazer
El iom ma in tas vez esdeue
CoQsir com li clames merce
Qant ieu poiria ab leis parlar
5 AdoDcs rao sai ieu ben pen-
[sar
E bos motz chauzir e vezer
E ma razoQ assire
E lai qO sai qe dire.
V Lo repprocheirs non diz ges
[ver
Qe cors oblida cueils nO ve
Anz a ben faillit endreit me
Qeu nom la puesc entrob-
[lidar
5 La bella cui non auz preiar
Tan tem faillir al sieu voler
Per qieu plaing e sospire
Ai araors nom aucire.
VI. Ai las qeu cudaua auer
Galqe pron en ma bona fe
On plus sui desperalz ' cre
Qe merces mi puesc aiudar
5 Era nO sai aconseillar
Mas atendrai lo sieu plazer
Grieu er damor iauzire
Si non es francs suffrire.
VII . El vers na ten^ a dire
Ses qi bel sapcha dire.
183
EN PEIROLS
(=:B. Or. 366,21)
I. Moût mentremis de chantar
[voluntiers
BERNA RT AMOHOS
E dalegranse de ici man-
[tener
Domenz qeu fui daraor. en
[ben esper
Eras. noi vei nom * pron ni
[noi enten
5 Ni de midons mais socors
[non aten
Tais desconortz e tais esmais
[me ve
Qe per un pauc de tôt ioi
[nom recre.
II. Gran mal mi fes lacoinda-
[menz prtmers
Eil bel semblan qe ies non
[eran ver
Cane pueis non puec mon
[coratge mouer
Tuit mei dezir son en lei
[solamen
5 Ni de ren als granz enueia
[nom pren
E pos noil platz. qe nai autra
[merce
A suffrir mer. lo trebail qe
[men ve.
III. Ja non partrai de leis mos
[cossirers
Permalqem fassa* noil pues
[mal voler
Car tan la fai senz e beutatz
[valer
Segon lafan folei sauiamen
5 Va fol cai dig anz folei fola-
[men
Cancnerceus'qan rilombra
[de se
Si bes mori no fo plus fol
[deman *.
t /. ; desesperatz — * c. en : ren. — < /. : mon - « î. ; f . eu — » /. : nar-
cissus — * {. : de me
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
63
IV. Qatressim muer entre loQCs
[dezirers
Qem fan souen sospirar e
[doler
Fer leis qe ma gitat a non
[chaler
Loing desperans e de re-
[fraingnemen
5 Qesquiuat ma som priuat
[parlamen
& eu am la tant a la mia
[fe
Cant vei mon dan les mi
[mezeis non cre.
V. (p. 176) Ben fai cals ver»
[totz mo8 cosseils derrière
Po8 del partir nO ai gen ni
[saber
Senz 808 pensars farai lo
[mieu plazer
Amaraî leis midonz per tal
[couen
5 Qel cor aurai lamoros pen-
[samen
E la bocha terai ades el fre
Qe als per ren no lin dirai
[mais re.
VI. £ estarai cornai peneden-
[siers
Qe ren non qier de zo qe vol
[auer
Ai com tarza qieu nom la
[vau vezer
Irai lai doncs morir mon
[escien
5 Hoc caital mort amarai ieu
[souen
Qestraignamen a gran plazer
[qi ve
Se cama fort ia non ai autra
[be.
VII. Lo uers trametmi donz per
[tal couen
Qa tôt lo meinz sautre proz
[no men ve
Gant lauzira li membrara
[de me.
184
EN PEIROLS
(= B. Gr. 366, 16)
I. Ru non lauzarei ia mon
[chan
Mais sius agrada ni bons es
Lamors qi ma el seu coman
En sapchas grat cami non
[ies
5 Car amors me guida e me-
[nanza
Si bem da trebail mi * pezanza
Eu viu iauzenz. can mor
[aman.
II. Ja drutz non conosca son
[dan
Sesser vol sauisni certes
Ni fassa parer ni trtan
[Qe ren] contra son dan. li
[pes
5 Car cel enqier sa malananza
Qe per orgueil cuida ven-
[janza
Père aqi on hom nol blan.
III. Mi donz per sa francheza
[gran
Plas qel receup me nome-
[nes*
Em fes em donet em dis
[tant
Qieu non cuiei com mi val-
[gues
t cen: sai c. ner. — * /. : ni — ' i, : mon omenes
G4
LE CHANSONNIER DE BEHNÂRT AMOROS
5 Mais er ai paor e doptanza
Qe p^?* noncur o per mu-
[tanza
Nom oblit em torn en soan.
IV. Moltfui aut vas qe vai bais-
[san
E puesc dir qenaissi mes
[près
Com celui qi vai ioi som-
[gniat*
E qan ressida non es res
5 On trouarai iamais fianza
Ni neguna bella semblanza
Pos qeu* aqesta trop enian.
V. Truep die non puesc als qe
[mort man
Atendrê bellas merces
Que farai donc deserenan
Partirai men hoc sieu po-
[gûes
5 Mas mentre mestaucemba-
[lanza
Si men luegna desesperanza
Sin ' amors mapropch atre-
[tan.
1 Z. : somgniawf — •c. en: qen — ' c. en: Fin.
E. Stbngfx.
{A suivre.)
I DODICI CANTI
EPOPEE ROMANESQUE D0 XVI» SIECLE
CANTO UNDECIMO
{SuiU)
[R^ 130v®]98. Deh, yedi, Christo, corne la tua chiesa
E data in preda delli rei Tithani
Et corne dalla gente Colloneaa
Pria, et poi dalli maligni Lutherani
Fu divorata, et malamente offesa
Da traditori Ausoni et da marani
Celtiberi et crudei Thedeschi insieme,
Ch* ognam quanto più puô la stratia et prieme !
99. Da quei, che faUamente del tuo nome,
Signor, gioiscon, la Barca di Pietro
Si corca di somerger con le some
Del loro vitio et lor peccato tetro.
Et hanno le sae forze tanto dôme,
Che qaaai perso haveva il degno scetro.
Ma venne Paalo poi ch* in picciol brando
Ne fe vendetta, o fatto memorando !
100. Ma corne potrà Paulo qaella fede,
Signor, di Pietro conservar illesa,
S'alli nemici di tua santa fede
Chi solea diffender la tua chiesa
Éssi appoggiato ? et, se si è fatto herede
Délia setta de Lutero suspesa,
Ghi tenuto è di prender Tarmi in mano
Per conservarla da Torco et pagano?
5
I DODICI CANTI
1 . Hai lu, Hignor del ciel, gli ochi al chiusi
Che non vogli veder tutti i progressi
Che fftnno queî, che la tua chieaa ha eiclusi
Da se per li »oi tanti et gravi eaoe»»!?
Deh, chi fia che del non poter ti acusi,
Signor, purgare questi error auoceBSÎÎ
Purgali, aignor mio, quai l'or ai auole
Purgar, tu, che sei di giuatitia il aole !
2, Preata tanto favor al tuo vicario
Et fol da morte al men tanto invindbile
Ch' a ciftBchedun, ch' a tuo nome * contrario,
Sia come Oiosnè forte et terribile ;
Ma non, che '1 sol facraa 11 auo corao vario,
Chieggio, aignor, quai vadi, et aei inviaibile,
Ogui aecreto che nel cor dilatasi,
Perché da l'ocbio tuo ïivace guaUai.
103. Di wô pîù. Volcaoo accende il fuoco
Et, BU l'incudin l'infocato feiro
Stendendo, luatra tutto il BCuro luoco.
Un dei compagni, chiamato Zifferro,
La mazzabatleetcoal apocoapoco
FaTarrai tutte, etl'altro, Brugiaferro
Nomato, acolpe l'albero et il nome
Cba Ouerino a. dû lagge aperto prome.
4. Fatto l'ushergo et tutta la corazza
COD l'albero di Qiove dinajizi et dietro.
Fa il fabro zoppo ana heu grave mazza
Da far ogui lorica un fragil vetro.
Non &tta a ogniun se non di forte raiza,
Degno d'impero o almen di régal acetro ;
Poi fece il Tabro si minuta maglia
Ch' a' riguardanli lo vedere abaglia ;
15. Li braccial, ischineri, il gorzeriuo
Coi apalaccie i coiciai, poi duo'apron d'oro,
Uno elno perfecttiaiimo accialino
Ch'intorno bavea le ghiande d'oro ;
Per tutto é Bcritto il nome di Guerrino.
Et per cimier vi è una quercetta d'oro ;
Di accia' il ecudo a ghiande lavorato
Et d'uOB bella quercia in mezza ornato.
CANTO UNDECIMO 67
106. Un brando fece di chi la lama era
Délie più belle ch* ochio humau vedesse,
(Et tutte fur temprate in Pacqua nera
Di Stige, che fortezza tal le impresse
Che ogni altre arme parean di para cera
Apresso a queste, che la maga ellease,
Anzi far fece per il suo Gaerrino)
Et riccamente ornato di oro fino.
107. Scritto havea nella lama il brando altiero :
« Pygra son di Guerin sempre veloce. »»
Et vera [mente] fu si amaro et fero
Che fu chiamato poi la Pygra atroce.
Pygra amara vuol dir, se punto il vero
Mostra il Greco al Latino in piana voce,
Et fu si atroce il brando et fu si amaro
Ch* a chi Thebbe contra gostô caro.
[P*131 ▼•]108. Non contenta di queato ancor la saga.
Perché non sempre un huon si truova armato,
Essendo délia ria sorte presaga
Che devea baver Gueriin privo del stato,
Vollelo inoffensibil con la maga
Arte sua far ; a ciô da nuUo lato
Habia a patir da pietra, ferro o fuoco
0 legno, lo ridusse alcavo luoco.
109. Et, denudatol, tutto in Tacqua dove
Furno temprate Tarmi lo somerge
Fuora che il piè, ch' in man tiene ella, et, Giove
Invocando, il fanciul fuor de T acqua erge,
Dicendo : « 0 Dio del ciel, se pietà muove
La tua immensa bon ta, poichè si asperge
Con Tacqua Stigia ai Dei per sempre sacra,
Fa che a Guerin sia dolce e agli altri acra ! »
110. Poi diceva più cose in su la conca
Ove era Tacqua Stigia, scongiurando
1 spirti délia Tartarea spelonca,
Pregando et aslringendo et comandando
Che non havesse con lafalce adonca
Morte podestà o per lancia o per brando,
Nel suo Gerrino, o per legno o per pietra,
Né Giove con li strai di sua pharetra.
68 I LODIGI GÂNTI
111. Et sette volte nel predetto modo
Tuffô il fanciuUo nelle incantate acque.
Quai poi divenne cosl dure et sodo
Quai alla maga divenisse piacque ;
Né in legDO mai fu tanto fisao chiodo
Quanto Guerino in lei, né di lei nacqae
Figliuol che tanto amasse ella giamai
Quanto lui, che di se Tama più assai.
112. Pur per veder se impenetrabil riede
Ella Querin, poiehè Tha bene asciutto,
Con un coltello lievemente il fiede
In questo et in quel luogo, et praoval tutto
Con pietra et fuoco similmente, et vede
Che quai statua di marmo si è ridutto,
Di che ringratia il padre di Volcano
Che col figliuolo le sia stato humano.
[F^ 132 r<^] 113. Doppoi voile esperir Tarmi incantate
Et su la incudin dà col brando ignudo
Quai regge aile gran botte dispietate;
Et con la grieve mazza pruova il scudo.
Onde ne trahe faville si infiammate
Che lustra Tantro oscur col colpo crudo.
Da Telmo et da Taltre armi ancor trahe fuoco
Tal che fa chiar di lume il scuro luoco.
114. Quando ba de Tarmi vista la bontade,
La gentil maga i spiriti licentia,
Con patto pur che con celleritade
Ritornin richiamati a sua presentia,
Et li ringratia con humanitade
Lodando i fabri di loro eccellentia.
Si parton quei, lassando Popra vaga
Alla pietosa, degna et gentil maga.
115. Dentro a un forzier le serba et tanta cura
Nlia quanto baver si debbe a gran thesoro,
Et ben le cela nella tomba scura,
Più che se fusser gemme, argento et oro,
E il fanciuUin nudrir doppoi procura
Con somma diligentia e animo soro ;
Ma Naparro et Madar privi del stato
Pensano ogni hora far qualche trattato.
CANTO UNDECIMO 69
116. Qualche trattato pensano i gerroani
Fer discacciar Milon délia duchea,
Et fan certi secreti capitani
Che vadino a far genti in la Morea.
Havea Milone fatto far christiani
Tutti quelli ch' haver possuto havea ;
Chi per Tamor di Dio. chi per paura
Presa haveaa del battesmo la figura.
117. Fra gli altri batezzosi un Finnadusto
Non per amor[di] Dio, non per timorei
Non perché fusse più degU altri giusto,
Ma per posser più usar del traditore
Che non havea di nostra fede il gusto
Né dal bon spirto confirmato il core.
Costui segretamente stimulava
Naparro et alla guerra il [eccitava].
[F^ 138 ▼<»] 118. Fa far giostre Milon dentro Durazzo
Per Talegrezza del nato fanciullo.
Pei balli et suon va sozopre il palazzo,
Si prende ciaschedun grato trastullo,
Fassi in corte di vino un amplo sguazzo ;
Délie confetioni è il numer nuUo,
Anzi infinito, et cosl in tutti i laoghi
Délia cita si fanno feste et giuoghi.
119. Havea Milon per un mese ordinato
Tal feste et giuochi, et ei corte bandita
Teneva a ciaschedun guerrier pregiato ;
E i terrazzani e i forastieri invita
Liberamente di quai voglia stato,
Che la cita le par dar di gioia unita.
Dimostra Finadusto esser più lieto
D'altrui, tenendo il mal pensier segreto.
120. A costui par ch*[h]or sia congruo il tempo
Di dar principio al discacciar Milone.
Perô avisar Napar non perde ei tempo
Et con lettere manda un suo garzone,
A piè, senza armi, a quel ch*aspetta il tempo.
Come faceste voi con quel leone,
Con quel leone a chi lassaste el stato.
Et poi a tornarvi il tempo vi fe lato.
70 I DODÏCÏ CANTI
121 . Quando fa il tempo di toraar, tornaste,
Signor, et, se non foste a Fabriano
Stato tradito da quoi che menaste
Infidi, che v* usor si del marano,
Non bisognava che voi consumas te
Più tempo nel paese Marcbiano,
Che mai non fora stata in la memoria
Humana la più degna et gran vettoria.
122. Non si vanté Léon, non Lorenzino,
Sir, al dassezzo poi di loro tempre,
Né possedette la duchea d*Urbino
Corne in Tanimo suo posséder sempre
Si crese, che *1 valor vostro divino
Arditamente dimostraste, e, mentre
Stesti in campagna, deste da pen8ar[e]
Ai popul tutti da l'un Taltro mare.
[F« 133 r»] 123. Hor Finadusto avisa in la cittade
Posser entrar ben venti cavallieri,
Di quai si voglia lontane contrade
0 di propinque, a dimostrar gli altieri
Animi invitti et lor alta boutade
Ne Tarmiggiar, el cor gagliardi et feri,
Et che egli venghi et che egli meni aeco
Qualche guerrier perfetto o Turco o Greco.
124. Naparro il Turco sta gioioso et lieto
Dentro Dolcigno che U fratel possiede,
Cui dimostra la lettra e âpre il segreto,
E loda Finadusto di sua fede ;
Rimanda il messo coi bei duon quieto,
Et scrive a Finadusto et lo richiede
Che non H manchi mai, che verra presto
0 a rihaver la patria o a far del reste.
125. Poi se ne va a truovar Astiladoro
Subito in poste, e il tutto aprendo scuopre,
Et senza far colegio o coneistoro
I^dalo ad eseguir tutte queste opre,
Offerendole genti, argento et oro,
Per mandar i christiani indi sozopre ;
Et detteli un figliol per capitano
Et per compagno chiamato Ottomane.
CANTO UNDECIMO 71
126. Era valente cavallier costui
In arme et in consiglio et molto altiero.
Aconipagnato che si fu con lui,
Naparro diventô più forte et fero,
Et erano valenti anco amendai,
Che disprezzano ogni altro cavalliero.
Pur tolgono diciotto in compagnia
Ch* havean gran nome in la cavalleria.
127. Et quai dui servitor, quai tre ne piglia,
Homin perô ne Tarmi signalati '
Corne se fusser tutti una famiglia.
I cavallier sopra gli arcioni armati
Ne van verso Durazzo a lenta briglia,
Et son settanta tutti anoverati ;
Ma, signor mio, di lor tutto il soccesso
Ne Taltro cantar mio vi sarà espresso.
Ferdinand Castbts.
(J. suivre.)
IV
DOCUMENTS SUR LES RELATIONS
L'BMPBREUR MAXIMILIEN £T DE LUDOVIC SFOBZjL
[BuUé)
11
Marcheaino Stanga an dno de Milan
(Insprach, 3 mai 1499)
lll»*etex"'Hignoremio ob»er"*, heri arrivai in questolocoscontrato
fora de la terra dal R. do prepusito de BrixiDaet M. GualteroStradion,
quale de ordioe de qiiesti signori repenti e coneilieri me venerouo in-
contra e[ accorapagoorao fia allô allogiameoto mio. Queata matlina ho
visitato IL predicti Regenti in nome de la E. V. e declaratoli quanto
haveva io commiaiione. De la quale visitatione ciim parole molto ac-
commodate et amorevole hano rjngratialo la E, V., dirooDatrando reco-
gnoacere bene non aolo la obaervantia aua verso la Maeatà Cesarea,
ma le opère et effecti quale reusciacono da epsa ad beaallcio de la
predicla Maeatà.
El vescovo de flrixina non si tiova qiia, ma e ad Briïinooo ; per il
quale loco egaendo io paasaCo nel venire mio qua, et havendo inleao
chel ae ritrovava li aîquanto icdiaposto, andai ad vieitarlo in nome de
la E. V. ; e li uaai tiitte quelle amorevole parole che judicai ad propo-
■ito per certificarlo bene de la diapoailiooe BÎncera de la Ex. Vra
veraola Maeatà Ceaarea e dell' affoctioueche particularmente epaa ha
alla peraona de aua Sigiioria. Non poteria eiplicare oum quanta tene-
reia el me ricolae, e quanto ae dimonatri servitore alla Ex, Vra. Le
nnmlB >,.a f.irono ultimamente che la Ceaarea Maeati unicamente
TA., e aipeva cbe poche persone eranoamate piùda S.
ilo che epaa ern.
irivere qualcha coanala E. V., de quello che in quealo
eso de la Ceaarea Mae^ta e de le occurentie de qaeata
MAXIMILIBN ET LUDOVIC SFORZÂ 73
gaerra, ma essendo arrivato uno cavallaro expedito da Augustino
qnale vene a la E. V., et havendo aperto le lettere et inteso più chiara-
mente li avisi di quelle cose, me ne remetto ad quello che lai scrive ;
sapendo che ritrovandosî lui in facto, el scrivere suo è più fundato
sopra el vero che non poteriano esser li avisi miei, quali non sono
itMt de audiiu, Questo non omettero già che non è toccato da Augus-
tino, como, etc '
12
Ludovic Sforza à Giovanni Colla
ambassadear milanais en Allemagne'
(MUan, 5 mai 1491)
Zoanne, dal cavallaro quale arrivô heri matina, havemo recevute
le tue de* 24 e 26, et inteso quanto ne scrivi, restamo molto satisfato
del officie per te usato Con medesmo studio continuarai per havere
tona e vera noticia de quanto occorrera alla giornata et tenercene
avisati partie ularmen te. E perche volendone tu avvisare di cessa
alcuna secretamente el possi fare, te mandamo uno scontro de zifra
cotno hai domandato, del recevuto del quale ne darai aviso; accio sel
ne occorrera ancoranoi volerti scrivere cessa coperta,el possiamo fare;
le poste non ce pare di mettere perche non vorriamo dare suspec-
tione a questi Alamani de qua et mettere a periculo che le lettere pas-
saado per Monhraia fossero intercepte.
A quelli rev'^ emag<^ regenti, perla risposta quale te hano facto, dirai
che non se punto de la observantia et amore quai se per-
Buadeno portamo allô Ser. mo Re nostro, quale è tanto che non porria
essere maiore ne più cordiale, e che intese le due peticione ne fano,
alla prima dicemo che havendo noi mandate nostrinuncii a Coyra et a*
Suiceri. con la commissione che hano inteso, con significatione del desi-
derionostro che le cosse se agenisseno, et ofierirli, se li parevausare,
Topera nostra, non sapessimo che consilio dare aile loro Signoriesenon
che, essendo epse prudentissime et havendo avisato dil tutto laMaestà
Cesarea da la quale rasonevolmente deveno hora havere resposta se
* Milan A.d.S. Poterne Entere. Get^mania. Copie. «Exemplum littera-
rum D. Marchesini Stange ad illustrissimum. D. ducem Mediolani. — La
suite de cette lettre est imprimée par Motta, Battaglia di Calven e Mais,
doc. IX.
s Blilan/6<(i. Minute originale. Peut-être inachevée: le texte remplit
exactement quatre pages et finit au bout de la quatrième.
"rt MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFOBZA
reaiettemo a loro, « la malio sapeasimo che dirli al fariuao como lel
foBBB DOBtro iatereasa parCiculara.
Quinto alli SOm. fiorini de Reno.quali ne domandano ia praaiito, 1î
dirai cha voluntara Tomamo trovarce in tentiini de posaarli in tutto
aatiafare e che ae ban aismo in le guerrs e spese graviiBime cha «ai, co-
mo De scrive havarli declaralo al le dirai de nova, nondimeno é laie la
obaervantia noatra varao la CeaareaMaestà,(conlafartuQa da laquale
è lempre atato et è in noi propoaito firmiaaicao de haverli accompa-
giiBlaIanostra),die ae ben Don poBBemo havere tutto quello vorriamo
a aa aforzamo fare più cha posaiamo e aiamo contenli prasCarli per
adeBBo 12 m. fiorini de ReDO, a termino fin a Nntala, qaando le coase
non aiino assetate et ae continui la guerra : ma li pregarai voglino
(anere in se la cosaa sacretiaaima, et essere contenti per aatiafactione
DOBlra giurara di non laBBarla ioteDdera ad alcnno altro aa non alla
Maeatà Ceaarea aola, per evitaro el periculo e maie quale se ne porria
hora aeguire, quando Orieaaî e Suiceri lo intendessino ; U-ovandoDe doï
haverli coufinaoti al atato noatro in tanti loci quanti tu sai, con faci-
lita de voltarae a noatri damni; a per queatQ, acio elle in lo dara qnaati
dinar! non ae BcoprisBe la coaaa, voglino vedere ael fuaae qaaado a
Milano qualche nercadante o altro per meso del quale ae li poaaÎDO
fare havere secretamenU que b ti deoari, quai i ooili daremo, o che altro
modo li pare aervare acio ood ae posai intendere. Advertendo le
SigDorie sue che per la reatituliona ne ailuo mandate obligaUona in
Dome da la Ceaarea Maeatà e di quello conailio de Hispruc, como ce
bai acripto eaaerte da loro offerte, al ce na li ricercarai a fare ; dican-
doli appreaao che vorriamo al coasi pregamo le Signoria loro ad
ponerquaDdooccorreeaechequeatiAlamani inlendasaiuo l'aiuto noatro
coDtra loro e per queato na rooveaaeno guerra, epae aarano in noatro
aiato: subjungendoli tu che quando N. S. Dio ce facia gratia che la
coaae da qua se acquetino e aucceda lo accordo de le coaae de Piaa,
par lo quala lo ill.mo a"* duca de Ferrare va de preaente a Venetia et
înaieme oratori âorentini et uno noatro, anche noi uaaremo ogni studio
âdo reoac.— aequelli movimenti contra la Uaeslà Ceaarea.
13
L'ImpAratrioe Blanoft Harla ft. I>adOTlc Sfarsa *
(Pribourg, 4 mai 1499)
Bianca Maria, ele. III. me priDcepa patrue, etc. Per baver nui uaato
para del honorcvolcpratc Zoanne de Tonsia, prepo-
Sriginal.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFOBZÂ 75
sito de Gallerate, in sollicitare a Roma expeditione nostre spéciale et
anche denostri familiari, equellatrovatapromptaefidele, meritamente
loamiamo e siamo inclinatead favorirloia ogni suo honesto desiderio.
Per tanto, intendendo como lui desidera haver licentia de la Sig. V«
di posser aaar in Milano de le expectative per esso impetrate,ce parao
ricomandarlo a quella ; e cosai la exhortiamo et pregamo che, a com-
placentia noatra, gli ne voglia compiacere; persuadendoaiche, pet* easer
dicto preposito peraona ben mérita de nui, concedendoli la S« Y. qoesta
spécial gratia, ne fara coaa molto grata.
Ex Fribnrgo, iv maii 1499.
6e. Oadius.
14
Le doo de Milan à Mazimilien '
(6 mai 1499)
Questus est graviter apud me Eneas de Gerenzano, filius Nicholai,
civis et mercator noster mediolanensis, ablatam fuisse superioribus
roensibus ex locis Francie per Nicholaum Stand, nuncupatum Felicem
de Nerimbergo, subditum sacri imperii, certam pecuniarum quantitatem
ipsius mercatoris mei, et ab eo nunquam pecunias ipsas consequi po-
tuisse; et prseterea supplicavit mihi ut eum Cesaree M.ti V.re pro ea-
rum aasecutione comendem ; itaque cnm mihi obscurum non ait quod
displicent M.ti V.re quse indebite fiunt, hune mercatorem meum et
quantum enixius possim comendamus, rogamusque eam ut ei, jusiicie
causa et mee intercessionis respectu, imperare dignetur ut comperta
veritate crediti hujus mercatoris mei contra ipsum Nicholaum de No-
rimbergo, ipse cogatur ad eam restitutionem sen satisfactionem quaa
justaet conveniens fuerit, una eum legitimis impensis, sicuti Majesta.
tem Vestram facturam plane confidamns.
15
Ludovic Sforsa à sa nièce Bianca Maria *
(Milan, 9 mai 1499)
Sono avisato che la M. V. hascripto al R.mo et ill.mo s.revicecan-
cellaro mio fratello et ad altri, in favore de uno per la coadiutoria in
1 Milan. Ibid. Minute originale « Ser"'** régi Romanorum ».
' Milan. Ibid. ; minutes originales, c Régine Romanorum. »
76 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA
lo vescovato de Gurza, la qaale è stata promissa al exe. M. Petro da
Triesta, adinstaiitiadelser.mo signore Renostro,86 bendopoi el cardi-
nale Gurcense, quale sponte haveva domandato coadiutore, se sii mu-
tato ; delche la Cesarea Maestà nonè mancato de opéra alcunaper fare
fare la expeditione in M. Petro, e non volendosi incHnare el cardinale,
epso ha facto tore in se li fructi del dicto vescovato et li fadarea M. Pe-
tro. Credo se la M. V. havessehavuto noticia di questoinche è firmata
la volunta de la Cesarea Maestà, non haveria scripto contra M. Petro, si
per conformarse ad epsa, si per esser M. Petro bon servitore et affec-
tionato a V.Maestà, et anche per respecto mio, sapendo quanto Tamo
e quanto li sono debitore. Et pero, ultra quelle chel ser.mo signer sac
consorte ha più vol te scripto a Roma per M. Petro, corne ho facto
ancora io et opéra de continue per fare reuscire questo effecto,
prego la Maestà Vestra che vogli scrivere al p.to signer vicecancelaro
et alli altrî a chi havesse scripto per alcuno circa dicta coadjutoria,chel
ha facto non intendendo quelle chel ser.mo sue consorte ha scripto
per M. Petro, e che non volendo lei se non quelle piacea sua Cesarea
Maestà anzi desiderando con epsa che M. Petro la habia per lamor
li porta, pregi se vogli fare omne opéra acio non se differischi più la
expeditione di epsa coadjutoria, et in questo la Maestà Y. fara etiam
a me singulare piacere.
(Milan, 12 mai 1499)
Non ô stato fora de la expectatione nostrache la Maestà Vra se sia
recordatade nui,giuncta che lafu al ser.mo signer sue consorte e mio
signore, e che Ihabia facto quelle bono officie quale me scrive, per-
che Tamore quale sempre li ho portato me fa certo de dovere expec-
tare da lei bona correspondentia e pero resto consolato de tuto
quello che la mi ha scripto, certificandomi del bon anime de la Cesarea
Maestà verso mi, alla quale io ancora sono per esser sempre obse-
quentissimo. Ringratio la Maestà Vra del bono officie sue e pregola
quandoli accade la opportunita ad continuarlo, perche la sene trovera
sempre ben contenta [e se di qua li e cosa che la desidera non mi
po fare magiore piacere come di ricercarme, perche me sera sempre
grato fare cosa che li piacia, e cosi expecto per la proxima caval-
cata la mi ricerca de qualche cosa] ^
« La partie entre [ ] est d'une autre main que lo reste de la minute, et
d'une écriture beaucoup moins lisible.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 77
16
Ladovie Sforsa à Marchealno Stanga i
(MUan, 14 mai 1499)
M. Marchesino, havendo noi mandato el nostro in Ast per quella
differeDtia de Astesani cum Genoesi, quale, como seti informato, cercamo
de assettare per via de compositione, epso ne ha mandato li iaclusi
exempli de lettere scripte da Tedeachi a M. J. Jacomo, e ne ha scripto
oQo discorao factoli de epso con significatione de avvisi havuti de
Franza^como ai contene in la copia similmente qua inclusa. Del tutto
fareti participatione alla Cesarea M. ta, secundo havemo facto noi qui
al R. M. Petro, e li direti che, quanto al discorso de M. Jo. Jacomo,
non gli facemo gia significare, perche la veda li stimulî havemo de
accordarsi col Re, col quale non porriamo fare tanto bene che non
lo chinassimo inante, essendo lo immutabile proposito nostro de
seguiresolo la volunta de sua Cesarea Maesta, ma perche da la persua*
sione quale voria fare M. Jo. Jacomo ad dicto accordo vedesi Tanimo suo,
echeseben cognoscemoel periculo inloqualese mettemocumFranza,
essendo el Re di la mala dispositione e proposito che se sa di
famé contra, et havendo dal altro canto Suiceri e Grisani indignati
verso noi, como da ogni canto siamo certificat! e voi vedereti per li
avisi vi mandamo per questo cavalaro et in scripto per li predicti
exempli, in liquali se cognoscera le minatie quale fin adesso ne fano
per la prohibitione li havemo facta de le victualie e per le altre cosse
facemo per la Maes ta Cesarea corne non diremoessendolinoi deTaffec-
tionee servitù che siamo et havendo havuto questo stato da lei, siamo
anche per exponerlo ad omne periculo, non havendo rispecto alcuno
ne a minacie de Francesi ne de Todeschi ne de altii ; e lo facemo e
per lobligo e per amore, confidandone che non manco amorevolmente
la M. ta Sua non habia in qualuncha travaglio ne occorresse abbando-
name, ma conservare galiardamente quelle ne ha date. Ce pareria
ben e molto a proposito e ce saria gratissimo che epsa in questa dieta
se ha fare a Uberling facesse in nome de S. Mtà e de tutti electori
ne fosse scripto, demonstrando che, sapendo quanto siamo afiectio-
nato e bono et obsequente principe del imperio, ne amano, et che
facendo noi quello che facemo in questi movimenti como siamo stati
ricercati li e gratissimo e ne certificano e prometteno che, da qua-
luncha travaglio ne sequesse per questo, ne in altro chi ne volesse
1 Milan. Ibid. Minute originale cD. Marchesino Stange.n
78 MAXIMILIEN ET LUDOVIC 8F0RZA
offendere adesso o in altri tempi, ne haverano sempre in singolare
protectione e galiardamente fara al aiuto e defenaione noatra, et pero
ce confortano stiamo de bono animo : laquai lettera dirai alla Cesarea
Maeslà che a noi giovara aasai e credemo^intendendosi questadisposi-
tione e proposito del imperio verso noi, chi ce ha mal anime dovera
andare più retenu to et anche in Italia ne dara reputatione; laquale
quanto sara maior, sara tanto più a buo proposito*.
La Cesarea Maestà ultimamente ha scripto ad M. Pietro e
factone scrivere da Augustino, como haveti veduto ; a, seben estimamo
poco necessario replicare piùquesto, non dimeno, la importantia de la
cossa ne strengapur a dirlo che di novo pregamo Sua Maestà ad farne
intrare in la lega de Suevia et fare che, in qualuncha appimccamento
se facesse con Suiceri e Giisani e cum Francesi, noi siamo inclusi e
restiamo con sicureza de non havere sentire travaglio c recto de
intrare in la liga di Suevia ; el dicemo tanto più che, quando Suiceri
facesseno pensiere \di fare ?\ questi moviraenti verso di noi per vin-
dicarsi, sapiano che haveriano contra et Suevi et Imperio, e pero
fossero necessitati abstenersene.
K perche in dicti avisi e li altri havuti de Savoia,ô significato quello
vederetide lo illustrissimo archiduca, noi estimamo esserestato pruden-
tissima consideratione de la Cesarea Maestà laverli lassato di la al fine
che in dicti avisi de Savoia è giudicato, non di meno ne sara grato ne
chiariati bene de la cossa como è, e sel archiduca bavera mandato a
far qualche ambassata in Franza como è scripto, o pur solamente
parole générale, e si nondimeno sii et habii essere col padre quello
che deve, e tutti li di passât! è stato afEermato chel sara celui.
17
Marchesino Stanga à Ladovlc Sforsa '
(Undau, 17, 21, 23, 28 mai 1499)
Ill.mo et ex. mo signer mio obser. mo, la causa per laquale la Cesa-
rea Maestà me ha ricerchato è stata, secundo che epsa me ha dicto,
per volere declarare et aprire alla E. V. lo intrinseco suo e demonstrar-
li che de la conservatione sua e del stato ne la quella memoria e cura
che hadeTanimade Sua Maestate e de le cose proprie, e cossi me ha
* Il y a ici cinq lignes effacées par Thumidité.
• Milan, A. d. S. Pot, Est. Germania, Dépèches originales. La première
(la plus longue) est brièvement résumée par Motta, Battaglia di Calven
e MalZy n» 16, p. xviii.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 79
significato che, havendo di continao portato amore singolare alla E.
V.ra e continuando in questo più che roay, sapendo di certo e vedendo
chel Redi Franza è deliberato di occupare el stato délia E. Vra, ha bene
coDsiderato ed in se examinato tutti li mezi et modi cum liquali epsa
posta redimere questa vexatione, cum assicurarsiper sempre ; et perho,
vedendo la Maestà sua che ley ô extenuata per le pressure de le
gnerre passate, e per qneste ohe de présente ha con Suiceri, non po
per via alcuna dare aiuto alla E. V., como séria el desiderio suo, et sa-
pendo che ne per via del duca di Burgogna suo fiolo po dare contrapeso
alcnno al Re di Franza, ne dal imperio se po expectare soccorso alcuno,
(perche, se bene la Maestà sua è imperatore, non di mancho ha solum
lo titulo et la dignitàet non la obedientia), dice non vedere altro remedio
quale sia apto ad poterla salvare, cha a fare lega e confederatione cum
la liga de Svevia : la quale essendo de la potencia che è, et havendo de
présente con questa guerra che ha con Suiceri, tutta volta che la E.
V.siacoUigata seco,oltra che la ruina de Suiceri se possa tenere certa,
quando accordio havesse mai ad seguire, sera cum conditione tanto
ferme et stabile che el Re di Franza non potera mai valersi de Suiceri ;
et quando Suiceri non attendessero le conventione, sera talmente capi-
tulato euro la lega de Svevia che mettendosi Suiceri alla offensione
del stato de la E. Y., la Lega li movera sempre guerra ad loro ;
extendendosi la Maestà sua sopra questo molto longamente, cum dire
che non saperia se non confortare et amorevolmente ricordare alla
B. Vra ad fare questo effecto, senza el quale si como epsa posseva
tenere certa la ruina del stato suo, essendo el Re di Franza de la
potencia che è, cossi facendolo posseva assicurarsi de havere remedio
al caso suo et estimare de liberarse del Re di Franza e de' Suiceri in
nno tracto, perche Francesi senza Suiceri non erano homini da fare
impresa, et havendo Suiceri contrapeso de la qualita che è la lega de
Svevia, havevano de gratia ad remanere in casa et cultivare li paesi
loro, senza cerchare stipendie ne movimenti de guerra, e cossi sopra
questo la Maestà sua volse che io scrivesse quelle li pareva se havesse
ad fare per venire a lo effecto de questa liga. La quai scriptura io
feci secundo lo ditato de S. M. e sera qui alligata ; e finito che io la
ebbi, epsa me disse li volesse declarare quelle me ne pareva e quelle
me persuadeva che la E. Y. dovesse fare. Al che io respose : che
esaendo questa una propositione de la quale non havendone la Ex.
Vra noticia alchuna, non me ne posseva etiam havere parlato ; non
sapeva ne posseva fare judicio de Tanimo etintencione sua, per quello
mo che ad me occorreva improvisamente, diceria che la E. V. inten-
dendo la cura e studio quale metteva la Maestà sua alla conserva*
tione del stato suo, questo séria collocato appresso al cumule de le
altre infinité et immortale obligatione che la E. V. si senteva havere
80 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA
alla Maestà sua, non dovendo easerede minore conaideradone appreaao
ley che la cerchaaae conservarli el atato che el rispecto de havergelo
conceaso. SabjuDgendoli che, se bene la MaeaU sua diceva de non
potere dare aiuto alla B. Y. alchuno, non dimeno epsa aperava, ed io
me persuadeva che tutto quello la potesse fare e cum la forze e cum la
auctorità, lo faria; et descendendo poi al particulare de le conditione di
queata legs, io disse che, se ben sapeva che la E. V. vederia volunteri
et coDsideraria le propositione di sua Maestà, nondimancho quanto ad
me le giudicava impossibile e periculose ; impossibile perche, havendo
la E. V. Francesi aile spalle, la nécessita la stringeva ad prepararsi
senza dilatione et ad dovere provedere aile gentedarroe sue ; e prove-
dere alli denari che la Maestà sua tocha in le propositione, sapeva
certonon esserli modo ne via periculosa; perche, essendo Suiceri de la
natura che sono e tanto viciai alla E. V., quando epsa facesse démon,
stracione de arme contra de loro, poteriano munire li loci quali sono
verso Sua Maestà per stame sicun, e de Taltro canto mettersi alla
offensione de la Ex. V. ; laquale séria de tanto magiore momento
quanto che da una banda se trovasse havere Francesi in casa e de
Taltra Suiceri; concludendoli che, per intrare in la lega de Svevia,
sapeva che la E. V. ne séria contentissima quando la potesse intrarli
cum le condicione e qualità che li sono ioclusi li altri principi ; e più
oltra li affirmava che, quando la S. M. parti cularmente volesse cosa
alchuna de la E. Y», se senza essere ricerchata epsa haveva subvenuto
li soi in questi bisogni, moito mazoremente et più voluntera lo faria,
intendendo la volunta de Sua Maestà. Ad questa mia resposta, epsa
repiicô che ley per lo peso de questa guerra de Suiceri, non poria aiutare
la E. Y., ne de Burgogna ne dai Imperio bisognava che epsa expec-
tasse succurso alchuno ; che, quello la poteria fare cum la auctorita
lo faria, si corne faria cura le forze quando potesse, ne per el particulare
suo voleva cosa alchuui ; perche se la E. Y. li desse denari a ley tutta-
volta che li occorresse bisogno di essere aiutata, non possendolo fare
la Maestà sua se reputaria a grandissime caricho havere tolto li soi
dinari e non aiutarla, e perho che ad questa lega confoi*tava la E. Y.
per bene suo e non per altro rispetto, dicendo che se Francesi li
movevano guerra, bisognava che la spendesse e stesse in periculo de
ruinare ; e se adesso spenderia bene unopocho foradel bisogno suo, ne
posseva expectare securita, et farelo quale sentiria omne di crescere
ad magiore beneficio suo. Et havendoroi la Maestate suarichiesto chel
parère mio quale li haveva dicto ad bocha lo volesse mettere in scrïpto,
perche lo potesse examinare, io lo feceetseraqui incluse. Et havendolo
la M. S. tenuto uno di,me mando poi a dire per el Langh che per
omne modo persisteva nel proposito suo, che la E. Y. facesse quello
che epsa li ricordava e proponeva.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZà 81
Inqoeito rasonamento havendomi la Maestà soa resposto che quello
poteria fare ad benefitio de la Ex. V.ra. cum la auctorita lo faria,
m parse ad proposito tocharli due cose ; Tuna sopra el particulare
de lo Papa, e Taltra Bopra la venuta de quattro ambasatori firancesi
qaali aspettaS. M. Ë quanto a le cose del Papa, li disse che epsa do
Tevahavere inteso le praticbe quale erano state fin qui corn Sua San-
tiU per tirario al benefitio de le cose de Italla e fare lega cum Sua San-
titàjRe Federico, la B. V.et Piorentini, e che havendo di continuo dato
bone parole e da Taltro canto soUicitato el Re di Franza alla impresa
de Italia, e continuando in questo più che mai, se bene se era fia qui
expectato de intendere la finale dispositione sua, non di maucho s'ô
era anche pensato como poterli levare el modo e la via de fare maie,
qaando se vedesse che oltra chel sia instrumento de la ruina de Italia,
Tolesse mettersi alla executione del suo malo animo e perho che ha-
vendo la E. V. consultato insieme col Re Federico la provisione neces*
saria per assicurarsi de Sua Santità in caso che Francesi passasseno
in ItaUa, giudicavano et havevano rasonato sehavessino ad temptare le
arme spirituale e temporale per levarli Tadito di far maie ; e quando
al spirituale, havendo lo Re di Spagna facto quelle che la Maestà sua
doveva havere inteso, se la Maestà sua cum lo imperio facesse lo mede-
Bimo, pareva potesse cedere ad grandissime proposito per moderare li
desordinati appetiti del Papa. Quanto al temporale, eravano in pen-
siero, como se mettesseno Francesi adpassare, de assecurarse de sua
Santità cum la forza, e deliberando la Maestà sua mandare homo ad
Roma, se epsa mandasse homo de auctorita et armigero» quando
havesse facto la opéra spirituale e non giovasse, poteria ad nome de S.
M. e de lo imperio mettersi alla execntione del temporale cum le gente
del Re Federico e de la E. V., che séria senza spesa de Sua Maestà,
e tntta la reputatione séria la sua e del imperio ; cercha la venuta de
li ambasatori francesi, li disse che, essendo per li avvisi venuti ben
chiara la mala dispositione loro contra la E. V. et quasi in facto le
preparatione sue, la Maestà sua posseva declararli che intendendo e
vedendo quello se voleva temptare contra Milano, li certificava che
cum la persona propria e cum la forze sue e del sacro imperio, era per
pigliare la protectione de la E. V., lassando tutte le altre imprese da
canto, e che non seriano tanto presto alla offensione sua, che cossi pres-
to la Maestà Sua non fusse e cum le forze e cum la persona in aiuto
del stato de la E. V. Et in questo li rechay el rasonamento facto in
Brerà col Rdo M. Petro da Trieste, ricordandoli che adesso séria lo
tempo e la occasione, magiore che maj in alcuno tempo se potesse
expectare, de moderare la ambitione de Venetiani et ampUare la
dignità e stato de Sua Maestà cum farU intendere che la B. Y. non
havendo ad guardarsi indreto fana cognoscere alla Maestà sua quanto
6
82 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA
la desideri la exaltacione sua, e cum qaale forze et vigore aiutaria
questa impresa, disiinguendoli la facilita d'epsa impresa cosi per la
nécessita ne laquale se trova la Signoria de Yenecia, anichilata de
denari, de gente darme e cum lo timoré del Turco, como per la via
quale haveria la E. V. de mandare le gente d'arme sue fin sopra le
porte di Verona, e perho che in questa venuta depsi ambasatori fran-
cesi doveva vedere se la posseva introdure qualche tregua per doi o
tre anni col Re de Franza la quai fusse de qualita che la Ex. V.
potesse stame secura ; e poi la M. S. se mettesse in questa impresa
perche gli ne reusciria tal fructo che quando poy la volesse fare
contra el Re de Franza, haveria tanti aiuti e modo da per se
che quelle poteria essere difficile adesso séria facile ad allro
tempo.
LaMaestà sua, sopra le cosedelPapame respose che le opère diSua
Santità erano veramente aliène da quello chel debito del officio suo
recerchava, ma che, trovandosi adesso epsa in questi frangenti de
guerra, non li pareva de irritarsi el Papa, ma expectare de temptare lo
spirituale in altro tempo ; la quale cosa confessava spectare al officio
suo e volevafarlo; equantoa temptare el temporale, disse che, facen-
dosi movimento de arme contra el Papa, judicava fusse bene consi-
derare che questo non movesse più el Re di Franza alla perturbatione
de Italia, quali potevano pigliare colore de fare contra la Ex. V. per
aiutare el Papa ; cercha la venuta de li ambasatoii francesi, la Maestà
sua molto largamente rispose che la faria lo efifecto per me ricordato,
in farli intendere che la era per mettere la persona e le forze per
aiutare e defendere la E. V. E quanto al procurare de fare tregua per
faretquello altro efiecto, me rispose che Francesi cento volte le bave-
vano ofi'erti partiti grandissimi e volevano lassarli Venetiani in preda,
lassando la Maestà sua la E. V. e che may li haveva voluto consentire ;
cum dire che, quando de novo volesse attendere aile propositione sue,
lo fariano più che mai, ma che la intencione sua è sempre stata et è
de non lassare V. Ë. ad discretione ; et se bene sapeva che parlando
de questa tregua non ne cavaria el fructo che la E. V. desidera et lej
voria, non dimeno lo voleva temptare de novo, dicendo che e questo e
tutte le altre cose quale potesse fare per dimonstrare la grandeza del
amore suo alla Ex. Y., lo faria promptamente et de bon core, tochando
in fine che questo che haveva proposto de la liga era la salute sua, e
ch*io dovesse da parte de S. M. significarlo alla E. Y. ; in bona gratia
de laquale continue me ricomando.
Ex Lindo, 17 mai 1499.
Exc.me 111. me Dominationis vestre minimus servitor
Marchesinus Stanga.
MAXIMILIKN ET LUDOVIC SFORZA 83
Poêtêcripta: Sopraqueste propositione de la Cesarea Mae8ta,io ho
resposto qoello che la B. V. vedera, e me è parao depingerle impos-
tibile e periculose ; perche, oltra che cossi sia el débile judicio e vedere
mio, lo haTere da me împroTvisamente risposta in questa forma, dara
mancho carico alla B. V. in non acceptarle quando non 11 piaciano,
como credo non farano e perche nel scrivere non si po cossi extesa-
mente dittinguere tutti li rasonamenti, ho anche parlato in modo
che la Maesta sua non resta se non bene edificata de la Bx.tia V.ra;
6 qaando epsa non acceptasse gia quelle che ha proposto, credo non
habia ad restame con mala opinione, excusando la cosa cum quelH
modi e termini che la B. V. per la prudentia sua sapera fare. lo uon
sono volute intrare in meriti de pratichare questa cosa per abazarla,
axio la Maestà sua non si fusse persuasa chio havesse el parère de
U E. V. in pecto et havesse voluto merchantarla, benche più prin-
cipalmente lo habia facto per non parlare ne pratichare quelle de
che non ho commissione, e perche nel parlare mio propose alla
Maestà sua, se particularmente voleva cosa alchuna,lo déclarasse che
U Ex. V.ra lo faria. lo ini mossi ad questo per le varia fora di
questa propositione, e tractare cum lei quella offerta che me haveva
commisse la Bx.tia V.ra li dovesae fare, ma havendo la Maestà Sua
dimonstrato essere in tutto aliéna da questo, se ley vora mo con-
vertire quelle ch* io doveva offerire in questa propositione e fare o
piu 0 meno questo stare allô arbitrio e deliberatione sua, havendo ad
essere le parte mie, sforzaromi cum quelle pocho ingénie che Dio et la
Dttara me hanno date de satisfare allaB. V., laquale, sein quelle che
fia qui è stato tractato, restasse pocho satisfacta, ascrivera el tutto
ad ignorantia et non alla dispositione mia ; laquale in le cose de la
E. V. è quella che deve havere une chi lo essere sue ricognosca da
chi lo ha ha va te dopo Dio.
Questo posso certificare alla Bx. V. che sel acordio se fara mai
corn Snjceri, epsa li sera inclusa per havere serra te le vie tuai ie
secundo Tordinatione e volunta del imperio ; et appresso, sel se havera
per alcuno ad fare praticha di questo accordio, la Bx. V. lo fara o in-
tenrenerano segni soi al tutto, perche cossi me ha certificato la Cesa-
rea Maestà; laquale, per quanto posso comprendere e conjecturare de
Fanimo e dispositione sua, non ë per fare ne cerchare accordio
alchuno se prima non prova in qualche bona bataglia quello possa
sperare di questa impresa, et benche el Langh dicesse ad Augustino
Somenzio che la Maesta sua era contenta che la Bx. V. ra ne disse
qoello la possevafare in la praticha de questo accordio; nondimeno
iotrovo la Maestà sua alienissima da questo, salvo se extrinseca-
meate non dimonstrasse una cosa, nel pecto ne havesse an altra ; che
non credo.
84 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZÂ
El discorso de la lettera longa la E. V. lo potera liberamente
communicare ad M. Petro da Trieste, perche cossi mi ha dicto el
Langh da parte de la Cesarea Maestà ; et alla 111. S. Y. me ricomando
Data ut in litteris.
Idem aervalus.
(lindau, 17 mai 1499}
In Lindo die 17 maii 1499.
Serenissime et invictissime Csesar,
Visie et bene consideratis articulis propositis per sacratissimam
Majestatem Vestram in negocio Lige Suevie, quoniam de his quse tan-
gunt ill. mum D. Ducam meum sententiam meam in médium afferre
Majestaa Vestra Jussit, et si illustrissimi Duels iste partes sint nec
ego deliberationem Excellenti» Suœ in rébus novis neque intellectis
nec sciam nec recte judicare possim ; ac tamen Cesare» Majestatis
V. mandatis parère volens, qu» mihi occurrunt explicabo: hoc unum
pro certo habens illmam Dominum ducem propos! ta per serenissimam
Majestatem Vestram reverenter auditurum et intellecturum. Duo sont
in Liga Suevie per Ser. mam M. tem V.ram proposita : obligationem
ill. D. ducis concernentia, scilicet quod Elvetiis claudat victualia et
contra Elvettos ponat sex milia bellatores, quattuor Italicos et reliques
Alemanos, et quod donec isti sex milia bellatores sint in ordine, det
quinquaginta milia ducatos modo Lige Sua\ie.
Super commeatibus Helvetiis impediendis, Ser. ma M. tas Vestra
proxime intellexit ill. d. ducem, audita Majestatis Vestr» etSacri im-
perii deliberatione et voluntate, se ejusdem sacri imperii principem
obedientissimum ostendisse ; sperans quod, cum ejus sacri imperii
membrum sit, si cum Helvetiis aliquo tempore res componerentur et
concordia fieret, Ser. mam Mi^estatem V.ram ac sacrum imperium in
omni compositione sui rationem habituram, et in conditionibus et ca-
pitulis ârmandis securitatem Ex. tie sue inclusuram.
Super capitulo sex milium bellatorum et quinquaginta milium duca-
torum, cum ill. mus dominus dux meus bellum régis Francie ante oculos
habeat, judicio meo impossibilia sunt quse proponuntur et in novo pe-
riculo res suœ constituerentur ; posset enim eodem tempore et régis
Francie et Helvetiorum belium expectare, qui» cum in limitibus Domini
ducis sint, cum parva manu dominium suum invadere possent, et in
uno die incendere.
Et quoad L. milia ducatos, cum Dominus Dux ad bellum contra
Oallos sustinendum se preparet,non bene video quomodo ista simul
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 85
stare et convenire possint. Hoc tamen scio quod Dominus dux si in
Liga Saevie poterit inclu<H eo modo quo alii imperii principes inclusi
luntt excellentiam suam portionem sibi spectantem quam honestam
esse pataverit libenter satisfacturam.
(Lindau, 21 mai 1490)
111"* et ex"»® sig. mio obser"®,
lo credo che la Cesarea Maestà havesse dcsiderio de parlarmi de
la fiola; laquale cosa non ha facto, perche M. Matheo Langh in dicorso
di parlare, queata ultima volta che è stato a lo alogiamentomio, me ha
dicte chel bisognava che uno di'lui et io dessimo moliere a V. Extia:
laqaale parole indubitatamente me ha u^ate per attaccanni, e per
fédère como mi moveva ad questa propositione : quello ch'io li ho
resposto è stato che son certo la E. V.trovarsi in dispositione de non
accompagnarsi mai più, e persuadermi che lo habia facto per voto ; et
lihosubjuncto como non pensando altro laE. V. che fare cognoscere
alla Cesarea Maestà quale sta la observantia sua verso epsa e quanto
la desideriy che è per li tempi presenti e per li futiiri, si cognoscaessere
una cosa medesima el stato de la Ex. V.ra cum quelle che hano ad
venire dreto ad Sua Maestà, me ha commisse li debia parlare per fare
pareotato cum lo archiduca di Burgogna per mezo de la fiola nel ill
sig. conte de Pavia ; quando alla Maestà sua paresse questo havera
ad fare ad satisfactione sua. Al che me ha risposto che ne debia
per omne modo parlare alla Cesarea Maestà. Laquai cosa io faro como
mi accada la opportunita, e me è parso dire questo al predicto M. Ma-
theo, perche, cognoscendo me haveva usare quelle parole per vedere
como roi moveva, possa referire quello li ho dicto et excusare la prima
propositione.
Alla m. S. V. continue me raccomando.
Ex Lindo, 21 mai, 1499.
E. IUn« D. V. minimus servitor Marchisinus Stanoha. *
* Soscription : 111""» principi et ex"» d"© D"» meo unico D"" Duci Me
diolani. In manibus propriis.
(A suivre,)
L.-6. Pklissibr.
VARIETES
La Société des « Langoes Romanes » à, Bonn
Mon chbr Directeur,
La Société des Langues Romanes m*avait chargé de la repré-
senter au jubilé universitaire de notre confrère, M. W. Fœrs-
TER. Ce n^est pas le lieu de dire ici pour les austères lecteurs
delà Revue les menus incidents du long voyage de Montpellier
à Bonn. Tout au plus me permettral-je de dire que le soleil du
Midi m*a accompagné jusqu*au bout et que les vallées de la
Sambre et de la Meuse étaient bien belles, par une après-midi
d*octobre, avec leurs frondaisons multicolores. Un mot encore
au sujet de la diffusion du français : à Herbesthal, au moment
du départ, le conducteur allemand nous invita à monter dans
e train par cette formule : Und jetzt, Meine Herren, en avant
deux/ Cette expression de troupier et de maître de danse,
transportée au-delà de la frontière, m*amusa beaucoup, et
comme je le félicitais sur sa connaissance du français, il ajouta
après le herttg sacramentel : on parti Nouvelle surprise; mais
je n*en eus pai d*autre de o genre jusqu'à Cologne: c'était
tout son baga^^e do français et nous ne conversâmes plus que
par gestes ou en allemand.
La fête uuiversitairo, qui eut lieu le 26 octobre, fut des plus
simples; c*est à Tinsu du jubilaire qu'on Pavait préparée.
M. Fœrstbr fut très sensible à Tattention qu'avait eue la
Société des Langues Romanes. Il avait reçu à Toccasion de son
jubilé de nombreux télégrammes et de nombreuses adresses:
parmi ceux de ses collègues étrangers il fut tout heureux de
me montrer ceux de M. Gaston Paris et de M. A. Thomas. Le
Félibrige Latin avait envoyé une longue poésie — du poète
Charles Gros, si je ne me trompe ; notre confrère y était anobli
et s'y appelait Wendelin de Fœrster et des strophes harmo-
nieuses, en pure langue du Clapas, lui rappelaient son séjour à
VARIETES 87
Montpellier et ses excursions à Saint- Guilhem et dans les
environs.
Les anciens élèves de M. Fobrstbr lui offrirent une très
belle adresse sur parchemin: la première feuille contenait
d'admirables reproductions des miniatures des manuscrits de
Chrestien de Trojes : parmi les signataires on remarquait les
professeurs Mohrsbach (Gôttingue), Biiiibring (Bonn), docteur
Steffen8(Bonn), Lenz (Santiago du Chili), docteur Zacher, cor-
respondant de la Gazette de Francfort à Rome, présent à la fête ;
parmi les signataires français le docteur Gaufinez, professeur
de littérature française à Bonn, le docteur Friedel (Paris) et
moi-même. Le Sénat Académique vint en corps présenter au
professeur Fœrster les félicitations de ses collègues de TUni-
versité et le Hector M agni ficus Vd^^^e\d>, dans un langage élevé,
ses nombreuses contributions à la science. Enfin, une délégation
du Neuphilologenverein en costume de gala — - bottes vernies,
dolman et rapière — vint aussi présenter ses hommages à son
président d'honneur.
Un grand banquet réunit le soir dans la Leslhalle autour de
M. Fœrstbr ses collègues^ ses élèves et ses amis. Le profes-
seur Schaarschmidt, conseiller secret, ancien bibliothécaire en
chef de TUniversité, rappela en quelques paroles émues les
services rendus à la philologie romane par son collègue. Invité
à parler, je prononçai les paroles suivantes :
Cher Monsieur Fœrstbr,
La Société des langues romanes a bien voulu me déléguer
pour vous apporter ses hommages et ses félicitations. Il
n'aurait pas été difficile à la Société de choisir dans son sein
des membres plus dignes que moi de cette mission : je ne sais
si elle en aurait trouvé dont l'estime fût plus profonde et la
sjmpathie plus sincère.
J'ai appris à vous connaître dans notre Midi ensoleillé^ dans
cette bonne ville de Montpellier où vous comptez tant d'amis.
Vons n'étiez nullement dépaysé dans ce miliieu de méridio-
naux. Votre galté et votre belle humeur étaient égales à la
nôtre. Aussi ma première visite en Allemagne fut pour vous.
Ce n'est pas le lieu de rappeler ici Taccueil sympathique que
j'ai trouvé auprès de vous et de vos collègues de l'Université
88 VARIETES
de Bonn : qu'il me suffise de dire que ces souvenirs suffiraient
à expliquer ma présence ici.
Des liens plus profonds nous rattachent à la Société des
langues romanes. Vous avez été un de ses amis de la pre-
mière heure. Vous avez connu en pleine activité quelques-
uns de ses membres les plus éminents. Vous avez assisté aux
efforts qu*elle a dA faire pour faire naître si loin de ce grand
foyer intellectuel qu'est Paris « le goût de la philologie
romane. Vous savez qu'elle y a brillamment réussi, grâce à
l'activité de tous ses membres, grâce, surtout, aux travaux
de deux hommes dont l'un, Bouchbrib, fut trop tôt enlevé à
la science, et dont Tautre, M. Chabaneau, est resté un do vos
meilleurs amis. Vous avez vous-même contribué au succès de
la Revue des langues romanes en l'honorant, à l'occasion, de
votre collaboration : inutile de vous dire combien nous regret-
tons vivement que d'autres occupations ne vous permettent
pas de nous continuer cette précieuse collaboration.
Nous le regrettons moins pourtant depuis que nous avons
de vous ce travail magistral qui s'appelle l'édition des œuvres
de Chrestien de Troyes. Nous savons les efforts qu'il vous
a coûtés et que, même au prix de votre santé, vous n'avez
pas reculé devant ToBuvre ei^treprise.
Grâce à vous nous pourrons lire, dans un texte correct,
l'œuvre longue et dfûcile, mais si charmante et parfois si une,
de notre poète champenois. Nous verrons les transformations
de eette poésie courtoise qui , née dans notre Midi, s'est
répandue dans notre littérature grâce à la renommée de
Chrestien de Troyes et de ses imitateurs.
Elle s'est répandue aussi dans la vôtre ; vos M innesinger ont
connu nos trouvères ; le Chevalier au Lion a trouvé de bril-
lants interprètes dans votre littérature. Heureux temps que
celui où deux grands peuples ne rivalisaient que pour les
lettres et les arts !
De si longs travaux vous donneraient le droit de vous repo-
ser ; mais vous nous paraissez aujourd'hui vous ressentir si
peu des dures souffrances des dernières années, que nous
espérons encore beaucoup de votre infatigable activité.
Vous nous avez dit ce matin que votre foi dans la science
est restée la même qu'au début de vos travaux : nous vous
•
VARIETES 89
souhaitons de retrouver une partie de cette ardeur qui vous
animait il j a plus de trente ans, lorsque, modeste profes-
seur dans un Ijcée de Vienne, vous commenciez à vous ini-
tier, seul, aux secrets de la philologie romane.
Encore une fols, au nom de la Société des Langues Romanes^
et en mon nom personnel, je vous adresse mes meilleurs
vœux et mes plus sincères félicitations.
Dans une chaleureuse improvisation, M. Fœrster répondit
aux discours qui avaient été prononcés. « Ci matin, dit-il, le
ciel était pâle et brumeux ; quand j*ai vu arriver un méri-
dional, j*ai cru voir un rayon de soleil dans les plis de ses
vêtements ; puis à mesure que mes amis sont venus, le jour
m*a paru plus clair et plus gai. » Il se sentait rajeuni par
cette fête, et si jamais il avait eu quelques doutes, il étaitsûr
maintenant que son enseignement n'avait pas été stérile.
Puis s*adressant dans un français très correct au délégué de
la Société des Langues Romanes, il me pria d'être son inter-
prète auprès de ses amis de Montpellier et de leur dire com-
bien il avait été touché de leur attention. Il me rappela la
soirée thé&trale à laquelle 11 avait assisté dans la loge muni-
cipale avec son ami, M. Castets; il rappela qu'il avait a frotté
la Salamandre ' » sur les bords de la Méditerranée, et qu'il
avait gardé de notre Midi un souvenir inoubliable. Il nous le
prouverait d'ailleurs en revenant le plus tôt possible voir le
Clapas.
Nous souhaitons de tout cœur que cette promesse se réalise ;
M. Fœrster sait plus que tout autre avec quelle sympathie 11
sera accueilli ; elle ne peut avoir d'égale que celle avec
laquelle j*ai été reçu à Bonn '.
J. Anoladb.
1 Qae les lecteurs de la Revue ne se mettent pas martel en tête pour
celte expression ; il s*agit d*une manière plutôt bruyante de boire de la
bière : Salamander reiben,
' Le NeuphUologenverein en particulier — dont j*étais membre il y a
deux ans — a fait au délégué de la Société un accueil cordial et cha -
leareux, et il me faudrait de longues pages pour décrire les exercices
▼ariés que les Fûchsê exécutèrent en son honneur.
BIBLIOGRAPHIE
Meyer-Ldbke (W.)* — Einfuhrung in das studium der romanischen
sprachwissenschaft. Heidelberg^ C. Winter, 1901 [X, 224 p.], 5 m.
S*il est des livres que le critique expédie en quelques lignes parce
quHls ne méritent pas un compte rendu plus long, il en est d*autres
sur lesquels il n*est guère moins bref parce qu'il ne trouve pas moyen
d'en commenter les divers chapitres autrement que par ces simples
mots : « Bien, très bien ». Tel est Touvrage que nous offre aujour-
dui M. Meyer-Lûbke et qui introduit d'une façon si alléchante dans
le domaine des langues romanes une série de grammaires, d'istoires
de la littérature et de dictionnaires.
Après avoir déterminé les limites du domaine roman et donné une
classification des langues romanes, l'auteur étudie dans une première
partie les éléments constitutifs de ces langues, élément latin, élément
celtique, élément germanique. Puis il consacre la seconde partie à
l'examen des modifications de toute sorte qu'a subies le roman depuis
ses origines jusqu'à nos Jours.
Tous les problèmes du romanisrae,et ils sont nombreux, sont indi
qués avec des exemples nets et caractéristiques ; toutes les questions
sont résumées d'une manière généralement excellente. Voyez par
exemple les g§31 et 32 sur les mots empruntés, les g§ 42-48 sur les
mots d'origine germanique, leur date et leur dialecte originaire, et
tant d'autres chapitres que l'on citerait si Ton n'en était empêché par
l'embarras de choisir.
Ce n'est pas à dire que tout doive être aveuglément accepté et que
tout soit définitif et indiscutable. Ainsi le chapitre intitulé « Dauer
und klang», p. 100-112 est surtout une suite d^ipotèses. L'auteur le
donne du reste comme tel, et la question est tellement difficile et
tellement complexe qu'elle ne comporte guère autre chose que des
constructions problématiques. On doit ajouter d'ailleurs que les ipo-
tèses de M. Meyer-Liibke sur ce sujet en valent d'autres et qu'elles
valent même mieux que beaucoup d^autres.
Il i a forcément aussi dans le détail quelques erreurs, quelques
oublis, quelques faiblesses. Ainsi on ne voit pas comment, p. 16,
l'auteur parcourant le domaine roman de l'est à l'ouest rencontre le
portugais avant le sarde. On ne comprend pas pourquoi dans l'énu-
mération des dialectes français, p. 22, ne figure pas celui de l'Ile -de-
BIBLIOGRAPHIE 91
France oo francien, ni parai les dialectes espagnols le castillan et
Taragonais. On lit p. 36 que arepennU n'eut représenté qu'en français;
que faire alors de v. esp. arapende ? Des différentes explications rap-
portées au § 83 pour Faccentuation de tmihrae^ colûbra, inUgm^
eaûiédra^ alécru et mots analogues aucune n'est satisfaisante. Il ne
8*agitpas là d*un déplacement roman de Taccent; ces mots ont con-
servé l'ancienne accentuation latine fixée pendant la période italique,
à one époque où Ton disait encore *pat'reê (plus tard pa-tris)^ comme
Homère disait noiX'péç (plus tard ira-rp^ç) et comme disait d^une ma-
nière générale l'indo-européen. Cette accentuation une fois établie a
subsisté durant toute la latinité et se retrouve encore dans les re-
préseulants modernes des mots latins qui la possédaient. L'accen-
tuation pàlptbra, IntegrUy etc., n*est apparue qu'à la période du latin
classique, surgissant par une analogie presque obligatoire, mais à
aucune époque elle n'a pu éliminer l'accentuation ancienne et n'a
jamais eu à côté d'elle qu'un caractère exceptionnel et plus ou moins
savant. Vojez sur ce point il. Meillei, Revue bourguignonne de Ven-
mgnement Bupérieur^ t. V, p. 232 (article très important).
Nous terminerons en émettant le vœu que les autres volumes de la
collection soient dignes de celui qui ouvre si brillamment la série.
Maurice Grammont.
]larehot(P.).— Petite phonétique du français prélittéraire (vi«-x* siècle).
Première partie : Les voyelles, Fribourg (Suisse), B. Veith, 1901
[39 p.].
La brochure de M. Marchot a la malchance de paraître en même
temps que VE'tnfuhrung de M. Meyer-Liibke. Ce dernier étudie tout
le domaine roman, tandis que le premier se borne à la fonétique du
roman de la Oaule du nord et aux débuts du français. Presque toutes
les questions abordées par M. Marchot sont traitées par M. Mejer-
Lûbke, mais avec une autre sûreté et une autre largeur de vues.
La M Petite phonétique » comprend deux Chapitres : 1° Remarque»
tvr le vocalisme du latin vulgaire de la Gaule du Nord, ^ Les voyelles
dans le français prUitUraire. On sait quelle obscurité règne encore
sur un grand nombre de fénomènes fonétiques qui se sont accomplis
dorant la période qu'étudie l'auteur ; mais on doit reconnaître pourtant
qu'il abuse un peu des ipotèses, et que si certaines méritent d'être
prises en considération, comme celle qui prétend expliquer révolution
de l'a tonique libre (p. 29 et suivantes), il i en a beaucoup qui sont
trop contestables.
Le § l traite de l'accent. Llpotèse relative aux mots intégru^ tonitru,
palpitra et analogues se détruit d'elle-même. Voyez les renseigne-
92 BIBLIOGRAPHIE
mente que nous donnons sur ce point dans notre compte rendu de
VEinfuhrung (ci-dessus, p. 91). » La question deparéU est des plus
ténébreuses ; mais ^explication de M. Marchot n^est pas recevable ;
d*après lui pariete serait devenu 'paréète à l'époque où ï est devenu é
(e fermé) en roman, ce qui suppose que le changement roman de f en
é est antérieur à celui de ï en jod devant une autre voyelle ; c*est
contraire aux faite. Puis ce * paréète serait devenu * parèèU « par
attraction de la voyelle accentuée sur Patone » ; mais si Yï était de-
venu é il n*avait plus de raison pour perdre Taccent. Enfin * parèète
serait devenu parité « par contraction » ; mais la contraction de deux
voyelles ouvertes ne donne pas une voyelle fermée. Le cas de cohorte
devenant côrte n'est nullement comparable ; en latin deux voyelles
brèves en se contractant donnent une voyelle longue, dont le corres-
pondant roman est forcément une voyelle fermée. Mais le roman ne
connaît plus de voyelles longues ni de voyelles brèves ; il n*a que des
voyelles ouvertes et des voyelles fermées. — Pour l'accentuation des
formes qui ont donné naissance au mot /oie et à ses frères romans,
voyez l'article de M. G. Paris dont il a été rendu compte ici même,
p. 186. — Pour êéccUef voyez Meyer-LÛblce, Einfuhrung, p. 98. Pour
* pûlicella (§ 4), voyez Revue des langues romanes, 1898, p. 287. Cum
à c^té de quum (§ 7) n'a rien de comparable avec le cas de nil à côté
de nihiL — Moriu, cocu (non eoqu), anticu (non anUqu)^ etc., sont dus
à une évolution latine, et non pas romane. De même tus, sus, etc. —
Une étape ' laquju n'a aucune espèce de vraisemblance. ^ Fr. dès
ne peut pas sortir de * de-ex car l'a; -^ es et n'entrave pas, et d'autre
part certaines formes dialectales comme Dampricbard dd prouvent
que IV était fermé ; v. fr. ades qui a un e ouvert ne peut pas non plus
remonter à * ad'de-ex ; nous reviendrons sur cette dernière forme en
temps opportun*
Nous bornerons ici nos observations ; elles suffisent à montrer
avec quelles précautions on pourra utiliser l'ouvrage de M. Marchot.
La seconde partie, Les consonnes, est annoncée pour 1902.
Maurice Oràmmont.
Bartoli (M.). — Ueber eine studienreise zur erforschung des altroma-
nischen Dalmatiens. (N*» V des Vorlàufige berichte der Balkan-com-
mitsion, en vente chez Gerold filsy Vienne, C'est le tirage à part d'un
article paru dans VAnzeiger der philosophisch-historischen classe du
29 novembre 1899. [Académie impériale des Sciences de Vienne]).
M. Bartoli, chargé par l'Académie des Sciences de Vienne d'aller
étudier sur place l'ancien dialecte roman de Dalmatie, est revenu avec
les matériaux d'un ouvrage considérable qui ne pourra paraître que
BIBLIOGRAPHIE 98
dans quelque temps. En attendant il nous donne un résumé des ira
vaux qu'il a accomplis dans sa mission et des faits qu'il se propose de
mettre en lumière.
Le Dalmate est un dialecte jusqu'à présent très mal connu et dont
les sources sont maleureusement limitées; on ne voit pas trop ce
qu'on pourrait ajouter plus tard à celles dont a disposé M. Bartoli,
car la dernière personne qui parlait le végliote est morte en 1898, et
les archives des notaires de la ville de Véglia ont été presque entiè-
rement détruites par un incendie. Pourtant nous en possédons assez
pour nous rendre compte du caractère très particulier de cette langue
et du aut intérêt qu'elle présente à différents égards.
Dans \e consonctntisme on remarquera surtout le traitement des m gut-
turales »: c devient é devant i, ë, ûf mais il reste c (k) devant ê, { comme
devant a, o, û; qui devient de même ci tandis que qiie est représenté
par ke;cifC8 deviennent pt, ps (en gaulois c'est le contraire: pi, pi
deviennent et, es) ; la sonore ^ a un traitement parallèle.
Dans le vocalisme on notera que les produits de û supposent une
fase û, que a tonique devient e dans certains cas, qu'en végliote les
vojelles toniques libres se diftonguent toutes, et les voyelles toniques
entravées seulement lorsqu'elles sont ouvertes.
Au point de vue etnographique et istorique il sera fort instructif d'é-
tudier d'une façon précise et approfondie les rapports du Dalmate avec
*e roumain et l'albanais, avec l'italien, avec le rétique, avec le slave et
avec le germanique (la plupart des idées qui sont rendues dans la
majeure parde des langues romanes par des mots germaniques le
sont ici par des vocables latins : kaiptare « garder n,juàlb « blanc»).
Ces recherches ne contribueront pas )ieu à éclaircir la « question illi-
rienne ».
On voit par ces indications quelle sera l'importance de l'ouvrage
âDnoncé par M. Bartoli.
Maurice Grammont.
CHRONIQUE
M. Haguenin, professeur agrégé de l'Université, a été nommé pro-
fesseur extraordinaire de français moderne à l'Université de Berlin.
Les journaux allemands, en annonçant cette nomination, font remar-
quer que tout à fait exceptionnellement le nouveau professeur n'.a pas
eu à perdre sa qualité de français.
Nos lecteurs connaissent sans doute les deux notes publiées par la
^mania et les Annales du Midi dans leur dernier cahier et relatives
91 CHRONIQUE
à la découverte du manuacrit contenant la vie de Sainte Foj d'Agen.
Ce teste sera publié dan» un tien ^jIus procbaioi aumëros de la Roma-
nia |iar l'heureux auteur de cette découverte, M. Lkltb db Vascon-
CEi.LOB. Pouaaê par un sentiment des plus honorables, M. de VaacoD-
cellos publiera le texte avec des notei et une introduction en poi^
tugaig.
Noue croyons savoir — il n'y aura sans doute plus d'indiscrétion à
le dire quand ces lignes paraîtront — , que c'est i, la bibliothèque de
l^jde, dans un manuscrit classé comme contenant des textes catalans
(il en contenait en effet), que M. de Vasconcellos a découvert sod
poème.
M. KoscHWiTZ, professeur de philologie rom.tne à l'Université d«
Marbourg, a permuté avec son collègue de l'Université de Kûnigsberg,
M. Gaston PARrstmblie dans le /ourna/rfeiSaonnti (octobre 1901]
un compte rendu de l'Histoire de la littéralure française, publiée par
MM. H. Suchier et Birch-Hirachreld. Il annonce en note (p. 616) un
Tableau de la littérature française au moyen âge qui contiendra le
tableau de la littérature provençale. « Une esquisse fuite sur un plan
différent [de celui de 1888-1890], embrassant l'époque intermédiaire
( 1327-1500) et la littérature provençale, paraîtra prachaluement : en
anglais d'abord, puia en français, u
Du Litleralurblall fur germanische und romattiicke Philologie ;
M. Freymond, professeur de philologie romane & l'Université de Berne,
a accepté une nomination à l'Université de Prague.
Le docteur Jeanjsquet a été nommé professeur de grammaire com-
parée des langues romanes à l'Académie de Neufchâtel.
An mois de juillet 1901 s'est fondée à Rome une Soeiili philolo-
gique romaine. Elle publie un bulletin et des documents sous la direc-
tion du professeur È. Monaci. Parmi les documents qui seront publiés
dans les premiers voluuies, on annonce les suivants :
Il Cantoniere Vaticaito 3793, reproduction diplomatique.
I documenti d'Amort, avec le commentaire, de Francesco da Rar-
berino, édition complète d'après les deux manuscrits originaux de la
Bibliothèque Barberinîenne.
II Godiet Valic-ino 3196, contenant l'original du chansonnier de
Pétrarque.
l.ea secrétaires de la Société sont le docteur F. Kermanin et le
professeur A. Silvagni. L'administrateur est le docteur E. Modigliani,
ignemente, s'adresser à ce dernier: Home, Coroo Vitt.
CHRONIQUE 95
Doas fait assister aux luttes héroïques de Maguelone contre.
Les Pirates d'Alger, montrant leurs faces blêmes.
Puis Maguelone est devenue
Une femme hautaine en son voile de deuil.
Un étranger, dont la cuirasse étincelle, viendra un jour la consoler:
0 douce Maguelone, il presse ton corps vierge
Celui que tu cherchais par les vagues effrois
De rhiver, quand ses pieds heurtaient les galets froids
Que TécuDie insensée a vomis sur la berge.
Le poème, qui est d*inspiration panthéiste, renferme, cà et là, de
jolies strophes.
Ce ne sont pas^ d*ailleurs, les premiers vers de M. E. Renaud II
a publié, cette année également, chez Lemerre, un volume de poésie
intitulé : Amours Barbares. Comme sous-titre : Impressions cévenoles ;
et allemandes pourrait-il aiouter, car plusieurs des poèmes qui for-
ment ledit volume ont été composés pendant un séjour de l'auteur
en Allemagne.
Le poème de Maguelone est dédié à Tauteur des Flammes Mortes,
C'est le titre d'un volume de vers, publié également chez Lemerre, en
1901, et dont Tauteur, M. Martin Paoli, est professeur d^italien au
Lycée de Montpellier. La muse universitaire ne chôme pas à Montpel*
lier, car le nom de Fauteur de Maguelone la Morte n*est que le pseu-
donyme aux trois quarts transparent d'un des plus distingués profes-
seurs de langues vivantes du Lycée.
» *
Notre collaborateur M. A. Gasté, professeur de littérature fran-
çaise à rUniversité de Caen, vient de prendre sa retraite. 11 a pour
sQccesseur M. Maurice Souriau, précédemment professeur de litté-
rature et d'art normands à Caen.
• •
M. W. Fœrster a été nommé membre correspondant de l'Académie
des sciences de Gôttingoe. Il était déjà membre de l'Académie de
Munich depuis de nombreuses années. Toutes nos félicitations.
La librairie Niemejer, de Halle, prépare une importante collection
de manuels de philologie romane. Nous remarquons en particulier dans
la liste annoncée: Manuel d'ancien provençal (langue et littérature) ;
Manuel de provençal moderne (langue et littérature). Un de ces
manuels (Introduction à V étude de l'ancien français, par M. Voretzch)
t déjà paru.
* Maoublonb la mortb, méditation poétique, par Etienne Renaud,
Montpellier, impr. Firmin et Montane, t901, in-8«, 12 p.
96 CHRONIQUE
On annonce un Précis de phonétique expérimentale par l'abbé
RoussRLOT et M. F. Laclotte, qui fera suite aux principes de pho-
nétique expérimentale du premier de ces deux auteurs : la deuxième
partie de ce dernier travail vient de paraître à la librairie Welter.
Notre éminent secrétaire général, M. Chabaneau, vient d^étre
nommé professeur honoraire à la Faculté des lettres de TUniversi é
de Montpellier.
La Société se réjouit d*une distinction qui, tout en attestant combien
les longs services de M. Cbabaneau sont appréciés par le Ministère,
l'attache par un lien durable à cette maison qui fut si longtemps
sienne et qui ne Fa vu s'éloigner qu*à regret.
«
M. Maurice Grammont, chargé du cours de philologie à la Faculté
des lettres, ancien président de la Société pour Tétude des Langues
Romanes, vient d*être nommé professeur de linguistique et gram-
maire comparée à T Université de Montpellier (chaire créée).
M. J. Vianey, maître de conférences de littérature française à la
Faculté des lettres, notre collaborateur, vient d'être nommé professeur
de littératures modernes comparées à TUniversité de Montpellier
(chaire créée).
La Société des Langues Romanes adresse ses félicitations les plus
sincères aux nouveaux professeurs et à M. le Ministre de Tlnstruc-
tion publique.
Dans sa séance du jeudi 5 décembre 1901, le Comité directeur de
la Société a procédé à l'élection de son Bureau pour 1902: M. Max
Bonnet, professeur à la Faculté des lettres, correspondant de Fins-
titut, passe, selon Tusage, de la vice-présidence à la présidence.
M. F. Fabrège, Thistorien de Maguelone, a été élu vice-président,
en reconnaissance des services qu'il a rendus aux J^tudes méridio-
nales et de rhospitalité si gracieusement offerte aux félibres et aux
romanistes à Maguelone, lors de la Santo Estello 1900. MM. Lam-
bert, Qrammont et Pélissier sont continués dans les fonctions de
trésorier, bibliothécaire et secrétaire de la rédaction En remplace-
ment de M. Chabaneau, M. Grammont a été en outre nommé secré-
taire général de la Société.
M. Chabaneau, correspondant de Tlnstilut, professeur honoraire à
la Faculté des lettres de l'Université de Montpellier, a été nommé,
par acclamation, président d'honneur de la Société pour l'étude des
Langues Romanes.
Le OéroHt respoMable : P. Hamblin.
LA DANSE DES TREILLES
NOTICE
« Les Treilles », aussi haut qu'on peut remouter, ont été
dansées à Montpellier en 1503, devant Tarchiduc Philippe,
gendre de Ferdinand le Catholique, quand il retournait dans
ses Etats de Flandre, avant de conclure à Ljon,où il s'arrêta,
un traité avec Louis XII. Il est dit dans nos archives locales
que les Consuls, « pour festoyer ledit seigneur, de toutes
sortes, firent danses et a bails de la Treille », qui fut très hien
dansé ettriomphantment ».
On les a aussi dansées en 15G4, pour la troisième fête de
Noël, en présence du roi Charles IX, de passage en notre
ville. Dans son « Recueil et discours du voyage de Charles IX »,
Abel Jouan dit (et le fait est confirmé, d'après ce que nous
communique M. Emile Bonnet, dans les Mémoires manuscrits
de Serres — Bibliothèque du Séminaire) — , que les habitants
de Montpellier o donnèrent plaisir au Roy, en un grand
carroy qui estait devant son logis, d'une danse que l'on appe-
lait « Iji Treilhe » « et dansaient au son de trompettes,
tenaos en leurs mains des cerceaux tous fioris, et les dan-
seurs tous masqués et revestus qu*il faisait beau voir »
Abel Jouan parle de trompettes ; c'est le hautbois qu'il veut
désigner, car la musique des Treilles n'a sa véritable adap-
tation que sur le galoubet augmenté du tambourin.
En 1830, on les a aussi exécutées devant la duchesse d*An-
goulême.
En 1852, nos Gris€ltes,q\iï les dansèrent devant le prince
Président, eurent le don d*exciter par leur charme ses applau*
dissements et son sourire. On sait qu'il n'en était pas pro-
digue.
Les Treilles constituèrent, en 1878, le principal attrait des
XLV. — Mars 1902. 7
98 LÀ DANSE DES TREILLES
«Fêtes Latines». On les a reprises à la venue du Président
Carnot, en 1890, à Toccasion de la commémoration du Yl*
centenaire de l'Université de Montpellier. On les dansait
récemment à Marseille, à Pézenas, et partout elles ont le
don d'attirer la foule. A Toulouse, on les appelle la danse du
(cRamelet)); mais on ne les danse, crojons-nous, correcte-
ment et historiquement, ajouterions-nous presque, qu'à Mont-
pellier, où leur caractère exclusivement bachique et lascif
est conservé, par opposition aux variations et déformations
apportées à leur simplicité dans le but d'en embellir Ten-
sembie.
La danse du Chevalet *
Avec moins d*agitation mais non sans autant de grâce et
d*agilité, vient derrière la Danse du Chevalet. Une pieuse
croyance que les habitants de Montpellier ont conservée
attribue l'origine de cette danse célèbre dans tout le Midi,
où la propagation des scènes pittoresques comme aussi du
chauvinisme est si rapide, au rapprochement conjugal de
Pierre II roi d'Aragon avec la douce Reine Marie de Mont-
pellier, issue de la famille des Guilhem ; à la suite de ce rap-
prochement, vint au monde Jacmes le Conquérant, vainqueur
des Maures et des Sarrazins d'Espagne '.
1 La Dante du Chevalet est inséparable des Treilles,
Ce divertissement a été réglé en 13'^ par une ordonnance de Ray-
mond de Miintaner. On le reprit plus tard au LouTie pour distraire le
roi Louis XV, pendant une convalescence.
Vingt>quatre danseurs partirent de Montpellier pour aller exécuter
cette danse devant sa Majesté et la Cour. Le Mercure^ qui rend compte
de cette cérémonie, assure que le Roi fut très satisfait,
D'Aigrefeuille dite que le peuple ne manque point, dans toutes les
réjouissances publiques, défaire sortir le «Chevalet», c'est-à-dire qu'un
jeune homme, monté sur un petit cheval en carton, proprement équipé,
lui fait faire le manège aux sons des tambourins et du hautbois, tandis
qu'une grande troupe de danseurs, avec des grelots aux jambes et des
tambours de basque à la main, font semblant de lui présenter de
l'avoine pour le détourner de son exercice, ce qu'il évite avec beaucoup
d'agilité et toujours en cadence. > {Histoire de Montpellier.)
* La plupart des auteurs de l'histoire du Languedoc s*appuient pour
LÀ DANSE DES TREILLES 09
Sans vouloir toncher à une légende aussi chère, puisque le
nom d*un héros et d*une reine aimée j sont attachés, qu'il
nous soit cependant permis de signaler que la Danse du Che-
valet pourrait bien remonter à une origine plus ancienne et
86 rattacher aux coutumes du paganisme. On a retrouvé dans
les fouilles de Délos, il j a une trentaine d'années, et Ton
conserve au musée de Béziers*, un vase de forme élégante
et peu commune, composé d'une terre très fine, d*un ton jaune
clair. La peinture en est rouge et noir; on distingue très bien
ces deux tons à la loupe. Le dessin représente un cheval pos-
tiche porté par un cavalier armé d*une lance : a Les deux
» pieds du cavalier s'appuient à terre, dans deux espèces de
D fourreaux qui ont Tair de deux jambes de cheval. L'esprit
» humain n'est pas tellement inventif, que la Danse du Che-
B vcUet, c'est-à-dire une danse dans laquelle figure nécessai-
» rement un cheval postiche de bois ou de carton n'ait pu
combattre la légende de la naissance de Jacme I" roi d'Aragon, sur le
silence de ce roi lui-même, qui n'en dit mot dans les Mémoires qu'il a
laissés de sa yie. D'autre part, on trouve dans la Description historique
de quelques parties de la France, par Dulaure, qu'en mémoire d'un évé-
nement arrivé à Lyon en 1403, on y dansait, le jour de la Pentecôte, € Le
Cheval Fou >. Un homme portait à sa ceinture un mannequin en forme
de cheval, lequel était couvert d'un vaste caparaçon qui descendait jusqu'à
terre et couvrait ses deux jambes ; deux autres jambes postiches sem-
blaient enfourcher le cheval, et l'homme^ avec tout cet attirail, paraissait
faire de l'équitation Il sautait, gambadait, se trémoussait en avant, en
arrière, de manière à imiter les allures d'un cheval qui caracole.
Il est plus que vraisemblable, en rassemblant les diverses danses où le
cheval joue un rôle, tel le c Pouli de Pézénas », dont l'invention n'excé-
derait pas la naissance d'un poulain dans les écuries du Prince de Conti,
pendant un séjour qu'il fit dans cette ville, où il appela Molière, le « Chivau
frus d^Aix », c le cheval fou i de Lyon et la touchante légende de V < Ane
deGignac », que l'origine de ces démonstrations quasi aristophanesques
remonte à des causes qui nous sont inconnues.
On peut lire enfin, dans un article du Journal des Débats C24 mai 1831)
à propos du Dictionnaire philologique publié par Noël et Carpentier, qu'on
exécutait à Naples, une < Pantalonnade » rappelant le a Chevalet ».
En Angleterre, au dernier siècle, on dansait le « Hobby -Hor se », ou
danse mauresque, a Monns dance; » le cavalier du c Hobby-Horse » por^
tait son cheval tout comme dans le chevalet.
* Plume %i Pinceau. — Par M. Jules Troubat. lizeux, Paris 1878.
100 LA DÂN8E DES TREILLES
» naître à des époque» différentes dans plus d'une localité. Il
D suffisait d'une circonâtanoe où le cheval jouait un rôle pour
» donner lieu à une manifestation de ce genre, et il a pu s'en
)) produire une chez les Grecs, à Toccasion du fameux cheval
de Troie. »
De nos jours, le ton s'est radouci ; le Chevalet n*est plus un
instrument de guerre, mais un poulain modeste quoique astu-
cieux, autour duquel marchenten dansant, dansenten marchant
« sus Vapi^ sans cauciga lou grel ' » des jeunes gens, nouveaux
éphèbes, qui cherchent à lui donner l'avoine dans un tambour
de basque aragonnais... ' Ah I la chose n'est pas facile, car la
béte en gaieté remue sans cesse, et envoie des ruades, présen-
tant la croupe quand on essaie de lui prendre la tête, tandis
que les chansons s'égrènent comme d'un chapelet sans fin '.
1 Expression languedocienne tellement pittoresque qu'elle n*a pas
d'équivalent en français.
* On sait que la Maison d'Aragon a longtemps régné à Montpellier.
3 Voici, bien que Tusage en soit passé, la chanson très primitive que
chantaient les danseurs autour du cheval : Elle n'a pas de nom connu
d'auteur :
Dona la cihada aou paoure chibalet
Qu'es mort de fam, qu'es mort de set
La flatta
La gratta
Et lou riban vert
A la moda dô Vaouvert
En sas abadessas
Et sous abbadis
A la moda dé Paris
Sa Nimès savien dansa lou chibalet,
Vendrien pas quôré Dupounet (célèbre danseur)
La flatta
La gratta etc., etc. . .
LA DANSE DES TREILLES
101
Gansoa de las Trellhas*
ChanBon des Treilles
I
Eh ! io tant là !
Passa se vos passa,
Passa dejout las treilhas.
Eh! io tant là!
Passa se vos passa,
Très cops sans t'arresta I
II
Cap de Jouvent,
Que vas couma lou vent,
Kspera la poulida!
Cap de Jouvent!
Que vas couma lou vent,
Kspera-la que yen !
lil
Lou mes de mai
S^espandis fies e gaï,
La rosa es espélida!
Lou mes de mai
S*espandis fres e gaï,
Tout canta mai que mai.
IV
I^us aacelouo,
Sus loas aubres en flous.
Disou sa cansounetta ;
Lous aucelous,
Sus lous aubres en flous,
Rendou moun cor jalous.
I
Et en avant I — Passe si tu
veux passer, — passe sous les
treilles. — Et en avant! — Passe
si tu veux passer, — trois fois
sans t*arrêter !
II
Chef de la jeunesse, — qui
vas comme le vent, — attends ta
jolie compagne! — Chef de la
jeunesse, — qui vas comme le
vent, — attends, la voici qui
arrive !
ni
Le mois de mai — s'étend frais
Ql gai, — la rose est épanouie.
— Le mois de mai — s'étend frais
Ql gai, — tout chante à qui mieux
mieux!
IV
Les petits oiseaux — sur les
arbres fleuris — disent leur chan-
sonnette. — Les petits oiseaux,
— sur les arbres fleuris, — rendent
mon cœur jaloux.
ï Paroles du félibro Louis Roumieux, composées pour les fêtes latines
de 1878. Cette poésie, de date relativement récente, a été précédée de
plusieurs autres, où les auteurs, tous populaires, mêlaient la politique et,
plus d'une fois, la critique conjugale à la manière des c cours coculaires )» ;
mais comment les recueillir? Ceux qui les chantaient sont morts, et
elles n'ont jamais été imprimées.
L& DANSE DBS TRBILLBS
Coum'slos, ien,
Angeta dau boa Dieu,
Se vos de poutoanettaB,
Coum 'eles, ieu,
AogeU dau bon Dieu,
Que n'en fariei... bon Dieu t
- petite
De même qu'eux, i
ange du bon Dieu! — Si tu v
des baisers. — De mâme qu'eux,
moi, — petite aage du bon Dieul
— Queje t'en ferais!... bon Dieu!
VI
Brave galant,
Sen pas au jonr de l'an,
Qardas vostras brasBadai,
Brave galant,
Sen pas au jour de l'an,
Fourvia voue de davani
VI
Aimable amoureux, — Dons
ne sommes pas Au Jour de l'an;
— gardez vos baisers! — Aimable
amoureux, — nous ne sommes pas
au jour de l'an. — Ecartez-vous
de devant moi]
VII
Au mes d'amour,
Poutounejou toujour
Dos amas embraaadaa,
Au mes d'amour
Poutounejou toujour
La niocbamaî loujouri
Vlll
S'acoa an tau,
Vendrea à moun oustau,
oumesaa.
1 o us tau,
laa brutau I
VU
An mois des amours, — a'em-
brassent toitjourH — deux Ames
enflantmées. — Au mois des
amours, — elles s'embrassent
toujours— la nuit comme le Jour I
VIII
Puisqu'il en est ainsi, — vous
viendrez à la maison, — on vous
promettra ma main. — Puisqu'il
en est ainsi, — vous viendrez k la
maison, — mon père n'est pas
brutal.
IX
Ma belle enfanti — Pour apai-
ser ma faim, — regarde la table
est mise! — Ma belle enraot! —
Pour apaiser ma faim, ■— pourquoi
attendre à demain.
LÀ DANSE DES TRBILLES
103
Ses pas coontent,
Adissias, beii jouvent,
Passas bona la festa !
Ses pas coimtent,
Adissias beû jouvent!
M'en vau qa*ai pas lou temps I
XI
Oh! joar charmant!
Mignota! prend maman,
Pus tard veiren lou resta !
Oh ! jour charmant,
Mignota! prend ma man
Embé moun cor aimant.
Puisque vous n*êtes pas con-
tent ! — Bonjour, beau jeune
homme ! — Que la fête vous soit
légère! — Puisque vous u*êtes
pas content! — Bonjour, beau
jeune homme ! — Je m'en vais,
car je suis pressée !
XI
Oh ! jour charmant ! ^ Chôre
petite! prends ma main, — plus
tard nous parlerons d^autres cho-
ses. — Oh! jour charmant! —
Chère petite ! prends ma main —
avec mon cœur plein d*amour.
EXECUTION CHORÉGRAPHIQUE DE LA DANSE
DES TREILLES
AVEC FIGURES BT PLANS DESCRIPTIFS *
La Danse des Treilles^ est ainsi appelée parce qa*aa début
elle a d& emprunter sa décoration et ses accessoires à la
la vigne, pendant la période des vendanges, alors que les
sarments sont verts, chargés de pampres et de fruits.
Plus tard, quand on a voulu la danser à d'autres époques,
an printemps, par exemple, on a substitué aux sarments
< Par M. Antoine Troubat, attaché à la questure du Sénat.
s Noos aTons essayé de résumer, non sans considérer combien grande
était la difficulté de paraître clair sur un sujet des plus spéciaux, les
renseignements relatifs à Texécution de la Danse des Treilles que nous a
fournis un modeste et intelligent ouvrier de notre ville. Nous le remer-
cions bien vivement ici de sa complais;ince et de son obligeant empres-
sement. Son goût passionné pour cette danse locale, qu'il a pour ainsi
dire ressuscitée, puis fait exécuter aux applaudissements de la foule,
soit à Montpellier, pendant de mémorables fêtes, soit à Marseille, où il
fot appelé à Toccasion de fêtes de charité, a mis un titre de plus à ceux
qu'il possédait déjà comme maître de ballets populaires.
10 4 LA DANSE DES TREILLES
des cerceaux enrubannés, agrémentés de fleuri naturelles ou
artificielles, mais le nom primitif est resté.
Son caractère est essentiellement bachique.
Hllle se décompose en douze figures, aussi gracieuses les
unes que les autres, précédées elles-mêmes d*une introduction
ou marche préparatoire, d*un ravissant effet, et se termine
par un salut final aux spectateurs.
L'ensemble de son exécution doit durer de quinze à vingt
minutes.
On la danse au son du hautbois et du tambourin.
Une vaste place, propice aux évolutions au milieu de la
foule, est indispensable à ses mouvements d'ensemble, qui ne
peuvent produire d'effet agréable à l'œil, qu'à la condition de
s'effectuer avec ordre, régularité et précision, trois qualités
susceptibles de lui assurer de la grâce.
Deux groupes ou couples, chefs de file intelligents et bons
danseurs, un en tête, Tautre en queue, véritables choryphées
ou entraîneurs, sont aussi une garantie indispensable de succès.
Enfin, un bon chef, directeur de l'ensemble des mouve-
ments, agissant seul, en dehors du groupe des danseurs, est
aussi nécessaire, pouï" donner les signaux de départ et d'arrêt,
préciser les mesures d'accord avec la musique, en somme
pour assurer les efiets, et guider l'ensemble chorégraphique
exposé quelquefois aux bousculades, et qui plaît d'autant plus
que le nombre des exécutants est plus nombreux.
C'est ainsi que le nombre des danseurs pour les treilles, qui
doit être au moins de douze, peut être porté jusqu'à cent.
IntroduotloD et marche préparatoire
Les spectateurs s'étant rangés en un vaste cercle autour
des danseurs, pendant que ceux-ci s'organisent et se placent
en rangs de deux, ou par files convenues et numérotées
d'avance, le tambourin exécute un roulement de batterie.
Le hautbois sonne un appela deux ou plusieurs fois répété.
Aussitôt les groupes se forment comme pour un cortège,
le danseur à gauche la danseuse ? droite. Le cavalier saisit la
danseuse à la taille ; celle-ci appuie la main gauche sur l'épaule
LA DANSE DES TREILLES 105
de son conducteur et la treille est élevée jusqu'à hiuteur de tête^
tenue par la main gauche du danseur et la main droite de la
danseuse^.
Chaque groupe se place à nn mètre environ de distance du
groupe voisin, et s'aligne correctement. La musique joue un
iatervalle de quatre temps^ penlant lequel les danseurs enla-
cés, la treille flottant au vent, marchent quatre pas.
Au cinquième temps, la colonne entière s'ébranle, les dan-
seurs partant du pied droit, les danseuses du pied gauche.
Chaque danseuse doit relover la tête et axer son cavalier
d'un regard aimant, tandis q>ie celui-ci, sans perdre de vue
sa ligne de distance, et son alignement par files, simule avec
sa danseuse une tendre causerie.
Ainsi disposés, les groupes constituent de vrais tjpes de
Watteau, sous leur costume léger, enrubanné et pastoral
autant que possible.
La musique indique que tout le ballet doit exécuter ainsi
quarante- trois pas de marche préparatoire. Dès que ces qui,-
rante-trois pas sont exécutés, et au moment où le hautbois
prend une allure plus vive et plus sautillante, précurseur de
la véritable danse qui va commencer, les ôsinseurs changent
la treille de main^ les groupes se désenlaccnt, tournent sur eux-
mêmes, et forment une treille plus élevée et plus largo appelée
Grande Treille, Ils la tiennent, dès lors, très élevée pour qne le
passage puisse s'effectuer librement au-dessous, par les dan-
sejps, chacun à leur tour, et toujours par groupe de deux.
Cette première introduction bien exécutée forme, nous ne
saurions trop insister, un tableau délicieux d'ensemble qui
dispose favorablement l'attention des spectateurs.
Ce mouvement de passage sous la treille commence simul-
tanément et sans interrupt'on dès que le dernier groupe, c'est-
à-dire le groupe de queue, a formé la grande treille. Les autres
groupes suivent jusqu'à ce que la grande treille se soit refor-
nji'3 en petite treille pour l'exécution d'une autre figure.
' Noos arons yu, pendant l'exécution d'une Danse des Treilles^ certains
frroupes porter, par un mou%'ement gracieux et naturel leur cercle enru-
banne derpi<>re leur tcte, appuyé sur leurs épaules ; c'était charmant et
rappelait par certains côtés le groupe gracieux de « Pendant l'orage •,
du peintre Got, originaire, comme on sait, de Bcdarieux.
lOa LA DANSE DBS TREILLES
COUPLE aOOS LKB TRBILLB8 COUPU HORS DBS TRKILLBB
PBTITB THBILLB ÛRAKDB TKEILLB
Promasads ■oas la grande treUl«
Disons tout d'abord que le pas ioTariable de cette danse sa
décompose en deux mouTements : un pour poser le pied à
terre, deux pour faire un léger sursaut sur le pied quel qu'il
soit, en accélérant l'allure selon que l'indique la musique. Au
dernier temps de rinlroduclion, les danseurs tombent du pied
droit, les jeunes filles du pied gauche, les groupes as roeuvent
en avant en conservant leurs distances, pendant que le haut
bois joue deux reprises.
D68 que le guide de tête est passé sout toutes les treilles, les
bras se détachent ; chaque g;roupe fait un? pirouette en avant.
Toujours bn iurquakt lb pas sautb, et garde la treille dam
ta même main. Par ce mouvement, le guide de tête se trouve
placé derrière celui de queue, et ainsi de suite, en conservant
autant que possible les distances jusqu'à oe que tous les
couples soient passes sous leur propre treille.
Quand la colonne entière a défllé sous la treille que tien-
nent élevée les guides de tête, ceux-ci reprennent leur marche
en avant, suivis de tous les danseurs qui se trouvent de nou-
veau replacés aomme avant l'exécution da cette figure, c'est-
à-dire en forme de cortège.
Ce mouvement peut être renouvelé par les guides de queue.
comme il a été exécuté par ceux de tête ; l'évolution se fait
LA DÂNSB DES TREILLES 107
tlore oomme dans tons les mouvements ou la gauche devient
tête de Ugne.
FIOURB DU PASSAGE SOUS LB8 TRBILLBS
PI. III
Promenade hors des Treilles
Le plan chorégraphique reste le même, c*est-à-dire toujours
une ligne droite, parallèle à une rue, un boulevard.
Noua avons laissé les danseurs en marche sautéCy la tête de
queue gauche en avant {en supposant que le mouvement ait été
exécuté par la gauche, ad libitum).
Dès que la dernière file est passée sous la treill , le chef
directeur, agissant en dehors des groupes, laisse terminer la
reprise du hautbois et, au signal quHi donne, tous les groupes
108 LA DANSE DES TREILLES
reviennent sous la treille^ sans changer le cerceau de main^ en
donnant le bras droit à leur danseuse ^ comme cela a dû se faire
dès qu'ils en étaient sortis. La colonne paît facb en arrière, et
les danseurs se trouvent placés comme k Tintroduction. Seu-
lement, au lieu d*être enlacés par la taille et sur rSpaule, ils se
donnent le bras,
Jusqu*à la fin de la reprise du hautbois, la colonne continue
de se porter en avant. A ce moment les guides de tête, rede-
venus chefs de file, ouvrent le passage htrs des treilles, en disjoi-
gnant l s bras sans changer la tre lie de mains, par un demi-
cercle en avant, et faisant face en arrières, afin que chaque
danseur puisse passer sous la ^rane/e /reiV/e, ainsi reformée
successivement par chaque groupe de danseurs, quand ils
sont passés.
Lorque toute la colonne a ainsi défilé, chacun ayant grand
soin de ne pas perdre de vue le guide de tête ; au signal que
donne celui-ci^ chaque danseur tend de nouveau le bras droit à
sa danseuse et se porte en avant.
A un nouveau signal du chef, tous les couples font face en
arrière, par un demi-tour en dedans, changent la treille de
main, et chaque cavalier offre de nouveau le bras gauche à sa
danseuse.
Le guide de queue redevient guide de tète et se porfe en avant
suivi de la colonne entière , sans jamais interrompre le pas sauté.
A la fin de la reprise du hautbois, il exécute à son tour (ad
libitum comme pour la première figure), le passage des treifles,
gauche en tête, dans ce cas, opérant cette fois le mouvement
de gauche à droite pour les danseurs et de droite à gauche pour
les danseuses, au moment de sortir de la grande treille, et le
contra ire pour y rentier.
Quand tous les groupes ont effectué le passage hors des
treilles, la colonne se reforme comme elle était avant, c'eft-
à-dire que le guide de queue se retrouve placé chef de file en tête^
attendant soit la reprise de la musique pour recommencer la
figure quand le public la redemande, ou pour se porter en
avant sur un signal du chef.
Là danse des treilles
109
FIOURB DU PASSAGE HORS DES TREILLES
J^M}
PI. IV
Double cercle en forme de huit
Cette figure très gracieuse, quand elle est bien rendue, est
celle qui présente le plus de difficultés pour son exécution.
Les groupes doivent, autant que possible, être en nombre
pair, soit trente groupes, par exemple, pour que Tenscmble
offra un caractère suffisant.
La colonne se divise en deux groupes qui, mentalement, se
numérotent f celui de tête et celui de queue formés de quinze dan-
seurs pour chaque.
lis 16 forment, d'abord, en cercle, de la façon suivante : Au
no
LA DANSE DBS TREILLES
momeot ot tous les danseurs sont en ligne mous la treille, le
guide de queue en tête, les couples n" iS et 46, lettres A et B,
pour la simpliâeation de la planche que nous donnons plus
loin, étant an centre de la ligne, opèrent au signal du chef
leur séparation, et forment :
Le l" groupe de tête, de 1 i 15, et ^2* groupe de queue, de
16 0 30.
Le guide de tête fait opérer à son groupe nn mouTcment de
face en arrière, les daDsenrs changent la treille de maing. la
prennent de la main gauche, et donnent le bras droit à leurs dan-
seuses.
Le deuxième groupe exécute le mémo mouvement en sens
inverse, et la séparation est formée comme dans la figure
ci-dessous.
DE LA COLONNI EN nSCX ORODPBS
Dès que la séparation des deux groupes est opérée, ks deux
guides de chacun, sans trop élargir te plan chorégraphique, se
mettent en mouvement d'une façon circulaire par une conver-
sion respective, le groupe de tête par la gauche, celui de queue
par la drote, et marchant à la rencontre i'un de Cautre, suivis
des files, sans cesser toujours de sauter en cadence en mar-
chant.
An momentoù les deux guides se rencontrent et tecoudoient,
les cercles doivent être à peu près formés.
LÀ DANSfi DES TREILLES 1 1 1
PIOURB POUR LA FORMATION DBS CBRCLBS
PI. VI
A leur rer. contre^ chaque guide vient passer par le centre jus^
qu'à ce que chacun ait pris sa distance respective^ derrière la
dernière file de chaque groupe.
Au point de contact^ qui s^opère par cette nouvelle conver-
sion vers le centre, les guides peuvent se trouver quelque
peu x^onfondus ; mais il suffît d'accélérer ou de ralentir Tallure
de part et d*autre, pour que la rencontre s'opère régulière-
ment au centre, point de contact^ et les deux cercles se trouvent
formés comme dans la figure ci-après.
DIVISION DU GRAND CBRCLB BN DBUX ÉGAUX
1 J ^
V-^ ^ %J
C i^ r L
PL VII
n s LÀ DANSE DES TREILLES
Au moment où les deux guides opèrent leur rencontre au
point de contact, celui du groupe de tête abandonne les files
gui suivaient, entre dans le cercle du groupe de gueue. Celui-ci
(chef du groupe de queue) opère le même mouvement dans la
treille formant la dernière file du groupe de tête, et ainsi de suite
pour tous les groupes, jusqu^à ce que la figure en forme de 8
soit formée comme dans la figure ci-dessous :
FORMATION DU CHIFFRE 8
%^ i^ ^^
j '1^
PI. VIII
Cette figure, trôa gracieuse, et contre laquelle on ne saurait
se rebuter à cause des difficultés qu^elle présente, plus diffi-
cile du reste à expliquer qu'à exécuter, étant formée, chaque
groupe doit passer au moins une fois sous la treille du même pas
toujours sautillant et cadencé.
Quand révolution de tous les groupes est complète et que
.es guides de tête et de queue sont revenus au point de contact ,
ils font une pirouette en avant et laissent passer sous leur treille
le groupe qu'tls rencontrent. Chaque file, une fois passée^ fait
les mêmes pirowUtes et mouvement.
Supposons, comme normalement cela devrait être, que
Cette rencontre au point de contact ait été faite par les guides de
tête et de gueue ^ après un ^ot4r complet de chacun dans le cercle
de huit, en arrivant devant le guide de queue, celui de tête se
détache du bras de sa d nseuse sans lâcher la treille, s'écarte suffi-
samment pour laisser passer le groupe guide de queue, en élevant
suffisamment la treille pour faciliter ce passage, fait une nou-
LA DANSE DES TREILLES 113
telle pirouette en avant, el, quand il ta terminée et que le
couple qu'itavait rencontré est patte tout la treille, chaque couple
guide le reprend par le bras et continue de parcourir le plan en
forme de huit, suivi de tous les couplet jusqu'à ce que tout y
loient pattes.
Lea deux gaides arrirent ainsi à se rencontrer encore au
point de contact, et la ûgxm est terminée.
Las Dais
Pour rezâouUon de cette flgnre, les deux groupes guide de
tête et guide de queue se trouvant à côté changent le plan et
marchent câte à eôte devant eax, suivis de toutes les aies
e dans la figure suivante :
DB LA COLONNB APR^S DSPORHATION DU HUIT
Dès que les groupes bien alignés et accouplés par deux ont
défilé jusqu'au moment où les ahoU de tâte et de queue arri-
vent à une même kauleitr de ligne, ils se rompent pour te placer
en formt de dais, à taide des treillet, comme la figure de dettout
t'indique, de quatre en quatre.
FORMATION DU DAIS
Pour opérer ce mouvement au signal que donne le chef, à la
fin de la reprise du hautbois, les deux guidet le mettent ensemble
par couples; soit ;
114 LA DANSE DES TREILLES
le couple II* 1 iwee le ample n* 90
— 15 — 16
— 8 — 23
— 2 — 3
— 4 — 6
— 6 — 7
— 9 — 10
— 11 — 12
— 13 — 14
— 17 — 18
— 19 — 20
— 21 — 22
— 24 — 25
— 26 — 27
le couple n* 28 avec le couple n* 29
En supposant que les danseurs sont an nombre de trente,
et ainsi de suite, s*ils sont plus nombreux.
Figure da Serpent
Puis les danseurs se remettent en colonne double^ en deux
groupes^ comme à ravant-demière figure oi-dessus ; seulement
ici, le groupe de queue^ ou de gauche^ doit avoir à sa tête le guide
de queue et en queue le guide du centre; l*f groupe de téte^ ou de
droite^ doit avoir à sa tête le guide di centre, et en queue le guide
de tête.
FORMATION DU SBRPSNT
'X^
PI. X
i
LÀ dânse des treilles
n%
Les danseurs ainsi placés, le chef de guide ou de file^ de
chaque groupe^ fait une conversion par file à gauche^ suivi des
autres groupes^ comme dans la figare suivante qui indique la
position chorégraphique au moment où les groupes se rencon-
trent^ pour se rejoindre en une première ondulation.
Le guide de queue, ayant continué de se mouvoir toujours droit
devant Itû^ suivi de toutes les files de danseurs^ il arrive un moment
oif la colonne se trouve placée en ligne droite complè. e, composée
comme dans la figure ci-dessous:
RBFORMATION DB LA COLONNB
PL XI
A ce moment, le chef directeur donne un signal : chaque
ieune fille change la treille de mains et vient se placer derrière
le danseur qui la précède^ très rapprochée de celui-ci^ de façon à
ce que les couples continuant la cadence en dehors des treilles ne
forment plus quune seule ti^eille ou ligne d'ensemble, comme
dans la figure suivante :
FORMATION DB LA TRBILLB BN UGNB
PI. XII
La danseuse, guide de queue, commence alors le mouvement
/ondulation du serpent, en passant sous sa propre treille, suivie
116
LA DANSE DES TREILLES
de son cavalier; elle pénètre successivement sous chaque treille^
et tous les couples à la suite exécutent le même mouvement qui
offre un coup d*œil des plus attrajants, soit :
ONDULATIONS DU SBRPBNT
f^M'
PL XIII
Aussitôt que la jeune fille qui a commencé les ondulations
arrive ap'ès le guide de tête, elle se place à la suite, pour laisser
passer tous les autres couples, jusqu'à ce qu^après le passage
complet, elle soit redevenue avec son cavalier, tête de colonne.
Quand tous les danseurs sont passés en sautillant sous la
treille du guide devenu tête de colonne, le cavalier donne le bras
à sa danseuse et revient sous la treille. Puis, le couple va droit
devant lui, jusqu'à ce que la colonne soit reformée en ligne. Sur
un signal du chef, ce mouvement se répète en sens inverse,
et c'est le guide de tête qui reprend la tête, par un mouvement
opéré par la droite.
Salut final
Quand la figure du serpent est terminée, la colonne se trouve
reformée en ligne droite absolue dirigée par le guide de tête.
Celui-ci se porte alors en avant, de façon à passer à un point que
lui indique le chef, soit une estrade, ou un point quelconque
au milieu de la foule, d'où sont partis les applaudissements par
exemple. Tous les danseurs le suivent, et pour fo)*mer autant que
possible le fer à cheval, il va rejoindre, à une distance évaluée
selon le nombre (J^ exécutants, le guide de queue.
Quand ces deux guides sont arrivés à se trouver sur une
même hauteur de ligne, le plan chorégraphique présente à peu
près la forme d'un hémicycle.
LA DANSE DES TREILLES
117
Ld hautbois joue ses dernières mesures... Chaque danseur
fait sur lui-même trots pirouettes, en les espaçant selon la
cadence de la musique, et sans jamais cesser de sautiller, et
termine Texécution de ce charmant et délicieux divertisse-
ment, en se penchant^ les treilles levées, comme pour un salut^
vers le point à honorer^ en se tenant sur un pied^ t autre levé et
allongé/
Ce salut termine la Danse des Treilles. Les danseurs se repla-
cent en bon ordre de marche en tin groupe resserré, pour aller
recommencer un peu plus loin leurs évolutions, et la danse
du chevalet commence.
Fernand Troubat.
MUSIQUE DE LA DANSE DES TREILLES
Notée par M Coqurlin, ex-chef de musique au 122« régiment de ligne
Tambourin
r r; g r C
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118 MUSIQUE DE LA DANSE DES TREILLES
j^i-^fp^
Tambourin
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O Pour finir
CONTREDANSE DES TREILLES
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£Ilfîr irrtJLj I r^rt
li r^rirtii^fe^iri^^tf^
i,j rçrTrirnnr^i^pi
1 Cet air de danse n*a pas de nom connu d'auteur. Il nous a été
communiqué par Taimahle bibliothécaire M. Gaudin.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
iSuitt)
EN PBIROLS
(= B. Or. 366,2)
I. [p. 777) Atreesi col ciniei ■
[fai
Can vol morir chant
Car sai. qe plua gent mor-
[rai
B ab mflignz dafan
5 Pro magra mortz teogut
[ellati
E maiogi Irebails nai suf-
[farUtz
B pel dan caoraa men ve
Conoac eano mais ud for-
[f«i re.
II. DoDcs ■ cal cosieil pennù
Saissi muer amanz
Ni ioî non atent de lai
On m«i aoepir van
5 Jea non sen part ma volun-
[Utz
Sitôt men aia ' deacaperatz
PenÙQB e coaairoa me ten
La bella de cui me aoue.
III. Tant bella domnano aai
Deiu par qe val tant
Cant iea ia nO Ihauzarai
Dire mon talan
5 Gent macneil & ha bel so-
[lati
- '/.: D, e-»/..si
E del plna ani mal coaaalatc
Qe aien la pregaria * de re
Adonc crei qeagardea de
[ms.
IV. Pregar lai on no iMchai
Tomaz enoig gran
Sea parlar la preiarai
Con al bel semblant
5 & cel mentenda ail platz
CaÎHÙ doblaral dos el gratx
Qant Ti cora ab antre aaue
E cant ota se* qerre tai be.
V. Franchez e hnmiltati trai
Amora enant
Caltz paratgee la dechai
Qu«l rie Bon truan
5 Qel miela de totz vei aor-
Per qel leglei es sordeiati
E dona qus bon prêta man-
[ten
Nom am p«r ricor sala noi
VI. Chanzoa a la bella val
E non qu«n Iheniant ■
Beil podeti lo meu eamai
Cootar ses mon dan
5 Digatz lim qa leis ses do-
Mos coratges e autreiati
Sieua soi e aieaa aérai iasse
Morir mai per ma bona fe.
li — * prepaus— * I.: f. 1 ro mant.
LE CHANSONNIER DE BERNâRT AMOROS
121
VU. Domna de! mon qe mais me
[platz
Joi si ab tos on qe siatz
Qen non vos aoz preiar de re
Mas seuals pensar o puesc
[be.
186
EN PEIROLS
(= B. Gp. 366, 11)
I. Deusa la razon qeu sueil
Mer a chantar per usatge
Qe no mora ni macueil
Ma don el sieu senjoratge
5 Bem trairon sei bel oill
Com a fais roessatge
Can me meiron en coratge
Samor don mi dueil.
II. Sim fai tort nim mostror-
[gueil
A mi es grieus e saluatge
Per ' si la e la veil
Qien non sid penre autre
5 Qan viest e qan mi despueil
CoDsir mon dApnatge
K conosc qe gran foUatge
Paz car no men toil.
III. Tolre nom puesc eu ges me
Per mal qelam fassa traire
Anz mi platz sabetz per qe
Conoissera seu lam gaire
5 Qiestiers non er hom ia
[ben
Vertadiers amaire
Tro qe non sen pot estraire
Per neguna ren.
IV. (p, 178) Tant mi plaz per
[bona fe
Cant aug de mi donz re-
[ traire
Lonor el pretz qil mante
Cab leis son so mes vejaire
5 E cant eossir mesdeue
De nul autrafaire
Samors mo ven tôt desfaire
Nous ' lo pro qem ten.
V. Tant nai estât consiros
E sufert tan grieu martire
E grieu trebail angoisses
Qe del esperanzam vire
5 E ia sauals sieu en fos
[ ]'
Sai ben ca prop lo dezire
Forai iois plus bos.
187*
EN PEIROLS
(=B. Gr. 366, 5)
1 . Ben * no val hom ioues qe
[nos periura
Per saluarplus cant er tuel^
[sagramen
E sieu per mal ni per paor
[deuein
Gouenc a dieu qeu non chan-
[tes aora
5 Fos nostre temps si meil-
[lura
Trobarai qcfo tei^mespres
[E perdon me deu fai^ mes-
près].
W. ; P. 0 — « /. : Veus — 3 /. : Al dereir jauzire.
• Voyez Cédition donnée par M, Chabaneau dans la Rev. d. l. r. IV, s. t.
//,p.570*.,— ♦CA.:Ren?— » Ch. l .;el tuel(=rtol)? — «CA. /. ;es?
- ^ Ck, ;8*ai
122
LE CHANSONNIER DB BERNART AMOROS
II. En respeig non daner bona
[ventara
Car ades ai maltrag e mon
[îooen
Mais anc nom plac soiornz
[entrauol gen
Per cai maint iorn e mainta
[noit escara
5 Stiffert e chautz e fireidora
Qé loingnes de vilas paies
E per segre corn pros e cor-
[tes.
III. Jamais nais hom non faria
[raneura
De mercadiers so sai cer-
[tanamen
Se vezion con gazaignon
[largen
Ni cos meton e * mar ad
[aaentara
5 De toi me sui donatz cura
Can an lor temps e non lan
[ges
Tôt mo tieng a soiorn de
[près.
IV Anc la bella ben faita per
[centura
Non desirei mais cara per
[un cent
Non dezir mais e garbir * e
[ponent
E ^ autres venz. con ^ si fan
[per mesura
5 E net port a gran largura
Com conosca can son ^
[temps es
En blachas non sab ® ies
[qe ses.
V Sanc baordei ni anei dam-
[bladura
Per canal pren nostra^naa
[can cor gent'
E per escnt ' la grant vêla
[al vent
E per lanza lantenna fort e
[dnra
5 Per esperon larsinra*
Els timos prenc per frea
E per sella e per âmes.
188
EN PEIROLS
(= B. Gr.366,8)
I. Quora camors veilla
Eu cban
Cautra flor ni fueilla
Nô irai gardan
5 Ben es dreitz qen doilla
Amant
Sol qen grat mo cneilla'^^
Sil cui ieu mi coman
Perdut ai
10 E cobrarai
Jes nO recres ** per tan
Caissis val segles camian.
II. {p. 179) Dieus maiut em val-
[lia
Qantan
Ai damor ses failla
Mas non ai ogan
5 Qeran mou batailla
Tan gran
Al cor e tradailla *'
Dormen e veillan
« Ch, :cn - « CA.:garbin — » CA. : Et — ^ Ch, .-can — » Ch» /. • bon?
— • Ch. : sap -^ ^ c. en: uostra — * Ch : estât, l. ; escut — * Ch
L : amura?. — *o|c. en : taeilla — *> /. : recrei — •* /. : trabailla
à.
LE CHANSONNIER DE BERNÂRT AMOROS
123
P«rco fai
10 Qal miels qeu sai
La serf & blan
Per zo vei qe mi ai dan.
m. MoB cora sali e trembla
Soen
Mamia lo membla
Si qeu nO o sen
Quil marna son sembla
Comen
Qel sieus digz resembla
Mon pensamen
Donc dirai
10 Qe molt mi plai
Suffriraqucl turmen
Don eu tan rie ici aten.
IV. Nuls hom ben nom ama
Ni gen
Qi damor se clama
Si tôt mal li en pren
5 On plus menliaroa
Greumen
E mart e maflama
Nai meillor talen
Aisim trai
10 Mos volers lai
El fol contenems
On mes maintas ves par-
V. Ben bas fora meza [uen.
Valors
Deportz e gaieza
Si non fos amors
5 Qe mante proeza
Totz ioms
E fai qe corteza
Car pré los melUors
Non seschai
10 Dôme sanai
Jall venga tant donors
Qe damor senta dolors.
VI. Eraoi qier amia
Socors
Qenanz i morria
Qen qezes aillors
5 Asatz trobaria
Dautors
Vos es senz fadia
Una de las genzors
Mos cors gai
10 En gran esmai
Entre sospirs e plors
Ma tôt mes ioi e douzors.
VIL Peirols fai
Fin e verai
Lo sonet per amors
On SOS cors estai totz iornz.
189
EN PEIROLS
( = B. Or. 366,1 )
I. Ab gran ioi mou maintas
[vetz e comenza
Zo don hom pois a dolor e
[cossire
Per mi o die cai foUa conoi-
[senza
Dun feing semblan. Ab qem
[trainet gen
5 Cil on anc plus mentendei
[finamen
Cadonc fui ries qesser cuiei
[amatz
Era ses fort lotz mos afars
[cambiatz.
Il . Amors ab pauc de vera man-
[tenenza
Non 0 pois mais celar ni
[escondire
Li fais aman qis fan * en
[paruenza
>/.:f. fin
li* LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Lft d«chazon per lor galia-
5 B lag donaa i
colp eû-
[sameo
CapeoaB er aegimB drute so
[aapiatz
Qe non engao o no si SDga-
[nalz .
III. (p. 180) Ma ào»Bmhimonr
[per tal faillenza
Qflil «U ■ mol aeu 1o suzaus
(dire
Cil al pechat et eu la pene-
[denza
E ges noil trop ochaizon de
[nien
5 Pflzam car ai tam bon razo-
[nameo
Trop ea mos drailz conogulz
[e prouatz
Mais * foB meiisoDJa la ver-
ftatz.
IV. Ai taa grieu mer aaissi pert
[meatendeDza
Del bon eaper on gueil mou
[cor aasire
Pero trop nai orgoilloza
[temenzB
Cab mal talen. lencolp e la
fropren
5 E ai sai damor. leu* lo meil-
[lor aen
Com ia de ren do aea fezetz
[iratz
Mais qi saubes ao mal suf-
[frir em pati.
V. Contra mi donz non pueac
[aaer temenaa
Qant eu leagart e vaa mi la
Fvei rire
Tota moata lire. la malue-
[lenza
La Bo amora qim deatreia.
[doQzamea
5 E aanc mi fez mal. ni aira<
[men
Qan pais moa oila glotoa aa
[granz beutatz
Cuiatz la donc li voilla mal
[no fatz.
VI. Solatges'eaqiaonafarbia-
[tenzB
Nom tenrai maia daizo qieu
[plus dezire
Mais voil qa tort ma douz
[amigam venza
Qe per mon dreg plor ni
(plagna souen
5 Merceil qerrai dei lo aieu
[faillimen
Tôt enaiasi cou er aa volun-
[tau
Cab lieis noro pot nulaplaitz
[essermaluatz.
190
EN PEIROLS
( = B. Or. 366,29)
1, Cantamors trobet partit
Mou cor de son pensaroen
Duna renaon* masaalît
E podez auzir comen
5 Amies peirol malamen
Voa;
li lan
E poa e ml ni en chan
Non er voatre entencios
Digatz poia qe valres voz.
II. Amora tan uoaai aeruit
M.: Folalges
LB CHANSONNIER DE BERNâRÎ ÂMOROS
125
E nuls pechat ' nous en prô
E vos sabes cani ' petit
Nai aut de iauzimen
5 Nous ochaizon de nien
Sol qem fassatz derenan
Bona patz als nous demanz
Qe nuls autres guizardos
Nom poiri esser tam bos.
III. Peirols mètres en oblit
La bona dona valen
Qe tan gen vos acuillit
E tan amorozamen
5 Tôt per mon com&damé
Tniep auez leuger talan
E non era gez semblam
Tan gais e tan amoros
Eratz en vostras chanzos.
iV. (p. 181) Âmors anc mais no
[faUUt
Mas ar fail forsadamen
E prec dieu qen ^ guit
E qem trameta breumen
5 Entrels reis acordamen
Qel secors irai ^ trop tarzan
& auria mestier gran
Qel marqes valenz e bos
Nagues mais de compai-
[gnos.
V. Peirols turc ni arabit
Ja per vostres vazimen ^
Non laissaram tor dauit
Bon conseil vos don e gen
5 Amas e chantas souen
Ires vos eil * rei noi van
Veias las guerras qen fan
Et esgardatz dels baros
Cossi trobon ochaizos.
VI. Amors si li rei noi van
Del dalfin vos die aitan
Qe per guerra ni per vos
Nô remanra tant es pros.
VII. Peirol maint amie partran
De lur amigas ploran
Qe si saladis no foz
Sai remazeron ioios.
191
EN PEIROLS
(= fi. Gr. 404,4)
I . Lo clar temps vei brunezir
Els auzeletz esperdutz
Qel fregz ten destregz e mutz
Ë non an soign desiauzir
5 Et eu qi de cor suspir
Per la genzer res ^ qanc fos
Tan ioios
Sui qades mes vis
Qe foill e flors reuerdis.
II . En amor son mei dezir
Qa lei seruir sui rendutz
E pois tan rie ioi madutz
A mi donz o dei grazir
5 Qel miels delmonsaichau-
[zir
Si feira chascun de vos
Volontés
Si vos acuillis
La bella cui sui amis.
III. Amis * sui e serai
Aitan qan la vida dur
Ë nous cudes qeu peiur
Enantz me meillurarai
5 Qel pais on ella estai
Mir e soplei e acii
Ab cor fi
Ë vir lai souen
» /.: pietat — « /. : cum — * /. : qem sia — • /. : vai — » /. : vostr enua-
timen^ • î. : sil. — M: gensor re — ' Z. : Sos amis
)$ô Lfi CHANSONNIER DE BEHNAtlT AMORÔS
Los oills qe aie non enten .
IV. HaidieuB qal destra cham*
[fai
A lois vezer tera ' e mur
Mas en aizo maaegur
En un meBsatgier qeu nai
5 Mo cor qi souen lai val
E conorta menaissi
Qendreit mi
Nol voill ni enten
Amix ni precs no cossen.
V. E BeuB en die mon conort
No mo tengas a orgoill
Qar aitan lam e la voill
Qe sera confes de mort
5 No qerria dieu tan fort
Qe laissas em paradis
Macuillis
0 qem dez léger
Duna noig ab leis iazer.
VI. (p. 182) Tant lai assis mon
[confort
Qe p«r nuill autra nO dueil
Ni autramor nom acoill
Dont ial fassa dreg ni tort
5 Qar la bona fez qeil port
A si mon coratge pris
A deuis
Qe qant siu iazer
La cuig e mos bratz tener.
VII. Si con ieu die ver
M) don dieus de leis poder.
[192 (C 132)]
PEIROL DAJLUERNIA
(o/:86r«)
(= B. Gf . 366, 3)
I . Ben dei chantar pois amor
mo esegna
Em donaengein qeu' sapcha
[bos motz faire
Qar sil nô fos ia nO fora
[chantaire
Ni conogutper tantasbonas
[gen
5 Mas era crei & sai certa-
[namen *■
Qar tôt lo ben qe ma fait'
[me nol uendre.
II. Seu nô soi druzhom no me *
[pot défendre
Qa tôt lo mens no sia fis
[amaire
Francs & suffrenz humils e
[merceiaire
Ses trop parlar e de bon
[celamen
5 En aital guis a & p^r aital
[conuen
Maatrei a leis qi * retener
[nom degna.
III. A fors damor alen qe iois
[me uegna*
E pot esser mas me nO es
[ueiaire
Tant es bella & pros e de *
[rie afaire
• L : destrecham — */. : tors.
L,S.: L'ordre des strophes dans L. S. est: I; 1, II: 5, 111:6, IV: 2,
V : 3, VI : 4 — » d. gien con — ^ sai e conosc ueramen — » qanc mi fes —
• d. res no mo — ' M. celei qe — • Esfors de me non a ren qun reuei»
gna — • Qel es tan bels e de tan
LE CHANSONNIER DE BBRNÂRt ÀMOHOS
127
Coinda e plasenç en fait &
[en ' parnen
5 Per qeu sai ben samor '
[raison enten
Qil non dogues tan bas uas
[me descendre.
IV. Qe farai donc recreirai me
[datendre
Non eu mais am tôt têps
[perde ^ maltraire
Qeu non uoil reis esser ni
[emperaire
Per qe de leis estes ' mon
[pensamen
5 Don soi ben ries sol qeu
[lam* finamen
Grans honor mes qe samor
[me destregna.
V. Bella dôna qalqe fais entre-
[segna
Mi fesez ' don mallegre e
[mesdaire
Pois conoisez qeu * no men
[puese estraire
Âb bel semblan paisetz* lo
[mal qeu sen
5 Qaissimpodez'^trainarloniar
[men
E de m6 cor qauez tôt" un
[pane rendre.
VI. Bona domna ben lo'* deoez
[entendre
Qeu nos am tant nous ans
[preiar de gaire
Mas nos es tan firanea e de
rbonaire
Qades '* naurez merce mon
[escien
5 Lo meu fin cor gardaz'^ el
[meu talen
Ja de uostra richesa nous
[souegna.
[193 (c* 138 ]
PEIROL DAXUERNIA
(c f. 86 tf)
(= B. Gp. 366, 19)
I . Manta genz me'' mal rasona
Qar eu nô chant plus souen
E qi daiso mochaisona
Nô sab jes qan loniamen
5 Ma tengut en gren pensamen
Cil '* qe mon cor empresona
Per qeu perd esbaldimen "
Tal desconort me** dona.
II. Pero sim'*fo dolça & bona
Ma domna al comensamen
Mas er nom acoil nim sona
Mas aisi cû '^ lautre gen
5 Qar conois qeu lam '' fina-
[men
A^ cum mal me g^der-
[dona **
Amors Cara fallimen
Saqest tort li perdona.
UI. De trastotioimi^ deslogna
Ma domna e nO les honors
Qab qalqe plaçen menço-
Me pogra Car rie ^ socors
* Pros c corteza e fai tan gen — • sama — * dqirai mi — • t. em per-
don — » paria — • Nô son ppo ries ûen ben am — 'Mi faiU si uals —
qe
. 9
paissetz
!•
poireU — " Uml — «• o — «*Perqe — »• gardatz.
JL S.: »* mi — *• Ccl — *' Non a point de chaozîaien — «■ Grant d.
ai — ^' Mont mi — •• Aasî con — *« Qieu c- be — *»Ai — *» ^uizardona
— *<loU ioiam — **gen
12B
LE CHANSONNIER DE BERNART ABtOROS
5 ErsaiqenoQ esmasfolorB
A qesta atendensa longa*
Don ai fait tantas clamora
Qanta mes ' e uergogna.
IV. E partirai men ea ' nO la
Qe 808 preç & sa ualors
Mo deueda e mo calogna
E quant en ^ cuid amar
[allors
5 Per tôt lo cormintra lamors
Si cum fai laigua en les-
[pogna
Toz téps me plairai dolors
Cum qem destregna em po-
[gna.
V. Ades iioil qamors massailla
Noit & iom^ maitin eser
E ses la sua^ battailla
Non uoil mais^ repausauer
5 E ^ seu nO ai tôt mon uoler
Tais es cil qaisim trabailla
Qel mon non a mais ' pla-
[çer
Que lo m eu mal traitz
[uailla.
VI. Lansengani dluinailla^^
DenoioB nom cal temer
Sol pensars de leis nom
[failla
Res no me pot dan tener
5 El consirs ont eu maleser "
Pais me miels dautra^* ui-
[tailla
Per mal qem fassa doler*'
Mos cors no sanuailla'^
[194 (c* 135)]
PEIROL DALUERNIA
(= B. Or. 366, 13)
I • Dun bon uers uau pensan
[comlo'*feçe8
Qamors madui'* lochaison
[el talan *?
Em fai estar del tôt al seu
[coman
Si que mon cor na retengut
[en gage *•
5 Trop '* demôstra uas me *®
[son poderage *'
Qera mauci lo trebail on
[ma mes
Per tal dona qen dreit meno
[satagn. **
II. Aqestam plaiz mais de ne-
[guna res
Alei mautrei liges desere-
[nan
E sil nom uol mi qen qal
[quatertan
Serai aclis uas lo seu segno-
[rage
5 Cum seu lagues fait certan
[homenage
B seija'' granç torç qi men
[tolgues
Lo désirer pos tôt lais men
[sofragn. **
111. Ben'' uoil samor mais qere
[non laus '*
* entendensa lonja — • nai — ' Partir men ai — ♦ ieu — * Em guerrei
— • Contra la soa— ' qier ia — • Car — » n. es nuls — «• Lausenja ni deui-
nailla — ii c. maigre paisme — >> de nul! autra— <> Per ren qeu nai
em poder — i^ non senuallia.
L, S. : *» dei pensar cossil — «• madus— 17 talen — *• gatge — *• Troep
— «• e mi — •« poderatge — >' sa tain — '* fana — «* sofrain — ** Truep
— ••qerren. 1. ges
LE CHANSONNIER DE BERNÂRT ÂMOROS
129
Esters ^jab dîz > cnberz li *
[uau parlan
Mas sil uolgaes esgardar
[mon semblan
Nô calria ' plus aertader
[mesage
5 Qa ^ sol lesgar t pot hom ben
[per usage
Lo pensamen conoiser tal
[uez es
E membres li qassaz qer
[qis cOplagn. ^
IV. Ben sai qeu lam sil amarme
[uolgues *
Mas leis nO cal ni non i a
[gran dan^
Caidaz* nos donc qe sis uai
[perpensâ*
De sa ualor ni de son rie
[lignage
5 Qe nol deia esser fer e^® sal-
[uadge
Pero ualer sol en amor
[merçes
Yens" lesperança on ma
[dolor refragn."
V<'. Aqest conorz nO es mais
[nescies
Qar en'^ amor pos trop uai
[trainan*5
Non deu hom pois auer
[fiansa gran
Qe farai donc partrai me*^
(o f. 88 r«) de follage
5 Non eu perqe fari^'' uoil
[mon dânage
Aissi com cel qal iogar ses
[empres
Qe perd & perd per respeit
[de gadagn. *•
VI . Tendra me donc ia pro** ma
[bona fes
Qeu non am ges per esqem
[cum sil '® fan
Qi son fegnet '^ galiador
[truan
Fais mensonger & ab '' uo-
[1er uoladge
5 Anz ai en lei si assis '^ mon
[coradge
Qora '^ iom noit an set-
[mana e mes
En un désir 3^ son ades &
[remagn.2®
Vil. **' Souen a hom per trop"
[sen gran dâpnadge
E de** foldaz uen mantas
[ueiz grans bes
Domna en aqest auentura
[remagn. w
VIll . Domna el uers entendez *^
[mon coradge
El uostre cors francs ^^ na-
turals certes
' Pero ab motz — • lien — 3 Ja noil calgra — ♦ Qab — • côplain —
• Pregarala si ualer mi pogues — ' c. de mi ni apfrtaio — • Cuias
— • can sen uai apessan — *o gia ben f. e ben — ** Neus — i* refrain
— '3 Le* str. V et VI sont interverties— **Quen rie — ** tainan — *• par-
tir mai — 1' Jeu non perqe car far — >• respeig de gazain — *• E doncs
ualra mi ia — '* nom chamgi p. reo aissi com — >< Fol lauzengier —
•i fegnjedor e de — '^ 1. assis tôt — *♦ Ora — •• Qenun talen — *• remain
— *' Les deux envois sont aussi intervertis — ^ h, de son — >• Per
— ^ remain — » entendatz — s* gai — >' Sabra chauzir so qendreit
me satain.
9
180 LE CHANSONNIER DE BEItNART AU0R03
SapchaD triar ço qa
[alagn.
[195 (C 137)]
PEIROL DALUERNIA
(= B. Gr. 366, 26)
I. Perdanqedamorsmauegiia
Non laissera
Qe ioi & près (orchan) von
[maateigoa
Tant qan uiurai '
5 Es
Non
Q tal esmai
ki qen * deuegna
om degna.
a eotresegna
De lei i
QeiamcoDortDiproni'tegna
Del mal qeu trai
Pero ai lam' preierai
Qe de me il aouegna
E samors do la matrai
MerçelsD* deatregna',
'. Bona' domna aeus ' pleçia
Fort mamiataz
Qal merauilba '* aeria
Se mamauaz
5 Mae
aqar"
r graz
Se ioia men uenia
ConoBC bs qe i
Si atagnaria".
IV. La nueg me Crabailla " e\
Nom lais ea pas [dia
Sim destrein " eortesia
E aa graa beutaz
5 DoDcsaofriraipoB leisplaz's
Qel** deair mauçia
0 qa lei preuda pietai
Qe pluB franeam aia.
V. Tantaienleifermcoradgs"
Qe dais non pSa '*
Et anc mais" aea cor uo-
Non amet res [ladge
5 Daisom degra aeuir bes
Qe an hom *° dSpnadge
De peior naadge.
VI. ChaaaoDuai tendreituiadge
Lai ou»' îles
Qe il *' trameaes [sadge
5 E poia del tôt me boI mes
El aeu aegnoradge
Pregali qe non agues
Ver mi cor saluadge. *'
VU. Qadouiar pot petit bes
Lo mieu gran dflnage.
[196 (c* 138)]
PKIROL DALUERNlACo/'.89i-»)
(= B. Gr. 366, 15)
Ab ioi qem dimora "
Voill UD sonet faire
Qe " ben uai aora
De tôt mon afaire
I poirai — ' qen> — 'Se leis on mon cor ai — ' prora —
lam — ' Let ttrophei III tt IV tont inlerverlies — ' Bêla
*• meraueilha — ' ' poa — " Sentaigneria — '■ Irabail — <* Tan
Laa qeu farai lo qar fai — '* Trol — " T. uos am de
' peni — " Cane mai miels — ** E ail — 'i ont —Mi
a - " Car
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
131
5 Fin amor menora *
Si qal men ueiaire
Oes tan lics non fora
Seu fos emperaire
Qel coradge eu nû
]0 Jaaçion & gai
Pero non a gaire
Qera mortz desmai.
U. Plas es amor bona
Qeu non sai retraire
Qi mal la raçona
Non es fis amaire
5 Qe gen guierdona
Si tôt fai maltraire
Qi si ^ abandona
Nil es merceiaire
On qeu mestei çai '
10 Mon pensamét ai ^
Vas la dolçe ' repaire
On mi dons * estai.
III. De lei son qem ^ mena
Et es cortesia *
Qab soa ' catena
Mestreing fort em lia
5 Mos mal nO refréna
Mas garitz séria
Sab tan dolça pena
Fer mi dons moria
Ja no men pertirai ^®
10 Mais tan com uiurai "
Si totz têps uiuia
Totz tëps lamarai.
IV. Francha res cortesa
Bella douça mia
Amor ma nos '' mesa
El cor on qeu sia ^^
5 Gran ioia mes presa *^
Daital segnoria ^^
Qeu sui si nous pesa
Vostr hom tuta uia ^*
Ja ren nous qerai ^^
10 Mais uos seruirai
Pero sius plairia ^*
Ren plus nô diria. <*
V. Seu 2® per allegrança
Sai chantar {aV : Voil iugar)
[ni rire
Dun ioi qe menança
Don en soi iausire
5 Domna ia ^^ dop tança
Non aiaz del rire
Qeu nO faiz ^^ semblança
Qe endreit *' uos consire
Ben e gen me sai
10 Cobrir qan sui lai '^
Seu mos oilz uos uire
Tost los en retrai.
VI. Som re mi demanda
De mon dolçe ^^ deçire
Amors mi com&da
Lo uer ^^ contradire
5 Ben es dreit qeu blanda
Lei cui sui seruire
Et er foldaz granda
Sil '^ fatz don '• maçire
Segnors cosim ^> uai
10 E cossi mestai *o
Zo qim *^ sol auciro
Maduz ioi uerai.
* amors monora — * Eisi — ^ M*^ con qeu mestes — * M. coratge ai
lai — s Ades el — • la bell — ' Sieus sui qil mi — « corteza — » suau —
*• partrai — " A ma uida mai — »» Al cor uos ma — *3 Amors tota uia
— *• preza — «* compaignia — «« Voslre on qe sia — *' qerrai — «» E
à nous plaâa— «• dirai — " Sieu',— «» Don ai ia — «« Q. fassa — «3 de
— «* q.sescbai — «» douz — *• Uertat — " Seu — " qil «» Gardatz com
mi «> E comen estai — 3i So qem.
132
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
197
PEIRE RAIMON DE THOLOZA
(= B. Gr. 355, 10)
I. Pensament ai e consir
Duna chanso faire
Qar leis degues abeillir
Cui soi fis amaire
5 E si pogues auenir
En bos ditz retraire
Far pogra parer
Qeu plus rie ioi esper
Com cane fos de maire.
II. Lo cor el sen el albir
Ai mes el veiare
En honrar leis e seruir
Car es la belaire
5 Com pogues el mont chau-
[zir
Don nom puesc estraire
Ni mon cor mouer
Camors mi fai tan temer
Leis qals non am gaire.
m. La fina vera valors
Plus dautra valenza
El pretz el fresca colors
Mi platz e magenza
5 Pero sim val gués amors
Tan qe mentendenza
Mi donz abeillis
Plus rie ioi de paradis
Agra ma paruenza.
IV. Nul autra nom pot socors
Far ni dar guirenza
E ont mais en sert * dolors
Plus nai souenenza
5 Mas* dire mas clamors
Non aus per temenza
Tant li sui aclis
Con plus vas mi safortis
Mais lam sensas faillenza.
V. E fora li ben estan
Sim des alegranza
Tan qaleuges mon afan
Ab douz cointanza *
5 Qeu li sui sers sens enian
E non ai membranza
Dais mais qe fezes
Tôt qant a mi donz plagues
Pero pauc menanza.
VI. (p, 183) Cades mi vauc
[conortan
On plus ma ^ pesenza
Vas leis e sufris mon dan
Ab bon esperanza
5 E doblera me talan
Sa bella semblanza
E gentils cors certes
En prezes de mi merces
0 qalsqe pitanza.
198
PEIRE RAIMONZ
DE THOLOZA
(= B. Or. 355, 16)
1, Si com celui qa seruit son
[segnior
Lonc temps el pert per un
[pauc fallimen
Maue per zo qar eu ai lon-
[iamen
Fait son coman de ma donna
[e damor
5 E ia dest tort non degro-
[chaizonar
Ni mal voler ma domna seil
[plagues
Pero ben sai cant om plus
[sauis es
i /. : sent - « i. : M. ges — U. : acoindanza - * /.: nai.
LE CHANSONNIER DE
Adoncs se deu miels de
[faillir gardar.
11. Tant tem son pretz e sa fina
[valor
Ë taat ai cor de far toi son
[talen
Mas tant me fan lauzenger
[espauen
Per qeu nom aus de leis
[faire clamor
5 Ni mo ferm cor descubrir
[ni mostrar
Mas mil sospirs li rent qec
[iorn per ces
E veus lo toit de qeu li
[soi mespres
Car ieu lanzei tan finamët
[amar.
III R sil plagues qem fezes tant
[donor
Qa genoillos soplei an humil-
[men
Son gent cors car gent for-
[matz auinen
El dooz esgar e la fresca
[color
5 Mi laisassetzsospiran remi-
[rar
Qe mai ben crei noill faillira
[nuls bes
Car tant fort ma samors
[laissât e près
Qe dais non pens nin puesc
[mon cor virar.
IV. De paratge ni soi ni de ricor
Qe iam faisses ^ qem fes
[damar paruen
Mas cant ries hora sils me-
[nors acueil gen
Dobla son pretz e creis mais
[de lauzor
BERNART AMOROS
133
5 Per qeil fora ' ma dona ben
[estar
Si calqe bel semblant far
[me volgues
Qu^ tôt lo mont non es
[mais nuilla res
Qi ia senz leis mi pogues ioi
[donar.
V. Ben sai a escient qeu az ^
[folor
Car ai en lai mes mon en-
[tend amen
Mas non pusc als con plus
[li vauc fugen
Nais lo dezirs e dobla ma
[dolor
5 Socom vol fort non pothom
[oblidar
E sa près cent mais tragz
[un ben nagues
Ben fora ries e sol ca leis
[nom pez
Arai ^li tost denan merces
[clamar.
YI. {p, 186) Sa gran beutat son
[gent cors nou e car
Son pretz sonor. salu dieus
[el ditz cortes
Qe res de be noil fail. mais
[cant merces
Qe sol ab tant ia non tro-
[bera par.
VII. Chanzos vai me tost re traire
[contar
Âd aura mala e dim al pro
[marqes
Messer conrat qen lui a tant
[de bes
Per com lo deu sobre totz
[apellar.
^ c. en : laisses — * /. : feira — > /. ; faz — * i« : Irai.
134 LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
199
Peirk RAINCONZ dk THOLOZA
(= B. Gr. 132,8)
I. Po8 comgnhat ai de far
[chanzo
De mi donz cui am e dezir
A leis 0 deuri om grazir
Seu i faz bonz motz ni gai
[so
5 Oc e seu re mais ben fazia
Grazit fos ' ma doaz amia
Qe de leis tein vn pauc de
[ioi qeu ai
Pero sil plaz anqeras naurai
[mai.
11. Ane mais hom tan cochatz
[nofo
Damora e no men puesc
[partir
Qen pert lo solatz eî dur-
[mir
El ris ni als no mi sab bo
5 Mais pois tomatz soi en la
[via
De chantar de cui me par-
[ria2
Suna vetz chant con^ mil
[vetz plorat ai
Be se coue pos a ma dona
[plai.
III. Bella domna pos vostrom so
Cautra no mi pot guarentir
Laissaretz mi del tôt morir
Don vos mi podes leu far do
5 B so faitz faretz vilania
E pueis er uns ramz de feu-
[nia
Qi son franc home liai mu-
[rir fai
De dezirer el pot gitar des-
[mai.
IV. Amiga ia dieus nom perdo
Seu nous am mais qeu non
[sai dir
E si per so me fais lan-
[guir
Mais am en vostra sospeizo
5 Estar. qe si dautra iauzia
Jauzir nom cami non plai-
[ria
Qe mi non pot faire iauzent
[ni gai
Totz lautre monz dôna de
[vos en lai.
y. Non sai far mon dan ni mon
[pron
En nuUa ren tan noi mal-
[bir
Ni noi poiria deuenir
Seu nous bais (p, 186) la
[boehel mento
5 De vos cui hom sui senz
[bauzia
E serai e no men partria
Malgrat vostre vos am eus
[amarai
E malgrat meu pos amors lo
[matrai.
VI. Chanzos vai ten e ten ta
[via
A la bellam di senz bauzia
Cautra dOna no voil ni qeir
[ni ai
Ni vos domna non sai. si vos
[aurai.
« /. ; fos a — « /. ; partia.— 3 c. en : don.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
135
[200 (c'116)]
PEIRE RAIMON DE TOLOCA
(= B. Gr. 355, 5)
I . Autres*! com la candela
Qe se meteicha ^ destrui
Per far clartat ad autrui
Chant on plus tra g greu mar-
[tire
5 Per conort ' dautra gent
E car adreit esient ^
Pas tan gran follage
Qe aç autrui don agradage *
E a mi ' pena & turmen
10 Nulla re se mal men pren
Non ^ deu plagner del dâ-
[nage.
II. Qar ben conosc per usage
Qe lai on amor saten
Vai foldaz en log de sen
Doncs pos tant ^ am & de-
[cire
5 La genser qel mon se mir
Per mal qem deg * auenir
Nô • taing qem recreia
Qar *^ on plus mausi den-
[ueia '*
Plus li dei ** ma mort gra-
[sir
10 Sil dreiz damor uulh ^^ se-
[guir
Qestiers sa cortz non plai-
[deia.
in. Doncs pos am so ^^ qem
[guerreia
Conosc qe mer a blandir
Ab selar & ab sofrir
Li serai hom & seruire
5 Et sai sim uol retenir **
Veg me tôt al seu placer
Fis francs ses tota bauçia
E si ab aital tricharia
Puesc a ^' sa merçe uenir "
10 El mon non es nuls saber
Per qeu camies ma folia.
IV. Lo iorn qe sa cortesia
Mi mostret nim fez aparer
Un pauc damor ab** placer
Pareg ben qem uolc ausire
5 Qins el cor manet saçir
E el cor mes mel *• deçir
Qe mausi denueia
Et eu com fols qe folleia
Fui leus a gen foletir *®
10 Qan cugei soper^^ albir
Qenqer non pes^^ qesser
[deia.
V. {cf. 77 r®) Si per nulh au tra
[qe sia
Me pogues mais enriqir
Ben agra en cor a partir
Mas cum plus i fort mo
[consire **
5 En^* tant qant lo mon^^
[per pren
Nô sai una tant ualen
De negun parage
Per qeu e '• seu senhoradge
Remang tut uencudamen •^
10 Qar'* non trop melhuramen
Per fortz o per agradage.
[I. S.;) » mezeissa — • plazer — ' escien — ♦ alegratge — & me —
'Nom— "ïD. mas eu — 'deia — 'Nos — »• Anz— " cm guerreia — i' Li
dei miels — *î uoil — *♦ E doncs pos s» — ** retener ^ ** en — " caber
— >• damoros — '• Lo cors es mes lo — *o ad efoletir — «* Qar zo crezei
jwT — 28 Qeu eis n. penz — '3 M. on p. eu mo albir — '* Ai — •* monz
- *• P. qe el — «' tôt forzadamen— ^* Pos
136
LE CHANSONNIER DE
VI. Chanson a' portdalegrage'
On preç & ualor saten
Al rei qe sap & enten
Miras en araguon dire
5 Qe anc mais tant guauçens
[no fui
Per finamor cum er sui
Quab renss & ab uela
Poia^ ades so qe non^sela
Pero nocan^ fas gran brui
10 Ni dO uulh sapcha hom de
[cui
Mo ^ dig pins qe dune *
[Stella.
VII. Mais uos am ges una mêla
N5 preç qar ab uos no sui
Pero aç obs uos estui
Qem siaz guouerns e uela.
[201 (c* 119)]
PEIRE RAIMON DE TOLOCA
(= B. Or. 355, 14)
1. Pois ueçem bosc & broils
[floriz
El praz sunt groc uert e
[uermeilh
El chant el refrim el tro-
peilh*
Auçem del auçellet'^ petitz
5 Bens taing qun nouel chftt
[fabrec
En aqest douç " temps dra-
[bril
E si ben sol ^' mot maestril
Leu seran dentendre adrec^*.
BERNART AMOROS
II. E car non uei ni trop ie nn*^
[desplec
Mon ferm natural sen sntil
Per tant non clam mon
[saber uilh
Si tôt ancar grans non
[prec**
5 Qaisi com fi trobau escritz
Bons motz tan genç los
[apareill
[ ]
Qenchantan*® formes meil-
[lorditz.
III. Mas un gen cors franc &
[graçitz
Qanc tan bel nO *^ uic en
[espeill
Per cui pens & fremisc &
[ueilh
Mes en^* cor tant abeliz
5 Qe dal ren seruir no men-
[brec
Mas ma domna ab franc cor
[humil
Per qe senz tôt enian ma-
[pilh
En amor qen recob en ^* lec.
IV. Anc hom en ben amar non
[crée
Tant cum en mi dons don
[ma fil
En lei seruir qab un pauc fil
Ma près e cug qe pauc me
[sec
5 Pero nO tem parlera me-
[riz 20
Tant esper son leial conseilh
« Chansos al — > dagradatge — • Cab rems — * pueg — * a. com no
sen — • E pero no — ' Nin — • com del.
L. S. : • trepeilh.— **del8 auçelleU— '* a. beldouz— *• son — »'adtec
— ï* n. truep cab on — " parce *« chantant — *^ nos — *• en mon —
ï^ qem te cob & — *• ni crix
i
LE CHANSONNIER DE
E sil plaitz qela maconseilh
Oent serai de fin loi guer-
[nitz.
V. Ades es lai mos esperitz
Ond < il es don nO merauilh
Qaitan qan ferrai 'de soleill
No régna tan bon ^ aibs
[cOpIitz
5 Nul au ira nO par qab lei sec
De beutat seran dautras
[miU
Don prec mi don qe non ^
[auilh
Si mos cor uol qautra nO
[dec.
VI. Tan magrcist per*^ madom-
[na sec
Chanson' gen format cors
[gentil
No uei qeu fora mort de
gilh
Tro qun pauc mon cor ses-
prec.
[202 iF» 166)]
JORDAN BONEL
(= B. Or. 273, i;
1. Sira damor tengues amie
[iaazen
Non fora cel cui meillz
[ânes de me
Qar pen e dol e dan e ma-
[rimen
Hai sofTertat pos amei e
[conue
BEBNART AMOROS
137
5 Qeu aial mal e ma dopna
[lobe
E sellas uol aissi ab me
[deuire
Qar sap e ue * qeu nol ausi
[re dire
Anz uuoill mon dan sella '
[uol ez amors
Gardatz sieu [sui] dels fis
[genz' amadors
II. Ara diran tut li ^ desconois-
[sen
Qe cel es fols qam autrui
[mais qe se
Doncs nO sabon ' qom nO ha
[ges de sen
Qant en amorses empeintz^
[senes fre
5 Qe chastiars ni blasmars ^
[noi ual re
Ni fis amanz ^ non ha poder
qes uire
Qab ambas mans contra
laffan nos tire ^
Si com eu faz e ^^ qar mi
[fora ** honors
Cugei passar totz los bos
[suffridors.
III. Si com laiga sufifre la nau
[corren
Qant ** es tan grantz qe
[nul[8] homes soste
E dun clauel pert son affor-
[timen
Soffrira ** eu mal meillz de
[null autra re
5 Mas qant de lei '^ qem de-
[faill " ab merce
I ont — « ferrais — i bos — ♦ nom — s magrist — « Canson.
l" 8. : 7 crei — « si lai - • fegnens — «o Aram d. qeu sui — »» sabetz
- • esprcs - 7 mallrair— » Ni da lamor — » uol rire — »o mas— »» fes
- 'J Pos — 13 Sufert — ï< E plus qe leis — i» desfoUl
)38 LE CHANSONNIER DE
Qez on mais lam meillz a
[cor qem azire
Ez on piez trac plus doblon
[mei martire
El dolz esgartz mes com la
[blanca âors
Qe pois de fruich amarçis *
[la sabors. *
[IV. E fai mal dôna mon escien
Pois fai semblan don pre-
[gar sesdeuen
A caualier nildonentendimen
Qan non ha cor si con una
[fes me
5 Qim parla piegz qan nom
[au ni nom ue
E sieu fos fais engananz ni
[traire
E contra leis. aisin fora iau-
[zire
Mas uas amors non ual
[forsa ni tors
Ni tem mais cors de uerais
[amadors.
V. À chaletz uai chanzos a mi
[doDz dire
A na guibors cui bos pretz
saup eslire
On es iouenz e beutatz e
[ualors
Ca leis mi )clam del sieus
[mais noiridors.
VI. E potz aitan sus en sa cart
[escriure
Qe ia bel ditz ni semblautz
[de douz rire
Noncreirai mais ni oils ga-
[liadors
Qe gardon zai e plus sou-
[ent ailhors.]
BERNART AMOROS
203
RAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 36)
I . Pos tais sabers mi ven en ^
[creis
Qe trobar sai et eu ^ die
Mal estara si non pareis
E si mes mal car no men
5 Qe qant om diz ab la len-
[gua
So com ben em pos ^ non
[tengua
Nom pot auer sordeior dec
Qe dir so qe nos couengua.
II. E qi anc iorn [damar] si
[feis
Ara nos taing qen derasic
Pel nouel temps qes despe-
[reis
Deu auer qecs son cor plus
[rie
5 E qi no sap ab la lenga
Dir. 80 qe se taing aprêga
Coissi al nouel temps saplic
Caissi vol pretz. qes cap>
[tenga.
111. Ar ai gaug can sabrandal
[fregs
E remanon sol li abric
E dels auseletz e lor leis
Oi mais de chantar non se
[trie
5 Qe qeigz salegre sa lenga
0 pel * nouel temps qil so-
[uenga
E dels arbre» qeran tue
[soe
* sestraitz e marcis — * L. S. ha di più qneste 3 stanze (IV. -VI).
s /. : em — * /. : eu o — * /. : en pes — « /. : Pel
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 139
La flor per bracei* se renga.
IV. Estât ai fins amies adreitz
Dana qe menganet ab trie
Ë car anc samors me des-
[treis
Totz temps maurai mon cor
[enic
5 Car eu non veu ' ab la
[lenga
Aaer lo dig që destrêga
Per qe autram ab lieis sem-
[brec
E qiea qalz so qel en
[prenga.
y. Ab lei remangal malavegz
El enianz & ab son amie
CuDs tais iois ma près en
[merees
Don ia non creirai fais pre-
[die
5 Adz voil eom me tail la
[lenga
Seu ia de lieis ère lausenia
Ni de samor mi desadee
Sen sabia perdre autenga. >
VI. Domna non sai far lone
[plaides
Mas de me podes far men-
[die
0 plus rie que ane no fo res
Del tôt soi al vostre eastie
5 Sol qé digatz ab la lenga
Coissi voletz qem eaptenga
Qeu ai eor qenaisi estie
Ni qe ia dautra non fenga.
VIL (/i. 157) Ben taingqesia fins
vas lieis
Car ane mais tant enals non
[e rie *
Car nostre seignier el me
[zeis
Ab paue afar no sesbaie
5 Ca penas sai ab la lenga
Dir aital aital s qe deuenga
La gran beutat qen lei parie
Non taing qautre si espéga.
VIII. Domna als non qer la lenga
Mas qen baisan vos estre-
[gna
En tal luee qeu ab vos ma-
[see
E qe de mos bratz vos ten-
[gua.
204
REAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 7)
I . A moners darai ® ebanson
Ab leus motz et en leu son
Et en rima vil e plana
Pos aissi son eneolpatz
5 Qan fas auols motz aïs fatz
E dirai so qem cossir
Qi qem nan ^ mais om nazir.
II. Damar tomom • en tenso
Cil on ane amors no fo
Plus qe me obra vilana
E diz qeigz en teing los
[datz
5 En sai maitz qe nuls hom
[natz
Per qem platz e deuedir
Daqo qeu als moltz naug
[dir.
111. E si torn en oeaizo
Cel dig qom fai plus felo
I /. : branqil — « c. en. : veil — » L : aurenga — W. : n. cric — » 1 :
a. Toil. — * /. ; rao uers dirai — W. ; nam — « /. : tornon
140
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
No mo tengatz ad ufana
Qar per trop es autreiatz
5 Qal mais aug dir e non platz
Qe dona si vol aucir
Qe rie orne deignia auzir.
IV. Qeigz a dreig qe sarazo
Mas vers venz qi bel des-
[pon
E ieu die paraula sana
Qe meils deu esser amatz
5 Ries bom francs' ensegniatz
Qil pot pro e bel chaucir.
Per dôna cauz prez soffrir.
y. Mas donna cama lairo
A semblan de tracion
Non deu ges esser aurana'
Mas em baz luec sasolatz
5 Siqe sia coldatz
E qei posca esdeuenir
La nueg el iorn ses dezir.
VI. Ane donna qi qen salmo
Per null rie ome no fo
Ni tornet de pretz sotrana
Et eu sai et es vertatz
5 De pron caualier priuatz
Vistas tais dOna delir
Com sen degra sebeillir.
VII. E dirai en mais eu no
Ara en aqesta saso
Mas se neguns bom se vana
Cap me sencontrast iratz
5 A donc mauziretz viuatz
Celetz ' motz per me ses
[mentir
Com non poiria cobrir.
VIII. {p, 188) Dieus retenc lo cel
[el tro
A 808 ops ses compaignio
Et es paraula certana
Qa mi donz laisset em patz.
5 Ca seignoriu vas totz latz
Qe totz monz li deu seruir
E SOS volers obedir.
IX. Ja de mort ne de preizo
Nom gar dieus ni gaug nom
[don
Se mi donz qem re * sescana
Noval pro mais cautrasatz
5 Segon qieu cre e sapiatz
Qe totz bom qe leis remir
Senten ab mi al partir.
X. Domna eu vos deg grazir
So qe sai be far e dir.
XI E som date ab lonc dezir
Lo ben qen degnias soffrir.
206*
REAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 30)
I. Joglar fe qe deu dei
A dieu ni a ma donna ni a
[mei
Qazutz son en esfrei
Qarmatz ab cor non vei
5 Lieis a cui totz mautrei
Per ar e per totz temps.
II. E serem mais ensems
Eu sai qo taP ma domna
[qar trop tems
Lun* oilmen fus remdemps^
Qeu nomtemsessa. trempa
5 Sol vos senera semps
Meins no men presasetz.
lil. Cancfams ni sons ni setz
Nom destreis tan vns ni
[tuig millia vet
ï /.: f. et — */.: autana — 3 /.: Talz — *€.en: te.
* Voyez VéditiorCdeM, Appela dans la Rev, d. l. r., IV s., t. X,p.412 ss.
— » Appel ; toi — • -4. : S'un — M. : redemps
LE GHANSONNIBR DE BERNâRÎ AMOHOS 1 4 1
Cô fai mo8 telans freigtz
Qem breu deuenter abretz
5 Car yo8 non vei cui letz
Dd sofrir nom^ perill.
IV. A donnap ' cor yolpill
Gran paor ai qeil bocha me
[rouill
Qar del col tro al cuill
Noua bais qi qen grondill
5 Qeu niria en eissil
Enanz cautram baizes.
V. E co morrai ades
Sim cochai bes qeu naic. qel
[luec tomes
À domnal plus confes
Orne qez anc araes
5 A cortes si qe près
De vos sia mos cors.
VI. Ai talens car no mors
E seignier dieus gitasses lo
[tost fors
0 qil semblés ma sors
A cels qe sabol destors
5 Si qe nostre demors
Fos per totz acuillitz.
Vil. Dôna nom faz marritz
Per qem degnia de vos per
[eschemitz
Mas qai ' lur falz critz
Dels enoios traitz
5 Teme tant son eissitz
Del bon sen cauer soill.
VIII. (p. 189) Per lespauent mi
•^doill
E pel gran be qaut ^ nai
fait orgueill
Si qieu non deing mon oill
Girar ves autre foill
5 Qar mos cors no macoill
Qieu ves vos mi renei.
IX. Dôna si lai on soill
Nous vei breu em renei.
X. Far men podes orgoill
Qant morrai qem renei.
206
REAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 20)
I. Ben seschai qem bona cort
Chant qi chantar sap
Et eu atendrai o * mon gap
Dont me tenrai plus per lort
5 Qe sabran. li cet * eil sort
Qieu naurai pretz qi qe sen ^
LJap
Dels vint qe serem el trap.
II. Donc lendeman del beort
Leuarai el cap
La gran corona del drap
An mita ab lonas cort
5 Et qi lapella reg bort
Lan qe la lenga liarrap
Qe mais fols motz noil escap.
III. Aissi ai bastit en gaug
Mon cor nou e fresc
Qades sort e sail e tresc
Si qapenas vegl ni aug
5 E sapchal donz de thalaug
Qeu no son cel qe paresc
Qe en autre sen mantrebresc.
IV. E qis vol corn crit a flaug
Damor pos eu enqes ^
Sobre totz qals qen fol pesc
Qeu am des lue tro az ang
5 La iensor e men pelaug
Tôt hom qautra per fadesc
Qan leua ab leis en paresc.
* A.: mom — '>!.: domn' ap — » c. en : qar — ♦^. : qu'aUt
* /. atendrai — « c, en : cec — ^ J. : qi qen — « Z. : cresc
ue
LE CHANSONNIER DE BEHNÂRT AMOROS
V. Per mi donz ai cor estolt
Et hamil e baut
Car sa lieis no foz dazaat
Ea moester * en loec dan
[vult
5 Qe dais no pessera molt
Mas mangera e tengram
[caut
E agra nO raubalt. '
VI. E qi vol apenre escolt
Damar ben cum sait
E sail pins qe nuls hom
[aat
El ianglos feul ' per so
[molt
5 Sol qel sapil e sacolt
Cuia ab lauzeniar. despaut
Dir 80 don ma dOna raut.
VU. (p. 190) Ma cansos no vueil
[qe sait
Fer cels mais de cui mazaut
Per enseniament mazaut
De moltz qem fan de lur
[chaut.
VI II. Joglars per qem desazaut
Ma dôna e vos mi faitz
[baut.
207
REAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 1)
1 . Ab nou cor et ab nou talen
Ab nou saber et ab nou sen
Et ab nou bel captenemen
Vueil un nou verset comen-
[sar
5 E qi mos nous bos motz
[entent
Ben er plus nou a soa
[uiuent *
Corn veilz ^ sen deu renoue-
[lar.
II. Qieu renouel mon ardimen
Cai nouel ab yeil [pessamen
Franc de noueil abrieil par-
[uen
E] cant em al nouel tôps
[clar
5 Qel nouels foils nais dont
[deisen
Lo nouels critz don iois
[sempren
Dels ausels qintronenamar.
III. Don amars mi fai alegrar
Qeu am si com non pot corn-
[dar
Tam ben con eu am ni pen<
[sar
Qieu am la gensor ses cOtent
5 Si dieus mam e noi mers
[cuiar
Qal miels damar lam saup
[triar
Amors qe nos aiustet gent.
IV. Damor me deg eu ben lau-
[zar
Mais qas amor guizardonar
Num pose qamors ma sim
ften car
Dat amors per son chauzi-
[men
5 Maisqamor nôpot estimar^
A SOS obs amors ni donar
Ad autrui con ai cor rizen.
V. Rire dei eu sim faz souen
Qel cors me ri neus en dur-
[men
E mi donz ri tan douzamen
1 l. : mcster — • /. : raembalt — ' /. : sail.
♦ /, : iuuent — • c.en: vestz — « /.: met — "* c, en: estuia r
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 143
Qe si es ris de so ui mes
[som par
5 Don me fa sos ris plus iau-
[zen
Qe sem rizion qatre cent
An gel qem deorion gaug
[far.
YI. Gaug ai eu tanqe mil dolen
SeriO del meu gaug manen
Car del meu gaug tuig meu
[paren
Viurion ab gaug [
5 ...,]*& eisament
Lami donz qel mi pot tôt
[dar.
VIL Domna dais non ai apariar
Mas de vos doua qe baisar
Vos cuig domna qant aug
[nônar
Vos dona qe sos ^ vestimen
5 E mon cors dOna vos esgar
Qades mius vegni ' donastar
Voâtre bel nou cors couinen.
WIL {p, 191) De mon nou vers
[vueil totz pregar
Qeil manon de nouel chan-
[tar
 lieis qam senes talen var
Deus mabais & amors seim
[mort *
5 Qaatre ris me semblon plo-
[rar
Sim tê ferm en gaug sens
[laissar
Mi donz cautre drut nO
[cosset.
IX. Ja dieus mais dôna nom
[prezent
Sol gart ma dôna e mO vi-
[glar. »
X. Deus gart ma dôna e mon
[viglar*
E ia mais dOna nom prezent.
208
REAMBAUTZ DAURENGA
{=B. Gr.389,19)
I . Ben sai qa cels séria fer
Qem blasmon qar tant souent
[chant
Se lur costauon mei chantar
Miels mestai
5 Pos lieis plai
Qem ten gai
Qieu non chant migba. sen
[per aur •
Qe nentend en autrui plazer.
II. E per als men cog plus
[anqer
Car tan souen. con en chan-
[tan
Non la puesc auzent tôt
[nomnar
E pois ai
5 Tan gran gai
Qenqers brai
So qieun die qadonc cug
[tener
Dieu o lieis dont me nos
[temers ^.
III. Bon sapqide mi donz men-
[qier
Qieu noi faz ges feignië
[semblan
E creis men gaugz cant
[naug parla r
Ne us de lai
5 Onnosfai
* /. : g. ses manjar Que ieu ai gaug — • Z. : ses — ' /. : inz — * /, : sieu
men — *c. en: iuglar — • /. ; ni ia per auer — "^ /. : uol temer
1 U LE CHANSONNIER DE
Nos métrai
Qant diretzde lieis tal plazer
Cossius nera datz grans
[auers.
IV. Gran efTors fai dieus qem
[auffer
Cab se nolan poega baizan
Mas no vol tolre mi tort
[far
Ni seschai
5 Qe nesmai
For eu fai '
Pos lieis non pren nol cal
[temer
Qe ia tant plasa teners.
V. Si de ben amar lieis mes-
[mer
Qeu sai qe si pel non ' ses-
[pan
Qautras men faran facharar
Don mesglai
5 Qen farai
Cobrirai
Anz donc mon gran ben
[gauzen ven •
Hoc si mera mieus lo po-
[ders.
VI. {p, 102) Mas totz temps fo
[e totz temps er
Qe granz amors nO ten
[garan
Qrans merauillias son da-
[mar
Qen dirai
5 Samors gai
Qar va un bai
Ailas ia nomo lais vezer
Gel dieus qem na datz jauzer
[sers.
Vil. Qaisi tiron ves man es-
[qer
BERNART AMÔROS
Cil ricqe plus cortes sen fan
Qades poignion en lauzen-
[gier
Eil verai
5 Sonemplai
Qar i atrai
Gels qe semblon sens ferm
[poder
Par cortes si noncaz e vers.
VIII. Domna vostre domini ser
Crezes me qieus am ses
[engan
E membreus plus qe len-
[cuzar
Li doutz bai
5 Ar morai
Sin die mai
Ai cun fail qan pens del
[douz ser
Lo sens e lauzirs el ve-
[zers.
IX. Qan la chandelam fes vezer
Vos bazan rizen a cars
[sers.
X. Joglar ades lo iom el ser
Me tirai cors vostre vezers .
209
REAMBAUTZ DAURENGA
{=B.Gr. 389,5)
I. Als durs crus cozens lau-
[sengiers
Enoios vilans malparliera
Darai un vers qe mai pensât
Qe ia dais noi aura parlât
5 Qa pauc lo cors no mes-
[clara *
Per so qeu ai vist e ai '
1 /. : sai. — * Z. : mon — * c. «i; ver. — ♦ /. : mesclata — * /. : e proat
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 145
De ioi mal sema* barata.
II. E dirai vos de lor mes tiers
Aisi con cel qe nos ^ cosoo-
[siniers*
Daosir e de sufoir* lur glat
Sim pesa mas non ai laisat
5 Qen de mal dir vos com-
[bata
A ia de! plas nom sapchon
[grat
Car mos cors totz non los
[mata,
m. Lanzeniador fai on' encom-
[briers
Als cortes & als drechu-
[riers
& a celas qaa * cor a saur ^
E qecs per aqel eu ^ mer-
[chat
5 A lantre cobri & aplata
Son vergonios auol batot'
Aisi sO deser ^® eschata.
IV. Perqei fal totz pros caua-
[liers
Qels cre qus voulios " pla-
[zentiers
Mas per qen traia miels
[sonat
Qil penson ist mal amat *'
5 Pos dais non vais vna rata
De qal saras^^ sa voluntat
OU dizlauzenias ol grara*^.
V. {p.lOS) Dautres ni a qei van
[estiers
Qes far ^^ qers '* cortes uffa-
[niers
Qe per oltra euzamen *' fat
0 cuia auer meil gazainiat
5 Cel qe plus la lenga lata
En dir de partir lamistat
De cels en cui lois saflata.
Vl. Qel plus pros el plus galau-
[biers
Veg de lauzeniarpresentiers
E pens me domen qaia amat
Com pot far amador irat
5 Mas ges qi qen crit on glata
Non amon tug cil qan baisât
So sap si donz na lobata.
VII. Tais cui esser cortes entiers
Qes vilas dans qatre ladrers
E al cor dins mal enseigniat
Plus qe feutres [....]*•
5 Ni troB de beou escarlada **
Non sabon mais qei van tur-
[bat
E qeis cos pot galafata.
VIII. Pos non aus mos durs de-
[zirs »«
Dir tft tem qel danz fos do-
[bliers
Mas dirai los '^ en luec dau-
[rat
& dieu s qan fara charitat
5 Los maldiga els trabata
Sai e pois lai e nei romprai''
On recebran de nauata.
IX. Pailhairetnoniesgranzpail-
[liers
Daqest vers umplis tos pa-
[ners
En porta tôt ton col cargat
* /. ; lor maluasa — « c. en: nés — 3 /. .• costumiers — */. : sufrir — * i. :
»in — • /. : qan — "^ c. en : asaut, l. : ausat — * /. : eis — * c. en: batat
L: barat — *• /.: de fera — n c. en: noo lies — i* /. : aurai — i3 c. en :
qeil faras — •• c. en : grala — *î» /. : fan — ><* c. en : ries — i' c. en: Qerir o.
CQumen — !• l.\ f. sembla sendal — *• c. en: escarlala — *•/. ; deziriers
— •*/.: uos— * /. : on es comprat
10
146
LE CHANSONNIER DE BERNART AM0R08
An girart de cui ai peccat
5 A perpinian part leuocbata
E dir per qe maia comprat
Qen chant qi qe sen debata.
X. Ben chant qi qe sen debata
Dels lauzengiers qan ioi bais-
[sat
Del suc * tro en la sabata.
XI. Joglar seu ia cautz sabata
Qi nous ve pauc a caualgat
Ni sap par qe se debata.
210
REAMBAUTZ DAURENGE
(= B. Gr. 389, 32)
1. Non chant per auzel ni per
[flor
Ni per neu ni per gelada
Ni neis per freg ni per cha-
[lor
Ni per reuerdir de prada
5 Ni per nuil autr esbaudimen
Non chan ni no soi chan-
[ taire
Mas per mi donz en cui
[menten
Car el ' del mon la belaire.
II. Ar soi partitz de la peior
Cane fos vista ni trobada
Et am del mon la belazor
Donna e la plus prezada
5 E farai o al mou viuen
Qe dal res no soi amaire
Car eu cre qil a bon talen
Ves mi segon mo veiaire.
111. (jp. 194) Ben airai • donna
[grant honor
Si ia de ?os mes iutiada
Onranza qe ses cobertor
Vos ténia nud embrassada
5 Car uos uales las meilliors
[cent
Qeu non soi sobre gabaire
Sol de! pez ^ ai mon cor iau-
[zen
Plus qe sera emperaire.
IV. De mi donz fas donne segnior
Cals ce sial destinada
Car eu begui del amor
Qe iaus deg amar celada
5 Ab tristan can lail det izeus
[gen
E bêla no sap als faire
Et eu am per aital couen
Mi donz dont nom puesc
[estraire.
V. Sobre totz aurai gran valor
Saitals camiza mes dada
Con yseus det a lamador
Cane mais non era portada
5 Tristan molt prezes gent
[prezent
Daital soi eu enqistaire
Sil me dona cil qeu menten
«
Nous teingenueia bel fraire.
VI. Veiatz donna con dieus acort
Donna qe damas ^ sagrada
Qizeus istet en gran paor
Pois fo breumens conseil-
[liada
5 Qil fes a son marit crczen
Canchom qe nasqes de maire
Non toqes en lieis mantenen
Atrestal podes vos faire.
Vil. Caris tia e fauzimen •
Aportes adaizel repaire
» /. : fuc * /. : es — • / : aurai — ♦ /. : prez — • /. : damar — « /.: G.
esiauzimen
LE CHANSONNIER DE BEHNART ÀMOROS
147
Ont es mi doDz qem teD gau-
[zent
Plus qea eis non aau ' re-
[ traire.
211
(= B. Gr. 29, 18)
RAEMBAUTZ DAURENGA
I. Sols soi qi sai lo sobrafar '
[qim sortz
Al cor damor sufren. per so-
[bramar
Qarmos volers es tam ferma
[et entiers
Cane non sesduis de seleis
[ni sestors
5 Gui en cubicel prim vezer. e
[pois
Cades sens leis die a lei
[cent bos motz
Pois can la vei . no sai tan
[lam qe dire.
II. Dautras vezer soi secs e
[dauzir sortz
Qan sola lieis veg e aug e
[esgar
E ies daiso noil soi fais pla-
[zentiers
Qe mais la vol non ditz la
[bocal cors
5 Qea nô uau tan câpres ^
[valz ni planz ni pojs
Qea * vn sol cors trop aissi
[bos aibs totz
Qen lieis > vole deus triar &
[eslire.
III. Ben ai estât ad autras bonus
[cortz
Mas sai ab lieis trop * mais
[qe lauzar
Mesure sens & autrez bos
[mestiers
Beutat iou6 bos faitz e bels
[damor
5 Gent cortesia laduis ^
Tant ai de si totz faitz de
[plazentz ros
De lieis non crei aies ^ de
[be sia dire
IV . (p, 195) Nuls iauzimenz nom
[sia breutz ni curtz
De lieis cui prec co uoilha
[deuinar
0 ia yer mi non o sabiia es-
[ tiers
Sil cors qes dins nos pre-
[senta défera
5 Qe ges lo reis per aiga qi
[lengros
Non a tal brui qal cor plus
[larga dolz
Non faz eatanc amors tan la
[désire .
V . Jois e solatz daltram par fais
[e bortz
Cuna de pretz a lieis nos pot
[egar
Qel seus sols es dels autres
[pretz sobrers
Aisi non lai las tan mal ma
[qeu mor
5 Pos lasauz* mes deportz ris
[e iois
Car en pensan soi de lieis
[letz e glotz
A dieus sija serai de lieis
[iauzire.
' /. : sai. — ' /. ; sobrafan — '/. : camps — *" c.eni Qen — ^ /. : l.los —
• /. : trop pro — ' Z. : O. lenseignet c. e lados — « /. : res. — • / : P<?>'0 lafanz
148
LE CHANSONNIER DE BBRNART AMOROS
VI. Ane pois 80QS pliu nom plac
[tan treps ni bortz
Ni re al cor tant ' loi nom
[pot dar
Con fes aqel donc anc feing
[lauzengidrs
No ses bnigic cami sois son
[trésors
5 Trop * en no sol lie! non sia
[enois
Bella per dieu lo parlar e la
fvoz
Vol perdre mais qe dire ren
[qieus tire.
Vil. Ma chanso prec qe nous sia
[enois
Qarsi volez grazir. lo se'
[els motz
Pauc pretz amaut cui qe
[plassa 0 qe tire.
212
RAEMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 16)
I . Er sespan la flors enuersa
Pels trencbans rancs e pels
[tertres
Cals fregz nieus giels e con
[glapis
Qe cos e destreing e trenca
5 Don vei raortz qels critz
[braitzcbiscles
E foilleran et engiscles
Mais mi ten vert e iauzent
[lois
Er can vei secs los dolens
[crois.
II. Car enaissi o enuersa
Qeil bel plan me semblon
[tertre
E teing per flors lo con-
[glapi
El cautz mi par qel freitz
[trenqe
5 Ë trop mi son chant e chis-
[cle
E parom foilljat. li giscle
Sim soi lassatz e ferma ad
[loi
Qe re non vei qem sia croi.
III. Mas una gent fada enuersa
Qem semble nirit en ter-
[tres
Me fan trop peigz qel cod-
[glapis
Cusqecs ab sa lenga trëca
5 E parlon bas & ab chiscles
Ë noi val bastos ni lisches
Ni menassas anz lor es lois
Can fan so per com los te
[crois.
IV. (p. 106) Qar en baisan nous
[euersa
No mo tolon val ni tertre
DOna ni gel ni conglapi
Mas nompoders trop en-
[tronqe*
5 Dona p«r cui chant e giscle
Vostre bel oill mi son giscle
Qem chastion sil cor ab ici
Qeu non aus auer talant
[croi.
V. Anait ai com causa enuersa
Totz temps cercan vais e
[tertres
Marritz con hom cui con-
[glapi
Destreing e mal entrenca
» /. : tant de — • Z. : Die t. — s /, : son. — * /. : entrenqe.
i
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 149
5 Cane nom conqes chanz ni
[chiscles
Plus qel fel clers conqer
[giscles
Mas er laus deu malberga
[lois
Malgrat delà fais lauzen-
[giers croîs.
VI. An mos chanz caissi en-
[nersa
E Dol teignion val ni tertre
Lai on om no sent conglapi
Ni a poder freigz qe tren-
[che
5 Amidonz lo chant el chiscle
Clarqins el cor Ihentrol gis-
[che
Cels qil sab gent chantar.
[ab ioi
Qe nosfai a chantador croi.
VII. Dousa donna amors e iois
Non ten ensems malgrat
[dels crois.
VIII. Joglar ganre nai meins de
[ioi
Car nons vei en fas semblan
[croi .
213
REAMBAUTZ DAURENGE
(= B. Gr. 389, 40)
I. Una chansonetta feira
Volontiers lenet a dir
Don tem qe mer a morir
Qe far lai tal qi sen cela
5 Bé la poira leu entendre
Sitôt ses en aital rima
Li mot seran descubert
Alqes de razO deuiza.
II. Hom sap car* mapodera
Mos cors qe non pot suffrir
De mon talan descubrir
Cades poi a plena vêla
5 Gui qe veia is * disendre
Per qe noi pos nul escrima
Trobar tant ai trop suffert
De far parer ma conqiza.
III. Pos ma dona mes tan vera
Trop miels qeu noil sai
[grazir
Sieu qier als totz temps
[mazir
A dien ni ian mer ' chan-
[delà
5 Om fassa qe be man pen-
[dre
Et per sa ^ gola ad una
[cima
Per ^ ma dat si lieis nom
[pert
Dieus e pagar * a ma guiza.
IV. Ben saup lo mel de la cera
Triar elo ^ meilz deuezir
Lo iom qd lieis pois cauzir
Plus cazen ^ clardat destela
5 A par nos fai a contendre
Beutatz dautra si belisma *
Qe ia nin cort de la sert
Qes cuida aribar ves piza.
Y. (p. 197) Domna cant mi
[colg al sera
La noit e tôt iom cossir
Cous pogues en grat seruir
Cant em penz qim sier*^
[ni m pela
5 Nom pot far en als entendre
' /. : Bom cap tan — ^ l,: ios — * /. ; met — ♦ /. : Per la — * /. : Pro
- */. : pagat — ' /. : el^ *c.en cozen — • /. : bes lima — i® c. en : fier
150
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
De gaug mo8 cors salegpri-
[ma
Tant ai en vos mon cor sert
G ma voluntat azisa.
VI. Domna si no salezera
M 08 cors lai ont eu dezir
Res plus tost non pot aacir
Sim tarza pensât de cela *
5 Al cors ' nos pot défendre
Qeil aida mes aitan prima
Souenen gaug em nespert
£m pens mala lei enqisa.
Vil. Non aifag tan longa espéra
Caissimen degues marrir
Mas us ioms mes vis qem
[tir
Un an lo près duna mêla
5 Min ' tem simo pot car ren-
[dre
Dreig qe ♦ mos cors men
[ferma '
Cades mis tan hoill ubert
Ves cela part on lai viza.
VIII. Deu prec tan de mort mes-
[crima
Donna e maia suffert
Tro qieus embraz ses cha-
[miza.
IX. Qi trob amors ses escnma
Ja nom deu plagnier. sim
Falsa ni vaira ni biza. [pert
214
REAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 41)
I. Un vers farai de tal mena
Ont vueil qe mos cors pa-
[resca
Mas tant ai rich entendensa
Per qe nestauc en bestensa
5 Qe non pusca complir mon
[gaug
Canz tem cun sol iom nom
[uiua
Tant es mos dezirs faitz
[lentz.
II. Ins e mon cor si semena
Uns volers e cug qen cresca
Dun ioi qen mettal crezenza
Qe dais non ai souinensa
5 Ni res qe sagues nom fa
[gaug
Anz lais e mos cors esquiua
Autre ioi qe de me non asai.*
III. Per' no sai que tan grant
[pena
Qinz el cor mi vais* em
[tresca
Non trais om senes ' pene-
I densa
Con eu qe bella paruensa
5 Noi ai fort naduncs '<* perqe
[nai gaug
Car uns volers men abriua
Qem diz qez in altra non
[poin.
IV. (p, 198) Be ma nafrat en tal
[vena
Esta mortz caram ven fresca
Don nuls metges de proensa
Nadius nom pot far valenza
5 Ni mezina qen faza gaug
Ni ia non cre qe sescriua
Lo mal qe inz al cors mes-
[con.
V. Camors ma mes tal cadena
Plus dois mes qe mels de
[bresca
* /.: tela — « /. ; cor qom — 3 c. en : Nian — W. ; perqe — « i. : cima.
• /. : sens - ? /. : Ren — • /. : nais — »/. : ses — lo/. ; tort donc
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
151
Can mo8 pensars men co-
[mensa
Pois pens qe désirs non
[vensa
5 Loncs perqe tom em plor
[mon gaug
E vauc cosares * pensiua
Car non aus mostrar mon
[bezoin.
VI. Ben ai ma voluntat plena
Da tal sen qe sentrebesca
E cug qe maia temensa
Car nuls hom mais per
[pleuensa
5 Nomen poiria faire gaug
Dona sun ^ fossetz aiziua
Tost saubra sen fol men
[peroin.
VII. Mas il nô sap cal estrena
Ma dada nim corn adesca
Car tan sos pretzsobregensa
Qil non cre qeu per temensa
5 Anzes ges de lieis auer gaug
Car es tan nomenatiua
Tem si lio die qo men ver-
[goin.
y III. Dus bes ^ granz talanz
[afrena
Mon cor car sens aiga pesca
Pois noil los puesca pre-
[senza
Dir deus lien don conoi-
[sensa
5 Alieis tal came tom en gaug
Qest vers farai qem caliua
Dir lai on ab lieis pretz
[sajoin.
IX. Ries soi si lenten en a gaug
Mas eu non stai perqem
[viua
Sil coneis ^ e pos non na
[soin.
X . Non deg entendre mal mon
[gaug
Qel bos espers vol qe viua
El mais mentra don non ai
[soin.
U. : CD fa res — « /. : sim — s/. ; Cus bos — */. : conoig.
I DODICI CANTI
EPOPEE ROMANESQUE DU XVI* SIECLE
(Suite)
CANTO DUODECIMO
F® 13dT®] 1 . Signor, fur molti nella antica etade
A qnai Fortuna prospéra promise
Etemo honor, perpétua majestade,
Né lor dalle vettorie ample divise
Finchè mostramo lor chiara bontade ;
Ma, quando inertia nel lor cor si mise,
Persero a un punto sol quel ch' in molti anni
Acquistato havean già con gravi affanni.
2. Di questi un fu quel gran Cartaginese
Ch* a Canne tante gran vettorie perse
Per non seguire l*honorate imprese :
Vivendo in otio il suo danno sufTerse ;
Et quel modemo rigide Francese
Ch' altresl in Puglia ai suo* la morte offerse
Col troppo soggiornar, col star a bada,
Tenendo al fianco Tociosa spada.
3. Et quel Thosco gentil, di eu* i figliuoli
Allé paterne spese hanno imparato
Soleciti esser per f uggir li duoli
Ch* acquistô il padre nel castel di Prato,
Et render libertade ai patrii suoli,
Cerca tutt* hor in questo et in quel lato :
Cosi in Durazzo hora Milone il duca
L*otio percuote, distru gge et manduca.
GÂNTO DUODEGIMO 153
4. Licentiô li suo* militi el sire
Preso ch* hebbe Durazzo, et con la moglie
Già conBamati tutti i suo' desiri
Et adimpite le bramose voglie.
Non conoflcendo i suo' futur martiri
Né le maligne sue venture doglie
Pensando che ni8c[i]un mai più il moleste
Né Talegrezze sue faccia funeste.
5. Vivendo, com* io dissi, alla Francesca
Con giostre e torniamenti, et lieta fronte
Facendo in cor te a ognun, gente Turchesca
Accetta seco e al fin n* hebbe pur on te,
Per6 ch' essendo ancor la piaga fresca
Se ne duolse Mongrana et Chiaramonte,
Onde ne trasse il duca la famosa
Origine per sempre glorîosa.
[F**lS4r<*]6. Naparrosotto il nome di Torrindo
Venue a Durazzo coi compagni in fretta,
11 nome dando che dal paese Indo
Era venuto, aciô che raen suspetta
Renda la gente, et Ottomanno il lindo
Ârmato entré con tutta quella setta
Et da Lamphibo fu accettato,
Ch* ô Turco altresi mal battizzato.
7. Da Finadusto fu con molto honore
Ricevuto Naparro, et alla corte
Non si vuol presentar di quel signore
Cui cerca dare con gran stratio morte.
Vi va quel altro, ma non scuopr*il core.
Et mena seco le sue fide scorte
Dei cavallier, con dir ch* ivi andato era
Per honorar sol quella giostra altiera.
8. Enteso ho dir che si gettan tre acque :
La prima è quella che dentro al mar piove ;
La seconda (di udir non mi dispiacque)
E che al somier il capo lava, dove
L'etema ingratitù per sempre nacque ;
Et délia terza più gettata altrove
Non si vidde di quella, ch* el Giudeo
Battezza o il Turco o l'infido Caldeo.
154 ï DODICI CANTI
9, Si suol dir un proverbîo assaî vulgare
Ch* un mal Giudeo non è mai buon christiano.
Chi facilmente questo vuol praovare,
Hor ne pu6 haver Tesperientia in mano.
Finadusto et Lamphybo i* vi vuo* dare
Per testimoni che 1 battesmo in vano
Presero per tradir più cautamente
Milone il duca et lor patria dolente.
10. Furon costor cagion che la citade,
Lor patria, rovinasse a ferro e sangue,
Et vi périsse con gran crudeltade
Molti christiani, e il re Quiciardo esangue
Per il fratel restasse ; che pietade
Non traova hora Durazzo ; et perô langue
Per il figliuolo la misera roadre
Et la figliuola per pietà del padre.
^F<>134 v^] 11. Quando la giostra in piazza ordinata era,
Fassi nella cita tumulto altronde.
Finadusto et. Lamphybo con Paltera
Persona di Napar che non se asconde
A loro, ma con la spietata et fera
Malignità cui par sempre seconde,
Truovan christiani et donne et fanciuUini
Occidendo dai grandi ai picciolini.
12. Va il rumor al palazzo ov' è Scferra,
Quai piglia il fanciullino e in Tantro scende.
Invalidis9e in la cita la guerra.
Col duca il buon Manfredo Tarmi prende.
Dal basse centre fin sopra la terra,
La gentil maga le figure orrende,
Con le sue arti, trahe nella spelonca,
Col galette délia Stigia conca.
13. Manda in Constantinopoli quell* armi
Che Volcan fece al sacro imperatore,
Per un di quei che coi magici carmi
Haveva de Tinfemo tratto fuore,
Quai disse : « Fa che nulle unqua se n'armi,
Se non chi con giostrarle havranne honore,
Che, se altrimente mai tu ne facesti,
Il nome di esser giusto perderesti. »
L
CANTO DDODECIMO 155
14. Fu a un pnncipe si grande grande il duono,
Ma il démon ch*el porto cbe in forma humana
Se le mosti'ô, come un balen dal tuono
Via si parti tornando alla gran tana
Onde uscito era, et Timperator buono
Lo fa cercar per la cita sovrana,
Volendol meritar, nô si ritruova,
Onde s*ammira di tal cosa nuova.
15. Et viste Parmi, che d*una bellezza
Eran non vista mai, Tbebbe assai care.
Fumo stimate ancor di gran ricbezza
Cbe vi eran gemme pretiose e rare.
Havea Timperador di gentilezza
Un figliuol pieno et di virtù preclare,
Sol d'anni cinque, et fe dissegno darle
 quello, onde per quel fe conservarle.
16. Milon fu fatto con sua cara moglie
Prigione e in prigion posto ; ivi conviene
Tanto vi stia con stenti et amare doglie
Cb*el figliuol crescbi et poi a trarli di pêne
Ratto ne vengbi, et le sfrenate voglie
Del zio maligno il giovanetto affrene,
Cbe con Seferra va in un piccio[l] legno
Pel mar fuggendo di Naparro il sdegno.
[F** iSSr^'] 17. Ma la Fortuna, cbe ô dei buon nemica
Et spesso in fine al cielo i tristi estoUe,
Ne Tonde false quel legnetto intrica
Con contrar venti, et dal camino el toile
U' condurlo Sefferra s'affatica,
Per far le voglie sue nette satolle,
Che non le basta i genitor turbare
Cb*ancor persiegue il figlio in mezzo il mare ;
18. Percbè fu preso il nobile bambino
Da certi predator nel mobil regno
Di quel cbe già si converti in delÔno
Sol per Melantbo, et dei fanciullin degno
La fida scorta in mar col capo cbino
Sendo gettata, il ciel sempre benegoo
La rimutô in Taugel cb'al marin lito
In bianche penne è passeggiando unito.
156 I DODIGI GANTI
19. Doppo* fu cemperato il fanciuUetto
Dove, il bel monton d*or trasportando Belle,
Da lei caduta Hellesponte vien detto,
Et quel fu trasmutato in chiare stelle.
A Biza[n]tio portato il pargoletto
Fuggi le sorti sue crudeli et felle,
Che fu nudrito e imparô in le scuole
016 che liber fanciullo imparar suole.
20. Lungo saria il volervi, 8*io volesse
Il tutto come et quando racontarvi,
Ma bastami servar le mie promesse
Et sol lliystoria qui manifestarvi
Del pro Guerino, et poi quel che successe
Di lui più a pieno spero dichiararvi.
Basta ch* io dichi como acquistô Tarmi,
Perché dirlovi haver promesso parmi.
21 • Epydonio fu quel ch* el fanciuUetto
Comprô dalli corsari et porto seco,
Trovando una nudrice che col petto
Li desse il latte, che di figli cieco
Era egli in prima, ma il motor perfetto,
Che niscium lascia over Latino o Greco
De Topre pie senza buon guidardone,
La moglie fecondô d*un bel garzone.
22. Cosl fur nudricati in modo taie
Che Tun da Faltro non si conosceva,
Giô è quil schiavo da quel naturale
Figliuol ; perô Guerino esser credeva
Figlio a Epydonio et a quel altro uguale
Certo fratel germano si teneva.
Era loro un vestir, un viver solo,
Come se stato anch* ei fusse figliuolo.
[F^ 135v<^]23. Perché meschinamente fu truovato
In man di ladri il degno fanciullino^
Non sapendo che fusse battezzato
Ribatezando il fe chiamar Meschino.
Enidonio il figliuol poi fu nomato,
Ma fu di aspetto tanto pellegrino
Quel prima detto compralo fanciullo
Ch*a ogni animo gentile era trastullo.
CANTO DtODECmO 157
24. Et pervenuto al quintodecimo anno
Con Enidonio essendo andato in corte
Del sacro imperador u' senza affanno
Si vivea lieto, le toccô per sorte
Giocar a lot ta, et, non senza onta et danno
Dei lottatori, tanto destro et forte
Si demostro che venti o più ne vinse
Nanzi ch' ei si straccasse e in terra spinse.
25. Onde Alexandro, al degno imperatore
Vero figliuol di sangue et di costumi,
Al Meschin puose tanto grande amore
Che sempre in lui tenea firmati i lumi,
Considerandol tutto, et dentro al core
Si mise per lui spender molti numi
Comprandolo, onde ad Enidonio chiese
Ch* in venderglelo fusse al men cortese.
26. Quai le rispose non posser disporre
Del Meschin senza la patema voglia,
Ond' Alexandre ad Epydonio esporre
Fe il suo désir et lui pregar che voglia
Concederli el Meschin et tanto tuorre
D*argento o d*or al désir le accoglia,
Par che le dia il Meschin, che sol le piace
Sempre haver seco per sua etema pace.
27. Enidonio gentil discrète et buono,
Al suo signer in tutto sempre grato,
Le ne fece cortese et largo duono,
Narrando corne Thaveva comprato
Da certi ladri che di voce in suono
Le disser corne Thavevan predato
De Sefferra che n*era curatrice .
Et con molto oro et gemme e una nntrice ;
28. Et corne haveano Tuna et Taltra donna,
Ma pria la vechia, dentro al mar gettata,
L*altra che di bellezza era colonna
Da tutti i marînar sendo stuprata,
Ma perd a forza, in fine che la gonna
Con tntto el corpo bel fu lacerata,
Et al ciel rasa Tanimetta pura,
Al corpo démo il mar per sepoltura.
1S8 I DODICI CANTI
[F*138r*]29. Il tutto ode Ouerio cbe ers présente
Cib oiio Epydonio ad Aleasandro dice ;
Dagli ochi il pianto et un auspir revente
Da 1' imo petto eaala et sa infelica
Chiamaodo pria; et poi di quella genta
Quai aia dimanda che fii predati'ice
Di lui, quali esHerTorchi entese, onde oUo
Oiurô di famé un di crudel macello.
30. Et lo Bucceese poi, corne odirete,
Che fu de' Turchi capital nemico,
Et felli capitar entro uoa rete
Che fu a lor duro laocio et grande intrico
Più ch' a r imperio it adegnato Narsete
Vedecdo il cor d'Augusta eaaerli oblico ;
Ma, lasciando ogni cosa, i' vi vuo' dire
Come l'armi acquistoasi il gentil sire.
31 . Era Aleesandro di bella statura
Proportionato et di cor generoBo,
Cui donà il padre la bella armatura,
La mazza, il acudo e il brando luminoao,
Che le piacevan fuor d'ogni miaura
Per la bellezza lor, ma gli era ascoso
Ciô che in quelle era, quai il sir ei pruora
Nà ben le stanno o pur se armar ripruova,
32. Quando ha più voltc et più pruovato il sire,
La prima volta le truovâ assai strelle,
L'altra si larghe che non son ben dire,
Et l'altra corte ; et quando poi ai mette
In pruova di voleraene vealire,
Più al corpo auo le ritruovava înette,
A tal che ee ne lagna aaai et le apiace
Non poterai veatir quel che le place.
33, Et coai quando è largo et quando stretto
0 qnando è troppo cupo o troppo piano
o, belle et pretioBo elmelto,
par caso ad Alessandro estrano.
i ancor le awien di quel peifetto
0 non fatto per oprar humano,
lando à corto, quando lungo et quando
Bro et quando é grave il degno brando.
CANTO DUODËGlMO Ib^
34. Similemente délia mazza et scudo
Avvien, che quando leggi et quando gravi
Sono al campion d'ogni baldanza igoudo,
Onde par che graa doglia il sir aggravi
Che servir non si puô di quelle, et crudo
Par a ciascun il caso, et alli ignavi
Fabri de V armi par cosa impossibile
E agli humani intelletti anco incredibile.
[F» 136 T^]35. Prendono la misura al sir geutile
Più fabri ch' han de V armi il nome chiaro,
Nô alcun sa ritruovar modo ne stile
Di guastar quelle o a quelle famé un paro.
Era illavor si bello et si sottile
Che di ponervi man tutti dubbiaro,
Ma pur pruovando ruppero i scolpelli,
Incudini, tenaglie et più martelli.
36. Non si ponno guastar per quella tempra
Ch* hebbero prima dal suo dotto fabro,
Che ogni altro ferro o vi si frange o stempra ;
Perô par forte il caso, duro et scabro
Et di esserne pur donno più s^insempra
11 gran disio nel sire, et torce il labro
Pel sdegno grande che nei cor s'imprime,
Onde a guastarle fa pruovar più lime.
37. Una si spezza, Taltra perde il taglio.
Straccanosi li fabri intorno a quelle,
Mirano tutti al pretioso intaglio,
Le frondi et ghiande cou misure belle.
Di piu armature a quelle fanno aguagtio
Nô di beltà si truovano come elle
Ne di fortezza ancor, perchô i diamanti
Che quelle assai più foran franti.
38. Onde Alessandro si perturba et dice :
(c Chi sia questo Guerin che quivi è scritto ?
Mai non se intese ancor, ma ben felice
E più di me se a suo comodo dritto
Posseduto ha queste armi ; et io felice
Tanto son più di lui quanto più afflitto
Sono per non gioir di si bel duono
Che m*ha donato il gcoitor mio buono i>.
)6D I DODICI CANTI
39. Le fa riporra al priatino ino luoco
CoD pensier di truovar chi a lor aimili
Ne faccia ancor, tornando a feata et ginoco
Coi auo baroD magDaDÏmi et gentili.
Ha il Meachia ■empre teco, et sempre in fuoco
Di edegoo accesi l'aima e il cor virile
Il giovanetto ha sol per dod aapere
Detla ana atirpa le certanie vere.
40. Fra gli altn un d) AleaBandro et più baroni
Giocando a lotte, a pale, atirar pâli,
Ch' ivi eran de diverae regiooi.
Si truovan tutte quelle armi fatali
Ne fuvi alcun in tutti qneï campioni
Cai ateeter ben, perben che molli uguali
Erano di peraona al bon Ouerino,
Ma aol a'assettan ben aoTTa el Meachino,
[F* 13?r<']41. VnoUe Aleaiandro alhora un duono farne
Al auo Meechin, ma in pîâ nacque un tnmulto,
Che ci6 non ai àeo far p«r contentarne
Un aol, ohe fora ag:Ii altri troppo inaulto
Et lanti gentil bomin acontentarne.
Onde uno ad Aleaeandro ik cooaulto
Che non Tuoglia diapor aenia del padre
In ridonar altrui l'anni leggiadre.
42. 0 invidia che in le corti sempre paaci
La tua ingordigia et diiboneita famé,
Che, ae hoggi muori, diman rinaaci
Quat vivo aeme sparto in buon letame,
Tal che mai diacader (u non ti laaci
Né a te rompeno mai le Parche il atame,
"~ ta pulluli più che gramigna
chè aile corti aei fida matrigna.
Inde Alaaaandro al sacro imperadore
l'armi raguaglii la cosa intara.
b de l'armi vuoi che sia aignore
quelle vince cou battaglia fera,
>rdatoai corne il donatore
diaae già che a chi per gioatra altiera
:qnistarà, ai deaaero et no ad altri,
:or cbe fuaain valoroai et acaltri.
CâNTO DUODEGIMÛ 161
44. Gosl uno editto te cbe ognon potesae,
Pur che fiiise signor o cavalliero,
Qiostrar qell' armi, et quel che le vincesse
Ne andaase di elle et di gran fama altiero ;
Ma, se per sorte alcun se prosumesse
Ivi giostrar che non fosse guerriero
Famoso o sir di qaalche degno stato,
Subito preso sia decapitato.
45. Quando entese il Meschin la conditione
Con quai covien che tal armi si giostri,
Ne Tanimo ne prende gran passione
Che sol ohi è franco cavallier dimostri
Quanto egli vaglia fra Taltre persone ;
Voltando gli ochi alli supemi chiostri
Si lagna di sua cruda e amara sorte
Che schiavo Thabia fatto et tolto a morte.
46. Non ride più, non giuoca et non £a festa,
Non si ralegra più corne egli suole,
Non alza più la delettevol testa,
Più non motteggia con grate parole,
Ma sempre più la fantasia il molesta.
Piange da se, suspira, assai si duole,
Perde il color suo solito, et la mente
Semprd più gramaet più turbata sente.
[r 137 T*] 47. Vede Alessandro questo et sta turbato,
Perché si pensa ch *el Meschin sia infermo.
Délia cagion Tha subbito spiato,
Ma quel non scuopre il suo proposto ferme,
Anzi si escusa, et di essersi mutato
Non creder dice, et non ne puô far schermo.
Pur lo costringe sotto giuramento
Che '1 ver le dichi senzahaver spa vente.
48. Tanto è Tamor ch* Alessandro le porta,
Che giura anche egli non negarli mai
Cosa ch' ei chiegga, onde si riconforta
Alquanto il buon Meschino et dei suo' lai
Al suo Alessandro âpre la chiusa porta.
Et dice : « Signor mio, non vorei mai
Ëssere ia questo miser mondo nato
Poichè *1 giostrar de l'armi mi è vietato.
il
nt 1 DODICI CANTÏ
49. Non che la cupidigia mi ci tiri,
Ma sol disio d'honor d^acquistar fama
Mi dà dentro del cor crudel martiri,
Cb* io veggio da lontan che sol mi chiama
Vittoria a questa impresa, et con suspiri
Convien ch* io mi rimanghi, onde ognor brama
Mia istessa morte il mio spirito afflitto
Dal ciel et da Fortona derelitto.
50 . Viver non vuo' più in questa mortal vita.
Se vita si puô dir questa mia sorte,
Quai giorno e notte a desiar m'invita
Sol per uscir di servitù la morte
Che certamente per sententia trita
É men di servitù crudele et forte,
Che mille vol te il di vivendo i* moro
Fin ch' io son schiavo con crudel martoro.
51 . Vedendo il pio Alessandro cho '1 Meschino
Délia sua sorte si lamenta et piange,
Tenendo per pietade il capo chino
Verso la terra, dentro del cor s*ange,
Et giurando promette al poverino
Che, se ei vuol, giostrarà. Cosl le tange
La mano con gran fade et con amore
Benchè non vogli ancor Io imperadore.
52. Et, se ei si porta nella giostra, ancora
Soggiunge il sir, come ei bramando spera,
Libero farlo senza altra dimora,
Et honorar la sua persona, e altiera
Farla fra cavallier in poco di hora.
Tanto nel dir mostrô grata maniera
Che ritomô al Meschin quel color vivo,
Di che stato era per più giorni privo.
[F«138r*]53. Di Grecia in ogni luogo si divolga
La giostra impérial dever si fare
11 primo dl di Maggio, et ch* ognun tolga
11 tempo a proveder come li pare,
Né vuol Io imperador che si rivolga
Lo editto suo che nisciun puô giostrare,
Se non è gentil huomo e cavalliero
Overo che habia giusto et mero impero.
CâNTO DUODEGIMO 163
54. Cosl il tempo ne viene atto alla giostra.
Si adunano i guerrier Greci et Latini
Con pompa grande, et ciaschedun si moalra
Con belli arnesi et corsier pellegrini.
Intendesi fira' Turchi che si giostra,
Ch* al Greco imperador presse ai conÔni
Sono, onde li figliuoi d'Astiladoro
Vivean con grande pompa et con molto oro.
55. Havevan triegua alhor Turchi etchristiani
Greci per ducento anni insieme tutti,
Né coi sol Turchi ma ancor con gli Alani,
Con Mori et Saracin malvagi et bratti.
Onde dalli paesi ancor lontani
Vennevi gente assai per corre i frutti
Délia virtù, che son fama et honore,
Loda, gloria perpétua, immense amore.
56. Astillador duo figli, de* quali uno
Torindo dette et Pynamonte
L*altro nomato, et si superbo ô ognuno
Dei duo fratei che non estiman fronte
D*altrui et nel pensier han che nisciuno
Lor tolga il pregio, onde per valle et monte
Cavalcancon gran pompa et da Gismondo
Fumo acettati con il cor giocondo.
57. Di Macedonia il principe vi venne
Poly damante, et délia Assiria il re
Amphymonte gentil, et quel che tenue
Di Lychaonia il scetro, lo quai fe
In giostra il suo do ver rompendo antenne,
Non che le lance, e altrui fastidio diè,
Brunante dette ; et d*Alessandna il vero
Signer, che fu nomato Narpalero.
58. Amphylo ancor figliuoi del re dei Persi
E i duo Albanesi zii del pro Meschino,
Che i genitori suo* tenean sumersi
In oscura prigîon, ma più meschino
Vi fu MadaiTo, che coi passi persi
Perse la vita per man di Guerrino,
Corne udirete suGcessivamente,
S'havrete al cantar mio Torechie atente.
164 I DÛDIGI GANTI
[F<*138T^15d. Pria che giostrasse il Meschin, manumesBo
Fu da Alessandro quai fedel christiano,
Benchè farlo doppo gli havea promesso
liberoy ma Epidonio tutto humano,
Che quel ch' amava hebbe al suo sir concesso,
Le supplice ch' in affrancar lo estrano
Non le fusse Alessandro quai havaro
Non li essendo ; rogarne fe il notaro.
60. Tre cavai sol potea ciaschedun seco
Menar chi a questa giostra esser volea,
Cavallier Turco, Mor, Perso, Indo o Groco
0 yenuto di Persia o di Galdea,
Signor, conte, marchese, e duca, bieco
Non havendo egli il cor, entrar potea
In la cita ove riceveva honore
Dal magnanimo et sacro imperadore.
61 . Tutti i signor, che già di sopra ho dette,
Nella regia era[n] con amor tenuti
Per fin che giunge il di fra gli altri elletto,
Che fu il primo di Maggio, et dagli arguti
Cavallier si prévenue al degno effetto
Délia giostra ove fur abbatuti.
Vedendo ciô il Meschin per sdegno et rabbia
Quasi piangendo si mordea le labia.
62. Con Elisena sopra un palcho ito era,
Sorella d* Alessandro cui serviva,
Il buon Meschin, che quasi se dispera.
Scendendo a basse, ov* è Alessandro, ariva
Et dicele : « Signor, già Paîtra sera
Mi promettesti pur a voce viva
Ch* io giostrarei, et hor si giostra et io
Stommi a veder con pena et dolor rio ».
63. Un poco se arossô Alessandro in volto,
Poi seco lo menô dentro al pallagio
E armoUo di sua man d^armi, che molto
Erano sodé, et ragionando ad agio
Seco, le disse : « Honor portando et sciolto
Dagli altri torna quivi, che mal v agio
É tanto il padre mio che certo i* dubbito
Che ti faria morir sapendol subbito. »
GANTO DUODEGIMO 165
64. Sopra Farmi un a veata da villano
Le puose il sir et délie un caval forte,
Ponendoli sul capo di sua mano
Di quercia una corona, che per sorte
Ivi un ramo truovô poco lontano ;
Poi sul caval il pose e uscir di corte
Lo fece dal postico in giostra intrare,
E, a ciascun che lo vede, un villan pare.
[F« 139 r*] 65. Porta di faggio una ben grossa lancia,
Sopra postovi un fer truovato a caso.
Se li oppone un de* zii che senza ciancia
Puonerlo in terra s* havea persoaso.
Madarro ô questo, a cui mezzo alla pancia
La ruzza hasta passé rompendo il vaso
Délie intestine et più d'un palme et mezzo
Dietro passando lo lasciô al dassezzo.
66. Ritira l*hasta a se con gran valore.
Lievasi il corpo ch*in sul terren jace.
Chiede di gratia al magno imperadore
Nappar giostrar con quel villano audace,
Nô gli el niega ello, et con molto furore
Ne va contra al Meschin corne rapace
Ancipitre al fagian ; pieno di sdegno
Vendetta spera contra il guerrier degno.
67. Al primo iscontro, il nobile Meschino
Diede in Thelmetto al suo secondo zio,
Et le giovô che di tempra era flno,
Che corne Paltro con tormento rio
L'harebbe posto a Testremo dimino
Di morte orrenda, ma pur page il fio
Délia superbia sua ch*ello e il cavallo
Caddero al colpo senza altro intervalle.
68. Et la caduta fu si cruda et fella
Che se le roppe la sinistra spalla,
Maledicendo la sua fera Stella.
Né si torce il Meschin punto, o traballa,
Anzi murato par sopra la sella
Del destrier, che ne fa dritto et non falla.
Se représenta con la lancia in mano
Cui il popol [grida] : « Viva hora il villano ! »
166 1 DODICI CANTI
69. Amphylo Perso in sa Tarmata coscia,
Di idegno pien, con lliasta s^apresenta,
Pensando a quel Meschin donare angoscia,
A quel Meschin che di nisciun paventa.
Arestano le lance ambi duo* et poscia
Menando i spron tongon la briglia lenta.
Si ferono amendua, ma il colpo ad verso
Fa col cavallo andare in terra il Perso.
70. Oià lliora tarda per quel dl fin puone
Alla giostra. Alexandro se ne toma
Verso el palazzo et aspetta il campione
Che con vettoriosa palma s* orna
Le chiare tempie più che di corone
D^oro li régi ; et mentre che soggioma
Alessandro, il Meschin ritoma dove
Quelle lieto Taspetta et non altrove.
[Foi89v<>]71. Et da lui fu di peso scavalcato
Con tanto amor, con tanta ligiadria,
Poi di sua propria mano disarmato.
Non par che schiavo mai stato le sia,
Anzi maggior fratel sempre honorato,
Che non si satia mai di cortesia
Pieno et da se et da lui sempre honorarlo
Abracciandolo, e in faccia di basciarlo.
72. Si pongono alla mensa i giostratori
Et del vettorioso si dimanda.
Serve il Meschino a tutti quei signori
Portando a questo e quel Tampia vivanda.
Al fine del cenar fansi rumori
Di quel villan che *1 suo nome non spanda.
Si meraviglia ognun poichô vettoria
Havendo non vuol dar di se memoria.
73. LMmperador ad Alessandro chiede
Se sa chi sia quel cavallier valente.
Nol niega et di saperlo non fa fede.
Il Meschin' od* il tutto ch* è présente,
Cui Alessandro il giudicar concède
Chi llionor habia havuto apertamente.
Quel villan disse : e L'honor ha, perch* io
Non giostro corne gli altri, o signor mio. »
■i
CANTO DUODECIMO 1Ô7
74. Disse Alessandro : « Donque ti dà il core,
I Se ta giostrasti con 'sti cavallieri,
Portarae gloria et sempiterno honore. »
Cui « Si » rispose. Alhora quei guerrieri
Risero tutti e il sacro imperadore
Rise altresl ; et Alessaadro i veri
Successi havendo visti, fa partira
Indi el Meschin, doppoi cominciô a dire :
75. « 0 sacro imperador, s^io la podësta
Havessi, i' vorrei far costui giostrare
Per far più bella giostra et lieta festa
Et per voler Panimo suo pruovare. »
El magno itnperador con la modesta
I Voce rispose non voler ciô fare,
I Che in le giostre u[n[ tal non dee mostrarsi
Chi sir o cavallier non pu6 pruovarsi.
76. Non replica Alessandro al degno padre,
Ma, levata la mensa a canti et suoni,
S'Invitan cavallier donne legiadre
A veder recitar farse et buffbni.
Stanvi Elisena et Tinclita sua madré,
Signer, conti, marchesi e altri baroni.
Lascianli solazzar finchè vediamo
11 bel giuoco d'Astolfo et de Aleramo,
[F*140r**] 77. Vi dissi già, signer mio caro, corne
Cavati dal giardin fur da Sylvana
Et condotti al palazzo del gran nome
Che fatto fu senza alcuna opra humana .
Il giuoco è ch*un ancllo entre aile chiome
Con mille nodi avolto in foggia estrana
Tiene una Fata, et senza nodo sciorre
Se lo guadagni sol chi lo puô torre.
78. Ha in se tanta virtù Tanel richiusa,
Che chi lo porta in deto a ognun fa grato,
Et chi in bocca tenerlo in viaggio usa
Non è da famé o sete unqua assaltato,
Et ogni tradimento scuopre a accusa
Se al destro braccio si porta legato,
Et chi in laccio di seta el tiene al collo
Mai non riceve dai nimici crollo.
168 I DODIGI CANTI
79. Si prnova et si ripraova il duea Bnglese
Di trar Tanello faor di tanti nodi,
Né possendo ei dar luogo fa corteee
Ad Aleramo che con più et più modi
Pruova et ripruova, et sian tutte saspese
L*altre Fate a mirar che si disnodi
Dai capei d*oro et pur Tanel sta sodo,
Ne di cavarlo alcun ritraova il modo.
80. Astolfo ripniovarsi vuol da capo
Ch* ha de Tanello entesa la virtute,
Onde si acosta al bel dorato capo
Riponendo allô aael le deta acute,
Ma non ritniova via, modo né capo
Ch* al desîo infermo suo presti salute.
La Fata vuol 8*ei puô quei nodi sciorre
Non rompendo capel, sel possa tuorre.
81 . Discioglie un nodo Astolfo, et si ranoda
Lo biondo crine in più nodi et più stretto,
11 che fa che [V] Englese più si roda
Dentro del cor et prendesi dispetto.
Tanto è la treccia délia Fata soda
Che non si prende Astolfo ommai diletto
Più dello anel trar fuor, onde si tira
In dietro e a quella col bieco ochio mira.
82. Invitasi Aleramo al gran partito.
Doppo che puô con mano i nodi sciorre,
Tien volentier il degno et largo invite,
Et poi se ingegna con industria tuorre
El pretioso anel dal crin polito,
Et al suo desiderio il ciel concorre
Che gli presta favor et gran prestezza
A sciorre il crin con molta gentilezza.
[F*140t^]83. Si sdegnô Astolfo e non dimostra fuore
La rabbia ch* el pensier dentro Toffende.
Conosce ci6 Sjlvana et con amore
Délia spietata invidia lo riprende
Con dir che duo* compagni d*un sol core,
D*un solo animo in tutte lo facende
Deveno sempre mai vivendo insieme
Servarsi fode et in Tua Taltro haver speme.
CANTO DUODECIMO 169
84. Poi ambi prende per la man la Pata
Et quinci et quÎDdi pel palazzo mena,
Mostrali dentro et fuor la stanza grata,
La stanza tutta di vaghezza piena,
Né la più bella vidder né più ornata
AUronde i cavallier né tanto amena.
Vi yeggono figure agli ochi vive
Che paion solo dello alitar prive.
85. La sala, in che vi dissi che Sylvana
Truovor mutata in serpentil figura,
D*una imensa grandezza et s) sovrana
Viddero et omata di vaga pittura
Che Topera gentile più che hamana
Giudicamo i guerrier, che la natura
Escedea dei pittori, et a mirarla
Puosersi e intentamente a contemplarla.
86. Vedevano ivi quel alber di Qiove
Che tenean dei pastori incoronati
D*oro et di gemme, corne i' dis» altrove,
Al ciel acetti, agli humani ochi grati,
Di quai vedevansi anche le gran pruove,
E i gesti loro aperti et denudati,
Uno hedifficar ponti et sacri tempi,
L'altro procéder coi mutati tempi.
87. Havea quel primo sotto il scalz t piede
Di libri et di scritture un poggio fatto.
Ma a quel seconde chiaro vi si vede
D*armi un gran monte et un tempio disfatto
Più bel rissorgere ove si concède
Per quelle induite, et farsi indi ritratto
Di speme che ritomi il secol d*auro
Che tutto opresso havea li Hispano thauro.
88. Vedevasi un leon schiantare un ramo
Délia honorata quercia et crollar quella
Per dar le ghiande a un porco magro et bramo.
Et alegrarsen quella donna bella
Ch* el sposo Buo poi vidde mesto et gramo,
E adolorata ogni sua damigella,
£, che libéra fu, soggetta farsi
La cnpidigia astrinse, et aise et arse.
170 I DODICI CANTI
[F« 141 r®] 89 . Dalla crollata quercia pullularsi
Vedean le ghiande più vaghe et più belle
Et quella più ne Taer dilattarsi,
Multiplicar le foglie corne stelle;
Et nella terra sue radici farsi
Più grosse et ferme ; et nascer sopra quelle
Un tropheo di vettoria a gigli omato,
Già da priûcipi molti desiato.
90. Ivi UD altro pastore incoronato,
Siroile ai primi, in s*un carro di fuoco
Da terra in fine al ciel tutto elevato,
Quale spandendo il manto a poco a poco
Copria de Italia il più famoso lato
E a duo gentil! giovani, in quel luoco,
Porger duo* lembi del bel manto d*oro,
Poi il car firmarsi nel céleste choro.
91 . Paulo Tei-zo havea scritto nel diadema
Quel coronato, et un dei giovanetti
Col destro piè par ch* una scritta priema
Oui inscritto era : « Allessandro delli eletti
Cardini sacri in chi virtù non scema
Alcun di modi soi sacri et perfetti. •
11 secondo « Ranuccio » haveva scritto
Un epytaffîo infra il piè manco e il dritto.
92. Al piè del gran pastor un altro vi era,
Pur giovanetto, che del sacro manto
Si godeva anco a Tombra, et alla spera
Del bel fuoco del carro sacrosanto.
Et dimostra il pastor grata maniera
A quelli e a questo che portano il vanto
Di etemo honor, et il nomme ivi si legge
Dôl terzo : « Guid* Ascanio adempl il gregge. »
93* Stavan costoro a contemplar suspesi
Cosi rhjstorie come le figure,
Quale vive parean coi volti accesi ;
Di color vaghe, con arte et misure
Ben liniate, i riguardanti intesi
Rendevan si che et ei parean sculture.
Pur ridrizando un oltra più gli ochi
Vidder cose da saggi et non da sciocchi.
CANTO DUODECIMO 171
94. Un pastorel con una pietra viva
Rompea la fronte ad un gigante elato
La superbia di cui ciaschedun schiva,
Vedendolo esser forte et bene armato ;
Ma pur el pastorel di vita il priva
Et, col grave col tel che tenea a lato
Tagliatali Taltiera e orribil testa,
Riportarla fra i suoi con gioia et festa.
[F® 141 v^] 95. Cosi un griffon superbo e altiero tanto
Quanto altro mai quel degno pastor doma,
Et riduce a pietoso et mesto pianto
Una al ta et gran collonna apresso Roma ;
Poi Tuna et Taltra man premendo, quanto
Huoppo le par, eu Tuna et Taltra chioma,
Non le lassa ricor pur i cappelli
Ch' [h]anno su gli ochi lagrimosi et felli.
96. Ad un dei descendenti di Querino
CroUar la quercia da Torate ghiande.
Lo istesso coronato Camerino
ToUendoIi si vede, et farsi grande
Di quello Ottavio in prima fanciullino,
Oenero alla grande aquila, che spande
I vanni altier da Tuno a Taltro polo,
Cercando inverso il cielo alzarsi a volo.
07. Ma quel seguendo le vestigie e i modi
Del suo progenitor céder si vede,
Per non schiantar ma conservar quei nodi
De Talber suo pieno d'amore et fede,
A ciô que meglio in terra il piè si assodi ;
A chi il pastor poi mansueto riede
Di modo che li dà di sua famiglia
Una fanciulla saggia a meraviglia.
Poi di ducal galero
98. Che a guisa délia bella unica Psyché
Era servata per divin mistero,
Ne a lei simil infra moderne o antiche
* Ces mots sont le reste d'une stance ainsi indiquée en marpe, mais
dont il n'a été écrit que ce premier hémistiche.
m I DODICl CANTI
Altra mai fb dlngegno acnto e altiero.
Le Gratie con le Miue a qnella amiche
Seco aeder parean nel magiatero
Del gran pittor che quella sala pinae
Et non nati aneo naturali efifinse.
99. Mentre atan fiai i duo goerrier fregiati
L*hj8torie a contemplar a loro ignote,
Altronde da Sjlvana ritirati
Si rivoltaro ad aacoltar le note
Che aentivan di canti honeati et grad
Délie Toci aoBore hor piene, hor yote,
CoD dolci acenti et aoave harmooia,
Da suacitar chi è di morir in ria.
100. Questo lo fece indnatriosamente
La gentil Fata per non rivellare
La cosa a lor fùtora a lei présente
Di quel che lor non tocca, et perô trare
D*indi li cerca assai fervidamente,
Et ov* è rharmonia quelli menare
SMngegna eh*nna caméra vicina
Chindeva in se la musica divina.
[F<^ 143 r<»]10l. Et aopra un letto riccamente adorno
Li fa posar la Fata et ella parte.
Non era giunto ancora al mezzo giorno
Di Phehe il carro, quando in qnella parte
Lasciolli, et io li lascio et fo ritomo
Dov* Orlando lasciai dal fero Marte
Tutto infiammato contra Rio^Castello,
Vincer volendo il suo tyranno fello
102. Se vi ricorda ben, dissivi sopra
Ne l'altro canto corne giunse Orlando
A Rio-Castel, per adempir quella opra
Lodevol tanto con il forte brando
Contra el tyranno, in cui favor se adopra
Tutto il suo stuol sentendo il como, quando
Hebbero incarcerato Sacripante,
Compagne alhora del signer d*Anglante.
103. Doppo il lungo sonar del degno como,
S*armano tutti i cento cavallieri
CANTO DUODECIMO 173
£t Torso il conte sol cinquanta andorno
Ch'eran fra gli al tri più gagliardi et feri.
Et gli altri in guardia del caatel reatorno,
Ma Sarpedonte fra quegli primieri,
Ch^osd con lor, rimaate morto in terra.
Né perô terminoasi alor la guerra.
104. Perché i cinquanta alhora vendicare
Volendo il suo signor, posti in battaglia,
Contra del conte mossi a contras tare,
Tutti Orlando gli affetta, ancide et taglia,
Tal ch'un non si puô vivo conservare
Per buona piastra o pur per fina maglia
Che egli habia in dosso, et cosi in quel contraste
Fe il glorioso conte il terzo guasto.
105. Quel giovanetto ch^el consiglio diede
Contra al bon vechio, che delli cinquanta
Rimasti in guardia, perché in lui havea fede
Quel tyranno, era capo, non si vanta
Più corne prima, perché aperto vede
Il gran valor del conte et forza tanta
Esser flaggel di Dio, et se li rende ;
Quai gratamente per la mano il prende.
106. Il bemgno lo accetta pur con patto
Che se abandoni et arda lo empio luoco,
Et sia in quel proprio giorno quel disfatto
Per viva forza d*avampato fuoco,
Né fra loro altrimente vuol sia fatto
Âlcuno acordo o per molto o per poco.
Ma pria si renda Angelica e a Roberto
Sylvia et sia dov* é il Re il caroere aperto.
[F^ 142 T*] 107. Non puô Qelarco, che cosi detto era
Celui che tanto amava Sarpedonte,
Contravenire alla proposta altiera
Di quel vettorioso et degno conte,
Ma pur, perché il thesoro ottener spera
Di quel morto tyrano, lie ta fronte
Facendo, le due donne et Sacripante
liberamente diede al sir d'Anglante.
108. Più di sei cento donne in Rio-Castello
Ferdinand Castets«
VARIÉTÉS
Les noces d^argent de Mistral et rAllemagne
La Bibliothèque de la Société des Langues Romanes a reça
de M. Auguste Bertuch un intéressant document : un exem-
plaire de Tadresse que les visiteurs et hôtes allemands de
Mistral, philologues et romanistes, professionnels ou ama-
teurs, ont fait imprimer et lui ont offerte à Toccasion de ses
noces d^argent.
En 1900, au banquet de la Santo Estelo, à Maguelone, on
avait projeté de célébrer cet anniversaire par une grande fête
félibréenne ; mais Fidée n*eut pas de suites ; et les amis alle-
mands du maître de Maillane sont les seuls à s'être souvenus
officiellement du 27 septembre 1876.
Voici le texte de cette adresse qui atteste la popularité de
Mistral en Allemagne :
Au mèstre venera Frederi Mistral, pèr la fèsto de si doço argentalo
emé Na Mario, nascudo Rivière, lou 27 de setèmhre 1901.
MàSTRR VBNRRA,
Festejas au-jour-d*u6i, perla gràci de Dieu, lou vint-e-sieisen retour
doû jour ouate vous sias amouiera.
Aquelo fèsto se deù dire une fèsto de famiho, oimte es la coustumo
que lou roudelet entime di parent e dis ami s'acampon à Tentour d*a-
quéli que festejon, pèr ié pourgi tourna mai lou testimôni courau de
la part que de-Iongo prenon emai an presso i gau e peno d*aquéli que
soun tant estrechamen uni per li nous doû maridage.
Fermetés que naùtri peréu venguen nous apoundre à-n-aquéu rou-
delet famihau e jougne nôsti vot de bonur i vot d'aquéli qu'eston lou
mai proche de voste cor ! Naùtri peréu avèn passa lou lindau de voste
oustau amfstous à Toste d*aquel oustau, toco doû roumavage pèr
toûti lis ami de la pouësio prouvençalo revieûdado pèr vosto ohro, e
que soun charme misterious nous a tambèn touca ; e dins lis ouro que
nous fugue donna d*esta au vostre, avèn près uno visto em 'uno cou-
neigudo inoûblidablo di fôrti fondamento ounte repauso lou bonur de
VARIETES 175
Toste OQstaa, mounte uno Buperbo tradicioun de famihoi uno coumu-
niou entimo e afeciounado dis espous dins li pensié e li pantai dam-
bedouB e la pïouso ôusservanço dis usage terrenau an créa un siau e
segur recatadou di Muso, fach à meraviho pèr enaura vosto obro
pouëtico counsacrado a la pichoto patrlo e pourgi pèr aquelo obro uno
perdorablo jouîssenço a toûti]lis ami de la blouso e veraio pouêsio.
Posque este jour, oonte vous e vosto venerado mouié vesès en-
rèire, dins la fierta de vosto joio entimo uno vido famihalo longo e
benesido, posque este jour s^escoula pèr vous en touto gau, e posque
loa bonur que fin qu*aro vous es esta larga tant aboundous demoura
Toitre, franc de touto ànci e de tout trebau, dins uno longo tiero de
bèUis annado.
Lou 27 de setèmbre 1901.
Vostis oste e amiraire di pais de la Lengo d*Alemagno
Heinrich Ahnbn, Echtemach.
Cari Appbl, Breslau.
August Bbrtuoh, Frankfurt a. M.
Marie Bbrtuoh, —
Eduard Bobhmer, Lichtenthal.
Ludwig Bradtigam, Bremen.
Suzanne Buautigam-Romanb, Bremen.
Johannes Fastenkath, Koln a. Rh.
Gordelia Haltbnhoff, Genf.
Oskar Hbnniorb, Bremem.
Eduard Kosohwitz, Marburg.
Wilhem Khsîten, Kirchrath.
Emil Lbvt, Freiburg i. B.
Henricb Morp, Zurich.
Karl Sachs, Brandenburg.
Siegfried Samosch, Berlin.
Hermann Suohibr, Halle a. Saaie.
Heinrich Vibrordt, Karisruhe.
Nicolaus Wbltbr, Diekirch.
Julius WoLF, Charlottenburg.
Marie Wolf, —
Cette adresse a été composée avec le plas grand soin et un
goût parfait^ par MM. Brbikopp et Hartbl. — Elle forme une
plaquette in-quarto de huit pages, tirée en deux couleurs et
imprimée en caractères archaïques, et constitue en elle-même
Tioe véritable œuvre d'art.
BIBLIOGRAPHIE
RoMAKiA. — XXX. 1 (janvier 1901). — P. 1. Ferdinand LoU
Nouvelle» études nw la provemanee du cycle orikuineM. — - XI. Arthur
en ComuHilL — XII. Sources comouaillaises de Oaufrei de Mon-
mouih : Cador duz Comubi» et Gorlois dux Comabi». — XIII. KeU
liwic, résidence d'Arthur, — XIV. Le blanc porc dans Guingamor. —
XV. La bataille de Candan, — XVI. Deux localités artkurimnes, Cara-
digan et Dinatiron. — XVII. La forêt de CaUsse. — XVIII. Enide. —
P. 22. Arthur Piaget. La Belle dame sans merci et ses imitations. I.
[Voici les conclusions de cet intéressant article: « Alain Chartier
est né vers 1385 ; il est Taîne des frères Chartier ; il est bien Fauteur
de la rédaction latine du Cariai, »]. — P. 49. Alfred Morel-Fatio. Le
débat entre Anton de Aforos et Oonzalo Davila. Série de neuf pièces
satiriques, d*un ton assez grossier, dont cinq d*un trobador inconnu,
Anton de Moros, et quatre réponses de Gonzalo Davila, dont on con-
naissait une petite pièce galante insérée dans un chansonnier du Musée
Britannique. — P. 65. Salverda de Grave. Les mots dialectaux du fran-
çais enmoyen-nierlaftdais, [ Mémoire plein de faits et d*idées, qui forme
le pendant du précédent ouvrage de Tauteur intitulé : Essai sur quel-
ques groupes de mots empruntés par le néerlandais au latin écrit (Am-
sterdam 1900), et qui amène Fauteur à cette conclusion : que la plupart
des mots français empruntés par le néerlandais au moyen âge lui sont
venus du Hainaut, province dont les comtes ont longtemps régné sur
toute la Hollande et dont les villes avaient, à cette époque, une grande
importance.
MÂLA.NGB8. — P. 1 13. Ov. Deususianu. Primus et *antaneus en rou»
main, — P. 1 15. A. Dauzat. Amaiza. [Ce mot, qui signifie « fourmi »
dans le centre de la France, viendrait d'un primitif germanique
amait -, par l'intermédiaire d*un diminutif hypothétique amaùMi],
— P. 1 19. A. Dauzat. Urgere, [M. D. a noté dans la bouche d'une
vieille femme, à Vinzelles ( Puy-de-Dôme ) , le mot dourze^ « pousser,
ramener (le bétail) vers Tétable », qu'il tire avec raison de urgere
avec un d prosthétique. Il aurait pu comparer mouise =: mulgere
(passim) ]. — P. 120. R.-J. Cuervo. Oanoa — Sabana, — P. 127.
F. Lot. Le cri de la bête dans le Daniel du Stricher. [Démonstration
de Torigine celtique de cet épisode. ]
BIBLIOGRAPHIE 177
Comptes rendus. — P. 130. G. Schlessinger, Die alffranzcmscTien
Wœrter m Machsor Vitry nach der Auêgabe des Vereins Mekize Nir-
damiin (L. Brandin : utile contribution à Tétude des glosses hébréo-
romanes, mais l'auteur n'a que des notions insuffisantes d'ancien
français). — P. 132. G. Paris, Orson de Beauvais (H. Suchier: grands
éloges; quelques petites corrections, dont M. G. P. conteste une
partie et accepte les autres avec sa bonne grâce habituelle, ajou-
tant deux rectifications suggérées par M. A. Longnon. ). — P. 138.
R. Berger, Canchons und Partures des altfranzasiachen Trouvère Adan
de le Haie le Bochu d'Aras (A. Jeauroj et G. Paris : les deux rappor-
teurs sont d^accord pour blâmer le style amphigourique et la subtilité
ainsi qne la prolixité du commentaire, souvent erroné, tout en rendant
justice à la grande érudition de Tauteur et à la somme de travail
dépensée.). — P. 149. Potanine, Vostotchnye motivy v aredneviekovom
evropeiskom epoesie, (Les motifs orientaux dans Tépopée du moyen âge).
(E. Anitchkof : matériaux précieux, mais thèse inacceptable tant par
les philologues que par les folkloristes).
PÉRIODIQUES. — P. 151. Zeitschrift fiir romanieche Philologie^
XXIV, 4. (A. Thomas et G. Paris). — P. 154. Siebenter lahresbericht
dei InsUtutefur rumœnische Sprache zu Leipzig (M. Roques). — P. 155.
Qironique. — P. 158. Livres annoncés sommairement.
XXX, 2-3 (avril-juillet, 1901). — P. 161. M. Roques et G. Paris.
L'élément historique dans Fierabras et dans la branche II du Gorone-
ment Looïs.[I. Fierabrtts, — M. R. croit aune contamination des évé-
nements de 846 (arrivée des Sarrasins à Rome par le Tibre, pillage des
trésors de Saint- Pierre et défaite des Sarrasins par le marquis Gui,
sans doute le duc de Spolète) et la délivrance, par le Normand Robert
Guiscard, du pape Grégoire VII, assiégé dans le Château-Croissant
(Môle d*Hadrien) par l'empereur Henri IV après la prise de Rome, et
da portique de Saint-Pierre. Robert Guiscard serait le prototype du
Richard de Normandie de la chanson. — II. Couronnement deLouis. L'in-
vasion sarrasine racontée dans la branche II de cette chanson de
geste a pour base, comme la première partie de Fierabras, Tattaque
de 846 contre Rome et non le siège de Capoue (Chape), qui n'est qu'un
épisode antérieur auquel il est fait allusion au début. Le nom de
Guafier, fait prisonnier à Chape et devenu roi de Salerne, le souvenir
des lattes soutenues par les villes campaniennes, sont venus s'ajouter
aa récit du siège de 846, mais ne forment pas l'élément historique
essentiel du poème. M. G. Paris déclare être arrivé à des conclusions
tràs voisines, quoique un peu moins précises, dans une leçon faite au
Collège de France, en décembre 1396.] — P. 184. R. Weeks. Éludes
An* Aliscans (à suivre). Des nombreuses inconséquences intérieures du
12
ns ËIËLIOGRAPâlE
poème et de ses contradictions avec les poèmes apparentés du Cwe-
nant Vivien et de Foucon de Candie^ M. W. conclut que « là où Aliscaru
et les autres poèmes sont en désaccord, ce n*est pas à AUscans,
comme Tont dit la plupart des critiques, qu'il faut demander la
légende la plus ancienne, mais plutôt à ces poèmes. » Lorsqu'il y a
désaccord entre ces derniers, c'est dans Foucon de Candie que se trouve
la légende authentique, au moins pour tout ce qui touche à la bataille
d'Aliscans]. — P. 198. A. Longnon. La proceasion du honàbhé Ponce.
[M. L. établit le caractère historique de cette chanson en bourgui-
gnon du Xlll* siècle et en identifie le héros avec Ponce, abbé de
Saint-Seine, dont on a des chartes de 1241, 1242 et 1243. — Au v. 49,
chamois, dont M. L. dit qu'il peut désigner une béte de somme, est
tout simplement le pluriel de chameil, chameau) ; cf. Orson de Beau-
vais, 1561, etc. L'emploi, peut-être abusif, de ce mot s'expliquerait
par le caractère burlesque de la pièce]. — P. 213. R. Philipon. Mor-
phologie du dialecte lyonnais aux XIIF'^ et XIV'^ siècles. [Savante
étude, pour faire suite à la Phonétique lyonnaise an XIV* siècle, du
même auteur, publiée dans la Romania, t. XIII, pp. 542-590, mais
basée sur un plus grand nombre de textes]. — P. 225, Paul Meyer.
Notice du ms. 1029b'S04 de la Bibliothèque royale de Belgique (Lé gen-
des en prose et en vers). [Manuscrit sur papier de la première moitié
du XV<^ siècle, contenant (outre rF«(>pe^ de Marie de France, Vlmctge
du monde et la traduction, par Renaud de Louhans, de la Consola-
tion de Boece), un poème didactique et moral inconnu, la Bible des
laies gens et 41 Vies de saints, dont plusieurs ne se trouvent pas
ailleurs. A signaler surtout une Vie de sainte Afadeleine, qui s'écarte
des vies latines sur plusieurs points, en particulier en ceci que,
Ki dans le miracle connu sous le nom de « Miracle du seigneur de
Marseille », la ville où habitait ce seigneur est non pas Marseille,
comme dans la plupart des textes latins ou français, non pas Ballata^
Barlate, Balete, comme dans VAbbreviatio in vitis sanctorum et textes
dérivés, non pas Aquilée, comme dans une des versions françaises,
mais Arles, ville qui est ici appelée Arles le blanc. » Est-ce que ce
choix d'Arles ne viendrait pas d'une erreur de lecture de Barlate =
Arlale dans un texte latin ?J — P. A. Piaget. La Belle dame sans
merci et ses imitations (suite). — IL Le Parlement d'amour de Bau-
det Herenc (deux fois imprimé). — III. La dame loyale en amour,
[Ce fascicule contient les lll premiers huitains de ce poème ano-
nyme, qui est une réponse au Parlement d'amour, La fin sera publiée
prochainement]. — P. 352. G. Paris et M. Schwob. Villonianam
[M. G. Paris, à l'occasion de la récente publication qu'il a faite d'un
livre sur Villon dans la collection dos Grands écrivains français de
la librairie Hachette, donne une revision minutieuse et, naturelienient.
BiBLio^hAPitiÉ nô
des plus iatéressantes, de Tédition de M. I^ngnon (1892). II y joint
quelques notes de M. Marcel Schwob sur le Testament (c'est ainsi
qu'il convient d'appeler le Gh-and Testament, en laissant au Petit Tes-
tament le nom de IaUs, que lui a donné le poète) ].
Mblangbs. — P. 393. P. Meyer. C et G suivis cTX en provençal,
[M. P. M. complète sur quelques points (Alpes-Maritimes et Basses-
Alpes) les recherches qu'il a publiées en 1895 sur ce sujet (Romania,
XXIV, 529 sqq.), et fait cette constatation curieuse, que la pronon-
ciation ca^ ga gagne du terrain sur cha, ja, comme paraissant plus
éléganle. M. A. Thomas avait déjà fait une observation semblable
pour la Haute-Auvergne]. — P. 398. A. Thomas. Ls suffixe -esimus
en français, [M. T. constate que, dans la région orientale, où 1*6 long
entravé se diphtongue, on trouve assez souvent pour les noms de
nombre ordinaire des formes en oime, aime. Ce suffixe n'a pas eu
d'influence directe sur le suffixe actuel en ième]. — P. 400. P. Meyer.
Provençal n&dm. [Naclui dans Flamenca, 3680, doit être lu nadiu =
nativus, et signifie u drap du pays»] — P. 401, A. Delboulle. Davoisne,
[Le V. 8530 du Roman de la Rose (éd. Marteau), Beloces d'Aves-
neSy jorroisesy doit être lu *. Beloces, davesnes, jorroises» Davesnes
= (^apcd^^uvov, gr. mod. pour <?a^a<y;^yjvov (prune de Damas). La da-
voine est une espèce médiocre de prunes très commune en Normandie].
— P. 403. A. Delboulle. Un proverbe altéré, A beau (bon) deman-
deur^ beau (bon) refuseur, est pour : A baut demandeur, baut refum
uur. — P. 404. Eug. Ritter. Romancium et Gallicum. [Dans un
document genevois de 1460, romancium désigne le parler local, galli-
cum le français de France ]. — P. 404. G. Paris. Mayence et Nimègue,
dans le Chevalier au Cygne. [Bien qu'on ait le plus souvent, dans les
manuscrits, substitué Nimègue à Mayence, la version proprement
française de la légende plaçait à Mayence le débarquement du Che-
valier au Cygne et son combat judiciaire, inséré plus tard dans le
récit] — P. 409. E. Muret. Dn fragment de Marco Polo [C'est un
feuillet d)uble, servant de reliure à un cahier de comptes, de la fin
du XVI« siècle, à la bibliothèque de Vevey (Suisse). La première
moitié correspond à la fin du ch. 121 et au ch. 122 presque en-
tier de l'éd. Pauthier, la seconde, à la fin du ch. 134 et aux ch.
135, 136, 137 et aux premières lignes du ch. 138.
CoMPTBS RENDUS. — P. 415. 0. Deususianu, Histoire de la langue
roumaine, fasc. I (G. Paris : Grands éloges). — P. 418. W. Meyer-
Lubke. Die Betonung tm Gallischen (A. Thomas : Eloges avec quel-
ques réserves et rectifications de détail). — P. 423. F. Noack. Der
Strophenausgang in seinem Verhœllnis zum Re/rain und Strophengrund-
ttock in der re/rainhaltigen alt/ranzœsischen Lyrik (A. Jeanroy : utile
1^0 BIBLI06RAPHIB
pour le grand nombre de faits réunis et classés, non sans quelques
erreurs; nombreuses corrections .aux 66 chansons à refrain publiées
en appendice par M. E. Stengel). — P. 430. H. E. Todd. La Vie dé
sainte Catherine éP Alexandrie (G. Paris : utile, nombreuses correc-
tions au texte). — P. 432. Kr. Nyrop. Observations sur quelques vers
de la farce de Maître Pierre Pathelin (G. Paris : éloges, quelques
additions et corrections). — P. 334. Jean Ducamin, Libro de Buen
Amor^ de Juan Ruiz, archiprôtre de Hita (R. Menéndez Pidal : tra-
vail définitif). — P. 440. Leite de Vasconcellos. Esiudios de philologia
mirandesa (A. Dauzat : grands éloges).
PÉRIODIQUES. — P. 444. Zeitschrift fUr romanische Philologie^XXV ,
1-3 (G. Paris). — P. 448. Archivio glottologico itoZiano, t. XII (1890-2)
et t. X1I1(M. Roques). — P. 454. Literaturhlatt fur gemianiscke und
romanische Philologie, XXI (1900) (E. Muret). — P. 457. Eevue de
Philologie française et de Littérature, p. p. Clédat, t. XIII (1899) et
t. XIV (1900) (P. Meyer). — P. 459. Bulletin de la Société des
anciens textes français, 1900. — Bulletin historique et philologique
(Comité des travaux historiques), 1899. — Bulletin archéologique du
Comité des travaux historiques et scientifiques^ 1897-1900 (P. Meyer).—
P. 462. Chronique, — P. 469. Livres annoncés sommairement.
XXX, 4 (octobre 1901). — P. 481. F. Lot. Date de la chute des in-
tervocales en français, [Le dépouillement des Chartes de Cluny, actuel-
lement en cours de publication, et des chartes du pays de Langres ont
permis à Tauteur de ce mémoire de conclure que la chute du d inter-
vocal était un fait accompli dès le début du X* siècle (et non à la fin
du XI* seulement, comme on le croyait), au moins dans la région
de Langres à Mâcon; il en est de même pour le / intervocal.] ^
P. 489. Paul Meyer. Fragment d'un ms, d*Aie d'Avignon. [11 s*agit
de 320 vers trouvés dans une reliure des Archives de Vuillafans
(Doubs), par M. Jules Gauthier, et qui correspondent aux vers 1765-
2087 de Pétition P. Meyer et Guessard. Le ms. du fragment, supérieur
comme langue au manuscrit de Paris (qui est unique, à part les courts
extraits de Fauchet et les fragments de Bruxelles et de Venise issus
d'un même manuscrit), et plus ancien d'environ un demi-siècle, lui
est cependant souvent inférieur pour les leçons et en est indépendant.]
— P. 504. Otto 'Âlob. A Vida da sancto Amaro, texte port^^gais du
XIV« siècle.— P. 519. Hermann Suchier. La fille sans mains, [M. H.
S. commence par une version catalane, tirée du ms. delà Bibliothèque
nationale, /« espagnol 6S2, l'impression des matériaux réunis par lui
sur ce conte populaire, dont il a traité dans son introduction aux
Œuvres poétiques de Beaumanoir (et de quelques autres textes décou-
verts depuis), et promet de revenir sur les questions générales qu*il
BIBLIOGRAPHIE 181
80 ul ève. Cette version peut être intitulée, diaprés la rubrique : La IsUh
ria de lafilla de Vemperador Contasti (Constantin)]. ^ P. 539. Lazare
SalDéan. Les éléments orientaux en roumain (1*' article).
Comptes rendus. — P. 567. Mïscellanea linguisticain onore di Gra-
ziadio Ascoli, [M. G. Paris rend compte des 23 articles (sur 35 que
contient ce beau recueil) qui intéressent les études romanes. A Tindi-
calion de son propre article (ficatum en roman)^ il joint quelques
observations que lui ont adressées à ce sujet divers savants.]— P. 578.
F. Geo. Mohl. Les origines romanes. La première personne du pluriel
en gallo-roman. [G. Paris: critique aussi juste que sévère de ce livre
systématique, écrit pour illustrer par un exemple, certain aux yeux
de l'auteur, la règle qu'il avait « érigée en principe » dans un premier
ouvrage (voj. ci-dessous) : « Toute désinence latine semblable à la
désinence celtique correspondante est régulièrement contaminée par celle-ci
danx les pays gaulois. » M. 6. P. émet le vœu « que M. Mohl se décide
à mettre au service de la méthode vraiment philologique les vastes
connaissances, la belle imagination et la puissance de combinaison
dont ses écrits noua donnent tant de témoignages. » — P. 588. E.
Stengel, Das altfranzœsische Rolandslied (édition critique), 1 (Texte)
[L. Brandin : vifs éloges de cette œuvre patiemment élaborée avec
une compétence exceptionnelle]. — P. 590. Raccolta di studii critici
dfdicata ad Alessandro d^Ancona, festeggiandosi il XL anniversario
del suo ensegnamento. [G. Paris rend compte avec éloge de 22 des
52 mémoires contenus dans ce recueil]. ^P.597. Carmina de Mensibus
di Boovesin de la Riva, a cura di Leundro Biandene. [G. Paris :
lediteur attribue à tort à Bonvesin bien des fautes de versification qui
sont le fait du scribe, et d*autres qui étaient admises par la prosodie
du moyen âge et qui ne sont nullement dues, comme il le croit, à
l'influence de la versification rythmique.]
PÉRIODIQUES. — P. 603. Zeitschriftfur romanische Philologie, XXV,
4 [G. Paris]. — P. 608. Archivio glottologico italiano, i. XIV et XV,
1 et 2 [Mario RoquesJ. — P. 617. Supplemenii periodici alV Archivio
glottologico italiano,,, ordinati da G. J. Ascoli, I-VI [M. Roques]. —
P. 620. Chronique. — P. 624. Livres annoncés sommairement.
Léopold CONSTANS.
1. D arrieoz (A.). — Dictionnaire étymologique de la langue gasconne,
Auch, G. Foix, !•' vol. 1899 [372 p.], 2- vol. 1901 [544 p.].
Il i a un personnage d*Alphonse Daudet qui a appris à faire tutu-
paupanea écoutant chanter le rcssignoou. M. Alcée Durrieux, avocat
à la cour d'appel de Paris, en fréquentant des « Gersois Parisiens »
182 BIBUOGRÂPHIB
a découvert que le gascon n*est autre chose que du grec ou plutôt
du celto-grec. Le latin aussi sort du grec, 6 Philaminthe, & un peu
du gascon. Pour le français, ce' n'est qu'un maleureux enfant trouvé,
bâtard du Gaulois & du Gascon, abandonné justement par ses pères,
mais qu'une insolente fortune a élevé du rang de vil patois à celui
de langue littéraire & presque nationale. Cette importante trouvaille
a valu à M. Durrieux dix ans et plus de travail et de patientes recher-
ches, qui viennent d'aboutir à deux volumes d'aspect matériel assez
avenant. Le contenu ne manque pas non plus de gaîté. Ainsi dans le
premier tome on nous démontre, en citant Tautorité d'Ammien Mar-
cellin, que les filologues & les linguistes sont des ânes bâtés. I^
second volume, dans lequel Tauteur dresse son édifice sur les démo-
litions & les ruines accumulées dans le premier, n'est pas moins
réjouissant. Le grec qu'on i lit n'est pas de Démosthène, mais d'un
avocat plus moderne : il faut bien suivre le progrès. Le « Celte »,
ah! mes amis, si vous voulez vous en faire une pinte.., voyez ce
« Celte ». Le sanskrit, M. Durrieux nous prévient qu'il n'est pas de
lui; il n'a pourtant jamais retenti sur les rives du Gange ou de
rindus; c'est une plante qui ne pouvait pousser qu'aux bords de la
Garonne. Quant aux étimologies, elles ne sont pas aussi nombreuses
qu*on aurait pu le craindre, mais pour la plupart bien gasconnes &
portant avec elles un parfum de cassoulet & de blanquette ^
II. Laurent (D.) et Hartmann (G.). — Vocabulaire étymologique de la
langue grecque & de la langue latine, Paris ^ Delagrave, 1900 [xxvin,
498 p.].
L'ouvrage de M. Durrieux, fait par un amateur sur un patois qui
n'intéresse que des amateurs & quelques spécialistes, publié chez un
éditeur de la région, ne sortira évidemment jamais du cercle des
amateurs. Loin qu'il puisse nuire â quelqu'un, ce livre est une aubaine
pour les receveurs d'enregistrement, les avocats sans causes, les
abbés, les capitaines retraités, et toute cette armée de désœuvrés à
qui l'insuffisance ou la monotonie de leurs occupations laisse en môme
temps que de nombreux loisirs un besoin d'activité qu'il faut à tout
prix satisfaire. Ils vont trouver là une mine inépuisable, & à force
de la creuser & d'i consacrer cette énergie qui ne trouvait pas à
1 Cet article était achevé quand « La terro d'oc » est venue nous
annoncer la mort d'Alcce Durrieux; nous nous associons au deuil de ses
amis en ce qui concerne l'homme; mais nous devons leur faire observer
que c'est mal servir le « savant » que d'apporter à l'appui de sa lèse
une pièce de Gharlemagne qui est du XIII' siècle.
BIBLIOGRAPHIE 183
s'employer ailleurs, ils feront d'importantes découvertes dont débor-
deront les colonnes des feuilles & des revues locales. En définitive
tout cela est bien inoffensif &, comme me le disait l'autre jour un de
mes amis qui a le travers d'être antialcooliste : « Après tout, il vaut
mieux que ces gcns-là fassent ça que d'aller au café ».
Le livre de MM. Laurent & Hartmann n*est pas dans les mêmes
conditions; il porte sur deux langues classiques, le grec & le latin, il
répond à un besoin, puisqu'il n*i a en France ni dictionnaire étimo-
logique grec ni dictionnaire étimologique latin, il parait chez un
éditeur classique, dans un format classique, avec une reliure clas-
si({ue. Or ce livre n'est qu'un ramassis de tous les rapprochements
les plus ineptes qui aient jamais été proposés par les étimologistes
les plus ignorants, les plus imbéciles ou les plus fumistes. On lit
à la p. VIII que le sanskrit, le grec et le latin « sont trois langues
sœurs » & par conséquent ne sortent pas Tun de l'autre, ce qui est
très juste ; maison voit aux p. xxi & xxii que la voyelle a (la voyelle
du sanskrit) se « dégrade » en e, o, u, û, i en grec & en latin ; que
dans les mêmes langues les gutturales se « dégradent j> en labiales,
les labiales en dentales, les dentales en liquides & en siiflantes,
& c'est toujours le sanskrit qui est le point de départ. Voulez-vous
des étimologies? p. xx >iifru en face de sk. lip\ (Sk. Z/p-, qui est
en védique rip-, signifie « oindre » et est apparenté à gr. Xjroç
« graisse » ; ^eiiru u je laisse » correspond à sk. rtc-, rinàkli « lais-
ser»); p. XXI sk. dakatam en face de lat. centum^ & p. xxiii le
même dacatam (mais avec un c) en face de viginti ! (Lat. centum cor-
respond à sk. çatàm & viginti à sk. vimçati-; dakatam ou dacatam
n'existe pas en sanskrit). Tenez-vous à sortir de la préface & de
l'introduction pour pénétrer dans le dictionnaire proprement dit?
Reprenons les mêmes mots ; Aiiroç « graisse « nous renvoie à une
racine ^Aar « mouiller », ^cittw « je laisse »> nous renvoie non plus à
Up mais à une racine ragh « sépirer » I En face de la racine ghar
vous trouvez, p. 290, yaooç u sauce », */XvÇ&) « je lave », yXuxOç « doux »,
yÀtïoç « érable », lat. cloaca « égout », dulcis « doux » , arundo
« roseau «,o/{t7a « olive », etc. En face de la racine ra^^ vous trouvez,
p. 3S6, Ky^Joç « mortier», ^iQst-jOo; « burette »,Xi3uOoç« purée »,>a;(aivû»
« creuser », \ifrfï « frange », 'A17Ç «de travers», lat. ricinus « tique»,
rugau ride », polUx « pouce », lama « bourbier », laiix « plat ï, locus
« lieu », lacema « ventre », Iuxuh « excès :^, limen « seuil », liceor
« acheter », etc. Nos lecteurs nous en voudraient de poursuivre. Ils
en ont assez pour se demander avec effroi ce que c'est que ces raci-
nes, ce que c'est que ce sanskrit, ce que c'est que ce cauchemar. Et
dire que cet ouvrage, lancé par un éditeur classiijue, va pénétrer dans
les classes supérieures de nos licées pour achever de dérouter &
i84 BIBLIOGRAPHIE
d^aûrir nos raaleureus enfants ! Dire qu*aux concours d^agrégation
les examinateurs chargés des questionà de grammaire, fîlologie &
istoire des langues, & que Ton choisit trop souvent parmi les profes-
seurs qui ont fait preuve de la plus aute incompétence en ces
matières, vont trouver dans ce ramas une source intarissable de
« colles » ingénieuses à poser aux candidats !
La publication d*un pareil livre en France & en 1900 est un scan-
dale et une action coupable ; Téditeur, qui n*en est du reste pas à
son coup dressai puisque c'est déjà chez Delagrave qu'avaient paru
les élucubrations étimologiques de Tabbé Espagnolle, mérite d^ôtre
flagellé sans réserve. Quant aux auteurs, ils n*ont qu*une excuse, une
seule, c'est que s*ils avaient fait un bon livre au lieu d*un monstre,
ils n*auraient pas trouvé pour lui d^éditeur.
Maurice Grammont.
A. MAcé. — Essai sur Suétone, Paris, Fontemoing, 1900.
Nous avons cherché en vain par où rattacher Texamen de co livre
à Tétude des langues romanes. Si du moins il contenait un chapitre
sur la langue de Suétone ! Mais même sous ce titre : La prose métri-
que et le style de Suétone, il n'y a guère que des observations,
curieuses d'ailleurs, sur sa prose métrique, et des renvois à quelques
remarques éparses sur son style. Disons donc simplement, puisqu'on
nous demande un compte rendu, en quoi Touvrage consiste. D'une
part, M. Macé épluche, avec une grande prodigalité d'hypothèses et
une prolixité effrayante, les maigres données biographiques que nous
possédons sur Suétone. De cette discussion le résultat le plus nou-
veau est que l'historien serait né neuf ans plus tôt qu'on ne Tadmettait
jusqu'ici. D'autre part, et ceci est une matière autrement riche, M. Macé
passe en revue les nombreux écrits de Suétone et essaie d'en déter-
miner la chronologie, l'objet, la valeur historique, scientifique et litté-
raire. Cette seconde partie, relativement plus brève, sinon plus
concise, et qui témoigne de même que Tautre d'une grande somme
de travail, n'épuise pourtant pas le sujet, il s'en faut. Mais elle est
plus utile, peut-être.
T.
Lbwis F. MoTT. — The Provençal Lyrlk. New- York, William R.
Jenkins,1901, in-S", 57 p.
Les Américains ont peu contribué jusqu'ici à l'étude de l'ancienne
littérature provençale. Le présent travail, écrit par un professeur
d'anglais de l'Université de New-York, a été lu devant la Société de
littérature comparée de cette ville : il n'apprendra rien de nouveau
BIBLIOGRAPHIE 185
tox provençalistes : c^st un agréable résumé des caractères de la
lyrique provençale. Quelques traductions viennent s'intercaler dans
le texte. Nous souhaitons qu'elles inspirent aux compatriotes de
Fauteur — qui ont montré tant de goût pour le provençal ~~ le désir
de connaître de près Tancienne littérature provençale.
J. Angladb.
LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT
Levi (Ugo). — I monumenti più antichi del dialetto di Chioggia,
Venezia, 1901 [84 p].
Les monuments les plus anciens du dialecte de Chioggia sont les
trois « Mariegole » di S. Nicolado dei Galafadi, di S** Croce, di San
Marco dei Calegheri. M. Levi les publie ; les deux dernières étaient
inédites. H fait suivre ces textes de leur « illustrazione glottologica »,
c'est-à-dire de tableaux où il réunit les principales particularités
fonétiques, morfologiques et sintaxiques qu'il i a remarquées. 11 ter-
mine par un glossaire.
Cette brochure n'est que la première d'une série d'études que
lauteur se propose de faire paraître sur les patois du golfe de Venise,
à savoir: celui de Chioggia, celui de Sottomarina, celui de Pelestrina,
celui de Lio Mazor et celui de Burano.
M.G.
NoHce 9ur Vahhaye de Quarante (Montpellier, Imprimerie de la
Manufacture de la Charité, 1899, in-8*, 66 p.). — Sous ce titre,
M. l'abbé Vabkb, curé de Quarante, a écrit une intéressante mono-
graphie sur une abbaye qui a eu quelque importance dans la région
narbonnaise. En s'appuyant sur des textes déjà connus ou sur de^
documents mis obligeamment à sa disposition par M. Camillb
Laporgub, il a pu refaire l'histoire de cette abbaye depuis le X* siè-
dejosqu'à la Révolution. M. Vabre prépare d'ailleurs une histoire
de Quarante depuis les origines (le village date des premiers siècles
de notre ère) jusqu'à nos jours. La plupart des documents seront
empruntés à la riche bibiothèque de M. Laforqub.
Mélanges d'étymnlogie française^ par Antoinb Thomas, professeur
de littérature du moyen âge et philologie romane à la Faculté (tome XIV
de la Bibliothèque de la Faculté des lettres de l'Université de Paris].
l»ol. gr. in- 8» : 7 francs (Félix Alcan, éditeur^.
L'auteur a réuni dans cet ouvrage 259 notices étymologiques. S'il
lui a donné le titre de Mélanges, c'est qu'aucun dessein prémédité n'a
1
l
I 8 ^ CHRONIQUE
présidé au choix des mots qu^il a étudiés. Les mots français rij sont
pas en majorité, et c^est surtout à Tancien français, à Tancien pro-
vençal et au fonds si riche de nos parlers provinciaux qu^il a demandé
les matériaux de son travail.
Le nombre des notices paraît peu considérable en comparaison de
ce que nous ignorons encore ; mais si l'on songe à la somme de recher-
ches qu'a nécessitées la moindre d'entre elles, aux précautions de
toutes sortes que doit prendre l'étymologiste pour éclairer sa marche,
on se rendra compte de l'importance de ce travail. M. Antoine
Thoicas s'est principalement appuyé dans ses recherches sur la
phonétique et sur la sémantique, qui sont inséparables de tout travail
étymologique.
Une table index des auteurs, des iudex géographique, lexicogra-
phique et grammatical terminent l'ouvrage, et, à côté de l'intérêt
qu'ils offrent, donnent la mesure de la quantité de documents
étudiés pour arriver aux résultats priseatés.
CHRONIQUE
M. Ed. Huguet, professeur de philologie à l'Université de Gaen, a
pris l'initiative très louable do la toiidition d'une Société consacrée
à l'étude des auteurs français modernes. Il nous adresse le programme
suivant, que nous nous faisons un plaisir dUnsérer et de recommander:
(( Ou sait quels services rend depuis vingt-cinq ans la Société des
anciens textes français. Une « Société des textes français modernes »
pourrait rendre des services analogues en réimprimant celles des
œuvres des quatre derniers siècles qui sont rares, coûteuses ou mal
éditées. Elle aurait surtout à publier des œuvres du XVI« siècle
et du XVII®, mais elle ne s'interdirait pas la publication de textes
plus récents.
«Elle pourrait, par exemple, faciliter beaucoup l'étude de la pénode
romantique, si elle réimprimait des poésies devenues presque introu-
vables, et des articles qu'il est souvent difficile d'aller chercher dans
le journal, la revue où ils ont paru.
« Il est impossible de dresser, dés maintenant, une liste des œuvres
que cette Société pourrait se proposer de publier. C'est la collabo-
ration des sociétaires qui établirait cette liste avec le plus de sûreté,
chacun indiquant, pour la période qu'il étudie particulièrement, les
lacunes qu'il est urgent de combler. Le principe que l'on pourrait
adopter au début serait de ne pas s'occuper des auteurs dont on peut
se procurer facilement un texte au moins passable.
« Le premier soin de la Société devrait être de donner les textes eux-
mêmes ; elle commencerait donc par publier des éditions presque sans
CHRONIQUE 187
notes, indiquant seulement, au bas de chaque page, les variantes
indispensables. La qualité essentielle de ces éditions serait d*étre
correctes et bien irapriraées. Plus tard, il serait possible d'entre-
prendre une nouvelle série de publications, et de donner des éditions
accompagnées d'études biographiques, de notes et de glossaires.
« La cotisation annuelle pourrait être de 10 francs. Les membres
deU Société recevraient gratuitement tous les volumes publiés. »
M. Eugène Rigal, professeur à la Faculté des lettres de T Univer-
sité de Montpellier, veut bien se charger de recevoir et de centraliser
les adhésions pour notre ville et pour la région de Languedoc.
M. Angelo de Gubernatis, le savant professeur italien dont le nom
Hi bien connu de nos lecteurs, nous adresse un chaleureux appel
en faveur d'une Société dont il est le fondateur, et dont le but est
» de développer la civilisation latine, de la faire mieux connaître, et de
favoriser le progrès de tous les intérêts moraux et idéaux des peuples
latins. »
La Société des Langues Romanes, dans un domaine plus circonscrit,
mais mieux délimité et plus scientifique, poursuit depuis trop long-
temps une œuvre analogue, pour ne pas encourager cette tentative
nouvelle, encore qu'elle semble un peu flottante dans son programme,
et peut-être bien ambitieuse : mais ces vastes ambitions n en sont pas
en somme moins dignes d'intérêt. Nous ne saurions donc mieux faire
que de reproduire le manifeste même de la nouvelle Société, la Società
tatina. Nous ne le traduisons pas : la langue italienne est familière
à DOS lecteurs ; ce serait trop risquer de trahir la pensée de Tauteur
que de vouloir la traduire, et d'ailleurs ce morceau de littérature cha-
leureuse et entraînante a sa valeur propre. Le voici donc dans son
texte original :
SOCIETÀ LATINA
RRSIDBNTE IN ROMA
PRR PROMUOVBRB TUTTI 6LI INTERBS8I MORAU BD IDBAU
DB*P0P0LI LATINI
Sta per fondarsi in Roma una nuova Società, che prenderà nome di
^^*^^> oggetto délia quale sarà promuovere ogni forma di attività,
ogni energia spirituale fra i popoli latini, famé conoscere gl* intenti,
le opère, gli studii, rendere più diffuse e popolari tutte le scoperte e le
nuove indagini nel campo délie letterature neo-latine, dovute a studiosi
specialisti, l'opéra meritoria dei quali è troppo ignorata, rivclare in
tutti i suoi aspetti più nobili il moto présente del genio latino, riuuire
le forze intellettuaU ad uno stesso scopo civile, al nsorgimento con-
8a[>€vole délia nostra gente.
La Società verra regolarmente constituita e incomincierà, coadiuvata
da un autorcvole Consiglio, i suoi lavori, appena n^i saranno pervenute,
dalle varie regioni italiane e dalle varie nazioni latine, come dai cul-
i
188 CHRONIQUE
tori délie lingue neo-latine di ogni paese, non meno di trecento ade-
sioni di soci che avranno nome di fondatori e promotori.
Ho buona fîducia che, dentro il gonnaio, si possa dare principio ai
lavori délia Società, la quale non si propone già, in alcun modo, e mi
preme di avvertirlo subito, di osteggiare» suscitando contre di essa
sentimenti ostili, alcnn'altra razza civile, ma solamente coordinare
tutte le forze latine ai più alti scopi ideali, rendeme piu armonico il
lavoro, dare un accento più vivo ad ogni loro affermazione artistica,
letterana e scientifica.
Se dalla Francia giungono già a noi desiderate, sollecite e frequenti
notizie (e, per mezzo délia Società Latina, si faranno anche più copiose
e vivaci) lo stesso non avviene per Topera intellettuale e civile che si
compie, lentamente e più oscuramente, in altri paesi latini, la Spagna
ed il Portogallo, il Belgio e la Svizzera romanza, i Grigioni e la Sviz-
zera italiana, le regioni italiane deirimpero austriaco e la Remania,
lontana, ma pure congiunta airitHlia e specialmente a Roma, l'aima
Mater, con strettissimi vincoli d^afTetto, e finaltnente, in tutta TAmerica
Latina, dove già tanta parte dltalia si è versata, tanto nuovo popolo
latino sorge operoso e féconde a nuova civiltà.
La Società attenderà specialmente alKopera sua, civile e pacifica,
per mezzo di un periodico quindicinale, che s*intitolerà Cronache délia
Civiltà Latina, e con Taiuto di conferenze che si terranno, almeno una
vol ta al mese, in Roma dal primo gennaio alla fine di giugno d*ogni
anno, per diffbndere meglio e più largamente la conoscenza délie cose
latine, promuovendo, inoltre, seconde i mezzi di cui la nuova Società
potrà disporre, tutte le più gentili e più nobili manifestazioni delPidea
latina.
Le Cronache si publicheranno in lingua italiana; ma vi s^accoglie-
ranno pure note in lingua latina, francese, provenzale e spagnuola,
quando alcuno de' collaboratori latini non possa servirsi délia lingua
italiana; una parte délie Cronache riguarderà il monde antico latino,
un^altra parte il monde neo-latino, e la terza, in modo più largo e
necessariamente più vivo, il monde latino moderne europeo ed ameri-
cane.
Tutti i Soci fondatori e promotori, avranno diiitto di ricevere gra-
tuitamente le Cronache délia Civiltà Latina e di assistere pure gra-
tuitamente aile conferenze che saranno tenute in una sala da destinarsi
in Roma ; altre potrà promuoverne essa stessa in altre città italiane
e straniere, dove si fonderanno puie speciali sezioni corrispondenti
délia Società Latima résidente in Roma, quando ogni sezione possa
con tare su venti soci.
Un Consiglio composte di uomini eminenti, scelti fra i più cospicui
uomini di scienza, tra gli uomini politici e diplomatici residenti in
CttRÔNÏQtîÊ lèô
Roma, cbe sentono più fortemente la latinità e il bUogno di stringere
i îincoli délie varie società latiue, si riunirà ogni mese in Roroa, e
veglierà al buon andamento délia Società.
Ogni socio fondatore e promotore pagherà, d*anoo in anno, senz'altii
obblighi ed impegoi, dieci lire, al rîcevimento del primo fascicolo di
ogni aimata délie Cronaehe,
Tali 80D0 le basi fonda mentali sopra le quali la nuova Società
iotende ordinarsi. lo non dubito che quanti, anche non latini, amano
Ugloria latina, quanti mirano ad espandere, non già Timpero mate-
riale latino, ma Tefficacia dell'opera géniale e civile del genio latino
nel mondo, godranno ci trovarsi associati in un'opera, la quale ren-
derà meglio manifesta, e, in modo costante e simpatico, a ciascuno
di Doi la virtù latina, e contribuendo pure ad allargarne in noi la
coscienza, ringagliardirà la nostra fibra, non ancora dégénère, né
infiacchtta, e la renderà forse più capace di opère gagliarde e di nuovi
lieti portenti.
Anqblo Db Gubbrnatis.
A ce noble manifeste est jointe une formule d^adhésion dont voie
la traduction : « Le soussigné, avant pris connaissance du premier
manifeste par lequel est annoncée la constitution d*une Società Latina,
déclare qu'il désire collaborer à ses intentions, aux conditions ci-
dessus décrites, et demande à être inscrit au nombre des membres
fondateurs et promoteurs. »
Les noms des trois cents premiers membres fondateurs et promo-
teurs seront publiés dans le premier fascicule de OrorutcJie,
La Société des Langues Komanes se chargera volontiers de trans-
mettre à M. de Gubernatis les noms, s*il s'en trouve, des adhérents
montpelliérains et languedociens de la Società Latina, On peut les
adresser directement à M. le professeur de Gubernatis, via san
Martino al Macao, 1 1 , Rome.
*
Le Litleraturblatt fur germanische und romanische Philologie de
novembre 1901 contient un intéressant article du professeur K. Sachs,
tor quelques publications provençales nouvelles ^ M. S. compare les
rerendications félibréennes aux revendications des Flamands pour se
•OQstraire « an joug du Français » en Belgique. La comparaison est
plutôt défectueuse. La question flamingante a pris un caractère poli-
tique,— et par certains côtés international — que n*a jamais eu laques-
tion félibréenne. 11 est aussi quelque peu exagéré de dire du livre de
M. Gaston Jourdanne (Histoire du Fèlihrige) qu'il est sehr oft hôchst
vnzuverlâssig ; les félibres de Cannes qui Tout assuré à M. K. Sacha
' Ârmann Prouvertçau , Armana Manihès^ Reglamen de VEscolo de
^'in^ etc.
1^0 CHUONÏQOK
ont parlé en Méridionaux : et puis il y a peut-être par là-bas quelques
petites chapelles
A noter çà et là quelques inexactitudes : Antonin Pbrbos est mécon-
naissable (c. 382) sous la forme Anlonius Ferbosc. Les separaUs»
iiche Beslrebungen signalées c. 382 n*exi8tent que dans rimagination
des étrangers. Félix Gras est mort et V Aïoli a cessé de paraître.
Quelques Montpelliérains apprendront avec plaisir — d'après le
môme article — que VAube Méridionale paraît à Montpellier, 10, rue
du Four-Saint-Eloi.
♦ •
Nos lecteurs connaissent le beau Libre nouvial dans lequel M. La-
forgue a réuni les hommages adressés à sa fîlle, M™<^ la vicomtesse
d'Armagnac, lors de son mariage. Une publication analogue doit con-
sacrer le souvenir du mariage de la seconde fille de M. Laforgue
avec M. le baron de Rivières. Nos lecteurs nous saurons gré de leur
donner la primeur de quelques aimables vers en provençal du XII*
siècle adressés aux nouveaux époux par M. le professeur l^opold
Constans, de TUniversité d*Aix-Marseille :
Pour les nooes de H. le baron de RIVltlBS
et de H»* Marie LAFOB&UB
AS BELS NOVIS
Amors vola en lonc, en lare,
Per Taire suau qu'encan ta,
Pois 8*en yen dreit a Quaranta.
Sobtan a bandât son arc :
La sageta d'aur isnela
leis e vola coma vent
E fier el cor la donzela
E lo donzel avinent.
Sotz un albespin en flor,
Lo rossinholet salvage
Ganta dcdinz lo boscatge
I^ triomphe de TAmor :
leu al névi, a la novieta,
Pel dolz liam estreit liguatz,
Man mon vot a votz discreta :
« Bon aûr, joi e solatz ! »
AUX NOUVEAUX ÉPOUX
L* Amour vole de çà, de là, — dans Tair doux et enchanteur, — puis
s'en vient droit à Quarante. — Tout à coup, il a bandé son arc: — la
CÏÏRONIÛUË loi
flèche d'or agile — part et vole (rapide) comme le vent — et frappe au
cœur la jeune fille — et le jeune homme charmant.
Sons une aubépine en fleur, — le rossignol solitaire — chante dans
le bois — le triomphe de l'Amour : — et moi à l'époux, à la jeune épouse,
— par le doux lien étroitement liés, — j'envoie discrètement mes vœux :
— « Bonheur, joie et reconfort I »
Léopold CONSTANS.
I^ ville d'Asti se prépare à célébrer le centenaire de la mort
du poète Alfieri, au mois d'octobre 1903. Dès à présent, elle a con-
stitué un Comité d'honneur dont la présidence a été offerte au plus
grand poète italien vivant, Giosué Carducci. Caiducci Ta acceptée par
ce télégramme lapidaire: « Troppo grande onore mainsieme è dovere.
AsU commémorera degnamente chi colP Allighieri e il Macchiavelli
ë il nume indigete d* Italia». Par une délicate attention de la patrie
d'Alfieri à l'égard de la ville de Montpellier, à qui sont parvenues tant
de reliques du poète, le maire de Montpellier a été nommé membre de
ce Comité d'honneur. Et Ton a fait à deux érudita français, M. Charles
Dejob et M. Léon-G. Pélissier, l'honneur de les inscrire aussi dans
ce comité, composé d'ailleurs exclusivement d'Italiens. Ils y rencon-
treront le ministre de l'Instruction publique italienne, le maire de
Florence, M. Villa, président de la Chambre des députés, les séna-
teurs Saracco, ViscontiVenosta, Borgnini, l'ancien ministre Boselli,
MM. Médici, Ottolenghi, Giovanelli, de Gubernatis, et l'éditeur de la
vie d'Alfieri, le professeur Emilio Teza. On sait que M. Dejob est
l'infatigable président de la Société des études italiennes, et que
M. Pélissier s'occupe depuis longtemps de l'étude des relations
d'Alfieii et de la comtesse d^Albany avec les artistes et les lettrés
de leur temps, et de la publication des mannscrits inédits du fonds
Alfieri à la Bibliothèque municipale de Montpellier.
• «
Nous avons le plaisir d*annoncer à nos lecteurs et confrères que
l'Académie des Sciences, Belles- Lettres et Arts de Besançon vient
de décerner le prix Xavier-Mannier à notre éminent collaborateur et
excellent ami, M. Maurice Grammont, professeur à la Faculté des
Uttres de Montpellier, ancien président de la Société des Langues
Romanes, pour son livre sur le Patois de la Franche- Montagne et en
particulier de Damprichard ( Franche- Comté) ,
• •
LB MOIS DE « deloir » (décembre)
Dans un de nos précédents numéros nous avions reproduit, d^une
manière trop brève, la note présentée par M. A. Thomas à TAcadémie
des Inscriptions et Belles- Lettres. Cette note se trouve reproduite
dans la Bibliothèque de l'Ecole des Charles (juillet-août 1901).
pp. 349-355. Natalia de Wailly, à la suite de Barbazan et de Roque-
fort, voulait qno Ton écrivît de Voir (= de l'héritier, du Fils de Dieu).
Bourquelot avait déjà fait reraarqu'^r qu'on trouve généralement la
1^^ CfiROKlQUB
formole de deloir, M. Thomas cite d*aatre8 exemples, français et pro-
vençaux, où le mot deloir, delors, daler es précédé de de. Phonéti-
quement, le mot ne peut venir que de * delérus pour delirus. Pour
calmer les scrupules de la sémantique, M. Th. suppose ingénieuse-
ment qull y aurait là un souvenir du mois des Saturnales. (Notons
que la graphie delerus, deleirui existe en ancien latin, cf. Georges,
LcU. Wb. s. u.)
• •
Dans le même numéro de la Bibliotkèqve de VÉcole des Charieê^
M. LÉOPOLD Dbuslb publie une notice (accompagnée d^extraits) sur
un manuscrit récemment entré au Musée Condé (Chantilly) et conte-
nant le Livre Royal de Jean de Chavenges. L^auteur parait être un
clerc champenois et le poème a été écrit dans la première moitié du
XIV» siècle.
*
La Revue FoKiziBNNB a publié dans son numéro de décembre
1901, une intéressante étude félibréenne, intitulée Lee epeclaclee de
VéU : à Pompadour; Félihrxge et Théâtre.
Le pseudonyme Aimkric des Milubrbs cache un nom bien connu
des lecteurs de Lemouzi ,
* •
Analogie. Elle continue à s'exercer dans la langue française,
chacun le sait. Voici une de ses dernières créations : « Les impurs
s'empaièrant de TEgypte entière, et Pharaon ne reconquérit son
royaume qu'après treize ans écoulés». (Journal des Débats, l'*" jan-
vier 1902, feuilleton col. 3), signé : G. Maspero.
• «
Le Congrès des Sociétés savantes en 1900. — Sous ce
titre, M. Gabriel Haon vient de publier (Alais, imprimerie J. Brabo),
un compte rendu des principales communications intéressant le Midi.
Le Gérant re^Hmsable: P. HameuK.
REFRAINS INÉDITS DU XIII* SIÈCLE
On entend par «refrains» dans notre ancienne poésie lyri-
que, de très courts morceaux^ empruntés, comme j'ai essayé
de le démontrer ailleurs', à des rondets ou chansons à danser.
La plupart de ces refrains ne présentent pas un grand intérêt :
beaucoup ne sont que de banales effusions ou protestations
«l'amour, insignifiantes broderies sur un canevas bien usé.
Mais il en est quelques-uns en revanche qui se rattachent à
des thèmes populaires, trop dédaignés des poètes « courtois »,
et sont ainsi le dernier écho d'une poésie naïve et simple,
perdue sans retour. C'en est assez pour rendre le genre tout
entier digne de notre attention ; il serait fort désirable qu'on
eD réunit tous les spécimens connus dans un recueil, où il
Dj aurait pas, sans doute, que des perles, mais où on trouve-
rait au moins quelques perles d'un rare éclat, et la variété
de ce recueil contrasterait heureusement avec la lamentable
monotonie des collections de chansons.
En attendant l'apparition de ce Corpus, et pour en faciliter
la préparation, il y a intérêt à publier tous les refrains que
Ton rencontre çà et là. Ceux que je donne ici ont tous été
recueillis dans les chansonniers décrits par M. G. Raynaud *.
Ça été, on le sait, une mode dans tout le cours du XIII* siè-
cle de term iner les couplets de chansons par des refrains ; les
chansons de cette sorte sont plus nombreuses qu'on ne l'avait
cra au premier abord '. C'est d'elles que proviennent tous les
refrains ici publiés, et tous appartiennent à des chansons
inédites. Ils sont loin pourtant d'être tous inédits, car un
' hn Origines de la Poésie lyrique en France^ première partie, ch. V.
•Dans son excellente ^iWio^rapAie, dont je conserve naturellement les
sigles.
U'ai déjà publié (Origines^ p. 102, n. 2) une série d'additions à la liste
de M. Raynaud ; on verra que je n'avais pas réussi alors à être tout à
fût complet.
XLVi. — Mai 1902. 13
191 REFRAINS INEDITS DU Xlll** SIECLE
grand nombre se retrouvent ailleurs ; c*est seulement la leçon
ici publiée qui a droit à cette épithète et c*est en ce sens qu*il
faut entendre le titre inscrit en tête de ces lignes *.
A. Jbânrot.
No 145. Texte de Pb' 163; pas de variante notable dans Pb<< 126.
1 . Ce seroit folie se je n'amoie,
2. Car de bien aner me vient ma granz joie.
3. Adôs, adès servirai
Bone amor tant con vivrai.
4. On doit bien mieus valoir de bêle dame amer.
5. For Dieu, car m'amez, bêle très douce amie :
Ja vos aim je plus que nule rienz qui soit.
6. De par moi 11 diras ceste chançon : « Cornus,
Quant bone amors faudra, li siècle iert perdus » .
II
NO 150. Texte de Pb '» 107; var. de BM5.
1. For vos grief do^our sent, belle douce amie.
2. Li très dous malz m*ocit, que ne m'i lait durer.
3. Dame, merci, que la mort sent
Se de moi pitiet ne vos prant.
4. Sabochete vermoillette m*amis en prixon.
5. Je Tam sens repentir : jai ne m'en partirai.
2. B^ ki ne me. — 5 manque dans Pb ''.
III
N* 839. Texte de Pb ^ 127 ; var. de Pb» 24 et R* 73.
1 . S'ele me voloit amer, je n*averoie mal.
* Dans cette publication fragmentaire, il ne m'a pas paru nécessaire
de comparer cette leçon aux autres déjà publiées, ni même d'y renvoyer.
Elle est critique dans ce sens seulement que j'essaie de retrouTer par la
comparaison des mss. la leçon du refrain qu'a voulu citer l'auteur de la
chanson. — Quelques-unes des variantes ici publiées ont été recueillies
par mes amis H. Guy et H. Teulié, que je tiens à remercier ici de leur
obligeance.
REFRAINS INEDITS DU XIII* SIECLE 195
2. Ma dame me garira
De mes maus quant li plaira.
3. Adès désir a veoir
Cele qui me fet doloir.
4. De bone volenté la serf sans repentir.
5. Vilaines gens, vos ne les sentez mie,
Les douz malz que je sent.
6. Ne vosrepentez mie de loiaument amer.
1. Pb*' n'aroie. — 2. R^quele bien me garira de chest mal q. 1.
p. — 4. R* j'atendrai de bon gré merchi. — 5. R* donne ici le refrain
4 : en b. v. «te. — 6. manque dans R*.
IV
N« 1240. Texte de Pb^ 176 ; var. de P* 206. Pb », 99, Pb« 95,
Pb"176.
. J ai, j ai
Amoretes au cuer qui me tienent gai.
2. A la plus saverousete delmont ai mon cuer doné.
3. Amouretes ai
Jolietes, s'amerai.
4 Tout le cuer me rit de joie quant la voi.
1. Pb* jai jai jai; Pb*« ki tiegnent. — 2. Pb"ka la p, — 3. P
Pb« jolivetes. — 4 manque dans Pb' et Pb ".
N« 157. Texte de P' 328 ; var. de Pb* 157, Pb« 190, Pb»' 206.
[ 1. Nus ne set qu*est biens s'il n*aime
Ou s'il n*a amé.
2. A la plus savoreusete
Del mont ai mon cuer doné.
3. J'ai, j'ai amoretes au cuer
Qui me tienent gai.
4. Mesdisanz crèveront,
Ja ne savront
La joie que j*ai.
5. Hé bêle très douce amie, aiez de moi merci !
1
196 REFRAINS INEDITS DU XIII* SIÈCLE
6. Je ne vivrai mie longuemeDi ensi.
3. Pb * amorestes. — 4. Pb * mesdisant —6. Ce refrain et le cou^
plet qui le précède ne se trouvent que dans Pb *.
VI
No 803. Texte de Pb » 36 ; var. de Pb » 167.
1 . Amoretes ai
Jolietes, 8*amerai.
2. N'i osaler, s'i envoi an très doue pensé.
3. Je proie Amors que nus n^ait amie
S'il ne la désert.
4. Ma loiaus pensée tient mon cuer joli.
5. Hareu ! je muir d'amouretes !
Bians dous cuers, alegiés m'ent !
6. Je senc amouretes au cuer nuit et jour.
2. envois . — 3. si ne.
VII
N* 391. Texte de Pb " 220 ; var. de Pb ♦ 162 et Pb • 182.
1. Vos le lerez, lerez, Tamer,
Mais je nel lerai mie.
2. J'aim trop melz que ne soloie
S'en sai mon cuer meilleur gré.
3. Hé Dex, li dous Dex, con s'amor m'atalenie !
4. Mes cuers s^iert sans fausiser
Celé a qui mes fins cuers bee ;
Me puet bien joie doner.
5. Or oies, que volez vos?
Ne me puis tenir d'amer.
1. lerez lerer] Pb *' lerez lelez; nel lerai] Pb « Pb" nen 1. ; Pb *
nen leré. — 2. melz] Pb * meuz ; gré manqtLe Pb *. — 3. Li dous dex
manque Pb *. — 5. Pb *, Pb « oés ;puis] Pb * pu.
VIII
N<» 444. Texte de Pb ^ 152 ; var. de R » 74.
1. Siie Dex, cornent dure
REFRAINS INEDITS DU XIU® SIECLE J97
Fins cuers qui n^aime par atnors ?
2. La joie qu'aient de li
Me tient mignot et joli.
3. Toz li cuers me rit de joie quant la voi.
4. Ne ja ne m'en départirai,
Ains la servirai
Tant que merci troverai.
2. R * mi tient — 3 manque R ^
IX
N*> 452. Texte de Pb » 76 (ms. unique).
Je les sent, Dex, je les sent,
Les mius d'amer doucement.
Ce même refrain est répété après tous les autres couplets.
N« 459. Texte de Pb " 230 ; vap. de ?• 353 et Pb M71.
1 . En non Dieu, ce sont amors
Qui dient : n Merci avrés. »
2. D* amors vient toute ma joliveté.
3 . De debonairetez vient amors .
4 . Diex, je n'i os aler : avrai je ja merci ?
5. Ma dame a qui je sui, souveigrne vos de moi.
C Héy amors, très douces amors,
Coment me partirai je de vos ?
1 . en] Pb *' e ; dient] dans Pb * di a été ajouté après coup en marge;
P» dien. — 2. vient manque Pb". — 3. Pb * debonaireté. — 5. Pb *
soviengne. — 6. Pb * c. départirai je.
XI
N» 503. Texte de Pb» 120 ; var. de Pb " 120.
1 . Autrement n'os a vous parler
Fors qu'en chantant : merci vous quier.
2. Je ne sai si loing aler
Que vous puisse entr'oublier.
198 REFRAINS INÉDITS DU XI11« SIECLE
3. Ce m'ocit que je ne vous voi
Plus sovent, doce amie.
4. Dame de an cuer amee, merci!
5. Dame, amer ne porroie
Nule autre que je voie.
2. Pb ' que je vous. — 3. Pb " ke je ne.
XII
Nû 548. Texte de Pb " 208 ; var. de P* 331, Pb* 159, Pb » 120,
Pb« 135.
1 . Li ires douz chans des oiselons
Me fait a bone amor penser.
2. A ma dame servir ai mis mon cuer et moi.
3. Grant joie a mes cuers quant je pens a li.
4. A qui les donrai je donc
Mes amoretes, s'a vos non ?
5. Nuz ne doit lez le bois aler
Sans sa conpaignete.
1 . Pb *, Pb *, Pb ^ oiseillons. . . rai ; Pb ^ en bone a. — 4. Pb * donré.
— 5. Pb * ne doit les beax bois passer.
XIII
N*» 672. Texte de Pb» 91 ; var. de P« 166, Pb*^ 90, Pb»Mll.
1 . Ja por mesdisanz ne lalrai Tamer.
2. La bêle qui mon cuer a me tient joli.
3. Ënsi me confort Amors con je Faing leaument.
4. Dame, merci ! Vos m'ociez.
5. La bêle m*ocit : Dex ! qui m'en garira ?
1. Pb ** ne lerai a amer. — 3. Pb '* conme Pb •, Pb ** loiaument.—
5. Pb * diex manque ; me.
XIV
N» 806. Texte de Pb * 101 ; var. de P' 210, Pb« 126.
1. Hé Dex, verai Dex, n'i porrai durer.
2. Dex, la re verre je ja
REPRAmS INEDITS DU XIU* SIECLE
Celé qui tout mon oaer a T
ne sui ge pas,
e ja, D'onques ne fui.
Pb* 156; var. de Pb ■■ 148. La rubrique parte
3omine le dit M. Rayaaud, Adam de Givtnci.
T03 de moi, bêla :
s ja s'a vos non.
z sa merci désir, pluz e^turueus envers moi.
:op tointainne n'atetit nul confort.
amors me faudront que j'ai,
amerai.
aignoit amer, je n'averoia mal.
Pb' 120; var. de Pb* 156, Pb" 211.
plaisant bronete ai tôt mon cuer mis.
lele, la blonde, la sage,
uer It ai do né.
onez moi de mes fines amors joie,
mant conme grant meatier en ai.
)ansee tient mon cuer joli.
pooir, fors ma douce amie
dolour que j'aie alegier.
lucele ; tôt manque. — 2. Pb' je li ai mon cuer
n. c. donné. — 3. Pb* vrais diex dounéa moi de
vraiement con ja rn. e. a. (ce rirait dam Pb*
veraioioeut; Pb" si veraiornent. — i. Ce refrain
put S. — 5. Pb' a ma dolour alegiei- (avant ce
ferit d'abord raao, débvt de rasongier, qu'il a
•ré ; au lieu de ce refrain Pb' itiinne U luiuaiii : iît
m'ocirrés se vous voléa.
198 REFRAINS INEDITS DU XI11« SIECLE
3. Ce m'ocit que je ne vous voi
Plus sovent, doce amie.
4. Dame de fin cuer amee, merci !
5. Dame, amer ne porroie
Nule autre que je voie.
2. Pb ^ que je vous. — 3. Pb " ke je ne.
XII
N* 548. Texte de Pb " 208 ; var. de P- 331, Pb* 159, Pb » 120,
Pb« 135.
1 . Li très douz chans des oiselons
Me fait a bone amor penser.
2. A ma dame servir ai mis mon cuer et moi.
3. Grant joie a mes cuers quant je pens a li .
4. A qui les donrai je donc
Mes amoretes, s*a vos non ?
5. Nuz ne doit lez le bois aler
Sans sa conpaignete.
1 . Pb *, Pb *, Pb • oiseillons. . . m i ; Pb ^ en bone a. — 4. Pb ' donré.
— 5. Pb * ne doit les beax bois passer.
XIII
N» 672. Texte de Pb» 91 ; var. de P- 166, Pb*^ 90, Pb'» 111.
1 . Ja por mesdisanz ne lairai Tamer.
2. La bêle qui mon cuer a me tient joli.
3. Ensi me confort Amors con je Taing leaument.
4. Dame, merci ! Vos m'ociez.
5. La bêle m'ocit : Dex ! qui m*en garira ?
1. Pb ** ne lerai a amer. — 3. Pb ** conrae Pb •, Pb '* loiaument. —
5. Pb * diex manque ; me.
XIV
N» 806. Texte de Pb * 101 ; var. de P- 210, Pb« 126.
1. Hé Dex, verai Dex, n'i porrai durer.
2. Dex, la reverré je ja
RBFRAINS INEDITS DD Xœ" SÈCLl
Celé qai tout mon coer a?
3. Sanz aminé sui ge pas.
Non we jo ja, u'ooqnes ne foi.
. Pb • ho dex, be 6ex, ni pais 4 — 3. Pi * ttia t=
N« 912. Texte de Pb* 156; nr. de Pb ° )«-.
lire Adam et dod, comme le dit M. lUTaaaJ. A6
1. Soviegne vos de moi, bêle:
Ju DQ pena ja s'a vos d-jo.
2. Quant plui sa aiîrr. lesir, p'.az e-t ;r=
3. D'amorstrop ioiataoa-î n'ite^t au. e-,
4. Quant ces amo.-a mt £a.; :r:>n: qae .~~a:
Ja mais n'amerai.
5. S'ele me daignoit as^r. ;i z'x'sr.'.e =
4. ja mais] Pb"ja poU.
N° 979. Texte de Pb'- 120 ; .ir. ùt ?
1 . En simple plaisant bras.*'^ t
2. J'aing la bêle, lablonjf. a
Tôt mon cuer li ai don^.
3. Hé Dex, donez moi de m^ i
Ausi vraiemant conise zi'.'.
4. Ma leaua pansée tient moz ;
5. Nos n'i a pooir, fors ma a:i
A la grant dolonr qae j'ai^ a
I . Pb* pleiaaDt douceLe ; tôt wkiaf**.
donné ; Pb" si li ai m. c. dinnê. — 3. ?
mes amauretez j. îasi vraiera^at ti-i ;« ■=
tuilUeoupkl4).Pb^'/er3iemeat: P- " i.
dan* Fb* suit le coupUl 3. — 5. Pb' *
mot, le Kribe atxtit écrit iahord ra*>,
entuite légèrement harri ; au lia de '.e i^Jr
d'juce baUelete, vous m'ocirré* »e tj^ i
201 REFKAINS INEDITS DU XIII* SIECLE
5. Or me fet apercevoir
Por poi het qui n'aime mie.
4. qua d.
XXVIII
NO 1820. Texte de P* 172; var. de Pb^ 82, Pb« 98, Pb '^ 46, Pb "
123.
1 . Je sui le mains amez du mont
Et ain plus que tuit cil qui sont.
2. Gardez bien vos amoretes,
Les moies m'ont mort.
3. Vous avez mon cuer et j'ai vostre amor
En ma prison.
4. Dex! qui set pour coi il trrenchace?
Di je donc, faz je donc chose qu'autre ne face?
5. Dex! de mon cuer n'ai mie,
Ainz l'a ma douce amie.
1. ain] Pb^j*aim, Pb*^ et «i aing. — 2. Pb* gardez vos bien d'à.
— 3 il] P* el ; Pb *, Pb «* me chace. — 5. manque Pb »».
XXIX
N» 1852. Texte de Pb'' 190 (ms. unique).
1 . Eu non Dieu, je m'en dueil et débris d'amer.
2, Li vers glaiolais m'a tolu mon ami.
2. et li v.
XXX
N° 1895. Texte de Pb» 107 (ms. unique).
1 . Elle m'i tient, en sa prison ;
Quant li plaira, si m'ochirra.
2. M'a trop... li malz d'araours
Dont ja mon cuer ne partira.
3. En bien amer ai mon cuer mis :
Son plaisir la belle en fera.
4. Dame, com uns amans vous pri :
Aligiez moi ma dolour.
REFRAINS INÉDITS DU XIIl*» SIÈCLE 205
5. En vous ai je tout mon confort:
Quant vous plaira, j*avrai merci.
2. Pa$ de lacune indiquée; mpp. navré (?).
XXXI
N« 1896. Texte de Pb« 122; var. de Pb "121.
1 . S'onques nus bon morut por bien amer,
Dont ne vivrai je mie.
2. J*aim cele qui pas ne m'aimme,
N'est pas cisgieus drois partis.
2. Pb" j'aim celi. Dans Pb ', comme souvent dans ce m«., un blanc
a été laissé pour des couplets qui n*ont pas été copiés,
XXXII
N« 1943. Texte de Pb « 125 ; var. de Pb* 100 et P- 209.
1 . J*oi le rosignol seur l'arbre âori
Joie mener.
2. Cele qui j'ai m'amor donée
Tient mon cuer joli.
3. En non Dieu, ce sont amors, — autre mal né, —
Qui me sont parmi les euz el cuer entré.
. J ai, j ai
Amoretes au cuer qui me tienent gai.
5. Dex, tolez moi quanque je ai,
Si me rendez m'amie.
1. Pb * sor Tabre ; P» Pb « fueilli. — 3. Pb ♦ touz maus me font
am. a. m. n. etc, — 5. Pb* si men.
XXXIII
N« 1963. Texte de Pb • 3 (ms. unique).
1. Se j*ai amé, j'ai choisi
Del mont la plus bêle.
2. Puis que Diex fait de mon fin cuer sa chambre,
Joie en ai grant, com raison le comande,
3 Ja n'i vol cui je doie amer, fors une.
206 REFRAINS INEDITS DU XIII* SIEGCE
4. Se de lui ne me vient joie,
D*aQtrui ne la quier avoir.
5. Ne vous repentez mie de ceste dame.
XXXIV
No 1975. Texte de B * 183 ; var. de Pb«« 140. Un couplet déjà im-
primé dans Hist. lia., XXIII, 826.
1 . Mes amors et les vos ne départiront mie.
2. Jai par longue demoree
N'iert âne amor obliee.
3. Je ne me plaing pais des mais ki m'ont greveit
Porla grant joie ou je bel.
4. Ki loiaulment sert s^amie.
Bien li doit sa joie doubler.
5. J*ai bien assise m' amor,
K'elle est a ma devise.
1. Pb "et] ne. — 3. ki] B^ si. — 5. Pb*^ja se bien mis mes amors
ke sont a m. d. — Les couplets 2, 3, 4 manquent dans Pb", ttmim
en revanche ce ms. en contient un autre, écrit postérieurement^ dont
voici le refrain: Deus ains {corr. doint) ke j'aie s'amor : s'iert
majoieacomplie.
XXXV
N® 2035. Texte de B * 47 (ms. unique) ; le ms. de Sienne, qui con-
tiendrait aussi cette chanson, selon M. Raynaud, donne (fol. 36) une
autre pièce, dont le premier vers est identique.
1 . Souffrir Testuet et endureir
Ki joie veult de bone amour.
2. Je ne m'i puis conforteir
Por jueir ne por chanteir,
Si me tient li mais d*ameir.
3. (Manqué),
4. Hé, très doulces amoretes, a tort m*ocieis.
REFRAINS INEDITS DU Xlll» SIECLE 207
XXXVI
N» 2039. Texte de Pb " 102 (ms. unique).
2. Alegiez moi, dame, les maus que j'ai.
4. Ne bien ne me puet venir
Ne joie, se n'est par li.
Ne d'autre n'en quier avoir.
Les couplets 1 et 3 ne sont pas nuivis de refrains.
4. Ce refrain est altéré; voy. une forme plus correcte au n° XXXIII,
nç/r. 4.
XXXVII
N'» 2064. Texte de Pb " 231 ; var. de ?• 356 et Pb * 173.
1 . J'ai trové loiaus amoretes
Jolietes
For amer.
2. Hé, Dex, verrai je ja le jor
Que soie amis?
3. Ma loial pensée tient mon cuer joli.
4. Hé amors, très douces amors,
Coment me partirai je de vos?
5. Hé, biaus cuers dous, a vos sont mi pensé.
1. je manque Pb *. — 5. Pb * en vos.
XXXVIII
N« 2072. Texte de B* 21 (ms. unique).
1. K' en ferai?
C'est la ans, coi ke nuls die,
J'amerai.
2. S'amor sospris m'ait, elais,
Jai cist mais ne me lairait.
3. Bien fussiés vous onkes née,
Gentils damoiselle !
4. Loiaul amor ai trovee,
Ne m'en pertirait riens née.
1. coi] ms. caie.
CORRECTIONS
A QUELQUES TEXTES PRÉCÉDEMMENT PUBLIÉS
[Revue, XXXIX. pp. 241-68 et XL, pp. 35M7}
Je dois la plupart de ces corrections à l'obligeance de
MM, G. Paris et A. Mussafia. tjuî me les ont envoyées par
lettre ; j'en emprunte quelques autres à un compte rendu Je
M. P. Mejer {Ramania, XXIX, p. IjOI). Les auteurs sont
désignés par leurs initiales.
T0M8 XXXIX (CHANSONS IHBDITBS DD UAMUSCRIT DE MODÈNE)
P , 245, n° I , V. 3 : mis] corr. Guis (?) [G. P.)
— — 18, V. 4 : rien à corriger; « foisonner ■> = suffire, être de
force i résisler (G. P.)
— — 20, V. 7: les] corr. la. (G. P.)
P. 247, note, ligne 5; au lieu de encorm'en met, lire en çoum'entien:
ligne 7, au lien de reprtnl, soupenl.
P. 248, n° 1, V. 18: lire »e »w (= nel. ne H) di. — Dirai Uf Non.
(G. P. et A. M.)
— — v.Z\:nevoiq\iTeneno»(ma.MUO»).iQ.P.)
P. 250, a" II, V. 41 : faiioitnet; lire probablement fai»nitm». [G. P.)
_ _ — 44: m] conservera. (A. M.)
P. 251, n" III, V. 13et 14: point-viiguie apréa ces deux vers. [0. P.)
— — V. 20 : la lacune est aprùa ce vers, non api'ès le vers 21 .
(G. P.)
.35:poranior<] corr. de cutr vrai (l) (G. P.)
', V. 5t effacer les deux points. (G. P.}
■. 9: en «'] lire *i en. (G. P. et A. M.)
■. 17: deui points à la fin du vers. (G. P.)
-.22: b-icierê tlfau»] lire tricieres fa»is (G. P.)
',23; conserver torfcua (tortotuij. (A. M.)
CORRECTIONS 209
P. 233, !!• V, V. 16: La vie u] lire la ujo. (Q. P. et A. M.)
— — V. 21 ; m'amorà] lire ma mors, (G. P.)
— — V. 22: remaiêt] corr. renaiêt, (G. P.)
P. 254, n° VI, V. 2: content] corr. cante. (G. P.)
P. 255, n« VII, V. 9: êon'] corr. sans, (G. P.)
P. 256, n® VIII, V. 32; conserver la leçon du ms. (G. P. et A. M.)
^ — V. 38 : q'en] corr. me.
P. 257, n» IX, V. 16: va] corr. fait. (G. P.)
^ — y. 20: grand] lire grant
P. 258, n« IX, V.36: ^raiw] lire grant. (G. P.)
— — V.39: talanz] lire totoni. (G. P.)
P. 259, n'> X, V. 18: n'est] m'est.
— — v.29:m[y«]. (A. M.)
P. 263, n* XII, V. 35: dites] corr. di bien. (G. P.)
— — y 36: guardez} corr. g uarde. (G- P.)
P.264,n«XIII, V.22: /•] corr. si. (G. P.)
— — V. 24 :^rtfn/] corr. ^«»<. (G. P.)
— — V. 26: mot] corr. met. (G. P.)
P. 265, n* XIII, dernier couplet : point après 35, point d'interro-
gation après 40. (G. P.)
P. 266, App. 1, V. 30: apertement, corr. apartenant. (G. P.)
P. 267, app. II, V. 11 : lire Cai de nous print tés pités. (G. P.)
— — — V. 23-4: conserver la leçon du ms. ; v. 26, au lieu
de mire^ miere. (G. P.)
P. 268, note, str. VI : les vers 3-4 entre parenthèses. (G. P.)
TOMB XL (JBUX PARTIS INBDITS)
P. 354, n'» 1, V.20: le ms. a sait = s'a il. (P. M.)
— — V.21: ms. plus c*un. (P. M.)
— — V. 27: correction inutile. (P. M.)
— — V. 30 : ni] nï. (G. P.)
— — V. 39: M. G. Paris corrige : ausi a bien cil ens u cors.
C'est, selon M. P. Mejer, ce que donne le ms.
P. 355, n? I, V. 54-5: virgule après traire, point-virgule après
dehors. (G. P.)
— — y.72: part] corr. pert. (G. P. et P. M.)
P. 357, n® 11, V. 16: point après ce vers. (G. P.)
— ^ v.22: point- virgule après ce vers. (G. P.)
— — y.27: live et se set gille mater. (Q. P.)
P. 358, n» II, V.51 : lire envi. (G. P. et P. M.)
— — V.53: point- virgule après ce vers. (G. P.)
14
2 1 0 CORRECTIONS
P. 360, n« III, V.22: n'avez] m'avez (P. M.)
P. 362, no IV, V. 14: lui] li (G. P.)
— — V. 25: car] corr. qui; virgule après pcrdaiw (G. P.)
P. 304, n* V, V. 24: tanf] cant (?) (G. P.)
— — V. 30 : sachiez] fâchiez (?). (G. P.)
P. 366, n? VI, V.27: lire nus n'avroit tel vie (?) (G. P.)
P. 367, — V. 49: conserver la leçon du ms. (G. P.)
— — V. 51 : lire a iel[z] poestelz], (G. P.)
— — V, 53 : point après ce vers. (G. P.)
i *
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
(Suite)
215*
REAMBAUTZ DAURENGE
(= B. Gr. 389, 37)
I. Pos trobars plans
Es volguz tan
Port mer greu. si nO son
Car ben pareis [sobrans
5 Qal * mot fai
Cane mais non foroo. dig
[cantan
Qe cels corn tôt iorn ditz e
[brai
Sapcha sis vol autra vez
II. Mos ditz^essanz [dir.
Don gap ses dan
Fer tal ioi soi coindes e uans
Qe mais val neis
5 Désirs qieu nai
Qe ^ anc nom ac semblan
Peis ' sainz comqer en uer.
[zelai*
Dautre ioi com puesca iau-
[zir.
III. (p. 109) Son ben aurans
Car per talan
Solamen fo * francs et hu-
[mans
De dir ves leis
5 Ben nan* fa^ gai
Qem val si per lieis^ trag
[mal gran
Si lo mal qen trac no sap
[lai
Mi eis voil daitan escarnir.
IV Ben so trafans
Qeu eis mengan
Car die aiso tan qe vilans
Cals pros me creis
5 Sien mal trai
Per leis sil no sapia lafan
Nomes donos pros ebe non*
[vai
Sim pens qe tan rie ioi désir.
V. M os volers cans
Qem Bal denan
Me fai creire qe futz es pans
Tan aut mespeis
5 Mon cor car sai
Qe en fol maurei don faz
[lafan
Tôt voll cant vei respeit
[segrai
Respeitz loncs fai omen
VI . Sains vilians *• [périr.
Con vauc torban
Soi serrazis o erestians
Qals es ma leis
• Voyez Védition de M, Appel dans la Rev, d. L r. IV. «., t. X, p. 414
ss, — ^c. en: Qi tal -^^ Appel : Duna qe — ' -4. /. : Pels — ♦ i4. : e uuerze-
lai — » il. : 80 — « c. e/i : nim — t A,:f&s — ^ A. : lieis — * -4. ; nom —
1* A, l. : ialianz.
212
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
5 Non Bai qe iai
Me posca de so qil deman
Et atrestan tost dieus sil
[plai
Co fes vin daiga esdeuenir.
VII. Pauc soi certans
Ves qeus reblan
DOna de vous so oiolt lon-
[dans
Ane nO destreis
5 Amors tan mai
Per qieu non creiria dun an
Caisaius âmes pernegun plai
Si bes no men degues aue-
[nir.
VlII.Astrius e ma chanso vos
[man
Qe dos sautz sis ries, ar
[es sai
Lo ters aut on plus pot om
[dir.
216
REAMBAUTZ DAURENGE
( = B. Gr. 389, 3)
I. Aissi mou
Un sonet non
On ferm e laz
Chanson leu
5 Pos vers plus greu
Fan fors * dels fatz
Car er vist
Pos tan mes qist
Com son sennatz
10 Si com sol
Fora mos cors veiatz
Mascamiatlai.posqers vol.
II. Tôt mes nou
Can veg sim mou
Fin amistatz
Far pos greu
5 Vos dig leu
Mas voluntatz
Tan ai aqist
Or ai ben vist
Tant poia gratz
10 Qal meu vol
For eu fort aut poiatz
Conqeirer mos cors lai on
III. Tantuipam^ [sol.
Mon cor qant ri m
Qe sius datz
Tein de loin
5 Mas de près poin
Con fos amatz
Per ol • ioi
Dont sat^ ni croi
Nou un ' solatz
10 Trop de renc
Car die qil mam. qassatz
Fai sim sofre qeu lam so-
IV. Amors rim [uenc.
Can • volet prim
Mas mes de latz
Ab qe poin
5 Cab colp de loin
Som près nafratz
Tôt mes croi
Can d autre ioi
Sol me toqatz
10 Si nous vene
Amors mala fin ^ natz
Qeu posca amar e mens non
V. {p, 200) Ges un cen » [lenc.
Nom près cant plou
Sim soi moilljatz
* /. : sorz — « 1. : prim — * c. en : cil — ♦ l. ; fat — ■ c. en : an — • c.
en: Com — ' c. en : fui — » /.:un ou
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
213
Freg ni nieu
5 Tant can pens breu
Dest ioi qem platz
Mas per crist
Po8 mi fa trist
Can pens iratz
16 Car ai fol
Car am sols sens solatz
Aissi torn mon bon penz en
VI. Era plou [dol.
On sai mieu ^
Tenc anz fas datz
Ar uinc breu
5 Vei cazer nieu
Anz es estraitz
Tant ai trist
Mon cor. per crist
Totz son chamjatz
10 Car ai dol
Et ai ' ai gaug viuatz
Veus me sabi e veus me fol.
VII. Cant nous vim
Se près ^ al cim
Mos cors auzatz
Pois daison ^
5 Non ac ni gon *
Ves autre bras
Per qem coi
Cal res mi voi
Trop lam no fas
10 Non la tent •
Em tant corn al cor plaz
Cane pos la vi dais no]
[souenc.
VIII. Sus dautcim
Son car vos vim
Jos daualatz
Si nous iom '
5 So atzis om
Sotz son liatz
Lui no voi
Amors prom coi
De lieis pensatz
10 Nous souenc
Ane del esmai. me ditz *
La mort car veires qe nom
IX. Trop me tenc [tenc.
Car lai no son anatz
Saber damor sanc lien so-
[uenc.
X. Nom souenc
Ane de liei so sapchatz
Mas un a ves qem ten em
[tenc.
217*
REAMBAUTZ DAURENZA
(=B. Or. 389,23)
I . Car vei qe clars
Chanz sabriua
Dels aucels el prims fre-
[mirs
Tu ' es douz e bels lor
[auzirs
5 Tan qe no sai coisim viua
Sens chantar. per qe co-
[menz
Una chansoneta gaia.
II . El sols blancs clars
Veg qe raia
Cautz greussecs. durs et ar-
[denz
1 c. en : un ou — " ^: ar — 3 /. : Sempres— * L : dais soin — ■ /. : nis
loin— « /. : tenc — ' /. : ioin — » c. en: datz.
• Voyes r édition donnée par M. Con;tans d^ après les deux mss. de
Cheltenham dans la Revue rf. l.r.III s., t. F, (1881) p. 272 ss. — » c.
eni Mi
214
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Qem 0 frain totz mos bons
[talens
5 Mas nna voluntatz gaia
Dun franc ioi qem mou
[dezira
No uol cap flacs volera
III. Ges no mes clars [viua.
Ni mesqiua
Est iois don faz les sospirs
Ni sai sant < mi valc mos
[dira
5 Ni mi noc e tem qem viua
Enaisi trop loniamen
Lamors qeil tenc meina
[gaia
IV. (p. 20Î) Mos cors es clars
Ë sesmaia
An sui a mestz grantz iau-
[zens
Plens e voigz de bel co-
[mens
5 Qe luna meitatz es gaia
E li autrama dorm. cossirs
Ab voluntai mort e viua.
V. Cus volers clars
Qem caliua
Mes peing enant e faillirs
Mostra tems. qe iauenirs
5 Val pro mais a loin qe viua
Qe cortz gaugz. per qes-
[pauentz
Satempra ab voluntat gaia.
VI. Vostr amies clars
Nous essaia
Dona [nius mostra paruens
Cores en] vos totz sos sens
5 Ni sap sil es dur o gaia
Tant vos tem qel descu-
[brirs
Lieis chars e no sap qes
VII. Qe non es clars [viua.
Ab complita*
Amies ni ab genz mentirs
Si nO tem so camatirs
5 leu * deu venir anz qel
[viua
Com non ama finamenz
Ses granz alqes gaia.
VIII. Ai francs cors clars
Res veraia
DOna valliam chausimenz
[ j*
5 Qem sapchatz per foudat
[gaia
Dir so qe vol mes suffris
Nom dan si voles qe viua.
IX. Domnal meilher res qe viua
De loing ses fuec mes com-
[près*
Em donas voluntat gaia.
X Ai donsa res coind e gaia
Aram péris mara* morirs
Si nom datz socors com
[viua.
218
REAMBAUTZ DAURENGA
(=B. Gr. 389,13)
I . At mer tal un vers faire
Qe ia nom feira fraitura
Qar es sauais mi escura
Cil qem fai mal ses ben traire
5 A dolen
Faillimen
Fuz ^ qem ven
Ben a ela ^ donc pauc de sen
* /. : sanc — ^ c. en : compliua — ' c. en : Leu — * /.: Seu non sui tant
asapiens — • l. : m'escompren — • i. : proismara.
î c. en, : Fitz — « /. : ac la
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
215
Sea anc foi mn leis bao-
rsaire.
II. SeigQÎer dieos coq aag re-
■'traire.
Tan gran ma desaaentora
Mais dol non ac hanc mesura
Qan trastomal cor enqaire
5 Si eapren
Aspramen
Mon talen
Ira qe mon marrimen
Gant el eoit far de gai te
[fraire
III. {p, SOS) Em plorant serai
[chantaire
Car nais gaagzno masegura
Pos mos * respeigx peiora
Qem val mos chantars qar
[Iiûre
5 Sol termen*
Van segoen
Per paroen
Fais ' non ai mais pessamen
E dol e dolor e braire.
IV. Desastmcsnascdemamaire
Per qe totz mais maiara^
Ben es fols qoi mal mazura
Peigz com pose auer pe-
[chaire
5 Neos qim pen
Aut al Yen
Anz presen
Qe tenrai per ben volen
Cels qels oils roi voira traire.
V. Dona dousa debonaire
Nom getet tant a nomcura
Neos qe tôt aias dreitura
Qab merces cors nous es-
[claire
5 Qeu atent
Chaosimen
Stus es gen
Si no far mes peneden
Issi fors de mon repaire.
VI. Qe per larma de mon paire
Sil vostre durs cors satura
Nom tenramors ni clausura
Qeu non esca de mon aire
5 Mantenen
Ves tal sen
Don fort len
Me veiran. mais mei paren
Mas vos no mo presatz gaire.
VU. Domna dieus qens es inui-
[iaire *
Perdonet gran forfaitura
Acel so dii lescriptura
Qez era traîtres e laire
5 Eissamen
Es crezen
Sil non men
Qi non perdons corren
Ja dieus non lier perdonaire.
VIII. Per vos am don ab cor vaire
Las autras tan col mons
[dura
Car son e vostra figura
Qe per als no son amaire
5 Neus la geu
Pauc valen
Mal volen
Nam cel qeus vezon souen
Mas no lor nauz far veiaire.
IX. Domna pren
Ab couen
Auinem
Si mais paz comandamen
5 Ja nO perdonz neus veiaire.
X. E sius men
En couen
* /: m. bos — « /. : Fol tormen — 3 c. en ; Sais — */. : mapeiura —
* l.: iutiaire.
216
LE CHANSONNIER DE BEENAET AMOROS
Qeus prezen
Ogan sieu malamen
5 En tuisse guatz ab varaire.
219
RAEMBAUTZ DAURENGE*
( = B. Gr. 389, 9 )
I. Anz qe haura bamas caP
Girun vers damon daual
Qistmen guerrer. mal adreg
Si fan de gabar vassal
5 E caio se qest eau al
Cai perdut maion destreit.
II. (p. 203) Ja per so uns non
[guabei
Sim perdem de nostrat nei
Qemqeras em tug el bal
Ancogan del autre freih
5 Farai tornar tal neueih
Al mestier bernart del gai.
III. Segnior eu no soi ges dur
Ni no veg can tenc sol duz
Ni de lôp ni de lairon
Nos pot gardar desast; ucs
5 Qon sai ' cel qe esle sucs
Tost a erablar coinogutz.
IV. Ben sap cel de me solio
Sieu fas en tant con el fo
On bertran dels bauz on vx
Jamais non tengram blizon
5 Mas fait cuion auer pron
Car ni von caut con sam-
[bux.
V. Ane pois nols tinc per on-
[ratz
Pol camps fo deaamparatz
Per els senes colp de bran
Qel caualer la meitatz
5 Degron tener les valatz
Qil eron be seis ai tan.
VI. Segnior ben fai ' qen es tan
Auia penre un sol dan
Mas ar soi outra passatz
Et estortz daqel afan
5 Per qeu nauera doptaa
Ar serai a ben donatz.
VII. Ane pos a ma dona plac
Qem volgues mal gaug dod
[aig
Ni iamais nom deu parer
Bes pos eu mezeis mes trac
5 E qi nom tengues per flac
Tôt ioi laissera caser.
Vill. Mas dieus no saub hant ^
uoler
Com de tôt se desesper
Per qem tenc e si mesmac
Donna car ben cud saber
5 Qe iamais nous an veser
Mas ges per tant non ' es-
[trac.
IX. Trobat per so nom es trac
Car mos cors si ben dos-
[mac
No men van* a poder.
K. Espérât ai et esper
Merce si us ven a plazer
Donna per qe nom nés trac.
• Texte déjà imprimé par M. Klein, dans sa publication Die Dichtun-
gen des Mônchs yen Montaudon (rfa;w: Ausg. u. Abh. aus d. Oebiete d.
rom. Philol. VII, Marburg, 1885, p. 94 s.). — « c. en : Uiaura brunas cale
^ c. en: fai— s c, en : sai— * e. en : hanc-»/. : nom— ««.en: dan-
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 217
220
RAMBAUTZ DAURENGA
(=B. Or. 389,21)
I. Brais chanz qiU critz
Aug delà auzels pels plaisa-
[duz»
Oc mais nols entrât ' ni
[doIs deigii
Cuo iram cem >
5 Lo cor on dois ma près
[raziz
Par qen sofer.
H. (p. 204) Trist e marri tz
Kr mo8 chantars ai si fenitz
Ptfrtolz temps mais tro qi*«-
[lal deign
Ni pel seu mantein
5 El a boa mas ères delitz
Pos nol sofer.
ni. Jois me fo guitz
Un pauc mais, tost me fo
[faillitz
Siinc me vole arma en des-
[deing
Corn non estieing
5 Can prec ni merces ni es-
Re non conqier. [triz
IV. Mos cors me ditz
Per qe soi pgr leis auelitz
Car sap qeu null autra nô
[deign
Per som destreign
5 Morrai car mos cors enfol-
[litz
Mais ges nom qer.
V. Co soi traitz
Bona donnab talant voutitz
Ab cor daral vueil ar nol
degn
Mesclat ab gein
5 Volres qen torn folz en-
[dormitz
0 qem esmer.
VI. Trop son arditz
Dona mos serz es abozitz
Ma faitz dir fols motz qieu
[non deign
Contra mi reign
5 Tan son fors de mo sens
[issitz
No sen qun * fer.
VIL Molt es petitz
Donal tortz qer sai ser au-
[zitz
Per qe vos maues en des-
[deign
Faz nesdeueing
5 Pendutz fos aut p«r la ser-
[uitz
Qi a moilher.
Vill. Humils ses giein
Vostre sers fais faillitz
Merce nos qer.
IX. Pos pretz non sobrans. ses
[legitz
E vos ier.
221
RAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Or. 389, 28)
I. Escoutatz mais no sai qe
[ses
Segnior. so qieus voil co-
[mensar
Vers estribot ni siriientes
Non es ni non lo sei trobar
5 Ni eu no sai consil fezes
* ^:plaisaditz — s c. en ; entent— *c. en : tem — * /. : qim.
218
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Saital Dol podia cabar.
Cane hom dautal miga non
nausis far. ad home ni ad
femna en aqest segle ni
en laltre qe nés passatz.
II . Si tôt mo tenes a soles '
Jes per aisso nom dei lais-
[sar
[ ?
Cades nom cudon chastiar
5 Tôt qant er nom prez im *
[poies
Vas so cades vei et esgar.
E sai vos ben dire, perqe
car seu nos dizia paraula
e non la trasia. a cap sai
qe tenrias men per fat. qe
mais am auer seis dîners
el poign. qe mil sols al
cel.
III. (p, 205) Ja ten* nom tema
[far qun ' pes
M os amies aissol voil pre-
Sai obs nom vol valer mânes
Pos im ^ profer. a lonc tanz
[ar^
5 Plus tost de lieis qe ma
[conqes
Non pot nulla res enianar.
Tôt aiso dir* per una dona
qem fai morir ab lonc res-
peig. et ab bellas paroulas
pot rai donc bon esser
segniors.
IV. Qe ben a passât qatre mes
E a mi a cent anz. som par
Qe ma autreiat e promes
Qem dara so qem es plus
[car
5 Donna pos bon cor maues
[mes
Adol sal^ me del dolz la-
[mar.
222
REAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 22)
I. Clarsdouz efis*®
Del bazeresc^*
Mes SOS bas chanz
Vas cui mazerg
5 Cap ioi sespan
Viu ho noire
El temps qe grill
Prob del silure *'
Chanton el mur
10 Jois le Caire**
Qes compassa esqaira **
Sa uois. cha plus leu qe
[siura
Coranuls non si asigura **
Mal *• grils en la bazeresca.
II. Clars ioise gens
Ses fuec grezesc
EU paucs enfanz
Bosc e coderc
5 Qe nul enian
Noi emploire
Mas los borcill
Noi vi auer ploire "
Dom mi rancur
10 Qeil blanc vaire
Tant amistat pichenaira
« c. en: foies — « l: Que ieu mon talan non disses — 3 /. : un — * c. en :
ren — » i. : qim — • /. : mo — ' /. : tarzar — » /. : die — • /. : Adolsas —
Jo /. : feinz— n c. en: bazetesc — »« /. : siure ^^^ c. en: raire — i* /.:
e sesqaira — »» /. : azerga — J* /. ; Mas — >' /.: pliure
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
210
Sauis er fols qi si pluira^
Qe grieu er qe les con-
[derga
Fis iois ses ûama grezesca.
III. Clars brunz e tenz
Motz entrebesc
Pensius e pensars '
Enqier en serg
5 Com sim lam^
Pogues roire
Lestrain roill
Vil fer tuire *
Don moQ escur
10 Cor esclaire
Tôt cant iois gen esclaira
Maluestatz. toi e tiura
Et enclau iorien'. el sorga^
For qira ioi entrebresca.
IV. Cuz ^ naus ni leing
Niâums on peso
Nom es enanz
Car vei soi* borg*
5 Aqz vau troban
Com vis doire
Qe mont el cill
Al fol vire «»
Tant vei pretz dur
10 Per qe laire
Lauzengiers conten e latra**
E SOS auars digz enivra
Prez per qe iois fraing e
[borga "
Qis vol critz qel pren e
[pesca.
V. Caurs es empeing
Cane non es presc
Vidal costanz
Mardi domerg
5 Nom pueis ses bran
Dels decoire
Per qen torrill
Cab un guiure
De mal aur
10 No istral paire
Don lo fîls sofris e paira
Malvestat qel nafre el
[guiura
E fai costancha domerga
De domnei qe noils les
[presca.
VI. (jp. 206) Car petit meinz
Qe nô paresc
Aïs paucs semblanz
Del mener derg
5 Qem van duptan
Aur per coire
Car al perill
Don ieta luire *'
Vei g un tafur
10 Qi ner fraire
Qel nezirs maluatz sa fraira
Lai on lo francs fils so liura
E non crel iois plus aut
[derga
Qel crims nais an qel pa-
[resca.
VII. Caurs onargens
Esmer e cresc
Ab ditz verais *^
('on hom fai clers ^^
5 Vau chastian
Près lo goire
Mas per un fiU
Pot reuiure
Vas oui matur
10 De bon aire
» l.: pUura. — W. : pensana — 3 /. : lan — M.: Nil fer tiure — « c.
«i: iouen — • /.: serga — ' c. en: Carz — « /. : ioi — » c. en : berg —
»• /. : iure — JM : laira — »« i. : berga — »» /.: Uure — »♦ /. : Ab durs
colps graoz — *• /.: clerc
220
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Si col uenz vai sus en laira
Lo sieus noms viu e reuiura
Pretz e ioi qel mergueill
[clergua
Dieu prec caital baron très-
[ca. '
VIII. Cel qi fal vers sacompaira
Ab les qe ia non escriura
Qe non tem correg ni verga
Lo fuecs qes compren ses
[esca .
IX. Raembautz torn e repaira
Lai on pretz viu. e reuiura
Al conte cui dieus azergua
On saberse honors cresa. '
223
RAEMBAUTZ DAURENGE
(= B. Or. 389, 14)
I. Eu non sui ies mais e as*
[trucs
Anzson' mal astrucs adreitz
E pos malastrucs ma eleitz
Parai vers malastruc e-
[freitz
5 Qeu non trop malastruc
[adreitz
Qil malastruc cap empe-
[zeitz.
II. Carper tos temps*sui mal-
[astrucs
Fer un grant malastrc qem
[ve
E qi par malastruc nom te
Dieu prec de malastre les-
[tre
5 Qe mil malastruc foran pie
De malastre qieu ai en me.
m. Donna per vos soi malas-
[trucs
Qar per malastrem voletz
[mal
E sis ^ ben malastruc ior-
[nal
Cane nuls malastrucs noi
[fes tal
5 Malastrucs truep i maues
[égal
Per qe de malastre non cal.
IV. Ar auias con sui malastrucs
Cant vi del malastre mouer
Eu sui plus malastrucs en
[ver
Qem malastrem laisse cha-
[zer
5 E pois vinc malastre qerer
Doncs autre malastruc es-
[per.
V. Siou ia trobes dos malas-
[trucs
Canessen mais astres qe-
Anera malastrugamen [ren
Cadoncs for eu malastrucs
[gen
5 Mas non truep malastrucs
[valen
Came de malastres prezen.
VI. {p207) Sieu soi aitan * mal-
[as trucs
Qe de malastre port la flor
Ë ai ben malastruc honor
Le ni malastrus de segnior
5 Ni chantes malastre ab plor
Daqest malastruc amador.
VII. Cans es malastrucs de se-
[gnor
Et ieu sou malastrucs da-
[mor.
» /.: cresca. — * /. : son ben — * L: fis — M. : aitan fort
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
221
224
REAMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 12)
I. Ara non sisclani chanta
Rossigniols
Ni cridairols ^
En vergier ni dinz forest
5 Ni par flors groia ni blaua
Eaim nais iois e chanz
E creis en veillians
Car nomiven consol somne-
[janz.
II. Car a mi donz atalenta
Qem loing dois
E serai be fols
Seu totz temps ab leis non
[rest
5 Pos frain ma dolor plus
Si qe fais ni afanz [braua
Nom pot esser danz
Ni maltraigz nom dol paucs
[ni grauz.
m. Ca pauc le cors nom na-
Qeschirols [uenta
Non es ni cabrols
Tan lieus com eu sui qel
[test
5 Mes la ioia qeu cercaua
Don son iais entrepainz
Ë serai tôt lanz
Pos ma dona vol mons
[enanz.
IV. Jes nocam espauenta
Lars estols
Dels fels fais e mois
Lanzengiers cui deus tem-
[pest
5 Sim prent mi donz e men-
[traua
Per iamais a mil anz
Tôt al seu comanz
Qen als cors non col qeu
[meslanz.
V. Ja deus qel iornz fes qaran-
Dals mon sols [ta
Es tomet fillols
Don mi a don niaprest
5 Mais reis si leis mi saluaua
Anz li laisel talanz
Lo mon e mil tanz
Contra leis qem toi totz
[enianz
VI. Cap con * cor qel mieu si
Sai qem tels [planta
Car donar o vols
DOna au ' iois pais e vest
5 Tôt lenian qa me portaua
Gen Ion trais a sain iohan
Ar men creis talanz
Don caira el sol ab las
[mainz
VI I . Ai dOna prezanz
Ar penz qeus a col em bai-
VIll. Joglar vostrenanz [zanz
Voil e dieus lo vol mil ai-
[tanz.
225*
KAEMBAUTZ DAURENGA
(= B. Gr. 389, 4)
1 . (p, 208) Al prim qeil rim ♦
[sorzen sus
Pel cun * prim fueilla. del
[brancail
* /. : crida lauriols —^ c. en '. son — • ï. : cui.
• Voyez Céditionde M. Appel dans la Rev. dJ. r., IV. 5. /. X />. 409 s.
— * c. f n : tim — » c. en ; cim
^^2
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Sagues raizon feir un bon
[vers
Pos ma dona no uol. qeu *
[chan
5 Mais (le leis. nil ven a ta-
[lan
E chanz si damornones faitz
No ual plus con ses domna
[amars.
II. Con a lei platz non die plus
Senes tôt marnes ill
E per dieu si es ben en vers
Qe non auz chantar dere-
[nan
5 De leis * vas oui sui voitz
[denjau
E cels qieu pietz voil fers
[estraig
Er donc oimais voigz mos
[chantars.
m. Faig virol segle de mon us
Lauzengier fais de faig uol-
[piU
Ai can nauran ia damors
[ters
Ab lur chan. parlar deui-
[nan
5 Per lur ditz. van dOnas dup-
[tan»
Qan^ mortz drutz ses colp
[atraig
Souen. p«r lur fais deuinars.
IV. Cant cist fut mil * maluatz.
per us
Chan ton de solatz. emperil
Qe dizon de tort en trauers
De cels qe^ lur er en sem-
[blan
5 Domnes vers qieu entenda
[Un
Cil domna cnig en tôt tra*
[saig
Qe® 808 amies aia espars.
V. Ries hom toma tost en raus
Can sufre. com se merauill
Qe nom saus sa maizon fair
[fers
De cels qi venon corteian
5 Ges non an colpa cil co fan
Qel segnier nés de tôt for-
[fagtz
A eui en couen castiars.
[Argumento]
Gaubertz de poicibot si fo gen-
tils hom. e fo del vescat de lemozi
fîis del castellan de poicibot. e fo
mes morgues cant era enfas en un
moster qe a nom san leonart. e
saup be letras e ben chantar. e ben
trobar e per voluntat de fôna issi
del monester. e uenc sen a celui on
venian tuit aqil qe per cortezia
volian honor ni benfait an sauaric
de malleon et il li det arnes de
ioglars vestirs e cauals e pois anet
el per cortz e trobet e fes bonas
chanzos et enamoret se duna don-
zella gentil e bella e fazia fas^
chanzos délia e ella nol vol amar
si non se fezes caualers e nO la
tolgues per moillier. (p. 209 ) & el
0 dis an sauaric con la donzela lo
refu saua donc sauaris lo fes caual-
1er eil donet terra & renda e tolc
» Appel: qun — *i4.: lei ^ ^ A.: duplan — * i4.: E an — ^A. ; mit —
* A, : que
' c. en: sats. Le second texte, écrit au folio 32 verso de la dernière partie
du manuscrit y n'offre que la seule variante : las.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMORÛS
;^S3
la donzela per mullier e tenc la a
grant honor et auenc si qel anet en
espalgnia e la donzela remas & uns
cauallers dangleterra si entendia
en ella. e fes tant e diz qe la mena
via e tenc la longa saizo per druda
e pois la laissa malament anar.
Gaubertz torna despaignia & al-
berga una sera en la ciutat ont
ella era & el anet de foras per volO-
tai de femna & entret en larberc
duaa paubra femna qeil fo deit qe
la entre aoia una bella donzela e
trobet la sua moilher e qant e la
ui & ella lui fo granz dolors entre
lors e granz vergogna ab lei estet
la Doit e lendeman sen anet con
ella e mena la en una mongia on
la fes rendre e per aqella dolor
laisset lo chantar el trobar.
226
JAUBERTZ DE PUIGCIBOT
(= B. Or. 173, 14)
I. (j9. 818) Una granz amors
[corals
Mi destreing en * te
Si qeu non sai ren dir als
Mais clamar merce
5 E car me dais non soue
Sembli malfat entre las genz
Em par meure ma sabenza
Dont amors qem forz em
[venz
Degra venzer ma clamors
10 Cal venzedor es honors
Qe merces lo uenza.
II. Amors vostre noms es fais
Car non amatz me
Qieu vos soi fis e leials
E vos am anc se
5 E pos aissi sesdeue
Qieu vos soi obedienz
Damor e de bon volenza
Ë vos mes mala e cozens
Sens benfait e sen socors
10 Per dreit seiieu amors
E* malvolenza.
m. Donc pos non val car soi
[tais
Com a drut coue.
Sim trouaua desleials
Auriam ia be
5 Ben leu i tomeral fre
Mas non dei so ditz mos
[senz
Far per failliment faillenza
Fer qieu voil mais ab tor-
[menz
Esser dels fiz amadors
10 Cab los fais galiadors
Far damor paruenza.
IV. A tort mi ven de vos mais
£ non sai per qe
Mais daitant amors siuals
Mi venjarai se
5 Qacels qi ^ sabon re
[ ]*
Dirai vostra captenenza
Don vos parez meinz valenz
E naurez mels seruidors
10 Qi sabra mas granz dolors
Te cels ^ et temenza.
V. Vostrusatges es aitals
Ca celui queus cre
Merme de ioi sos captais
M. : em — « /. : E vos — a /. : qi no — ♦ /. : Com vos est desconois-
*tm — • c. en : Recels
SÎ4
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Car de vos non ve
5 Mas eniaaB sas tota fe
R dam ses totz iauzimenz
E ses tôt plazer cozeaza
Pra faitz dautres faillîmeDE
Mas callar mi fai paors
10 OrgoiU et grani folors '
Qi a plus fort tenza.
V]. ProB veBContesaa plauDs
DalbusBOD tant vos agenza
Pretï per qieua taing graii-
Part las autras el auzora
5 Qen vos a son luec valors
Ses tota failleaza.
GAUBERTZ DE POICIBOT
(= B. Or. 173, 6)
I Merces ee ea chizimenz
Dumil creisser et aussar
Et orgoil Bobrebaiaaar
DoD faill amors vostre seoi!
5 Caat me crez* trobatz vea-
[ciit
Humil e de bona fe
Dechaetz aoc ee
E leia qui vira lescut
Vera vos > sus me
10 Qi nous tem ne vos blan
Non voles destregnier tan
Qe targoil baisses
[En uer uos sutoelies].
[gentz
' hameliar
Qe p«r orgueil gazagniar
Qe lergoillos si ben veoz
5 Na bksme per (ot saubut
El bumil son tôt lo te
Vil e ba* Botz se
Sivals adroit conogut
Dont mes miels so cre.
10 Qumelia*
Feenganar*. qnnb engao
Mi don galies
Qe qel * tortz reman ecu
[a des.
m. Tort ai ' cai dit granz «rdi-
E car lan auz encolpar
Non pas tang qeu dei amar
Cui es doncs lo fallimenz
5 Meu caram & a* reperdut
Lei qi non taing ni coue
Non es ges per qe
Car eu non ai mais pogut
B dO o Tan ges ben
10 Qi men va forian
Amors qi men* forza daitnn
Car vol qieu lames
Forze... qe leis non forces,
IV. Pero car lauzor '*geaz
Fai araor ver si olamar
Crei cai fan " leu pot forzar
Lei a far. ao roandamenz
5 Per cai lonc temps atcdut
Et e
ir pie
Dorgiieil. raOBtrea sa uertut
Amor per meroe
10 E fara honor gran
Sami cui verz serz '* afan
Verzer'* se laissea
e. m : qei — ' i. : v. a — * I, : Qieu umelian — •
: Qel -M.: Tort- ■ L: cara ma - < (.: qim
- 'II.: caiaai — "/.;»ent seni- HJ.: Venzer
LE CHANSONNIER DB BERNART AMOROS
225
E lei qes defea uenqes.
V. Amors non ea tan sabenz
Daitan vos pose ensegniar
Qe del seu merteia malme-
[nar
Es desmesura e nonsenz
5 Nol ten per descrezut
E qes tang ni don saue
Qe hom celui malme
Caura pel seu retengut
Per mi non die re
10 Mas car mes semblan
Qô fassas. vostre dan
Qanc hom qi greues
Lo seu no fo noi perdes.
Aroumento*
PoDs de capdueil si fo del ves-
cat don fo guilliers de saint lai-
dier. ries hom fo molt gentils
baros e sabia ben trobar e violar
e chantar. bos caualers fo darmas
e gen parlanz. e gen dOpneianz e
granz e bels e ben ensegnatz e
fort escars dauer mas si sen
cobriaab gent acuillir & ab honor
de soia persona. et amet p^r amor
ma doua alais de mercueir muller
den ozil de mercueir que fo filha
den bernart dandiiza dun onrat
baron qera de la marcha de
proenza molt lama & lauza e fes
maintasbonas chanzos délia e tAt
qant ella visqct non amet autra
dona e cant ella fo morta el se
croza e passet outra mar e lai
moric.
228
EN PONZ DE CAPDUEIL
(=B.Gr. 379,2)
I (p 2Î4) Si ai perdut mon
[saber
Ca penas sai on mestau
Ni sai donc venc ni on vau
[ ]'
5 E son daital captenenza
Qe non vueil ni pueisc dor*
[mir
Nim plas viure ni morir
Ni mais ni bens no magenza.
II . E per pauc non desesper
E nom rent monges a lau
0 nom met dinz vna frau'
E' com nom pogues veser
5 Car traitz son en crezenza
Per cella quen plus dezir
Qem fai sospiran languir
Car mi frais ma couinenza.
III Jamais non cug ioi auer
Ni estar vn iom suau
Pos mi doDz ma solaiz brau
Nim toma e nonchaler
5 Nen sai on maia guirenza
Co pltM ieu penz e consir
Coil pogues en grat seruir
Adoncs creis sa maluolli-
[enza.
IV. A gran tort mi fai daler*
E si eu pendutz en trau
Sanc pois segui autresclau
Pos mat 5 près en son poder
5 Ni fiz en dreig leis faillenza
Mais sol daitan so malbir
Car la tem e naus bê dir
* Le même texte est inscrit une seconde fois à la fin dums. au /. 33 v*".
* /. Ni qem fauc lo jom nil ser — ^ c, en: fiau - ' c. en : En — * L:
doler — » /. : mac
15
886 LE CHANSONNIER DE BERNABT AMOROS
E qar U port beD voillecza.
V. Per ren dod puesc estener
Per' nom lam e non la lau
Car la geczer com menlau
Se non* anz die uer
5 Ab qe prezea peoedenza
Delà tuimenz qem fai suffiir
E ses dega& conuertir
Er complida sa ualenza.
VI. Eu aoD aicel qi non tëaxa
Ab midonz ni do mazir
Nira sai de ren eaardir
Maa de zo qa leîs agenza.
229
EN PONS DE CAPDOILL
(= B. Or. 326, 1)
I. Tôt franchament. dOaa veng
[deuant voue
Penra comiat. pertotz tempa
E granz mercea car anc
[degneU voler
Qeum ' tengueB de vostre
[amour plus gai
5[ ■ ]'
Ben es razos qe ai voletz
Drut dautra gent qeua aap-
[cha maJB valer
Aisail vos salu. ja piegz
Qant aurem pois bon aolatz.
10 Et estarem. con sant' par-
[lar • nO foa.
II. (p. 21j}Maa vos cuidatE car
[ieu aui adiroa
Caiaai del tôt nous o diga
MaB dereoant vos o farai
[parer
Car ai cbauzît en teia cui
[araarai
5 E uos auetz chauzit si con
[Ieu ' Bai
En lai amir* qeus fare de-
[chaaer.
& eu en leis qe voil pretz
[manteoer
Don aappcha ' jouens e de
Si lot non aea de locs tan
ïparatioa.
10 Elaesbenplnabellaeplua
(pros.
III. PerodoranatotitempaBerai
Del voatrafar caisso voil
[retener
Cane noua pognî mètre a
[noncbaler
Aieai del lot enans vos aer-
5 Fors qe lamais voatre drutz
SI bem deueti aoqura lo
Qe promezelz qan oauriati
[l.IT
NoI digpersaqeDeguusoia
[no. h.i
Mas seu en foa agulz anz
[poderoB
' l. : Tant quant vi
LE CHANSONNIER DE
10 Tal ora us ' qieu ' fora plus
[ioios.
IV E sil virars • nil pleuirs de
[nos dos
Pot al partir del amor dan
[tener
Metam nos ambs en la man
[dun preuer
B soluetz men qeu vos en
[sol ve rai
5 E pois poirem amdui daqi
[en lai
Plus leialment nostr amor
[man tener
E sanc fetz ren qami deia
[doler
Eus en p«rdon tôt zo qa mi
[neschai
Tôt de bon tor. * questier
[non er la * bos
10 Si de bon cor non es faitz
[lo p«rdo8.
V. Mala domna tro qem fezes
[gelos
Ni res non sap lo mal qel
[gelos trai
5 Ni ren non sap gelos qe ditz
[ni fai
Ni nuls gelos non pot en
[luec caber
Gelos non a pauza matin ni
[ser
Per qe vous deu plazer. car
[men retrai
Qassatz va miels, a celui
[qes lebros
BERNART AMOROS 227
10 Qadonc sauals noi son tuit
[adiros.
VI. Fe qem deuetz sitôt sui adi-
[rotz
Prendetz comniat de mi qel
[pren de vos.
230
EN PONS DE CAPDUEIL
(= B. Or. 372, 2)
I. Ane mais nuls bom non fon
[apoderatz
Mas eu o sui. e ren no sai
[per qe
Qestiers mon grat am e sui
[desamatz
Et enaissi ai o tengut ancse
5 Desqe fui tratz "^ ni sanp esser
[amaire
E follei sols et eu nO puesc
[estraire
E fuîg mem' pron. totzjorns
[e sec mon dan
E fatz esfortz qant eum co-
[nort ni cban.
II. {p 2ÎÔ) Pero tan es la so
[umilitatz
E la lauzors qe tota gens
[en te
Qeu anc non puec tant esser
[sos priuatz
Cane mi valgues cbauzimenz
[ni merce
5 Ni nul conort dom mala-
[dors^ sesclaire
Mas bran respos cais qeu
[lai mort son paire
> /.: Tî — » c. en: qien — » i. : iurars — * i. : cor — » c. en : ja — « lacune
indiquée dans le ms^
' /. : natz — • i. : mon — • i. : dont ma dolors
[
228
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
E qan la prec élan fai un
[semblan
Qe no menten plus qe un
[alaman.
III. Pero tantes mos pensamenz
[onratz
Qel maltragz val dautre
[soiorns ganre
Tarn es valenz. cela cui mi
[sui datz
Qe nO a par en tant quant le
[monz te
5 La genzer es qe anc nasqes
[de maire
B la meiiler zo aug a totz
[retraire
Per qeu non lauz. descubrir.
[mon telan
Mas per solatz can li autre
[en chan.
IV. Mas seu follei per lei tôt
[mes viutatz
E voil suffrir lo mal em
[patz el ben
Com non es finz ni drutz
[enamoratz
Ni es forsius. qe tan leu se
[recre
5 De sa domna ni no sap
[damor gaire
Cane ses afan rie gazain no
[vi faire.
Ai las qai dig sentirai de
[leis dan
Con plus mi fai languir plus
[la reblan.
V. Al valen rei. * de pretz coro-
[natz
Sobrautres reis e qi miels
[se capten
On finz lois nais e ' reuouel-
[latz
Joi e iouenz ten. vai chanzos
[de se
5 En aragon on prendon tuit
[repaire
Bon faig valen qe francs reis
[deia faire
E saludan de perpigna enan
Cel 0 celas qe damor an
[talan.
VI. Pero tant es bos mos pensa-
[menz honratz
Qe de ren al mas de leis
[nom soue
E SOS près es tan fis e tant
[poiatz
Qesser cug reis de ioi can
[me soue.
231
EN PONS DE CAPDUEILL
(=B.Gr. 375,13;
I. Lamoros pensamenz
El ries volers auzatz
Qeu ai dOna valenz
De vostramor mi platz
5 Mil tanz qe neguns dos
Qauti*a far mi pogues
Car ben sai quamors mes
Vengan mi danz o pros.
II. {p,2l7) Qals digz de totas
[gens
El ^ vostre cors onratz
* /. : rei qes — * /. : et es.
• Voyez le texte publié j)ar M. M, v. Napolski dans son ouvrage: Leben
u. Werke des Trobadors Pons de Capduoill. Halle 1880 p, 55 s.
« /. : Es
LE CHANSONNIER DE BEHNAHT AMOROS
229
Pros dompnet auinens
Tant humils tan prezatz
5 Tant fiz tant cars tant boa
Tant adregz tant cortes
Qe caps ea de totz bea
Sol mels 1 nO fos.
III. Donca per qei es iouentz
Valors ni gais solatz
Honora e pretz e aenz
Cortezi e beutatz
5 Eil lautraib cabalos
Et anc noi fo merces
Pos ieu non ' truep ges
Qi fui tant fiz vas vos.
IV. Qom liais o temenz
Sufriz lafan em patz
E non fui recrezenz
Nim vir uas antres latz
5 Ni no fui poderos
Pos i aie mon cor mes
E car sui vostre prez
Faitz mi bonas preizos.
232
PONS DE CAPDUEIL
(= B. Or. 375, 4)
I . Ben es fols cel qi reigna
Loncs ' temps ab seignjor
Don ia bez non lauegnia
Senz mil tanz de dolor
5 E qi per ben mal pren
Tain qe iois li sofraignia
E granz mais lien remai-
[gnia
Saber pot veramen
Casaz a de qes plaignîa.
II. Per so plaing e mon laignia
E qar sui lialmen
Damor qim fo estraignia
Em trais malamen
5 Sabetz per qe m air
Qel bon qe faig mania
Mi tolc e fei ^ bauzia
Qom non dei enreqir
Lo sieu e pois laucia.
III. Ben ses amors traia
Qamar ^ e seruir
Et onrar la sabia
Miels dautre obezii*.
5 E celar senz enian
Mas mal es sacoindanza
Qom non a benananza
Qe pois non torn a dan
Per qieu • par ^ mesperanza.
IV. Tant es granz la rancura
Per qieu > sui iratz
Qe bos pretz en peiura
E gaiesce solatz
5 Pero ades esper
Se tôt mos cors sesmaia
Câpres lira meschaia
Tais iois qim deig plazer
Sol finamors nom traia.
V. Tant pauc voil sacordansa
Qab dreig leis plus non
[blan
Quna gentil qenanza
Son valen pretz prezan
4 On es sens e beutatz
Ab gran bona ventura
Si qa totz iorns meillura
Mas ab tôt so noil platz
Namors ' ni non a cura.
VI (p, 218) Mon andrieu fai
[valer
M. : m. merces — * /. : non la.
' /. : Perl.— ^c. en : f e — * /.: Qararaar— « c. en: qien — ^ /. : part —
• /. : q.en — • /. : Samors
230 LE CHANSONNIER DE
Fina valor veraia
E lois qes coind e gai a
Las qeu non auz * vezer
5 Tan tem qamor no maia.
VIL Bem puesc damor tener
Qel danz qai près mesglaia.
233
EN PONS CAPDUEIL
(= B. Gr. 375,7)
L De totz chaitius sui en aicel
[qi plus
Ai gran doior e suffris gran
[turmen
Per qieu volgra mûrir e fora
[gen
Qieu maucizes pos tan 8ui
[esperdutz
5 Qe viure mes marrimenz e
[esglais
Pos morta es ma dOna naa-
[lais
Greu pensar fai lira, nil dol
[tal dan
Mors traiheris.ben vos puesc
[en ver dire
Qe non poguest el mont
[meillor aucire.
IL Ai coo fora guéri tz e ereu-
[butz
Sa dieu plagues qieu fos
[premeiramen
Morz laz chaitiu no noil
[mail > loniamen
Viure après lei ren. p«rdona
[me sus
5 Siegnier dreiturers e verais
BERNART AMOROS
Sabiatz la crist non la sobre
[toillatz
Larma rendes sain peire e
[sain ioan
Qe tuit si ^ ben i son com
[puesca dire
E de totz mais la pot hom
[escondire.
III. Seignier ben la deuem pla-
[gner chascuns
Cane no fo hom veges tan
[auinen
Qil auia tam bel captene-
[mea
Que val beutatz ni bos pretz
[mentaubutz
5 Ni qe val senz honors ni
[solatz gais
Gen acaillirs de nuls certes
[esais
Ni que valon franc dig ni
[faig prezan
Segle dolen de bon cor vos
[aire
Moût vales pauc pos lo miels
[nés a dite.
IV. Jois e deleitz e iouenz es
[perdutz
E totz lo morz * es tornatz. e
[nien
Qar comt e duc e maint baro
[valen
Neran plus pron ar no la
[ve negus
5 E mil donas valion per lieis
[mais
Mas ar podem saber cab nos
[sirais
Nostre segnier. qi la fes
[valei* tan
» L : lauz — « c. c« : uoil mais — » /. ; u — 4 /. :
monz
LE CHANSONNIER DE
Caissi nos vole tolre solatz
[e rire
E doQar mais dafan e de cos-
. [sire.
V. Ai cals danz es de mi donz
[nazalais
Non pusc als far mas de totz
[iois mi lais
E prenc comniat de cbantar
[dorenant
E plaing^ e plor e maint
[coral sospire
5 Man mes per lieis en engoi-
[zos martire.
VI. Amies nandrieu chamiatson
[mei dezire
Ni ia damor non serai mais
[seruire.
234
[EN PONS DE CAPDEIL]
(= B. Gr. 375, 18)
I. (p. 219) Qui per nescicui-
[dar
Fai trop gran failli mon
A dan li deu tomar
E sa me mal ne ^ pren
5 Ni ma donnam det iai '
Ben tain qar tal folia
Ai faig per qe deuria
Morir dirae desmai.
II. E sieu per sobramar
Ai teignat * follamen
Ni per mi donz proar
Si nagral cor iauzen
5 Sil ferm voler qieu ai
De leis seruir partira ^
BERNART AMOROS
231
Ar conosc qeil plairia
Ver qai fag fol essai.
III. Enaissim fai trobar
Neis tôt lo cor el sen
Qe can cuig ergoil far
Totz mê torn e nien
5 E ges de ben nO fai
Cam ' mos cors sumelia
Orgueil ni cortezia
Jois de lieis non matrai.
IV. Mas ieu non i ai par
Mon cor ni mon talan
E sautram vos • onrar
Gratz e merces len ren
5 £ tostemps o farai
Qi es tiers ai qi mauciria
Mon fin cor nom partiria
Del rie luec ont estai.
V. Domnal genser qieu sai
Mais vos ara senz bauzia
No fes tristanz samia
E nul pron non ^ ai.
235
EN PONS DE CAPDUEIL
(= B. Or. 375, 22)
I. So quom plus vol e don es
[plus cochos
E so com a dezirat ni ten
[car
Deuem chascuns relinqir e
[laîssar
Qar ben sabem qe luecs es e
[sazos
5 Qel ries seignier qes leials
[perdonaire
' /. : en — • /. ; dechai— • /. :reignat — ♦ /. : partria — s /. .- Can —
• /. : vol. —■'/.: non i.
LE CHANSONNIER DE BEBNART AHOR05
Rei de mercfla. dretarera e
IV. (p.MO)Qiqerflmangaiiiai'
[voluntien '
Aoem aeniir qel nos fea de
Qom non pot gea lo ben
[Bien
[goiardonar
-t per noBtre sa-
Qe dieua na fag d! loa tortz
[luamen.
[emeadar
lenaaber. qelfes
Per qieu li prêt ' aiaai com
[per DO,
[ea pido»
t deapinaa coro-
5 Qil * clam merce. aisai coq
[mr
[fea lo laire
ir e de fel abea-
E uailha. noa )a aoa douza
[rar
[merce »
irnsdelaieusanc
E aamiioaninoBvailhaeia-
[precioB
[aamen
lu qa mal fan lor
Coaai vezAiIi aqesU falaa
[afaire
[gea.
ïBn e cuidan. sni
V. Sil qe aaboa las leïs et laa
[sobatraire
[leUao
iz lur terras fal-
E)3 mala ela ben noi voilloo
[aamen
[gea annar
D auer al iutia-
[men.
[deaeretar
nnon er sauisoi
Mais creatiaaz qe sarrazinz
[proa
[fêlions
pot luaa en lau-
5 E ai parlatz diraua vos es
[tre flar
[pechai,-e
. hom qe d5 pot
E cil qea fan dels uutie
[plus durar
(predicaire
caremaDranuer-
Deuon e si predicar eiat^a
[goignoa
[mer,
> ail seglea djra
Maa cobeitatz toi la cleriel '«
[gaire
[aen.
itz lo reis e lem-
VI. Cel darragoD franc rei e
[p«-ai.e
{debonaire
i guerreian. per
E sei DOS " dieu do bon cor
[argen
[humilmen
' lor fail breu-
Eati ab voa e toig die„m
[mm.
[amen.
. : lerra ai tôt —
I c. en ; r. iou irai — W. : voluntos
, : EN — ' (. : maire
— • /. : sai — • /. : qama — i» /. ;
LE CHANSONNIER DE BERNÂRT AMOROS
236
EN PONZ DE CAPDUEIL
233
(= B. Gr. 375, U)
1. LeiaU amies oui amore ten
[ioios
Deu bon esser alegres e
[iauzenz
Lares et adreigz. arditz et
[amoi'os
Era qan par lo gais ter-
[minis gen
5 Qi fai las flors espandirper
[la plaigna
El rossigniol chantar iostal
[ver foilh
Mas ieu non am sos douz
[chanz tant can soil
^'oz mi doDZ ^ qe totz iois mi
[sofraigna.
il* Fero ben sai qe es dreitz e
[razos
Qe cel qi es amoros e pla-
[zenz
Deu esser brauz e de plus
[mal respos
Pos non li val merces ni
[chauzimen
5 Pos ma dona mes mala
[e estraignia
Leu { ot trobar en ir.e mal
[e orgueil
Ja non roaura. si nom vol
[tan can voil
Quen ren no fai semlilan
[que de mil taigna.
III. Totz malmenatzsuieufizeU
[ebos
E volgra far tôt son coman- .
[damé
Qel sieus ries c >rs es lo
[meiller cane fos
Sol qe vas mi fos fizel ni
[plazen
5 Qe farai doncs. seu vauc
[o si remalgna
Amors tostemps maues mos-
[trat orgueil
Fols es qi pert per zo qe nO
[ gazai gna.
IV. (p. 22 î) Non die ieu ges qe
[tostemps si us nO fos
E nO fezes tôt son comâ-
[damen
Si tôt non tain sos genz
[cors orgoillos
Mas si tôt es amoros e
[plazens
5 Francs e bumils e dauinen
[compagnia
Ja nom aura si nô vol tôt
[qant voil
Ailaz qem val si lam o si
[men toil
Qen rê non fa paruen. qe
[de mil laignia.
V. Per so nés tau marri tz e
[eonsiros
Qar anc lamei ni falli tant
[mon sen
Car per vn ioi don no soi
[poderos
Soan aillors tôt autre iauzi-
[men
5 Aissi non sai conseil ab qe
[remaignia
Qautra nom plaz ez il mi
[desaeoil
Mas lieis nô qal sim pert per
[qieu nom doil
> 2.:<loDz plai.
234
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Ni de saraor non ai cor. qe
[me plaignia.
VI. Amers lonc temps ai estât
[em bretaignia
E faitz pechat qar mi mos-
[tratz orgoil
Sieu plus qe tuit. lautrama-
[dor vos voil
Ni mais vos am es doncs
[dreitz qe men plaignia.
237
EN PONS DE CAPDUEIL
(= B. Gr. 194, 6)
I. Entantaguizammenaamors
Qa penas sai sim dei chan-
[tar
0 si dei plagnier o plorar
Tant mi don * gaugz e
[dolors
5 Pero sel volgues dreit iutiar
Mais vai^ mais qe bes e
[maiors
Mas tan am finatnen
Qel mal teing a nien
E grazis e enanz
10 Los bens per qem platz
[chanz.
II. Bona donna près e ualora
E corteziab gent parlar
Oils rizens amoros e clar
E beutat ab fresca colora
5 E agrat don nô aues par
E totz bos autres faigz
[meillors
Vos fan enteiramen
Sobre totas valen
Per qieu soi ben. amanz'
10 Damors dd soi clamanz.
III. Loigniat maues sospirs e
[plors
Ab pés e ab merces clamar
Per zom deuetz tener plus
[car
E loigniar fegniens. preia-
[dors
5 Qe domna deu ben esquiuar
Los bruids dels fais deuina-
Car per un maldizen [dora
On fols semblan senten
Si leuon bruid tan granz
10 Camors en sembl enianz.
IV. {p. 222) Qes* gent de tos
[amadors
Can fan zo qes tain ad amar
Ni hom nos deu damor
[doptar
Qe lai on blasmes e follors
5 No 0 toi sen sobra non par
Qe greus es de doas colors
Cors ni faitz loniamé
Sabetz qem vai voluen
Tem qe si al talanz
10 Lai on vei los semblanz.
V. Aissora toi enuegz e paors
Qim fazian deaesperar
E de vos partir e loigniar
E preiar si pogues aillors
5 Mas tan gent sabes emendar
El sen triar de las follors
Car aman e sufren
E celan e temen
Vos conqerrai enâz
10 Cab mal ni ab bobanz.
VI. Na maria souen
Magradal pretz valen
Qe mais dei trauetz ^ tanz
Qe noi a obs mos chanz.
ï L : dona — «/. : nai — » /. : s. benananz — ♦ /. : Et es — */. : daltrauetz
LE CHANSONiNlER DE BERNART AMOROS
235
238
EN PONZ DE CAPDUEIL
(= B. Gr. 375, l)
I. Aissi mes près con cellui qi
[cercan
Vai bon seignior en essaia
[gan re
Qe tuit lonroD eil fan volon-
[tier ben
E chauzis nnn tôt sol qe ren
[nol blan
5 Nil fai honor estiers qar la
[voil gen
E qar lo sab sobre totz plus
[valen
Amal mil tanz mais em per-
[don seruir
Qals autres totz de qe si pot
[iauzir.
IL E es razos e dreigz al mieu
[semblan
Corn lo meillor am meils
[p«r bona fe
Si tôt noil val fols es qi sen
[recre
Mas seruacles * e ia rô non
[deman
5 Qe ben qier hom a seignior
[conoissen
Qi lonrel ser doncs sieu lam
[finamen
Midonz cui son bem degra
[iois venir
Qel genzer es com puesc el
[mon chauzir.
111. Si tôt mauci de bon cor senz
[eniau
Làm rent sil platza sa fran-
[cha merce
Cane pos la ui non aie po
[der e me
Mas damar lieis e de far
[son coman
5 Tant can la vei mi tel ve-
[zers iauzen
Ë can men part son en tal
[pensamen
Qen ch&t& plor em vol lo
[cors partir
Enaissim fai samors viure
[e monr.
IV. (p, 22S) Dieus qe la fe tan
[belle tan prezan
Li salu eil gar lo bon pretz
[qil mante
Qe non a hom tan dur cor
[si larcx *
Noil port honor. aissi vai
[melluran
5 Tôt cant comes ab valor ^
[ab sen
Abeillir fai sos f aitza tota gen
E als meillors. si sap miels
[far grazir
En totas res si garda de
[faillir.
V. Tant fort concis tôt can les
[benestan
Per qieu soi mortz si de me
[noil soue
E s&c amors ac nuil poder
[en se
Pos mi destreing forces
[lieis sol daitau
5 Qe non li enueg si lenqier
[humilmen
Qe nom faza mûrir tan Ion-
[gamen
Qil chant e ri e ieu plaïg
[e sospir
> /. : seru ades — * /. : la ve — * /. : coue ab v. et
236
LE CHANSONNIER DE
Eo pert souen lo maniar el
[dormir.
VI. Bels cors cortes per vos
[lais veramen
Rie ioi daillors e de uos non
[laten
E ges per tan non puesc
[mon cors partir
Qe mais e miels vos am
[qieu non sai dir.
VII. Naudiartz am pel bon pretz
[qieu naug dir
Mon* andreu rei^ totz
iorns enantir.
239
EN PONS DE CAPDUEIL
(= B. Gr. 375, 19)
I. Sanc fiz ni dis mullja sazon
Ves vos enueg ni faillimen
Ni passei vostre manda-
[men
Ab franc cor ' humil e bon
5 Vos mi don bella douza-
[mia
Km part de lautrui segnio-
[ria
E remanc en vostre merce
Qalqem fassatz o mal o be .
II. Per aital couen vos mi don
Qieu non ai poder ni talen
Qe men parta al mieu viuen
Camors * en vostra preizon
5 Mas qar etz la meiller qe sia
E auetz mais de cortezia
Qel plus vilas es can vos ve
Cortes. eus porta bona fe.
III. Bem pogras trobar ochaizon
BERNART AMOROS
Mas tant vos sai don a valen
Franch e humil e conoissen
Per qieus qis franchamen
[perdon
5 E tem vos tan qals nous
[qerria
Mas senz enian esenz bau-
[zia
Vos am eus amarai iasse
E tôt qant vos plai voil e
[cre.
IV. (p, 224) Doncs pos'nous auz
[qerre mon pron
E son vostre sers leialmen
Ben faretz mais de chauzi-
[men
E doblares lo guizardon
5 Sim donatz so qieu pla«
[volria
Senz preiar qaital compaî-
[gnia
Nos part cant senz. prec
[sesdeue
Can s ^ fis cors ab autre saue.
V. A penas sai dir hoc amors
Can no vei vostre gai cors
K humil e couinen [franc
Sim espert mon nai ben ra-
[zon
5 Qe totz lautre monz non
[poina
Tener nul pron. si nous ve-
[zia
Ni sens vos non puesc auer
[be
Per qieus er gen sius en
[soue.
VI. Beutatz e valors e coindia
Dona creis en vos chascun
[dia
W. : E m. — n. : vei.
3 Z. î G. e — • /. : G. ma — » c. en ; Tans
LE CHANSONNIER DE BERNART AM0R05 237
E prec dieu qel don mal
[astre
Totz cela canloigniat voa
[de me.
VII. Naudiartz pam* on qe aia
Voil sa coindiae sa paria
Câpres faig enan de' mante
Tôt zo qa valen pretz coue.
240
EN PONZ DE CAPDUEIL
(= B. Or. 375, 10)
I. Humils e francs e fiz soplei
[vas vos
Âb leial cor bona donna va-
[lenz
Qar etz meiller del monteii
plus plazens
Eplus gentils e plas fran-
[che plus pros
5 E genser e plus gaia
Per qien vos am ia altre
[pro noi aia
Tan finamen qe d<re nom
[soue
Neis ' cant prec dieu donc
[oblitper vos me.
II. E mais al cor vei en totas
[sazos
La bêla bocha els oils clars
■"e rienz
El gai solatz els bels digz
jimnenz
E vostre cors qu€B tant cars
[e tant bos
5 Non crezatz qu^m nestraîa
Cons dooz dezirs mi ten gai
[e mapaia
E non ai plus ni non i trop
[merce
Mas tant valetz qel mais
[val dautras be.
III. Nuil autramors nom pot
[faire ioios
Simpreiauon dautras dOnas
[sine cenz
Cab vos son fadatz liS plus
conoissenz
Tan son cortes li semblan
[eil respos
5 Qen tan qan soleill raia
Non a dona cui tan ries fatz
[seschaia
Ni miels fassa zo qa bon
près coue
Doncs son astrucs qar vos
am e vos cre.
IV. (p. 22S) AdreiU cors genz
[benestanz amoros
Nom auciatz vaillam francs
[chauzimenz
B leiautatz e fin amers qim
[venz
El bens qen die e merces e
[perdos
5 Nom voilliatz qieu dechaia
Qel loncs espers el dezirers
[mesglaia
Bona dona sol en dreg bona
[fe
Mi donatz loi corn peitz trac
[nom recre.
V. Si rais daitan son bon ^
'auenturos
Car §ieu en muor. autres non
'veria rizens
Anz faitz mentir lo bruig
'dels malidiz^ens
* c. en: pain — « c. « : «une e.— ' f. «i : Ucis— • /- : fc^n
SlO 1.& CHANSONNIER DE
A cui mera rendutz de boQ
Tro qieu cognois ea leia un
[fol uzatge
Abqem dechai emacambiat
II. Agut ma ia per leial aerui-
[dor
Msa Ua la uei adonar ab
Per qe samors nom mi plas
[deren.an
Niim ' pot far be qe ia ma-
[gues aabor
5 E paîtrai men qaieaim veo
[dagratdage
Pos ellaa part de bon pretz
[eUsamen
E ieu maloing teoer alCre
[viatge
On reataure ïo dO ma faig
[perde n.
ni. Ben sai aim part de leia nim
[vir aillor
Qe non 1er greu ni nO ao
[len a dan
Mas si cuigieuaabere valer
[tan
Cùssi con Bueil eDanzar aa
[l,.zor
5 Li aabria p«rchasaar aon
[dipoatge
Pero lais meD endroit moQ
[chauzimen
Qar assatz fat qi de mal
[aegniorBtge
Si sap partir ni loigoiar bo-
[nameo.
" men part mas can
[coaair lerror
BERNART AUOROS
El dan cai pre» el destric
[leia comaa
Hai com roagra trobat aeni
Qeil seniira e tengra en dou-
5 No poBC mudar qe nom sia
[aaluatge
Aiaaim cooort qaazit ai dir
[aouen
Cades pasaom primier p«r
[lo folatge
I! poia taing ben qom aan
V, Haicon cuiei fos dinz daital
CoD aparec de foras peraem'
[bl,
& enaissi con il a beutal
[grao
E con val mais gardes
5 & eiiaisai con es de bel ea-
[tatge
Degra en ae auer retenimen
& enaiasi coa ea dauaaoi
[paratge
Contra son ^retz temsea fai
[faillimen,
VI. Ja non degra beulatz far son
[estatge
Ni remaoer en dona altra
[nen'
Si non gardes Honor en aoi
[paratgi
EnO aguea en se retenemeo,
l. : Nim. — ' l.: allramen.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 241
244*
EN PONS DE CAPDUEIL
(= B. Or. 375, 24)
I . (p. 228) Tant mi destrein
[uns desconortz qim ve
Qab pauc non moiz ^ desmai
Te de cossiro
Qera nO sap qim so ni vol
[mora be
La res cl mon qieu plus am
[e dezire
5 Et a razon cane tan gran
[faillimen
No fes. nuls hom qames tan
[finamen
Mas per paor de falsa gent
[sauaia
Ai estât tan de vezer son
[cors gen.
II. Pero tan sai son verai pretz
[valen
Per qai respeig qenqeras mi
[atraia
Humiltatz* merces e chau-
[zimen
Tan es valenz e bella e
[coinde gaia
5 Anqeraura del sieu francha
[merce
E non créa son coi* cab
[leial fe
Serai tos temps sos hom e
[sos seruire
Malgrat dels fais qeil dizon
[mal de me.
m. Qe cortes fai cel qi conois
[en se
Colpa cant la per qieu noil
[aus desdire
Mas en roidonz ve qe nos
[fail en re
Nim pot auer tort e vol-
[gues maucire
5 Qen leis amar. ai mes lo cor
[el sen
K si tôt ill nom ama nim
[consen
Si vais daitan mi reuen. e
[mapaia
Qe nulz amanz non al ioi
[qieu naten.
IV. Las qe farai si de me noil
[soue
Quar si nom val donar. ma-
[greu martire
E il sabran lo uer si no
[mencre
Qen] telan. ai qe me mezeis
[nazire
5 Daital guiza qil naura mar-
[rimen
Qar sens samorteing lo mon
[a nien
Ben a raizon qem coufondem
[dechaia
Em teignia vil si de leis
[mal mi pren.
V. (hanzos vai tcn a mi donz
[qim mante
E digas li qeil soueigna de
[me
Qar mil aitanz val mais qieu
[non sai dire
Honors e pretz qant sacord
[ab merce.
Voyez le texte publié par M, M, v, Napolski, dans son ouvrage
Lebcn o. W. d. Trob. P. de C. p. 80 s. — « c. eîi : moir — « l : Hurai-
UUtz.
16
242
LE CHANSONNIER DE BERNÂRT AMOROS
245
EN PONS DE CAPDUEIL
(= B. Gr. 375, 25)
I . Tuit diten qel temps de pas-
[cor
Son plus alegre plus iauzen
Qan lauzel chanton finaipen
E vei hom de main tas colors
5 Los vergiers florir e foilliar
Ben sen deu hom miels ale-
[grar
Qi ama sens cor trichador
E es amatz mas cel cui non
[apaia
Jois ni anr.ors noil tem pron
[fiors ni glaia.
II. (p. B20) Pauc val totz lo
[mons ses amor
Per qieu iai mes flnamen
Lo cor el saber el talen
Miels de negun altramador
5 Qar si ma em poder bem par
Qieu non puesc de ren als
[pensar
Per som fes chauzir la gen-
[zor
Alei de si * ma voluntatz
[veraia
Doncs pos tant val. non crei
[qel sieu dechaia.
III. Aissi com hom tenc per sei-
[gnior
Alizandre de tota gen
Dizon tuit qil es veramen
Sobre totas caps e valors
5 Azautz e pretz lam fai amar
E qi ben ama deu gardar
En amor adzaut et honor
Per qieu mill ren ia plus de
[pro nol aia
A leis dessi ma voluntat
[veraia.
IV. Mais voil morirqem virail-
[lor
Quns francs esgartz doutz
[e plazen
Qem feiron sei bel oill rizen
[ ]
5 Sai ont estauc prez conortar
Qar sol mant degnat esga-
[rar
Man gitat desmai e derror
Merceslin rend .carfaisem-
[blan qeil plaia
Mos bes el danz. Ihes enois
[el esmaia.
V. Hai valens domna cui adzor
Prendaus de me francs chau-
[zimen
E sanc fiz vas vos faillimen
Merce vos clam ab gran
[temor
5 Qel fiz pretz qeus mi fai
[amar
Vos fassa tan qé voillatz far
Tal perda'qaprop ma dolor
Francha merces merce ab
[vos matraia
Qel iois qai tant dezirat men
[eschaia.
246
EN PONS DE CAPDUEIL
(= B. Gr. 155, 13)
I. Merauilmecompotnulsboro
[chantar
* c. e;i ; fi — « /. : perdo.
LE CHANSONNIER DE BERNàRT AMOROS
243
Si corn eu faz per leis qem
[fai dolor *
Qe ma chanzo non pose apa-
[reillar
Dos motz quai ters nom lais
[ marri tz chazer
5 Car no soi lai on estai sos
[cors gens
Douz e plazenz
Qe mauci dezirant
E non pot far morir. tant fin
[amant.
II. E car nom puesc nulla ren
[tant amar
Jes sa leis platz non deu ma
[mort voler
Cane pos la vi nom poic dal
[re pensar
(p. BSO) Mas com pogues far.
[e dir som plazer
5 Et es ben dreitz qel laus dels
[conoissenz
Es plus valenz
Per qieu mais nam lafan
De leis suffrir qe dautrauer
[ioi gran.
III. Maseunonlausmomessatge
[enuiar
Ni tant dardit nô ai queu lan
[vezer
E non o lais mas qar voil far
[cuidar
Als fais deuinz qaillors ai
[mon esper
5 Perol decirs mes ades plus
[cozenz
El pensamenz
Car ieu noil son deran '
Mans ioins aclins per far tôt
[son coman .
IV. Mais qen traia nom pot des-
[conortar
Tant la fai pretz sobre totas
[valer
Ni neguns hom nom la pot
[troplauzar
Deus don qil voilhumiltat^
[auer
5 Si con en leis es prœzse
[iouenz
Beutatz e senz
Cane dona non ac tant
Doncs qal tort nai pos nul
[autra nom blant.
V . Bella domna tant vos am eus
[teing car
Qe maintas vetz lo iorn non
[pueis tener
Qa una part non an tôt sols
[plorar
Si qieu nom pueis duna pessa
[mouer
5 Tal paor ai nô valia chauzi-
[menz
Car plus me venz
Vostramors sospirant
Qieu non sai dir ni re traire
[en chantant.
VI. Qeus sui garens
Plus vos am ses enian
Non fesyseutz son bon amie
[tris tan.
Fin des chanzos de pons de
[capdoil.
* l : dolep -^ ^ 0. en: deian, /. : denan — » /. : humilitat.
244
LE CHANSONNIER DE
247
L.\ C0MTES3A DE DIA
(=B. Gr. 46,2)
I . (j>. 231) Chantar * mer daisso
[qeu non volria
Tan me rancur de lui cui son
[amia
Car eu lam mais de nulla ren
[qe sia
Ves lui non val merces ni
[cortezia
5 Ni mas beutatz ni mos pretz
[ni mos senz
Qautresi sui enganade traida
Com degresser seu fos des-
[auinenz.
II . Daisom conort car anc no fîz
[faillenza
Amies ves vos pcr nulla cap-
[tenenza
Anz vos am mais non fes se-
[guis valenza
E plaz memoutqez eu damar
[vos venza
5 Lo meus amies car es lo plus
[valez
Mi faitz orgoil en ditz& en
[paruenza
E sius es francs vas totas
[autras genz.
III. Meraueilmecon vostrecors
[sorgoilia
Amies vas me. per cai raizO
[qé doilla
Non es ges dreitz. cautra-
[mors vos mi toilla
Per nulla ren qeus diga nius
[acuoilla
BERVâRT amoros
5 E membre vos cals fol co-
[mens&menz
De nosir amor sa^ dame deus
[no Yoilla
Ca ma colpa sial depar-
[tiroéz.
IV. Proeza granz qel vostre cor
[saizina
E lo ries pretz cauetz mé
[ataina
Cuna nO sai lundana ne ve-
[zina
Sius vol amar vas vos nô
[si aclina
5 Mas vos amies es ben tam
[conoissenz
Qe ben deuetz conoisscr la
[plus fina
E nembra' vos de vos très ^
[couiuenz.
V. Valermideu mosprezemos
[paratges
E mas beutatz e plus mos ûz
[coratges
Ver qeus man lai on es vos-
[tre estatges
Esta chanzon car mi sia mes -
[satges
5 E voil saber lo meus bels
[amies genz
ï*er qe mi setz ta fers ni tan
[saluatges
No sai si ses orgoilz o malz
[talenz.
VI. Mas aitan voil digaus p'us
[lo messatget
Qe trop dorgoil ten' gran dan
[maintas genz.
W. : A ch. — U. : ja ^ l : membre - ♦ c. en : nostres — » /. : an.
LE CHANSONNIER DB BBRNâRT AMOBOS
245
248
LA COMTESSA DE DIA
(=B. Or. 46, 1)
I. (p, 232) Ab ioi et ab iouen
[mapais
E ioia e iouenz mapaia
Qe mo8 amis es lo plus gais
Fer qeu son coind e gaia
5 E pois eu li fui * veraia
Ben taing qel me sia verais
Cant ^ de lui amar no mes-
[ trais
Ni ai cor qé nestraia.
II Moût mi plai car fai ' qe val
[mais
Sel qeu plus dezir que maia
K cel que primes lom a trais
Deu prec que gran ioi latraia
5 E qi qe mal len retraia
Non creza fors qiel retrais
Com coil maintas ves los
[balais
Ab qel mezeis si balaia.
m. Domna qen ^ bon pretz sen-
[ten
Deu ben pausar senten-
[denza
Eq un pro caualer valen
Pois il conois sa valenza
5 Qe lauz amar a prezeoza
E dOpna pois ama prezen
Ja pois li pro ni li ualen
Non diran mas auinenza.
IV. Qeu nai chauzit un pro e
[gen
Per cui pretz meillur e
[geuza
Lart ' e adreg e conoisser *
On es senz e conoissenza
5 Prec li qe maia crezenza
Ni hom voil ' posca far cre-
[zen
Qeu fassa vas lui faillimen
Sol non trop en lui fallenza.
V. Amies la vostra valenza
Sabon li pro e li valen
Per qieu vos qier de man-
[tenen
Sius platz vostra m an te -
[nenza.
249
NAIMERIC DE BELENOI
(= B. Or. 9, 7)
1. {p. 233) Aram destreing
[amors
Tan amorazamen
Qels mais qem fai nom sen
Anz mes lafanz. douzors
5 E la humils paruenza
Kil francha captenenza
De lieis per cui ma près
Amors ma si conqes
Qe vas on qieu estei
10 Lai on la ui la vei.
H . Qe qant ieu venc dailliors
La gran beulat el sen
Truep doblat doblamen
Per qe men pren temors
5 Qe merces no lam venza
Mais daizo ai pleuenza
Qe anc orgueils nos mes
En tan franc luec som pes
Pero com qem guerrei
10 Amors so tais com dei.
III. Sa couinenz colors
'c.en: sui — *l, : Cane — ^c.en: sai — • /. : qe en — s /. ; Lare —
* /. : conoissen — ^ L : noil.
246
LE CHANSONNIER DE BBRNART AMOHOS
Eill oill clar e rizen
Eil douz esgar plazen
El OQrada valors
5 Mes tant e souinenza
Per qe totz iornz magenza
Qe mos leials cors mes
Mirails de totz sos bes
Qe cant aillors cortei
10 Pensant ab lieis dompnei.
IV. Tant es gianz sa ricors
Qieu nô laus far paruen
Corn là forsadameu
Qieu non aten socors
5 Mais de sa conoisenza
Qieu lam ab tal temenza
Qesgardar non laus ges
Qelam veia. ni res
Qe tant garda ves mei
10 En lesgart me recrei.
V. Pos aissim venz temors
La bella oui mi ren
Naia bon chauzimen
Qel mon non es dolors
5 Mas truep. longa tenedenza ^
Per qieu fas tal sufrenza
Qe si nom val merces
Ab leis e bona fes
Paor ai qe desrei
10 E car o die folei.
250
NAIMERIC DE BELENOI
(= B. Gr. 9, 8)
1* Cel qi promet a son coral
[amie
Son seruizi cant lo ue ben
[amant '
* l. : longa tendenza.
« /. : benanant — 3 c. en : paia
•c. en: domuen
Nil per para' ges no fai
[eafort grant
Pero non die qazautimenz *
[non sia
5 Qi als granz obs son amie
[acorria
Som parria esfors e benes-
[tanza
E séria complida lamis-
[tanza.
II. (p. 234) Per vos domnaqem
[promesest o die
Vostre socors ab amoros
[semblAz
Qieu mestaua suau e senz
[afanz
Aram auetzem fe et emparia
5 Emblat mon cor e sufretz
[qieu maucia
Dun douz dezir plen de des-
[mesuranza
Dont a mes ioms non par-
[trai mesperaoza.
III. En vos si^ mes e de mi si
[partie
Qan vos traisses las blan-
[chas mas dels ganz
E remas lai mos cors, doin-
[nen<^ liam
Ries e ioios en vostra se-
[gnioria
5 E qar de vos non si part
[nueig ni diu
Jeu muer dire edenueie des •
[peranza
Car ses mi es en tan grau
[benanâza .
IV. Lo brausresposdomna mes-
[paorie
— ♦ / : qe chausimenz ■ c. »n : fi —
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
?47
Que mi fezes après dun bel
[semblaoz
Per qieu nom part de vos
[nius vein deuanz
Qen pensan sui ab vos. e sieu
[vesia
5 Vostre bel cors demueia'
[mauciria
Pero mais voil lai morirsenz
[doptanza
Qe viure sai en tan grieu
[malananza.
V. Lo bel semblant amoros aut
[e rie
El douz esgart el francs
[digtz ben estanz
De uos per qieu met autre
[en soanz
ËQ dreit dama* salua lur
[compagnia
5 An dinz mos oils. per meig
[facba lur via
Don man emblat lo sen e la
[membranza
Per qiea non viu ab ioi mas
[per semblanza.
251
NAIMERIC DE BELEUOI
( = B. Or. 9, 18)
I. Pos le gais temps de pas-
[cor
Renouellae ve
Vestitz de fueill e de flor
Chantarai de se
5 Catressi ses mos pensatz
De fin ioi renouellatz
Car mi sobranciers volers
A cui nom platz vils pla-
[zers
A trobat a son talen
10 Domna décor e de sen
Erguillosa ^ humil
De captenenza gentil.
II. Amar mi fai ad honor
Mos ries cors anc se
Senz blasme e senz follor
Dautrui e de me
5 Cane nom abeillitz beutatz
Ni paratges. ni rictatz
Si noi fo senz e sabers
Ql saa * far e dir plazers
E gardar de faillimen
10 Domne cel qa lui saten
E ai cor tan seignoril
Qaz autra amor nom apil.
m. (p. 235) Mais qui vol den-
[tendedor
Proar sama be
G art son sen e sa ricor
Ni con si cbapte
5 Qe ses ben enamoratz
Li faig eil dig el solatz
Seran plus rie qel deuers
Camors non es mal ' pla-
[zers
E tuit bel captenemen
10 Mot von clamar ^ leialmen
Mais ieu non truep antre
[mil
Un qi en sos faigtz non
[guil.
IV, Qi vol apenre damer
Amar li coue
Qe ia per enseigniador
Non apenra re
5 Qe fin amors so sapchatz
Non es als mas volûtatz
* Il denneia— * l. : damar.
* /. : E. e — ♦ Z. : fan — * c. en: mas — ^ Mouon damar
248
LE CHANSONNIER DE BBBNÂRT ÂMOROS
Caduz inz el cor vezers
On la reten bels plazers
E viu de dous pensamenz
10 Per cui qê am e reten
En aut luec o en sotil
Vesqez a rie cor o vil.
V. Mas tan a fina valor
Cella qem mante
Qe non cre lauzcnjador
Ni fais ditz zo cre
5 Qel sieus genz cors* pre-
[zaiz
Complitz de totas beutatz
Conois menzonias e vers
Per qe nom tem fais pîa-
[zers
Cnb sen. soAna e pren
10 E iuia tan leialmen
Qe palais ten p«r cortil
Som noi fa fag agradil.
VI. Ni on plus vau qeren
Terra ni baron ni gen
Tuit autre fag mi son vil
Tant son li vostr? gentil.
252
NAIMERIC DE BELEUOI
C= B. Gr. 9, 12)
I. Merauil me com pot hom
apellar
Amorsospirni corals desi-
[rers
Ni com pot hom de sa dolor
[chantar
Mais car nom puesc mon
[cor dire es tiers
5 Jeu chan forsatz, ab alques
[dalegranza
Per zo qe tais aprenga ma
[chanzon
Qe la chante lai don nô
[parc ni non son
Ni descubrir non laus ma
malananza.
II. Tuit li certes qi ren sabon
[damar
Lo deuon dir de gaug e
[volontiers
Qe chascuns deu en si me-
[zeus pensa r
Con es granz mal paors de
[lauzengiers
5 Qieu era ries de sola les-
[peranza
Caissi sal dieus dais non ai
[sospeizon
Ni ella cor tro lauzenier
[fellon
Percasseron ma mort e ma
[oranz.i.
III. (p, 236) Auoir» me fan dou-
[zamen senz cuiar
A la bella qem toi totz aie-
giers
Qe sa colors fresca el dotiz
[esgar
El gais solatz sauis e pla-
[zen tiers
5 Mao e mon corb^stida. un i
jdauza
Qem pren cant fui * emmet
[en tal preizon
Qe issir nom puesc semortz
[ou amanz non
E la mortz es ma maier
[esperanza.
IV. Tant can puesc sols a una
[part estar
ï L : cors ries.
' /. : Aucir —3 c. en: sui
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 249
Me pais ab ioi mos mortals
[consirers
Que ma fag si autras res obli-
[dar
Qieo nO vei luecs domna ni
[caualiers
5 Mas entorn leis qem ten
[en remembranz i
Son douz pais en sa gnia
[saizun
Aqel pensara me plaz tm.
[em sab bon
Qe ma dolors mo par granz
[alegrnnzn.'
V. Pero daiUn li veil meice
[clamai*
Qe tan' sera ab amanzdrei-
[turiers
Qem deign mo nom ab son
[solatz mesclai'
Qe lais men er nonsabenz
[messatgiei-8
5 Qe mé fara al cor gran ale-
fgranza
Cam * mo dira, daquel solaiz
[con fon
K granz plazers qi bel ditz
[per razoD
En dreg damôr. engal dun
[fag balanza.
VI De nostre rei mi plagra da-
[ragon
Qe per son sen disses doce
[de non
Aissi com pretz o reqîer e
[ouranz.i.
253*
NAIMERIC DE BELEUI
(= B. Gr. 9,9)
I . Domna flor
Damor
Domna senz vilania
Resplandor
5 E color
De tota cortezla
Vostramor
Fai socor
Aicel qen vos sen fia
10 Tal qe plor
Ne dolor
Non sen verges maria
Car de vos près charn ^ hu-
[mana
Jesuchrist qi lau e sana
15 Totz vostres amies de mal
Per confession leial.
II. Rie * iornal
A gen lal
Benedeita gloriosa
Qa nadal
5 Fos en<;al
Maire fiUha e espoza
De reral *
Cort captai
Done poderoza
10 Un logal
Mi faitz sal
Misericordioza
Qe nois mes daqesta uida
Car noi trop tantes marrida
15 Cort ni donna ni segnior
Senz trebail ni senz dolor.
'i.:can- » L: Cant.
' Voyez Védi lion donné f, par M. Chabane lu dans la liev. d. l. t\ IV
*•, t. II, p. 571 ss.. — 3 Ch.: char — * Ch.: Qui Lecture douteiK^ ^
* c. (71 : reial— • l: Dona Ch. : misericordiosa
250
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
III. (p. 237) Qi honor
Vol damor
En vos dOna entenda
Qe daillor
5 Ne ven * plor
Tôt ioi qe hom natenda
Eil meilhor
Fan follor
Guidon qe miels lur prenda
10 Cab sabor
Dan maior
E pert cascus sa renda
Mas la vostra amistanza
Dona ioi e alegranza
15 E tôt ire pensamen
[ ]'
IV. Ben i pren
Qui enten
En vous dousereina
Cab iauzen
5 Pensamen
Son dezirer afina
Cor e sen
E talen
Mi donatz e aizina
10 Qe viuen
Peneden
Ab vera disciplina
Dona mos pecbatz fenisca
De tal guiza e delisca
15 Cal iorn derrer mi iutjatz^
Ab aicels cauran ben faitz.
V. Seignier en vos non perisca
Vostre prez e non delisca
Qe cant la mortz eis dagait
Tuit li cuîdar son desfait.
254
EN BERTRAN DE LA MÂNO
(= B. Gr. 76, il)
I. Lo segles mes cambiatz
Trop laig don soi iratz
Qapenas sai qem dia
Qieu soil esser vezatz
5 De chant e de solatz
E de caualeria
Mesclat ab cortezia
E zo per qom valia
Era ma volontatz
10 Et en digtz et en faitz
En tôt zo qieu podia
E las domnas vezia
Cellas cui valors tria
Ab lur plazentz beutatz
15 Don era conortatz
Del rie ioi qeu nauia
E trac nen garentia
Amor qi me mouia
Del tôt mera donatz
20 Azo qe valor platz
Sil segles mo suffria
Ara tem qe blasmatz
Non fos e côdampnatz
Si ren daqo fazia.
II. Ara me sui viratz
Totz enics e forsatz
En zo qe non plaz mia
Car mi couen de plaitz
5 Pensar e dauocatz
En far libels tôt dia
E pois esgar la uia
Simils * corrieus vëria
Qi men ven da totz latz
10 Polsos et escursatz'
« l. : Deven? {Ch.\ ~^i Ch.: E foi de paubre manen — 3 Ch,: jugaU
{imposable pour la syntaxe comme pour la rime).
*/. : Si nuls — » Z»: escuisatz
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
251
Qe li cortz lo menuia
E si me ditz [follia
Blasmar non lauzaria
Anz me ditz totz] priuatz
15 Qen cort es demandatz
El pena Rescriuia
Qomnous perdonaria
Ses ' iorns en vos faillia
Segnor ar esgardatz
20 (p. 238) A qe ieu sui tor-
Sieu sui ben a la lia [natz
Per qam aitan lo glatz
Qom faz las âors dels prutz
Qar non sai on me sia.
III. Baron a dieu siatz
Qar hom qe viu forsatz
Trai piegz qe si muria
Al rei castellan platz
5 Qes sobre totz prezatz
Qieu tenga lai ma via.
IV. Qen lui mer restauratz
Jois e chanz e solatz
Qallors non reuenria.
255 '^
EiN BERTRAN DE LA
MANNO
(=B. Gr.76,21)
I. Unachanzonduneia^ai telan
Qieu la fassa ab gai sonet
[contes
E ges daitant no mi for en-
[tremes
Maa forza men amora e
[ma enanz:i ^
5 Per la bella qes tant pros e
[valens
Qeu non laus dir com mauci
[ab turmenz
Per qil dirai cbantan ma
[malananza.
II. Lo primer iorn qieu vi son
cors prezan
Anz qem partitz denantz
[leis mac conqes
Sa granz beutatz e si lassât ^
[e près
Cane pois non saup qe si fos
[benananza
5 Tant sui destreitz dangoissos
[pensamenz
Car nom mi val merces ni
[chauzimenz
E ia totz iornz dobla ma
deziranza.
m. Mas can remir son bel cors
[ben istan
Nô merauill son grant error
[ma mes
Car sa beutatz [ ) es'*
E SOS fiz pretz. e sa gaia
[coindanza
5 Al sieu lauzar non sui eu
[pro sabenz
Mas aitals es cobs noi ha
mais ni meinz
Con hom pot meils fazonar
[per semblanza.
IV. Âl sieu rie pretz no sui eu
pro ualent
Mas som ' valgues.per amar
[coralmenz
^c. en: Sel.
* Voyez C édition de M, Chabaneau dans la Eev, rf. /. r. IV s., t. Il,
p. 564 s. — * c. ew : dimeia — ^ Çh,: m'o enanza — * Ch. : lazat — c Ch. :
Peut-être la lacune est-elle entre beutatz et es — s/.: sim (C/i.)
258
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Ben istera * égal en la
[balanza.
V. Del comte sai mo segnor
[vermenz '
Qe chi' fara el chantz nO
[valra meintz
E per mo mal o ^ chantara
[en danza.
'256
EN BERTRAN DE LA MANNO
(= B. Gr. 76, 5)
I . {p. 239) Délassai de proen-
[zam doill
Car al meu port nO passa
[ren
E car noi prenc zo qeu ^
[soill
Foitmenueia. cascus o cre
5 Mais segners faill qel sen ^
[descop
E qant pot ben aucr lur ^
fcor
E bon araor de tôt son co-
[munal*
Qel mils ^ trazaurs a senor
[tan no val.
II. La sal an mes a tan gran for
Per qeu tem fort e tem ancor
Qel prouerbis qes tan diz
[torn en mal
Condugz ab carn totz es
[perdutz per'° sal.
m. Qi aital ortolan acueill
Paor deu auer per ma fe
Qe noil faria mal en loill
Ren qel ait de ben en torn
[se
5 Mas cre qel o fai per de-
[mor
Car talcet".cennauz part'^
[son tezor
E nous cuides qel o fassa
[per mal
Car a totz part son axier
[per égal.
IV. En bonafaci a rie cor
E non es ges cassatz el cor
Qe donals seus e los garda
[de mal
Per qe li son trastuit bon e
[liai.
V, SiP^ qesa comparatz a troill
[Nos tenon sai estrec '* lo fre
E] nos tenon lo cap el soil
E noi troban ^^ nulla merce
5 Mas non es senblanz ges
[encor
Qe gérez '* sos enemics
[for
De sa terra on li faziou mal
Els francs baros degra" far
[atretal.
VI. De la sal non an ges per lor
Anz li son tuit li autre for
Qe n5 nau trait ensems un
[plen grazal
« Ch. : iflera (/. : istera) ^ *Ch.: ver[a]menz — » /. : si ? {Ch.) — * /. : per
m*amo[r] \o7{Ch.).
* Voyez Cédition de M. Chabaneau l. c. p. 565 s. — * Ch. : que [eu
- « Ch. : seu[s] - ' Ch. : lux, l. : lur — « Ch. : cumunal — * /. ; Que (1)
nuls(C/i.)— »• /. : sens?{C/i.). Comparez: Bacons mal salez en charnier
empire Prov. au vilain p. p. A. Tohler2^, 7 — »» c. en: ici— '^ /. ; per?
(Ch.) - »» Ch. : Sel — »* Ch. : estret — «^ Ch. : trobam — »• Ch. : prêtes
— *7 Ch. : degran
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
253
Don prouerbis e pesatges
[pauc val.
VII. Qui * mal semena mal coill
E qi mal peoza mais 11 ve
E qi mal mi fai mal 11 voill
E prec dea ' qe de mal
[lestre
5 Don daisso malegren ' de*
[mor
E nai gran plazer .e mon
[cor
Qe dius ^ non gic aueniar
[ben ni mal
Per qen seran tuit venje tal
e tal.
\U\.(j}.240) Flacs baros viz*
[eus metetz * for
Descoratze noi ontassescor
E membre vos del cor ^ de
[la sal
Si non iamais non seretz
[proenzal.
257*
PEIRE MILON
(= B. Gr. 349, 6)
I. Pois qe dal cor mauen farai
[chanzos
E pois qeu vei espandre flor
[de nouel
E pois qeu vi alegrar li auzel
Qi van chantan sus larbre
[qe foliios
5 E pois qeu vei lun del au-
[ties iauzir
Ben puesc auer pensament
[e consir
C ar anc un iom. no fui ioioa
[damar
Ni la per mal damor non
[pose estrair.
II. Domna en vos trobei. tais
[guierdos
Com fa al lop lo chabrols e
iagnel
Qant enver lui ill coren senz
[reuel
E laissam star las fedas els
[moutos
5 Aissi domna al pr/m al mieu
[albir
Per la meiller ou * vos cui-
dai chauzir
Mas iogador. ai vist souen
[iogar
Qe geta fal e si cuia en-
[trar.
III. Lai* ma donat vostre cors
[orgoillos
Tota *o daissi lira el capdel
E fassa mi sius plaz un
[semblan bel
E la poissas non sera tal-
[nos "
5 Merauill me car am tant ni
[dezir
Q e per merces no vol un
[prec auzir
E la ar " merces lo segner.
[deus dun lair
Qi en la crois li saup merce
[clamar.
ï CA. /. : Gel qui? — « Ch. ; don ( /. ; dieu) — » CA. ; malogren ; /. ; mal
e greu (Ch.) — ♦ c. en; drus — »: /. : vos(C/i.) • Ch. ;metes— ' Ch.: cor[e].
• Voyez l'édition de M- Appel d après les mss. I a dans la Rev. d. /. r.
IV $. t. IX p, 193 ss. — « /. : melllor eu — » Appel: Hai - lo c. en:
Tola — H A.: tainor — J* c. en ; ac
254
LE CHANSONNIEE DE BERNAHT AMOROS
IV. Las qe farai morrai tan
[cossiros
De ' qeu non puesc de leis
auer apel
E com li soi cascun iorn
[plus fizel
Eu mais la trop vas mi plus
[airos
5 E cant la veg encontra mi
[venir
Eu vauc vas leis tan ioios
[per seruir
Donc se capten escura del
[iogar
Mas ia vi far après scur
[temps ben clar.
V. A ra soi eu en cancer tenebros
Sa par no ui en mur ni en
[castel
Qe eu non puesc trobar clau
[ni martel
Qem puesca trar de leis
[mans del leos
5 E pois merces qera claus
[de lubrir
(p. 241) Eu non la trop soi
[vencutz sens mentir
Ni ia per zo nom recreirai
[damar
Qieu vi ia hom qera vencutz
[sobrar.
VI. Ai mala res dieus vos lais
[repentir
Del malqemfaitz.donmaues
[fait fiorir *
Caissi com pert [tôt aiga
douz e mar
Son non si! pert] en vos
[amors son par.
258*
PEIRE MILON
(=B.Gr.349,7)
1 . Quant on troba dos bos com-
[batedors
Dengal proeza e dengal gar-
[nimen
E luns non pot plus de lau-
[tre nien
Donc me sembla qel locs
[fora maiors
5 E sil son dos sobra a un
[som par
Qi se combat qant qel pot
[pois merces
Sel lor clama, da blasmar
[non es ges
Nom merauil. sel sol non pot
[durar.
II. E pois qel dos qes del venzer
[seg^or
Non an del sol merces ni
[cbauzimen
Adonc sen fan blasmar de
[tota gen
E lor afar torna a deshonor
5 E sim ' autre vengues sol
[aiudar
E venqes. son pois los dos
[semblant mes
Qe tota gentz iutjera granz
[bes es
E da chascun il se fbiran
[lauzar.
III. A vos merces complaing eu
[mas dolors
* c. en : Oc — • c. en : florir.
• Voyez l'édition de Jfcf. Appel d'après les Mss, I a dans la Rev. d. l. r.
IV s., t. IX, p. 195 ss. — 3 Appel : s'un
LE CHAKSONNIER DE BERNART AMOROS 255
Qe no men pot aiudar om
[viuen
Qieu soi lo sols qis combat
[escien
Encontra dos ma domna et
[amors
5 E ia nom val merces tôt
[iorn clama r
Or maiadatz. si vos platz
[gentils res
Qe chascuns hom grazitz
[los bes
Pos qe nom val ni ben dir
[ni ben far .
IV. E sieu pogues. eu fugira
[ailiers
Mas lus dels dos menchauza
[em repren
Qi cor plus tost cauzel qi va
[volen
Estiermon gratmi fa tomar
[valons
5 [E sa merces plagues de
secors dar
Non o] pot far se il tôt o
[vol gués
Qe ma donna nol vol que
[ma conqes
Adz vol qeu moir en lais
[desesperar.
V. Ara pose eu tomar mon
[chant en plora
Pois qeu non puesc fugir
[qe lunz mi pren
E pois non puesc durar. plus
[nom defen
Pois de secors non pose
[auer valors
5 Las qe farai nom 9Sii(jp.242)
[acoisselar
Se lus dels non s ta vas mi
[certes
Pois qe sos hom mi tent ^
[liges e près
Sol del pécha t qelqe bem
[degra far.
VI. Ben es maluatz qis laissa
[perillar
Alcun caitiu saiudar li po-
[gues
Pois qen vas lei non es
[mespres
Mas sol daitan de seruir e
fdonrar.
VIL Ai ma donna si vas vos mi
[valgues
. Plor ni sospir ni maltrag
[qeu agues
Ja per nul temps ioi non
[cug demandar.
259*
PEIRE MILON
( = B. Or. 349, 9)
1 . Si con lo metges fa crer
Al malaut qe ont e brai
Qan li ditz tu scanparai
E del morir sap per uer
5 E pero sil relinquis
Enanz qeil mortz sia
Ni noi va tan can solia
Can siaproisma de la fis.
II. Aissi mi donz men promis
Em diz qe gauzenz serai
Dels mais traitz qe sufertz
[ai
Don tome mom plor en ris
^c.m.: rent.— * Voyez Vidition de M. Appel diaprés les manuscHts
NlKadoTwto/lei;. d.iir. /K«. JX,p. 198*.
l
^56
I.E CHANSONNIER DE
5 Qeu cuiaua mom piazer
Auers senz bauzia
Ara veg qil do sufria
Dels sieu) beU oils mi vezer.
III. R pero nom desesper
Ni ia nom desperarai
Ni desesperatz serai
Anz ferm en leis mon esper
5 Qe per bon esper enreqis
Paubrom mainta via
Per desesper non ac mia
Vidas tracher paradis.
IV. Dieus per qe ai mon cor mis
Lai don ia non iauzirai
Pois qe sa promessa estrai
El non son hoc contradis
5 Peros doblal meu dolor
E creis noit e diam
Mas som sembla gran folia
En prometre non voler.
V. E per zo e nonchaler
Métrai el dezir qeu nai
Fols qe ai dig. no farai
Qel nol vol cel qen poder
5 Ma per qeu mafortis
En sa compagnia
Qe samors tant fort me lia
Qe de tôt il ma conqis.
VI. (p. 243) Eu soi cel qe nom
[geqis
Per respeig anz atendrai
Ni ia nom en recreirai
Anz serai de tôt aclis
5 Qel mont non es nul auer
Qim des manentia
Per qieu mais en sa bailia
Voill esser matin * e »er.
Vil. Chanzo dieus mi lai vezer
Qe tu dreita via
BERNABT AMOROS
Anz midonz senz f allia
Far lo mieu maltrag saber.
260*
EN PEIRE MILON
(=B. Or. 349,1)
I . Aissi mauen con cel qi sci-
[gniors dos
Seru p[ert]ostemps ni nô ai
[guizerdos.
E de ben far en vas lor sa-
[fortis
E chascun iorn son plus
[contrarios
5 Ai per qel fan ia comanda
[razos
Cel qi ben fai deu ben tro-
[bar amis.
II. Ben puesc esser duna ren
[doloiros
Car anc damor no fui auen-
[turos
Ni de de doncs ' e uas lor
[soi aclis
Com en seruir met plus
[mentencios
5 Eu mais los trop vas mi
[plus airos
Ni ro ^ fnz re qe a lor abeil-
[lis.
III. Ara vei eu qe razos chai en
[ios
E qe orgoils poia senz failli-
[zos
Pois quel seruir del tôt si
[relinqis
* Appel: Voil e. matlin.
• Voyez l'édUion de M. Appel diaprés les mamiscrUs C I N a dans la
Rev. des l. r. IV.,t.IX,pA90ss. — « Appel : donas — » /.: no
LE CHANSONNIER DE
E qel befagz. es del tôt
[nuallios
5 Qan hom merces demandon
[senz chaizos
E perdon qer daisso qe nom
[faillis.
IV. Pois qe nom val merces
[dreigz ni razos
Seruir ben far esser fizel ni
[bos
Pauc mi valgra seu fols
[nienics
Pois qaissi es qe non trop
[garizos
5 Plore sospir etestauc tene-
[bros
Et enaissi viurai tosc * e
[la fiz.
V. Bem mirauill qi anc no fon
[ioios
E semprestai. marritz et an-
[goizos
Corn pot viure qi damor non
[iois
Ni non atent ni bels digtz >
[ni bels dos
5 Qe si ma fag la bella de cui
[sos
Senz colp de fust ma mort e
[ma conqis.
VI. (p. 244) Ai dieus qe non
[pose esser amoros
De la bella qem fai star tant
[iros
Mas cant ieu veg ^ sa bocha
[e son cler vis
Ab ^ cor mi tocha. una tais
[passios
BERNART AMOROS 257
5 Com la pogues baizar per
[fin amors
No sai qieu die tan son mei
[enemis.
VII. Chanzo lanzac qieu no voil
[autre mis
E va ten tost ab bella de
[cui SOS
E dig li ben qeu moir de
[lamor sos
Si eu non bais los sieus
[clars oils voltitz.
261*
EN PEIRE MILON
(= B. Gr. 349, 5)
I . Pos luns auzels en vas lautre
[satura
De lais de critz de voûtas de
[chantar
E per amor per laire' ses
[baudeia
Eil tui* son clar qi corren
[per valeia
5 Ben son doncs fols qen
[amor nom atur
B car no soi ara gai ni^
[chantaire
Pois caissi es eu chant e
[mesbaudei
E pois qeu vei reuerdir pose
[e prea.
II. Per vos amors chascuns
[hom se meillura
Car hom nés lares e certes
[e * sap far
^c.cn:tPosc— «^ rdigz— »^.:euueg — * ^.: Al.
. ' yoyt!z l'édition de M, Appel dans la Rev. d. L r. IV s., t, IX, p. 187
t'—^ Appel: de plaire — « il.: lui, c. eri: riu — ' -4.: e — « i, : et
17
258
LE GHANSONNIEH DE BERNAHT AMOROS
Tôt chauzimen. e per vos si
[domneia
Drutz en chambra, ab sa
[domna priuea
5 Ben soi iratz car per vos
[non meillur
E car nonsanpancor' qe fos
[a faire
Non sap qe fos domneiar ni
[domnei
Qe ma domna del tôt son ^
[es alea.
III. Qel iorn qela se mira non
[a cura
De negun hom qe la pogues
[amap
Ni non auzira hom qi la veia
Per qieu uolgra qel mirador
[fos spea
5 Virar ^ vos puesc domna qe
[dais non cur
Ester de vos de cui sui fiz
[amaire
Gant vostre cors auinent
[gart e vei
Mi par qe deu sia en la con-
[trea.
IV. Ai franca res non siatz tant
[endura
Pois qe sabez qeu no men
[puesc strar
Gant penz de vos e non sa^
[con se seia
Tôt mart del dol lo ventre e
[la corea*
5 E ia non vol razon. qe lom
[sendur
Enuer celui qi no sen pot
[estraire
De lei amar de seruir on si
[sei
Mas tal razo a nos nés
[agréa.
V. (p. 245) De totz bos aibz
[poia e donc peiura
Gar il merces. a leis non val
[atrair
Ar qe farai. pois merces
[non laatreia
Eu atendrai daitant lai
[afieia
5 Qe meillurar vol auanz qeu
[peiur
E sil plagues. qelam degnes
[atraire
Pois qe sos om liges a li
[mautrei
Er bon^ sorgoil en li fos
[aualea.
262*
EN PEIRE MILON
(= B. Gr. 349, 4)
I. Per pratz vertz ni per amor
Non chant ni per bosc
[foillutz
Ni per mai ni per pascor
Ni per clars rius cai vegutz
5 Ni per chant dauzel ni critz
Ni per vergier qes floritz
Mas per las bonas del mon
Domnas comenz machanzoo
Gui eu am .
II. E non sui ies recrezutz
Si tôt amor me faillitz
Qeu nô am chant e desdutz
* A, : ancar — * c. en: seu — ' c. e7i : iurar — M. : coreia — ^A.: ben.
• Voyez Vidition de M. Appel dans la Rev. d, l. r. JV «., /. IX,
p. 185 ss.
l
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
25^
E qe ioi non sei grazitz
5 Gardatz seu agues razo
De far gauz e mession
Com fora de gran valor
Mas damor non ai sabor
Nin iauzi.
III. Tôt iorn mi stauc sbaitz
£ soi en gran sospeizo
Ni ia mon cor ner sclairitz
Qenaissi es la saizo
5 Garnie senz cor trichador
Serai e fin amador
Mas car non soi conogutz
E mes cant fatz en descutz
Ni nom cal. *
IV. Bes non pot dar garizon
Si non cel qes bellazor
Doills ' de cor e de faizon
E per zo soi en error
5 Ben par qel mont ai perdutz
Pois 3 amor non ai agutz
Don totz temps soi encubitz
E de cel mal fui garitz
Ni i ai pro.
V. Veiatz e qe qe ricor
Nom val. ont. en esser
[drutz
Si fa e com ^ la genzor
Gardatz si fai* al saubutz
5 Non per qe qe tant ar^ ditz
Non soi. non en malditz
Non pose aïs ar mi respon
Es lare oc e maluatz. non
Ni vilan.
VI. (p, 246) Saissi es non ses
[vencutz
Eu nô tro caial speritz
Sofre lo dart e lescutz
Eu oc qe tant ma baillitz ^
5 Manda li qet fassa un don
Eu oc be senz contenzon
Qun ris te don per amor
Saizo faz ja^ don meillor
Nom es de* plus.
263*
EN PEIRE MILON
(= B. Gr. 349, 8)
I. Sieu anc damor sufferc ni
[mal ni pena
Dol ni trebail ni destric ni
[rancura
Danz ni mais traitz. per cbalt
[ni per buzema
Ni plors ni geins ^' ni consir
[ni sospire
5 Arail grasisc les bes qe il
[me dona
Lo gaug lenanzlo déport la-
[legranza
E lo solatz del totel *^ ben-
[voillenza
Qim plai aitan. qe nom par
[qe mal seia.
II. Auiatz lo pro el be camors
[démena
Encontra cel. enuas cui il
[satura
Qe chascun iorn *' cui mal-
[uastatz gouema
Samor fatrai *' vas lui al
[mieu albire
5 Lo rent certes larc e pros e
[sadona
I A,', val — « Appel : d'oils — M. : Pois c' — * il. : con — » A, : fei -
• c. en : ai — ■» ^. : m*abeillitz — « ^. : f a — " c. en : N. des.
• Voyez : C. Appel : Provenir Inedita aus Par, Hss, p. 242 ss. — »• /.
gcms — u /. : tota — " /. : hom — «» Appel : farai; c. en : satrai
260 LB CHANSONNIER DE
Vas los valenz e val miels
[sacoindanza
Ben mil aitan e de moutz
[bes lagenza
Cel caisso fa mi par camar
[se deia.
III. Fais blasmador lamada *
[qarentena
E lo malan aiaz qe vos fal-
fzura
Si mantenetz per qe la gentz
[seferna
Lo gang del mon cor era
[plor * en ire
5 Qar vos blasmatz amor qe
[tant es bona
Sol per aisso car no vos
[da samanza
E non es dreitz pos qel es
[sa voillenza
Qe non vos am ni ia non vos
[guerreia.
IV. Chase us fa ben qi sa lenga
[refréna
E qi garda razo dreitg e
[mezura
Caisso no fa degresser en
[cisterna
E degra trair pen e dauz e
[martire
5 E se eu fos segner de la
[corona
Ai mal astruc qi obren sa
[musanza
E paraulas laissanar senz
[temenza
De las gautas la lenga li
[traireia.
V . (p, 247) La merce deu damor
[soi en cadena
BEHNAET AMOROS
E serai o mentre ma vida
[dura
Non laisarai si tolz mi en-
[fema
Qeu non sia sos om e sons
[seroire
5 E dei 0 far quar il de tal
[persona
Vol qeu aia samor e sa coin-
[danza
La genzer es de' lo mont
[senz tenza
Grâces li ren. qelaP vol e
[laatreia.
264*
EN PEIRE MILO
(= B. Gr. 349, 2)
1. A vos merces voil retrair
[mon afairo
De mal damor e de sa for-
[faitura
Per merceus prec entendetz
[ma rancura
Pois qen amor me mis sui
[finz amaire
5 Con vos mercei merceian
[humilmen
Lafan damor el dan tôt eis-
[samen
Ni per merces il nom vol
[dar guirenea
Anz vol amors qeu moira
[ab Buffrenza.
II. Per vos merces qi es tant
[debonaire
Nom vole amors far ten * qe
[fos mezura
' /.: la mala — • ï. : tom en p. e — ' /.: de toi — * A. : qe tal.
• Voyez : C. Appel Prov. Ined. p. 239 ss. — ^ c, en: ren
LE CHANSONNIER DE BERNA RT AMOROS 261
Sa vos plagaes m«rc6s [ar V. Ane ab mos oils non vi filla
ben dreitura [de maire *
Blasmatz amor e si es con- Qi de son cor volgaes star
traire [tant endura
5 Senz vos merces] non es Sil oil gardon vas lei fiz e
[nuls hom viuen ^ [mezura*
Gamor de dieu pose auer ni Mal mieu cor fiz a leis degra
[de gen [atraire
Ara mostratz merces vostra 5 Car per los oils se mes en
[vaillenza [aital ren
Encontramor non laissetz Qi en son cor non a merces
[per temenza. [nien
III. E si merces no fos al mieu Nil seu bel oil non curan
[veiaire [de tenza
Lamor de dieu non cre qa- ^i non curan del meu cors
[gués cura [per crezenza.
De negun hom qe ves mer- yi. (p. 248) Els sieus bels oils
[ces sendura [qjn fan dun don donaire
Pero amors aiaz talan da- Aguessen cor de far ben
[traire [senz falsura
5 A vos merces e fares chau- jig garderan meus oils et er
[zimen [dreitura
Car senes leis amors es Qg^\ prim esgart tôt el meu
[dengan plen [corn esclaire '
Aiatz merces merces a soui- 5 g daitan prec il sieus clars
[nenza [oilz rien
E vos amors voillatz qe q^ ^ian cor de far mun ris
[merceus venza. [plasen
IV. [ E sil mei oil vezen tal cap-
[tenenza
] Ben sai mos cors iauzira
E pois mei oill gardar al [senz fallenza.
[sieu repaire y IL Bella domna aias damor
5 Ben degrals oils voler mal [talen
[senz conten e venza vos merces per tal
Qi al mieu cor fan dolor tan [couen
[souen Car mei oil fan vol un tiers
Qeu sai camors dais oils [mantenenza
[primers comenza Enmoncoraitotamaconois-
Per qe mos cors en fa la Tsenza.
[penedenza.
* Appel : da maire (/. ; de maire) — * il. : mesuFa — • i4. : cor m*e.
262
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOUOS
265
[RAIMON JORDAN VESCOMS
DE SAINT ANTONI ]
(=B. Gr.404,11)
I • Vas vos soplei domna pri-
[meiramen
Per cui eu chant e comeoz
[ma chanzo
E sa uos platz entendetz ma
[razo
Qestiers nous aus descubrir
[mon talan
5 Aissi maue qan vei vostras
[faizos
La lengamfaill. el cornai te-
[neros *
Car qi non tem non ama
[coralmen
Per quieu ting car lo vostre
[segnoratge.
II . Bella domna merce trau per
[guiren
E pos merces nom vol dar
[garizon
Per merceus prec qe mer-
[ces venzal no
Ni ja daizo nom veires re-
[crezen
5 Anz clamarai tant m^rce a
[rescos
Tro qe merces tenga mos
[bratz ambdos
Entrels vos très e fora chau-
[zimen
Car nO er menz de certan
[homenatge.
III. E seu follei ben lo fatz
[escien
Sabetz p^qe car mi platz
[em sap bo
E dirai vos p€r cal enten-
[cion
Ben esperan. ven hom a sal-
[uamen
5 E sim faitz ben molt en serai
[ioios
E sim faitz mal sufrirail per
fauzos
Grazirai lo ben el mal eis-
[samen
Aissi farai lo conort del
[saluatge.
IV. Eu vos ai dat per fe e leial-
[ment
Lo cor el cors don vos faitz
[tenezo
E platz mi molt quieu sai
[qe vostrom so
Us bos espers ^ de vos iau-
[zen
5 Qem bos segnor non perd cm
[guizardos
Qui ben lo serf qeu vi main-
[tas sazos
Paubrenrequir per bon en-
[tendimen
Per qieu en voil ben aforlir
[mon coralge.
V. Eu conoisc ben qieu faz
[gran ardimen
Qant ieu damar vos prec e
[nous sap bo
E non e puesc toler ma sos-
[peizon
Anz mo sai ben qi en * tre-
[baill pgr men ^
5 Tant es valentz vostre cors
[orgoillos
* L : temoros -^^ U: e. mi ten — 3 /. : qen — ♦ i. ; nien
LE CHANSONNIER DE BERNÂRT ÂMOROS
266
?63
E tant puiatz. som peiiz de
[sobrels bos
Qieu men cossir. desmai e
[despauen
TaD sui cochos qieu mo tenc
[afolatge.
YI. {p. 249) Tant ai assis mon
[dezir finamen
En vostr amor don ia dieus
[ben nom do
Sien mais nous am seruir
[tôt em perdo
Qe de nuill autr auer. mon
[mandamert
5 Âb tan gran gaug satrai mos
[cors vas vos
Qieu pos vos vi non fui dais
[poderos
Tan en sui enueios ^ del
[vostre cors gen
Qaqi mezeus remanc el vos-
[tre estatge
Vil. Garin ben sai chauzir. fe qe
[deg vos
En la genzor. e tu vail dire '
[cbanzos
A la meillor. et a la plus
[valen
Quautra del mon non am de
[bon coratge.
Vlll. Chanzoneta [uai ten tost] a
[ma domna ^
E portail mon messatge.
IX. E digas 4 qe de paubre manen
Serai totz temps el sieu lic
[segnioratge.
LO UESCOMS DE SAINT
ANTONI RAIMON JORDAN
(= B. Gr. 404,2)
I. Ben es cambiatz ara mos
[pessamenz
E la turs fraigz don mi cuiei
[tener
Qe non ânes mai ma dôna
[vezer
Qabaital gieing. mi cuidaua
[défendre
5 Mas ara sai si raerces no
[lan uentz
Qa mon dezir dei demandar
[ma mort
Qaissi men prez qan de lui
[mi parti
Qan men auenc per sa terra
[passar
Qanc nom saubi de leis vezer
[gardar.
II . Mas re no sai si ses enchan-
[tamenz
Qe qan la uei de mi non ai
[poder
Qamors lam fai tant blan-
[dir, e tem ^
Qe nés mos precs nO lauze
[far entendre
5 Mas ill es tant aprez e
[conoissenz
Qe sap triar damor los bes
[els tortz
E de me sap qe de mas ^
[anc la vi
Nom venc en cor dautra
[domna preiar
^l: T. enueios sui — « /. : dir — 3 /. : a ma d. vai ten — ♦ /. : E
^gai U. M. : temer — • /. : pois
^
264
LE CHANSONNIER DE BERVART AMOROS
Ni nais * mal traigz no Ion '
[fes oblidar.
III. Tantas penas nai saffertas
[cozentz
Per que douz gaugz men
[deuri eschazer
Pero ben sai no lam chai
[plus temer
Qe se merces ia deu en leis
[descôdre
5 Ben es sazos e vaillam chaa-
[zimenz
Bona donna qem detz ioi e
[déport
Si qe lesglai si parton tuit
[de me
Qar ben podetz las perdas
[emendar
Sem retenetz a vostre benes-
[tar.
IV. Car de las très meillors es
[plus plazenz
Per qe nô part de vos mon
[bO esper
Mas tantdorgoil faitz contra
[me parer
Perqieu volgra vostra beu-
[tatz fos raendre
5 K si voil far tant vostres
[mandamentz
Qe chascun iorn clam dieu
[e prec molt fort
Qeus met en cor quem fas-
[satz bona fe
Cab vos guerrei a cui no
[m au s tornar
Ni sai fugir ni puesc pron
[echauzar.
V. (p. 250) Ara son tant dôna
[vas vos tementz
Qe ses bon guit nous anz
[anar vezer
Tal paor hai qem voillatz
[dechazer
Mas tôt en artz ne cug bon
[segur pendre
5 E san iohan deu men esser
[guirentz
Qe dun bel dig ai trag tam
[bel conort
Mas de près ' soi sel disses
[enaissi
Qon ieu deman e irai o
[proar.
E vos digatz nel ver se deus
[vos gar.
VI. Ja de preiar no serai recre-
[zentz
Tro qe merces vos fa:*sa
[dire ver
Et ora mais merce deuetz
[auer
Forze merces lorgoillos cor
[daprendre
5 Se nO ieu hai la mort entre
las dentz
Sera merces nom adutz a
bon port
E samic ai de preiar nos
[thai
Car qi merce pot a vos aca-
[bar
Nom pot estiers mai tant
bon gazaignar.
VII. A ma domna fai ma razon
[entendre
Chanzoneta e pois vai e no
[len
A mon dezir. qe pens de mon
[conort
* c. ew : mils — ^ c. en: lan ^ ' /. : dopbos.
LE CHANSONNIER DE BBRNART AMOBOS
265
[ ]
Tôt enaissi con sap qes
[taing afar
5 Els compagnos sapchas mi
[saludar.
267
LO UESCOMS
DE SAINT ANTON!
(= B. Gp. 404, 6)
I. Per qal forfag o per qal
[faillimen
Qeu anc fezes ODContra vos
[amora
Mi destregnes nim teaeiz
[enueios
Per la bella qe mos precs
[non enten
5 Truep demostratz e mi vos-
[tre poder
E qi vencat ventz fai pauc
[deftfors *
Si venqesses leis qe nous
[tem nius blao
Adonc sai ieu. qe nagratz
[hoQor graa.
II. Ben cuiaua laissar ad es-
[ciea
Que nô camies^ mais de
[vostras lauzoïs
Ni qué iamais non reclames
[per vos
QarmeraU taa de mal acuiU
[Wmen
5 Mas aissom toi dooal sen
[el sabep
Ca tota gen au g dire ad
[effros ^
Qel vostre pretz vai lo meil-
[lor sobran
Qe mal parliers nous en
[pot tener dan.
III. Ë qar sabetz dona certana-
[men
Que dautramors nom ven
[gaugz ni paors
Perpensatz vos sius pot
[esser nuls pros
Sim faitz mûrir, ad aitan
[grieu turmen
5 Ben conossetz si no co faitz
[parer
Qil sieus destrui qe non fai
[grant effors
Vostre sui ieu aissi ses tôt
[enian
Qe sieu ren pert vos prcnetz
[tôt lo dan.
IV. (p. 251) Car ieu vos am tan
[desegadamen
Cun pietz mi faitz la pen
[e la dolors
Adoncs aflam e sui plus
[cobeitos
5 De vostre amor e nai mai
[de talen
E non temetz domna pe-
[chat auer
Donc fez anc mais nuls hom
[tan forant effors
Com ieu car ai ses mort
[sufert aitan
Lo mal respos el orgoillos
[semblan.
V. La granz beutatz qe sobrau-
[tras perpren
E la vostra fina fresca colop
' i. : ventz no f. gran e. — ' / : cantes — "^ L: effors
266 LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
El genz parlars eil bel oill
[amoros
Mi far * estar domna e mar-
[rimen
5 Qar ieu non sai sim volretz
[retener
En aisso es sim métrai en
[effops
Hoc si voz platz lot al vostre
[coman
Mas tant o voill per qieu i
[vau doptan.
VI. Qan mi membra qe sol nai
[pensamen
Qe iam pogues venir tan
[gras honors
Ai tan gran gaug qen folei a
[sasos
Qel gaugz qeu nai mi ca-
[mia tôt lo sen
5 Donc qen dizetz. sen sabia
[lo uer
Sem metria de gaug en grant
[effors
Car ai tal gaug car ' sol ne
[vau pensan
Cane mos ioios^ non conqes
[de ioi tan.
VII. Garin qe faitz car non la-
[natz vezer
Qe renon sap a qu^s met en
[effors
Qi non la ue o non lestai
[deuan
Tan auinen sap far son ben
[istan.
VIII. Chonzos vai ten e digas li
deuan
Qe sa leis platz qe tapreuda
e chan.
jPtnt8 coronat opus.
Jacopo Teissierde Tharascone.
[268 (ۥ 127)]
PEIRE BREUMON
(=B. Gr. 331,1)
1 . En abril qan uei uerdeiar
Lo pratz uerç eluerçer^flo-
[rir
E ui ' las aiguas esclarir
Et aug los ausels allegrar ^
5 Lolors dun erba floiria
El dolç chant qe lausel cria
Mi fan mon iois renouelar.
11. En qeP temps soli eu pen-
Tsar
Com sim * pogues damor
[iausir
*Ab caualcar & ab guarnir '
Ab gent seruir ab donar
5 Cui aqes *® mesters auria
Perço es amor seruia"
E pol on *^ hom meils cô-
[quistar.
111. M oit me sap gent lo cor
[emblar
Cam près con ia dei sa"
[uenir
Greus er mais iom qeus nô
[sospir
Fer un bel semblan qe il ui
[far
5 Qar ellam dis totas maria '^
* /. : fan— * /. : can — 3 /.; a mos iorns.
L. S,: ♦ uergiers — b uei ^ • demorar — ' qest — ' Con eu ^ • burdir
— ï^ Qi aitals — ** iauzia — '* pot tan — >^ pris comnhat de sai —
1* marria
LE CHANSONNIER DE BERNÂRT AMOROS
267
Qe fara la uostra amia
Bels ami cosim pois * lais-
[sar.
IV,* Per ço non dei desesperar
Qanqera mi don non remir
Qar celui qtm la fei çequir
Lam pot far ben cobrar
5 E seu son en sa bailia
Era mais torn en suria
Ja deus no men lais mais
[tornar.
V. Molt sen de dieus merauil-
[har
Com sim poic de mi don se-
[frir
E degral molt a grat tenir
Qar anc per lui la pois lais-
l^sar
5 Qil sa ben seu la peidia
Qe iamais iois nô auria
Ni hom no la poira mendar.
VI. Chançon tu irai oltra mar
Pe qem dei uam* a mi don
[dir
Qa greus afan & a martir ^
Me fai la noiç el iorn estar ^
5 A guigelme daitam pria ^
Bona domna chançon qel te
[dia7
E uama mi don conortar. ^
Vil. {83 r^) Qe filippe de mon
[real
Me ten près en sa bailia
Et am tan sa compagnia
Qe sens lui no men puesc
[tornar.
Suivent a« f, î-lot^ : Ledonatz
proensals(t?.erf. stengel,p. 1-39),
/". 15 v^-28 v^ : Las rasos de tro-
bar de R. Vidal (r. ib., p. 67-87),
f. 29-33 une seconde copie de
la notice préliminaire de Bernart
Amoros et des biographies de Gui-
raut de Borneil, Arnaut Daniel,
Folquet de Marsilia, Peire Vidal,
Gaucelm Faidit, Peirol, Gausbert
de Poicibot et Pons de Capdueil
(v, ci-devant)j puis f. 34-38 r«
les biographies ci-dessous impri-
mées :
Gui duissel si fo de lomozi. gen-
tils castellanz et el e sei fraire e
soscosinsnelias eron segnor duis-
sel qe es uns ries cas tels e li dui
sei fraire auia nom luns neble el
autre peire. El cozis auia nom
elias e tuit quatre eran trobador e
trobauan bonas chanzos. Gui tro-
» amies oui uoles — *L. S. non hà le tre stanze contras segnate (IV,V,
VII), ma lia di piit questa :
Eu chant qi deuiia plorar
Dira damor qem fai languir.
Tan mi remembron 11 sospir
Qem fai la noit el iorn pensar
5 Mais damor caissi languia
Qi nom laissa noit ni dia
Qel iorn mi fan cent uetz tremblar.
' Adonc e uai — * Qabchantar mi dei esbaudir — 5 E anc non mai auz i
parUp — • Com chantans qi plorar deuria — ' Pero nom desconort mia
— ' Qancar aurai loc de chantar.
268
LE CHANSONNIER DE BERNÂET AMOROS
baua bonas chanzos en elias bo-
nas tenzos e peire descantaua tôt
qan H trei trobauan. En gui si era
canorgues de brilide de monferrat
e si sentendet longa sazos en na
malgarida dalbusson qera muiller
den rainait lo uesconte dalbusson
et en la comtessa de monferrat
don fes main tas bonas chanzos
mas lo legatz del papa li fes iu-
rar qe mais non fezes chanzos e
per lui laisset lo trobar el chan-
tar,
Guillems de sainl leidier si fo
us ries castellans de uelaic del
euescat del poi sa»ta maria e fon
ornatz hom bons caualliers dar-
roas e lares donaire dauer e molt
enseignât [34 h) e molc certes e
molt fiz amaire e molt era amatz
e grazitz et entendet en la mar-
qeza de polomiac qera serors del
dalfin daluergne e de nasail de
claustra e moillier del vesconte
de polomiac. En guillems de saint
leidier si fazia ssas chanzos della
e lamaua per amor e disia li ber-
tran. e a nugo marescalc dizia
altressi bertran qe era sos com-
paigne sabia totzlos faitz els deitz
den guillem e de la marqeza e
tuit trei se clamauan bertran t lus
lautre.moltauien grant alegranza
ensemble tuig trei mas an Guil-
lem de saint leidier tornet en
grant tristeza qeil diu {l, : dui)
bertrant feiren grant fellonia de
lui.
En raimonz de mïraualsi fo uns
paubres caualers de carcases qe
non auia mas la qarta part del
castel de miraualet enaqel castel
non estauon LX homes mas per
lo seu bel trobar e per lo seu bel
dire, e qar el saup plus damor
e de dopnei e de totz los faitz aui-
nenz e de totz los ditz plaizenz qe
corren (/*. 35 r® ) entremadors et
amairitz si fo molt honoratz e
tengutz en car per lo conte de
toloza qel clamaua auderartz et
el lui. el coms li daua los cauals
6 las armas els draps qe bezoig
li aaian et era segner de lui e de
son aberc. e segner del rei peire
daragon e del uesconte de beders
e den bertran de faissac et de totz
los granz baros daquella encon-
trada e non era nulla granz ualens
dôna en totz aqellas encontradas
qe nô dezires e non se pênes qel
entendes en ella. o qe li uolgues
ben per domestegessa. car el las
sabia plus onrar e fai grazir qe
nuls autron per qe neguna non
crezia estie prezada sel non fos
SOS amies raimonz de miraual e
main tas dompnas entendet e fes
maintas bonas chanzos e no crezat
mais qel de neguna agues ben
en dreit damor. e totas lengane-
rent.
Raembautz de uacheîras si fo fils
dun paubre chaualier de proenza
del castel de uacheiras [f. 35 v^)
qauia nom peiocbs qwera tengutz
per matz. en raembautz si se fes
ioglars et estet longa sazo cora lo
princep daurenga sil fes gran ben
e gran honor el nauset el fez
conoisser e prezar a la bona gent
e uenc sen a monferrat a mes lo
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
269
marqes bonifacî et estet en sa
cortz loDC temps e crée si de sen
e darnes e de trobar et enamora
sedelaseror del marques qii« auia
nom madonnabeatris que moillier
denric del corret. e troba de leis
main tas bonas chanzoseapellaua
la en sas chanzos mos bels
caualliers. e fo crezut quella H
uolgaes gran ben iper amor. E
qant lo marqués passeten roma-
nia el lo mena ab se e fes lo
cauallier e det li grant terra e
gran renda el resqisme de salamc
e lai el moric.
Nue hrunec si fo de la ciutat de
rodes qes de la segnoria del
conte de tolosa e fo clergues et
eroparet ben letras e de trobar. e
de sen natural. e fes se iuglar e
trobet bonas (/. 56 ro)canzo8 mas
non fetz sos. e briget con lo rei
daragon. et con lo comte de
tolosa. e con lo comte de rodes lo
seu segnhorecon bernât danduza
et con lo dalfin dauerngne. et
entendet en una bergera dorliac
qe auia nom madruft galiana. mas
ella nol uolc amar ni ritenir ni far
con lai negun plaizer damor. e fetz
son drut lo comte de rodes e det
comniat an nue brunec. e nue
branec per la dolor qel nac se
rendet en lorde cbartossa ellai el
defina.
Guillem de montanghaguout si
fo uns cauallers de proenza. e fon
bon trobador. e grant amador. e
entendia se e madona iauseranda
del castel de lunel. e fes per leis
mûntas bonas chanzos.
Sordela fo de mantouana dun
castel qe uen apeiat got gênais
catani (L : gentils catanis) e fon
auinenz hom de la persona e fo
bon trobador. mas molt fon trufiz
efals.de las dônas edelsf/*. 36 v°)
baros ab cui el estaua. et enten-
dia se e ma donna cunîsa sor de
niesier CDgelin e de messeralbric
de roman qu^ra moillier del comte
de saint bonifaci ab cui el estaua
e p^ la uolontat de messeren-
gelim el emblet ma dona cunisa
e mana la uia e pauc après el
sen anet e no nedes (Z. : en cene-
des) a un castel de qels destrus
de ser enric e de ser en guillem
e den ual pertiti qeran mot sei
amie et espozet una sa seror cela-
damenz qe auia nom ota e nene
(l. : venc) sen pueis a treuis. e
qant aqel destrais lo saup. si li
uolian ofendre de la persona e los
amies del comte de saint bonifaci
eissamen don el estaua per la
terra si caualcaua en diestriers
ab grant compaignha de caual-
liers. don per temors daqels qeil
uolian ofendre el se partie et ana
en proenza. et estet ab lo comte
de proenza et amaua una donna
de proenza mont fort e lapelaua
dolz enemia. per cui el fez main*
tas bonas chanzos.
En lanfran cigaîa si fon de
genoa gentils hom (/. 57 r») e sauis
e fon iutges e eaualiers mas uida
de iutie menaua. et era granz
amadors et entendia se en trobar
e fon bon trobador. e fes maintas
bonas chanzos e troba uoluntiers
de dieu.
270
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
En blacJiassetz fon fils den bla-
chatz qe fon lo meillor gentils
hom de proenza el plus ornatz
baros el plus adrettz el plus lares
el plus cortes el plus grazios et el
fon ben adrecamen sos fils en
totz ualors et en totz bontatz .et en
totas larguessa. e fon grant ama-
dor et entendta se en trobar. e
fon bon trobador e fes maintas
bonas chanzos.
Perdigos si fo ioglars e saup
trobar e uiolar truep be e fo del
aescat de iaualda dun castel qe a
nom lesperon. efon fils dun pau-
bre home qe era pescaire et per
80 sen e ^er trobar poiet en gran
pretz et en grant honor qel dalfiz
daluergne lo tenc p^r son caua-
lier el uesti el arma ab se lonc
temps, eil det terra e renda. e
tint [L : tuit) li princep eil gran
baron li fazian trop grant honor.
e de granz bonas auenturas ac
lôc temps. (/. 37 v°) mas molt li
camieron las bonas auenturas e
uengron li las malas qti«l perdet
los amies e las amigas el pretz e
lonor e lauer et enaissi si rendet
en lorde de sistel e lai el moric.
Amautz de menteil * sifo del
uescat de peirargos dun castel qe
auia nom meroil e fon clergues
de paubra generacion e car el
non podia uiure per la soas letras
el sen anet per lo mon e si saubia
ben trobar. e sentendeten la cort
de la contessa de burlac qe era
fillja del pro conte raimon muiU
lier del ucRConte de bezers qe
auia nam Tailliafer. et aqest nar-
nautz era auinenz honi de la per-
sona. e chantaua ben e legia
romanz e la contessa sil fazia
grant ben e grant honor et aquest
si senamora en ella e si fazia
chanzos de la contessa mas no
lauzaua dir ad ella ne a negun
pro nom qel las agues f ^itas anz
dizia qautres las fpizian. mas si
auenc qamors los forsa tant qu€l
fes una canzon délia (/*. 38 r^) la
1 Cette biographie et les chansons d'Arnaut de Merueil manquent
dans la copie complémentaire du chansonnier de Bemart Amoros conte-
nue dans les trois cahiers manuscrits du fonds Campori de la biblio-
thèque de Modène, de même que les poésies de Folquet de Roman. Une
note à la page 500 en donne T explication : « Arnautz de Merueil si fo
del vescat et cetera sono copiate tute le sue al altro libre. » Comparez
une note analogue pour la biographie biffée et les chansons omises de
Guillem de Montagnhagout à la page 379 : « Non debbe esser scancellata
la vida seben le canzone non son copiate per esser ne' libri hauti dal
Gaddi e dall' Adriani (voir: Die beiden altesten prov. Gramm. heraus-
geg. V. E. Stengel Marburg 1878, S. IX) ». M. Bertoni veut identifier le
ms. du cav'« Gaddi au ms. de la Laurenziana ou plutôt à c* (l'ancienne
copie de c de ma propre bibliothôque) et le ms. de Marcello Adriani
au ms. F'. Il faut pourtant noter que ni c ni c' ne contient aucune des
poésies de Guillem de Montagnhagout, et que le ms. F' n'ajoute aucune
variante au texte des poésies de ce troubadour.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 271
cals comenset la franca capte-
uenzaqeu non pose oblidar. Et en
aqtiesla chanzo el li descobri la-
mor qelli auia. e la contessa non
lesq'met anz eniendet sos preces
e lo receap el grazi. e garni lo de
granz arnes. e fes li gran honor e
det li baldeza de trobar délia e
uenc honratz hom de cort. e si
fes main tas bonas canzos de la
contessa. en las qals el mostret
qu€l nac granz bes e grans mais.
Daissi enan son escrichas ten-
zoB de donas e de caualiers. e
comenza la tenzos den foie e de
siegnher narnaut e den guillem.
{f. 38 V) Aissi son escrig li nom
dels trobadors qe son en aqest
libre e van luns après laatre
aissi eon eill son eserig * .
1. En Girautz de bornell *
[=n«l-53
18. Bemartz de ventadorn * =
[54-86.
26. Amautz daniel • = 87-96.
30. Folquetz de marseillia * =
[97-114.
35. Peire vidais • =115-132.
43. Peiredaluerngne= 133-137.
44. Gaucelmsfaiditz *= 138- 17 1 .
55. Peirols* = 172-196.
61. Peire raimonz de tolosa =
[197-201
63. Jordan bonel de cofemet =
[202.
63. Raembautz daurenga=203-
[225.
69. Gaubertz de poneibot lo
[raonge * == 226-227.
71. Peire de maenzae (manque
[dans a)
71. Ponz de capdueil * =228-
[246.
76. La contessa de dia =s 247-
[248.
75. Naimeric de Belenoill = 249-
[253.
78. Bertran dalamanno = 254-
[256
79. Peire milon = 257-264.
81. Raimon Jordan veseons de
[saint antoni = 265-267.
82. Ricas nouas = 268.
83. Gui duissel *
85. Peire dugon
85. Guillem de sain leider *
88. Guillem de eabescaing
90. Nue de sain sire
91. Nelias de barjols
92. Nelias cairel
93. (/•. 39 n) Naunerie (l. : Nai-
[merics) de roeehafica
94. Marehabrus
Cette liste, déjà publiée par M. Bartsch dans le Jahrbuch f. rom. n.
cngt.Lit.XIp. 13 ss, est iciimprimée d'après ma collation sur le ms. — M,
Bertoni a publié dam le Giorn. stor. di lett. ital. v. XXXI V p. 121 ss,
la liste correspondante des trois manuscrits de Modène (voy, la note ci-
dessus au n* 50J et il vient d'en publier les poésies inédites dans les Studj
di filologia romanza publicati da E. Monaci e G. de Lollis vol. VIII
p. 421-481.
* Un • indique que la biographie du troubadour précède ou précédait
ses chansons.
272
LE CHANSONNIER DE RERNART AMOROS
99.
Raimonz de miraual *
160.
Perdigos *
107.
Raembautz de vaqeiras *
162.
Jaufre rudel
107.
Nue de penna
162.
Arnautz de merueil'
108.
Naimerics de cariât (= sar-
165.
Giraudon lo ros
[lat)
166.
Guillem figueria
109
Naimerics de paeiluilan
167.
Foiquet de roman ^
113.
Nues brunetz '
169.
Reforzat de très
114.
Alegretz
169.
(f39 1?°) Luquetz gatelus
116.
SerchamoDz
170.
Peire cardenal
117.
Sadenetz (ss Cadenetz)
170.
Galega panza
119.
Guillem de montaingna-
170.
Namoros dauluc
[gour »
171.
llaumon de chastelnou
120.
Sordel *
171.
Ricautz bonomel fraire del
121.
Lafranc cigala*
[temple
126.
Bonifaci calvo
171.
Porceual douria
130.
PojoU
172.
Peire de castelnou
131.
Ricautz de berbezil
172.
Bertran de paris
133.
En blachassetz*
172.
Duranz sartres de carpen-
135.
(ou 133?) Guillem de berga-
tras
[dan
173.
Kngenim durre de valen-
136.
Albectetz de cestairon
173.
Giugo de cabanes [tines
139.
Bertran del born
173.
Bertran t Arraul ^
146.
BermoD ( «> Reimonz) rascas
173.
Lo princeps dels bauz^
146.
Bernartz martis
174.
Lo fils den bertran del Bor.
147.
Bertrantz de pessatz ( =
[pessars)
De sai enan son escrig li
148.
Guillem de la tor
nom dels trobadors que fei-
149.
Lo coms de peiteus
ron las têzos daqest libre.
149.
Lo mongens de montaudo
En foie seigner arnautz e
152.
Arnautz de tintiguac
guillem
153.
Peire toigiers {L: rotgieis)
Girautz e peirOnetz
[de Mirapeis
Loste e guillem
154.
Girautz de calenzon ^
Naugier e guillem
155.
Pis tôle ta
5
» (f. 40 r°) Cabdenet e guio-
156.
Daude de pradas
net
* Voyez la note à la page 270 — s Le complément de Modènefait pré-
céder aux trois chansons de Gir. de Cal. deux de Guillem Adesmar. Le
compilateur de notre liste aura sauté le nom de ce troubadour. —
3 Voyez la note à la page 270 — ♦ Le ms. de Modône ayant perdu deux
feuillets à cet endroit, la fin de la chanson de Guigo de Cabanes, ainsi
que les poésies de Bertrand Arnaut et du Prince del Bautz» y inscrites,
n'existent plus.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
273
Nelias e son cozin
Luqetz gatelus e bonifaci
[caluo
Jaufres e helyas
Nelias e son cozin lo cler-
[gUÔ
10 Sordel e johan
Nebles e guillem adesinar
[{î. : adesmar)
Nue de la bachalaria e
[gaucelim faidit
Na guillelma e lafranc ci-
[gala
Albert e naimeric
15 Rofin e domna h.
Raimon e lantelm
Gui duisel e ma donna na
[maria.
Sauaric el prebost
Gaucelm faiditz e sauarics
[de malleo e de nue
20 Jaufre e Rainaut
Gaueelm faidit e naimeric
Guillem de bergadan e
[naumeric
Albert e naimeric
Dalfis daluergne e peirols
25 Gaueelm faidit e raembaut
Perdigo e gaueelm faidit
Gaueelm faidit e albert
Naugo e bauzan
Bauzan e migo {l. : nugo)
30 Nelias e son cozin
Albert e raembaut
Magnet (^sMagret) e guillem
(f,40ff^) Nebles e son segnor
Segner nisnartz e pel estort
35 Pomairol e guionet
Guillem de sain leider e una
[dOna
Vaquier e catalan
Marchabrus e segner nenric
Simon e lafranc
40 Guigo e joris
Gui duisel e rainaut
Bertran e soa domna
Chardo e nugo
Folqtiet de marseilla e totz
[temps
45 Albertz e gaudi
Segner e lafranc e rubaut
Jacme e lafranc
Certan ( = Bertrau) e nugo
Lo comte e gaueelm
50 Peire de mont albert e gau-
[celm
Albertet el monge
Guillem e lafranc
Guillem e guizenet
Pistoleta e blaeatz
55 Bonifaci el Scot
Lo comte e narnaut
Naesmar e miraual
Peire guillem e sordel
Gauselm e son cozin
60 Bemartz e nelias
Simon e lafranc
Simon e lafranc
(f, 40 r* c, 2) Ugon e ber-
[tran
Peirol e gaueelm
65 Peirols e son segnor
Guillem e narnaut
Madonna nisabella en elias
[cair[el]
Lemozin e bemart del ven-
[tadorn
Guizenet e raembautz
70 Lafranc e symon
En blaeatz e peire vidais
Bertran de gordon e peire
[raimon
Taurel [ou : Jaurel) e falconet
Simon e jacme grill.
18
274
LE CHANSONNIER DE BERNÂRT AMOROS
TABLE DES CHANSONS
DE LA PARTIE DU CHANSONNIER BBRNART AMOROS CONSERVEE
PAR LES M88. a C* F* (vOYEZ LA NOTE A LA CHANSON N* 50)
d'après la liste donnée par M. Karl Bartsch, dans son Grundriss zur
Geschichte der provenzalUchen Litteratur
{* désigne les chansons tirées de c*, « celle tirée de f* J
9. 7
249
70.35
59
167. 9
150
242.12
58
242.71
47
8
250
36
54
12
162
13
34
72
33
9
253
37
79
14
165
16
6
73
27
12
252
39
80
15
155
17
15
74
46
18
251
41
56
18
149
18
17
78
42
29. 1
93
42
57
19
171
19
20
80
31
3
96*
43
70
20
146
20
18
81
45
4
90
44
74
n
159
24
23
243. 2
167
8
89
45
179
27
164
25
37
273. 1
202»
10
87
76. 5
256
29
160
28
32
276. 1
243
12
92
11
254
30
142
29
39
323. l
38
13
94
21
255
31
145
30
36
U
136
14
88
80.28
121
32
lc8
31
2
13
133
16
91
124. 1
83
33
168
34
11
14
135
17
95*
2
84
34
161
36
12
16
137
30. 6
119
7
82
35
170
39
13
18
134
46. 1
248
132. 8
199
37
158
40
52*
326. 1
229
2
247
133. 5
122
39
156
41
1
331. l
268»
47. 8
118
155. 1
105*
40
141
42
9
349. 1
260
70. 1
66
3
lor
43
147
43
10
2
264
3
55
5
103*
44«
153
45
28
4
262
4
68
6
ur
45
140
46
21
h
261
6
77
7
112*
49
157
47
4
6
257
7
69
8
109*
51
139
48
8
7
258
10
65
9
98
52
163
49
43
8
263
12
75
10
106*
53
151
50
131*
9
259
13
78
11
114*
54
166
51
7
U
265
15
61
13
246
59
143
53
14
355. 5
200»
16
72
14
107*
61
148'
54
29
10
197
18
63
16
100*
62
144
55
53*
14
201*
19
81
17
97
173. 6
227
58
3
16
198
21
76
18
102*
14
226
59
51*
364. 3
124
22
85
20
99
194. 6
237
60
16
4
126»
25
73
67
6S
21
113*
242 1
50*
62
5
U
129»
27
28
22
104*
2
49
63
40
16
120
117
23
108'
3
41
65
22
17
132»
29
64
27
110*
5
25
66
30
24
130
30
86
167. 2
169
6
26
68
19
25
121
31
71
4
154
7
44
69
24
31
128*
33
60
6
152
11
48
70
35
33
115
LE CHANSONNIER DE BERNÂRT AMOBOS
275
354.36
110
366.13
194*
372. 2
230
379. 2
228
389.21 220
42
127*
14
175
375. 1
238
389. 1
207
22 222
45
123
15
196*
4
232
3
216
23 217
48
125»
16
184
7
233
4
225
28 221
50
131*
19
193*
10
240
5
209
30 205
366. 1
189
20
176
11
241
7
204
32 210
2
185
21
las
13
231
9
219
36 203
3
192*
22
172
14
236
12
224
37 215
5
187
26
195*
18
234
13
218
40 213
6
177
27
178
19
239
14
223
41 214
8
188
29
190
21
242
16
212
404. 2 266
9
180
31
173
22
235
18
211
4 191
11
186
33
182
24
244
19
208
6 267
12
174
34
1«1
25
245
20
206
il 265
Ehrata : n» 58 = B. Gr. 70 (au lieu de 79), 22 - no 167 au Heu de
168 et 168 au Ueu de 167.
GURGUS
Lat. gurgus ; formes féminines et masculines
en provençal
Gurgus ne m*était connu que par Du Cange, qui en cite
plusieurs exemples tirés des chartes italiennes (charte de 957
en particulier dans Muratori, Scriptores Rerum Italicarum^
tom. 2, part. 2, col. 474 ; cf. Revue des Langues Romanes^
43, p. 69) ; ritalien gorgo ' réclamait un gurgus plus ancien
et qui existe réellement; il a été signalé par K. Sittl
{Zur Beurteilung des sogenannten Mittellateins^ in Archiv. lat,
Lex. II, p. 578) et se trouve dans un vocabulaire de Tabbaye
de Saint-Gall. Ce gurgus est beaucoup plus que gurges le
substratum de la plupart des formes provençales.
Gurgetes, donné en effet normalement ^our/ (Alpes, Mistral],
gourd (forézien). De gurgum^ sont dérivés gourg, gou (Auver-
gne), goure (Alpes), gurc (Bordelais). Gours etgous qui exis-
tent dans le Var (Mistral, s. u. gourg) dérivent de gurgus
considéré comme indéclinable (cf. corpus ^ coz, uimus]>t;i'n5,
etc.). Le p du rouergat gourp s*explique sans doute par
l'analogie .
On a ainsi du même radical une double forme, masc. goure ^
fém. gourgo. Le même fait s*est produit en provençal pour
d'autres mots : en voici quelques-uns.
Fructu a donné fru^ frut, fruc, suivant les dialectes ; mais
il a existé aussi dans le latin vulgaire une forme fructa dont
il reste de nombreux exemples. K. Sittl {Loc, cit. ALL. Il,
p. 569) en cite huit dont les plus anciens se trouvent dans
des documents publiés par Tardif (ann. 693-697) et dans les
Formulae Salicae Bignonianae {illa décima de omnia fructa.
Form. Bign. 236,5 ; ibid, 230,24). A cette forme féminine se
1 Kôrtingdans la 2* édition du Lat. Rom. Wb.^ne donne que gurges..
* Une déclinaison gurges , gurgis est également possible.
GURGUS 27T
rattachent Titalien fi^tta^ esp. fruta^ port, fructa et les nom-
breuses formes provençales /V'wcAo, fhiecho^frutjo^ f^uto^eic,
suivant les dialectes. Il faut noter que la forme féminine a le
sens collectif en provençal : ex. la frucho aboundo (ap« Mistral
= lei ft*uit8 sont abondants.
Voici une autre formation du mâme genre : horius a donné
en provençal or/, jardin, petit jardin. La forme féminine
horta a donné orto^ orta, grand jardin potager en langue-
docien, campagne en général en provençal (esp. huerta^ ital.
orta) K. Sittl (ALL. II, 569) cite de horta plusieurs exemples
dont le plus ancien est de 744 ; en voici un autre tiré des
Grùmatici Veteres (347, 23) hortua, ({ui ne peut être séparé de
horta.
Notons encore que si ramus donne prov. ram, ran, rama
des Gloses de Richenau donne prov. rama^ ramo (amas de
branches, sens collectif comme pour frucho).
Le gaulois beccu est représenté en provençal par le mas-
culin bec et par le féminin bèco dont le sens est plus large
[croc y crampon^ Mistral, Trésor, s. u ).
Le représentant provençal de discum - pour discus — est
desc ; mais on trouve aussi la forme féminine desco <^ disca.
(A. Horning, Qroeber's Zeitschrift 1901. p. 740). M. Horning
cite au même endroit le prov. empes venant de impensum ;
la forme empeso, venant de impensa^ est signalée en Dauphiné
par Mistral.
M. P. Gejer, étudiant les traces du latin gaulois dans
Marcellus Empiricus (ALL. VIII, 475, sqq ), note le mot sablo
de sabulum ; sabulum a donné la forme masculine sable, mais
le féminin saplo, saulo (cf. Mistral, s. u.) et Titalien sabbia
renvoient à sabula.
Culcitra donne prov. consséro; le masculin cousser, cosser
est attesté en ancien provençal et remonte sans doute à
*cidcitrum.
Un traitement à peu près semblable nous est attesté par
mietch, miotch <^ modiumet tremèjo, fr. trémie venant de tri-
modia * .
' Le dauphinois dia que Mistral traduit par coup de doigt, empreinte
du doigt^ s. u. detado ne représenterait-il pas la même chose que ital.
dita Tenant de *digita ?
278 BIBLIOGRAPHIE
Ce changement de genre se trouve dans les noms d'ani-
mani, mais là il s'eiplique mieux. M. P. Oe^er (/oc. hud.),
note que le maac. lacertus (deux fois dans Marcellus Empi-
ricus) vit en français, en espagnol, en portagaia; la forma
féminine lacerta (plusieurs fois dans Marcellus Empiricus) vit,
dit-il, en italien. On peut ajouter aussi : en provençal : cf.
Mistral, s. u. ieserto, forme plus rare que leiert. De même
pour merulus, cité aussi par M. P. Qeyer : en espagnol et
en italien le masculin et le féminin alternent : il en est de
même en provençal où l'on a généralement fner/e(masc.) mais
aussi tnerlo.
La formation des féminins d'après des pluriels nentres est
nn fait bien connn : pratum donne fr. pré, prov. prat ; mais
le fr. prêe et le provençal prado postulent un féminin latin
pratn. On le trouve en effet dans les Formulas Andecauenses
(5, 6) et dans XasFormulae Augierues {pratas legaturiat 3ù8, 3).
En revanche, on na trouve pas de forme féminine proven-
cale formée sur lectum ; seul l'italien tetta renvoie à * lecta
(K. Sittl, ALL, II. 570). Mistral note simplement le genre
féminin donné à tiei par les Niçards.
i. Anoude.
BIBLIOGRAPHIE
deret- — Paradoia sur le Comédien, odition critique aTBc iniroductinn.
notes, fac-aimile, par Ernest Duput. Paris, S'Kiélé française (Cimfiri-
mcrie et de librairie, 1902, gr, 8".
I« 15 octobre et lo l" novemlire 1770, Grimm insérait dan» sa
•rretitondance une dJHSei'tation qui portait ce titre : Obtervatioat de
. Diderot sur une brochure intitiUée Garriek ou leê Acteur* anglait.
lixante ana plus tard, en 1P30, le libraire Sautalet publiait le Para-
xe eur le Comédien, qui n'était que la dissertation de 1770 remaniée
allongée du double environ. Par qui ce remaniement avuit-il été
:t?A cette question tous les éditeurs jusqu'ici n'avaient fait qu'une
|iODBe : c'était Diderot lui-m6mo qui, à une date difficile à déterminer
, pour mieui dire, à plusioui's dates succeasives, avait repris, iuter-
lé, transformé son opuscule.
BIBLIOGRAPHIE 279
Cette solution, en apparence si simple, du problème aurait cepen-
dant pu soulever quelques objections.
Diderot se répétait volontiers : mais il y a vraiment dans le Para-
(ioM un bien grand nombre de passagesqui rappellent d*autres ouvrages
du même auteur ! — Diderot pouvait exprimer des idées qui lui
fussent communes avec Grimm, avec Meister, avec Jean-Jacques, avec
d'autres encore : mais ces sortes de rencontres sont ici bien nom-
breuses, et elles vont parfois jusqu'à une ressemblance étrange dans
Texpression ! — Diderot n^usait pas d'une composition bien serrée ni
bien méthodique : mais pourquoi cette fois semblait-il avoir pris à
tâche de gâter un écrit dont la composition était nette et l'intérêt
soutenu, en y introduisant après coup maintes citations ou anecdotes
peu utiles, en y multipliant les réflexions froides et peu en situation,
en en rompant sans cesse le développement et la suite des idées? —
Diderot n'écrivait pas toujours d'un style très châtié : mais par quelle
malechance se trouvait-il avoir ajouté dans une révision toutes sortes
de phrases mal faites et d'impropriétés, en même temps (chose éton-
nante de sa part I) qu'il expulsait les façons de parler familières :
changer de linge, par exemple, ou fourrer tout au travers f
N'était-ce pas à croire vraiment que les Observations avaient été
revues par un beaucoup moins grand écrivain, qui avait pris à tâche
de les amplifier au moyen d'emprunts, notamment d'emprunts faits
aux œuvres de Diderot lui-même ; qui, donc, avait eu ces œuvres, pour
la plupart inédites, à sa disposition ; qui s'était cru le droit de retou-
cher ce que le philosophe avait écrit ; et qui professait des idées très
arrêtées sur les défauts de style de l'écrivain ? N'était-ce pas à croire,
en un mot, que le Paradoxe, sous la forme où nous le lisons aujour-
d'hui, était l'œuvre de Naigeon, Tami et le confident à qui Diderot,
en 1773, avait voulu que, le cas échéant, l'ont confiât ses manuscrits ;
qui avait été autorisé par Diderot à arranger, à revoir et à publier
une partie de ses œuvres ; et qui n'avait pas craint, en conséquence,
d ^indiquer ainsi comment il comprenait son rôle d'éditeur : « Je com-
mence par une remarque géoérale qui me paraît très importante, c'est
que je ne connais aucun manuscrit de Diderot parmi ceux qui ont
quelque étendue qui puisse être imprimé dans Tétat où il l'a laissé.
Je n en excepte pas même les meilleurs ouvrages de cette riche col-
lection. Ils ont tous besoin d'un éditeur qui joigne à des connaissances
profondes sur divers objets un esprit juste, et surtout un goût très
•évère. Ces conditions sont d'autant plus nécessaires pour donner
uoe bonne édition des manuscrits de Diderot, quHI avait, en écrivant
ses derniers ouvrages, deux tons très disparates : un ton domestique
et familier qui est mauvais, et un ton réfléchi qui est excellent. »?
Si, une fois, on avait soupçonné Naigeon d'être pour quelque chose
280 BIBLIOGRAPHIE
dans la rédaction définitive de ce Paradoxe, qa*il n'a pas publié, mus
dont il a parlé, on eût pu noter encore que, pour la pensée et pour
le style, cet écrit semble en plusieurs endroits porter sa marque, et
Ton eût pu faire la preuve morale que c'était à Naigeon, non à Diderot,
qu'il fallait s'en prendre de la plupart des défauts que Ton trouve dans
le Paradoxe sur le Comédien,
Cette démonstration, dont nul ne s'était avisé, M. Ernest Dupuj l'a
faite excellemment dans l'édition que nous annonçons. Mais il ne s^en
est pas tenu là, et un basard beureux, comme il n'en arrive guère
qu*à ceux qui le méritent, lui a permis de fournir la preuve directe et
matérielle des remaniements de Naigeon. M. Dupuy, en effet, a décou-
vert un manuscrit de Naigeon, qui était dès l'abord une copie, déjà
allongée et remaniée, des Observations de Diderot, et qui s*est couverte
ensuite de corrections nombreuses dans les interlignes, ainsi que de
longues additions marginales. Ce manuscrit, à son tour, ou un autre
équivalent, a été reproduit, avec deux additions nouvelles, par un
manuscrit de Saint-Pétersbourg, que suivent assez fidèlement les édi-
tions imprimées du Paradoxe, Ainsi, pour mettre sous nos yeux toutes
les pièces du procès et, peut-on dire, pour nous permettre d'assister
au travail même de Naigeon, M Dupuy n'avait qu'à faire ce qu'il a
fait : imprimer face à face, sur deux colonnes, les Observations et le
contenu du manuscrit nouveau, soigneusement pourvu de ses variantes ;
accompagner ces deux textes de celui de Saint Pétersbourg; et, au
bas de ce dernier, inscrire tous les rapprocbements, toutes les remar-
ques littéraires qu'il comporte.
De ce commentaire très savant et très fin, aussi bien que de la
décisive introduction de M. Dupuy, je citerais volontiers quelques
extraits ; mais il faut laisser au lecteur le plaisir d'étudier les argu-
ments de l'éditeur dans son livre. Ajoutons seulement que, si le Para-
doxe sur le Comédien a été l'objet d'une collaboration indiscrète, il
peut en avoir été de même d'autres œuvres de Diderot, publiées tardi-
vement, elles aussi, et dont les manuscrits n'ont jamais été produits.
Que les fureteurs et les critiques entrent donc avec ardeur en campagne !
M. Dupuy vient de leur donner l'éveil. Eugène Rioal.
Piol Glachant. — André Chénier critique et critiqué. Paris, Lcmerre,
1902, 1 vol. in-18 j. de lV-432 p., 3 fr. 50.
Quand il est mort, âgé seulement de trente-deux ans, André Cbé-
nier avait plusieurs fois modifié son art et ses tbéories littéraires,
sans arriver à leur donner une forme définitive. Ses œuvres, depuis
1819, ont été successivement accrues par les apporta des différents
éditeurs, sans parvenir encore, au XX® siècle, à constituer un recueil
BIBLIOGRAPHIE ^81
complet. Il était naturel que, pour ces deux motifs, les jugements se
multipliassent sur André Chénier, disparates et contradictoires.
M. Paul Glachant, à son tour, apporte-t-il un jugement nouveau?
Oui, puisque, avec plus de précision que ses devanciers, il montre ce
que Chénier a eu de classique, en quoi il se rattachait spécialement
au XV1II« siècle et à TEncyclopédie, jusqu'à quel point il a pu être
on précurseur pour les romantiques et surtout pour les Parnassiens,
comment il a rétabli dans la poésie française le lyrisme, et quel néO'
clatncisme il tendait, vers la fin de sa vie, à inaugurer. Mais Tobjet
propre de M. Glachant n est pas de juger, une fois de plus, Chénier,
poète ou prosateur.
Son livre se divise en deux parties.
La première : André Chénier critique, étudie les opinions littéraires
d'André d*après les œuvres antérieurement connues (comme Tépitre
à Lebrun et le poème de Vlnvention) et surtout d'après celles que
M. Abel Lefranc a publiées depuis Touverture des manuscrits de la
Bibliothèque nationale, le 10 mai 1899. Nous avons ainsi, rapidement
comparées à sa pratique, les théories du poète sur la poésie lyrique,
— sur la poésie épico-didactique, — sur le théâtre, — sur la pasto-
rale, — sur l'élégie, — sur la satire, — sur Tépltre, la fable, le conte,
le sonnet. Des vues générales de M. Glachant rendent particulière-
ment neufs et instructifs les chapitres sur le théâtre et la satire.
La seconde partie, sous le titre : André Chénier critiqué, forme une
bibliographie raisonnée, qui rendra de grands services. Elle se divise
60 trois sections : diverses phases ae l'histoire du texte, — livres et
articles de critique sur A. Chénier et son œuvre, — ouvrages d'imagi-
nation ayant trait au poète, à son histoire et à ses œuvres.
Des polémiques et des appréciations discordantes sur André Chénier
quelques vérités se dégagent, qui semblent définitivement acquises.
Ainsi la seconde partie du livre, dont on aurait pu croire d'abord
qu'elle ne tenait en rien à la proiière, conspire avec elle à nous
montrer combien la physionomie littéraire d^André Chénier a été chan-
geante, quelles difficultés on a dès lors dû éprouver à la saisir, et
sous quels traits, en définitive, il parnît juste de se la représenter.
Eugène Rigal.
Firmery (J.). — Notes critiques sur quelques traductions allemandes
de poèmes français au moyen à«,'c = Annales de l'Université de Lyon,
nouvelle série, II, Droit, Lettre:*. Fascicule 8, Part*, Lyon, 1901
[152 p.].
l-a littérature épique allemande du Xlll<' siècle est une poésie
d'imitation; personne ne le conteste plus aujourdui. Les Mumesanger
282 BIBLIOGRAPHIB
sont avant tout des traducteurs ; mais il ne manque pas d'éditeurs
allemands de leurs œuvres qui déclarent encore actuellement qu'en
traduisant ils sont restés originaux et qui prétendent démontrer que
leurs productions sont supérieures aux modèles français par Télégance
de la forme, Tart de la composition, la « courtoisie » des idées, la
profondeur psicologique.
Le mode de démonstration est très scientifique en apparence, puis-
qu'il repose sur des statistiques. L'éditeur réunit tous les passages
où la traduction diffère peu ou prou de son original : suppressions,
amplifications, additions, changements ; puis il place arbitrairement
chaque difféience notée dans telle ou telle catégorie de sa statistique,
de manière à montrer qu'à chaque fois il i a de la part du traducteur
perf ec tionnement
Pour éprouver la valeur de cette démonstration, M. Firmerj exa-
mine chaque fait en particulier, non plus dans une statistique, mais
à la place qu'il occupe dans le texte. Il commence par le roman
d'Eneas et la traduction allemande qu'en a faite H. von Veldeke. 11
montre que cette traduction suit pas à pas l'onginal et que toutes
les divergences que l'on constate proviennent de ce qu'elle est en
vers. Le stile de Veldeke est naturellement lâche et traînant» mais la
poursuite de la rime a continuellement obligé le traducteur malabile
à cheviller, à accumuler les épitètes inutiles, à délayer, amplifier et
se répéter. Si bien que sa narration, loin d'avoir une allure plus vive
que celle de l'original, a pour caractère dominant la prolixité et la
diffusion. Lorsqu'il i a dans une description ou dans un discours des
transpositions, elles ne sont pas motivées par la recherche d'un arran-
gement meilleur, mais appelées par les besoins de la rime, et il en
résulte le plus souvent confusion et désordre. D'idée originale et
étrangère au modèle, il n'i en a pas, et quand dans un endroit appa-
raît un développement que l'auteur français n'i présente pas, il est
simplement tiré d'un autre passage. En somme c'est une traduction
gauche, diffuse, maladroite et misérable.
Dans la traduction du Chevalier au lion par Hartmann von Aue,
on retrouve les traits caractéristiques de celle de Veldeke, mais avec
la différence du talent : Hartmann a su se pénétrer de la forme agréable
et gracieuse de son modèle ; sa langue est d'une limpide clarté et
d'une impeccable élégance; sa versification est d'un artiste. Gottfried
von Strassburg dans son Tristan est do l'école d'Hartmann von Aue
en ce qu'il a donné à sa traduction un caractère plus réfléchi et plus
didactique et çà et là une couleur plus lirique ; mais plus encore
qu'Hartmann, il est élève des trouvères français et il a su s'approprier
leur manière jusque dans les moindres particularités du stile et de
la versification. Seulement les ornements qu'il leur emprunte, figures,
BIBLIOORÂPHIB S83
antitèses, jeux de mots ou de rimes, il les prodigue avec plus d*abon-
daoce que ses modèles. Quant à la courtoisie et à la décence dans
la peinture de Tamour, c'est encore aux poètes français que les ont
empruntées Hartmann von Aue et Gottfricd von Strassburg ; mais
chez leurs prédécesseurs, Veldeke, Herbert, Otte, la pudeur dos
descriptions est souvent remplacée par une insistance brutale et
grossière sur les détails les plus crus et les plus obcènes.
En somme, la prétendue démonstration des éditeurs allemands est
complètement retournée par M. Firmery, et il résulte de son étude
que les Minnesànger sont non seulement les élèves et les traducteurs
des poètes français, mais que leur originalité est nulle et leur supé-
riorité artistique introuvable.
Maurice Grammont.
Oréant (D' K.) — Die Leygues*che reform der franzôsischen syntax und
orthographie und ihre berechtigung, Bielefeld, Karlsruhe 1901 [30 p.].
Le 26 février 1901, M. Leygues, notre ministre de Tinstructiou
publique, a pris un arrêté rendant exécutoires les réformes relatives à
la simplification de la sintaxe française, sur lesquelles Taccord venait
de s'établir entre le Conseil supérieur de Tinstruction publique et
TAcadémie française. Ces réformes portent sur des points très divers
et larrèté les énumère successivement, mais ne les justifie pas.
Comme il 8*agit la plupart du temps de règles pour lesquelles Pusage
a varié aux différentes époques, ou bien d'un usage nouveau tendant
à se substituer à Tusage ancien, M. Oréans a cru faire œuvre utile
en résumant brièvement Tistoire de chaque question. Les faits qu'il a
rassemblés étaient connus et épars un peu partout, mais nulle part
réunis. 11 les expose d'une façon très succinte et sans aucune préten-
tion à une originalité que le sujet ne comportait pas. 11 s*est abstenu
d'ailleurs généralement de juger la réforme; mais l'impression qui
se dégage de Tensemble est plutôt une approbation.
Et en effet en général il n*i a qu'à approuver; mais nous devons
reconnaître que, puiitqu'il s^agit d'une simplificationt il est mauvais
de tolérer plusieurs usages côte à côte. Si la tolérance est recom-
mandable en matière religieuse, dans les autres domaines elle n*est
qu'anarchie et confusion. Ceux qui peuvent ordonner que la sintaxe
et Tortografe soient enseignées conformément à certains principes,
ont évidemment qualité pour réglementer ces principes. Ils ont le
droit de rendre des décrets relatifs à une simplification ; ils on ont
même le devoir. Mais il faut que les simplifications proposées soient
réelles et reposent sur la logique. Une tolérance ne peut être admise
que pour une période de transition; il est nécessaire den venir bien
284 BIBLIOGRAPHIE
vite à des règles fixes. Ainsi, à propos du mot gêna, Tarrétë déclare
qu'won tolérera, dans toutes les constructions, l'accord de l'adjectif
au féminin avec le mot gens, Ex. : instruits ou instruites par l'expé-
rience ^ les vieilles gens sont soupçonneux ou soupçonneuses ». La con-
struction avec tous les mots au féminin est seule logique au point
de vue moderne, et, comme le dit M. Oréans, elle constitue une sim-
plification qui est fondée à la fois sur Tancien usage et rétimolog:e.
Mais pourquoi ne pas écarter Tautre? Même lorsque le double usage
a existé autrefois, ce n'est pas une raison suffisante pour le tolérer
ou le réintroduire aujourdui : u Avec une négation , on tolérera
l'emploi du mot aucun aussi bien au pluriel qu'au singulier. Ex. : ne
faire aucun projet ou aucuns projets ». C'est l'usage ancien sans doute,
mais nous sommes des modernes. Pour nous, aucun avec une néga-
tion est l'équivalent de pas un : Il ne fait aucun projet vaut il ne fait
pas un projet ; si l'on veut se rendre compte de ce qu'il i a de bar-
bare à écrire aujourdui aucun Avec un s dans ce cas, on n'a qu'à pren-
dre un exemple comme : Il n^a fait aucun acte coupable, mettre un s
à aucun et prononcer : il n'a fait aucun z actes coupables,
« On tolérera l'absence de trait d'union entre le verbe et le pronom
sujet placé après le verbe. Ex. : est il ? » Sans doute encore, comme
nous le dit M. Oréans, c'est l'usage ancien, mais ce trait d'union
n'est-il pas un bénéfice pour notre ortografe? Si on écrit «s^ t7, com-
ment écrira-t-on aime-t-Hf 11 ne faut pas oublier qu'une ligne écrite
n'est souvent intelligible que grâce aux ressources de Tortografo
usuelle et qu'une écriture strictement fonétique serait dans la pratique
une source continue d'erreurs. Si Tauditeur comprend ce qu'on lui dit,
grâce à la prononciation avec les diverses intonations qu'( lie com-
porte et souvent grâce aux gestes qui l'accompagnent, le lecteur a
besoin d'être averti par des signes particuliers qui les remplacent.
De là l'invention des points d'interrogation et d'exclamation, par
exemple. Presque toutes les fois qu'une confusion était à craindre,
l'ortografe usuelle a trouvé un moyen de l'éviter. Ainsi à l'époque où
l'on ne disposait que d'un seul et même signe pour Vu et le v, on a
imaginé de mettre un h devant la sillabe initiale ui- pour empêcher
qu'on ne fût tenté de lire vi- et de confondre par exemple le mot uitre
(huttre) avec vitre, L'ortografe espagnole est citée partout, et avec
juste raison, comme un modèle de simplicité ; elle a néanmoins eu
recours au même procédé dans une situation analogue. 11 s'agit de la
sillabe initiale ue- qu'elle a fait précéder d'un h pour qu'on ne la prît
pas pour t?e- et qu'on ne lût pas veso par exemple le mot hueao « os »,
ce qui aurait amené une confusion avec beso « baiser ». Aujourdui Vu
et le V sont suffisamment distincts pour que 1'^ soit devenu inutile
dans ces cas particuliers ; mais en principe on ne doit pas rejeter un
BIBLIOGRAPHIE 2B5
moyen diacritique inventé par Fortografe uaaelle, tant qu*il peut
rendre des services.
Il i a des distinctions subtiles qui ont été introduites assez tard
dans notre langue par une recherche de grammairiens et dont les
titres de noblesse ne remontent pas très aut ; est-ce une raison pour
les supprimer? en aucune manière. Une nuance de plus dans une
langue, c*est un gain, et la beauté artistique des langues est due aux
affinements successifs qu'i ont introduits au cours des siècles les écri-
vains, les grammairiens ou d'autres encore. L'arrêté « permet d'écrire
indifféremment: elle a Vair doux ou douce ». Sans doute dans cet
exemple le sens est au fond à peu près le même dans les deux cas.
Mais si vous êtes assis à une table qui n'est pas d'aplomb^ qui chan-
celle, vous pourrez dire u cette table a Pair boiteuse », non pas
« boiteux ». L'accord n'est donc pas indifférent dans cette tournure.
Voici qui est plus grave : « Lorque deux adjectifs unis par et se
rapportent au même substantif de manière à désigner en réalité deux
choses différentes, on tolérera la suppression de l'article devant le
second adjectif. Ex. : L'histoire ancienne et moderne, comme l'hietoire
anctenne et la moderne ». M. Oréans fait observer qu*on supprimait
déjà l'article quand les deux adjectifs et le substantif désignent un
ensemble, un groupe de choses, expriment une idée unique : L'anti-
quité grecque et romaine (« klassisches » altertum) ; mais il devrait
ajouter que ce n*est pas ici le même cas, puisqu'il s'agit dans la
règle de u deux choses différentes ». L'histoire ancienne et moderne
c'est Vistoire d'une manière générale ; l'histoire ancienne et la moderne
ce sont deux istoires ou deux périodes de Tistoire considérées indi-
viduellement. De même : Le chien bkmcet noir désigne un seul chien,
k chien blanc et le noir en désigne deux. 11 n'i a plus ici affaire
d'accord ou d'ortografe ; c'est au fond même de la langue que l'on
touche et c'est une maladresse de s*i attaquer. C'est courir du reste
à on échec certain. La tolérance proposée ne simpliiSe rien, elle
fausse le sens. Dans ce cas on peut s'offrir des décrets et des lois à
volonté : ils resteront vains.
Ce qu'il fallait réglementer c'est notre ortografe ; il fallait la sim-
plifier en la débarrassant des chinoiseries sans nombre dont elle est
érissée. On écrit trafiquant à côté de fabricant, holocauste à côté de
olographe, rythme à côté de diphtongue, embonpoint avec un m devant
le b et un 71 devant \e p, pJionétique en face de fantastique, néphréti^
qw en face de frénésie, triptyque en face de glyptique, apocalypse en
face de éclipse. C'est là qu'il faut porter la ache. La tolérance en
pareille matière est une utopie. Dire : « On écrira comme on voudra »,
est une ineptie. Dire : « On écrira phonétique avec un /comme fan^
^ottique », n'est point une simplification, mais une complication^
266 filBLIOGHÂPHlE
puisque c^est ajouter un cas particulier à d^autres cas particuliers.
La seule manière logique de formuler une règle en matière d'orto-
grafe, la seule qui soit une simplification est la suivante : « Le groupe
ph sera remplacé par un/ dans tous les mots où il existe encore et
il disparu itra de Tortografe française ».
Voilà le genre de réformes qui s*imposent. Mais supprimer les
nuances d'une langue parce qu'il i a des gens qui ne les sentent pas,
c'est du démocratisme mal compris, c*est aussi chimérique que de
vouloir égaliser les fortunes ou les intelligences.
Maurice GraMmokt.
E. Boorciei. — Les mots espagnols comparés aux mots gascons (époque
ancienne), Bordeaux^ librairie Féret, io-8«, 23 p. [Extrait du Bulletin
hispanique, octobre -décembre 1901].
Le titre de Tarticle de M. Bourciez est un peu trop vaste en com-
paraison du sujet traité. M. Bourciez nous avertit, d*aille.urs, dès le
début, qu'il recherche simplement les origines de quelques analogies
lointaines, anciennes, entre le gascon ou le béarnais et TespagnoL
M. Bourciez — qui a été récemment indulgent pour quelques-unes
des théories de M. Mohl (cf. Revue critique, 1901, 11, 151) — appli-
que à ses hypothèses cette méthode rigoureuse qui, dans le domaine
scientifique, sait arrêter les écarts delà « folle du logis m. Le résultat
en est que les conclusions d'une étude si hérissée de difficultés sont,
dans Tensemble, parfaitement vraisemblables.
Les relations ont toujours été assez étroites entre TAquitaine et la
péninsule ibérique: à Tépoque romaine plus qu'en tout autre temps.
De là, dans le vocabulaire des deux pays', un certain fonds com-
mun. Ces analogies, d'ailleurs, débordent quelquefois l'Aquitaine et
on les retrouve en Languedoc. ^
Certains mots dérivés du latin classique sont peu probants; on peut
dire d'eux qu'ils paraissent avoir été plus favorisés dans la région
ibéro-aquitanique : ainsi soly napus ; lucrare, latrare, etc. Mais M. B.
reconnaît que ccLsa est commun à la plupart des langues romanes (le
fr. chez prouve qu'il a été populaire même dans la France du Nord ;
à rapprocher du béarnais a ca«6, l'expression ad casam que j'ai relevée
i Peut-être aussi pourrait-on examiner si leur syntaxe n*a pas quelque
trait commun.
s Faut-il expliquer celles-ci par des infiuences ibériques ou sont-elles
dues à des emprunts modernes ? Il est, en tout cas, vraisemblable que
les Ibères ont occupé une partie de la Narbonnaise (cf. Grundriss de
Grœber, I, 299; A. Darmesteter, Rev, Celt,, 1901,263).
BIBLIOGRAPHIE ig87
dans les chroniques de Frédégaire^ Revue de philologie française^
1900, p. 151).
D*autres exemples sont plus probants : Saltuêf abies, calcaneum,
pemOf etc. Mais encore ici tous ces mots n'appartiennent pas exclu-
sivement à la région ibéro-aquitanique : pèmo est encore connu en
narbonnais avec le sens de quartier^ portion d'un tout; * abetem pour-
rait bien vivre encore dans le narb. àbetê, employé exclusivement au
pluriel et servant à désigner les balles du blé qui se séparent du grain
au dépiquage et qui ress emblent aux enveloppes du même genre qui
s*entas8ent au pied des sapins. En revanche, les représentants de
larem et de cuna, de faecem et de taxum^ des mots abstraits comme
metam et fatum viennent confirmer la thèse de M. Bourciez.
Elle se trouve confirmée également par nombre de formes tirées du
latin vulgaire : Fesp. pàjaro et le béarnais passaroo renvoient tous
deux SLU passar de VAppendix Probi; béam. cufiat, esp. cufiado ren-
voient tous deux à * cûgnatus. A propos de cAaZar« j*ajouterai que le
narbonnais dit calkà (avec l mouillé), qui me parait être emprunté à
Tespagnol. L'hypothèse de de{la]xare, pour expliquer les dérivés de
lazare conmiençant par d n^est pas heureuse; on connaît assez la ten-
dance contraire qu'ont eue les populations romanes à faire revivre le
simple dans les composés et môme à Toccasion à y replacer l'accent.
La différenciation de / en ri ne me parait pas plus admissible qu'à
M. Bourciez. L'analogie seule doit expliquer ces formes : faut-il voir
ici l'influence des verbes dare^ donarel M. B. étudie ensuite quelques
dérivés communs aux régions ibériques, *nidale, * d extraie (mais
celui ci existe aussi en provençal, cf. Mistral, Trésor, s. n. des^
trau) et certains mots dont l'évolution sémantique est identique dans
les mêmes régions * (serrai portus, cibata, dont M. B. reconnaît que
remploi ne se limitait pas, au nord des Pyrénées, à la seule Aqui-
taine). Le béarnais seubemay — à côté de l'espagnol madreselva
(chèvrefeuille) — est plus significatif et Pemploi de natus est tout à fait
probant. Je n'en dirai pas autant de plicare de la Siluiae Peregri-
natio; il n'est pas sûr que ladite Silvia soit une Aquitaine; j'incline-
rais même à croire qu'elle était plutôt provençale, et plega pourrait
être aussi ancien en provençal qu'en gascon. ^
M. Bourciez a étudié, en dernier lieu , quelques mots d'origine
indigène qui ont passé dans les parlers romans des régions ibériques.
1 Secare est aussi resté vivant dans l'ouest de la langue d'oll, où Ton
dit encore seier du blé (Maine, Bretagne).
* L*édition Gamurrini, malgré les mérites de ce premier éditeur, est
bien faible en comparaison de l'édition qu'a donnée récemment Paul
Oeyer {Corpus Script, eccl. lat. , t. XXXIX).
i^8S BIBLIOGRAPHIE
Mais on sait assez que, sur ce point, c^est le fonds qui manque le
plus. Aussi M. Bourciez n*en a-t-il traité que quelques-uns (ctMco^
Uum, *arUga, arrogium, esp. arroyo, etc.)* Je ne sais pas quel chan-
gement de sens le lang. conscoulho en est arrivé à signifier constitua
tion: a houno conscoulho == U a bonne consiituUoni santé. Le mouUmn
et le mourcmn doivent être deux mots distincts : le premier ne peut
venir que de mola; cf. prov. amoulouna, mettre en bas, entasser.
(Cf. a. fr. meulony meulonner, in-Godefroy )
11 y a donc bien quelque? différences locales dans le latin des
Gaules ; mais on voit à quoi elles se réduisent pour une région déter-
minée. Il se peut, sans doute, que quelques faits aient échappé à
M. B. et que des travaux ultérieurs viennent compléter la liste des
roots qu'il a dressée; mais on peut dire, a priori, que les additions ne
seront guère nombreuses ; et si Pon veut parler un jour d*un latin de
Provence ou d'Aquitaine opposé au latin de la Gaule du Nord, il
devra rester entendu que ces dénominations ne se justifient que par
quelques difierences dont le nombre ne sera jamais suffisant pour
rompre Tunité du latin qui est à la base des langues romanes.
J. Anoladb.
Erratum. — Notre confrère et ami, M. Weudelin Fœrster, membre
honoraire de la Société des Langues Romanes, a célébré, le 26 octo-
bre 1901 , le vingt-cinquième anniversaire, non pas de son entrée
dans renseignement supérieur, comme nous Tavons [dit par mégarde
dans le numéro de janvier dernier, mais bien de son entrée en fonc-
tions comme professeur à TUniversité de Bonn et successeur de Diez.
La Rédaction.
Le Gérant responsable: P. Hamblin.
SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
DU PAPAGAI
La nouvelle provençale du papagai, Tun des rares spéci-
mens du genre, pose à Thistorien un problème littéraire que
son récent éditeur, M. Savi-Lopez, ne paraît pas avoir déûni-
tivement résolu ^. Si, en effet, on néglige les fragments qui
nous en sont conservés par trois autres manuscrits, le chan-
sonnier J (Florence, Bibl. naz., F. 4776) et le manuscrit R
(Paris, Bibl. nat., fr. 22553) sont les seuls à nous donner
Tensemble du récit ; or, si dans l'un et dans Tautre, sauf des
variantes de détail, la première partie est identique, la
seconde est, dans chacun d*eux, à tel point différente, que nous
avons en réalité deux récits très distincts par la matière, par le
ton etpar Tesprit. Cestdonc une question de savoir lequel est
le récit primitif et, comme la version de R mentionne expres-
sément comme son auteur un Amaut de Carcasses, dont du
reste Ton ne sait rien, on se demande si cet inconnu fut le
premier à mettre en vers notre nouvelle, dont / ne nous
aurait conservé qu*un remaniement, ou, si tout son mérite
aurait consisté à compliquer, à dramatiser le récit plus simple
de J, en lui donnant un sens et une portée que n'avait pas le
récit original.
Les deux opinions avaient été successivement exprimées,
' Paolo Sayi-Lopez. La NoTella provenzale del Papagallo, in-4'*, 82 pages,
NâpoU, 1901 (Extrait des Atti deWAccademia di archeologia , lettere e
6eWa arti. Vol. XXI).
XLv. - JuiUet 1902. 19
290 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
celle-ci par M. Stengel', celle*là par Bartsch*, pour qui au
contraire Amaut de Carcasses^ auteur de la version con-
servée par Ry était bien le poète du texte original. Mais le
débat ne pouvait être tranché qu'après que Ton aurait réuni
et étudié tous les manuscrits. Il appartenait donc à l'éditeur
du premier texte critique de départager les partisans des deux
opinions contraires, et c'est ce qu'a fait M. Savi-Lopez, en se
rangeant très nettement à l'avis de Bartsch, qu'il s'efforce
d'appujer de nouveaux arguments. Pour lui, la version de
R est bien le texte original et par suite Amaut de Carcasses
est bien le véritable auteur de la nouvelle.
Il importe pour examiner la valeur de ce jugement de
résumer le contenu de chacune des deux versions. Cette ana-
lyse précisera celle qu*a donnée M. Savi-Lopez et apportera
sur un point essentiel une correction nécessaire. Ainsi que
nous l'avons déjà dit, le début est identique dans les deux
récits. Un papagai vient au nom de son maître Antipha-
nor supplier une dame de lui accorder son amour. La dame
commence par s'j refuser et par alléguer l'attachement qu'elle
a pour son propre mari. Mais le papagai se montre si éloquent,
qu'il parvient à la convaincre. Elle promet d'aimer Antipha-
nor et dit expressément à son messager :
Y. 108. D*aitatf lo podetz conortar
Que pels vos très precx Tamaray
E ja de luy no* m partiray.
Avec ces vers s'arrête la concordance des deux récits. Il
importe de le remarquer dès à présent, car, pour n'en avoir
pas tenu compte, M. Savi-Lopez a entièrement faussé les
conclusions que l'on peut tirer de la comparaison des ma-
nuscrits.
Dans Jt après cette promesse de la dame, le papagai revient
auprès d'Antiphanor qui, sur le conseil de son messager,
s'empresse d'aller trouver la dame. Celle-ci le fait asseoir
auprès d'elle, ne lui cache pas la bonne impression qu'elle a
ï Cf. Rivistaldi filologia romanza I, 36 sq.
2 Cf. Zeitschrift fur roman. Philologie II, 498-499.
DU d PAPAÛAI» 291
de lui et lui avoue que, cédant aux belles raisons àxxpapagai,
elle est toute prête à l'aimer. Qu*il lui jure seulement de
Taimer d*un cœur sincère. Antiphanor se déclare prêt à jurer
tout ce que voudra la dame, quand celle-ci, gagnée sans doute
par Taccent de sincérité d'Antiphanor, renonce à ce qu'elle
exigeait et s'abandonne à la bonne foi de celuiqu'elle aime. Les
amants se livrent à leurs transports et leur joie ne prendrait
pas de un si le papagai ne revenait en toute hâte leur annon-
cer Tarrivée du mari et la nécessité pour eux de se séparer.
Antiphanor prend congé de sa dame et lui fait promettre
qu'elle lui ménagera bientôt l'occasion de la revoir. Le récit
devrait s'arrêter là, mais, de façon assez étrange, Antiphanor
répond à cette promesse par de nouvelles protestations
d'amour qui ne remplissent pas moins de cinquante-six vers.
On dirait qu'il tient à placer le serment qu'avait d'abord
exigé la dame et dont elle l'avait ensuite dispensé. Le récit
se termine après qu' Antiphanor a donné son cœur à la dame
en gage des promesses jurées par lui sur l'Ëvangile.
Dans R, la dame ne se contente pas de promettre au
papagai qu'elle aimera Antiphanor; elle lui donne, en gage
d'amour, un bel anneau et un cordon de fin or qu'il remettra
à son maître. Elle le prie de retourner en hâte auprès de lui
et de le ramener dans le jardin où elle les attend. Le papagai
rejoint Antiphanor, lui rend compte de sa mission et lui
remet les présents remis par la dame. Mais au lieu de venir
au rendez- vous donné, tous deux se préoccupent du moyen
d'entrer dans le jardin. Le papagai, ingénieux, a un plan tout
préparé: il mettra le feu à la tour qui commande l'entrée et,
grâce au désordre, Antiphanor pourra arriver jusqu'à sa
belle. Celui-ci renvoie le papagai mettre au courant de ces
dispositions la dame qui, de son côté, s'inquiétait de savoir
comment Antiphanor pourrait la joindre. Séduite et rassurée
par le plan du papagai^ elle n*a plus qu'à souhaiter la prompte
venue de son amant. Tout s'accomplit comme ils l'ont décidé.
Avec du foc grezesc^ le papagai met le feu au château ; la
dame profite de l'émotion générale pour faire entrer Antipha-
nor et la joie qu'ils ont d'être ensemble est telle qu'ils se
croiraient en paradis. Mais le papagai revient leur annoncer
qu'on s'est rendu maître du feu et qu'il leur faut se séparer.
ft92 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
L*amant prend congé de sa dame et s'en va. Le rëoit se ter-
mine par quelques vers ou Fauteur Amaut de Carcasses donne
la moralité du récit, qui est fait pour railler les maris jaloux
et leur recommander de se ûer davantage aux inclinations de
leurs femmes.
Ces deux versions, très nettement distinctes, sont, dans leur
fond, également acceptables. Sans doute, dans Jj le long ser-
ment d'Anliphanor, qui termine le récit, a quelque chose de
choquant et nous verrons, qu'en effet, c'est une addition
maladroite au texte primitif. De môme on peut trouver
qu'il ne contient pas la mention expresse de la séparation
des amants et du départ d'Antiphanor, le toat pouvant,
comme dans B^ former la matière de deux vers^ Mais nous
n*en avons pas moins un récit qui, dans sa simplicité, donne
à Taventure qui fait le fond de la première partie une suite
naturelle et vraisemblable. D'autre part, la version A, par le
développement et l'agrément des épisodes qu'elle imagine, est
plus variée, plus dramatique et, si l'on veut, plus intéressante.
Mais de cela on ne peut rien tirer touchant l'antériorité de
Tun ou de Tautre récit. Comme M. Savi-Lopez l'a reconnu
lui-même', un texte plus simple peut provenir d'une rédac-
tion plus richement développée ou, au contraire, celle- ci peut
n'être que le développement d'un texte originairement plus
sobre et moins chargé de matière. En fait, pour trancher la
question qui nous occupe, nous n'avons comme éléments
d'information que la comparaison des manuscrits d'une part,
et de l'autre, l'étude attentive du contenu de ces deux récits.
> V. 304-305, Antiphanor s'en toma leu
Gom filhs de rey ab son corrieu.
' Cf. ioc, cit., pp. 33 et 3i.
DU «PAPAGAI» 893
Ce qui ressort le plus clairement de la comparaison des
manuscrits, c'est ce que nous avions tout d'abord soupçonné,
que la longue protestation d'amour qui termine le récit de J
n'en faisait pas primitivement partie. Outre qu'elle prolonge
hors de toutes limites l'entretien des amants, alors que le
retour du mari leur fait de la séparation une nécessité, les
humbles supplications de l'amant et la demande qu'il fait à la
dame d'agréer son amour *, n'ont pas de raison d'être si on les
attribue à Antiphanor. Celui-ci n'est plus un amant en expec-
tative et il n'a pas à souhaiter les menues faveurs de l'amour,
puisqu'il en a déjà goûté les réalités'. Ce n'est donc plus
Antiphanor qui parle , et le long monologue de ce nouvel
amant est complètement étranger à la conception primitive du
récit. Et, en effet, dans le manuscrit D (Modène, Chansonnier
d*Este) les cinquante-six vers qui forment cette addition sont
conservés seuls comme un morceau à part, et dans le manus-
crit G (Milan, Bibl. Ambros., R. 71) qui, à quelques feuillets
d'intervalle, contient la partie commune aux deux récits, ce
mâme morceau vient après la pièce d'Arnaut de Maruelh Domna
genser qu'eu no sai dir^ sans, du reste, qu'on puisse l'y ratta-
cher avec plus de vraisemblance. Que ce soit une pièce com-
> Cf. Savi-Lopez, loc. cit,, p. 66, ▼. 41.
E vos, dompna, prometetz me
Qu'ab franc cor et ab liai fe
Mi retengatz per servidor ,
E datz mi baizan vostr'amor,
E levatz pueis de ginoillos.
On eu ai estât denan vos.
« Cf. Savi-Lopez, loc. cU,, p. 60, v. 279.
Antiphanor intr'el vergier
En un lieg de jotz un laurier
Ab sa dona s'anet colcar,
E lunhs hom non o sap contar
Lo gaug que fo entre lor dos,
Cals pus fo de l'autre joyos.
Vejaire lor es, so m'es vis,
G'aquo sia lur paradis.
29 4 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
plète en elle -même ^ ou seulement un fragment d*un récit plus
important, il est certain qu'il ne fait pas, à proprement parler,
partie de la version J et que son addition est le fait d'un rema-
nieur maladroit. Enfin, son interoalation entre Tadieu de la
dame et les vers qui mentionnaient le départ de Tamant a eu
pour conséquence de faire omettre ces vers et de laisser le
récit inachevé. II j a donc eu du texte de J un état antérieur où
Tadieu de la dame était immédiatement suivi de la séparation
des amants, et c'est cette rédaction primitive qu'il faut com-
parer avec le récit de R. C'est entre eux et eux seuls que se
pose la question d'antériorité *. Sur ce point précis il semble,
tout d'abord, que Pétat actuel des manuscrits ne puisse guère
nous renseigner. Nous n'avons pas de manuscrit donnant le
texte original de la version 7, et quant aux deux chansonniers
J et A, ils sont sensiblement contemporains et de valeur à peu
près égale. Le chansonnier d'Esté (Z>)' est à écarter puisqu'il
ne contient précisément que le domnejaire et, de même, on ne
saurait faire état d'un manuscrit de Florence (Bibl. Riccard.,
2756), qui n'a conservé qu'une cinquantaine de vers repro-
duits par le scribe au hasard de la mémoire^. Reste le manus-
1 C'est Topinion de Bartsch qui la rangeait dans cette catégorie des
saluts d*amour auxquels on donne le nom de domnejaires. Cf. Grun<irisSy
p. 41. Il faut remarquer qu'elle ne rentre guère dans la définition donnée
du genre par M. Paul Meyer dans son étude sur le Salut d'amour dans
les littératures provençale et française (in Biblioth. de VÊc. des Chartes,
XXVIII, p. i24 et sq.). Mais surtout la caractéristique du salut d'amour
la formule de salutation, fait complètement défaut, et il faudrait au moins
admettre que nous n'avons conservé de ce salut qu'un texte mutilé dont
les premiers vers auraient disparu. En tout cas, je ne vois rien qui jus-
tifie l'hypothèse exprimée dans la Romania^ XXXI, 169, et d'après laquelle
ce domnejaire serait d'origine italienne.
• Une fois cela établi, il fallait résolument écarter de la discussion ce
domnejaire qui dénature le récit primitif. On pourrait reprocher à
M. Savi-Lopez de ne pas l'avoir assez fait, et quand il s'oflorce de carac-
tériser le récit de /d'avoir tenu trop de compte de cette addition étran-
gère.
3 Les variantes de D ont été publiées par Max von Napolski.^Gf. Zeits-
chrift fur roman. Philologie^ II, pp. 498-499.
* Cf. Wesselofswski, Romania, VII, 326-329 et Savi-Lopez, loc. cU.,
pp. 34 et 42.
DU «PAPAGAl» 295
eritff ' qui, lui aussi, ne contient qu'une partie de la nouvelle,
mais dont précisément l'état incomplet a fourni à Bartsch et
à M. Sayi-Lopez un argument en faveur de leur thèse. Le
fragment qu'il nous a conservé comprend 98 vers, qui,
sauf les yariantes de détail, concordent avec le texte de 7, et
s'arrête au vers 140 du texte établi par Téditeur', c'est-à-dire
à l'endroit même où, d'après Bartsch et M. Savl-Lopez,
commencerait la divergence entre les deux récits de J et
de R, La concordance de (? et de 7 pour les vers conservés
en commun attesterait leur dépendance d'une même source;
d'autre part, comme le fragment de G s'arrête au moment où
les deux récits complets de B et de J commencent à dif érer,
cette source commune à 6 et à J ne saurait être qu'un texte in-
complet du récit primitif. Le manuscrit G aurait respecté, en
quelque sorte, la mutilation de son modèle et l'aurait repro-
duit sans chercher à le compléter, au lieu que J voulant le
compléter, mais, ignorant la suite du récit primitif, aurait
comblé la lacune en inventant de toutes pièces un dénouement
convenant tant bien que mal à la première partie de la nou-
velle. Ainsi serait prouvé ce que l'on s'efforçait d'établir, à
savoir que R seul représentait le récit primitif et que J ne
nous en offrait qu'un remaniement postérieur.
' Les variantes de G ont été publiées par Max von Napolski, loc. cit.,
pp. 498-499.
* Ce qui diftérencie G de / c'est Tabsence des vers 25-28 et surtout des
Ters 55-76. Ces lacunes ne se retrouvant pas dans /?, il est certain
qu'elles sont le fait du scribe de G. Il a, semble-t-il, voulu reproduire,
en l'abrégeant, le récit qu'il avait sous les yeux, sans se douter qu'en
supprimant les vers 55-76 il faisait disparaître du dialogue l'un des pas-
sages les plus vivement et les plus agréablement menés. Toutefois, l'on
peut dire que, d'une façon générale, le fragment G comprend tout l'en-
tretien du papagai et de la dame, leur séparation, le retour du messager
auprès d'Antiphanor et le commencement du discours où il lui rend
compte de son ambassade. Les derniers vers sont :
Pois li a dit : « Senher, jamays
Non er noiritz nul papagays
Qe faza tan per son senhor
Com yeu ay fat per vostr'amor. >.
Us correspondent aux vers 137-140 du texte de M. Savi-Lopez.
I
296 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
Le raisonnement est ingénieux, mais repose sur des données
inexactes. Tout d'abord, il n*est pas sûr que Ton doive consi-
dérer le fragment de G comme la reproduction d*an texte
incomplet. Il se trouve, en effet, dans une partie du manuscrit
où Tauteur à réuni an peu pèle mêle et comme an hasard de
ses lectures des pièces d'origine très différente ^Peut être ne
doit-on pas attribuer une très grande autorité à un recueil
dont on ne se représente pas mieux la composition. De plus,
la présence dans cette même partie du recueil du domnejaire^
si surtout Ton admet qu'il n'est lui-même qu'un fragment d'un
récit plus complet, pourrait nous faire supposer que c'était
chez l'auteur un parti pris de ne transcrire pour certaines
œuvres que les fragments qui l'intéressaient. En tout caa, pour
expliquer l'état incomplet de (?, l'hypothèse de M. Savi-Lopez
n'est pas la seule possible. Pour lui ce ne peut être que la
reproduction d'une rédaction tronquée et restée incomplète.
Avec tout autant de vraisemblance on pourrait dire que le
fragment conservé par 6r est un extrait fait consciemment
d'une rédaction complète de la nouvelle. Il faudra voir si
dans le récit ainsi coupé et limité nous ne découvrons pas des
caractères et une unité qui expliqueraient chez l'auteur du
manuscrit le dessein arrêté de ne conserver que cette partie
de la nouvelle, considérée comme pouvant former un tout.
Mais sur cette question le témoignage des manuscrits ne peut
rien nous apprendre, et nous ne pourrons avoir une opinion
qu'après avoir étudié le contenu des deux récits complets et
du fragment conservé par G,
Mais les rapports que Ton suppose entre JG et leur source,
évidemment identique à R pour la partie conservée en commun,
sont-ils eux-ndêmes si solidement établis? L'argumentation de
Bartsch et de M. Savi-Lopez ne pourrait être probante que si
jusqu'au dernier vers de 6r, entre J et G d'une part, sauf les
lacunes particulières à G*, et de l'autre la version conservée
par A, la concordance était complète. Or, il n'en est pas aiini.
* Cf. Griilzmacher, in Archiv fur dos Studium der neueren Sprachen^
XXXII, p. 399 et Grœber, Die Liedersammlungen der Troubadours^
p. 546.
« Cf. Supra, p. 294.
DU «PAPAGAI» 297
Nous ne relèverons pas certaines lacunes de AS ni non plus
telle ou telle interpolation de vers qui, après tout, peuvent
n^être que le fait d'un copiste négligent. Mais, comme on Ta
déjà vu ^, dans la partie qui précède immédiatement l'endroit
où s'arrête tf, et à partir duquel J et R diffèrent entre eux
absolument, ily a tout un passage pour lequel 7 et G offrent un
teite très distinct de celui de A. Sans doute, dans ses variantes,
M. Savi'Lopez constate bien que les vers 111-122 ne se trou-
vent que dans JR ; de même pour les vers 125-130 il remarque
qae R est seul à offrir ce texte auquel correspondent dans J
et dans G deux vers au lieu de six, et totalement différents.
Mais il a tort de considérer ces lacunes et ces remaniements
comme intéressant seulement la tradition du texte et non pas
la composition de la nouvelle. Si, en effet, pour le passage en
question on compare le texte de J G et celui de R on constate
que Ton a affaire non pas à deux textes diversiûés par les
procédés ordinaires des copistes, mais à deux rédactions
foncièrement différentes '. Ce sont bien dans Tune et dans
^ Cf. notamment les vers i9-24 du texte établi par l'éditeur et de même
les Ters 133-136 qui ne sont donnés que par / et G et qui cependant doi-
vent être rétablis.
« Cf. Supra, p. 290.
' Nous reproduisons, sauf les yariantes secondaires, le texte de ce
passage tel qu'il est dans R et dans GJ, On remarquera que la divergence
commence non pas comme le disait M. Savi-Lopez, avec le vers 140,
mais dès le vers 111. Pour ne pas troubler la concordance et rendre la
comparaison plus aisée, nous conservons la numérotation des vers de
Tauteur, et nous laissons en blanc, dans le texte de i?, les quatre vers qui
ne sont conservés que par J G.
Texte de R
108. D'aitan lo podetz conortar
Que pels vostres precx Tamaray
110. B ja de luy no* m partiray.
E portatz li*m aquest anel,
Qu'el mon non cug n'aya pus bel
Ab sest cordo ab aur obrat,
Que'l prengua per ma amistat
11 . E gardatz vos que non estetz :
En sest verdier m'atrobaretz. >
Ifl8 SUR LA NODVELLE PROVENÇALE
l'antre les mêmes faits qui sont rasoQtâa, mais au lieu que
dans JG, il y a comme un parti pris de brièveté et de sim-
Ab tan lo papagays respon :
e Dona, faj s'el, ai Dieus be'm don,
Mot a aisi azaut prescn,
120. Et jeu portai l'a; Teramea
Saludar l'a; de Tostia part.
Dona, sel Dieus que no menlic
Voi do d'Antiphaiior amie
126. Em lays leier c'abans d'an an
L'amea de cor ses tôt enjan. >
Ab tan parton lor parlamen,
De layna car ac gran talcn
De ta don 'e d'Antiphanor
130. Del vergier joyos ses demor
Dreg a son senhor es Tengutt
E comta'l corn s'es captenguli
PuBjs li a dig : I Senhar, jamays
Non or noirlli lais papagays
Qua tan dJgua per son senhor
140, Com jeu al dig per Tostr'amor.
Texte db 7 G
108. D'aitan lo podetz conortar
Que pela vostres preci l'amaray,
110. E ja de luy no'm partira;. >
( Dona, sel Dieus que no mentic.
Vos do d'AnttpbanoF amie. >
Lo papagai fo molt Joîoa,
Et issi dal »ergier cochos.
115. Dayan son senhor es vengutz
E mostra'lh com s'es captenguti.
Premeiramen l'a comensat
Lo gran pretz e la gran beutat
De la domna, si m'ajut fes,
120. E d'aisao a fait que cortes.
Pueys li a dig : . Senher, jamajs
Non er noirili nnilha papagays
Que fassa tan per son senhor
124. Com jeu ay fag per Toatr'araor.
DU « PAPAGAl » 299
plioité, il est manifeste que R a voulu détailler et déyelopper
le récit.
Ainsi, dès que la dame a promis d* aimer Antiphanor (v. 108-
110),./ et G sont d*accord pour ramener rapidement le papagai
auprès de son maître. Sur une brève formule de souhait il
s'élance hors du jardin et va annoncer à Antiphanor le succès
de son ambassade. Au contraire, dans R, la dame ne se con-
tente pas de sa promesse. Elle charge le papagai de porter
à son maître les gages d'amour qu'elle lui destine. Elle lui
renouvelle la prière déjà faite (v. 103) d'avoir à se hâter et lui
dit expressément qu'elle les attend, Antiphanor et lui, dans le
jardin. De son côté, le papagai loue la beauté des présents
qu'il portera à l'amant avec les saluts de la dame. Il souhaite
aussi, mais avec plus de mots, de voir bientôt l'effet de ses
démarches. Puis en six vers au lieu de deux, qui j suffisaient
dans l'autre rédaction, le poète mentionne le départ du papagai
et son retour auprès d'Antiphanor.
Il est donc certain que nous avons là non pas deux états du
même texte, mais deux textes différents dont l'un est le
remaniement de l'autre. Lequel est la forme remaniée et lequel
le récit primitif? L'étude seule de l'ensemble des deux récits
peut nous l'apprendre. Toutefois, si l'on compare les trois
textes de A, de J et de (/, pour la partie conservée en
commun (v. 1-110), l'on voit bien que, pour telle ou telle raison,
A omet certains passages^, que, de même, G laisse de côté
certaines parties du récit% mais J semble bien reproduire le
texte intégral, puisque c'est toujours d'après son témoi-
gnage qu'il est possible de combler les lacunes des deux
autres manuscrits^. Il est dès lors assez peu vraisemblable
que, dans le seul passage qui nous occupe, / ait voulu, de parti-
priii, abréger la rédaction originale. En admettant même
riij^pothèse de M. Savi-Lopez et qu'à partir du vers 140
« Cf. les vers 19-24 et 133-136 omis par l'auteur de R.
' Cf. les vers 25-28 et 55-76 omis par l'auteur de G.
' Les seules lacunes qu'y relève M. Savi-Lopez sont celle des vers
111-122, commune également à G, et celle des vers 125-130 remplacés
par deux vers particuliers à JG. Ce sont précisément celles qui différen-
cient les deux rédactions du passage que nous examinons.
L
300 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
Tautôur ait inventé de toutes pièces, on ne voit pas pourquoi
il aurait supprimé les détails que donnait pour ce passage
Toriginal conservé par R. En fait, ils s'accordaient très bien
avec la suite qu'il imaginait*. De plus, si vraiment cet auteur,
en présence du texte incomplet qu'il utilisait, a été si embar-
rassé et si dépourvu d'invention qu'on nous le dit', on se
demande pourquoi il aurait ainsi délibérément négligé les
indications que lui offrait ce modèle et qu'il pouvait déve-
lopper à son gré. Il semblerait donc que dans ce passage, ce
n'est pas J qui a abrégé le texte original, et, cette hypothèse
étant exclue, il resterait uniquement que c'est R qui l'a déve-
loppé. Nous verrons si l'examen interne d/ss deux récits
confirme cette conclusion. Pour le moment, il nous suffit de
constater :
1* Que jusqu'au vers 140 l'accord absolu qu'on prétendait
exister entre les textes, du moins entre les deux rédactions
de JG et de R, n'existe pas;
2^ Qu'avant l'endroit même où s'arrête G et où commence
la divergence absolue de J et de A, il j a un passage attestant
de la part de JG, ou de celle de A, un remaniement conscient.
Les rapports établis entre les trois textes ne sont donc pas
les vrais et l'hypothèse de M. Savi-Lopez est à rejeter, puis-
qu'elle est impuissante à rendre compte du remaniement
ainsi constaté. Pour lui comme pour Bartsch, il n'y avait
remaniement à partir du vers 140 que parce que JG prove-
naient d'un texte incomplet et qui s'arrêtait à cet endroit
même. De plus J était le seul qui, pour combler la lacune,
inventait une suite, c'est-à-dire, en somme, remaniait. Or,
comme nous venons de le voir, du vers 111 au vers 140, G
remanie aussi bien que J et de la même façon : l'accord entre
leurs deux textes est absolu. De plus, la comparaison entre le
texte de JG et celui de R montre que le remanieur, quel
qu'il soit, n'invente pas : tous deux ont le même fond
> L'invitation pressante de la dame à venir la retrouver dans le jardin
convenait très bien avec le dessein de /, qui nous montre Anliphanor et
le papagai se rendant sans tarder dans le verger. De même l'envoi des
gages d'amour, et tous les autres détails de R s'accordaient très bien
avec la seconde partie de J,
• Cf. Savi-Lopez, Op. cit, p. 33.
DU « PAPAGAI» 301
comman^ Que JG soit la forme remaniée ou, au contraire,
que ce soit A, les concordances constatées entre eux suppo-
sent nécessairement que J et G ont connu la rédaction It ou
inYersement. Dans Tune et dans l'autre hypothèse, le texte
remanié suppose à sa base Tautre rédaction, et le remanieur
n'invente pas mais modifie les éléments fournis par l'autre
récit. Enfin, s'il remanie, ce n'est pas pour combler une lacune,
mais en vue d'un dessein à lui particulier, qui doit corres-
pondre à un changement dans la conceptiop générale de
rœavre. On pourrait en dire autant de la divergence qui existe
entre les deux rédactions à partir du vers 140. Pour être plus
complète que celle que nous avons constatée du vers 111 au
vers 140, elle peut être cependant de même nature et corres-
pondre elle aussi à un changement dans la conception du
récit. Ainsi rien n'est moins sûr que les rapports qu'on pré-
tendait établir entre J et G et, d'autre part, entre ces deux
états du même texte et l'autre rédaction. Les deux textes de
y et de G ne dépendent pas nécessairement d'une source
commune et G p^ut aussi bien n'être qu'un abrégé de 7.
D'antre part, sous sa forme actuelle, J n'est pas non plus
nécessairement une forme remaniée du texte original repré-
senté par R, Tout ce que nous apprennent les manuscrits
c'est qu'à partir du vers 111', nous avons deux récits diffé-
rents qui peuvent, l'un aussi bien que Tautre, représenter la
nouvelle primitive.
' Il 7 a plas dans R^ mais à rexception des vers 113-114 de 7G,
auxquels correspondent les vers 125-130 de R, tous les yers de JG se
retrouTent dans Tautre rédaction.
* Les divergences constatées da y. 111 au v. 140 ne sont, en effet, que
le commencement du remaniement total qui, à partir du t. 140, diffé-
rencie absolument les deux rédactions.
SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
C'est donc uniquement l'examen interne des deux récîLs et
l'étude attentive de leur contenu qui peuvent notis renseigner
sur leurs rapports réciproques. C'est par là seulement que
nous pouvons arriver k déterminer quelle était la rédaction
primitive. Si M. Savi-Lopez s'en f&t mieux rendu compte, aa
lieu de demander i cette étude de venir confirmer les conda-
sions combien douteuses qu'il lirait de la comparaison des
manuscrits, il eût été amené à la pousser plus loin et eût
ainsi évité des appréoiatioQS faassea résultant évidemment
d'un examen trop superâciel '. 11 ne suffit pas, en effet,
pour démontrer l'antériorité de la rédaclioD /t, de déclarer
que son récit se développe harmonieusement et que, dans
l'ensemble, chaque épisode a sa place bien déterminée. C'e^t
le principal et presque l'unique argument de M. Savi-Lopez*.
Tout d'abord, il ne semble pas que ce soit là une caractéristi-
que suffisante, ni que cela permette de distinguer A de ydont,
à vrai dire, l'on pourrait dire la même chose et dans lea
mêmes termes. Une fois le (fomne/ai're écarté, le récit de^ peut
sembler moins vivant, moins varié, moins dramatique, et si l'oB
veut même, moins intéressant, mais au point de vue de la
simplicité et de la clarté de la narration, il est impossible d'y
rien relever de choquant ou d'inacceptable. La suite et le
dénouement qu'il imagine à l'entretien du papagai et de la
dame peuvent rappeler les données traditionnelles de Vatba
et, par suite, ne sembler ni très originaux, ni très neufs. Ils
sont, étant donné la fiction, aussi naturels que vraisembla-
bles : il n'y a rien que l'on en doive retrancher; rien non
plus, à l'exception des deux ou trois vers de la fin *, dont on
puisse constater l'absence. Tous les détails du récit trouvent
: < Il giudiiîo a cui de logo l'esame
a confermato da un brève sgaardo al
i-Lopei, op. cit., p. 35 ;< Il racconta di R si sTolga armonico
i parte, come ogoi episodio abbta confini ben misurall nel
DU «PAPAGAI» 303
dans le récit lui-même lear raison d*étre et lear justification.
Or, peut-on en dire autant de l'autre rédaction ?
Il semblerait qu*une fois Taveu de la dame obtenu, après
qu'elle a prié le papagai de vite retourner auprès d'Antiphanor
pour qu'ils reviennent la trouver dans le verger où elle les
attend, celui-ci n*eût plus qu'à accourir pour goûter les joies
que lui aménagées son interprète. Nous touchons au dénoue-
ment et la situation ne semble pas comporter de longues péri-
péties. Du moins, celles qu'a imaginées l'auteur de R sont-elles
vraisemblables? Il est curieux, tout d'abord, que, de retour
auprès de son maître, lepopagai, qui lui raconte les incidents
de sa mission et lui remet les présents de la dame, ne lui dise
pas la chose essentielle, la seule qui intéresse vraiment Anti-
phanor, à savoir qu'il l'a convaincue qu'elle devait Taimer,
qu'il en a reçu l'aveu et que, dès ce moment, la dame Tattend
dans son jardin. Combien est plus naturel dans l'autre rédac-
tion le discours du papagai, qui après avoir rapidement loué
la beauté de la dame, va droit à ce qui importe le plus :
Pueys li a dig : u Senher, jamajs
Non er noiritz nuilhs papagays.
Que fassa tan per son senhor
Gom yeu ai fag per vostr^amor.
Que la dompna ai gazanhada.
Anas ades esta vegada
Parlar a lieis en sel vergier
Tût mantenen ses destorbier.
Et là-dessus le chevalier s'en allait au rendez-vous donné
par la dame. Au lieu de cela, sans même dire à Antiphanor
que la dame Tattend ni où, l'auteur de It se préoccupe unique-
ment des moyens à employer pour pénétrer dans le verger.
Le papagai expose son plan : il mettra le feu au château et,
grâce à la confusion générale, son maître pourra arriver jus-
qu*à sa belle. Ici encore il semblerait que, ce plan étant bien
arrêté, il n'y eût plus qu'à Pexécuter. Mais auparavant Anti-
phanor croit nécessaire de mettre la dame au courant de leurs
projets. En des vers d'ailleurs mal venus et qui trahissent
le remplissage, il dit au papagai :
â04 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
V. 164-166 Tornatz premier al parlamen
A lieys parlar, si a vos platz,
Donc aestas razos li mostratz.
Le papagai revient donc auprès de la dame, mais, cette fois
encore, il semble oublier ce qa*il doit avant tout lui dire. Des
dispositions arrêtées entre Antiphanor et lui pour pénétrer
dans le jardin pas un mot, mais seulement six vers remplis
de formules banales pour exprimer un souhait bien inutile,
puisqu*il est déjà réalisé :
V. 173-179 Dona, aisel Dieus que vos fetz
Vos done so que mays voletz,
E'us gar de mal e d*encombrier,
Sol q^^e lo vostre cavayer
Vulbatz amar tan lialmen
Corn el fay vos ses falhimen.
Autant un pareil discours serait naturel an début de la nou-
velle, lors du premier entretien du papagai et de la dame,
autant il est choquant ici où il tient la place d*un autre dis-
cours qu'on attendait et qui n*y est pas. Ce qui souligne plus
encore Tin vraisemblance, c'est que ce n'est pas le papagai,
mais la dame qui aborde la première le véritable objet de cet
entretien. C'est uniquement parce que la dame se préoccupe,
elle aussi^ des moyens pour Antiphanor de pénétrer dans le
jardin que le papagai se rappelle ce pour quoi il était venu. Il
expose donc son plan, recommande à la dame de bien saisir
le moment favorable et celle-ci accepte :
V. 209-210. Ab tan la dona ditz : « Platz me
Et anatz lo querre desse. »
C'est la seconde fois qu'elle invite le papagai à lui amener
Antiphanor et avec la même impatience.*
* Déjà elle lui avait dit en deux vers qui ne nous sont conservés que
par R :
v. 115-116. E gardatz vos que non estetz
En sest verdier m'atrobaretz.
DU «PÂPAOAI» 305
On poarrait déjà trouver qu*ainsi conçu cet épisode ralentit
beaucoup Faction et qu*à ce seul point de vue Tart du narra-
teur dans R est moins parfait qu*on ne voulait nous le faire
croire. Mais les invraisemblances que nous y avons relevées
nous forcent à supposer qu*un état du texte à dû exister où
elles n*étaient pas, que nous avons par conséquent affaire à
un épisode interpolé ou fortement remanié et en tout cas
étranger à la conception primitive de la nouvelle. Cette sup-
position se trouve confirmée par Texamen d*un passage par-
ticulier de cet épisode qui nous livre en même temps avec
la preuve certaine de cette interpolation la manière dont a
procédé son auteur.
Il s'agit du passage où, pour la première fois, le papagai
expose à Antiphanor son ingénieux stratagème. Il se montre
d*abord préoccupé des difficultés qu'ils rencontrent et dit
expressément:
' Cf. y. 153-160. Mas jes no say per cal razo
Non prenguam sonh ni ochaizo
Que puBcam el verdier intrar ;
Jes no vos en say cosselhar.
Mas y eu métrai foc a la tor
Et al solier, per vostr' amor ;
E can lo focs er abrassatz
Poiretz intrar per esperatz.
Autrement dit, c'est le papagai qui avoue son embarras, qui,
en présence des difficultés, avoue à son maître qu'il ne sait
quel conseil lui donner, pour, dès le vers suivant, lui exposer
dans tous ses détails le plan qui assurera le succès de leur
entreprise. Sans aller plus loin, on peut, dès à présent, affirmer
qu'il y a entre les vers 156 et 157 une contradiction tellement
manifeste qu'il est impossible de les laisser subsister tels quels,
à la suite l'un de l'autre, dans le même texte. Lo texte de R
est ici évidemment corrompu et il faut chercher la correction
nécessaire.
Elle nous est suggérée par la comparaison avec un autre
passage où le papagai expose, à la dame cette fois, comment
20
306 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
il compte s'y prendre. C'est elle, nous l'avons vu *, qui songe
la première aux obstacles que rencontre l'exécution de ses
désirs amoureux. La chose, au surplus, paraît assez naturelle,
car mieux que personne elle connaît la disposition des lieux
et les précautions dont elle est entourée.
V. 183-186. Mas aquest verdiers es trop claus,
E las gardas non an repaus :
Devon velhar tro al mati
Car lunha nueg non prendo fi.
Le papagai qui a dans la tête son plan tout fait lui demande
avec malice :
V. 187. Dona, e no y sabetz cosselh ?
A quoi la dame réplique par l'aveu très franc de son embarras :
V. 188-189. leu no, e do m'en meravelh
Se vos cosselh non y sabetz.
Et le papagai répond, tout fier de montrer son ingéniosité,
en lui détaillant tout ce qu'il a imaginé.
Cette partie du récit, conduite du reste avec vivacité et
agrément, nous montre les deux interlocuteurs dans leur rôle
véritable, avec les sentiments et les idées qui leur sont natu-
rels. C'est à la dame de se trouver embarrassée et au papagai
de se montrer un intermédiaire ingénieux. Dès lors, l'on se
rend compte que si, dans l'entretien du papagai et d'Anti-
phanor, il est question de l'embarras de quelqu'un, c'est uni-
quement de la dame qu'il doit s'agir et non pas du papagai,
La correction a apporter au texte de R dans le passage que
nous avons reconnu comme corrompu, apparaît dès lors comme
très simple. Il suffit, au vers 153 et au vers 156, de corriger
le mot say en sap, forme très voisine et dont on s'explique
aisément l'altération. Grâce à cette correction, Tincohérenee
que nous signalions tout à l'heure disparaît et le sens de tout
le passage est le plus naturel. C'est la dame qui s'est montrée
« C£. Supra, p. 303.
DU « PAPAGAI » 807
préoccupée du moyen de faire pénétrer Antiphanor dans le
jardin et c'est le papagai qui Ta trouvé .
V. 153-158. Mas jes no sap per cal razo
Non prenguam sonb ni ochaizo
Que puscam el verdier intrar
Jes no vos en sap cosselhar.
Mas jeu métrai foc a la tor
Et al solier, per vostr' amor.
Il est vrai que dans le premier entretien de la dame et du
papagai (v. 7-126) aucune allusion n'a été faite à ces préoc-
cupations et qu'il n'en sera [question que dans leur second en-
tretien, c'est-à-dire bien après l'allusion qu'on j fait ici. On
pourrait sans doute supposer que le premier entretien ne nous
a pas été rapporté dans tous ses détails. Le papagai ferait ici
allusion à une idée qui lui aurait été bien réellement exprimée
par la dame, et que le récit aurait laissé tomber. Mais autant
nous admettrions, nous, la possibilité de tels sous-entendus,
autant ils sont étrangers aux habitudes littéraires du moyen
âge. Le soin avec lequel nos anciens conteurs nous rapportent
les entretiens sous la même forme et, le plus souvent, avec
les mêmes mots, nous force a exclure une telle supposition.
L'allusion faite par le papagai à l'embarras de la dame et à
l'aveu qu'elle en fait, n'est possible que si vraiment la dame
lui a auparavant avoué cet embarras. Or, il n'en est question
qu'aux vers 183-190, dans le second entretien du papagai et
de la dame. La conclusion à tirer de là c'est que l'allusion faite
dans les vers 153-156 à un sentiment, à une idée, qui ne seront
exprimés que dans la suite du poème, ne peut être que le fait
d'un remanieur maladroit. Ainsi se trouvent confirmés les
doutes que nous avions sur l'authenticité de cet épisode et
lliypothèse d'une interpolation que nous avaient suggérée
Tinutilité et les invraisemblances du second entretien dapapa^
gai et de la dame. Nous pouvons maintenant affirmer que la fin
du premier entretien du papagai et d'Antipbanor (v. 153-166),
et la seconde rencontre du papagai et de la dame(v. 167-210)
sont fortement remaniées, et que l'idée même de ce dernier
épisode était probablement étrangère au récit primitif qui est
à la base de la rédaction R.
l
308 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
Il peut sembler arbitraire de vouloir refaire d'après nos
idées à nous modernes des œuvres que d'autres ont écrites
pour d'autres temps et pour d'autres lecteurs. Il est à tout le
moins loisible de profiter de la maladresse des remanieurs
pour dégager dans Tœuvre qu'ils ont prétendu embellir ce
qui leur revient et ce qui appartient à l'auteur véritable, ce
qui est ajouté et ce qui est primitif. Dans le cas présent, il
est aisé de voir en quoi^a consisté l'art du remanieur. Si vrai-
ment aux vers 153-157 il ne peut être fait allusion à l'em-
barras de la dame, le papagai n'a pas non plus à nous dire
le stratagème ingénieux qu'il mettra en action. Dès lors son
retour auprès de la dame, qui n'a d'autre raison d'être que de
lui communiquer ce beau plan, se trouve sans objet, et l'on
peut affirmer que l'idée de ce second entretien était étrangère
à la conception primitive de la rédaction A et à celle du poème
original. Celui-ci devait essentiellement se composer de trois
parties, l'entretien du papagai et de la dame, celui du papagai
et d'Antiphanor, enfin la rencontre des deux amants. Nous
les retrouvons dans la rédaction J et si, pour des raisons qu'il
n'est pas impossible de démêler, de ces trois parties la pre-
mière seule a surtout été développée, l'économie générale
du récit j est conforme à la vraisemblance et au naturel. C'est
seulement par le développement donné aux deux dernières
parties que devait en différer la rédaction originale de H, et
l'on peut en retrouver l'ordonnance primitive.
Il était naturel que, dès son premier entretien avec le papa-
gaiy après qu'elle a consenti à aimer Antipbanor, la dame se
préoccupât de la réalisation de son désir. Les vers 179-210,
dont nous avons relevé l'invraisemblance à la place qu'ils
occupent, auraient leur place naturelle dans ce premier entre-
tien, après la promesse de la dame et l'envoi des gages d'amour.
La suite des idées est si naturelle que l'on peut presque affir-
mer que c'était celle de la rédaction dont R n'est que le rema-
niement. Que l'on transpose le morceau à la suite du vers 115,
il est impossible d'imaginer un développement plus naturel
des sentiments et des idées. La dame remet au papagai l'an-
neau et le cordon d'or fin qui prouveront à Antiphanor son
amour. Elle donneiait bien davantage encore et le monde
entier, s'il était à elle, pour son amitié. Mais comment
DU « PAPAGAI» 309
ponrra«t-ell6 le voir, le jardin étant clos et gardé comme il
ost? Elle désespère de surmonter tant de difficultés , mais le
papagai vient à son aide et lui expose son plan. La dame
accepte et supplie son interlocuteur d^aller vite lui chercher
Antiphanor :
Ab tan la dona ditz : « Platz me
210. Et anatz lo qaerre desse. » i
Suivaient le souhait du papagai pour la réalisation de ses
désirs et son retour auprès d* Antiphanor.
Une transposition analogue suffit à faire disparaître toute
invraisemblance de l'entretien du papagai et de son maître.
Qu'on fonde en un seul les deux discours du papagai à Anti-
phanor, en plaçant les vers 220-234 immédiatement après le
vers 162, ce discours venant après l'unique entretien du papa^
gai et de la dame, les idées se présenteront dans Tordre le
plus naturel et le plus vraisemblable. Le papagai rendait
compte de sa mission et remettait à Antiphanor les présents
de la dame. Il lui disait rembarras de la dame pour le faire
entrer dans le jardin et le stratagème imaginé par lui. Après
Texposé de son plan, la demande du focgrezesc suivait en quel-
que sorte nécessairement, et la version originale de R racon
tait à peu près de même façon que fi lui-même Texéoution et
le succès du plan du papagai.
Sans doute dans le récit ainsi obtenu certains vers sub-
sistent, qui apparaissent comme probablement ajoutés ou
modifiés par le remanieur. Pour relier entre eux les passages
remaniés, il devait naturellement retrancher et plus souvent
encore ajouter çà et là quelques vers. Mais outre qu*il j aurait
quelque arbitraire à décider si tel ou tel vers en particulier
appartenait ou non à la rédaction primitive, il n'entre pas
dans notre pensée de restituer intégralement la rédaction que
R a remaniée. Il nous suffit d'avoir montré qu'il j a dans !e
texte actuel de R des impossibilités et des invraisemblances
qui ne 8*expliquent que dans l'hypothèse d'un remaniement.
> Les vers 115-116 qui terminent de même façon le premier entretien
de la dame et du papagai et qui font en réalité double emploi, sont
très probablement dus au remanieur.
310 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
Ce remaniement, on le voit maintenant, a consisté, suivant
une formule très suivie au moyen âge, à dédoubler deux
épisodes. On a coupé en deux le premier entretien du papa--
gai et de la dame ; on a pareillement dédoublé le discours du
papagai à Antipbanor; on a intercalé les différents discours
ainsi obtenus qui supposaient plus de mouvement, plus d^ allées
et de venues, et tout cela en vue d^allonger le récit et de
prolonger le plaisir du lecteur.
Dès lors, il apparaît clairement que c^était mal poser la
question que de se demander, comme on Tavait fait jusqu'ici,
lequel des deux textes actuels de J et de R représentait la
rédaction originale. Il est désormais certain que A n'est qu'un
texte remanié d'une rédaction dont nous avons entrevu les
éléments essentiels, et la question d'antériorité ne peut plus
se poser qu'entre la rédaction / et cette rédaction ainsi
définie. L'honneur que l'on voulait faire à Amaut de Car-
casses^ d'avoir le premier mis en vers la nouvelle du papagai
et de la dame, apparaît en tout cas comme immérité. Il est
inadmissible que dans les derniers vers de A, où figure ce
nom, le remanieur ait laissé subsister celui de l'auteur de la
rédaction qu'il modifiait. Tout ce que nous savons des habi-
tudes littéraires du moyen âge et de la facilité avec laquelle
un remanieur quelconque croyait par des changements de
détail, souvent très contestables, s'approprier un sujet déjà
traité avant lui, nous permet d'affirmer que cette signature
est celle du poète qui, travaillant sur la version que nous
avons déterminée, en fit ce que nous a conservé le manuscrit
B. Amaut de Carcasses ne fut donc qu'un remanieur, et encore
assez médiocre. Tout son mérite a consisté à allonger, en le
gâtant, un récit dont il n'était pas l'auteur. Peut-être aussi
est-ce lui qui a voulu donner au récit une portée moralisante
et du conte plaisant, assez voisin par la donnée du Castia-
gilos, de Raimon Vidal, et qu'il s'efforçait de renouveler, faire
une leçon à Tusage des maris jaloux. Il aurait ainsi formulé,
en l'exagérant, Tidée qui était au fond du conte, et les der-
niers vers de /? seraient bien en effet d' Amaut de Carcasses.
De ces mêmes vers on a cru aussi pouvoir tirer la preuve
que cet inconnu avait composé d'autres nouvelles et qu'il
aurait ainsi plus de titres encore à figurer dans l'histoire de
DU «PAPAGAI» 311
la poésie provençale. En fait, le manuscrit R se borne à dire
de façon peu claire :
V. 306-312. So dis n'Arnautz de Carcasses,
Que precz a faitz per mantas res
E per los maritz castiar
Que volo lors molhers garar,
Que *ls laisso a lor pes anar,
que may valra,
Ë ja degus no y falhira.
Eo plus de l'avant-dernier vers qui est mutilé, mais dont il
n'est peut-être pas impossible de deviner le complément*,
M. Savi-Lopez suppose une lacune après le vers 307 et de
son aveu même', nous n'aurions là qu'un texte corrompu
dont, par suite, Ton ne saurait rien tirer qu'avec la plus grande
prudence. Il est certain, en eâet, que, dans ces vers, nous
devons supposer une lacune, mais non à Tendroit indiqué
par réditeur. Le sens, pour être parfaitement acceptable,
n'exige rien entre les vers 307 et 308 et quand M. Savi-Lopez
suppose entre eux l'absence d'un ou plusieurs vers, il n'a,
sans doute, d'autre raison que de vouloir trouver au moins
un autre vers rimant en -ar et de faire disparaître ce qu'il
trouve de choquant dans ce groupe de trois vers terminés
par la même rime. Or, c'est toute une question de savoir si
dans le genre particulier des novas rimadas, il faut toujours
chercher à retrouver des couples de vers rimant de deux en
deux et s*il ne comportait pas plus de libertés qu'on ne saurait
d'abord porté à le supposer'.
1 Cf. les notes critiques publiées à la suite de cette étude, p. 328.
«Cf. Op. ci7..p. 40.
' Il est certain que, de plus en plus, on a tendu à faire exactement
rimer les Ters de deux en deux et à alterner régulièrement les rimes
masculines et les rimes féminines. Mais il n*en a pas toujours été ainsi
et remploi de Toctosyllabe, qui est le vers propre du genre, était, à
l'origine, beaucoup plus libre que ne l'ont fait les théoriciens postérieurs.
Si l'on en croyait Azaïs {Breviari d'Amor, I, cxi, sq.), la versification des
noDOi rimadas jouissait de tant de libertés qu'en fait on pouvait violer
le principe même de la métrique romane : sans avoir égard à la dernière
syllabe accentuée du vers, on pouvait réunir dans la même pièce des
<%
12 SUR LA. NOUVELLE PROVENÇALE
C^est, à mon avis, le sens et le sens seul qui doit nous faire
admettre Texistence d'une lacune, et, de ce point de vue, rien
ne nous oblige à penser que le vers 308 ne peut pas suivre
octosyllabes à rimes masculines ou en accen agtUf et des octosyllabes à
rimes féminines ou en accen greu, ceux-ci comme ceux-là n'ayant exac-
tement que huit syllabes et la finale atone d'un vers à rime féminine
comptant comme une syllabe véritable. En fait, certaines rédactions du
Breviari cCAmor sont tout entières rédigées d'après ce principe : l'effet
pour nos oreilles en est monstrueux. C'est, il est vrai, une question de
savoir si le poème original a été rédigé d'abord sous cette forme étrange,
ou si les rédactions qui la présentent ne sont pas des formes postérieures
et altérées. Mais si l'on a pu prendre une telle liberté avec la constitution
même des vers, on conçoit que leur groupement ait pu être à l'origine plus
libre qu'on ne le dit d'ordinaire. D'abord, l'alternance des rimes mascu-
lines et féminines n'est une nécessité qu'à une époque très récente. Les
Leys dCAmorSy elles-mêmes, I, 38, disent expressément : « E no reputam
a vici si hom en novas rimadas pauza ad una ni quatre ni .VL o mays
bordos terminans en accen greu solamen o en accent agut, cant que
depueysh aysso nos continue >. Il ne faut pas oublier non plus qu^on
rencontre parfois l'octosyllabe groupé en très longues tirades sur une
seule assonance ou rime (Cf. Stengel, Romanische Metrik in Groeôer,
Gfundriss II, 28, 29j. De ce type sont les fameuses épîtres de Raimbaut
de Vaqueiras. Dans notre texte même, nous voyons que ralternance
n'est pas rigoureusement observée : au vers 25 de la seconde partie de
J(Savi-Lopez, op, cit. p. 62-63), nous avons une suite de quatre vers
rimant en -en et de même au v. 39 une suite de quatre vers rimant en
-ar. De même, si, à l'ordinaire, l'on groupait les octosyllabes en couples de
deux rimant ensemble, il se peut que cet usage ait comporté quelques
exceptions. Qu'il y ait eu quelques irrégularités, c'est ce que semblent
avouer les Leys d'Amors^ I, 140, où il est dit : « Pauzar rim tornat en
novas rimadas vicis es quar adonx l'obra desparia coma si hom comen-
sava alcunas novas rimadas pauzan las acordansas finals dels versetz de
dos en dos bordos ayssi quo es acostumat de far e pueys ne pauzava
très acordansas finals ad una. » Ce qui revient à dire que si, à l'ordi-
naire, on accouplait les vers de deux en deux, la même pièce présentait
parfois des groupes de trois vers construits sur la même rime. L'auteur
des Leys considère que c'est une faute, mais cela n'est sans doute vrai
que pour l'époque où il écrivait. Il est bien obligé de constater l'exis-
tence de telles exceptions dans les œuvres antérieures, et, ne pouvant les
condamner absolument, il s'efforce de les excuser: «Variamen de compas
de sillabas e de rims en novas rimadas son escuzat en cas de nécessitât
coma per interpositio d'alqun dictât per causa d'ishemple o per autra
maniera aqui pauzat. » (I. liO). En eÛ'et, toute la dernière partie du
Breviari d'Amor, le Perilhos tractât d'Amor et la fameuse nouvelle de
Raimon Vidal En aquel temps c'om era jais, qui sont en grande partie
r
DU » PAPAGAI » 313
immédiatement le vers 307. Au contraire, Timpossibilité pour
le sens de rattacher le vers
Que precx a faitz per mantas res
à ce qui précède semble indiquer qu'entre les deux vers 306
et 307 quelque chose d'essentiel a disparu. Quel sens, en
composées de citations des troubadours, nous montrent quelles libertés
oa se permettait dans remploi des octosyllabes. C'est Toctosyllabe qui
forme, en effet, le fond du récit, et les citations sont naturellement des
mètres les plus divers. Ce qui est curieux, c'est de voir comment elles
Tiennent s'insérer dans le discours. Parfois la citation se distingue très
nettement du corps de la nouvelle, elle se place après ou avant un couple
complet de deux octosyllabes rimant ensemble. Par exemple, dans la
pièce de Raimon Vidal :
Que mans n'a faitz d'aut bas baros
Et per so dis en Perdigos :
€ En paratje non conosc ieu mai re
Mas qu'en a mais cel qui mielhs se capte. »
E podetz conoisser qu'es dreitz
E per sol cavaliers adreitz
Bartsch, Chrest. Proven,, 220, 7-12.
Mais le plus souvent le premier ou le dernier vers de la citation, quoi-
que n'étant pas des octosyllabes, forment couple et riment avec un octo-
syllabe qui précède ou qui suit, et qui fait partie de la nouvelle elle-
même. Par exemple, encore, dans la même pièce :
E fetz a SOS vezis assautz
Aisi com dis en Haimbautz
E cels quim vol auzir m'escout :
c Per mi dons ai cor estout
Et humil e haut ;
E s'a leis no fos d'azaut,
Ieu m*estera en luec de vout
Que d'als no pensera moût
Mais manger' e tengram caut
Et agra nom Haimbaut. »
No vole aver nom Raimbaut
Lo cavaliers mas bon e bel. /6irf., 21-32
Et de même 221, v. 5-6, v. 13-14 ; 222, v. 29-30, etc.
En réalité, le premier et le dernier vers de la citation rimant à linté-
neup de la cobtay l'octosyllabe ne forme pas avec ce vers, en général de
mesure différente, un couple réel. Les deux vers ne riment pas ensemble
316 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
médiocre qui a eu la chance de nous léguer son nom * alors
que Tauteur du récit primitif restait inconnu.
Une dernière question reste à examiner. Puisque à la base
de la rédaction R nous distinguons un récit plus simple, mais
toujours différent de / par les péripéties et par le dénoue-
ment, il nous faut décider maintenant laquelle de cette ver-
sion disparue ou de celle qui est consenrée par / est vérita-
blement la forme originale de la nouvelle. Mais la première
partie du récit étant identique dans Tune et dans Tautre, et
celles-ci ne différant que par la suite donnée à ce début com-
mun, la question consiste à démêler laquelle de ces deax
continuations continue le mieux le récit. Quelle est celle qui
se conforme le mieux à l'esprit, au ton du début, et, par suite,
appartient à la conception originale de la nouvelle? On peut,
en effet, a priori^ s'attendre à ce qu'un remanieur unique-
ment préoccupé de renouveler rintérêt de son récit, trahisse,
p ir des disconvenances, son travail de réfection. C'est parce
qu'on a cru trouvé de ces dissonances dans le texte de J qu'on
en avait imméiatement conclu que cette version ne pouvait
être la version originale '. En fait, tout ce qu'a pu reprocher
M. Savi-Lopez au récit de •/, c'est de raconter avec moins
d'agrément, et surtout avec moins de détails, la fin de l'aven-
ture. Il peut ne pas ressembler à /?, sans qu'il j ait entre les
deux parties qui le composent disconvenance de ton et d'es-
prit. Et, en effet, il est impossible de rien trouver dans la
seconde partie de / qui ne soit en parf iite harmonie avec la
première. C'est le même ton de la narration simple, et, si les
discours J tiennent la plus grande place, c'est un trait de res-
semblance de plus avec l'autre partie. Ceux qu'y échangent
la dame et Antiphanor ne diffèrent en rien.de ceux que
* On n'est même pas fixé sur la valeur do ce nom. M. Savi-Lopci
(op. cit. p. 38-39j dit qu'on peut considérer Carcasses soit comme dési-
gnant tout le pays de Carcassonne, soit comme le nom d'un petit vil-
lage de cette région. En fait, nous n'avons aucune raison de choisir l'un
plutôt que l'autre. L'auteur d'un compte-rendu paru dans la Romania
XXXI, p, 169^ adopte délibérément le second sens, mais sans nous dire
pourquoi.
' Cf. Savi-Lopez, op. cit. pp. 35-36.
DU CPAPÀGAI» 317
tenaient le papagai et la dame. Il j aurait ainsi entre les
deux parties de J plus d*anité de ton que ne semble le croire
M. Sayi-Lopez et qa^il n*j en a en réalité entre les deux
parties qui constituent le récit de R. Car, si le ton de R et de
la version qu*il remanie est bien toujours celui de la narra-
tion, encore faut-il reconnaître que la seconde partie fait aux
péripéties et à Télément extérieur une large part quMls
n^avaient pas dans la première. Une fois indiquée, et très
sobrement, la donnée générale et le cadre, toute cette pre-
mière partie consiste en un dialogue, du reste agréablement
conduit entre la dame et le papagai. Au lieu de cela le dia-
logue n'est plus, dans la seconde partie de R, la chose essen-
tielle etrintérét va tout entier aux péripéties imaginées par
le narrateur, aux allées et venues du papagai^ au stratagème
de rincendie, à la rencontre d'Antiphanor et de la dame, au
retour du papagai et à la séparation des amants. C^est donc à
Toriginal de R qu'on pourrait reprocher de ne pas présenter
dans les deux parties sinon la même unité de ton, du moins
la même unité d'intérêt. A ce point de vue, il serait certai-
nement inférieur à Tautre version et ce pourrait être une
preuve que, par rapport à/, l'original lui-même de R n*était
sans doute qu'un remaniement.
Il est en effet certain que Tintérêt de la première partie
commune à A et à •/ consiste dans la discussion entre la dame
et le papagai. On le voit d'abord au parti pris du narrateur
de négliger tout ce qui pourrait localiser la scène et lui don-
ner quelque réalité. Pas de description du verger où le papa-
^01 rencontre la dame, sinon que c'est
v. 1 . Dins un verdier de mur serat.
Rien non plus sur la façon dont le papagai j pénètre. Des
deux interlocuteurs, OQ ne nous fait aucun portrait, ni moral,
ni physique. Antiphanor* est un ûls de roi et la dame
* M. Savi-Lopez (Op. cit. pp. 8-9) a fort bien montré que ce nom n*a
rien de grec, et que c'est à tort que Barlsch avait tu dans ce nom ainsi
que dans la mention du foc grezesc une preuve de l'origine orientale de
notre nouvelle. Par contre, p. 33, il reproduit la remarque de Bartsch
que, dans la première partie de J, le nom d'Antiphanor est mentionné
318 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
n'a même pas de nom. Tant il est vrai que pour Tauteur de
cette première partie ce ne sont ni les circonstances, ni le
cadre, ni les personnages eux-mêmes qui sont intéressants,
mais uniquement la question qu'il s*agit de discuter et le
débat quMl imagine entre deux interlocuteurs du reste quel-
conques. Aussi bien, en avons nous la preuve certaine dans
le récit lui-même et un vers, que jusqu'ici on semble avoir
laissé inaperçu, nous révèle le véritable caractère de ce
début dans la pensée de son premier auteur. Qu'on se reporte
aux premiers vers de la nouvelle qui servent à Fauteur à
introduire son récit.
Dins un verdier de mur serat.
A Tombra d'un laurier folhat
Auzi contendre un papagay
De tel razo com ye*u8 diray.
Quand on sait Tusage à peu près constant cbez nos auteurs
du moyen âge d'indiquer très nettement dès le début le genre
auquel appartient la pièce ou l'ouvrage qu'ils composent \ il
est évident que l'auteur du récit original s'est avant tout pro-
posé de nous rapporter une conienso ou tenso, c'est-à-dire un
débat entre un papagai et une dame *. L'intérêt devait aller
cinq fois, au lieu que la seconde partie paraît l'ignorer. Comme
Bartsch^ il semble voir là la preuve que la seconde partie est un rema-
niement postérieur. A moins d'admettre que cette seconde partie existait
indépendamment de la première et qu'on l'y a réunie arbitrairement,
l'absence du nom d'Antiphanor ne prouve rien. Dans l'hypothèse même
de M. Savi-Lopez, l'auteur de / voulant donner une suite à la pre-
mière partie où figurait ce nom, n'avait qu'à le reproduire tel qu'il le
trouvait. S'il ne l'a pas fait, c'est qu'il n'y attechait pas une grande
imporUnce. Son chevalier n'avait pas d'individualité et ce nom n'était
pour lui qu'un nom quelconque.
* Cf. le début d'un débat inédit de l'âme et du corps contenu dans le
ms. de la Bibliothèque Nationale, franc. 14973, f" 1, r*».
L'autrier ausiy una tenson
vos dir en quall rason
An que vollyas estar e pas
E s'entendes et escoytas
• Pour être moins fréquent que tenso^ le mot contenso s'emploie pour
désigner des pièces du même genre tout comme joc partit^ partimen et
partida.
DU « PAPAGÀl » 319
inrtoat à la question qui en fait l'objet, une de celles qui
forent sans doute les plus débattues entre théoriciens de Tamour
courtois : Tamour conjugal exclut-il pour la femme la possi-
bilité de tout autre amour? Le développement même de la
discussion, Tingéniosité du papagai a triompher du refus et
des objections de son interlocuteur attestent que c^estbien là
Tobjet essentiel du récit, et l'admiration manifestée à plusieurs
reprises * par la dame pour Téloquence de son interlocuteur
nous atteste le plaisir que les lecteurs du temps prenaient à
de telles discussions. Si tel était bien le dessein de l'auteur,
l'on Toit pourquoi dans la version / la suite de l'entretien est
rapidement contée au point de paraître presque sacrifiée.
L'essentiel étant le débat lui-même entre la dame et le papa-
gaifUne fois l'aveu de la dame obtenu, l'auteur avait dit ce qu'il
voulait dire, et peu lui importait le dénouement. Il est même
inutile de considérer ce dénouement comme une imitation de
Valba : ce n'est vrai que pour la version A, qui manifestement
lai emprunte son décor et ses acteurs ordinaires las gâchas.
Le retour du mari était, dans la donnée du récit, le dénouement
le plus naturel, et, si l'auteur l'a emprunté à la vie journalière,
sa banalité même ne fait que mieux ressortir l'intérêt de la
première partie et le caractère véritable de la nouvelle primi-
tive. On voit aussi maintenant comment l'auteur du manuscrit
6, qui évidemment a voulu conserver un extrait du récit primi-
tif, a pu Tarrêter au retour du papagai auprès de son maître.
Si on peut lui reprocher d*avoir négligé certaines parties de
Tentretien du papagai et de la dame qui sont peut être les
pins agréablement racontées, il n'en reste pas moins que cet
entretien suivi du retour du papagai et du témoignage qu*ii
se rend à lui-même pour son ingéniosité et sa fidélité forme
un ensemble ayant son unité et présentant un intérêt véri-
» Cf. T. 97 sq. Papagay, si Dieus m*acosselh,
En cara* us die que 'm meravelh
Car vos tan gen sabetz parlar
Cf. de même dans J.j p. 62, t. 16.
Cf. T. 55. sq. Papagay, trop es bel parliers
Par me, si fossetz cavayers,
Que jen saupratz dona prejar.
380 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
table. Le fait que lui aussi néglige la seconde partie confirme
notre façon de comprendre le récit primitif. Cétait essentiel-
lement an débat dont tout Tintérét consistait dans la question
discutée et dans Fart de conduire le dialogue. L*auteur s'ef-
forçait de le raconter tel quel et pour lui-même sans chercher
à Tentourer de circonstances et d*ayentures plus ou moins
rares, sans vouloir non plus lui attribuer une portée ni satiri-
que ni moralisante.
Cette double préoccupation caractéristique de la version R
et du texte remanié par son auteur, nous permet d'affirmer
qu'ils représentent tous deux une tradition en contradic-
tion avec la conception primitive de la nouvelle et par con-
séquent postérieure. D'une part, l'importance que prend
dans l'une et dans l'autre l'élément purement narratif, la
recherche du pittoresque, l'effort fait pour donner à toute
cette aventure un air de réalité, attirent l'intérêt aux dépens
de ce qui était l'objet propre du récit primitif. D'autre part,
la transformation de la nouvelle en une sorte de Castia-gilos^
est une déformation de la donnée originale. Or, si c'est
Amant de Carcasses qui le premier a tiré formellement de
l'aventure la morale que l'on sait, en fait, cette morale était
en quelque sorte à l'état latent dans le récit qu'il rema-
niait. Le débat primitif était déjà devenu le conte plaisant
destiné comme le Casiia-gilos de Raimon Vidal, à faire rire aux
dépens des maris jaloux, mais cela même n'était qu'un déve-
loppement postérieur. Dans la partie commune à / et à /{, il
n'est permis nulle part de soupçonner la jalousie du mari.
Les sentiments qu'il inspire à sa femme * et qu'elle-même
invoque pour repousser d'abord les prières du papagai^ ne
sont pas ceux que d'ordinaire les jaloux inspirent à leurs victi-
mes. Dans tout le récit de J, le mot de gilos ne se trouve pas
et même au moment, où, pour terminer l'entretien des amants,
il fait revenir le mari, rien ne permet de supposer que c'est un
mari jaloux. En réalité, cette jalousie du mari est une invention
1 Cf. V. 66. Ab tan vos ai yeu doncx vencut,
Q\ïexi am mon marit may que re
Que si' el mon, de bona fe,
£ lunh autr' amador no vuelh.
DU «PAPAGAI» 321
da remanieur. Elle a pu lui être suggérée par ce avergier
de mur serat» où le récit primitif situait^ de façon bien
vague, la scène. Au surplus elle était trop naturelle pour
qu*un remanieur, qui voulait renouveler le récit, pût négliger
ce qu'elle apportait ^n soi de pittoresque et de dramatique.
Mais ainsi, ni la version remaniée par Amaut de Carcasses,
et qui nous est conservée par le manuscrit fi, ni le récit
loi-même qui a servi à ce remaniement et qui, quoique moins
développé, en reproduisait les lignes essentielles ne sont la
forme primitive de la nouvelle du papagai. Contrairement
aux conclusions de Bartsch et de M. Savi-Lopez, c'est la
version J qui représente le récit original et ce récit est l'œu-
vre d'un inconnu.
Nous pouvons donc de ce même récit distinguer et retrou-
ver quatre états successifs. Le premier, qui n'est plus repré-
senté par nos manuscrits^ était constitué essentiellement par
le récit de./ débarrassé de l'addition du domnejaire et terminé
parles quelques vers de conclusion que cette addition a fait
disparaître. La version qui s'en rappreche le plus est celle de
y, identique en son fond mais gâtée, vers la un, par l'addition du
domnejaire. Le troisième état qui, lui non plus, n'est pas repré-
senté directement dans nos manuscrits, est celui de la ver-
sion qui est à la base du récit de 77. Elle différait du récit pri-
mitif par le développement de la seconde partie, l'importance
nouvelle donné à l'élément purement extérieur et la ten-
dance à ridiculiser les maris jaloux. Enûn, le remaniement
à' Amaut de Carcasses, est la dernière forme prise par le
récit. Elle est obtenue par le dédoublement de deux des
épisodes de la version précédente et ne cherche, en allongeant
la narration, qu'à prolonger le plaisir du lecteur.
Cette constance à remanier et à s'efforcer de renouveler un
même thème narratif, n'a rien qui doive nous surprendre. Elle
est bien dans les habitudes littéraires du moyen âge. Mais
elle confirme ce que nous savons par ailleurs du faible déve-
21
322 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
loppement que reçut en provençal le genre de la nouvelle, et
d'autre part, elle rend plus frappante une pauvreté d'inven-
tion qu'atteste déjà la médiocrité du récit original. Déjà,
M. Savi-Lopez, avait très bien montré que la version de /},
considérée à tort par lui comme le texte original, résultait
uniquement de la juxtaposition de deux thèmes très répandus
dans toute la littérature du moyen âge, celui de Toiseau
messager d'amour et celui des oiseaux incendiaires*. C'est
non plus à Amaut de Carcasses^ mais à l'auteur de la version
remaniée par lui que revient le mérite d'avoir ajouté le
second thème au premier, en faussant, il est vrai^ la concep-
tion de la nouvelle primitive. Quant à celle-ci, on voit main-
tenant à quoi elle se réduit. Elle est essentiellement, sous la
forme narrative, un débat sur l'une des questions sans doute
les plus rebattues de la doctrine courtoise. C^est une tenso
comme en échangeaient entre eux les troubadours. Qui sait
même, si ce débat n'a pas existé sous une forme Ijrique ? La
question qui en fait le fond, nous nous la posons encore quand
nous cherchons à démêler ce que fut l'amour courtois. Comment
les troubadours auraient-ils pu ne pas la discuter ? On voit
alors à quoi se réduirait le mérite de l'auteur de la nouvelle
primitive. Peut-être a-t-il uniquement consisté à transposer
sous la forme narrative une tenso lyrique et à introduire
comme interlocuteurs une dame sans individualité et un
papagai*
* Sayi-Lopez, op, «7., pp. 10-31.
DU V PAPAGAI » 323
NOTES CRITIQUES
La conclusion du travail qui précède c*est que Tédition de
la nouvelle du j9a/>a^at devait être comprise autrement que ne
Ta fait M. Savi-Lopez. Pour lui, B étant le seul manuscrit qui
contienne tout entière la nouvelle originale devait être à la
base de Tédition. Même pour la partie qui se retrouve dans
les autres manuscrits son autorité est incontestable, car il est
de beaucoup le plus rapproché du texte original, et les autres
remontant plus ou moins directement à une même source ne
représentent qu'une même tradition*. D'autre part, ceux ci
ne conservant que des textes remaniés, il n'y avait qu*à les
négliger pour ne chercher à reproduire dans sa pureté que le
texte original d'où fi dérive directement. Par suite, l'édition
de la nouvelle ne devait être que la reproduction du manus-
crit R et il ne fallait avoir recours aux autres manuscrits qu'en
présence de lacunes certaines et de fautes évidentes. C'est
aussi ce qu'avait pensé Bartsch, qui, négligeant même toute
comparaison avec les autres manuscrits , s'était borné à
reproduire presque tel quel le texte de jR, ne le corrigeant
qu'en cas de nécessité absolue et à l'aide de conjectures'.
Le texte de M. Savi-Lopez n'aurait donc pas dû différer
beaucoup de celui de Bartsch. A l'exception des lacunes de A,
qui devaient être comblées par la comparaison des autres
manscrits , c'était partout sa leçon qui, sauf impossibilité,
devait être préférée et reproduite. En fait, au point de vue de
la méthode, on reprochera au nouvel éditeur de s'être montré
beaucoup trop éclectique et d'avoir admis dans son texte des
leçons de / ou de 6r, les préférant sans raison à celles de fi.
Cf. notamment aux vers 7, 14, 15, 36, 58, 60, 70, 77, 81, 82,
* Cf. Savi-Lopez, op, ciï., pp. 42-45.
> Cf. Chrestomathie Provençale. 5* édit., pp. 259-2G6.
324 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
103, 137. Mais surtout Ton voit maintenant que les principes
mêmes qui Tout guidé ne sont pas les vtais. D'abord il semble
bien démontré que c'est J qui nous a conservé la nouvelle
originale. C'est donc le texte de cette nouvelle qu'il fallait,
avant tout, s'efiorcer d'é tabl ir et presque exclus! vement d'après
ce manuscrit. Pour la seconde partie c'est une nécessité,
puisque il est seul à la donner. Il n'y avait qu'à rejeter dans
un appendice ou même à supprimer entièrement le domnejaire
qui n'a rien affaire avec la nouvelle elle-même. Mais même
pour la partie conservée en commun avec G et avec R^ c'est
encore l'autorité de J qui devait être prépondérante. Il est, en
effet, le seul a donner le texte intégral et c'est lui seul qui
permet de combler les lacunes particulières k G eik fi. Mais,
de plus, fi étant un remaniement et son auteur ajant pris
avec le fond du récit les libertés que Ton sait, les leçons
particulières à fi^ dans cette première partie, peuvent être,
elles aussi, considérées comme des changements arbitraires
du remanieur.
Par contre, une fois établi le texte de la nouvelle originale,
il y avait intérêt, en raison de l'agrément de certaines de ses
parties, à publier le texte de A et à donner ainsi, après Tori-
ginal, le remaniement. Ici le manuscrit fi reprenait toute son
autorité. Une fois comblées, grâce aux autres manuscrits, les
lacunes certaines de son texte, il n'y avait qu'à le reproduire
en corrigeant seulement les leçons fautives. Telle aurait dû
être, à notre avis, l'édition double de la nouvelle du Papagai
Sur l'édition même que nous en a donnée M. Savi-Lopez,
voici quelques remarques et corrections suggérées par le
lecture du texte et des notes qui l'accompagnent*.
14. L'argument donné pour préférer la leçon de ./ que basti
i On remarquera que, en trois endroits (v. 30, 48, 154), mes obserra-
tions concordent avec celles qu'avaient d<^jà faites M.Antoine Thomas et
qu'il avait communiquées à l'auteur d'un compte-rondu paru dans la
Romania, XXXI, 169-170. Ce travail était rédigé quand j'ai eu connais-
sance de ce compte-rendu et je n'ai pas cru devoir supprimer les passa-
ges où je me suis rencontré avec mon maître.
DU « PAPAGAI» 325
per vos lo tomey ne prouve rien. Dans tout le reste du récit
rien n'indique que la dame connût auparavant Antiphanor et
sa galanterie.
19*24. Sans doute ces vers n^ajoutent rien d^essentiel à ce
qui a été précédemment exprimé, mais aux vers 33-34
Car anc auzetz dir que dones
Joya ni que la prezentes
il est fait allusion à des paroles et à une proposition du papa-
gai qui disparaissent si, comme le fait fi. Ton omet les vers
19-24.
23. La leçon de J quettautra csser poderos est aussi accepta-
ble que celle de R, L'antithèse entre morir et viure qu'admire
M. Savi-Lopez pourrait bien n'être qu'une recherche du
remanieur.
30-31. Ainsi ponctué^ le passage n'a pas de sens. La note
correspondante confirme que l'éditeur n'a pas compris. Il faut,
évidemment, ponctuer
Et a li dig : « Amie, e don
Sai es vengutz e que sercatz ?
et entendre don = (Toii,
45. La leçon véritable ne serait-elle pas celle de G non
amaz. Dans tout le discours de la dame il n'a pas été question
d'Antiphanor et l'on ne voit pas quel pourrait être régulière-
ment l'antécédent de lo dans non tamatz. De plus, la réponse
de la dame n'est possible que si le papagai a parlé d'aimer
sans désigner précisément la personne.
48. Vouloir retrouver dans cal une forme du verbe caler^
c^est se condamner à ne pas comprendre. Comme l'avait bien
VQ Raynouard, cal n'est ici que le pronom interrogatif : a Et
vous [aimez] qui, ma dame ? »
58. Du point de vue même de M. S. L., il fallait conserver
ici la leçon de B nom vue^h laissar,
91 92. On peut d'autant mieux accepter sas vertuti ou las
vertutz et y voir une personnification des vertus allant avec
Amour, que M. S.-L. lui-même [p. 13} cite un passage de la
Messe des Oiseaux de Jean de Condé, où le papagai enseigne,
dans un véritable sermon, les quatre vertus de l'amour:
obéissance, patience, loyauté et espérance.
826 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
93. La forme dMoônitif dezir = dir, dt're^ particulière à R,
est une forme unique et R est trop souvent fautif pour que
son autorité soit suffisante. Cf. E. Lévj, Provenz, Supplem.
Wcerterb.jll^ 24, qui semble la considérer comme devant être
rejetée.
125. La leçon de R c^abans d'un an est en contradiction
avec ce qu*a dit précédemment la dame, v. 105, Queu
m'acordaray en breumen. Le papagai est plus expéditif, cf. v.
193. Encar a nueg F en menaray. Il faut évidemment corriger
c^abans deman.
127-128. Aucune raison de supposer entre ces deux vers
une lacune. On ne voit pas, du reste, au point de vue du sens,
ce qu*on pourrait intercaler entre eux. On peut très aisément
entendre de layns même venant après le vers qui précède
dans R, La seule difâculté sérieuse c*est Tabsence d'un sujet
nettement exprimé des verbes ac et es vengutz. Encore n'y
a-til rien là de particulièrement choquant. Le papagai est
toujours le principal acteur. C'est lui qui a parlé le dernier et
le vers 127 interrompant à peine le récit, il est facile de
suppléer le papagai comme sujet des deux verbes. La correc-
tion de M. Stengel Ab tan part de lor parlamen reste au sur-
plus possible, et R qui est le seul à donner le passage, n*a
pas une telle autorité qu'on ne puisse parfois le corriger.
141. Le manuscrit dit mira^ que Bartsch corrige en nianey
qu'accepte M. Savi-Lopez. Il faut probablement lire tntrey,
dont on s'explique plus aisément l'altération en miray.
144. L'éditeur imprime telle quelle la leçon du manuscrit
may volrfesser soutz que pres^ à laquelle il est bien difficile
de donner un sens satisfaisant. Ne doit-on pas corriger volria
en volia et soutz en lentz? a J'aimais mieux être lent, aller
lentement qu'être pris » ; ce qui concorde avec les précautions
du papagai pour pénétrer dans le jardin.
153-156. D'après ce que nous avons dit (cf. supra^ p. 301-
309) de la contradiction existant entre les vers 156157, il faut
certainement rétablir comme il suit ces vers :
V. 153. Mas jes no sap per cal razo
V. 156. Jes DO vos en sap cosselhar.
En outre, il faut corriger au v. 154 non prenguam en nos
prenguam.
DU «PAPAGAl» 327
159. Corriger abrassaiz en abrasatz.
160. La correction per esperatz est à rejeter comme inutile
et peu satisfaisante. Il faut, au contraire, maintenir la leçon
du manuscrit per espatz^ qui est une locution courante signi-
fiant à loisir, cf. E. Levy Provenz. SuppL Woerterbuck, III,
247. Il est certain que la correction de Bartsch àe per espatz
est une conjecture ; elle n'en est pas moins très vraisemblable.
On ne voit pas pourquoi M. S.-L. se refuse à dériver espatz
de spatium, ni surtout pourquoi il n'admet pas une forme
espatz, au moins aussi régulière que espas,
173. La leçon du manuscrit Dona sel Dieu que vos criet est
évidemment fautive, puisqu'elle supprime la rime avec voletz,
mais la correction
Dona aisel Dieus que vos fets
qui suppose une double faute, n'est probablement pas la bonne.
Il faut, sans doute, lire Dona sel Dieus que vos creeiz et
entendre creetz comme la 2* p. plur. Indic. prés, de crezer,
creire=z croire: « Madame, le Dieu que vous croyez, en qui
vous croyez .... ». Bartsch corrigeait aussi de façon assez
voisine que vos crieiZy mais il entendait crietz comme une
3* p. s. Ind.parf. de crear^ ce qui est impossible. C'était, du
reste, le seul exemple qu'il donnât de cette forme. Cf. Chrestom.
provençale p. 435.
182. Etant donné que Vamistat d'Antiphanor est chose
acquise à la dame et qu'elle n'a plus à la souhaiter, ne doit-on
pas corriger per la vista cCAnttphanor? L& suite des idées
serait alors toute naturelle et 1 on s'expliquerait qu'aussitôt
après, la dame se préoccupât des moyens de le voir. Cf. Dom-
nejaire, v. 36, ni per paraula ni per vista.
188. Mettre une virgule après meravelh.
193-196. Aucune nécessité au point de vue du sens de
supposer une lacune. De même, les vers 301-303 et 309-311
présentent des groupes de trois vers rimant ensemble sans
que l'on puisse davantage, pour le sens, soupçonner une
lacune. Cf. supra p. 311, note 3.
204. Corriger évidemment per fors* escantir. Je ne connais
pas d'emploi de per fort au lieu que la locution per forsa
est courante.
328 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
224-225. Supprimer toute ponctuation après cami, sans
quoi il est difficile d'entendre via(z. On pourrait songer, il est
vrai, à le prendre pour une interjection: « Allons, vite »,
mais Ton ne connaît pas d'exemple d'un pareil emploi. Peut-
être faut-il tout simplement corriger viatz en anatz.
232. Il faut probablement corriger faitz me'n liurar. Cf. 234
Ivn fay liurar.
238. La leçon du manuscrit Funa va et Vautra s'en enquier,
est évidemment fautive, mais ni la correction de Bartsch tuna
va et tautra Cenquier^ ni celle de M. Savi-Lopez Vuna va,
Vautra s en enquier, ne sont satisfaisantes. Quel sens donner au
verbe va? Ce mot va est évidemment une faute pour uca^ 3* p.
s. Ind. pr. de ucar, qui désigne Thabitude qu'avaient les guet-
teurs ou gâchas de huchier. Cf. Rajnouard. Lexiq. V, 444,
citant en anc. français Tote noit fist ses gaites et huchier et
corner. Le vers tout entier doit être lu : Vuna uc' e Vautra
enquier, « L'un crie, l'autre interroge ».
262. La correction feu fag n^ay est une correction quel-
conque. On lirait avec au moins autant de raison : Ben fag
n'ay tôt Vassemamen,
284. Ecrire de Vautre.
302. Ici encore, uniquement parce qu'il est choqué d'un
groupe de trois vers rimant en -etz, M. Savi-Lopez suppose
à tort une lacune ou une interpolation. Il est inexact, du
reste, de dire que en est segle exprime la même idée que tant
cant viuretz,
305. Corrieu a évidemment ici le sens de courrier, piqueur
et désigne le cavalier qui accompagne ou précède un per-
sonnage d'importance. Ici le mot est appliqué de façon
plaisante au papagai.
307. A notre avis {cf. supra, p. 314) il faut supposer ici une
lacune d'un vers qui pourrait être Delplazen papagai cortes.
311. Si l'on admet que quels laisso a lorpes anar fait allusion
au fait que la dame était enfermée dins un verdier de mur
serat, il est vraisemblable que le vers suivant contenait une
allusion à l'autre précaution attribuée au mari et à la pré-
sence des guetteurs ou gâchas. On pourrait supposer dans
l'original de B
DU <c P A PAG AI» 329
Que'ls laisBo a lor pes anar
E ses gachdiSf que may valra.
Continuatioa de J à partir du vers 140. (Savi-Lopez, Op. cit.,
p. 62.64.)
5. Effacer la virgule après anatz»
14-15. Les deux vers
Per vostre papagai vos val
Car hieu vos vei tan plazentier.
contiennent une contradiction. La dame avoue à Antiphanor
que c*est à ce papagai qu'il doit d'être accueilli par elle. Il
faut donc corriger le second vers et lire
Car hieu qo*q vei tan plazentier
« Car je n'en connais pas d'aussi plaisant. »
37. Le manuscrit porte : Mas ieu non o die per vos qui est
fautif. L'éditeur propose : JUas ieu ja non o die per vos. On
corrigerait au moins aussi bien en lisant: Mas ieu non o die j es
per vos.
5L Aucune raison de corriger la leçon du manuscrit elcava-
1er près comiat. On ne voit pas pourquoi après est préférable
à près et l'emploi de comiat comme trisyllabique est attesté
par ailleurs.
Cf. 277. Et a ubert ses comiat
De las gâchas e mal liir grat.
60. L'éditeur, après M. Stengel, conserve la leçon du
manuscrit
e prec vos que la mieu don man
à laquelle il est difficile de trouver un sens. M. Savi-Lopez le
reconnaît lui-même. Il faut certainement corriger lo mieu
doman. Le cavalier rappelle à la dame la demande qu'il lui a
faite aux vers 52-56 La forme doman est moins fréquente que
deman, mais a sûrement existé. Cf. E. Lévy, Prov, Supplem,
Wcsrterb.^ citant les formes domandar, domandador.
330 SUR LA NOUVELLE PROVENÇALE
Texte du Domnejaire (Savi-Lopez, Op. cit., p. 65-67).
3. Corriger évidemment totz vostres mandamenz.
45. Le vers est corrompu dans les manuscrits. Il faut cor-
riger e'm levatz pueis de ginoillos.
65. Le vers dompna per aquest sanz avangelis est probable-
ment altéré. Au point de vue du sens aquest ne s^ezpliqae pas
très bien. Mais surtout s'il faut considérer ce vers final comme
un vers isolé analogue au Senher marques qui termine les
épîtres de Raimbaut de Yaqueiras', je doute qu'on puisse
admettre que ce vers avait neuf syllabes^ le récit tout entier
étant en octosyllabes. Les Leys d'Amors connaissent bien un
genre de novas rimadas se terminant sur un vers isolé et
admettent bien que quel que soit le genre des novas rimadas^
annexas^ parionas ou comunas^ le dernier vers, verset^ o bordo
peut être biocatz^ c'est-à-dire incomplet. Le vers qui termine
les novas rimadas peut donc rimer avec un autre vers, ou
être isolé, et s'il est isolé, il peut ou non être incomplet. Mais
jamais on ne voit qu'il puisse être plus long que le vers em-
ployé dans le corps du récit. Il faut donc faire un octosyllabe
du vers Damna per aquest sanz avangelis et corriger Domna
per los sanz avangelis. Cf. du reste au v. 33. E per los avan*
g élis sanz,
Jules COULET.
1 Savi-L«peZf Op, cit,y p. 35.
BIBLIOGRAPHIE
Emile Fignet, de l'Académie française, ^ La politique comparée de
Montesquieu, Rousseau et Voltaire. PariSy Société française d^impr, et
de libr., 1902, in-16, 3,50.
L*auteur des Questions politiques et des Politiques et moralistes
du dix'neuvième siècle continue son enquête sur c les différentes
questions qui nous préoccupent, qui nous divisent et qui nous ruinent
depuis cent vingt ans », et, cette fois, il cherche ce qu*en ont pensé
M les trois hommes les plus considérables du dix-huitième siècle »,
Montesquieu, Rousseau et Voltaire. Successivement il passe en revue
Vidée de patrie,'-^ la liberté, — r autorité, — Vorganisation sociale:
socialisme et individualisme, — la centralisation et la décentrali-
sation,— le pouvoir judiciaire, — VÉtat et les Églises , — VÉtat et
Yéducation, — l'État et Varmée, — certaines réformes administra'
tives et de législation; et, sur ces divers points, il constate qu'en
dépit de quelques hésitations et contradictions, les trois écrivains
représentent des doctrines fort nettes et distinctes. Montesquieu le
libéralisme, Rousseau le despotisme démocratique, Voltaire le des-
potisme royal. Quant aux opinions propres de M. Faguet, elles ne
s'étalent pas indiscrètement, mais elles se laissent voir partout, et ce
ne sont pas elles qui donnent au livre son moindre intérêt. Libéral
eonvaincn,M. Faguet est le plus souvent d'accord avec Montesquieu,
dont il accommode à notre temps les théories.
Sa conclusion est loin d*ôtre optimiste :
« Le rêve de Voltaire, le vrai, la monarchie absolue, sous un titre
on sous un autre, mais la monarchie absolue, ennemie de toute
liberté, concentrant tous les pouvoirs, intelligente quand elle pourra,
cest-à-dire une fois sur dix, persécutrice, défiante, tracassière et
tyrannique toiyours, protégeant peut-être les arts et les lettres, qui
n'ont pas besoin d'être protégés ; c'est à quoi il faut s'attendre et ce
qui nous attend. C'a été le premier résultat de la Révolution fran-
çaise, c'en sera le dernier. C'était la philosophie politique de Voltaire.
Elle sera réalisée. L'avenir appartient au roi Voltaire. Il appartient
aussi au roi de Voltaire. »
Nous ne pouvons songer à examiner ici en détail, et moins encore
332 BIBLIOGRAPHIE
à discuter, un livre qui touche à la politique plus encore qu'à la litté-
rature. Mais il était bon de le signaler à l'attention de tous. On sait
de quelle variété de connaissances, de quelle intelligence pénétrante,
de quelle puissance de pensée témoignent les ouvrages de M. Faguet.
Il force à réfléchir ceux mômes qui sont le moins disposés à Tapprou-
ver. Et pourra- t-on jamais assez réfléchir sur les matières qui sont
traitées dans cet important ouvrage ?
Eugène RiOAL.
Julei Lemiltre, de V Académie française. — Quatre discours. Parii,
Société française d'impr. et de libr., 1902, in-16, 2 fr.
Le volume de M. Jules Lemaitre contient des discours prononcés à
diverses dates : sur Racine et Port-Royal, — sur les Prix de vertu ^
— en réponse à M. Berthelot, entrant à l'Académie française^ --aux
Femmes du monde. Le premier seul touche à l'histoire de la littéra-
ture : il est exquis.
E. R.
Btrnardin (N.-M.). ^ La Comédie italienne en France et les Théâtres
de la Foire et du Boulevard (1570-1791). Paris, édition de la Bévue
Bleue, 1902, in-12, 2 fr. 50.
Auteur d'une très savante thèse sur Tristan THermite et conféren-
cier toujours applaudi de TOdéon, M. Bernardin, outre qu*il connaît à
fond l'histoire du théâtre, possède à la fois les qualités austères de
Térudit, auquel la vérité est sacrée, et les qualités aimables de l'ora-
teur, qui doit plaire au grand public. Aussi n'y a-t-il pas lieu de
s*étonner qu'il ait expliqué avec exactitude et avec esprit comment la
comédie italienne s'est établie à Paris, comment elle s'est modiflée,
comment elle adonné naissance à l'opéra- comique. « C'est, dit-il, l'his-
toire de cette installation, de cette évolution, de cette transformation
enfin, que je veux rapidement conter depuis le seizième siècle jusqu'en
179), m'arrêtant seulement aux faits principaux, aux écrivains les
plus célèbres et à leurs œuvres les plus importantes ; car ce qui nae
paraît intéressant ici, ce n'est pas de réunir une quantité de noms, de
titres et de dates, mais bien plutôt de dégager de ces œuvres oubliées
et parfois mutilées, l'esprit même de la Comédie italienne et de mar-
quer l'influence qu'elle a pu exercer sur notre Comédie nationale ; et
c'est aussi de montrer la part que sont en droit de revendiquer fière-
ment avec elle les Théâtres de la Foire et du Boulevard dans cette
conquête de la liberté des théâtres, qui devait être si féconde en
heureux résultats ».
BIBLIOGRAPHIE 333
Rien de plus agréable que la lecture de ce joli volume, d'ailleurs
orné de nombreuses illustrations. Si la Bibliothèque théâtrale Uluatrée,
que la Comédie italienne de M. Bernardin inaugure et qui paraîtra
sous la direction de M. Paul Ginistj, compte beaucoup d'ouvrages
comparables à celui-ci, son succès sera grand et de bon aloi.
Eugène RiOAL.
Vendryèf ( J.)* -* Recherches sur l'histoire et les eûets de Tintensité ini-
tiale en latin. Paris, Klincksieck, 1902 [XIV, 348 p.].
Il i a cinquante ans que Dietricb a émis Tipotèse d'un accent
d'intensité initial en latin; elle lui paraissait indispensable pour
rendre compte de certains faits de sincope et de mutation vocalique
qai apparaissent dans Tintérieur des mots de cette langue. Depuis, la
question a été maintes fois reprise, étudiée à nouveau, fouillée, retour-
née de toutes façons ; mais on n'est pas arrivé à des conclusions suf-
fisamment démonstratives pour entraîner toutes les adésions dans
un sens ou dans l'autre, et l'on peut dire qu'il reste deux camps en
présence dont Tun considère l'existence d'une intensité initiale en
latin comme un fait acquis et indiscutable, tandis que l'autre la
rejette comme une ipotèse dépourvue de tout appui et d'ailleurs
inutile. Ces derniers reconnaissent les mêmes faits de sincope et de
mutation vocalique que leurs adversaires, mais ils croient pouvoir
les expliquer autrement, et chacun reste sur ses positions. 11 va de
soi pourtant que l'une des deux téories doit être erronée ; et il est
à supposer a priori que si ses adversaires n'ont pas pu démontrer
nettement par où elle prête le flanc, c'est qu'on s'est surtout borné
jusqu'à présent à étudier des points particuliers de la question indé-
pendamment des autres N'arriverait-on pas à une solution définitive
en reprenant tout l'ensemble du problème et en confrontant tous les
faits qui le concernent? C'est ce qu'a pensé M. Vendryès et ce qu'il
a essayé de réaliser. L'entreprise est ardie, non seulement parce qu'un
sujet qui a été pendant cinquante ans remis sur le métier sans
résultat concluant par des savants de premier ordre présente évi-
demment des difficultés peu communes, mais encore parce que le
latin est l'une des moins claires de toutes les anciennes langues indo-
enropénnes. L'auteur ne s'est pas fait d'illusions à cet égard, mais il
s'est senti mieux outillé que ses devanciers parce qu'il disposait de
deux instmments de plus, le contrôle de la fonétique expérimentale
d'une part, et en même temps une métoile nouvelle qui est en onneur
en France depuis quelques années et qui consiste à éclairer les
langues mortes par l^s vivantes, à expliquer le passé par le présent,
et d'une manière générale lorsqu'un fénomène est obscur dans une
334 BIBLIOGRAPHIE
langue et clair dans une autre, à user des lumières que fournit celle^i
pour dissiper les ténèbres qui planent sur celle-là.
La première partie est destinée à donner une base solide à la
seconde. Elle a pour objet d^établir Texistence et de fixer les limites
de riotensité initiale. L'auteur examine tous les témoignages dont
on dispose, c*est-à-dire ceux qui sont fournis par les langues roma-
nes, par les grammairiens latins, par la fonétique latine. 11 arrive aux
conclusions suivantes : pendant la période classique, qui va du
II* siècle avant J.-C. au IV* après, la langue latine possédait la
distinction des longues et des brèves et de plus un ton ou accent de
auteur qui, suivant les cas, prenait place sur la sillabe pénultième
ou sur Tantépénultiéme ; pas trace d'un accent d'intensité. Dans la
période préistorique , le latin présentait les deux mômes caractères
puisqu'il les tenait Tun et l'autre de l'indo-earopéen ; mais il avait
en outre un accent d'intensité, dû non pas à l'élévation de la voix,
mais à l'eifort musculaire. Cet accent d'intensité, qui frappait l'initiale,
était une innovation du latin ; il cessa de se manifester à Tépoque
où apparurent les premières œuvres littéraires. A la fin de la période
classique le sentiment de la quantité s'efface peu à peu, le ton devient
progressivement accent d'intensité et les sillabes accentuées s'allon-
gent tandis que les autres s'abrègent. Cet état de choses caractérise
une troisième période, la période romane, qui dure encore aujour-
dui.
La seconde partie est consacrée à l'étude des effets de l'intensité
initiale ; les principaux sont la loi des mots iambiques, la sincope et
la mutation vocalique. Aucun de ces fénomènes n'est dû à l'intensité
seule, mais à la lutte de l'intensité avec le piincipe quantitatif ou au
concours de ces deux éléments. L'intensité suffit à expliquer le double
traitement aitU /dôs, mare/far(r); mais elle ne rend pas compte à elle
seule du double traitement de aînet abiuissem; celui de abi résulte
à la fois de l'intensité initiale et de l'imprécision quantitative de la
finale. Le cas de senectûtem s'explique par le concours de l'intensité
initiale et du ritme quantitatif. On saisit en même temps pourquoi les
deux sillabes de l'élément iambique abi, aenec- sont inséparables et
doivent entrer dans un môme demi-pied, et aussi pourquoi un mot
commençant par trois brèves, tel que miseriaj n'a pas normalement
chez Plante l'ictus sur li seconde. La formule générale de la loi de
sincope reste telle qu'elle avait été énoncée en France en 1893, mais
on voit aujourdui pourquoi aucune sincope ne se produit dans las
mots du tipe /aci7tu«, ni dans ceux dont la seconde sillabe est lon-
gue de position.
En résumé,nous avons affaire ici à un excellent livre et la question
qu'il traite peut être considéiée comme définitivement tranchée. Aussi
BIBLIOGRAPHIE 335
Dd chicaneroDs-Dous pas Fauteur sur quelques menus détails qui
gagneraient peut-être à être interprétés autrement, sans que cela
change rien à Tensemble. Nous n*avons pas dit que cet ouvrage est
une tèse de doctorat, parce que cela n*a aucune importance et n'inté-
resse personne, étant donné que certains obtiennent le même grade
avec des travaux dénués de toute espèce de valeur. Ce qui vaut
mieux, c'est de pouvoir constater que Fauteur est remarquablement
documenté et fait preuve de beaucoup de sûreté et de pénétration ;
son étude marque Tapparition d'un nouveau linguiste digne de ce
nom, que nous ajouterons désormais à la liste si courte de ceux dont
la France pourrait s'enorgueillir.
Maurice Grammont.
LIVRES ET BROCHURES ANNONCÉS SOMMAIREMENT
Aicoll (G.-J.)* — Ancora délia sibilante tra vocali nel Toscano (Estratto
dair Archivio glottologico italiano), 1902.
M. Ascoli montre que Va intervocalique latin est rendu en toscan
par i sourd dans les mots comme famoao, peso, preso, etc., & par s
sonore (z) dans les mots comme uzo, vizo, uccizo, etc. Dans la pre-
mière catégorie Vs intervocalique provenait d'un ancien -im-, dans la
seconde d*un ancien -ss- simplifié après vojelle longue. 11 résulte de
la constatation de M. Ascoli une conclusion importante pour la pro-
nonciation du latin, c'est que Vs àefamosus était nettement sourd,
tandis que celui de tisus était sonore ou « volgente al sonoro ». Les
grammairiens latins sont muets sur cette différence de prononciation ;
mais, d'une manière générale, ils nous ont dit si peu de choses, & ils
ont si mal observé leur langue que leurs témoignages sont le plus
soQvent à peine dignes d*étre pris en considération. M. G.
Onoranse a Graiiadlo Atcoli. — Une brochure in 4*, 32 pp. Milano,
tip. Bemardoni di C. Rebeschiniy 1901. (Pubblicazione del Comitato per
le Onoranze.)
Nous avons précédemment signalé {Revue, 1901) le volume de
Mélanges de linguistique publié pour fêter le soixante-dixième anni-
versaire de la naissance de M. Ascoli (16 juillet 1829) et le quaran-
tième de son professorat (3 janvier 1861). Le présent opuscule
complète ce volume de Mélanges. 11 contient un court récit de la
formation de ce comité, de son œuvre, de la fôte où le volume fut
offert au vénérable professeur, et les discours prononcés en cette
circonstance. Le plus intéressant est celui de M. Ascoli lui-même,
qui a rappelé les origines de VAccademia scientifieo-letteraria de Milan,
où il professe, et présenté des hypothèses intéressantes sur ses
destmées probables. L'Académie devait être, selon la pensée de ses
3dd CHRONIQUE
fondateurs, Mamiani, Carlo Tenca, Oabriele Rosa, etc., une sorte
de Collège de France, lombard et italien : elle est devenue une
Faculté de lettres de plus, Ascoli compte sur la transformation, pro-
chaine et nécessaire, de renseignement classique secondaire en Italie,
pour rendre inutile la coexistence, à Milan et à Pavie, de deux
facultés de lettres, et il espère que TAccademia reprendra alors sa
destination première et son caractère véritable : « Risorgerà allora
per Milano Taspirazione al gran modello del Collège de France, e
vuol dire la scuola che non fissa il numéro délie catedre, non i corsi,
non i programmi e anzi esclude la reiterazione di un medesimo
corso. » — Il est intéressant de constater la réputation de notre vieux
Collège de France à l'étranger, à Theure où certains chez nous sem-
blent n'en pas bien comprendre la raison d'être et Tutilité.
L..G. P.
CHRONIQUE
Dans un des derniers numéros de VArchiv fur dos Studium der neuB"
ren Sprachen und LiUeraturen (tome cvii, p. 338, suiv.), M. C. Appkl
s'occupe à son tour de Vamour lointain de Jaufre Rudel et apporte
une explication bien originale. Vamora de terra lonhdana dont parle
le poète serait un amour éloigné de la terre (p. 343) et nous aurions ici
une des plus anciennes applications du langage de Tamour terrestre
à Pamour céleste. M. Appel qualifie lui-même son hypothèse de c< ha-
sardeuse • : mais les efforts qu'il fait pour la justifier et pour détruire
les objections qui se présentent Tamènent à une discussion des plus
serrées, qui, si elle n entraine pas la conviction absolue, a le mérite
de présenter l'énigme sous un jour tout nouveau. J. A.
Le docteur LudwigFraenkel, professeur au Gymnase réal d'Aschaf-
fenbourg, consacre dans les Berichte des freien deutschen Hochstiftes
de Francforts. M. (Neue Folge, Band XVll) un intéressant article au
Kritiêcher Jahresherichi de VoUmôller. Nos lecteurs connaissent cet
annuaire si complet qui donne un résumé fidèle de tous les travaux
qui se rapportent à la philologie romane. 11 se divise en quatre parties
principales : Grammaire des langues romanes, Littérature, Sciences
auxiliaire.'^, Enseignement des langues romanes. Parmi les subdivisions
de la première partie, nous nous contenterons de citer :a) Grammaire
et Lexicologie de Tancien provençal ; h) Grammaire et Lexicologie
du provençal moderne; c) Ancien provençal (textes); d) Provençal
moderne (textes) ; e) Patois provençaux. Enfin, dans la subdivision
Grammaire du provençal moderne^ une place est faite à la Langue des
félihres. Cet aperçu , quoique incomplet , suffit à montrer la place
qu'occupe le provençal dans V Annuaire critique de M. Vollmoller, et
les volumes déjà parus prouvent que ce n'est pas là un vain pro-
gramme. J. A.
Le Gérant responsable: P. Hamblin.
RECETTES DE FAUCONNERIE
ET ÉLÉMENTS DE MÉDECINE
Le texte de fauconnerie que j*ai publié dans cette Retme il j
a déjà longtemps (voyez a. 1896, t.xxxix, p. 289), est certaine-
ment Tœuvre d'un copiste italien qui prenait son bien ou il le
trouvait, entassant pêle-mêle des recettes latines, italiennes
et provençales ; peut être avait-il sous les jeux un petit traité
de Peire de TAstor. Les deux dernières recettes ne sont peut-
être pas de la même source; des mots comme ardoir {Wgne
187) et le sel (à coté de sal) trahissent une provenance fran-
çaise pour ravant-dernière ; et la dernière est toute en italien
à peu près correct. Quelques mots demandent une correction :
ligne 4 saur 1. savi — ligne 39 salvar doit être salvatge —
ligne 59 le sens exige de biflfer non — ligne 118 defea 1. defeci^
maladie dont parle Daude de Pradas au chap. LXXXVIl de
son Roman dels auzels cassadors (Studj di fllol. rom. V, 147).
Encore je ne sais pas quelle maladie, ni quel mot ce soit,
d'avoir fantamas aux pieds (1. 72) ; Voli de sussoim (1. 157) est
peut-être sxzami = sésame ou huile de jugeoline.
Dans le verso du f. 52, il ja encore quelques recettes trans-
crites de la même main, mais on ne B*est pas donné la peine
de les traduire ; elles sont pêle-mêle en italien et en latin.
Quelques formes des deux qui sont en italien (la V^ et la 11™*)
accusent une provenance, ou une habitude de prononciation
méridionale et probablement sicilienne : unu, de muliu^ una
gamma^ tunu colC autruy vinu caldu.
En voici le texte :
1. [Fol. 52 vbrso] Ad fare airare unu ociello che auesse retenuta
8oa piumata, falcone o astore — Prendi iij grana de scatapuzça et tre
grana de pepe et partile per mezo, et poy le mitti tucte dentro dune
morsello de carne, et dalile sençaltro, poj lo metti su la pertica et
laasalo stare, che non de multu gectarâ la piumata et quello sella
XLV. — Septembre 1902. 22
34 0 RECETTES DE FAUCONNERIE
couleurs, vert, bleu, rouge et marron, et on a compliqué
cette mosaïque par un excès d'abréviations capricieuses qui
rendent souvent la lecture très pénible ^
J'ai nommé plus haut Arnaut de Vilanova, parce que ce
traité est d'origine évidemment catalane, ce qui n'a pas em-
pêché que le manuscrit, qui est à la Marciana à Venise, ait
été catalogué jusqu'à nos jours entre les codici francesi. Le
Catal. Zanelli le désigne au n^ XXV qu'il conserve encore
aujourd'hui et note : tn-4' cartaceo^ di fogli S8^ delsecolo XV
in circa. Trattato di medicina in lingua francese senza nome
dautore» Il me semble de la fin du XIV* siècle. Et M. Ciam-
poli, dans ses Codici francesi délia BibL di S. i/arco (Venezia,
Olschki 1897, p. 70, 71) n'ajoute que quelques indications sur
la mesure [0,290 x 0, 220] et sur Varbre des maladies qui en
forme le frontispice, dont il n'a pas bien lu certains mots, et
qui est nécessaire à l'intelligence du texte. Les extraits sui-
vants suffiront, je crois, à apprécier tout l'ouvrage.
En-haut du frontispice, il j a, en rouge, le titre : « Arbrb
DBLS COMBNGAMBNTS DB MBDECINA BT LA RODA B8 LA RATT ».
Au pied de l'arbre, dont nous donnons un croquis à part, on
a, en rouge, cette déclaration :
« Deu« ({ue Bois subirana u^tut delà quai totes al très uertuts
receben comencament et perfeccio ab gratta et ab ajuda oot/ra et p«r
ententio de uos honrar et seruir comenz lart que ea dels comenca-
raents et d«ls graus de medicina per la quai luma entenjment sexalça
siguent la manera delà art ahreujada de trobar ueritat a entendre les
secrets medicinals et narrais. »
[Fol. l verso]. « del prolech »— * Com toda art aja ses comenca-
' Dans les deux figures ci-dessous reproduites les couleurs ne sont
pas représentées puisque le lecteur pourra s'en rendre compte en obser-
vant la diversité des lettres correspondantes. (Voyez la note de la page
suivante).
s Je mets entre guillemets les rubriques qui sont en rouge dans le
manuscrit. En haut des pages et tout au long des marges, il y a des
indications sur la matière traitée dans le texte , des notes nombreuses,
des recettes en chiUre, de diverses mains, que je ne copie pas parce que
elles sont toutes en latin. Où le ms. porte le petit signe rouge qui
sépare les périodes, je sépare en allant à l'autre ligne. Je conserve
l'ortographe du texte, quoique souvent, à côté des formes correctes, on
en donne des fautives ; la cédille, par exemple, manque ou est placée à
caprice.
ET ELEMENTS DE MEDECINE 341
ments per ço nos comencam aquest libre en los comencaments de
medecina per los quais haurem conexenca daltres comencaments.
Departim aquest libre abreujadament en. x. distinctios ; la primera
es la disposicto de tôt lo libre. Segond' es del triangle ufrmeiil. Tertia
es del triangle nert. Quarta es àel trVangU groch. Qinta es àéï
comencament dels graus. Sexta es de generaçio et corrupcio. Septima
es de febres. Octaua es de urjnes. Nona es de pois. Décima es de
metafora.
« Delà primera distinctio delà dieponcio desta art » — Nattira es
de entenjment que entend mils per demostrado fêta per vista et per
omament que per cor tant solament, et per co nos al comencament
dest libre forma;» .i. arbre segons esta manera per tal que ab les
fions demostre/n ueritat de ço que encerca al huTna entenjment, lo
quai arbre es apellat arbre dels comencaments de medicina. La rayt
del arbre es una roda composta de letres significans los iiij humors et
per ço es departida en iiij partes, la primera part es delà colera,
segond es delà sanch, Terça es delà fleuma, Quarta es de melencolia.
En enquadrangle es demostrada la epuracio delà bumor et la febra et
lo mesclament dels éléments et la major decesio delà febra et les altres
coses ques contenen en la eondicio del arbre.
A fer et a formar los demostraments ques couenen a aquesta art
sotBposam a eeeer calor, b secor, C humiditat, d fredor^ Et daquestes
letres componem los quadrangles delà roda segons ques mesclen los
hamors et segons que les unes ban actio o passio en les altres et aco
tes démos trat en la rayt del arbre.
Delà rayt nexen dues branques. La primera es dels comencaments
de medicina segons que es recomptât per los anticbs que son passais.
Àquella branqua es en très partes : la primera es natural, la quai ha
.Tij. flors, ço es a saber éléments, complections, humors, membres,
virtuts, operacions, spirit. Item, ha en la dicta brancha .iiij. flors, ço
es a saber état, calor, diuersitat de mascle et de femna, et forma. La ij
[segtmda] es jnna^ral, la quai ha .x. flors, ço es a saber aer, exercici,
repos, menjar, beure, vetlar, dormir, complir, buydar, accidens danima,
ço es goig et trtstitia. La iij braaqua es contra nafura, la quai ha .iij.
flors, ço es a saber malautia, causa, accidens.
* Les lettres et les chiffres qui se rapportent à l'arbre des maladies
sont toujours dans le ms. en rouge, marron, bleu et vert selon la branca
à la quelle elles appartiennent ; pour pouvoir les distinguer typographi-
quement nous avons employé le grasset fort pour le rouge [a], le petit
grasset pour le marron [b], la majuscule pour le bleu [C], et la petite
majuscule pour le vert [d],
34 E RECETTES DE FAUCONNERIE
La 8egond[a] braDqtia es noudlameyit atrobada a espondre la pri-
mera artificialment et methaforicalment, et es departida en .ij. parts.
La primera part es departida en « b C D, la segond* es departida en
los .iij. triangles que son en los comewcaments delà art abrcujada a
trobar ueritat, et en J. qt/adrangle delà figura de predestinacto la qnal
se conte en la art damunt dita.
La a es departida en .iiij. gi'a«« demostrats per les ûgureB âel algo-
rism ço es a saber en .4. 3. 2. 1. et aco meteix se seguex (sic} de m
b C D. Er' a demostrar los graus damunt dits coue elegir xvj herbes
en gênerai et cascuTta de signtficacio de les altres herbes que son de
sa compliccio, et çascuna de les xvj herbes sia nomenada per letra a
ella apropn'ada per descripcio, per tal que mils et pue abreuîadament
sen pusca fer demostracto, et coue que en les letres no sia .j. ques
sembla ab lo primer nombre dalgorism ni noy sia .x. que significa
nombre de deu. Lo nom dels herbes et dels letres es aquest.
Vos sotsposam et deym que e es una spe/ta de simple medicina et
es en 4 grau de a, et en 3 de b, et en 2 de 0, et en i de d.
La f es altra spe^ta que es en 3 de a^ et en 2 de b, et en | de C*
La f; es altra spe^'a que es en 1t de a, et en 1 de b.
La h es altra spe/ia que es en 1 de a.
Lak es altra spetia que es ainsi de suite jusquà la dernière
SPBTiA, la T que es en 1 de d.
Per estes letree decorre esta art, et sens que hom no sapia les letres
no enten la art
Cascuna dois letres coue eeeer flor en larbre ei coue hauer proprta
color et SOS grau5, per ço que les letres et sos graue se couenguen a
fer la demonstracto ; hon per co noe aproprtam a la : a. e. f. §;, h.
color uermellae^aquesta color metexadonam alsgrausque sondecalor.
 la : b. k. 1. m. n. donam color negra et aco meteix als graus que
son de secor. A la : C. 0. P. Q. R. donam color blaua et aco mefeix
de SOS grau5 que signtfican humiditat. A la : d. s. t. y. t. donam color
uert et a los graus que son de fredor.
Lo triangle uermell es en très flors, ço es : començament, miga et
fi. Lo triangle uert es en altres très fiors, ço es diuersitat, concordanca
et cowtrarjetat. Lo trmngle groch es départit en altres très flors ço
es a saber en majoritat, egualtatetminoritat. Loquadrangle es départit
en .iiij. flors ço es: esser, priuacio, PERFECIO, depallimknt.
Esser es de color uermella et perfeccio de color blaua [Fol. 2 vkrso]
ei priuac/o de color negra et deflalliment de color uert. Quin aquesta
art uol entendre ni saber a saber li coue lalfabet damunt dit, et coue
que les flors del arbre traslat en altres flors mouables colorades per
tal que pusca demostratiuament mesclar et formar et eguallar et crexer
0 minuar ab les altres.
ET ELEMENTS DE MEDECINE 34 3
« Delà condicions del arbre » *.
[Fol. 3 rboto] « De la entenco segons la quai los graus els trian-
gles son en esta art >» — « De la entencio per la quai es en esta art
lo qnadrangle et la rayt del arbre et generacto et corrupcio » — c< De
la entencio segons la quai tractam en esta art de febra et donna et de
pois et de methafora » : [Fol. 3 verso] Corn febra sia la pus uniuersal
malaltia et cor [l. com] esta art sia abreujada per ço qtie en breu de
temps tragam de treball los scolars pobres que per pobretat ban treball
en eontinuar lo studi de medicina, et com los comencaments uniuersals
son démonstrations als comencaments particulars, per co nos en gênerai
tractam de les febres tant solament et esquiuam tractar de les altres
malalties per ço que no alongue;n lart, etc.
[Fol. 4 rkcto] « Comenca la .ij. distinctio et de .e. ».
[Fol. 5 recto] « Demiga et de .e. ».
[Fol. 6 recto] « De fi et de .e. ».
[Fol. 8 recto] « Comenca la .iij. distinctio que es de diuersitat,
concordanca et con/rarjetat et pnmerament de diuersitat ».
[Fol. 9 recto] « De concorda?ica et de .e. ».
[Fol. 1 1 recto] « De oon/rarietat et de .e. ».
[Fol. 12 recto] « De la .iiij. distinctio de maior, menor et equal et
de .e. ».
[Fol. 13 verso] « Comenca la .y. distinctio eu la quai se domastra
[sic) la manera segons la quai los graus deuen esser encercats ».
[Fol. 14 verso] « En quai manera coue encercar les kalitats dels
herbes segons los dits dels actors et segons los comencaments na^u-
rals ».
[Fol. 15 verso] u Dels comuns comencaments naturals ab los quais
deuen esser encercats los graus en les coses medicinals ».
[Fol. 16 recto] « En quai mauera deuen e^er encercats los .iiij.
grau« en la humana speh'a ».
[Fol. 17 verso] « Comenca la .vi. distinctio que es de generacio et
de corrupcio ».
[Fol. 18 verso] « De generaceo et corrupcio en lo mesclamen^ de :
e. f. g. h, k. 1. m. n, 0. P. Q. R, s. t. v. t. per orden segons ques
coue ».
[Fol. 19 recto] « De generacio e^ corrupcio en animais »
[Fol. 20 verso] « De generacto et corrupcio en los metalls ».
[Fol. 21 recto] « Comenca la .vij. distinctio de febres ».
[Fol. 22 verso] « De febra quartana dobla ».
* Sauf un ou deux traits intéressants, je me borne dorénayantà donner
les rubriques du texte.
344
RECETTES DE FAUCONNERIE
[Fol. 23 verso] « De tercana dobla ».
[Fol. 24 rkcto] « De febra colhidiaaa » — « de febra continaa et
aguda — « Comencala .viij. distinctio de urjnes » — [iD. verso] « de
orina colerica ».
[Fol. 25 recto] « De orina sangain^a» — « de orina âeumatica »
[iD. verso] « de orina malincolica » — « Comenca la .ix. distincio de
pois » — « de pois colerich ».
[Fol. 26 recto] « De pois sangujny » — « de pois fleumatich » —
(c del pois melencolich» [id. verso] « La .x. distinccio de metha-
fora ».
(Fol. 29 verso] « De la sp^ra de la nit » : Si tu fas de lanto o
daltre mettall o de paper una rota que a lo nom damant dit et que es
jnstrument a conex^r les hores delà njt, lo quai jnstrument sia fet
segons esta figura tu poras metaforicalment apercebre per la figura
en quai ora delà nit regen a b C d plus forment, car cada letra ha
segons lo moujment del firmament major poder en la .j. quadrangle
de la nit que en laltre ; et si tu aco coneixs poras saber la hora quea
coue a donar la medicina segons ques coue ab la qi^alitat dels letres et
ab les hores, et si tu estudies o uas per lo cami sabras conexer per la
spera en quai hora es de la nit.
ET ÉLÉMENTS DE MÉDECINE 3 1 5
Per lo forât que es en mi^g loc de la minor roda esguarda la très-
muntana clucant la .j. ull pw ço que mils la pusqas ueer, p«r les
.iinij. hor«8 significades en la espéra si guarda lo major frare que
es stela decorrent en torn a la tre^muiftana, et no moves ton cap ni
tes maris ab que tens la sp^ra, et segons la drecera on te caura lo
fnre poras conexer en quai hora em delà njt ni quant ha tro al dia ;
ab que sapies lo cors et lordonament de la estela segons que es en la
roda signtficat, ço es a saber que la estela que es apellada major frare
nex al sol post miganjuyn en la casa on es juyn —
^... Com hom que beria aygua mennch mes que aqtiel que beu uj,
segons cors narrai, p^ esta metafora tes signtficat que al hom des-
menjat magre turmentat per a b o per b d faces heure avgua al
coroencament de son menjar per ço que y pusqes multiplicar d C. Com
la salamandra uiua en lo foch, per aço metaforicalment tes signtficat
que en axi la C rech atempradament la a, respirant foch com hom fa
aer; lo quai respira ment tança af foch son entreinent, axi com la
fiuestra tancada que tança al uent son en trament en la cambra per la
fioestra ubiterta; hon si tu aquesta metafora entens, entendras lart
com poras empaixar en lo malalte que les unes qualitats no rece-
ben mas una dels al très.
En axi com en la setencia de medicina et encara de naturat lo
.vij. pun^ es dominant loa altres pu/^ts, enaxi en la sc/encia de dret
jiisticia ves encercada, la quai te lo he comu noble sobre lo be
spécial, et la quai juzga lespetial a essev sotsmes al gênerai, et uol
quel spe^'al aje pasctencia et humilitat et ( lo liaez: com) generacto,
dominicio et perfeccio, que enell sien conseruades les spe/tes de jus-
ticia. Molts daltres comencaments poriem recontar segons esta art
metaforical. mas car [Fol. 31 vsrso] auem a parlar dels comenca-
ments de theologia et de dret et de na^ra es coue que [pojnem û als
comencaments de medicina, los quais acabats ab ajuda et benedicio
de nof^re senyor deue, amen. — '.
Il serait tout à fait hors de ma compétence de cherchei
quelle place peut occuper ce petit traité dans Thiâtoire de la
' Enyiron à moitié du dernier /bZio, 31 recto.
* Dans la partie de la page restée en blanc, on a écrit de main plus
récente, le sommaire des sept chapitres du traité qui suit au fol. 32 :
Incipit liber Theôit de Mis ^uae indigent exposicione anteqnam legatur
Almagesti ; il est tout en latin et occupe jusqu'au fol. 36 verso. Au
fol. 37 : Incipit Theorica planetarnm (fol. 37 et 38), mais elle reste
incomplète.
ET ELEMENTS DE MEDECINE 347
Médecine. Je me bornerai plutôt à rappeler ici que nous
avons, à Bologne, le Traité de Roger, mis en vers provençaux
(on en possède même une traduction en prose), et à Florence
la version provençale du Traité d'Henry de Mondeville *•
Une autre profession, d'une grande importance au mojen
âge, dont nous n'avions, que je sache, aucun traité en pro-
vençal, et qui tient également de lascience, pour sa manualité
pratique, et de Fart, pour les remarquables compositions
qu'elle nous a laissé, est celle de l'enluminure ou miniature.
Cette lacune vient d'être comblée par le petit traité suivant,
trouvé et publié par M"* AnnaVolta, docteur ès-lettres '. Le
manuscrit en est aussi à Bologne. Evidemment, la Haute-Italie
du XIV"* siècle n'était pas envahie seulement par les Trou-
badours; au dessous de la poésie se mouvait un l^rge courant
de science vulgaire en prose provençale, qui trouvait chez
nous un bon accueil et des louanges même excessives. En
effet, c'est bien contre la langue vulgaire de Provence « mas-
iimameniediiingua (TOco » que le plus grand des Italiens élè-
vera et défendra : « la gran ùontà del volgare di Si ».
A. Rbstori.
' V. mon : Hist. de la littér. prov,^ Montpellier^ Hamelin 1894, p. 123.
' Il sera publié* (^ans un prochain fascicule de la Revue,
NOTEIIELLE PROVENZALI
1. Sopra dae componlmentl di Gercalmon
Una data veramente fondata e taie da non sollevare dubbio
di sorta intorno a uno de* primissimi poeti dl Provenza è
sempre an buon guadagno per chi volga suo studio al primo
fiore délia lirica ocoitanica.
L'acquisto riesce poi a maggior ragione prezioso quando si
tpatti di Cercaltnon — o Gercamon * — , pel quale fanno
quanto mai difetto quelle notizie e quei dati sicuri , che si
desidererebbero intorno a un trovatore che possedette un'arte
assai raffinata e ad essa educô un célèbre poeta provenzale :
Marcabrun.
Il bisogno di guadagnare per la biograâa di Gercalmon un
punto fisso, intorno a cui si fosse svolta i'attività poetica del
nostro trovatore, fu già sentito dal Rajna, il quale s*adopr6,
parecchi anni sono, intorno alla tenzone : Car vei fenir a tôt
dia ^ e trasse da essa alcuni iugegnosi argomenti, che erano
sfuggiti air editore dei componimenti di Gercalmon ' e che
provano essere stata la tenzone scambiata nelFanno 1137,
dopo la morte di Guglielmo VIII, conte di Poitou e X duca
d'Aquitania, e prima délia assunzione di Luigi, figlio di Luigi
il Grosso, ad erede di parte dei possessi del Gonte (9 aprile ^
30maggio 1137).
Dopo Tarticolo del Rajna, comparve nella Zeùschrift del
1 Cercalmon dà sempre il ms. D in testa ai componimenti e neir in-
dice a capo del codice
' P. Rajna, Cercamon, Car vei fenir a tôt dia y in Romania VI,
payg. 115-9.
• Mahn, Der troubadour Ccrcamon^ in Jahrb, f. roman, u. engi
lit. I, 83.
NOTERELLE PROVENZALt 34^
Qrôber uno studio di R. Zenker, che cercô di coDtestare
Tattribuzione délia tenzone : Car vei^ contenuta in un solo
manoscrittOyaCercalmon e pensé di identiâcare il «maistre»,
che in essa figura, con Raimon de MiravaP. In tal modo
Terrebbe tolto di mezzo Gercalmon e il componimento per-
derebbe in gran parte il pregio délia sua ragguardeyolis-
aima anticbità.
La qnestione era troppo importante per la storia délia lirica
provenzale perché a! tri non sentisse il bisogno di ritornarvi
sopra. L'opinione del dotto tedesco trovô infatti un forte e
acuto oppositore in A. Jeanroj ^, il quale si studio di ricer-
care su quali fondamenta si reggessero le nuove argomenta-
lioni e dopo un attente esame di esse, si mostrè disposto ad
accettare le conclusioni del Rajna scrivendo : « Je remar*
I querai que le système de M. Rajna les explique toutes (le
B allusioni storiebe) de la façon la plus satisfaisante, tandis
f que celui de M. Zenker n*en explique aucune. 11 me semble
» donc quMl est prudent de s*en tenir, jusqu'à nouvel ordre,
» en ce qui concerne cette pièce, à Topinion exprimée ici, il
» y a treize ans, et de continuer à regarder la pièce Car vei
» fenir comme le plus ancien spécimen conservé de la ten-
» çon ' ».
Un nuovo teste di Gercalmon pubblicato da poco diploma-
ticamente negli Studi del Monaci e De LoUis * viene a confer-
mare la relazione del nostro poeta con Guglielmo di Poitou e
ribadire la data del 1137. E questa volta la conferma è sicura
e non occorre certamente gran sforzo per dimostrarla taie.
Si tratta di un planh scritto da Gercalmon per la morte di
un • Conte de pitieu » (v. 13) che non pu6 essere altri che
Ouglielmo di Poitou ^ Questi infatti moii il 9 aprile 1137 nel
« Zeittchrift f, rom, Phil., XIII, 298.
* A. Jeanroy, Sitr la tençon^ Car vei fenir a tôt dia , in Romania^
XIX, 394.
' Op. cit., pag. 402.
« Studi di filol. rom. fasc. 23, p. 5 dell* estr (n» IV).
^ Recentissimamente la stessa opinione è stata emessa dal Meyer in
Homania, XXXI, p. 160. Alla morte di Ouglielmo YIII si allude anche
da Marcabmn nell' ulUma strofe del Vers del lavador, come fece osser-
Ttre il Meyer stesso in Romania, VI, pag. 123. Si cfr. Y. Crescini,
352 NOTERELLE PROVENZALT
Qar us non troba, on s^aiziu,
Mas qan n'Anfos, q'a ioi conqis.
Ghi sarà questo Alfonso? La scelta pu6 cadere sul re di
Castiglia e di Leoo Alfonso VIII o anche sopra Alfonso Gior-
dano conte diTolosa dal 1112 ai 1148.
L'uno e i*altro di questi principi fu caotato da Marcabrnn
6 nalla toglie cli' essi possano anclie esser stati conoscinti
da Cercalmon, il qaale, a sentir la biograâa provenzale,
dérivé il suo nome dal iungo suo errare di paese in paese. In
yerità io non saprei deciderml fra i due ' e parmi che Pallu-
sione si presenti in se troppo indefînita per permettere una
identiôcazione sicura. Un accenno storico più importante
abbiamo nella strofe seguente : a Lo piangono Francesi e
Normanni e ben lo deve piangere il Re, a cui lasciô la terra
e la proie». Si allude chiaramente a Luigi, il cui figlio era
stato eletto da Guglielmo a sposo di Eleonora, che recava in
dote i domini di Aquitania e Poitou.
Qesta allusione si riconnette a quelle, che trovansi nella
tenzone : Car vet, la quale fu certo composta intorno al mede-
simo tempo.
In questi due soli componimenti Cercalmon si compiace di
toccare avvenimenti del suo tempo : tutte l'altre sue poésie
sono ispirate alla natura e ail* amore e, benchè in générale
semplici e piane, risentono un po' di quel convenzionalismo,
che costituirà poi la nota prédominante nella lirica provenzale.
2. Un naovo teato dalla canzona
alla Vargina, Flors de Paradis^
a una parafk^aai dal Pater,
Il primo testo è contenuto nel ms. Ashb. délia Laurenziana
105^-^, cosl magistralmenta descritto dal Mejer ^, e sfuggi
sinora, ch' io sappia, alF indagine degli studiosi.
1 II De Lollis (Studi difiL rom.^ fasc. 24, p. 2 dell* eslr.) tocca soltanto
di Alfonso di Tolosa.
« Uomania, XIV, 485-548.
NOTERELLE PROVENZALI 353
À. sottrarlo aile ricerche erudite concorse senza dubbio il
fatto che nel catalogo dei codd. Ashb., dovuto al Paoli , esso
è indicato corne un' operetta di carattere religioso in prosa '.
La sua importanza non è certo grande, ma non va dimen-
ticato cbe precisamente dal confronto di questo componi-
mento col serventese di Guilhem Figueiras contro Roma il
Hajna fa indotto ad esporre una nuova teoria intorno al génère
poetico del serventese *. A questo titolo soltanto io offro ai let-
tori parte del testo del cod. laurenziano : '
[Cod. Ashb. 105 S c. 21'].
1. Flora de paradis* régi aa de bonayre auos imiren clins penedens
sens coruajre forfag emesquins preguas per mi saluajre que
guizes abon port e me gart de la mort dêferns don conort
degun homs nO pot trayre p neguna sort.
2. Uerges al mieu tort uoshay trop ofenduda repenedimen fort
(fort) requeri uostra iuda dooas mi çfort que dO sie perduda
marma car caszut soy si la uertut dedieu non ânes al portel
fuoc nos defen daques trop deyfendut.
3. Uerges lo san frut que de uos près nayseosa de dieu deseudut
per uera çnoysensa nos arezemut de mort ede temensa siben
confesat siam et épas dccort alurat aueraçnoycensa ploran los
pecast.
Tralasciodi citarealtre stroû perché il testo ashburnhamiano
non présenta alcuna particolarità di qualche rilievo; riporto
invece per intero una parafrasi ancor inedita del Pater ^ che
si legge, a c. 4 délia prima parte dello stesso ms. I primi vers!
furono pubblicati dal Meyer.
* I Codici Ashburnhamiani délia R. Biblioteca Mediceo-Laurenz. di
Firenze. Vol. I, fasc. I", Roma, 1887 (Pubbl. del Ministero délia Pubblica
Utrnzione).
* Giom. di filoL row., I, pag. 84. Si veda di contro ; Bartsch, ZeitschHft
f. roman. Phil.y IV, 439, ove si impugna l'antichità délia nostra can-
ine alla Vergine.
* Si cfr. Tedizione del Bartscb in Denkmàler. 73, 26, e si tenga présente
che un altro testo di questa preghiera esiste, come avYerte il Rajna, nella
biblioteca di Siena.
23
^54 NOtERELLE I^ROVENÉALÏ
Parafrasi in vers!
del Pater ^
[105* c. 4 r.]
Payre nostre qui es cels
Fermas en toz savis feels,
Mons de pechatz et de tuzihls
Mondaz nos quauem nom tosfils
5 Degrasia que siecit plas
Tôt nom et nos santifia
Enaysi con sem drey crestia
De Crist siam fermet sertan
Ens comandament de ta ley
10 E que siam humil ues tu
Per lesperit delatemor
De te los nostre bon senhor
Per tal quel règne auer puscam
Celestial que cobeytam
15 Que auran si contuas dig
Cil que son paure en esperit
Pueys ti preguam ereq««rem
Bels dois payre si con deuem
Que anos lotieu règne uengua
20 Et enaysi mondar nos decha
Quel rené amnos enos amte
Bels senber dieus si con couen
Per lesperit de pietat
Quens aias se ti plas donat
25 Per so que ben puscam tener
Leretatat quesperam auer
En terra de promecibon
On crecamrem gran guisardon
E gran ganh e gran benestansa
30 De durabla bonauransa
A quil cobedente sont
Tan can uion en aques mon
Preguem te per ta santeta[t]
Quens fassaz far satauclût (?)
1 Ne do una riproduzione strcttamente diplomatica.
NOTERELLE PROVENZALI 355
35 Enterra sels quetamarant
Ajsi com langel elcel fan
En don lesperit de siensa
Que sapchamauer conoicésa
Cum nos puacam eschirgaytar
40 Dels diable e puscam plorrar
Pels falhimens epels forfayt
Qua uem en aquet segle fag
Et après P laper donansa
Del tieu renue hô ses dobtâ8[a]
45 Crezem que serem confortât
Sil que con fes auran plorat
Senher doua nosalauzar
Lopa dont hom deu co«forta[rj
Las armas els cos cascund[ar]
50 Ses erguelhe ses fellonie
Fer lesp erit dafortimenti *
Quauran tuit sil perfita|
Cui tu daras talauentura
Qaurant amasat dedrechurj
55 Quel celerchus coronat]
De te quies pas uin saludan|
Fer douanas per ta mistat
Los pechat dont sera ecepi
E n aysi can nos perdonan|
60 A toz fiels cil que tamaraj
Fer lesperit dacordame)
Car be sabem uerajamen
Que sil ueyran perdonas
Mas qui debon cor non perdon
65 [0. 4 V**] Ja non aura el sel corona
Mot ci deu doc espauentar
Tôt hom que nô uol perdonar
Quan lo pajre nostre adig
Quenajsi con aue sauzit
70 Seguon drez eseguon razô
Cuer a dieu que aia nô perdon
Quar qui non a merce dautruj
Non es dreg dieus laia deluy
» La Uneetta indica che il margine deDa carta è stato ritagliato forse
in causa délia legatura del codice.
* -r;ii.^3 PR0VEN2ALI
4 ^ ^Mrm altre don
. Hi^ws^ en temtat ion
, K V* lajces tan temptar
V ^j> [>ucca sobremontar
. laoiQ nostre enemic
•M» i«r« dieus et uers amies
» fW4 iam lesperit de ten demô
^ud ooQosquam lentendemé
^QA teiûpdador cui terrem
•^«maysî nos enguardem
Que paradis per ton plaszer
Ni Puscam la tiua facia uezer
Dieus deyliyra nos de tôt mal.
K de nostre enemic montai.
Lo diable que nos batalha.
Que nO es iorn que nO nos asalha
90 Dans lespent de sabieza.
Que puscam uenser cobeeza.
Ërguel e tôt los autres uiszes
Et en eysi cisplas nos guizes
Quem pas estem et permanhan
95 E pas anem emant enc guâ
Per tal que siam apellat .
Li tieu bon fil benaurat
E quecel gauc puccara gauzir
Que aurelha non pot auzir.
100 Uelhs uezer ni boca parlar.
Ni negu cor dôme pessar
Car aquest asaparelhat.
Atot sels que taurft amat
Cest gaug aiam cominamô
105 Tuit H tieu flel amen.
Giulio Bbrtoni.
(A suivre.)
--^^
LA TRADUCTION DU NOUVEAU TESTAMENT
EN ANCIEN HAUT ENGADINOIS
Par BIFRUN
L'G CUDESTH DELS PATS DALS APOSTELS
CAP. XVI.
(1) Et arriuô â Derben & â Ljstram, & uhé un schert dis-
cipul era allô cun num Thimotheus ôlg d'ûna scherta duoana
lûdeaua, cbi craiaua, mu Vg bab era Grec. (2) Ad aquaisti Tg
dêuan buna testimuniaunza tuots Vs frars cbi eran â Lystris
& ad Iconijs. (3) Aqael uous Paulus cbi gies cun el, & Vg
bauiand prais in cumpagnia, scbi Vg armundô el parmur dais
lûdeaus, qusels cbi eran in aquels lous. Per cbe tuots sauaiuen
cbe ses bab era Grec. (4) Et passand els très las cittêds, scbi
dêuan é ad aquels ascbantamains da saluer, qusels cbi eran
burdenôs dais apostels & dais preers quels cbi eran â Hieru-
salem. (5) Et in aquella guisa las baselgias s'cunfarméuanîlla
fe, & in immiincbia di crescbaiua [451] Vg inumber. (6) Et
siand passôs très la Pbrjgiam & la cuntrêdgia Galatica, &
cbeU eran scumandôs delg saine spiertdapredgiêr in Asia, (7)
scbi sun els ieusin Mjsiam, et apruêuan dad ir in Bitbyniam,
& Vg spiert nu Ts lascbô. (8) Mu cura cbe fiitten passôs très
Mjsiam, scbi gitten é giu â Troadem, (9) à îUa not es stô
uais â Paulo iina uisiun, iin hum da Macedonia cbi era auaunt
el & Vg aruêua dscbant : Vitten in Macedonia& n's sacuorra.(lO)
Et SCO el bauét uis la uisiun, scbi bauain nus impestiaunt
scbercbiô dad ir in Macedoniam, siand ascbertôs, cbe Vg signer
baués clamô nus â predgiêr ad aquels Vg euangeli. (11) Et
par aqné cura cbe nusfiiscben mufts da Troade , scbi gnistben
nus â dastaiséd. dastais cuors â Samotbracem, & îlg di dsuain-
terâ Neapolim (12)& dalonder â Pbilippis, qusela cbi es la prima
cittêd colonia da la part da Macedoniœ. Mu nus dmuréuan
allô in la cittêd uerzequauns dis. (13) Et Vg di delg sabatb
358 [.G CUDESTH DEI.S FATS DALS APOSTKLS
ischeos ieus oura de la citléd dspera \'g âum, innaa chi
s'sulaiua fér l'uraciun, & seziand fauléuans cun las dunauD:),
(]u»lascbierangnida3inBemmeL.(14)Qteraiinaschertaduoniia
cuD num Lydia, iina nhi uendaiua purpur, de la cittèd da
Thyatiri, quêla chi seruaiua â dieu, chi atadlô : & t'g signer
aurît l'g cour d'aqiialla, par chella faschés Bursen ad aquellea
chi&sea, quœlas chi gniuan dittas da Paulo. (15) Mu Bi-[4S2]-
and battagiéda, alla at sia chiâsa, schi aruo ella, dschaiit :
Schi aus hauais giiidichiô ch' eau saia âdâla agli signer, achi
gni aiut et stéd in mia chiâaa. Et n'aatfurzô nus, (16) et
dohiappô gisnd nus â fér uraciun, che una scberta matella,
quœla cbi hauainal'g spiert da Pjthonis, inacunlrô iD nus,
quœla chi dêua iin graad guadang & ses patrusa cun ingiu-
uinér. (17) Et aquaiata giat dsieua Paulum & dsieua nua
& claméua dschant: Aquaist[^] hummens aun famaigs dalg
hiitîschem dieu, à predgian à uus la uia deig saliid.
d Pautna
flumand
'aqaella.
patruns,
Paulnm
:20) & l'a
s ingaa-
iBCsdsda
1 aala^r,
ir «Is, &
ama^a^D-
iira oheli
lun 6 in
I, ebet l'a
ftF&chieu
s, atran-
8 & Silas
I udiuan.
mbla, da
^uan. Et
liama da
td6 si), &
iand trat
l'g CUDESTH DELS fats DALS APOSTELS 359
oar la dèia, schl s' uulaiaa el amazêr sesues, pissiand chels
praschanîjrs fûssen fiïgieus uia. (28) Mu Paulus clamô ad hôta
uusth, dschant: Nu fêr â ti duessa ûnguotta d'mél, per che
DUS ischen zuonds aqui. (29) Et hauiand dumandô ûoa liûsth,
schi sUnscurzô el aint tremblant d' te m ma, & s' bitto giu als
pes da Paulo & da Silse, (30) Vs hauiand mnôs oura, schi dis
el: Sig»er, che stou eau fêr, ch'eau uigna salf ? (31) Et els
disseo : Craia îlg signer lesum, schi uainst ad esser salf tii 6i
tia chlêsa. (32) Et predgiaun agli Tg plêd delg signer, & â
tuots aquels chi eran in sia chiésa. (33) Et el prandét aquels
in aquella prœpia hura d*noty & Ts lauô giu las plêias, <k es
adiintrat battagiô & tuotta la sia braiôda d'chiêsa. (34) Mu
cura chel hauét aquels mnô in sia chiésa, schi mattét el ad
aquels giu maisa, & stet [454] led, par chel hauaiua craieu â
dieu cun tuotta sia chiésa. (35) Et cura che uen di, Ts mastrôs
tramtetten Ts mes, dschant : Lascha ir aquels humens. (36) Et
Tg guardiaunt dis aquaists pléds â Paulo : Ts mastrôs haun
tramis che uus daias gnir laschôs ir. Huossa dimé izen cun la
paesth. (37) Mu Paulus dis ad aquels: N's hauiand battieus
auertamaung, sainza udir la chiaschun, siand nus Rumauns,
& n*s haun chiatschô in praschun, à huossa ad ascus n's
nœglian chiatschêr oura? Nha par Tg uaira, dimperse uignen
els snessa (38) & n's mainen oura. ElTs mes purtaun aqnaista
ueruaals mastrôs. Et els tmetten hauiand udieu chefiissen Ru-
mauns, (39) <k uennen & Ts arua[u]n, et Ts hauiand mnôsoura^
schi Ts aruéuan é che giessen our da lur cittéd. (40) Et siand
gnieus oura da la praschun, schi gietten é aint tiers Lydiam,
& hauiand uis Ts frars, schi Ts haun é cufurtôs & sun tii ôs
uia.
ANNOTATIUNS
Purpur] iina scherta guisa d' pan u d'ualiidda culur
d' briinchiœschen, chi sulaiuen iisér Ts grands signuors in
uesekimainta. Spiert da Pythonis] iin spiert dalg diêl Apolli-
nis, un spiert ingiuuinêl] iin spiert dalg gimuni, chils acradan-
têua. Colonia] es iina cittéd quaela chels inimichsaguadagnen,
& prenda cura la lieud chi es alaint, & metta aint lur segna
lieud, par manti-[455]-gner la cittéd, sco faiuen Ts Rumauns,
Maslrôi] superiours, arischaduors, pudastéts.
:^60 l'g cudesth dels fats dals apostels
CAP. XVII
(l)Ethauiand fat strêda très Amphipolim & Appoloniam,
schi uennen é â Thessalonicam, innua chi era la Sjnagoga
dais IliJeaus. (2) Mu Paulus suainter sia ûsaunza giet aiut
tiers els & per trais sabaths dispiitêua cun els our da
las scrittiiras, (3) mettand oura & apruand, che Christus
baués stuieu indiirêr & aresiistér dais muorts, & che aquaist
saia Christus lesus, quael ch'eau ( dschaiu'el ) predgia â
uus. (4) Et qualchiiios d*aquels craietten, & s'accumpagnaun
cun Paulo & cun Sila, à bgiera lieud dais deuots Grecs & da
las inauaunt dunauns brichia pôchias. (5) Et Ts liideaus, chi
nu uousen crair, amuantôs da l'inuilgia, hauiand prais cun
els in cumpagnia alcbiuns sthgualanots d'iina mêla uiita <k
hauiand araspô sii la lieud, schi amuentaun é sii la cittêd,
à faschand forza â la chiêsa da lasonis, scherchiéuan dais
mnér oura agli pœuel. (6) Et nu Ts hauiand achiatôs, schi
traiaiuen é lasonem <k qualchiiins dais frars tiers Ts parzuras
délia cittéd, clamant : Aquaists sun aquels chi haun sthguar-
dinô Vg craes de la terra, & sun gnieus er aqui, (7) quels che
lason ho prais aint ad ascus, & aquaists tuots faun incunter
Ts aschantamains dalg Caesaris, dséhant, che sa-[456]-ia un
ôter araig lesum. (8) Et amuantaun sii Vg pœuel, & Ts mas-
trôs délia cittêd, udiant aquellas chiôses, (9) et hauiand arf-
schieu buna cuntentezza da lasone & dais ôters, schi Ta
laschaun é ir. (10) Mu Ts frars adiintrat in la not tramtetten
dauent Paulum & Silam insemmel in Berrhœaro. Quaels cura
che fiitten ariuôs, schi tiraun é uia in la sjnagoga dais
liideaus. (11) Mu aquaists eran dais plii nœbels trauntér els,
d'aquels chi eran â Thessalonica, qusBls chi hauaiuen arf*
schieu Vg plêd cun tuotta praistezza da la uœglia, examinand
inmiinchia di las scritturas, schi aquellas chiôses fiissen
uschia, (12) <x bain bgiers d'aquels craietten, & er hundrédas
dunnauns Gra?cas <k hummens brichia pougs. (13) Et cura che
Ts lii leaus da Thessalonica sauetten ch'er â Berrhoae fii^
preljiiô Vg pied da Paulo, schi uennen é, & er allô amn-
Hiitêuan sii ariraur. (15) AIhura impestiaunt Va frars tram-
totttMi dauend Paulum, chil gies sco ir alg mêr. Mu Silasà
L'G CUDESTH DELS fats DALS APOSTELS 361
Timotheus aramagneten allô. (14) Et aquels chi accumpa-
gnêuan Paalam Tg coDdûsthetten iDÛna ad Athenis. Et hau-
iand prais comischiun tiers Silam & Thimotheum che gnissen
8û Vg plu praist tiers e1,schi sun els tirôs aia. (16) Et intaunt
che Paulus aspettêaa els ad Athenis, schi s'asckiudéua sieu
spiert in el, ueziand el tuotta la cittêd chi era déda al g
seruezzen de las immêginas. (17) Et el dimê dispiitéua in la
synagoga cun Ts lu- [457] -deaus (éd. liidia) & cun las per-
snnas deuotas, & in la plazza inmiimchia di cun aquels chi
giauen par uentiira tiers el. (18) Et iinqualchiiins philosophi
dais Bpicureis & dais Stoicis chiampastêuan cun el, à qua-
Ichiiins dschaiuen : che uuol dir aquaist schanschédar? &
alcbiiins ôters dschaiuen: el para esser iin chi disth da nuofs
dimunis, per che chel predgiêua ad els lesum & Taresûs-
taunza. (19) Et Vg hauiand apigliô Vg mnaun é alla plazza
da Marcij, dschand: pudain nus sauair, da che guisa saia
aquella nouua duttrina, qusela chi uain da te araschunêdaf
(20) Per che tii mettas aint in nossas uraglies schertas chiôsas
nouuas. Nus unlain dimê sauair, che aqué uuol esser. (21) Mu
tuots aquels da Athenis & er Ts fnllastijrs chi afdôuan allô,
nun attendaiuen ad ôter co dir u dad udir iinqualchiôsa da
noef. (22) Et stant Paulus in meza la plazza da Marcij, dis :
Hammens d'Athenis, eau uez uus intuottes chiôseshunamang
memma supersticius, (23) par che passand eau très à cuschi-
drant las uossas deuociuns, schi hse eau acchiattô iin hutêr, in
aquœl stéua scrit sii : agli nun cunschieu dieu. Aquel dimê che
uns nun cunschiand hundras, aquaist predg eau â uus : (24) Deus
quael chi ho fat Vg muond à tuottes aquellas chiôses chi sun in
el. Aquaist siand signer delg schil & da la terra, nu sto in
taimpels fats cun mauns, (25) né [458] uain agli seruieu cun
matins hnmauns, nun liauiand el bsiing d'iinqualchiôsa, siand
el quael chi do â tuots la uitta& Vg âêd per tuot : (26) & ho fat our
d'iin saung tuotta la giniira délia lieud, par chella afdâs sur
ruoiuersafatschade la terra, & hodeterminôhurdenôs tijmp»,
& ho ourauaunt ifichiô aintTs terms da lur afdaunza, (27) par
che scherchiassen dieu, schi par uintiira Vg apalpen & Vg
acchiatten, cunbainchel nun esdalœnsth dascodiind'uus. (2S)
Per che très el uiuain nus & n*s amuantains (éd. amuantaim)
à ischens : da co ch'er qualchiiins dais nos poets haun dit : Nus
362 l'G CUDESTH DELS FATS DALS APOSTELS
ischen er da quella sclatta. (29) Siand nas dîmê de la sclatta
da dieu, schi nu daiuen nus pisser, che la deitad sala sam-
giaunta agli ôr à argient, a ad ûna pedra intagliêda cun art;
a â qualchiôsa spiêda delg hum. (30) Et hauiand deus inûna ad
in huossa laschô passer uia Ts tijmps da quaista ignuraunza,
huossa fo el assauair alla lieud, per che tuots da per tuot im-
giuran ; (31) par chiaschun chel ho aschantô un di, in aqusl
chel uain â giiidichêr cun giiistia Tgcrésde la terra, très aqnel
hum, par aqœul el ho hurdenô, hauiand fatfe â tuots, cura chel
Tg ho hagieu astdastdô su dais muorts. (32) Et cura chels
hauetten ndieu Taresustaunza dais muorts, alhura alchiiins
ariauen del, & alchiiins dschainen: Nus uulain aunchia d'a-
1459J- que ndirte. (33) Et uschia Paulus es ieu our da miz eh,
(34) Et qualchiiins humens stand tiers el craietten a<^li, in
aqua3ls era Dionisiusareopagita(éd. arcBpagita)& iiaa duonna
cun num Damaris, & ôbers cun els.
AWNOTATIUNS
Phihsophi] amô lars de la sabbijnscha. uschia anumnêuan
é Va sabbis da tijmp uijlg. Epicuri u Epicurei] cran lieud
d'iina upiniun, chi managiéua, che la mér beadijnscha fiis â
uiuerbain & à triuphôr senza ôter pissijr in aquaist muond.
Stoici] eran d'iina upiniun, che la mêr beadijnscha fii^ â
uiuer hunestamang & indret, & nu pigliêr pissijr da las
chiôses da quaist muond, dimperse las laschér passer uia.
Areopagita] Un acusglijr u giudisth ad Athenis.
CAP. XVIII
(l) Dâieua aqué es Paulus tirô uia our da Athenis, ôi uen
â Corinthum, (2) éi hauiand acchiattô Un lUieau cun num
Aquila de la naciun Ponticus,qu8el chi era gnieu dapoick da
Italia cun sia mugliêr Priscilla, par chiaschun che Claudius
hauét cumandô che tuots ludeaus dessen s'pariir our da
Ruma : & el giet tiers aqueb, (3) perche el era d*aqué prœpi
mastijr, schi stêua el tiers aquels & lauurôua. Et lur art œra
da tessijr pauigliuns. [460] (4) Et disputêua inmunchia
i/g CUDESTH DELS fats DALS APOSTELS 363
sabath in la synagoga, & intragaidêaa Ts ludeaus & Ts Gr^cs
inseromel. (5) Mu cura che Silas & Timotheus fûtten gnieus
da Macedonia, schi gniua Paulus stranschieu delg spiert, chel
dêua testimuniaunza aïs lûdeaus che lesus fiis Christus. (6) Et
caoterdschant aqnels & blastmant, hauiand el sthquassô giu
sia nesckimainta schi dis el ad aquels : Vos saung sala sur
nos chiô. Dad huossa inuia uœlg eau ir net tiers Ts paiauns.
(7)Etsingiét dalô Si giet aintin la chiésadad'iin, quael chi hau-
aiaa nnm giiist, qusel chi seruiua â dieu, la chiésa da quael
tucbiêna la synagoga. (8 Et Crispus parzura de la synagoga
craiétaglî signer cun tuotta sia chiésa, &bgiers dais Corin-
ters udiant craianen & gniuan battagiôs. (9) Et Tg signer dis
d'not très iina uisiun â Paulo:Nu tmair, dimperse fauella,&
nu taschair,(10)paraquéch'eau sun cun te, & iingiiin nu uain
à t'assaglir par t'dêr fadia, per che ch'eau hse iin grand pœuel
in aquaista cittêt. (11) Et stet allô un an à sijs mais amus-
sand aquels Tg plêd da dieu. (12) Mu siand Gallio guuerna-
dur daTAchaise, schi s'aluann sii l's liideaus pariina incunter
Paalum,&rgmnaun allabaunchia de Taraschun (13) dschant:
Aquaist intraguidalalieud daseruir â dieu incunter la lescha.
(14) Et in aquella che Paulus s*pardarschaiua par aurir la
[461] buochia, schi dis Gallio als liideaus : 0 ludeaus, sch' elg
es qualch ingiûrgia u quai mêl trat, schi ataidl eau uus
appas.^aiuel : (15) Mu sch* elg es dabat dalg plêd u da nums
& da uossa lescha, schi guardô uus suessa. Per che eau nu
i]œlgessergiiidist[h] daquaistas ohi6ses.(16)Et dsthchiatschô
aquels uîa da la baunchia de Taraschun. (17) Et tuots Grsecs
hauiand appigliô Sosthennem parzura de la synagoga Tg bat*
taiuen auaunt la baunchia de Taraschun né Gallio hauaiua
ungiuna chiiira d*aquellas chiôses. (18) Et Paulus dalonder
inuia es dmurô allô bgiers dis ; alhura hauiand prais cumiô
dais frars nauigiô in Syriam, Tg accumpagniand Priscilla &
Aquilla, dsieua chel haués araes Vg chiô in Cenchreis, per che
chel hauaiua uut. (19) Et dsieua arriuô el ad Ephesum & laschô
aquels allô. Et el giet aint in la synagoga & dispiitêua cun
Ts ludeaus. (20) Et aruand els chel uulés plii bgier tijmp stêr
cun els, schi nu nous eldêr tiers, (21)diraperse prandét cumiô
dad els, dschant : Eau stou ignamœd fêr la festa chi uain â
Hienisalem, mu schi deus uoul schi uœlg eau darchiô turnêr
l
864 l'G GUDESTH DELS FâTS DÂLS APOSTELS
tiers nus. Et muet da Epheso, (22) & cura chel fut amaô à
CsBsaream & chôl fût ieu su & hauét saliidô la baselgia, schi
giet el giu ad Antiochiam. (23) Et dmurô allô un pô d'un
tijmp, & es chiaminô, giaud très da lœ in lœ suainter huor-
[462] -den Tg paias da Galatica <k da Phrisgia, cunfermand
tuots Ts discipuls. (24) Et iin schert liideau cun num ApoLIos,
da naciun Alexandrin, iin hum parlaint, ariuô ad Ephesum,
chi era pusaunt in las scrittiiras. (25) Aquel era intraguidô
in la uia delg signer, éi faflêuacun Tg spiertbugHaint,& amus-
sêua cun diligijncia aquellas chiôses chi sun delg signer,
sauiand sullamaing Tg bataisem da lohannis. (26) Et aquaist
cumenz6âfaflêrliberélmanginlasjnagoga.(27) Qusel hauiand
udiou Priscilla & Aquilla Tg prandetten tiers els, <k mettet-
ten our â gli plii perfettamaing la uia delg signer. (27) Et
uuliand el ir in Achaiam, schi Tg intraguidaun Vs frars, à
scriuettenals discipuls, che Tg dessen arschaiuer. Quael siand
arriuô, ualét bgier ad aquels chi hauaiuen craieu très la
gracia. (28; Per che chel cuuanschaiua ûck Ts liideaus, amus-
sand auertamang très las scrittiiras che lesus era Christus.
ANNOTATIUNS
Ciaudius] quœl chi era imperadur â Ru ma.
CAP. XIX.
(1) Et es duantô siand Appelles â Corinthi, che Paulus
t^iand passô très Tg paias zuras chel uen ad Ephesum, <&
hauiand achiattô alchiiins discipuls, (2) dis ad aquels : Nun
hauais uus arfschieu Tg saine spiert, da pœia che uus hauais
craieu? Mu [463] aquels dissen ad els : Bain plii nus nun
hauain pur udieu, schi l'g es Tg saine spiert. (3) Et el dis ad
aquels : Schi cun che bataisem dimé isches battagiôs? Et els
dissen : Culg bataisem da loannis. (4j Et Paulus dis: loannes
ho bain battagiô culg bataisem de rariiâijnscha, dschand agli
pœuei da quel, qusel chi daiua gnir dsieua el, par che craiessen,
a que es da Christo lesu. (5) Et hauiand udieu aqué schi sun
els battagiôs îlg num dalg signer lesu. (6) Et cura che Paulus
l'g CUDESTH DELS ï'ATS DALS APOSTELS 3é5
hauétmis Ts mauns ad aquels, schi uen Vg saine spiert sur
els, & fafléuan lauDgoaz et profesêuan. (7) Et eran tuots
intuorn dudesth humens. (8) Mu siand ieu aint in la sj^nagoga,
schi fafléua el trais mais da lung, dispiitant & intraguidant
deig ariginam da dieu. (9) Et oura ohe alchiuns s'indûritten
né craietten, dschant mél auaunt la lieud de la uiadalg signer,
ichiesel tirô uia our da quels, & ho zauurô oura Ps discipuls,
dispûtand inmiinchia di in la scoula dad iin schert Tiran.
(10) Et aqué es duantô duos ans da lung, da sort che tuots
aquels chi afdêuan in Asia, udîuan Vg plêd dalg signer lesu,
Ts Itideaus & Ts Grsecs iusemmel. (11) Et deus faschaiua très
Vs mauns da Pauli uirtiids hrichia commûnas, (12) da sort
' che s' purtéuan er da sien chiœrp Ts fazolets & las schintas,
& Ts mettaiuen eu Ts amallôs, par che las malatias drassen
nia dad els, & Vs mêls spierts giessen oura. (13) [464] Mu
qualchiiins dais liideaus, qusel [s] chi giauen intuorn scungiiirand
apruaun de clamer in agiiid sur aquels, chi hauaiuen Vg môl
spiert, Vg num dalg signer lesu, dschant : Nus scungiùrain
uns par lesum, qusel che Paulus predgia. (14) Mu elg era
scherts set filgs da Sceua liideau parzura dels sacerdots,
quaels chi faschaiuen aqué. (15) Et Vg mél spiert arespondiant
dis: Eau cugniousth lesum & eau ssb Paulum, mu uus chi
i8ches?(16)Et Vg hum, in aqusel chi era rgmêldimuni, saglit
in aquels & Ts hauét sur maun & Vs uanschét, da sort che
fûgitten our da quella chiésa, niids & plaiôs. (17) Et aqué es
gnieu â sauair â tuottels liideaus & Graecs, quaels chi stéuan
ad Ephesi, & es gnieu iina granda temma sur aquels tuots, &
Tg Dum dalg signer lesu gniua adhuzô. (18) Ethgiers da quels
chi craiauen, gniuan & cunfesséuan, & dschaiuen oura lur
fats. (19) Et hgiers dels, qusals chi hauaiuen adruô arts da
Btriœng, hauiand purtô insemmei Ts cudesths, & schi Vs
ardetten é auaunt tuots & siand fat quint da lur pritsths, schi
acchiattaun é da schinquaunta milii danêrs. (20) Uschi ferm
crascbaiua Vg pléd da dieu & s' cufermêua. (21) Siand cum-
plieu aqué, schi prandét Paulus auaunt se Vg spiert, che cura
chel aués passé Macedoniam & Acliaiam, chel iiulés ir â Hie-
rusalem, dschant: dsieuach*ea(52r)uingad esser sté allô, schi
itou [465] eau eruairRuma.(22j Et hauiand tramis duos daquels
^ l'g seruioan, numnédamang Timotheo & Erasto, in Mace-
àÔ6 L^G CODEStH DELS PAtS DALS APOStELÔ
doniam, schi arumagnét el par ùq tijmp in Asiam. (23) Et in
aqué tijmp es aluô su sthguardinbrichiapitschentrês aquella
uia. (24) Per che un schert cun num Demetrius, lauurêdar delg
argient, qusdl chi faschaiua chiapellas d^argieat da Dianse,
dêua brichia pitschen guadaog als artischauns, (25) qusels
hauiand el clamô insemmel, & er aquels ohi eran laurains da
ta! chiôseSy dis : Humens, uus sauais che our da quaist mas-
tijr es â nus guadang, (26) & uezais & udis che brichia sallet-
tamang ad Ephesi, mu buoamang per tuotta TAsia aquaist
Paulus ho surpladô & uuluieu ûo grand pœuel, dschant che nu
saien diaels, aquels chi uigna[n] fats cuu maun. (27) Et brichia
suUettamaing uaio aquaista part â nus in priuel, chella nu
vigna arfiidêda, mu bain er che l'g taimpel de la granda diela
Diana uigna sestmô par iinguotta, & che uigna â gnir che
nigna er sthdrùt la sia maiestêd quaela chi guard'oura tuotta
TAsia et Vg muond. (28) Hauiand aquels udieu aquellas chiôses,
schi Sun els gnieus plains d'ira, & bragitten, dschant: La
granda Diauna dais Ephesers. (29) Et tuotta la cittêd es gnida
plaina d* confusiun & pariina faschetten els Un sthfors tlg
Theatro, & apigliand Gauis et A -[466]- ristarcho da Mace-
donia cumpagniungs da Pauli. (30) Et uuliand Paulus ir aint
tiers Vg pœuel schi nulg uuosen laschêr ir Ts discipuls. (31)
Et qualchiiins er dais priims da Asias, quels chi eran ses amichs,
tramtetten tiers el, Vg aruant chel nu s* laschàs aint îlg
theatro. (32) Chi clamêua par aqué d*iina guisa, chi clamêua
d*iin' ôtra. Per che la communitaet era suot sura, & la mêra
part nu sauaiuen perche chiaschun els iiissen gnieus insemmel.
^33) Et traietten our delg pœuel Alexandrum Vg astumpland
oura Ts liideaus. Et Alexander hauiand culg maun aggiauiiscbô
che s' taschés, uulaiua arender araschun agli pœuel. (34) Quœl
SCO els cunschetten chel fiis iin liideau, schi s' aluô sii iina
uusth da tuots bunamang duos huras dalung da quels chi cla-
mé uan : La granda Diauna dais Ephesers. (35) Mu cura che Tg
scriuaunt hauét aquaidô Vg pœuel, schi dis el : Humens
Ephesers, chi es aquel hum chi nu sappia che la cittéd dais
Ephesers sala seruiainta de la granda di»ela Diauna & da Timê-
gina gnida giu da loue ? (36) Siand dimê ch*iingiîin ad aqué nu
cunterdia, schi bsiigniasses stér quaids, & nun fôr iinguotta
memma imprescha. (37) Per che uus hauais mnô aquaists
1)g CÙDÉSTli DELâ ï'AtS bALÔ Al>OSTELà ^6^
hnmens, chi nu sud né lôdars da baselgias né blastmaduors in
la uossa disala. (38) Che schi Demetrius & aquels artischauns
chi sun cun el haun qualch araschun incunter al «[éeT]-
chiiin, schi es é drachiiira & sun guuernaduors; s*acchiusen
liiin liôter. (39) Mu schi elg es che uus s' dumandês da ôtres
chiôses, schi s' ladina cun iina ligiaisma communitêd. (40) Per
che elg espriuel, che nus nu duaintan culpauns da quaist ari-
mur d'huoz, nun hauiand alchiùna chiaschun cun aquêla che
nus possan arender araschun da quaista curraria. Et hauiand
dit aqué schi lasohô el ir la commuoitêd.
ANNOTATIUNS
Diêls et diêias] dees u deas dais paiauns. Theatrum] Tg
palaz. un lœ innua chi si fo tramelg u cusselgs u drachiiiras u
cumœn. Schinqtmnta milli danêrs] fo 125.000 sckiiids. da
loue] da lur deus lupiter.
CAP. XX.
(l)Mu dsieua che fût passô uia la rimur hauiand Paulus
clamôTs discipuls tiers se, schi imbrascho el aquels de es tirô
uia par ir in Macedoniam. (2) Et siand passô très aquels
paias & hauiand mis â maun ad els, schi uen el in Greciam, (3)
& cura chel fut stô allô trais mais, schi agli mis dsieua spias
dais liideaus, cura chel era par nauigiêr in Sjriam, Si el
hauaiua îlg sen da turnêr très Macedoniam. (4) Ma Sopater
da Berrochae Tg ho accumpagnô infina in Asiam : & da Tessa-
lonica Aristarcus à Secundus de Gains Derbseus & Timo-
theus. [468] Et de Asia Tychicus & Trophimus. (5) Et aquels
passaun auaunt éi aspettaun nus â Troade. (6) & nus dsieua
Ts dis dels Azijms nauigijschens da Philippis & ariuaschen
tiers aquels â Troadem in schinc dis innua che nus hauain
dmurô set dis (7) Et îlg priim di da Themna, siand gnieus
iasemmel Ts discipuls par arumper Tg paun, Paulus araschu-
nêua cun els, s'uuliand îlgdi dsieua partir, & surtras Vg plêd
inûna â meza not. (8) Et eran bgierras liiisths in la sseia
innua che nus eran araspôs. (9) Et seziand iin giuuen cun
nom Eutijchus sii la fenestra& gniand aggrauô d*ûo hôt soen.
S6Ô L^G CUDESTH DËf.S PATS DALS APOSTELS
araschunand dich Paulus, eg el plu fick chialchiô dalg sœn, &
es tumô da la terza sœla, & es prais bû mort. (10) Et siand
gnieu giu Pauius, s'imbrunchiô sùn el, Vg pigliô in bratsth &
dis : Nu*8 cunturblô, per che la sia huorma es aunchia in el.
(11) Et siand ieu sii & hauiand aruot Tg paun & mangiô, schi
bol dijch faâô cun els ioôna alla damaun, alhura alla dauous
tirol uia. (12) Et mnaun Tg giuuen chi era uif, & sun fick
enfurtôs. (13) Mu nus siand muntôs in barchia gnisohen ad
Asson, allô daiuens prender aint Paulum. Per che chel hau-
aiua uscbia hurdenô, chel nulaiua fêr Tg uiêdi par terra. (14)
Et cura nus fiischen gnieus insemtuel al Asson, Tg hauiand
prais aint, schi gnischen in [468] Mitjlenem, (15j & nauigiand
da londer, îlgdi dsieuagnischens ad arriua â Samum, & ischens
dmurôs âTrogijIIi, (k iig prossem di gnischens in Miletum.
(16)Per che Paulus hauaiua prais auaunt se da passer uia
Ephesum, per nu cusiimér uia Tg tijmp in Asia. Per che el
stinéua, schi fiis â si possibel, da fer Tg di d'schinquaisma â
Hierusalem. (17) Et hauiand tramis mes da Mileto ad Ephe-
sum schi clamô el Ts preers de la baselgia, (18) qusels cura
che fiitten arriuôs tiers el, schi dis el ad dels : uus sauais che
dalg priim di incô ch' eau sun antrô in Asiam, in che mœd
ch' eau sun stô adûna cun uus; (19) seruiand agli signer cun
tuotta humilitsed dalg cour : & cun bgierras Iharmas & atten-
tamains; quœls chi sun â mi crudôs tiers, tpés la malizchia
dais lûdeaus. (20) Co ch* eau nun hae sckiuieu ûnguotta da
quellas chiôses, qusBias cbi eran in uos iittel, ch' eau nun
hêgia dit â uus auertamang & par scoliina chiésa, (21) dant
testimuniaunza & er als Grsecs da fariiflijnscha chi es uia à
dieu, & de la fe quaela chi es uia â nos signer lesum. (22) Et
huossa uhé cunstrit dalg spiert uing eau â Hierusalem, aqué
chi uain â mi ad interuegnir aqué nu sse eau, (23) arsaluô
che Tg spiert saenc par tuottas las cittêds do testimuniaunza,
dschant : ch'eau [470] daia d^aspettêr liams & astijns (24)
Mu da que nu bas eau iingiiin pisijr : ner la mia uitta es â mi
mues chiêra, piir ch'eau dfinescha mieu cuors cun algrezchia,
& Tg ufici ch'eau hê arfschieu dalg signer lesu par dér testi-
muniaunza alg euangeli de la gracia da dieu. (25) Et huossa
uhé eau hSd che aqui dsieua uus tuots, (lês aquœls clfeau sun
pastiù predgiatid fg ariginam da dieu, nu guis â uair mia
L^G CUDESTH DELS FATS DALS APOSTELS 869
fatscha. (26) Très aqué clam eau uus in testimuniaunza îlg di
d'huoz, ch'eau sun net d'alg saung de tuots. (27) Per che eau
non hae skiuieu, che nunhêgiapredgiô à uus tuottelgcusselgda
dieu. (28) Par aqué attende â uus & â tuotteig trœp, in aqusel
Tg spiert seenc ho aschantô uus huastgs par arischer la basel-
giada dieu, qudelachel ho accunchiiistô cun sieu saung. (29)
Perche eau sse aqué, che dsieua che eau sun tirô uia, che
oiguen ad antrér in uus grefâ lufs, quœls chi nu uignen â
schioagiêr Vg trœp. (30) Et our da uus suessa uignen â s'aluêr
su humens chi uignen â schanschêr Tg cuntrêdi par mnêr Ts
discipuls dsieua se. (31) Très aqué uagliô algurdaiuels oh' eau
na hae pussô par trais ans da lœng d' di <k d' not da auisér
scodiin cun Iharmas. (32) Et huossa arcumand eau uus frars â
dieu & agli plêd de la sia gracia, quel chi es pussaunt da* s
aediûchier <k dér â uus Thierta traunter tuots santiâchiôs.
(33) Eau nun hœ aggia-[47J)- uiischô argient & ôr, u la
neskimainta d'alchiûn. (34) & taunt plii uus sauais che als
mes bsiings & ad aquels chi eran cun me, haun suruegnieu
aquaists mauns. (35) Eau hse tuot amussô â uus, che in
aquella guisa s'afifadiand s'astouua prender sii Ts flaiuels : &
8*algurdêr dalg signer lesu, per che el ho dit suessa : Che elg
es plii biêda chiôsa â dér co ad arschaiuer. (36) Et cura chel
hauét dit aqué, schi s' mettét el giu insthnuoglias & ur6 cun
tuot aquels. (37) Alhura fiit cumanzô iin grand cridér, à s'bit-
téuan dintuorn Tg culoez de Pauli, & Tg biitschêuan : (38)
hauiand mêla uitta alg postiitt da quel plêd chel hauaiua dit,
che nu gnissen à uair plii la sia fastcha. Et l'g accumpa-
gnêuan â la néf.
ANNOTATIUNS
Santifichiôs] fats sadncs.
{A sut'vre.) Jacques Ulrich.
U
IV
DOCUMENTS SUR LES RELATIONS
DE
L'EMPEREUR MAXIMILIEN ET DE LUDOVIC SFORZA
£N l'année 1499
(SuiU)
[21 mai]
Ill">® et Ex"*° aignore mio obaer"®, Da poi la partita de la Cesarea
Maestà di questo locho non se è inteso altro, salvo che qui è venuto
aviso como Sujceri, havendo inteso che la predicta Maestà se era dri-
zata verso Felchirch, havevano anchora loro mandato grosso exercito
contra la Maestà sua. Ma per diverti re e dividere le forze de Suiceri,
oltrachele gente quale se ritrovano ad Basilea dovessino moversi da
quella banda, questa sera furono inbarchati duo millia fanti in questo
locho et al tri tanti se ne dovevano imbarchare ad Uberling,per unirse tutti
insieme e fare demonstracione de volere inlrare nel paese de Sujceri
che e sopra questo lacho, acio non havessino faculta de mandare tutto
el sforzo suo verso la Cesarea Maestà. La quale, per quello se è inteso
per vero, non bavera cum se mancho de 20.000 fanti e 1.500 cavalli.
Credo non passarano doi di chel se intendera qualche cosa, e aono
certo che per la via de Chiavena, al quale locho sera vicino el facto
per due giornate, la E. V.havra più presto lo aviso che da me; e nien-
tedimeno io ne daro etiam noticia e più vera che si potra.
Essendomi voluto ben informare se de' capitanei de Suyceri quali
havcsseno fama, ne erano stati morti in queste guerre, me è stato cer-
tifichato che la roagior parte de li principali capitanei loro sono man*
chati, et in spetie dcl locho de Urania ne sono stati morti circa qua-
ranta de li primi, e fra li altri Aman Bernardine ; sono etiam stati
morti doy fratelli del abbate de Santo Gallo, quali erano li principali
capitanei che erano stati sempreal servitio de Francesi; de Zurigho ne
sono manchati asay, e novamente se è inteso esser stato preso uno de
li principali del dicto locho de Zurigho verso Basilea ; el quale per
e^ser fa^to presone e non menato per li ferri corne se fa ogniuno gone-
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SF0R2A 371
ralmente, se estima sia proceduto per intendere tutti li desegni de
Sujceri, e cbe li aiuta e soccorre.
La Cesarea Maestà, fin questi di passât!, scripse alli reali de His-
pania questi movimenti de Sujceri,significandoli esserli mossa questa
guerra per instigatione de Francesi; quali non solo erano causa de
questi movimenti, ma li nntrivano et aiutavano, ricerchando a quelle
régie Maestate che,e per Tobligo e per laaffinita,volesseiio moversi e
fare contra Francesi; e perhohavendo l'Ex.tia V.rascripto sopra ques-
ta materia, non sera necessario ricordare altramente alla Cesarea
Maestà che scriva, havendolo gia facto, ma solum significarli quello
che la E. Y. ha scripto ley in conformita di questo.
Alla 111™* S. V** continue me ricomando.
Ex Lindo, xxi maii 1499.
Exe™' 111"® Dominationis V'* minimus servitor,
Marchesinus Stanqa.
(Lindau, 23 mai)
lllmo et ex™* signer mio obs"*,
Havendo expedito el présente cavallaro solo perche TEx. Vï*inten-
da quello me ha scripto la Cesarea Maestà e sapia dove bavera a dri-
zare li cavallari che hora venerano, me è anche parso significarli quello
che in questo di se è inteso in questa terra. Gli significo aduncha
como de verso Constantia è venuto aviso che quelle gente de la Cesarea
Maestà che se ritrovanoli hanno brusatomolti loci de Suiceri, e vedendo
epsi Suiceri non potere resistere aile gente da cavallo che se ritrovano
jii quelle confine, per levarli le facultà cossi del brusare facilmente le
terre, como delvivere de li cavali inimici,loro medesimi hanno brusati
li strami in le terre sue e reducano tutte le robe alli loci più securi.
Epsi Suiceri sono constreti ad tenere le forze sue divise in tre loci :
perho che dal canto de Basilea è uno exercito grosso del quale è
capo M. Federicho Capeller et el conte de Furstembergo ; et in questo
exercito è la guarda de Burgogna che sono 800 cavalli ellectissimi et
eipertissimi ; ad Costanza è un altro exercito, e dove se ritrova la Ce-
sarea Maestà un altro. El duca Federicho de Saxonia ellectore, secun-
do ô stato dicto qui, è arrivatoad Olmo lontanoda Costanza due gior-
nate et cum lui se dice essere el duca de Pomoro, quali veneno cum
coroitiva de 800 cavalli e 6.000 fanti. Queste cose sono state affirmate
qui, e taie quale le ho intese ho voluto significarle allalU»»* S. V. In
bona gratia de laquale continue me ricomando .
Ex Lindo xxm maii 1499.
E. Ill"* D. V. minimus servitor
Marchesinus Stanqa.
^12 MAXmiLIEN ET LUDOVIC SPOMA
(23 mai 1499)
111"»** et ex"*** signor mio observan™**,
La CesareaMaestàper uno cavallaro mandato ad posta, me ha scripto
quello che per la inclusa lettera vedera la Ex. V., laquale me è parso
mandarli aciohabia del tutto et intenda quanto epso miha scritto per
le lettere de la predicta Maestà mi ha ricerchato dirrective alli subdit
de TEx. V. in Valtolina che provedano aile gente sue de victaalie :
havendo epsa scripto alla p. ta M. ta che l'haveva dato bono ordine
circa questo. la ho scripto al capitano de Valtolina et Giov. Angelo de
Baldo quello che per Tinclusi extracti potera vedere, e perho, quando
Giov. Angelo habia havuto commissione sopra questo, mi persuade la
exeguira ; quando anche non Thavesse havuta, la E. V. li fara quella
provisione parera alla prudentia sua. Ho mandato Augustino da la
Maestà sua como ha ricerchato Domatina me levaro anchora io
de qua, e me inviaro ad Malzo, dove saro in quatro di e li altri ambas-
ciatori che sono qua restarano, non havendo loro ordine alchuno ne de
stare ne de levarsi. Alla 111°»^ S^» V» continue me ricomando. Ex Lin-
do, 23 maii 1499.
E. 111"* D. V. minimus servitor,
Marchesinus Stanqa.
[28 mai]
Ill.mo et ex.mo signor mio obs.mo,
Le cose occorse verso Malzo da poy la partita mia da Lindo non
hanno permesso che io me li sia possuto transferire, como haveva deli-
berato et era designato da la Cesarea Maestà. Ringratio bene Dio che
non habia voluto me sia ritrovato tanto inante ad questo camino chel
ritomare non fusse poi stito in faculta mia. De quelle cose che sono
accadute li,sapendo che TE. V. e daJo. Colla e da Augustino Somenza
ne è stata longamente avisata, io non li replicaro el medesimo per
non fastidirla. Questo li diro solum, chel numéro de li morti in questo
conflicto non è stato tanto quanto se era vociferato ; e per fermo se
tene che de Grisani ne siano morti el doppio più de li Gesarei, et el
numéro depsi Gesarei pare non sia stato se non 800.
Io sono arrivato in questo locho de Himbst, vicino ad Malzo cin-
quanta millia italiani, dove ho ritrovato lettere de la Cesarea Maestà,
per lequale me commette che me debia firmare fin che me scrivera
altro, attribuendo el farmi dimorare qui alla carestia del vivere et alla
pocha securita de la via. Quanto al periculo de la via, ho creduto
facilmeate al scrivere de S. Maestà, ma quanto al vivere, non so como
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 373
per la via si possa ritrovare meno, non essendo qui cosa alchuna ne
per el vivere de le persone ne de cavalli. TuttavoUa se fara al melio
se potera per obedire la Maestà sua.
Alla ill°>* Signoria vostra continue me raccomando.
Ex Himbst, 28 maii 1499.
Mininimus servitor Marchisinus Stanqa.
18
Giorgio Soprasasso & Lndovio Sforza^
(Slon en Valais, 26 mai 1499). Analyse.
Manda copia de una lettera del Re de Franza a Blés, de 24 aprilis,
alli confederati, per confortarli allô assetto de la guerra, accio cbe
V.ra Excellentia intendaquandoperel mezo suo se acconciano le cose
che fin habia parturire la pace.
El Re scrive cbe, considerando quanto detrimento sii per portare
a loro li inimici e a tutto el cbristianesimo la guerra sua con Suevi
et adborenti^ li è parso interponere Topera sua per sedare questa
guerra, per laquale se porriano sminuire le forze de la cbristianità,
et augumentare quelle del Turco ; perô manda soi ambasatori a loro et
alli inimici per tractare dicto effecto ; pregandole, per la reverentia
del Salvatore, per la fede nostra e de tutto el cristianismo, vogliano
exhibirse prompti e parati, et percbè forse li ambassatori non por-
riano arrivare cossi presto, fare tregua per qualcbi di, accio non se
venga ad conflicto inante la zonta loro : cbe saria pemiciosa cosa.
M. Zorzo subjunge cbe' Suiceri bano mandato incontra aile bom-
barde del Re de Franza; cbe Bernesi li bano scripto cbel voglia
drizare le lettere cbe se scriverano per V.ra Excellentia.
Circa la resolutione de Vostra Cxcelleatia per li soi mille fiorini dice
cbe gli pare sii bonesto cbe li dinari prestati siino restituiti a V.ra
Excellentia, e lui li baveria domandato a Monsignore quando fusse
stato el termino, quale è a Kalen. Julii, ma expectara voluntera pur-
cbe la causa de M. Matbeo non se differiscba, o se li usi negligentia
per questo ; el cbe non se poria fare senza incommode de Vostra
Excellentia, non essendo bastante la vecbieza de Monsignore a domare
quelli populi.
Che in la pensione de li soi ducento ducati gli sono retenuti ogni
anno venticinque ducati, percbe non se pagbino senon fiorini quattro
* Milan, ibid. Pot. Est. Svizzera, Copie. Summario de lettere de Val-
lesi de M. Zorzo Supersaxo, die 26.
374 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFOBZA
l'uDo, se doveriaao pagare a 4 florini 8; che lui non creda bu mente
de V. Ex., havendo lui aervito e in tempi de guerra e pace, non lenza
mazore spesa, de laquale non ba mai domandato ne havulo coba
alcuna. Oli basta la gratia de V. Es. se la po havere.
L«B lieutenants et conBelllers impdrlunz d*Inspracta .
k Lndovic Sforsa ■
(Inspruch, 27 mai 1498 [sic])
IlluBtriaBime etexcellentisBime princeps, dominne obaervsDdiasiine,
paratissimum aemper obseqiiendi aninium comendacione pra^missA,
Ex apectabili viro illuatrissimsc Daminationls Vestra; cancellarîo,
nobia ob ejus virtutea et prudeatiam quîbiis is m agendia rebos
prsstare videtur prcecipue accepte, tœpe intelleximus devolioncm
illam et beoivulentiam quibus Dominatio Veatra lllostriasima er^a.
sacram regiam Majestatem et dominum nostnim gralioaisaimiiin
terrasqiie suas et aubdiloa afficiatur. Unde etiam factiim ait quod
illi de Uga Grlsea îegre ferant pra?serticn de eo quod D. V. lllits-
trieaima in complacentia Régie Majeatatis inhibiierit ne ex terris
aiiLs ulla victualia sibi advebantur. Quam quidcm benivolcntiaDi ce
favorem sacre Régie Majestati aocurate aignificavimuB.ejusque capi-
taneo eiercitua inimicorum, si contingeret aubditos Dominationia
Vestrx illustrissimée abhoatibus predictis mologtari, illia pro viribua
auiilio et defenBLom esBo; nec diibitamus ipaatii regiara Majeslatem,
qu» nunc terris Buis bereditariia (contra quas bellum agitur] appro-
pinquavit illaBque ingressus eat, iu hiïs et looge majoribus erga
jjini V'«"i Illo..ni qiianj gratioaisBime et amiciasime se ostenauram. Sed
pro eo quod ciipit Dominatio Veatra IlLma de auccessu etaclibus belli
cerlior reddi, eidem siguiticanduin duiimus hiïs diebua proiime tran-
sactis in Valle Venuata non mediocrem atragflcn factam eaae, ubi
circiter qviinque milia hominum utriuaque partia inteHerunt, uoatro-
mm videlicet infra duo milia, boatium vero numerua reaiduua. Fki
edam Regia Majestas illius conaminis et propositi contra coadem de
1 :_- f--:-5j tanta auctoritate agere et procedere ut eoram lemeritas
irimatur quod non aolum ipaa MdJeBlaa Regia, sed et Ill>"
I VeBtra ot utriuaque terre subditi posthac qutetîus tutiueque
□ t. Quod DoDiinatioDom Vestram I 11 u stria simam, ad cujus
A et obaequia nos paratissimoa offsrimiia, latere noluimus.
A. D. S. Carteggio Gtntrale. Original.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 375
Ex oppido [nsprugg, xxvii"* die mensis Maii mcccxjlxxxxviii^.
Romanorum Régis Domini nostri gratiosissimi locumtenentes et
consiliarii in Inspragg.
20
L^ambassadeiip milanais Jo. Colla & Ludovic Sforza *
(Inspmch, 31 mai 1499)
•
lllustrissimo etexcellentissimosigaor, signoremio observandissimo,
Ho communicato a questi regenti quanto m'ha scripto la Excel-
lentia Vostra haverii dicto Zoanne Antonio, a nome de M. Jo. Jacomo
TriuUio, de la desdicta deli vinti di e li altri avisi de Suiceri, e cosi la
commissione facta a fiodino de ii doi milia fanti, e la descriptione se
fa sui Lago Maggiore, e li rispecti per cbe se fa questo : loro hanno
demonstrato grandissima displicentia de la desdicta de M. Jo. Jacomo,
persuadendose perù che la sia più presto demonstratione cha chel n*ha-
bia reuscire ad effecto. Li è bene summamente piaciato Taviso de la
mala contentezza de Suiceri del re de Franza. Quanto al ricordo fa
la Eicelientia Vestra che per questi avisi possono cognoscere essere
lo tempo de castigare i Suiceri, dicono che sperano de bene spendere
questa opportunità ne havere in animo una minima scintilla de fare
pace, e più se si dovera fare, sara cura reputatione secura e cum ho-
Dorevole inclusione de la E. V. Tutavolta sperino in Nostro Signore
Dio che la Maestà Cesarea e la E. V. insieme che li ha adiutati debel-
larano e triumpharano de questi rustici Suiceri, e che ringratiano la
E. V. de li avisi e del ricordo ; el quale, cosi como amorevolmente li è
sposto da la E. V., cosi fidelmente el tenerano secreto e il metarano
in opéra. Me domandarono se la E. V. avisava la Maestà Cesarea de
questo et havendoli risposto ch'ella ne scriveva al magnifico Messer
Marchisino, hano pur perô ordinato de scriverne a la Maestà sua, loro
parendoli avisi de non pocho momento. Da laquale si maravigliano
che non habino qualche aviso gia doi giorni passati, sebbene sono certo
che la Maestà sua sia in continue exercitio per finir la impresa contra
Grisani.
In bona gratia, etc.
Ex Hispruch, ultime maii 1499.
Jo. Colla.
1 Milan, A. d. S. Polenze Estere, Germania. Original. liOttre en partie
chiffrée, mais avec le déchiffrement de la chancellerie milanaise. Sus-
cription : lU.mo principi et ex™» D"® meo obser?™o Domino duci Medio-
lani.
376 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFOBZA
21
Ludovic Sforza k Maximilien '
(Milan, 7 juin 1499)
Minime opus erat quod Vestra Majestas a me peteret ut opéra Au-
gustini, quem in Vallem telinam misit, uti posset pro comeatibus ad
exercitum suum transmittendis ; nam cum suum sit mihijubere, et ego
nil magis cupiam quam ei morem gerere, persuadere sibi débet posse
uti de bis qui mihi serviunt, non secus ac si Majestati Vestre servirent.
Sed, cum jam antea, audiente MajestatemVestram fînibus Dominii mei,
quod suum est, appropinquare, a me ea provisio adhibita sit, per quam
comeatus ad eam confluèrent ; et nunc quoque, inteliectis bis quae Au-
gustinus significavit Majestatem Vestram cupere, omnia diligenler et
celeriter expediri curaverim (sicut ab ipso Augustino intelliget), et
insuper miserim D. Ballhasarem Pusterulam , equitem et consilia-
rium meiim, Tiranum cum aliis ministris qui buic negocio intendant,
arbitror M.tem V.ram non moleste laturam quod Augustinum ad eam
redire jusserim... liltiam e re sua erit ut eam sequatur, [ut melius] in-
telligat quod a me scribi contigerit, et ipse de felicibus progressibus
M.tis V.re, et, si ipsa aliud me jubere volet, monere possit.
22
L^Impératrice Blanca Maria k Ludovic Sforza ^
(Fribourg, 10 juin 1499)
Bianca Maria, Dei gratia Romanorum regina semper augusta.
Illme princeps patrue et pater carissime,
Heri recevessemo le lettere de la Signoria Vostra de 9 e 12 del pas-
sato. In una ne faceva intendere quanto havesse bavuto grato Tofficio
per nui a suo bénéficie fatto apresso elser™® signer Re nostro consorte,
ringratiandone d*esso e pregandone acontinuare; ne Taltra diceva
esser advisata cbe nui havessemo scritto lettere al R.mo et lll.mo
signer yicecanceliere suo fratello, et ad altri, in favore de une per
« Milan, ibid. Pot. Estera, Qermania. Minute originale. Suscription :
Régi Romanorum.
* Milan, ibid.: Pot. Est. Germania. Original. Suscription: Principi pa-
truo et p[at]ri [carissi]mo D. no Ludovico Marie Anglo, duci Mediolani.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA. 377
la coadiatoria pel vescovato de Gurza, quai e promessa a M. Petro,
da Trieste, ÎDstante el ser™* signor Re predicto, e ne pregava ad scri-
ver de novo ad chi havessemo scritto par questa cosa, reducendola
al proposito de M. Petro. Ad la prima, dicemo esserne piazuto asai
sentire che a la Signoria Yestra con tanto meglior animo e promp-
teza, haveremo a perseverare ne lo advenire ; de una cosa ne recresse,
non posser fare tanto quanto desiderariamo per la Signoria Vostra.
Ma almancho in ogni tempo se deportaremo in tal modo verso de
quella, che cognoscera non esserne manchata la volunta de giovarlî.
Cossi non devevemo esser ringraciate de cio, perche quello fazemo
lo fazemo per debito, volendo satisfare a li obligi havemo a la Sig. V.
e conrisponder al patemo amo ne porta quella. Â la parte de la coa-
diutoria, respondiamo nui esser nove de le dicte lettere ; che, quando
le havessemo scritte, non séria stato per ignorantia, essendo nui ben
informate de V opéra fatta fin al présente per el predicto ser™<^ signor
Re, nostro consorte, et anche per la Signoria Vestra, in favor de
M. Petro; ma, ultra che non voriamo contravenir a S. Maestà ne a
la Sig. V''*, glie anchora el rispetto del dicto M. Petro , quai ami-
amo, si per el grado tene apresso el ser™» signor Re nostro con-
sorte, si per esser ornato de virtù. Ë voriamo più preste aconzarlo
cha incommodarlo ne la ditta coadjutoria. Per laquai cosa. la Signo-
ria Vostra debbe esser certa nui non baver scritto ne al predicto
Rmo et IIl»o signor ne ad altri contra Messer Petro : péniche non
ne accadde anchora dover retractar quello non havemo fatto. Per
testificatione perô che habiamo caro el commode de M. Petro, scri-
viamo per la alligata ad lo predicto R"» ed III"® Signor in favor d*esso
e tanto più volentera per che la Signorio Vostra cognossa nui esser
prompte ad farli cosa da piacere.
M. Claudio de Wandre Taltro heri vene de Bergogna qui, per andar
poi verso el predicto ser"'^* signor nostro consorte, e quello zorno et
heri fu a visitame. Fra le altre cose, ne disse baver adviso de uno suo
amico franzese chel Re de Franza era venuto de Bertagna a Lione,
tutto intente a la impresa contra la Signoria Vostra, e che gia haveva
mandate inanti verso Hast cinquecento lanze, con certa quantita de
artelaria, e doveva venire de le persone cinquanta millia e venir lui
in persona a la ditta impresa. Del che, abenche tutto non crediamo,
ceperôparso advisarnela Sig. V., perche essendone advertita, habi
a star ben provista. Â la Sig. V. se recommandiamo , certificandola
como, per la Dio gratia, siamo sane ; e che continuamente desidero
de quella intendere e cossi de li suoi figlioli.
Ex Friburgo, x junii 1499.
Bianca Maria manu propria. Qe. GàDius.
L.-G. P.
{A suivre.)
BIBLIOGRAPHIE
A. Jeanroy. -^ Règle des Ghanoinesses Augustines de Saint-Pantaléon
ou des Onze mille vierges à Toulouse (1358), in-4» de 31 pages, Tou-
louse, Chauvin, 1901 (Extrait des Mémoires de la Société archéologique
du Midi de la France, tome XVI, sous presse).
L'intérêt du texte publié par M. Jeanroy consiste en ceci, qu'écrit
en 1358 et à Toulouse, il est pour nous un témoin authentique de la
langue parlée dans cette ville au milieu du quatorzième siècle. Aussi,
l'édition qui nous en est donnée est-elle essentiellement philologique.
L'introduction nous donne bien quelques indications sur la fondatioa
du couvent auquel s'appliquait cette règle, mais Ton s'y est surtout
attaché à relever ce que le texte offre d*intéressant au point de vue de
la phonétique, de la morphologie, de la syntaxe et du vocabulaire.
L'édition elle-même ne présentait pas de grandes difficultés : la
rédaction qu'elle reproduit, bonne en général, ne réclamait que de
loin en loin des corrections, le plus souvent assez simples. Voici
cependant quelques remarques ou corrections notées au cours de la
lecture *.
4. L'éditeur imprime dyagne et de même 756 archidyagne. Malgré
ce double exemple, je crois quil faut écrire dyague et archidyague.
Cf. E. Levy. Provenz. Suppl. Woerterb. II. 233, qui regarde lui aussi
comme douteuse cette forme dyagne.
17. Rien ne peut justifier la graphie provezisca^aquo, La compa-
raison avec 196 montre qu'il faut écrire provezisca aquo. Cette cons-
truction du verbe provezir semble inconnue à Raynouard (Lex, Rom,
V. 537 j qui ne mentionne que les constructions provezir ad alcuna re
pt provezir ad alcu de alcuna re. Mais la construction directe /wwerir
alcuua re est toute naturelle et a dû exister à côté de prevezir alcuna
re. Les deux verbes provezir et prevezir sont trop voisins pour qu'ils
n'aient pas réagi l'un sur l'autre. Cela est si vrai qu'en ancien fran-
> On corrigera aussi un certain nombre de fautes d'impression : 22|.
corriger vesprasdM lieu de vestras;2Çti, corriger o/7îci; 274. écrire adver-
tican se en deux mots; 361. écrire endoctrinada en un seul mot; 373.
corriger sors; 511. écrire licencia; 675. corriger permetra; 721. écrire
aysso ; 743. corriger las au lieu de lase.
BIBLIOGRAPHIE 379
çais, porveoir s'employait pour « prévoir » et pour « pourvoir ». Cf.
Dictionnaire général, s. v. pourvoir.
29. Rétablir devant psalm Tarticle défini ; cf. 234. digua le psalm;
237. digan lepsalm,
45. Corriger évidemment cor en cors; cf. 292. la elevatio dêl cors
de Jkesu Orist,
58. Rétablir [e] en sa ahsencia,
69. Ecrire vint e una en trois mots et de même 72. vint e duos,
75. vint e très. De même 1. 78, la graphie vinte quatre est à rejeter.
11 fallait choisir entre vinteqttatre et vint e quatre,
72. Rejeter la graphie vintedua's et de même 102. trentadua's et
132. quaranta dua's. Ecrire vint e duos, trenta duas^ quaranta duos.
On ne peut, en effet, admettre que duà's soit pour duos es, 11 eût fallu
relever cet emploi des nombres cardinaux una, duos, très, quatre,
servant à former les ordinaux.
121. Uniformiser les graphies laus^ laun, launa. Cf. 91, 101, 458
et passim. Aucune des explications données (page 9) de ces formes ne
me paraît satisfaisante. Ni le féminin la una, ni Texpression corélative
Vautre ne me paraissent pouvoir rendre compte du masculin laun.
L'explication véritable m'a été suggérée par M. Chabaneau, qui
considère laun, launa comme formés sur 1 analogie de cadaun,
cadauna.
187. Corriger psams en psalms comme le fait du reste M. J., à la
ligne 280. — 225. Corriger de'l dire, — 246. Corriger si n*avia et en
tendre n' = ne = en, — 258. Rétablir [e] que no demande, — 262.
Corriger d'après 36 que [la] empoche. — 298. Rétablir d'après 47 [e]
a la messa,
442. Inutile de corriger vegan du manuscrit en vengan si, comme le
dit ailleurs (p. 7) Téditeur, la chute de n devant une consonne est
une des caractéristiques du texte.
447. Corriger ses que n'agues, — 484. Corriger e las quatre, — 488.
D'après 145 et passim rétablir [las] quatre plus antiquas, — 516. Mettre
un point et virgule après despensar. — 517. Corriger fo en so,
519. Corriger le dejuran du manuscrit non en dejunran, mais en
dejunaran,
535. Corriger o cantar o legir. Cf. 39. Comendaran o sia legir o
cantar.
544. Rétablir [de] mossenhe Cf. 422. La ténor del testamen de hona
memoria de mossenher le cardinal.
61 1. Corriger évidemment a lor en al cor. — 617. Écrire laquai en
un mot et de même 711. lequal, — 661. Corriger processios en pro-
cessio.
380 BIBLIOGRAPHIE
663. On pourrait rétablir mossen au lieu de mo88e[nher]. Cf. 756.
mossen et 782. mosen,
667 et 671. Rétablir [las] qutre sors.
691. Inutile de covriger aquesta (if a du manuscrit en aquestas c^an.
725. Rétablir [ds] defora et de même à la ligne suivante [ds]
dedins.
756. Corriger preBencia[l]nien,
758. La correction nos[tre\ est inutile et l'on peut très bien com-
prendre avec nos, pronom personnel.
L*étude linguistique qui forme la plus grande partie de VlrUroducticn
est telle qu'on la pouvait Tattendre de Fauteur. Exacte, précise, et en
général complète, elle relève ce que le texte présente de caractéris-
tique. En particulier je ne vois guère à ajouter aux chapitres concer-
nant la phonétique et la morphologie. On eût pu cependant noter la
forme vials =s viles, présentant un traitement connu par ailleurs, mais
peut-être particulièrement fréquent dans le parler de Toulous». Cf.
les formes ^2 et Jial pour fily citées par Noulet, Ordenanscts et Coustu-
mas del Libre Blanc^ p. 128. De même il eut fallu relever les formes
de cas régime du pronom personnel féminin de la 3*^ personne luy et
lu, d'ordinaire assez rares, et qui dans notre texte sont au contraire
très fréquentes. Cf. 204, 258, 527 et passim. Enfin, page 9, N° 22,
on corrigera al (en lo) en él {en lo).
Peut-être les remarques relatives à la syntaxe auraient-elles pu
être enrichies et certaines constructions être relevées. Mais surtout il
eût fallu se demander dans quelle mesure Ton pourrait faire fond sur
r usage syntactique de ce texte. Il eût fallu rechercher si certaines
constructions, certaines tournures singulières ne trahissaient pas
rimitation paifois servile d'un original probablement latin dont notre
texte ne serait que la traduction. L'autorité qu*on doit accorder à
notre texte dépend de la réponse faite à cette question.
Enfin dans la partie consacrée au lexique, voici plusieurs mots qui
eussent dû figurer, soit qu'ils aient été inconnus à Raynouard, soit
qu'ils se présentent ici avec des acceptions particulières et non don-
nées par lui.
Arrasigat (185) ^ enraciné. Le mot n'est pas dans Raynouard qui
ne cite que arasignar [Ltx. rom., V, 30) du reste fautif et corrigé
avec raison par E. Lévy, en arasiguar.
Idonea (328), mot emprunté au latin et qui naturellement ne figure
)«as dans Raynouard pouvait être relevé comme deposit et mora,
Orde (228). Pour ce mot Raynouard {Lex. rom, IV, 379) ne cite
qu^un exemple auquel il donne à tort le sens de ordinaire de la messe.
mBLlOGRÂPmÊ ^81
La comparaison de notre passage et de Tezemple cité atteste pour le
mot le sens plus général de liturgie.
Subie (428 et 598) est employé deux fois comme adjectif et devait
être relevé, car Raynouard (Lex. rom. V. 241) ne connaît que stibte
adverbe.
Vespra (225). Raynouard ne connaît pas cette forme de singulier
d'autant plus curieuse qu'elle se présente ici avec le sens tout parti-
cdier de veille. Le contexte indique en effet que Ton doit sanctifier
le jour de la fête dès la veille même, cf. de même e exceptai iotz los
Saptês per la reverencia del dirmntge. C'est du reste le même sens qu'il
faut attribuer sans doute à avespre citépar Raynouard (Lex. rom. V.
527)et dont il ne donne qu'un exemple. C'est ce sens qui s'est conservé
dans les patois actuels. Cf. Honnorat. Diction. prov,-franç, s. v. vespra
donnant au mot le sens de la veille, le soir d'avant et Noulet, Libre
blanCf p. 185, citant plusieurs exemples du mot avec ce sens.
Mais, en somme, sous son apparence modeste, le travail de
M. Jeanroy est une bonne contribution à l'étude de l'ancien parler
toulousain. Il pourra être directement utilisé pour l'étude à laquelle
l'auteur nous convie et qui consisterait à comparer la Eègle publiée
par lui, et les textes sensiblement contemporains des Leys d'amora
et des Deux manuscrite provençaux édités par MM. Noulet et Cha-
baneau en vue de fixer les traits essentiels de la langue parlée à
Toulouse au XIY* siècle.
Jules COULBT.
flermann Kempe. ~- Die Ortsnamen des Philomena. Inaugural'
IHstertation^ in-8« de 71 pages, Halle, a. S. 1901.
Cette dissertation de prétentions modestes complète utilement
l'édition du Philomena^ publiée naguère par M. Schneegans^ Sous
son titre, qui n'est du reste qu'à moitié exact, elle nous présente
d'abord (pp. 7-20) une analyse du texte qui manquait à l'édition et
dans la seconde partie, la plus importante, elle nous donne VIndex
des noms de lieux que j'avais regretté de n'y pas trouver '.
De Tanalyse elle-même, je dirai seulement qu'elle m'a paru faite
avec soin, peut-être trop détaillée, mais, somme toute, satisfaisante.
Qoant au tableau (pp. 7-8) destiné à nous faire comprendre la com-
position des GeetOt c'est peut-être une description par l'extérieur des
^ Oesta Karoli magni ad Garcassonam et Narbonam, édition Schnee-
gans, HaUe. a. S, 1898.
* a Annales du Midi, XII, 238.
^^i BlBLIOGtlÂPHIE
différentes parties du récit ; àcoap sûr, il ne noua renseigne pas sur
sa structure même et sur ce qu^on pourrait appeler sa composition
interne. Ni M. Kempe, ni avant lui M. Schneegans, n'ont montré, à
mon avis, comment s'était développé ce récit où l'abondance et le
désordre apparent des épisodes semblent nier l'existence de tout
plan. J'espère du reste pouvoir bientôt reprendre la question et
apporter quelque lumière sur la véritable composition des Gesta,
Dans la seconde partie de son travail, l'auteur s'est proposé de dresser
lalistecomplètedetouslesnomsde lieux cités dans le texte, de donner
toutes les variantes de formes de Toriginal latin et de la traduction
provençale, enfin, autant que possible, de retrouver ces uoms de
lieux dans la toponymie du temps ou de les identifier avec des localités
encore existantes, ^e que Von reprochera surtout à M. Kempe, c'est
d'avoir ainsi compris et limité son sujet. L'élément local a, dans la
composition des Gesta une telle importance, que l'étude des noms de
lieux cités pouvait nous aider à mieux comprendre l'œuvre et aussi à
mieux connaître son auteur. Elle eût permis de prouver ce que Ton
s'était surtout borné à affirmer, à savoir l'exactitude des descrip-
tions et la connaissance qu'avait l'auteur du pays où il fait mouvoir
toute son action. Un autre trait intéressant à signaler, c'est son em-
barras à trouver pour les lieux qu'il cite et qu'il connaît surtout sous
leur nom vulgaire et provençal la forme latine exigée par la rédac-
tion en latin de son récit. 11 se traduit parfois par une diversité de
formes si étranges qu'on ne sait si certaines ne sont pas vraiment
fautives; parfois encore l'auteur se borne à donner une terminaison
latine à la forme provençale, parfois enfin, il la transcrit telle quelle.
D'autre part, il eut été curieux de voir comment l'auteur de la tra-
duction provençale traitait à son tour ces noms latins ou pseudo-
latins. Parfois, ils disparaissent totalement dans le passage du latin au
provençal, et si, dans certains passages, cette absence peut s'expliquer
par un désir manifeste d'abréger le récit, dans d'autres il est cer-
tain que le traducteur les a omis consciemment, parce qu'il ne les
reconnaissait pas. Ailleurs encore il se borne à les transcrire tels quels ;
parfois enfin, il les déforme de telle façon, qu'il est certain qu'il ne
sait pas de quelles villes ou de quels pays il s'agit. Il y avait là des
comparaisons curieuses à faire et des remarques intéressantes
qu'on regrettera de ne pas trouver dans le livre de M. Kempe.
Ce travail, tel que l'a conçu son auteur, est, somme toute, satis-
faisant '. On ne relèvera dans sa liste ni omission, ni lacune im-
> On reprochera cependant à M. K. de n'aroir pas appnrté un soin
suffisant à la composition matérielle du liyre et à la correction de ses
BlËLIOaRAPÛIE 3Ô3
portante et ses identifications^ dont du reste la plupart s'imposaient,
sont en général vraisemblables. Il n*est que juste d'ajouter que le
travail avait été en partie préparé par M. Schneegans et que M. Kempe
a utilisé les indications réunies par lui pour les préciser parfois et
surtout pour les compléter.
P. 21-22 à propos du nom d^Albarms M. K. pense que Tidentifica-
tioQ avec la Chaîne des Âlbères ne s'impose pas et qu'il peut s'agir
tout aussi bien du petit village d'Albôre (dép. des Pyrén.-Orient. ,
arr. de Céret, cant. d'Argelès). Mais il faudrait d'abord attester au
treizième siècle Texistence de ce village. De plus, la façon dont le texte
latin désigne cet endroit ubi vocaiur ad Albarras indique que c'est
une dénomination imaginée par l'auteur pour indiquer un défilé, un
passage conduisant vers les Albères. Au surplus, le village actuel
à'Albère est trop à l'écart de la route de France en Espagne, que
l'auteur du récit fait évidemment suivre à l'armée de Charlemagne.
P. 31. M. K. déclare qu'on ne voit pas de quel Clarum MonUm il
s'agit à la ligne 2631, et il nous laisse le choix entre Clermont-Fer-
rand et un chef-lieu de canton du Tarn-et- Garonne, appelé de nos jours
Monclar de Quercj. On ne s*explique pas ce doute, car le texte latin
indique expressément qu'il s'agit bien de Clormont en Auvergne.
« Misit autem,,.. in Alvemia apud Clarum Montem, »
P. 31. A propos de la ligne 2630, misit..,, apud Convenai'um, au
lieu de se demander s'il s'agit des habitants du comté de Comminges
en général, si l'auteur a pensé à Lugdunum Qmvenarum ou à Aquae
Convenarum^ M. K. eut mieux fait de déclarer le texte latin corrompu
et toute identification impossible.
P. 31 . M. K. réunit en un même article Caucolibrium dont il es
question à la ligne 2481, en provençal Cogliure, et une localité appelée
(L845 et 908) en latin CuUeria et en provençal Culieyra. 11 les identifie
toutes deux avec le village actuel de Collioure (Pyr. -Orient., arr. de
Céret, cant. d'Argelès). Si, pour la première, cette identification est
certaine, rien par contre ne la justifie en ce qui concerne la seconde.
épreuTes. Les fautes d'impression abondent dans son livre; en voici
quelques-unes, notées au cours de ma lecture, et qu'on voudra bien
corriger: P. 6, 5, lire Foncin au lieu de Foncier ; p. 20, 5, lire Agde au lieu
ài^Agda; p. 24, 16, lire /bron au lieude/brou; p. 25, 24, lire Aix-en-P.
et Aix-leS'Bains;-^. 31, 18. lire SaiUagouse;-p. 33, 8, lire ConstarUino-
politana; p. 42, 33, lire Limoux; p. 46, 27, lire cum au lieu de cam;
p. 54, 20, lire Petragoricensium ; p. 56, 19, lire Prohenssals; p. 56, 24,
lire Haynaborc; p. 58, 24. lire Bovinam ; p. 59, 19, lire destruxerunt ,
p. 63, 3i, lire Thomas ; p. 64, 32, lire paroccialis; p. 67, 3, lire Taug au
Ueu de Tuny.
ââ4 ËiBLioatiÀpmE
Au point de vue de la forme, le latin Culieria n*a rien de commun avec
Caucolihrium^ ni le provençal OuUeyra avec Cogliure, De plus, dans les
deux passages où il est question del rey de Oulieyra, il semble bien
qu'il 8*agit d'un roi sarrasin d'Espagne.
P. 46. L'auteur eut dû réunir en un même article ce qui concernait
Oarinus de Monteclario et Falco de Montesclario, Ce sont évidemment
deux personnages de la même famille et tirant leur nom d'une même
localité. Qu'en ce Garinus de Monteclario revive Qarin de Montglane
ou de Monglan, l'ancêtre de la geste de Guillaume, c'est ce qu'on
aurait déjà pu supposer avec vraisemblance, si le traducteur provençal
n'avait pris soin de l'appeler expressément de Monglan, Ce qui était
intéressant ce n'était pas de chercher, vainement d'ailleurs , à identifier
ce Monglan^ mais a retrouver le Montclar prononcé M'oncla{r)f qu'on
a pu ainsi substituer à Monglan prouoncé Mongla{n), L'auteur pense qu'il
8*agit encore ici de Montclar de Quercy. Il eut pu au moins mentionner
l'existence d'un autre ifon£cZar plus voisin de Narbonne et de Lagrasse;
c'est le village actuel de ce nom, situé dans l'arrondissement de
Carcassonne, canton de Montréal.
P. 55. Les noms de Prat-naout et Prat-vieil peuvent actuellement
servir à désigner une métairie sans qu'ils signifient, comme le dit
M. K., métairie haute et métairie basse,
Jules COULET.
OUVRAGES ANNONCES SOMMAIREMENT
Bailt (G.). — Variation en liber Roland 2074, 2156 = Beitr. z. rom. u.
engl. phil., Festschrift fiir W. Fœrster, s. 213-232.
M. Baîst cherche à préciser par divers moyens la date de la com-
position et le lieu d'origine de la Chanson de Roland. Il examine suc-
cessivement les noms des armes qui sont mentionnées dans le poème,
les noms géografiques, les noms etnografiques, puis la question de
la composition et des remaniements et il conclut ainsi : « Danach
wiirde sich ergeben, dass unser Roland von einem Normannen auf
franzischem Gebiet fur Francier nach franzischer Vorlage bearbeitet
-worden ist, im ersten Viertel des 12. Jh. ». Cet article est surtout un
travail de précision et il est émaillé de remarques fort intéressantes.
M, G.
Le Gérant responsable: P. Hameun.
LE PARLER
DE BAGNÈRES-DE-LUCHON
ET DE SA VALLÉE
INTRODUCTION
Nous nous proposons d'examiner ici le parler de Bagnères-
de-Luchon et de sa vallée. Nous avons pu Tétudier sur les
lieux mêmes, principalement à Saint-Mamet, depuis 1892.
Bagnères-de-Luchon est un cheMieu de canton du dépar-
tement de la Haute-Garonne. Sa population est d'environ
3700 âmes. C'est une charmante ville d'eaux thermales,
située au centre de la région pyrénéenne, dans une fraîche et
riante vallée qu'arrosent deux rivières, TOne et la Pique. Les
étrangers qui viennent la visiter se plaisent à lui donner le
nom de Reine des Pyrénées. Sa position géographique nous
indique déjà que son parler fait partie du dialecte gascon pro-
prement dit, qui comprend en gros, comme on le sait, tous les
pays situés entre l'Océan, l'Adour, le gave d'Oloron, les mon-
tagnes neigeuses et les cours de l'Arize et de la Garonne.
Dans le gascon ainsi défini, on peut maintenant distinguer
deux sous-dialectes, caractérisés par la forme de l'article. En
effet, tandis que les Gascons des plateaux et des plaines se
servent, comme les hahitants de la Guyenne, du Languedoc
et de la Provence, des articles masc. le ou lu^ fém. la ^ les
Pyrénéens du centre, depuis Oust, dans l'Ariège, jusqu'à
Lasseube et Aramits, dans les Basses-Pyrénées, se servent de
l'article masc. ez-, et ou etch (venant de illum et non de illûm,
et plus ou moins modifié dans sa finale), fém. ela ou eza. Le
' Voir au début de la première partie, pour Talphabet adopté.
XLv. — Septembre-Novembre 1902. 25
386 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
parler de Luchon appartient donc au sous-dialeote qu'on peut
appeler le gascon montagnard,
A leur tour, les patois du Haut-Comminges, de la Barousse,
de la vallée de la Pique et de TOne, de la haute vallée de la
Garonne ou du Gar, val d'Aran compris, et des vallées d'Aure
et de Louron forment, dans le gascon montagnard, un groupe
qu'on pourrait désigner sous le nom de groupe des Vallées
(comme comprenant en gros les « Quatre-Vallées») ou mieux
de groupe onésien (du nom des Onésiens^ anciens habitants du
pajs de Luchon, qui occupe le centre de cette région). Ce
groupe est limité au nord par celui que forment ensemble les
parlers du Bas-Comminges et du Nébouzan (Saint- Gau-
dens, etc.). Ceux-ci se distinguent des parlers onésiens par
remploi de Tarticle fém. ela (au lieu de eta)^ par des pluriels
en. -es de noms masculins terminés par une consonne (Ex.: u^
f ours », pi. ûses)^ etc.
On peut ensuite distinguer nettement, dans le gi oupe oné-
sien, le parler du canton de Luchon de celui des pajs immé-
diatement voisins. Il va sans dire que, du côté de 7énasque
{Sendsk), les Pj^rénées forment une limite décisive ^ Dans le
groupe onésien : 1* La vallée d*Aran, à Test, bien que pays
gascon, a subi assez profondément Tinfluence espagnole : ce
qui, ajouté à la diversité primitive, a amené des différences
notables dans le vocabulaire (Ex.: on dit en aranais: a kabàlh
« à cheval » ; kûchu a boiteux » ; gàstu a dépense» ; espantâ-s
c s'épouvanter »; kedâ-s a s'arrêter» ; on emploie le pronom
neutre 16 pour s6, etc.). D'ailleurs (et ceci encore rapproche
l'aranais de l'espagnol], Taranais a une tendance à préférer le
son u au son û (Ex. : brûcha « sorcière », luch. brûcho ; bezûnh
(( besoin » , luch. et larb. bejûnh) ; mais û existe cependant en
aranais (Ex. : ûa « une o, luch. yô^ larb. wà;artûtà «arrêter»
etc.). Enfin, l'influence catalane, elle aussi, s'est fait sentir
dans la vallée d'Aran, qui, comme on le sait, fait partie de
la Catalogne (province de Lérida, en catalan, Lhêyda) ^ "doxit
1 La Catalogne s'étend jusqu'au sud de la vallée d'Aran. La vallée de
Vénasque, au sud de celle de Luchon, fait partie de l'Aragon (province
de Huesca). Son parler est un parler de transition, à ce qu'il nous semMe,
entre le catalan et Varagonais.
ET DE SA VALLEE 887
elle occupe rextrémité nord-ouest. Ainsi, p. ex., le catalan
aime les gutturales, et Taranais dit agi, agéso, agût, au lieu
du luch. atoi, aioéso, at(;té/ (passé déf., imparf. du subj. et
part. pass. du verbe awé, a avoir ») ; digi, au lieu du lucb.
dichi ou didi (pass. déf. du verbe dide, « dire »), etc. — 2* La
vallée de Louron et la vallée d*Aure suppriment ij à la fin
des mots (Ex. : Ansizâ a Ancizan», Sarraykuli « Sarrau co-
lin »). Elles disent û âme « un homme » , comme le Béarn ;
à Luchon, on dit, au contraire, avec y gutturale, ûy âme:
prononcez presque ûng ôme\ (bien qu'on dise cependant, par
exception, ydwte «un autre», ce qui suppose *â àwte^ puis
* wâwte). Elles disent et- pour l'article masculin devant une
voyelle (Ex.: exr us « Tours» ; cf. à Oloron e^-aiolhê « le ber-
ger >). Elles emploient y pour j (Ex. : ywén a jeune » lucb.
jtoén). Ajoutons encore que 8 finale est conservée dans la
vallée d'Aure, là où le luchonnais la laisse tomber (Ex. : eza
Bu a Tavalanche » , luch. eta lit; sabéts «vous savez»,
luch. sabét ; pourtant larb. sabéts). — 3^ Enfin, au nord du
pays de Luchon S le parler de Marignac et de Saint-Béat,
très semblable au luchonnais, s'en distingue d'abord par
l'emploi fréquent de la terminaison tch là où le luchonnais
n'emploie que ^(Ex. : Sem-Byàtchy luch. Sem-Byàt, «Saint-
Béat»; y êtch anàtch? luch. y et anàt? «y êtes-vous allé?»)
A Luchon, le t final est simplement prononcé avec force; la
terminaison tch existe bien en luchonnais, mais elle n'y ré-
suite guère que du groupe 11 latin devenu final. De plus le
parler de St-Béat, termine, comme ceux de la Plaine, en -à,
•^s, 'on les mots terminés en luchonnais en -e, -es, -en (du
latin -at, -as, -ant) ; l'article féminin pi. y est ezas (luch. es);
«une» s'y dit ûo (luch. yô, larb. wà). Enfin il possède des
mots spéciaux {dawâtch a sous», luch. debàtch; umpyâ a rem-
plir», luch. emplyày etc).
Maintenant, dans le langage du canton de Luchon lui-même,
il y a une distinction à établir entre le parler de la vallée de
Luchon (ancien lac desséché), arrosée par la Pique, et dirigée
du sud au nord, et celui des vallées de Larboust et d'Oueil,
(1) Dès qu'on sort du canton, à Caziu-Layrisse, à Lège, à Guran, on
quitte le luchonnais.— La Barousse parle à peu près comme Saint-Béat.
388 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
arrosées par TOne et les Nestes qui la grossissent, orientées
de Touest à Test, plus élevées que la vallée de Luchon« moins
ouvertes pour ces deux causes aux influences du dehors, et
conservant, par suite, quelque chose de plus archaïque dans
la langue et dans les mœurs *. Le parler larboustois se sépare
du parler luchonnais proprement dit par plusieurs caractères:
P Le larboustois (ainsi que Taranais) conserve Ta final atone
du latin (féminins et impératifs terminés en a au lieu de o,
conditionnels en yà au lieu de yô, etc.), ce qui donne quelque
chose de plus naïf à ce langage; 2^ les noms, les adjectifs et
surtout les participes masculins font leur pluriel en t plus
souvent que dans la vallée luchonnaise ; 3*^ le son u est parfois
préféré au son û (Ex.: brûcka^ « sorcière»; à Luchon,^rwcAo);
ce caractère, comme le premier, rapproche le larboustois de
Taranais et de l'espagnol ; 4^ le vocabulaire a quelque chose
de plus antique et de plus proche du latin (Ex.: bam «danseru,
bas (c auge », kivéïo « corral », arrupa a robe », estaykà a arrê-
ter»; yêggwa «jument», pris au louronnais, etc.), et les mots
sont souvent moins modifiés que dans la vallée luchonnaise
(Ex.: larb. tivd a tienne », st()a «sienne », luch. tyô^ syô;
\a,vh, wâ «une*, \uch.y6 ou yà; larb. aketô «cela», luch.
akrô; cep. larb. pyà « pleine», luch. plyô; déniya «jusqu'à»,
luch. diykyo ou diyko; jàmès «jamais », luch. jamês\ nwàti
cnous autres», luch. nuzàwii^ etc.), ce qui contribue encore
parfois à rendre le parler plus doux. Mais, ces réserves faites,
le larboustois (étudié déjà, comme on le sait, par un savant
archéologue, enfant du pays, Julien Sacaze) peut être consi-
déré comme ne formant qu*un seul et même langage avec le
luchonnais ^.
Enfin, dans le luchonnais proprement dit, parlé par envi-
ron 6,000 âmes, c'est-à-dire par plus des deux tiers des habi-
» Voy. J. Sacaze, Epigraphie de Luchon, p. 4-6 ; Histoire ancienne de
Luchon^ p. 3-6.
« Nous aurons Toccasion de revenir plus d'une fois sur la compa-
raison du luchonnais et du larboustois. Cette comparaison sera plus
fructueuse, lorsque nous aurons remarqué les caractères distinctifs du
luchonnais pris dans son ensemble : les caractères spéciaux de chacune
de ses deux divisions pourront alors être mieux discernés des caractères
généraux communs à toutes deux.
ET DE SA VALLEE 389
tants du canton, peuplé d'environ 8.500 âmes, il convient de
mettre un peu à part les parlera de Gouaux, d'Artigue et de
Sodé, villages élevés situés sur le flanc oriental de la vallée de
Luchon. L* altitude et, par conséquent, Tisolement relatif de ces
villages, a conservé à leur langage quelque chose de plus ancien
(par exemple, on dit à Artigue eza did ou e^a diés, a le jour o,
en deux syllabes et fém. ; luch. ed dyô, larb. ed dyà; — on
dit atoji pour « entendre », b( pour «venir»), ce qui le rap-
proche un peu du larboustois. Cazarilh est aussi un peu à part,
par suite de sa situation élevée sur le flanc occidental de la
vallée de Luchon. Le parler de Luchon est à classer avec
ceux des villages du fond de la vallée, c'est-à-dire avec ceux
de Cier, de Salles, d'Antignac, de Moustajon, de Juzet, de
Montauban et de Saint-Mamet. Les différences sont minimes
entre tous ces parlers ; ils sont plus ou moins purs suivant les
villages* et quelquefois même suivant les maisons '.
Une chose tend, malheureusement, à altérer de plus en
plus le langage original de cette région : la grande vogue
dont jouit la station thermale de Bagnères-de-Luchon depuis
une cinquantaine d'années. La ville a doublé en étendue ;
ane foule de constructions nouvelles se sont élevées et la
la population a notablement augmenté, par suite de l'immi-
gration non seulement des gens de la vallée, ou même du
canton (d'où un certain mélange, à Luchon même, du parler
larboustois au parler luchonnais), mais encore des gens des
vallées plus septentrionales, de la Plaine ou de plus loin
encore; enfin, le contact des étrangers a fait négliger de plus
ea plus le parler local.
Une autre cause d'altération, importante aussi, c'est le dé-
part d'un grand nombre de Luchonnais pour les villes de la
Plaine, notamment pour les régions de Bordeaux et de Cette,
> Quelques mots difièent : ainsi, à Saint-Mamet et à Luchon on dit
plutôt urbi «ouvrir» que dawxi; ôéy « voir» que béde\ à Montauban
«traîneau» se dit, au lieu de tir, suték. Gouaux, Juzet, Montauban
parlent plus lentement que Luchon et Saint-Mamet.
' Certains parlent « serré », d'autres d'une façon plus lâche. Mieux
vaut le premier, sans exagérer. Le vocabulaire est plus ou moins archaï-
que et plus ou moins mélangé, suivant l'histoire do la maison.
390 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
le plus souvent à titre de petits employés. Quand ils revien-
nent (car ils gardent Tesprit de retour), ils ont un peu perdu
Thabitude de leur langage ; et leurs enfants peuvent ne savoir
que le français.
Ajoutons enûn Tinfluence de Técole, des journaux et des
livres ; mais elle est plus faible que celles du dépaysement et
des étrangers.
Malgré tout, si le langage de la ville s'est un peu corrompu,
celui des villages ne s'est pas trop altéré. Cela tient avant
tout au genre de vie de leurs habitants : pasteurs et agricul-
teurs, ils n'ont pas trop de rapports avec la ville, et peuvent
conserver ainsi la pureté de leur parler. Ce fait est resté
longtemps vrai de Saint-Mamet, dont la population devait
même habiter autrefois, dans le délicieux vallon de Burbe, un
village écarté, aujourd'hui en ruine, du nom de Simadûs,
D'ailleurs, les habitants de Saint- Mamet sont ceux qui res-
semblent le plus, à tous les points de vue, à ceux de Bagnères-
de-Luchon.
Les gens de Saint- Mamet et de Luchon sont remarquables
par leurs caractères physiques et moraux*. L'abbé Ferrère,
dans son ouvrage intitulé Une voix des montagnes^ publié
en 1869, s'étonne du « type singulier » des gens de Saint-
Mamet. a Depuis quelques années, dit-il (p. 110), il disparaît
peu à peu, à cause des nombreuses émigrations de la jeunesse.
Ce type faisait, de ce peuple de cinq cents âmes, quelque
chose à part, d'étonnant, d'impossible, quelque chose d'aussi
étonnant pour le moraliste que les rochers de granit d'Oo
pour le minéralogiste. On est à se demander d'où il vient.
Rien ne lui ressemble, ni à Luchon, ni dans les villages
voisins. Population unique, seule, isolée des autres comme
une île au milieu de l'Océan... . en dehors de tout mélange.
L'histoire est pour elle une page eâfacée Quoi qu'il en
soit, la pensée jaillit de l'esprit de ce peuple comme une
étincelle ; son langage est vif et saccadé ; il imite le torrent
dans sa course bouillonnante sur les rochers. Son caractère
* Voy. aussi ce qu'en dit Taine dans son Voyage aux Pyrénées. 11
trouve chez les Luchonnais quelque chose de plus vif, de plus alerte que
chez les populations voisines.
ET DE SA VALLEE 391
est pétri de salpêtre. Prompt à la colère et à la vengeance,
rien ne pourrait Tarréter. 11 est agile, fort, impétueux. Et ce
lion du désert, tout sauvage qu'il paraît, tout frémissant qu'il
est, a un cœur d'or. Quand iU aiment, c'est pour tout de bon;
ils ne font rien à demi. Pour leurs amis Us se feraient mettre
en pièces. Dès qu'il s'agit de leurs intérêts, ils ne forment
qu'une famille compacte, et qui insulte l'un d'eux, insulte le
village tout entier.» L'auteurde ces lignes n'était pas unhomme
étranger au pajs : pour être ainsi frappé du caractère des
gens de Saint- Mamet, il a bien dû y trouver quelque chose
d'original. Il va trop loin néanmoins à notre avis, en distin-
guant aussi profondément qu'il le fait la population de Saint-
Mamet de celle des autres villages et surtout de celle du vieux
Luchon, à laquelle elle est, aujourd'hui du moins, physique-
ment et moralement semblable.
C'est donc des Luchonnais en général que nous dirons ce
que dit Ferrère des habitants de Saint- Mamet. Il y aurait ici
une importante question ethnographique à élucider, à l'aide
de mesures anthropométriques précises. Les remarquables
travaux de M. Collignon sur l'ouest et le sud-ouest de la
France s'arrêtent à la vallée de Liouron. Ils ont révélé déjà
que, tandis que les habitants de la plupart des hautes vallées
des Pjrénées (Pyrénées Orientales, et Pyrénées-Occiden-
tales du pays Basque exclusivement à la vallée d'Aure inclusi-
vement) sont assez dolichocéphales, ceux du pays de Lanneme-
zan et de la vallée de Louron sont très nettement brachycé-
phales, et se rattachent ainsi, avec la plus grande partie de la
Gascogne (malgré quelque chose de plus allongé dans la face),
aux types du Plateau -Central, de la Bretagne, et, en somme,
à la grande masse de la population française. M. Bertrand,
dans ses études celtiques, classe le centre des Pyrénées dans
les pays brachycéphales. Mais il doit y avoir sans doute ici
des distinctions à faire. De même que la vallée d'Aure est
plus dolichocéphale que celle de Louron, de même le Larboust
est probablement plus dolichocéphale que la vallée de Lu-
obon. En tout cas, dans le Larboust, à côté de figures assez
carrées, on trouve des faces remarquablement longues;
dans tous le pays, les faces rétrécies vers le bas et les men-
tons pointus sont fréquents. Pour les habitants de Saint-
392 LE PARLER DE BÂGNÈRES-DE-LUCHON
Mamet, de Luchon et de sa vallée, ils doivent être, à en juger
par Taspect extérieur, nettement brachjcéphales. Le tjpe
observé par Ferrère a la taille haute en général ; il est plutôt
blond que brun ; la tète est assez petite relativement au corps,
le cou assez court ; le front est large, découvert, un peu
fuyant ; le sommet et Tarrière de la tête sont assez déve-
loppés ; les jeux sont gris, le nez droit ou aquilin, le corps
un peu sec et les jambes longues. Ce type se retrouve, avec
quelques nuances et un certain mélange à un autre type
plus petit et plus brun, à Luchon même et dans tous les
villages de la vallée. On voit combien il se rapproche du type
dit celtique; ce qui concorde avec les découvertes d*objets
et de monuments préhistoriques faites dans le pays (travaux
de MM. J. Sacaze, Piette et Gourdon). On peut donc penser
avec M. Luchaire, que les Celtes s'avancèrent dans les
Pyrénées plus avant qu*on ne le croit d'ordinaire {alongius
opinio e processerunt Yi) et qu'ils influèrent profondément sur
cette région. Sans doute , ce quelque chose de plus allonge
et de plus un que présente la physionomie des Luchonnais,
comparée à celle des habitants du Plateau -Central, dénote
quelque mélange avec les Ibères *; sans doute^ la langue bas-
que explique un grand nombre des noms de lieu du pays.
Nulle part cependant dans les Pyrénées il ne doit y avoir
plus de sang celtique que dans la région centrale, dont Lu-
chon fait partie.
Ces remarques sur la race, le tempérament et le caractère
des gens qui parlent le langage que nous devons étudier ne
nous seront pas inutiles; elles nous permettront d'expliquer
plusieurs des particularités qu'il présente. Contentons-nous,
t Nous employons dans ce travail (bien qu*on ait contesté que les
Basques fussent les descendants des anciens Ibères proprement dits, et
qu'on ait supposé, d'autre part, que la langue qu'ils parlent aujourd'hui
pouvait ne pas leur appartenir en propre, mais avoir été empruntée par
eux, soit aux anciens Ibères, soit à d'autres) les mots Ibère et ihérUn
pour designer, au point de vue de la race, une race semblable à la race
basque, et, au point de vue de la langue, une langue de même famille
que la langue basque. (Voy. l'étude de M. GoUignon sur les Basques).
— Celtihérien signifie par conséquent aussi chez nous, aux deux points
de vue signalés, celto-basque.
ET DE SA VALLEE 393
pour rinstantf de faire ressortir que nous avons affaire ici à
une population originale et énergique. De là un langage vif,
contracté, expressif. C'est à Saint-Mamet et à Luchon qu'on
Tarticale le plus nettement; c'est là qu'on le parle avec le plus
de force et dans le rythme le plus rapide.
Nous avons donc déterminé la place du luchonnais dans la
langue d'oc et le dialecte gascon, et indiqué le caractère de
ceux qui le parlent. Il nous resterait à en faire Thistorique.
Bornons-nous à dire que son histoire se confond, dans ses
grandes lignes, avec celles du gascon. Le luchonnais s'est dé-
veloppé suivant les mêmes lois internes (voy. la Phonétique
et la Morphologie)^ et, d'une façon générale, sous les mêmes
influences externes (voy. surtout la Lexicologie), Nous aurons
d'ailleurs plus d'une fois l'occasion, dans la présente étude,
de mettre en lumièrd les transformations qu'il a éprouvées.
Venons-en donc à son examen direct. Voici Tordre que
nous allons suivre :
1* Nous étudierons d'ahord les sons du luchonnais, et nous
nous efforcerons d'indiquer les principales lois phonétiques
qui les ont produits et qui les gouvernent encore.
2* Nous passerons ensuite à l'étude de son lexique, exami-
nant successivement l'origine, la formation et la signification
des mots qui le constituent ;
3^ Nous arriverons enfin à l'examen de sa morphologie et
de sa syntaxe^ à l'occasion des diverses parties du discours.
Il nous restera, pour conclure, à envisager du point de vue
littéraire le parler de Bagnères-de*Luchon.
304 LB PARLER DE BA6NERES-DE LUCHON
PREMIÈRE PARTIE
PHONÉTIQUE
Dans Tétude des sons du luchonnais, par laquelle nous
commençons, nous examinerons successivement: 1^ quels lia
sont; 2° quelle est leur origine, comment ils se sont foroaés ;
3® quelles modifications ils éprouvent dans leurs rencontres
actuelles.
Dès cette première partie, nous pourrons voir comment
ceux qui parlent ce langage ont su le marquer à leur empreinte.
REVUB GÉNÉRALE DES SONS DU LUCHONNAIS
Il y a lieu de distinguer ici les voyelles d*une part, les semi-
voyelles et les consonnes de Tautre.
V Voyelles
Nous examinerons d*abord leur timbre, puis leur accentua-
tion et leur quantité.
A) Timbre des Voyelles
1) Voyelles pures, — Il y a en luchonnais huit voyelles pures :
1*^ Fondamentale: a plus ou moins ouvert *. Ex. : mas,
makâ.
ï Cependant a et à sont assez rapprochés l'un de l'autre pour que
nous puissions nous dispenser, dans tout ce qui suivra, de les distin.
guer.
ET DE SA VALLEE 395
2* Lourdes : d (o ouvert), o (o fermé), et u (ou français).
Ex. : tas ; dyô^ kàzo ; sus.
3" Légères : e (e ouvert), e (e formé), et i (i français).
Ex. : mes ; arréSy se'cê; bi; ^ auxquelles il faut ajou-
ter : â (u français), léger comme t, mais labial comme u.
Ex. : dûs.
Les voyelles à^ ô et è sont un peu plus ouvertes que les
voyelles françaises correspondantes ; o est un peu plus près
de b qu'en français, c*est-à-dire est plus ouvert que To français
(c'est un son le plus souvent issu récemment de o ou de a) ; â
est, semble-t-il, plus près de i qu*en français (Cf. plus loin les
semi- voyelles). — Les voyelles o ouvert et ô fermé n'existent
point en luchonnais ; mais les Luchonnais les prononcent
dans les noms propres français.
2) Voyelles nasales. — Il y a en luchonnais sept voyelles
nasales :
P Fondamentale : ay^ plus ou moins ouvert. Ex. : mây^
maykà.
2" Lourdes : ôy et uy, Ex. : tôy; sûy.
S* Légères : èy^ ey et iy. Ex. : mêy ; arréy^ ^^yg^] àiy ; —
et ûy, Ex. : ûy.
Les voyelles nasales correspondent, on le voit, aux voyelles
pores: seul, o fermé ne donne point de nasale. En français
n'existent que ay^ éy, ôy ; et ôy (avec ô ouvert) qui manque
en locbonnais comme o.
Les voyelles nasales luohonnaises se distinguent des voyelles
nasales françaises par une prononciation assez différente. En
effet, quand on les entend prononcer, on perçoit (surtout
lorsqu'au lieu d'être suivies d'une gutturale, elles sont suivies
d*une voyelle) un son particulier, dû à un mouvement du
palais* et que Ton peut appeler une n gutturale (son qui man-
que en français et que nous désignerons par le caractère y).
Ainsi, quand on prononce ûy âme « un homme», on entend
^ ' C'est l'énergie du son y qui explique sans doute les formes iéyge
• tenir», béyfje < venir », piygulàs « grand comme un pin », où un .(/s'est
inséré après w«
396 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
presque ûng ôme^. — Cependant, il faut reconnaître que la
prononciation des voyelles nasales luchonoaiseâ, surtout quand
elles ne sont pas suivies d'une autre voyelle, n'aurait qu'à
s'affaiblir un peu pour rejoindre la prononciation française.
C'est à peu près ce qui arrive dans certaines rencontres ' ;
on prononce avec une y assez douce : % tchtbdw, ûij tsala-
bdnt; y est ici, à l'égard de y devant une gutturale ou une
voyelle, à peu près ce qu'est k devant e ou î à /: devant a, o
ou m; — mieux encore, on dit ûm pàs^ un dit, et un fort (ce
dernier sans n sensible), mais dans ces trois exemples on a
un û nasal prononcé comme les nasales françaises. (La véri-
table notation serait donc w"m pas, w'n dit, û* f^^O' Ajoutons,
enân, qu'on sent une légère nasalisation dans la voyelle qui
précède nh finale (Ex. : bdnh «bain»), et les groupes nd, nt
ou ns (Ex.: arréndo^ «rente» ; sent, c cent»; méns^ « moins »);
mais n se fait entendre.
En tout cas, l'existence de voyelles nasales dans le luchon-
nais le rapproche du français plus que bien d'autres parlers
méridionaux '. Seulement, ce sont plutôt des nasales guttu-
rales, et elles sont prononcées en ouvrant la bouche plus
qu'en français.
B) Accentuation et quantitr
1) Accent d'inlemité et diphtongues,
1*) Toutes les voyelles luchonnaises peuvent être toniques
1 En français même on a écrit autrefois aun» ung; mais, selon Dar-
mesteter, simplement pour distinguer vn de vu. — - La différence entre
les voyelles nasales françaises et les voyelles nasales luchonnaises est
indéniable, comme le montre ce fait que (sauf sMl s'agit d'un mot terminé
par un suffixe existant déjà en luchonnais, comme -tion, luch.-^ytéi^) la
nasale française ne donne pas une nasale en luchonnais : Ex. : fr. moyen,
luch. muyén\(T, chirurgien, luch. sûrjén.
* Voy. ci-après, dans les rencontres des consonnes, les assimilations
des nasales.
3 En montalbanais, p. ex., y n'existe pas entre deux voyelles, mais
seulement (et affaiblie) devant des gutturales. On remarque pourtant
comme une y prépalatale à la première personne du singulier du par-
fait de l'indicatif des verbes. Ainsi, kantêi «je chantai », hetséi « je vis »,
se prononcent presque kantéyi, betséyi. Les autres personnes bnt après
une gutturale. Cf. Luchaire, Idiomes pyr,, p. 225.
ET DE SA VALLEE 897
OU atones. Les voyelles ouvertes peuvent être atones (Ex. :
pour dy larb. à : eskûtô*to «écoute-le», larb. eskûtà-w; pour
è, roccasion ne se présente guère que dans des proclitiques :
k'e dit <( j*ai dit » ; le larb. dit pourtant ^dinés a jamais »).
2') Il n'y a point en luchonnais de véritables diphtongues ;
chaque voyelle fournit une syllabe. Il y a seulement des com-
binaisons des voyelles avec les semi- voyelles w^tù et y. Seul
w ne peut se trouver devant une consonne, ni à la an des
mots, ni entre deux voyelles. Quand w et y se trouvent devant
une consonne, iU appartiennent à la syllabe précédente;
devant une voyelle, à la syllabe de cette voyelle. Ainsi on
dit dato\xâ « dorer» ; on disait kaio\fiâ « chauffer » ; mais on
dit aujourd'hui ka\v)â. De même ay\mà « aimer », mais 6^1 ?/d
« je voyais » .
3*^) L'accent d'intensité est susceptible de deux degrés :
ainsi, dans les mots un peu longs, il y a souvent un accent
principal et un accent secondaire. Exemple: nétotùùt «nour-
riture ».
Nous ne marquerons que l'accent principal {netotitût).
Tous les mots portent l'accent principal d intensité seule-
ment sur la dernière ou l'avant dernière syllabe. Pourtant
Texistence de Taccent mélodique fait qu'il y a des mots non
seulement oxytons et paroxytons, mais encore perispomènes,
et même propérispomènes. (Voy. ci-après bas prononcé bàas,
FiêSf fiées, et fiàse, Pidase). Il y a là comme une transition vers
l'espagnol, qui connaît les proparoxytons ou esdrujulos.
L'accent d'intensité est assez fort en luchonnais pour qu'il
fût possible, si Ton voulait, d'y faire des vers fondés sur cet
accent, comme en espagnol parfois, en anglais eten allemand.
Par là, le luchonnais se distingue du français, et des patois
de la Plaine, assez plats, si l'on peut dire, à cet égard, et se
rapproche au contraire de l'espagnol.
2) Quantité des voyelles.
Les différences de quantité des voyelles latines, on le sait,
se sont transformées, dès le latin populaire, en différences
de timbre (ainsi é a donné é, è a donné e, etc.). Les diffé-
rences de quantité des voyelles romanes ont donc une autre
398 LE PARLER DE BÂGNERES-DE-LUGHON
origine : avant tout, mais non uniquement \ la présence ou
Tabsence de Taccent d'intensité. La quantité des voyelles est
bien plus apparente en luchonnais qu*en français et même
que dans les parlers de la Plaine. Les vojelles qui portent
Taccent dMntensité sont longues en général, les voyelles
atones en général brèves ^. Les voyelles ouvertes sont tou-
jours longues, quand elles sont accentuées. Signalons enfin
Texistence, en luchonnais, de Ve fermé long (inconnu au fran-
çais, selon Darmesteter ^, mais connu à respagnol)Ex.: Dyéic
« Dieu » .
3) A ccent mélodique.
L'accent d'intensité ayant remplacé Taccent de hauteur ou
accent mélodique, celui-ci, comme en français, flotte sur la
phrase, se pose sur les mots expressifs, interrogatifs , excla-
matifs, etc., et toujours (comme en latin, et malgré sa
mobilité) sur une voyelle accentuée ^. Il faut remarquer
pourtant qu'en luchonnais la voix peut monter et redescen-
dre sur une même voyelle longue, principalement dans les
mots qui terminent les phrases. Soit Tadverbe jà a oui,
certes, déjà » terminant une réponse. Ex. : jay bâw, j'â
«j'y vais, certes ». Il se prononce avec a long, porte
Taccent d'intensité et l'accent mélodique, ce dernier très
semblable à ce que devait être l'accent mélodique circonflexe
du grec et du latin anciens ' : on dit presque jâa^ , la voix
s'élevant sur le premier a, s'abaissant sur le second, de
1 Voyez plus loin la diphtongaison des voyelles libres.
> Mais si Ton crie par exemple à quelqu*un : ^pàHiht! c écarte-toi U^à
est long, bien qu^atone. Dans kàp « tête », a est long ; mais dans kap
(négation), il est ordinairement atone et bref.
* Cependant dans « aimé- je >, il semble bien que é est long.
^ Si Ton crie : 'pàviô-tl à peut être assez allongé, dans cette exclama-
tion pour porter lui aussi Ta ccent d'intensité. L'exception confirme donc
la règle.
^ Si Taccent circonflexe mélodique ancien peut ainsi se retrouver dans
le luchonnais, cela tient évidemment à la netteté avec laquelle les voyelles
toniques et longues se distinguent dans ce parler des voyelles atones et
brèves.
« De là Torthographe française « (5o » pour le village d'O. Cf. sans
doute les noms béarnais Puyôo, Morlaas, etc.
ET DE SA VALLÉE 899
manière à mettre entre les deux tons Tintervalle d^une tierce
environ ^. C*est de même qu*on prononcera, en employant
parfois à moduler la vojelle plus d'une seconde, siî pour si
a si, oui»; de sées pour de ses «le soir» ; pratobôàtl pour
pratobôt/ «pauTretl»; et, bien qu'un peu moins, bàas, âêè^
Hàase dans ta-um bas? «où vas-tu?», ke buiett âê? «que
voulez-vous faire? » et ke bulék ke fiàse? « que voulez-vous
qu'il fasse?». — Le parler luchonnais est par suite un peu
chantant. Remarquons cependant que le langage de Saint-
Mamet et de Luchon traîne moins sur les vojelles accen-
tuées que celui des villages voisins.
Cet accent mélodique n'a pu être hérité du latin classique
parle luchonnais, car le latin populaire avait déjà transformé
l'accent mélodique du latin classique en accent d'intensité
avant même son introduction dans les Qaules ; il a donc
été refait par le luchonnais, ou mieux par le gascon en géné-
ral. A quelle époque ? Ne serait-ce pas dès l'adoption du
latin par les anciens Gascons, qui auraient chanté le latin
populaire sur le modèle de leur langue propre ? En tout cas
presque toutes les influences linguistiques voisines tendent
à combattre cet accent chantant du gascon. Seuls, les Basques
ont dans leur langue de semblables mélopées.
En résumé, pour les voyelles luchonnaises :
Pas de sons assourdis, ni de sons voilés, mais dea 8ons
francs, larges, ouverts ; pas d'hésitation pour l'accent d'in-
tensité, pas de diphtongues proprement dites, mais des coups
nettement frappés ; enûn, une quantité variée, et des diffé-
rences d'intonation, analogues à ce que devait être l'accent
mélodique des anciennes langues indo-européennes, et sans
doute aussi ibériennes.
2*^ Consonnes
Nous examinerons d'abord leur articulation, puis leur
groupement.
1 Quelquefois cependant la voix monte au lieu de descendre : ainsi, si
de ses se trouve au milieu d'une phrase, bien qu'entre deux virgules ;
mais remarquons que dans cette modulation nouvelle de de sées le pre-
mier e conserve l'accent d'intensité.
4 00 LE PARLER DE BÂGNÈRES-DE-LUGHON
A) Articulation dbs Consonnes
Il 7 a en luchonnais vingt-trois consonnes, dont voici le
tableau :
1® Semi- voyelles y, ta, et w; sourdes (après une consonne),
ou sonores.
2* Gutturales P sourde *; j f ^^^^^^ ^' ,
( 3" sonore nasale */,
3* Chuintantes V sourde ch ; 2** sonore / \ ® ^
4* Liquides 1» sonore / ; 2* so- g s S
nore mouillée Ih, I'bZc
5*» Vibrantes P forte r ; 2" douce z. / a ©-S
( 2^ sonore a: > *s.S
6** Dentales 1® sourde (; < 3* sonore nasale n;[ c-f S
( 4* son. nas. mouill. i g « ®
7** Sifflantes !• sourde s: 2*> sonore z. ïnk. ^5-i
8* Labio-dentale sourde f. / *2 "
oo T u- 1 i« j 1 2* sonore A;
9** Labiales P sourde »; j o« i
^ ' f 3* sonore nasale m.
W Soufflante /i.
Passons à un examen plus spécial :
1) Semi-voyelles.
La semi-vojelle w est, par son timbre, plus loin de to et plus
près de y qu'en français. — Les semi-vojelles y eito ont, la
première, un caractère palatal, la seconde (comme w aussi)
un caractère labial marqué. Elles sont donc assez consonnes
pour ne former, avec les voyelles, que des diphtongues im-
propres, comme nous Pavons vu.
2) Muettes.
B^ g, d ont un son plus doux qu'en français quand ils se
trouvent entre deux voyelles ou au début d'un mot précédé
d'un autre terminé par une voyelle ; ce sont même plutôt des
tt moyennes » comme J3, 7, S dans le grec ancien, ou mieux
des affriquées, presque des spirantes, comme le d (D barré
ET DE SA VALLEE 401
des inscr.) et probablement le g et le b du celtique, car
Tocclusion j est tout à fait douce et faible, et suivie d'un
léger souffle. J. Sacaze a noté par ^A et dh ces sons plus doux
de ^ et de £f (Ex.: maghe^ cadha) ; il faudrait alors noter bh,
le son correspondant de b : son assez proche, non pas de v
français (qui est labio-dental comme f française), mais de v
proprement dit ou bilabial, mais plus doux pourtant. De ces
sons doux, le plus manifeste est celui de t;^ ; on le produit en
plaçant la pointe de la langue contre les incisives supérieures,
un peu plus bas qu*en français: d*où une affinité assez grande
avec z luchonnais, et des tranformations possibles dans les
deux sens, de dh en z et de z en dli. Le Larboust a pour dh
une prédilection plus grande que la vallée de Luchon.
Au début des mots, les sons bf g, d, quand ils ne sont pas
précédés d'une vojelle, sont à peu près semblables, quoique
plus doux, aux sons français correspondants, c*est-à-dird
sont occlusifs. B^ g. d ne sont jamais ûnaux.
Quand 6, g^ rf, et de même p, k, t ont contraint à Tassi-
milation (voir plus loin) la consonne précédente, de façon
à produire les groupes bb, gg, dd^ pp, kky tt^ la première de
ces muettes est implosive, la seconde explosive. Ex.ieppà^
«le pas», kaddêt a cadet », etc.
Les sourdes p, kj t, surtout à la fin des mots, sont pronon-
cées avec force et suivies d'une expiration assez sensible.
Ex. : ed dit « le doigt » : prononcez à peu près ed dith ; ep pik
« le pic» : prononcez à peu près ep pikh. C'est là ce qui expli-
que Torthographe, en français, des noms propres « Barthe »
(luch. Bârto)^ « Cathervielle » (luch. [Katerbyêlo), « Néthou »
(luch. 'A^é/u), etc.*.
Comme en français, et d'une façon plus sensible, les sons k
et g se prononcent d'une manière prépalatale très marquée
devant e, t, y, et aussi devant u; et à ; ce qui les rapproche
des dentales ^ et des chuintantes. En revanche, devant a, ils
se prononcent à peu près comme devant o et Uy ou comme
quand ils sont isolés : ce qui n'est point étonnant, a se pro-
^ Et sans doute aussi des mots béarnais Préchacq, Orthez, etc.
t C'est ce qui explique qu'on ait pu avoir, en larb. déntya « jusqu'à m ,
luch. dif/kyo; et à Saint-Béat tyô! < vraiment I > luch. kyô,
26
402 LE PARLER DE BÂGNËRES-DE-LUGHON
noDçant en luchonnais en ouvrant la boache plas qu'en fran-
çais *.
3) Nasales.
Les sons m et n sont respectivement très proches des sons
6 et cf ; ce qui explique, comme nous le verrons, la suppres-
sion fréquente de b après m, de d après n; ce qui explique
aussi que dans Tintérieur de certains mots d ait remplacé n '
(Ex.: maiàt «contenu de la main», s. d. pour ^fnanât)\ et
qu*on ait pu prendre b initial pour m (Ex. : Malibyêmo par
erreur pour Balihyêmo t Valibierne 0 ). Nous avons déjà dit
que le son y^ particulier au luchonnais, est une gutturale
sonore nasale. Le caractère guttural est marqué surtout entre
deux voyelles. Il explique que y ait parfois appelé g, (Ex. :
piygulâs de pîy : voy. ci-dessus). Le son ff ne se redouble
pas, en fait, bien que son redoublement ne soit pas phonéti-
quement impossible. — Quand m, n ou 9^ sont placées devant
une muette, elles ont un caractère implosif.
4) Liquides et mouillées.
Le son / est articulé d'une façon plus dentale qu*en français,
ce qui explique en partie des formes comme dentillies « len-
tilles» de lenticulas; dichà^ pour lichàtt laisser» de laxare;
ce qui explique aussi sans doute le passage du groupe 11 latin,
devenu final, à M, puis à l mouillé et enfin à tch (Voy. plus loin).
L peut se redoubler ; dans le groupe //, la première / est
implosive, la seconde explosive, mais cela est moins visible
que pour 6, d, g^ />, k^ t^ et même m ou n redoublés.
Les sons Ih et nh sont très nets ', tandis qu'en français Ih
tend à disparaître et qu*en provençal il a disparu, se rédui-
sant, dans ces deux langues à y ^. Ils peuvent commencer ou
finir un mot, se redoubler (Ex.: elhlhewâ « enlever»), même
être suivis de y (Ex.: ke mus planhyâm « que nous nous plai-
1 Ce qui explique aussi Thistoire du c latins devant a, en luchonnais.
'Voy. ci-après, dans C), pensa prononcé presque pentsa^ et minjà
mindjày ce qui tient à la fois à n et aux sifflantes et chuintantes.
3 Cf l'espagnol. Ces sons mouillés existent aussi dans le basque et
dans les langues celtiques modernes (1 et n mouillées en breton, 11 ini-
tial en gallois).
* Cette réduction est tout à fait exceptionnelle en luchonnais. Pour-
ET DE SA VALLEE 403
gnions »). Parfois ils tendent à se confondre (Ex.: sélh c sceau «
pour sénhf de signu ; estrâlh ou estrânh « étrange » de extra-
neu ; satoanhûy à côté de sawalhûy ou sugalhûy ctœuf de mou-
che »)•
En luchonnais, m mouillée n'existe pas ; cependant, on est
tout près de Tavoir dans des formes comme semyi « je sème »,
amyi ce j'amène » (cf. montalb. kuntûmyi «je continue»); mais
on dit plutôt semi^ ami.
5) Vibî'antes.
Les vibrantes % et r sont toutes deux dentales, comme dans
le pays d'oc occidentaux.
Pour prononcer Zy la langue frotte légèrement de sa pointe,
d'arrière en avant, contre le palais antérieur, juste derrière les
gencives des incisives ; pour prononcer r, elle se place à peu
près au même point, et vibre sans se déplacer, produisant
plusieurs vibrations, tandis que x n'en suppose qu'une.
Lorsque, dans un groupe où r est la seconde consonne, r
s'afifaiblit en r, une voyelle vient se placer devant elle ^ C'est
ainsi que griôi a espèce de cerise s, donne ge%yôt\* arbrilhôt
« arbrisseau », arbexilhôt ; arrebugrit a rabougri », arrebugexit ;
*kabrê (anc, forme pour krabê « chevrier»), Kabatê (nom de
famille); Kabryéwles ou Krabyéwles (nom de lieu), Kazabyétoles;
fabriko «fabrique ou fonderie », faba%îko\*librày%e «libraire »,
libecàyte, etc. En général cette prononciation est vicieuse ;
cependant on dit couramment arbeulhôt^ libezdyxe, peut-être
sons l'influence des mots ârbe « arbre », et libe « livre ». —
Un étranger confond facilement z et /; % ne peut être redou-
blée, ou du moins ne se redouble pas.
Lorsque r se redouble, la première r est implosive, si l'on
peut dire, la seconde explosive ; r se redouble toujours, comme
nous verrons, au début des mots (alors elle est précédéa
d'un a) ou entre deux vojelles. Isolée, elle ne peut se trouver
qu'après A, ^, t, d, p, b, et quelquefois n (Ex. : enrasinâ «en-
tant ih est passé à y dans suléy a soleil • pour * suléih ; et dans le mot
larboustois pyà « pleine », pour "plhà^ de * plyà^ luch. plyô.
1 En d'autres termes, ^ ne peut être la seconde consonne d'un groupe.
Voy. ci-après B) 2), et plus loin, dans II, 2, l'influence de certaines con-
sonnes sur les voyelles et les groupes combinés initiaux.
404 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
racinero) ; mais elle peut précéder toutes les consonnes, sauf
y et H; elle est un peu plus douce devant ^,y, /, /A, d, n, nA,
3, b, m, et quand elle est finale.
6) Sifflantes et chuintantes.
Le son z permute assez souvent avec le d doux ; pour le
prononcer, la langue descend vers les incisives plus qu*en
français, ce qui le rapproche un peu de la zêta ou du ce espa-
gnols.
Le son s est prononcé avec force et se rapproche un peu
du cA, qui Ta même parfois remplacé (Ex.: may-chi a mAÏs oui »;
medechiy « médecin » ; adkhât pour aDyéw syàt, n adieu i> ;
voj. plus loin). Il j a ici des nuances; par exemple s est plus
douce dans Benàsk a Vénasque », eskdy c échoir», arribâts
a arrivés » que dans et sânt a le saint » ou sent « cent ». Devant
g y l, df n^b^niy c'est z que Ton a, et non s (Ex. : ezgaxât^ ezlar-
rat, ezientegàt^ eznusyént, ezbait^ ezmurdachât). Le caractère
dental des sons s et z est très sensible après n (Ex. : pensa,
« penser» ; prononcez presque pentsâ) et dans les assimila-
tions comme nous le verrons.
Les sons; et ch sont plus mouillés qu'en français ; certains
même prononcent ; presque y et ch presque comme le ch doux
allemand. Cette prononciation rappelle le béarnais. Ce n'est
pasàLuchon la bonne prononciation, mais elle ne fait qu*exa-
gérer le caractère que nous indiquons. Ce caractère mouillé
tient d'ailleurs à ce que la langue, pour prononcer les sons /
et ch, se rapproche plus des incisives en iuchonnais qu'en
français; rapprochement qui se produit d'une manière géné-
rale, comme on a pu le voir par les remarques précédentes,
pour toutes les consonnes dentales ou apparentées aux den-
tales (liquides, vibrantes, sifflantes et chuintantes). Le carac-
tère dental du 7 et du ch est très visible, quand ils commen-
cent une phrase ; il se manifeste encore nettement après n
(Ex. : minjà « manger »; prononcez presque mindjà) et dans
les assimilations , comme nous le verrons. L'existence des
sons y et ch en Iuchonnais rapproche le Iuchonnais du fran-
çais plus que d'autres patois d'oc, qui disent, au lieu de/, dz^
et au lieu de ch, ts.
Les sons z, s, j, ch peuvent être redoublés fEx. : duz zefir
ET DE SA VALLEE 405
« doux zéphir », essexejà a vanner » ; dejjûnhe « détacher du
joug n, echchût « sec »).
7) Les sons f et R.
Le son latin f a dû être prononcé parles Gascons comme/*
bilabiale, et non labio-dentale ainsi qu'en français; de là son
passage régulier ultérieur à^. Actuellement,/*, rapportée par
les mots savants ou étrangers, se prononce à peu près comme
en français. Cependant, les dents n'appuient guère sur la
lèvre inférieure ; il est même des endroits voisins de Luchon
où Ton prononce / presque ^; par exemple Frunsâk «Fron-
sacn est prononcé à Fronsac presque Ihunsâk. Le son /*peut
se redoubler. — Le son v labio -dental manque en luchon-
nais. Cependant ceux qui disent, pour c Janvier», Janvyê,
prononcent là le v à peu près à la française. (Voj. ci-dessus
pour le à doux).
Le son latin f a donné en général â en luchonnais : il n'y a
qu'un pas, en effet, de /'bilabiale prononcée sans mettre bien
en contact les lèvres, à fi palatale (non gutturale). En luchon-
nais, fi est aujourd'hui un souffle, très sensible dans certains
mots (exclamations par exemple), mais faible en général, et
n'empêchant guère les élisions ; elle tend à disparaître presque
partout, ce n'est pas douteux. Sa présence est signalée sou-
vent par le maintien devant elle des sons s et cfi, ou le redou-
blement, si elle tombe, de la consonne précédente. Ex. : desfie'
udà ou dessetedâ « refroidir n ; etcft fiây « le hêtre », etc. ; ce
qui montre qu'autrefois elle était prononcée avec force.
B) QROUPBMBNT DBS CONSONNES
1) Inii l'aies et finales *.
Ne peuvent être initiales les consonnes y^ %, nir. Les mots
qui auraient commencé par une r commencent tous par arr-^,
* Pour les syllabes (et non plus seulement les mots) ^ et r peuvent
être initiales; Çf j, d^ z et b peuvent être finales. Ainsi f^ est seule à ne
pouvoir absolument être initiale, ^y, ^ et ^ à ne pouvoir absolument otro
finales.
• Ce caractère rapproche le luchonnais et le gascon en général (Voy.
Luchaire, De Lingua Aquitanica) du basque, qui dit par exemple, d'après
4 06 LE PARLER DE BAGNÈRES-DE-LDCHON
sauf quand ils sont précédés d'an mot terminé par une voyelle ;
même dans ce cas, r se redouble (Voy. ci-après). Remarquons
que Ih et nh peuvent être initiales ; que z^ w ei ià le sont
rarement ; enfin que ch n'est initial que dans des mots étran-
gers (Ex. : chibâWy chnpêw^ etc. ; mais tch peut Têtre).
Ne peuvent être finales, ni la semi-voyelle w), ni ^, ni les
sonores et douces ^, /,*, cf, z et 6 ; sauf s'il y a des élisions,
et, pour g,jj rf, z et 6, si Tassimilation les exige (Voy. plus
loin) : mais alors elles ne sont vraiment pas finales. La finale
/, après avoir disparu, s'est rétablie par la dérivation im-
propre et l'importation de mots étrangers ; Ih et nk peuvent
être finales.
2) Groupes de consonnes,
1^) Il y a en luchonnais des groupes disjoints homogènes,
issus du redoublement d'une même consonne. Toutes les con-
sonnes peuvent se redoubler, à l'exception de iù, y^ t et /l.
Quand il y a redoublement, la première consonne est implo-
sive, la seconde explosive, en entendant par là, pour celles
qui ne sont pas dos muettes, qu'il y a d'abord préparation de la
cavité buccale, puis, pour ainsi dire, déclenchement ^ Le
luchonnais semble avoir une prédilection marquée pour le
redoublement des consonnes, à peine sensible en français.
2**) Il y a encore en luchonnais des groupes disjoints hété-
rogènes. Dans ces groupes, 1® lù n'entre point; — 2® y, ck, fi
et % ne peuvent précéder ; — 3° ?? ne peut suivre ; — A"* w eiy
peuvent être suivis de toutes les autres consonnes, sauf r ; et
r des mêmes, sauf ^ et ^ ; — 5" / des mêmes que r, sauf Ih et
nh\ mais les groupes avec / en tête sont rares et étrangers;
— 6<» 3 peut précéder ô, g, rf, /, m, n, Ih et nA, et suivre les
mêmes sauf Ih et nh\ ei s précéder /?, A:, /, même /) et suivre
Vinson, « arrazoin » pour t raiaon >, « En'oma » pour « Rome >, c hirrisku v
pour € risque >, etc.
* Parfois l'assimilation n'est pas complète et ne fournit pas un Téri-
table redoublement. Par exemple dans un dit h un doigt» le i est explosif;
dans un dik kupàt c un doigt coupé » on a à peu près le groupe k it,
mais le premier k, issu de t assimile, n'est pas absolument un k implosif,
car pour le prononcer la langue reste placée un peu comme pour le t
implosif (Voy. ci-après les Assimilations).
ET DE SA VALLEE 4 07
les mêmes, sauf/*; - 7®y ne peut suivre, comme muettes, que
d et 71, et ch que ^ et n ; et même les groupes où /, ch, z et s
occupent la seconde place après une muette non nasale sont
plutôt combinés ; — 8" enfin, m peut erre suivie de /), de b
et de f;f^dek et de g, et même de tch et de ts dans les assi-
milations; n, de /, d, ch, /, fei même de r.
3*) Enfin, il existe en luchonnais des groupes proprement
dits, c*est-à-dire appartenant à une même sjUabe ou combinés ;
on peut y distinguer ceux qui sont initiaux ou médiaux et
ceux qui sont finaux.
Les groupes finaux sont ceux qui se rapprochent le plus des
groupes disjoints: 1° Les douces 6, g, /, M, d^ nh^ z, fi^% eiw
n'y entrent point; — 2^ w eiy ne peuvent y être que pre-
mières consonnes ; — 3* Les fortes p, /, A:, /*, ch, s, et de plus
/, m et n sont seules à pouvoir y être secondes consonnes ; —
4"» Comme premières consonnes : r peut y faire groupe avec
tontes les fortes, sauf ch ; / avec les mêmes ; s avec p^ t et k
seulement; m avec p et s,n avec t et s; ij avec k; — 5® 5 peut
y suivre /*, p, t, k, r, /, m, n; et r précéder m et w.
Les groupes combinés initiaux ou médiaux sont les plus
caractérisés: 1* w, w^ y, /et r peuvent seuls y être secondes
consonnes ; pourtant ch et s, peuvent Têtre après /, et ; et z
après rf; — 2" chtj\ Ih^ nh et x ne peuvent y être premières
consonnes qu'avec w ou y; — 3<* avec /, on n'a comme pre-
mières consonnes que b, />, g^ k, /*; avec r, que ô, p, rf, t, g,
A^) Comme on le voit aisément^ les semi-vojelles ont besoin
d*être soutenues; les mouillées, les chuintantes et les nasales
font groupe moins aisément que les muettes et la vibrante r,
les douces moins aisément que les fortes ; enfin, en général,
les sourdes appellent les sourdes et les sonores les sonores :
on dit tch, dj, ts, dzy mais non dch, ni (/, ni ds, ni /z, etc. Voy.
plus loin les assimilations.
5^) Certains groupes méritent une attention spéciale.
Les groupes bl et gl^ précédés d'une voyelle, se renforcent
en ggl et bbl, Ex.: àgglo « aigle», sàbble « sable». — Les grou-
pes tch, ;t, /s, fréquents, manquent en français. — Le luchon-
nais aime peu les groupes ps^ et ks, gz. Dans plusieurs cas, ils
408 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LDCHON
sont passés à /s ^ Ex. : pour ps : klûtsis a éclipse > ; dûs kôU
a deax fois » ; pour ks: a patàts « en quantité ». Là où ils se
conservent, ils se prononcent à peu près pts^ kts^ gdz, Ex. : dûs
kâpis « deux ièiesn y dûs sàkts u deux sacs », aptsént a absent»,
akisyûf/ « action », egdzémple a exemple ». Cette prononcia-
tion est moins caractérisée à la fin des mots ; aussi écrirons-
nous kàps, sàks. Au milieu des mots, le toixle d sont sensibles,
mais ne sont pas explosifs, ne servent qu'à soutenir s ou z ;
lep, le k ou le g, implosifi, échappent darantage, parce qu'ils
sont à peine indiqués et à peu près assimilés au t ou au d;
mais nous croyons devoir noter le mouvement labial ou gut-
tural qui se produit, et écrire, non atsént, atsyûtf ou edzém-
pie y mais plutôt aptsént^ aktsyûy et egdzémple '.
En résumé, pour les consonnes luchonnaises :
La revue rapide que nous venons d'en faire nous montre
qu'elles correspondent en gros aux consonnes françaises et
espagnoles ;
Mais 1° le son y manque en français et en espagnol.
2o Les sons qui correspondent sont différents ; les chuin-
tantes sont mouillées ; un grand nombre de consonnes ont un
caractère dental prononcé.
3° Point de rudes gutturales comme la jota espagnole.
4^ Point de sons formés, comme le v français ou la z espa-
gnole, en appuyant les dents sur les lèvres ou la langue:
sauf /^ prononcée, d'ailleurs, d'une manière assez ouverte.
5*^ Le luohonnais a une prédilection pour les redouble-
ments, et forme des groupes originaux.
6^ Enfin, le nombre et la diversité des dentales, qui sont de
toutes les consonnes celles dont la prononciation comporte
le plus de netteté, assure une articulation nette et variée; et,
ï II suffit, pour que ks donne ts^ que k soit le k devant e et i : c'est déjà
presque une dentale ; et, pour que ps donne /s, que la langue, quand on
dit ps, touche le palais derrière les incisives avant le contact des lèvres.
* Ainsi, ks ou x n'existe pas purement en luchonnais ; et cependant
ks ne s'y réduit ni complètement, ni uniformément à ts. (Voy. ci-apn»9
dans la II* division, le traitement de x latine).
ET DE SA VALLÉE 4 09
malgré Texistenoe de sods doux {à, g^ dy bh^ g h, dh^ 2, ;',
Y,/) et de nombreuses mouillées, le pas appartient aux con-
sonnes fortes, détonantes, qui égalent presque les autres en
fréquence ^ comme nous le verrons à la un de cette première
partie.
Écriture et orthographe.
Il suit, de tout ce qui précède, qu'il 7 a en luchonnais huit
voyelles (si Ton ne distingue point entre a et à, et si Ton ne
compte point les voyelles nasales au nombre de sept), trois
semi- voyelles, et vingt consonnes (si Ton ne distingue point
les implosives des explosives, ni 6, J, g de bh^ dh^ gh)^ soit
en tout trente et un sons distincts. Il serait donc possible
d*écrire tous ces sons à Taide d*un alphabet de trente et un
signes, de manière à éviter changements de valeur et dou-
bles emplois des signes, à n'avoir qu'un son pour chaque signe
et qu'un signe pour chaque son, et à exprimer le langage,
chose vivante et fuyante, aussi exactement que possible, sans
trop multiplier les caractères. Celui auquel nous nous étions
d*abord arrêté présentait, en outre, l'avantage de s'écarter
peu de l'usage, de fournir des caractères continus, non sur-
chargés d'accents ou de signes diacritiques, d'accord entre
eux au point de vue du parallélisme phonétique, et satisfai-
sants par leur apparence esthétique.
Mais les difficultés que présente la fonte et l'emploi de
caractères nouveaux et quelques autres considérations font
que nous nous servirons ici d'un alphabet un peu différent, et
cependant simple et clair. Le voici, tel que ce qui précède
Ta déjà fait connaître:
abckdèefgfiijkllhm nnhyôoptrstu to û ïv y z,
il ne s'écarte de l'idéal que par Temploi du tréma pour dis-
tin{:uer ù et w de u et de w, de // pour donner c/i, là et w//, et
de Taoceut grave pour distinguer è dd e, ô deo ; e ei u sans
accent grave sont fermés.
Nous marquerons Taccent d'intensité principal par l'accent
410 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
aigu. Cela ne présentera aucune diMonlté pour e, a, i, u, û <,
ni pour a (où noua ne distinguerons pas entre a et à). Pour
è atô, quand ils seront frappés de l'accent d'intensité, ils por-
teront l'accent circonflexe, combinaison de l'accent grave,
signe de leur timbre, et de l'accent aiga, signe de l'accent
tonique. (Ëx. da tout cela: awé, beskô, lejt, Gatùno, lùde,
kddo iperê, lôdo, lêchà-w, porto ■u}.)Nù\h marquerons toujours
l'accent tonique.
Les groupes cA, Ih etnA, traditionnels en gascon, soûlasses
lisibles et ne se rencontrent d'ailleurs point avec â, que nous
a fourni aisément y retourné; ^ et * sont toujours durs.
L'existence de règles d'écriture simples, claires et unifor-
mes, contribuerait beaucoup & la prospérité littéraire de nos
parlers méridionaux, que bien des gens hésitent à écrire à
cause des difâculiés orthograpliiques qu'ils rencontrent. Mais
là il faut tenir compte da la tradition, de l'usage du pays et
même de l'orthographe des langues voisines et api>arentée3.
— Ici, notre but est avant tout scientifique; 1>ib signes que
nous avons adoptés nous empêcheront de prendre pour des
transformations de sons les changements de notation que
nécessiterait un autre alphabet (p. ex., c devenant qu devant
e, etc.) ; ils nous éviteront, plus tard, des complications dans
l'étude de la morphologie; iU vont nous permettre immédia-
, tement d'exposer avec clarté les principales lots phonétiques
qui ont produit lea sons du parler luchonnais.
n
OniGINE DES SONS DU LUGHONNAIS
1. Origine générale des sons lucbonnais
■ ' 'videmment que par abstraction que l'on aépare-
itude de la phonétique luchonnaise, ce qu'elle a
ent luchonnais de ce qu'elle a de gascon. Qu'il
is dii loutefois, pour noter ù tonique, emplojer le signs ù .
ET DE SA VALLEE 4 1 1
s*agi8se de l'origine générale des sons qui constituent le parler
luchonnais, ou des lois spéciales qui les ont produits, Tobjet
à étudier est gascon et luchonnais à la fois. Aussi ne pourrons-
nous nous dispenser d^examiner certains points généraux ;
mais nous le ferons du point de vue luchonnais.
P Le fonds du langage luchonnais est latin ; mais dans les
pays montagneux Tinfluenoe latine s'est moins aisément exer-
cée que dans les plaines. Sans doute, les Romains s'étaient
solidement établis dans la région centrale des Pyrénées. On
leur attribue le dessèchement de la vallée de Luchon , la
découverte de la vertu curative des eaux, etc. 11 est certain
en tout cas que des thermes importants s'élevèrent aux lieux
mêmes où sont établis les thermes actuels; et les nombreuses
inscriptions latines qu'on a retrouvées dans le pays (Voj.
J. Sacaze, Epigraphit de Bagnères- de -Luchon; Desjardins,
Géographie de la Gaule romaine, etc.) montrent qu'ils furent
fort fréquentés. Mais, de même que les Arvernes parlèrent le
celtique jusqu'au IV* siècle de notre ère, et que les Basques,
aux sources de TËbre, purent conserver leur vieux langage,
de même les Pyrénées centrales, bien que plus accessibles que
l'Auvergne ou que les Monts Cantabres, durent protéger rela-
tivement les anciens parlers. Ainsi, sur les inscriptions latines
de Luchon, les noms barbares sont fréquents * , ce qui porte
à croire que la population (celtibérienne, comme nous l'avons
dit, mais plus celtique qu'ibérienne) n'avait guère changé
malgré l'occupation romaine, et qu'à côté du latin adopté
d'abord par les hautes classes, le langage primitif devait per-
sister encore.
Plus tard, l'invasion germanique apporta des éléments nou-
veaux. La puissance des Wisigots fut de bonne heure brisée
par celle des Francs. Ceux-ci dominèrent et ravagèrent le
pajs : on n'a qu'à se rappeler l'aventure de Gondowald à Lyon
de Gomminges (aujourd'hui Saint-Bertrand). Néanmoins les
Gots ont eu peut-être plus d'importance chez nous. Bien
1 D'ailleurs, quand même tous les noms seraient devenus latins, cela
ne prouTerait pas une latinisation complète. C'est ainsi qu'aujourd'hui, à
Luchon, les prénoms sont pris en grand nombre au français, alors pour-
tant que le luchonnais reste la langue courante.
4 14 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
d'alors, et que c*est de ce dernier qu'est issu, sous l'influence
combinée des tendances physiologiques et de la transmission
traditionnelle, V n accent » luchonnais actuel.
2. Principales lois phonétiques du laohonnais
Les sons latins, adoptés par les Onésiens de la manière que
nous venons de dire, sont allés se modifiant avec le temps,
amenant ainsi des changements parfois profonds dans la phy-
sionomie des mots. Le même fait s'étant produit partout, les
parlers romans, si peu divergents qu'on les suppose d'abord,
par suite de la différence des a accents » primitifs, sont allés
s'écartant de plus en plus les uns des autres, s'individualisaut
de plus en plus (abstraction faite de leurs influences mutuelles),
prenant de plus en plus l'empreinte de ceux qui les parlaient,
devenant ainsi toujours plus originaux, dans la mesure où
savaient et pouvaient le rester ceux qui se les transmettaient.
Et cependant, dans cette évolution même, les parentés
ethnographiques ont dû se traduire. Certes, si l'on prend les
transformations phonétiques une à une, on pourra retrouver
telle ou telle, qui s'est produite en luchonnais, dans les langues
les plus éloignées parlées par les peuples les plus étrangers,
et le rapprochement sera à peu prés sans valeur (sauf dans
la mesure où il révélerait une loi phonétique très générale
ou universelle). Mais, en réalité, les tendances phonétiques
n'existent point chacune à part ; elles forment des groupes
ou systèmes vivants qui dépendent de la conformation phy-
sique du peuple considéré, de son tempérament, de sa race en
un mot, en entendant par là, avant tout, k constitution héri-
tée des ancêtres. Le climat, les habitudes, le genre de vie,
peuvent, sans doute, quand ils sont semblables, favoriser le
maintien des ressemblances ethnographiques primitives et
atténuerles différences de même nature ; quand ils sont diffé-
rents, amener des résultats contraires ; mais pourtant sans
pouvoir effacer complètement ce qui tient au sang et à l'ori-
gine. Le fait que 1' a accent » s'apprend, et que les organes
vocaux se modèlent, dans la jeunesse, par imagination et
imitation instinctives, sur V a accent » du pays où l'on vit,
ET DE SA VALLEE 4 1 5
donne, sans doute, une espèce de parenté relative, au point
de vue de la voix et de Farticulation, à ceux qui parlent, aux
mêmes lieux, la même langue familiale ; mais cet «accent » se
maintiendra mieux chez ceux qui y sont aptes de naissance.
La question, comme on le voit, est délicate^ mais Tinâuence
de la race ne nous paraît point négligeable. '
Si donc on connaît déjà, par Tanthropologie et aussi par
Thistoire, la parenté de deux peuples, il est plus que probable
que révolution de leurs langages révélera des tendances
phonétiques semblables. Inversement, des tendances phoné-
tiques semblables, dans deux langues différentes, permettraient
de supposer, en Tabsence de renseignements historiques et
avant toute mesure anthropométrique, la parenté des peuples
qui les parlent.'
Il faudrait sans doute ici beaucoup de prudence ; car,
d'abord, il y a des lois phonétiques trop générales et même
universelles, humaines, dont la possession commune ne prou-
verait rien ; de plus, quand un peuple adopte, ce qui s'est
produit souvent, une langue étrangère, la nature des sons qui
constituent celle-ci peut rendre inutiles certaines tendances
> Dans la vie d'une race, il y a des familles qui s'éteignent ; ceux
qui vivent actuellement ne se rattachent donc pas directement à tous
ceux qui les ont précédés. Mais la langue et V c accent » les y rattachent
d'une manière plus large et plus uniforme que le sang. L'accent n'est
pas refait par les nouvelles générations, mais hérité ; c'est un peu de la
nation passée qui survit dans la nation présente. Il peut même conserver
des traces d'antiques parentés.
* Le mieux serait évidemment, pour éclaircir ces questions, d'utiliser
a la fois les deux sources, anthropologique et linguistique. Il faudrait
comparer les peuples actuels sous le rapport à la fois de leur consti-
tution physique (spécialement au point de vue des organes vocaux) et du
timbre et de l'articulation des sons de leurs langues : comparaison qui
serait instructive surtout lorsque la même race parlerait des langues
diverses, ou diverses races des langues de même origine. — Il faudrait
encore pouvoir suivre pendant longtemps, pour un même peuple et une
même langue, les modifications physiologiques les plus délicates et
l'évolution phonétique. — Il faudrait, enfin, tout en évitant de s'en tenir
à des choses trop générales, savoir faire abstraction, dans tout cela, des
difi'érences purement individuelles. Alors seulement on pourrait établir
des rapports exacts entre la conformation physique et les tendances
phonétiques, aux deux points de vue actuel et historique.
416 LE PARLER DE BAGNERES^DELUCHON
phonétiques qui s'exerçaient dans le langage primitif, et, en
revanche, en manifester d'autres qui ne trouvaient dans ce
langage aucune occasion de s'exercer. Néanmoins, des
études faites dans ce sens pourraient être fructueuses, à
condition de bien distinguer le caractéristique de l'universel
et de comparer les tendances phonétiques, en les prenant,
non une à une, mais par ensembles.
C'est à peu près ce qu'a déjà fait M. Luchaire dans ses
intéressantes études sur Les idiomes pyrénéens et Les origines
linguistiques de t Aquitaine, Il a montré que plusieurs des lois
phonétiques les plus caractéristiques du gascon sont sembla*
blés à celles qui ont modifié les mots latins passés dans le bas-
que : p. ex. la transformation de f en fi, do 11 ou 1 en v douce
entre deux voyelles^ la chute de n entre deux voyelles, de
d après n, le redoublement de r initiale ; tous ces faits se
retrouvent en luchonnais.
Mais les Luchonnais anciens, parents de la race basque,
ont dû être aussi fortement celtisés ; des tendances celtiques
se manifestent également dans leur langage. Signalons
notamment la présence du son û, non pas emprunté à l'ancien
celtique, qui Tignorait (Voyez plus loin), mais produit et déve-
loppé par le luchonnais comme par toutes les langues roma-
nes parlées par des peuples celtiques ou celtisés (Français du
nord et du midi, Piémontais, Basques français eux-mêmes)
et par les langues celtiques modernes ; celle des nasales,
comme en français, en portugais, en breton ; celle des sons
j et ch (et non pas seulement dj et /cA), comme en français et
en breton ; la vocalisation de / comme en français et en pro-
vençal(mais non en languedocien) ; le passage à une certaine
époque de v on w initial à gw, puis g, à peu près comme en
breton {gw ou giv), en français (gic\ puis g)^ en espagnol (gw)y
et d'ailleurs aussi en italien [gw); enfin, les assimilations, dues
sans doute à une tendance générale à accommoder les sons
en contact, mais se faisant en luchonnais autrement qu'en
grec ou en arabe, un peu comme en sarde, et plus encore
comme en breton ancien (Voyez Loth, Chrestomat/ne bre»
tonne \ — et ci- après).
Nous laissons à de plus compétents le soin de déterminer ce
qu'il y a de sûr et de probant dans tous ces rapprochements ;
ET DE SA VALLEE 417
mftis nous en croyons solide Tidëe direatrice : la phonétique
lachonnaise, dans son développement comme dans son point
de départ^ est une phonétique celtibérienne.
En tout cas, les lois phonétiques du luchonnais sont en gros
les mêmes que celles du gascon ; ou plutôt, le général, ici
comme ailleurs, n'existant que dans Findividuel, une modifi-
cation phonétique luchonnaise quelconque est à la fois gas-
conne et luchonnaise, sans qu'on puisse distinguer autrement
que par abstraction ^ Au-dessous de la loi générale du moindre
effort, et de quelques autres fort générales encore, comme
celles de la persistance des voyelles accentuées, des consonnes
initiales^ etc., on retrouve les lois phonétiques caractéris-
tiques du gascon, mais appliquées dans le détail d'une manière
personnelle. C'est ce que nous montrera Texposition que nous
allons faire des lois phonétiques qui ont produit le luchonnais,
en nous attachant à mettre en lumière ce qu*elles ont d'ori-
ginal. Occupons- nous successivement des voyelles et des
consonnes.
1<^ Voyelles
Disons d'abord quelques mots de Y accentuai ion.
Les voyelles latines étaient les unes toniquep, les autres
atones. L'accent de hauteur avait été ramené déjà par le
latin de l'empire à l'accent d'intensité; cependant, comme
nous l'avons fait remarquer, le luchonnais est assez chan-
tant, et même certaines voyelles luchonnaises possèdent par-
fois des variétés d'intonation : si bien que le luchonnais paraît
avoir refait quelque chose d'analogue à l'intonation ancienne
dii latin et du celtique.
Comme le latin populaire des Gaules^ le latin luchonnais
possédait un accent principal et un accent secondaire, c'est-
à-dire renfermait, à côté des voyelles toniques et des voyelles
atones, des voyelles contre-toniques.
1 Les Gascons sont d'origine assez diverse, d'après les travaux de
M. Collignon. Jusqu'à quel point cette diversité se reflète-t-elle dans les
divers patois gascons ? Le pays et le climat ont joué ici un rôle plutôt
unificateur.
V
416 LE Ï^ARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
Les voyelles accentuées du latin ont donné les vojelles
accentuées du luchonnais, les contre-toniques ont en général
persisté, les atones ont donné en luchonnais des atones on
bien ont disparu. Rarement Taccent a changé de place. Il j
a pourtant quelques exceptions :
1° Parfois deux mots luchonnais supposent la même forme
latine, mais avec deux accentuations différentes; par ex.:
plàde ou plàze a plaire » suppose plâcere, mais pladé ou plazé
« plaisir » * placera. En réalité, il n'y a pas là déplacement
d'accent, mais simplement changement de conjugaison*.
2° La transformation, devant une voyelle, de é ou i accen-
tués en y y de ô ou ù accentués en u;, a amené un déplacement
de Taccent, en général vers la droite. Ex.: (à Montauban,
Tarn-et-Garonne *, kûyo, du fr.) (/j/d,larb. dyd a jour d, de*dia' ;
eslryô (c étrenne » de siréna. ;kwô a queue», pour *kûdOf de coda
(cHuda) ; des verbes en yà et wà: k*amyé$ a tu amènes s de
*ad-minas; k'aswé u il appelle » de * ad-s6nat, etc. Au con-
traire, dans les formes kantêso n que je chantasse d de can-
ta(v)iâse(m), parliso « que je partisse» de parti(v}isse(m}, etc.;
la chute du v {w médial) a amené les diphtongues *ây qui est
passée à e, et *iy (?) qui est passée à i ; de même mêstre
(c maître » ( mi-sar. ). suppose *mâystre de magistru ; etc.
3** Parfois on a formé par analogie des formes accentuées
autrement que les formes du latin classique ;p. ex.ik'aymdwem
«nous aimions» suppose* amàbamus au lieu de amabâmus ; de
1 Nous mettons les mots latins en lettres droites, les mots luchonnais
et de langue d'oc en italique, les mots français qui les traduisent entre
guillemets. L'astérisque (*) désigne les formes hypothétiques , le petit
zéro vO)les formes fausses , c'est-à-dire qui n'ont pas dû exister ou n'exis-
tent point ; la croix (f ) les formes inusitées aujourd'hui, mais non hypo-
thétiques.
2 Nous aurons plusieurs fois Toccasion de rapprocher le montalbanais
du luchonnais, à titre de renseignement.
'En général, nous supprimons m finale, dans les polysyllabes, car
elle était tombée dans ces mots dès le latin. Quand il sera nécessaire de
la noter pour éviter des confusions, nous la mettrons du moins entre
parenthèses; nous mettrons également entre parenthèses h latine et
toutes les autres lettres tombées dès le latin.
ET DE SA VALLEE 419
même sémina donne sémyo a sème », moins usité que semyéf
formé par analogie avec amyé « amène », etcJ.
4*^ Enfin, Texistence des enclitiques et des proclitiques a
amené des déplacements d'accents et des apophonies que
nous étudierons plus loin.'
Passons au timbre des voyelles.
On sait que les différences de quantité et de timbre des
voyelles du latin classique ont été ramenées, dès le latin popu-
laire, à des différences de timbre'. Ainsi ^ :
â et â ont donné a.
ë a donné è, auquel est passé aussi se.
è et ï ont donné e^, auquel est passé aussi œ.
î a donné i,
6 a donné o.
ô etû ont donné o, auquel est passé parfois au.
û a donné u, qui est passé assez tôt, en Gaule, à û.
j enfin est passé, soit à u, soit à i, brefs ou longs, c'est-
à-dire a donné o, puis u (pas d'exemple de ûT) et e ou t^.
1 On trouvera de nombreux exemples de déplacements d'accents et de
troubles plus profonds dûs à Tanalogie dans la morphologie du verbe
luchonnais. L'analogie, contrariant la phonétique et refaisant son œuvre,
est arrivée ainsi à rendre presque absolument c régulière » la conjugaison
luchonnaise.
s Voyez plus loin les Modifications éprouvées par les soos luchonnais
dans leurs rencontres actuelles.
' Se peut-il cependant qu'il n'y ait pas eu de diflérences de quantité
entre les voyelles du latin populaire, et que ces différences n'aient pas
correspondu quelquefois à des différences classiques ? L'accent, notam-
ment, portait le plus souvent en latin sur des longues. Les toniques du
latin populaire, surtout les toniques libres, devaient donc être un peu
longues. Mais la nuance était sans doute assez faible pour qu'on puisse
la négliger ici ; c'est le roman luchonnais qui a dû refaire les difiérences
de quantité.
* D'après Darmesteter, Grammaire historique de la langue française^
I, pp. 79-81.
• L'équivalence de ô et de ï est peut-être en partie l'explication des
datifs en e, pour î ou œ, qu'on rencontre sur les inscriptions luchon-
naises et pyrénéennes. Ex. : ahbrbblstb, andose, matrb, et d'autre part,
piBNTissiMB, CARissiMB (voyez J. Sacaze, principalement Épigraphie de
Luchon, p. 73). Sans doute, ï est long au datif de la 3' déclinaison latine.
420 LE PARLER DE BAGNERES-DB-LDCHON
Mais le fait d*être libres ou entravées, toniques ou atones*
initiales, médiales ou finales, et en rapport avec telle consonne
ou telle autre voyelle, a modifié ensuite les voyelles résul-
tantes primitives, et c'est là que 8*est manifestée Toriginalité
des peuples qui ont parlé des idiomes romans. C*est ce qu'il
nous reste à voir pour le luchonnais.
Nous examinerons d*abord les voyelles libres, puis les
voyelles entravées, ensuite Faction troublante de certaines
consonnes sur les voyelles, enfin les diphtongues et les apo -
phonies.
A) VOTBLLBS LIBRES
Elles sont ou toniques, ou contre-toniques, ou atones.
/) Voyelles libres toniques.
Elles restent, en général, ce qu'elles étaient devenues en
latin populairt^; le luchonnais, du moins primitivement, ne
les diphtongue pas.
1°) â ou à reste à; il en est de même de Ta de au non réduit
à 6, Ex. :
cantâba, kantâwo «je chantais».
altâre, atotà « autel n.
cantâre, kanlâ a chanter ».
pàlu^ pàw «pieu».
cantâmus, kaniàm « nous chantons ».
cantàtis, kantât u vous chantez ».
Cintâiû, kantât « chanté ».
vâdo, bâw « je vais ».
cantâ(v)îy * kantày^ puis kantê^ (• je chantai )>.
•^âriu, * -dy, puis -e * ; en fr. « -ier ».
mais il a dû s'abréger ayant de disparaître, yu sa position finale, et, par
suite, devenu ï (càd. e), se confondre avec ï abrégé (cf. béne «viens », de
vénï) ; de même, se (ou ë) a dû, dans la môme position, se confondre avec
6 abrégé. Mais il y a peut-être ici, surtout pour les deux premiers
exemples, maintien ou influence des datifs celtiques en e.
•Ainsi TTvppoç ou byrrus a donné 'birr-ittu, d'où berrét c béret» ;«//7io
c cime • suppose cima, de xu/as; bi^so c bourse • ^b^rsa, de pvpaa.
f&ba,
m&rd,
âcna,
c&ae,
casa,
f&bra,
pâtre,
mâcra,
âd (h)ora,
ET DE SA VALLEE
fiâwo a fève».
màr « mer».
màw ornai ».
àymo^ «aime ».
kây^ a chien ».
kâzo (( maison ».
fiàwxe « forgeron » .
* pàyxe^ puispay * « père ».
màgro c maigre ».
âxo a maintenant » ; v. fr. ore.
421
caasa, kàwzo ou kàwdo a chose ».
paupere, ^ pâwbre^ puis prâwàe a pauvre ».
2*) ë et se restent ê. Ex. :
ëra (m) êto <c j^étais » .
pêcu,
lève,
gëlu,
mël,
fël,
pëtra.
pêk tt imbécile » .
lêto (( bientôt ».
jêw a neige gelée ».
mêw « miel ».
/iêw « fiel ».
pêyw « pierre ».
Matthaau ou Matthëu ', Malêw^y « Mathieu »
caalu, $êw a ciel ».
e persiste même quand il est devenu final. Bi. :
* Andrëu ',
muliëre,
pëde,
Pëtru,
rëtro
Andrew o}! André u André o .
mulhê pour* mulyê^ afemme, épouse i».
pê « pied ».
• Péyze, * Pêy, Pê * « Pierre ».
arrê pour * arrêyxe « arrière ».
'Voy. plus loin l'Influence de certaines consonnes sur les voyelles,
la Réduction des diphtongues, et le traitement des consonnes nasales.
* Mots yieillis ; mulhé ne se dit que dans la locution maxit é mulhé
• mari et femme ».
' On a affaire ici à la diphtongue eu. (Voyez plus loin ù final; et, pour
Oyiw u. Dieu », de Dëu, et les mots semblables, Tlnfluence des consonnes
lor lei Toyelles).
LE PARLER DE BAQNERES-DB'LUCHON
i') ë, œ et I restent é'. Es. :
sëbn,
sewosuif".
Bêm,
j^cBoirn.
orëta.
grédo a craie ».
Séta,
sédo » Boiei).
cantëmss,
kanlém a que nous chantions ».
cantétis,
katilét < que toqs ohanties n .
plënu.
p% « plein » '
têda'.
tédo a copeau résineux ».
* stëla pour Stella, estéto « étoile »
foenu,
* pïpa pour piru,
pllu,
nde,
' pïca pour pïce,
* vluila pour vidua,
* stïva pour stiva,
-ïtia,
Yltru,
^étf « foin a .
pé% « poire ■
péiD M poil ».
pégo «poix».
èéwdo 0 veuve ».
estéwQ « manche de charrue •
-éso.
béyxe n verre ».
« tonique en géaé-
1, donne i. Ei ;
eccISsia,
ff/(fî,î(,. église..
Gabriel,
Garbyim n Gabriel ».
MichaSl,
Mikéa, t Michel >.
Jfsus,
Jézùi; • JË9US > ( montalb. Tsézùs .
comme eidamalion TsA).
Feiii.
Filits . Félii ..
cf. Aleiis,
Alétsis 1 Aleiis ...
'" à coté de tieda. Ces copeau» serrent de torches.— Meta
ot- ■ niédo ; maU on n médo t meule de foin conique •■ Y
fluence du t. fr. moîe ? Ou hien est-ce un mot pris au
f. niés, ci-apris.
, plSna t pleine > donne par chute de n 'pléa qui passe
" donne * estria qui passe à eitryà.
a Ri'
a foi .
ET DE SA VALLEE
423
On doit considérer comme libre é devant ns (car n était
tombée là dès le latin populaire); il reste également é. Ex. : *
pê(n)su, pés « poids ».
-ê(n)8e, 'es (fém. 'ézo) ; en fr. a -ois » ou « -ais ».
Les exemples séy fié nous montrent que é devenu final est
resté é.
4*) î reste U Ex. :
pica,
urtîca,
vînu,
fine,
partîmus,
partitis,
sic,
dico,
ficu,
lîliu,
dicëre,
sortïre,
-itiu,-itia
pigo « pie ».
urtigo c ortie ».
bif^ « vin ».
/iît^* 0 fin ».
partim c nous partons ».
partit « vous partez. »
si (C si, oui 1.
dik (( je dis ».
Kik « fie ».
liti a lis ».
dide pour * dize « dire ».
surti or sortir ».
•is^ ' izo ; en fr. « is, ise ».
Même remarque pour i devenu final que pour é.
5*) ô reste 6. Ex. :
rôsa, arrôzo « rose » .
sc(h)ôla, eskôlo • école ».
* sôla de sôlu, solo v semelle ».
ôleu; ôli « huile » ( mot sav. )
rôta, arrôdo a roue ».
(h)ômo, dm « on ».
memôria^ memôtyo « mémoire » (m. sav.).
* fora pour foras, ^^10 « hors ».
* M6(n)se aurait donc dû donner © mes (montalb. mes) ; mais € mois i
se dit à Luchon mes. 11 y a eu peut-être ici influence du français mois
aTec son ancienne prononciation ; peut être même emprunt, mais non
récent, car mois donnerait aujourd'hui <> mwés ; peut-être enfin est-ce un
emprunt au latin savant.
' fiig seulement dans la locution dà fiiJJ a <* obéir à », litt. t donner
final.
4S4 LE PARLER DE BÂGNÈRES-DE LUGHON
Mais dans les mots :
sôlu, sd, pour * sôw u sol de Tanoienne
chambre unique » {soi « sol » est
pris au français) ; béarn. 5<Jto « sol » .
dôior, dé « douleur, peine » pour * dôto^;
sôror, s6 « sœur » pour * sôr ;
•ôlu, -d pour*-dM? (le fém. -ôla donne régu-
lièrement 'ôlo; fr. a eal, eule » ).
ô devenu ûnal est passé de d à 6^.
Au contraire, dans les mots :
nôvu, ndw a neuf, nouveau » ;
nôve, ndw u neuf, 9 » ;
* di-jÔvis, dijdws a jeudi »,
c*est la terminaison primitive ^-ôw qui a dii passera -dw,
comme le font supposer les formes d'autres dialectes*.
6*) ô, û et au passé à ô restent parfois d. Ex. :
dô, dô (f je donne».
stô, estô cje reste»; presque inusité
comme dô,
8û(m) sa «je suis».
*eccu illûd, larb. akexô^ luch. akrô «cela».
1 A moins que dà n'ait été tiré d'un vieux verbe *dulé^ de dôlere;
dÔlet, aurait en effet donné * dôw^ puis dd, comme •volet pour vult a
donné ' bôw^ puis 6d, béarn. bàio»
2 Cf. ci -après a atone final donnant *(>, puis o (et parfois ô) : kâzo^
estryô.
* Comparez en eiVct en montalbanais :
nàw «neuf,9>, également béarnais.
ditsôsi a jeudi »; qui suppose *dits6ios.
iiébe €neu(^ nouveau» ; (on dit nôw dans les environs;
mais on a peut-être là à quercynolpour a).
En luchonnais, * nôw de nove est sans doute passé à nàw en
qualité de proclitique, peut-être sous l'influence de ô contre-tonique ou
atone initial passé à aw (voy. plus loin); nota de nôvu a pu donner ndw
par analogie avec le piTcédenl; enfin, c'est sans doute s finale qui a amené
* dijôwSy de 'di-jôvis à dijàwfi. — Voy. pour la diphtongaison de ô l'In-
fluence des consonnes sur les voyelles.
ET DE SA VALLEE <25
Mais c'est le cas de beaucoup le plus rare ; et même, dans
les exemples cités, c'est sans doute à son caractère final que
d a dû de persister, et de rester o fermé.
Ordinairement, 6 est passé à m (y at il eu ici diphtongai-
son? Cf. le passage en français de o à ^* fermé, puis ouvert).
Ex. :
(h)ôra, ûto « heure »
flore, lu pour * âulû a fine fleur ».
illôru, \ /uuleuro.
nos, VÔ9, nÛ8, bus « nous, vous»,
-tore : traditôre, traydû « traître ».
•ô3u,-ôsa, -Û5, 'ûzo ; en fr. a -eux, -euse ».
coda, pour cauda, Atodpour * Am7o a queue ».
• lûbiu, arrûy « rouge ».
lûpu, lûp (( loup »,
Naturellement, û n*a pu devenir plus fermé quand il est
devenu ultérieurement final; il est resté û, comme le mon-
trent les exemples lu, traydû, etc. *
7^) û devient û', sans doute sous une influence celtique '. Ex :
1 II 7 a quelques mots embarrassants :
Sôdo c noix » ; le latin nûce, même passé à *nûtia(?), aurait donné *nûzo
oa *nû'io; (montalb. nûzé). Y aurait-il eu influence de naucu c zeste de
noix», d*où une forme * nôtia, ayant o (au) comme naucu, mais tonique
bref comme û de nùce?cf. nugàlh «brou de noix n^nugé «noyeri.
Nàto «bru»; (montalb. nôto). Le latin est cependant nûrus ou nùra:
KVRA se trouve dans les inscriptions luchonnaises JV. J. Sacaze, Hist.
anc. de Luchon, p. 43^
Gùlo c gueule » vient sans doute du fr. gueule ; gûla faisait attendre
• gûlo.
KUnh € coin pour fendre le bois», de cùneu, a û pour ti à cause du y
qui a mouillé n. (V. plus loin).
Ajoutons que dans les mots savants ô, comme <S en général, a donné
ô.Ei.:
Antôniu, Antônî c Antoine», et non "^n/tinA, ni '*Antûnh,
* Nous voulons dire une influence de la race, non de la langue. Dans
les langues celtiques modernes, m, qui n'existait pas primitivement, est
is^u de la diphtongue ou . Ex. : Tuta pour Touta. D'ailleurs c'est là un
•phénomène sporadique, probablement dialectal». (Loth, Chrestomathie
bretonne). C'est d'une manière analogue que Q latin a dû donner û
chez les peuples celtiques parlant des dialectes romans.
' Il 7 a quelques mots embarrassants :
426 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUGHON
tù,
tû «tu, toi ».
juventùte,
jwentùt € jeanesse »
dûru.
dû a dur»
secûrUy
segù ttsùr ».
Jûliu,
Jûlh a Juillet ».
fama,
âùm a fumée ».
plûma,
plûmo c plume».
ûnu,
ûff c un » ^
lûna.
lûOj puis lyô a lui
plnr. luch. et larb. Iwés); etc.
Naturellement, û devenu final est resté û. Ex. : dù^ madû,
segûy etc.
Ainsi, d, é, ^, i persistent ; 6 reste ^ en général, mais donne
comme final d, et dans quelques cas àw ; 6 persiste comme
final, mais passe le plus souvent à u ; û passe à û.
Remarquons que la plupart des toniques libres luchonnai-
ses, issues des toniques libres latines, ont une longueur très
sensible (bien plus que les toniques entravées restées entra-
vées). Cette longueur se fait surtout remarquer avec les
pénultièmes libres, notamment avec é et û. Il n'est pas impos-
sible qu'elle ait contribué aux diphtongaisons récentesde toni-
ques libres que nous étudierons dans Tlnfiuence de certaines
consonnes sur les voyelles*.
2) Voyelles libres contre -toniques.
1) Les contre-toniques étaient surtout sensibles dans les
mots latins ayant deux syllabes au moins avant la tonique ;
Brûmot nuage >, ne peut venir de brama; mais le latin disait aussi
brëuma ; ne serait-ce pas eu de brëuma qui serait passé à û dans
brûmo^ comme ew est passé à u dans At'bûst\ fiug^^ ^ (Voy. plus loin
la Réduction des diphtongues). P. é. brùmo vient-il de l'espagnol.
Kûnho tt couche d'un animal dans l'herbe i, se rattache à cûn» « ber-
ceau ; » *cûnia a-t-il existe?— On dit bien kûnhHo «berceau des nou-
veau-nés » ; mais dans co dérivé il peut y avoir eu apophonie (cf bôik
« bois », mais bûi^kàlho « menu bois >», elc).
» Pour la Nasalisation des toniques , voy. l'Action troublante des
nasales, et les Consonnes.
ET DE SA VALLEE
427
portaient peat-ètre aussi un accent secondaire 2) les initiales
précédant la tonique et 3) quelques monosyllabes. Toutes ces
voyelles, à demi toniques, ont en général persisté en luchon-
nais, avec cette seule réserve que celles qui étaient ouvertes,
à Texception de a, sont devenues fermées. Ainsi :
lo) a reste a. Ex. :
1. trâditôre,
rSLtiône,
2. màtùru,
câpistru,
3. illâ,
jâ (m),
2*)é devient e*. Ex.
1. vérecùndia,
2. vëtare,
3. për,
nëc,
3*) e reste e. Ex. :
1 vëritâte,
vïgilâre,
2. dëbére,
pllcâre,
3. quid,
mè, të, se,
4') i reste i*. Ex.
l.*pibilàpe,
2. mîràculu,
iraydû t traître » .
arrazûtf a raison > .
madû € mûr » .
kabéstre a ohevêtre ».
eta (c la » (art. fém. sing.),
ja « déjà » (j 1 est souvent tonique).
bergûnhot « vergogne ».
bedâ « prohiber ».
per « par, pour ».
ne « ni ».
bertât «vérité ».
beyld a veiller ».
detoé (( devoir », subst.
plegâ «plier ».
ke ou ké a que».
me, te^ se « me, te, se » (le plus
souvent contre - toniques ,
quelquefois enclitiques).
* piwlâ, ipuïs pyewlà a piauler».
mixâlh «miroir».
^ Cependant ^i donne ^ oii é«et», conj., et hèfm) donne hé « eh
'>u hé», interj. Le maintien de è dans ces mots s'explique sans doate par
leur caractère plutôt tonique que contre- tonique, en luchonnais. Hé est
une exclamation ; é commence souvent des phrases fEx. : Ê kim bat ? litl.
«Et comment allez-vous ?») et est assez accentué aussi quand il y a
apocope après lui. (Ex. : Es kàps é'z bats, c les sommets et les vallées ■).
' Mais primariu donne prûmé c premier». — C'est d'autre part par dissl-
428 I.E PARLER DE BAGNÈRES-DE-LUCHON
trîcâre se, trtgâs «s'arrêter».
3. (h)îc, i oa I a y».
5*) ô devient sans doute d'abord o, puis u, Ex. :
1. * môlinàriu, mvdyê t meunier ».
bônitàte, buntât «bonté » .
2. jôcare, jugâ « jouer»,
fôrare, fiux «forer».
6*) 0 devient m. Ex. :
1 . pôtiône, pudûm c poison » •
jùvenlùte, * juwentût % auj. jwentût^ a jeu-
2. * vôtare, budâ a vouer » . [nesse ».
cûbare, * kuwâ, auj. kwâ c couver ».
3. non, nû ou nu « non, ne » .
nos, nus (ou mus) « nous » ; vos, bus « vous »;
8ûb-, 5u- « sous » (en composition).
6^ bis) eux {aw) peut persister ou passer à o et, par suite à ti,
ou enfin se réduire à a. Ex.:
1® audire, awji « entendre ».
d(e)aurâre, dawtd a dorer».
2®*ansàre p. audére, gudd «oser»
3* Agustu*, aûst « août ».
7*) u donne û '. Ex. :
L rùminare, attâmyd «ruminer».
2. Jûdseu, /âiy^ec; «judas, traître ».
dû rare, dûtd « durer».
milation que l'on a, de Ticinu, bezîy ou beditf «Toisin», pour *àiziy ;
de finîre, feni « finir», pour *fini ;
feni est d'ailleurs a dera* savant, comme le prouve la présence de /".
L'on dit aussi à Luchon finiy mais sans doute sous l'influence du fran-
çais; d'ailleurs fenéchi c je finis i, etc., et non finéchi.
1 Montalb. tsubentût^ mot vieilli.
* augustu s'était réduit à Agustu dès le latin populaire; cf. aw réduit
à a dans les mots pris sans doute au français, Anuté « Honoré >
p. • Awnuié: Agû^if^ii Augustin », p. • Atogùstiff, — Le mot etù*
« heureux» vient-il de agûrôsu (ou agûr^su?) par* awtûs ou * aytùs'*
Certains disent Miti«, s. d. du fr. heureux., d'autres même itûs,
' Ûlulàre ou plutôt s. d. * ûlulàre donne irrégulièrement idulà « hurler»,
i
ET DE SA VALLEE 429
Ce passage des voyelles contre-toniques libres àdes voyelles
plus fermées a contribué à développer, grâce à Fanalogie, le
balancement des sons que nous étudierons plus loin dans les
apophonies.
Nous trouvons cependant quelques exceptions.
a) Dans quelques cas rares, il y a eu chute de la contre -
tonique initiale ou de l'initiale :
1«) Après une r initiale. Celle-ci se redoublant ets'appuyant
d*nn a de manière à donner aiT la syllabe ar-^ dès lors ini-
tiale, est devenue contre-tonique, et a réduit Tinitiale primi-
tive au rôle de contre-finale, amenant ainsi sa chute* Ex. :
régente, * arrejént^ auj. arjént «régent, instituteur ».
rëDÏculu, * afTenéih^ auj. am^M a rognon » •
râna « grenouille », suivi du suffixe -àtot^ * arranâwt^ auj.
[arnàtot « triton » .
rôtundu, * arrudûrif auj. art^ûn «rond, sphérique».
cf.rûbente, * arruwént^ auj. arrwént « rouge enfiammé ».
Mais le préfixe itératif arre- reste intact.
2*) Avec t'initiai. D*abord, comme en français, dans des
pronoms ou adverbes, parfois proclitiques. Ex. :
ipse, a, f se^ fsa (ancien article).
(Ii)Iàc, là «là».
(Il)lôru, lu ou lu c leur », etc.
Mais aussi dans des mots ordinaires. Ex. :
* (h)ypericône, petikûtf u mille-pertuis » ; mot mi-savant.
* (h)ïrûndula, arrôllo « hirondelle».
* ipône(?), bûm «lac des hauteurs» (esp. ibon).
Et des noms propres de lieu d'origine celtibérienne. Ex. :
prob. pour ûdulà. — De même eskumingàt c excommunié » est pour
* eskumûngdt, de excomroûnicâtu.
Le préfixe super- aurait dû donner "*tt6(e>'- ; il donne sûOer-fS.d. sous
Tinfluence de sus « sur », de sû(r)su (cf. en fr. sur, pour f soure, et sus),
et peut-être aussi de super^, forme savante qui existe à côté dans les
noms propres. Ainsi on a : Sûpertégo^ Sùperbanhétes, mais S^berkàzo,
S^berlérfk' cf. sûberpés c surpoids > (montalb. sebrepés). — D*ailleurs,
itiperire donne régulièrement subrà < rester ». Cf. larb 5ti6(e) c sur i.
4 30 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUGHON
Ilixône, Lûchûy « Luchon».
Ilurône, Lmûy a Louron », etc.
b) D'autres fois, il y a eu une diphtongaison originale.
P ô {6) contre -tonique, ou initial, ou quasi initial (après fi
issue de f ) a donné ato. Ex. :
ôdôre, awdù «odeur, senteur».
(h)ôn6re, atonû a honneur ».
*fôréste, fiatotêat^ a pâturage forestier, forêt »,
ôperâriu, dans datobrê (dyà dawbrè «jour ouvrier »
C*est sans doute là un fait de dissimilation qui ne 8*est pro-
duit d'abord, à ce qu'il nous semble, qu'avec ô libre contre-
tonique ou initial précédant ô tonique donnant u, pour s'éten-
dre par analogie à d'autres cas.
C'est à cette extension analogique que nous attribuerions :
1® La forme awsîde ou atosi a tuer o de ôccidere ; ô était
entravé dans ôccidere, mais était devenu libre par réduction
de ce devant i k s.
2^ Le traitement semblable de o français libre initial ou
contre-tonique. Ex.:
Qwnèst ou atonéste « honnête ».
atofisyê « officier » .
awfénso « offense ».
awfréndo « offrande ».
Anuxè p. *\ionuxê « Honoré ».
byaAolûr) « violon » (pron. vyoUm).
peut- être encore kawkilho « coquille » ; arrawbà c rober,
voler » ; arràwbo, « robe » ; etc.
Mais on dit ustàw « maison », urrû « horreur », et non
^awstâto ni ^awrrû. C'est qu'ici il j a deux consonnes formant
un groupe disjoint qui entrave ; tandis que dans les exemples
précédents, même s'il y a deux consonnes consécutives, le
groupe est combiné comme fr dans awfréndo^ ou bien il n'j a
au fond qu'une consonne, comme dans honnête, officier,
offense, cf. awside ; en tout cas, il n'j a point d'entrave.
ET DE SA VALLEE 481
Le passage de o contre- tonique à aw s'est produit égale-
ment en montalbanais [awnû^ awdû^ comme en luch.) et dans
d'antres dialectes gascons (dans Atusàw^ nom local de la val-
lée d' « Ossau », u de *ursàle est traité de même).
2^) Les voyelles libres autres que ô, faisant partie de la
syllabe initiale, paraissent s'être diphtonguées plus aisément
quand elles étaient initiales ou quasi initiales (c'est-à-dire
après fi issue de f). C'est ainsi qu'on Ajêio, jêyxo^ je, ffyétv,
Hyéms, fiyéne, gwéto, gwé^ gwélh {g ajouté), âyalà, Ryamâ^ etc.
Mais ici la qualité d'initiale n'était pas suffisante pour amener
la diphtongaison ; c'est la consonne faisant suite à la voyelle
qui a eu le plus d'inûuence.
c) Remarquons enfin C introduction de a à la contre- tonique^
et notamment le passage des diphtongues ye et we^ devenues
contre-toniques, à ya et loa, Voy. pour tout ceci, ci-après,
rinâuence des consonnes sur les voyelles.
i) Voyelles libres atones.
Examinons successivement les finales, les contre finales et
les pénultièmes.
a) Finales,
Les atones finales (soit proprement finales, soit apparte-
nant à la syllabe finale) sont en général tombées; le luchon-
nais a ainsi perdu un grand nombre de finales latines sourdes
(qs, u(m), n) ou fermées (is, es, e) ^ Ex.:
— gélûougélù, jêw a neige congelée »
*càpû p. càput kâp « tête »
— drâcô, Dtàk c le Drac (esprit follet) »
dicô, dik € je dis »
(1) Il faut tenir compte seulement des influences savante et étran-
gère.
C'est la première qui explique des mots comme Jézùs^ de Jésus, Fé-
HtSy de Félix. Voy. plus loin le traitement des consonnes finales.
C'est la seconde qui explique les finales en u atone, issues de o atone
espagnol venu de Ù latin (Ex.: môru « maure », de moro); et celles en
e atone, issues de e muet français (Ex.: fidèle n fidèle »). Voy. la Lexico-
logie. — Sans compter e ajouté dans les masculins refaits. Voy. la Mor-
phologie.
* '
*3]^ LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
(h)ômô, dm € on *
— fûï, âû € je fus ù
vendit» bén « il vend »
— *Cârrë, Gara Gar » (n. de pic)
vâlët, bàw « il vaut »
nomën, nom < nom »
oantârê, kantà « chanter »
sapêrê, sabé c savoir •
partîrë, partie partir »
et tous les inûnitifs en d, é^ t, (à la troisième conjugaison, la
anale ê n*est tombée qu'après la pénultième, quand elle est
tombée; Ex.: crédëië, "krédre^ puis Arry c croire »; — mais,
le plus souvent Ye final atone, maintenu comme soutien de r
en groupe, a persi^té après la chute de r. Ex.: véndëre, bène
€ vendre ». Voj. plus loin).
Seuls font exception, parfois, û, ô et ï, soit par suite de
diphtongues, soit pour des raisons non plus phonétiques mais
morphologiques ; et, toujours, a. Ainsi :
V*) û a persisté après ë ; pour mieux dire, la diphtongue èû
a persisté, en donnant d'ailleurs soit êw, soit yéw{Voj. plus
loin). Ex.:
1® * Andrëû, Andrew a André ».
Matthëû, Matêw « Mathieu » .
2® Dëû, Dyéw « Dieu » (montalb. Dite),
Judœû, Judyéw c judas, traître o.
2^) o a persisté, grâce à la diphtongue formée par la chute
de la consonne médiale, dans :
vâdô, Wtt?« je vais » (ici ô a donné «?); cf. X^^Th.àêw c je fais»,
egô, *eOy *j/d, auj. jû «je » (ici ô est passé à û),
3*») i a persisté aussi grâce à des diphtongues, et a été
parfois rétabli par Tanalogie et la morphologie.
Au parfait de la première conjugaison, à la première per-
sonne, -âvi ou plutôt -âî a donné la diphtongue * dy, réduite
depuis k'ê, Ex. :
cantâ(v)î, 'kanidy^ auj. kanlê «je chantai ».
ET DE SA VALLEE 4 33
Aa parfait de la quatrième, -îvi ou îî s^est aisément
réduit à î, par fusion de î atone avec î tonique. Ex. :
parti(v)i, parii^ a je partis ».
Au parfait des deux autres, sans doute sous Tinfluence de
la quatrième conjugaison et des formes en ^isti et -istis, on
a aussi t tonique. Ëx. :
*dixi p. dixi, dichi «je dis ».
*legi p. légl, leji «je lus».
* voli p. vôlui, buii «je voulus », etc.
L'impératif ^e'fie « viens », de béf^ge « venir », conserve sans
doute dans son e final Tî de vénî (montalb. béni) ; peut-être
sous une influence savante ?
Dans les noms, î caractéristique du nominatif pluriel de la
seconde déclinaison est tombé. Ëx. : Âuscî, Âwch » Auch»
(Ce n'est que i qui a pu permettre ici à se de donner ch.
Voy. les Consonnes). Mais les nécessités morphologiques Tout
maintenu comme signe da pluriel de bien des noms, et même
étendu à des noms qui ne le prenaient pas en latin. Ex. :
bêzi «beaux», lat. bélli.
éti « eux )), lat. illi.
fiôrti (vieilli) ou fôrti «forts», lat. fortes.
Voj. pour tout cela la Morphologie.
4'') è a persisté, grâce à la diphtongue formée per la chute
de la consonne médiale, dans :
▼âdé,* »-•- bay, auj. bê « va » (montalb. bày),
*fâ(c)ô, * ftà^f auj. fié «fais », luch. et larb. (montalb. fdy),
Voy. bàw et /iêw dans 2®), ci-dessus.
5^) a atone final latin a persisté, mais a été traité de deux
maoïères différentes :
1. Quand il était proprement final, il est resté a {a k peine
fermé, quoique atone) dans le larboustois ; il est passé, par
M, ko (moins fermé que Vo fermé français) dans le luchonnais
actuel. Ex. :
câsây larb. kâday luch. kàzo ou kâdo « maison»,
illà, larb. étUf luch. éu) « elle ».
28
434 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHOK
àmâ, larb. dyma, luch. âymo « aime i (impér.)
* fôrà p. foras, larb. âô^Oy lucb. âôzo a hors »•
cantàbà(m), larb. kantàwa^ Ixxch, kantâtoo «je chaatais».
véndà(m), larb, bënat lach. béno a que je vende».
*8iâ.(m) p. sim, larb. syâ^ luch. syô «que je soIsd.
spînà, larb. espyây luch. espyô « épine ».
unà, *ûa, d*où larb. 2ii)d, luch. yô ett/u «une ».
Dans ces trois derniers exemples, il j a en outre déplace-
ment de Taccent. Ce déplacement doit avoir été, en luchon-
nais, postérieur au passage de a à d, c'est-à-dire que t n'est
passé àyetûàu) et k y qu'après qu'on a eu *itô, * espià^
*ûd. Ainsi , avec ce dernier mot, on a eu successivement,
pour le larboustoiâ, *ûa et wà; pour le luchonnais, *ûa, *ûô,
*wô, *yôj yô et yû. Remarquons cette dernière forme yu : o
est passé à u, à cause du caractère souvent proclitique de
t/o, et on a dit aussi yû pour la forme accentuée. Ceux qui
veulent raffiner le patois disent de nouveau yô, — L'aranais
est resté à ùa et le parler de St-Béat à ûo de *ûo.
Les noms de la cinquième déclinaison étaient en général
passés à la première, ou avaient acquis une forme en a. C'est
ainsi qu'on a, de * caria, p. caries, kCto cver rongeur » ; de
*dia p. dies, larb. ed dyâ , luch. ed dyô « le jour» : esp. el
dia, catalan lo dia (dies a cependant vécu à côté : e%a diés à
Artigue; et même larb. et luch. ke Rè dyés «il fait jour»); on
a eu peut-être même Va pour res \ mais on ne dit aujourd'hui
que arrés « personne », de res, et arréy a rien» de rem. Remar-
quons que râ de *rà aurait été tonique ; d&ns dyâ ou dyô de dia
il y a eu déplacement d'accent, de la même manière que ci-
dessus.
Dansera a la» de illa, le caractère proclitique de a l'a
maintenu a, même en luch. ; et a prép. devenue enclitique, a
donné o dans diyko ou diykyo a jusqu'à » Hrh. dé niy a,
2. Mais lorsque au lieu d'être proprement final il était suivi
de s ou de t, il est passé à e. Ex. :
câsâs, larb. et luch. kàdes ou kàzes u maison ».
1 Un vietix pilori de Milhau (Aveyron) porte: qua ra qob paras, etc.
Litt. ;» Quelle chose (que) tu feras...» (Communication de M. P. Sacaze).
ET DE âA VALLEE 485
cântâs, kântes « tu chantes ».
cànt&t, kânte « il chante ».
* sàpiàs, sàbyes (ou sâpyes) « que tu saches » •
* sâpiat, sàbye (ou sâpye) a qu'il sache ».
dù^, divés « deux » .
ûnâs, wés a unes », etc.
Dans ces deux derniers exemples il j a déplacement de
Taccent ; cf. larb. tiùés « tiennes » de tuas, swét a siennes »,
de suas.
Le passage de a final à e devant s est un des traits caracté-
ristiques de la phonétique luchonnaise. Dès St-Béat, a donne
ici à et non e. ' (Voy. TAppendice à la suite des consonnes).
1 Cette façon de traiter, en luchonnais^ Ta atone final suivi de s et
de t nous fait penser (avec d'autres raisons] que les inscriptions romanes
du XY* siècle de l'église de Gazaux-de-Larboust (reproduites par J. Sa-
caze, dans son Épigraphie de Luchoriy p. 72), ne sont pas en luchonnais.
1* D'abord, elles ne sont pas toutes en larboustois : on ne dirait pas
en larb. bbnoo « vienne » (3* pers.), lbnouo « langue », mais béyge
et léyga^ plus anc. léygwa ; et ces deux mots ne rimeraient pas ensemble,
pas plus qu'en luch. béyge et Uygo. De même, prœdicébat donne en
luch. et en larb. actuels predikàwe et non prbdigaba, dont I'a (ainsi
que celui de bba, plus loin) jure d'ailleurs avec l'o des précédents. —
Le distique qui contient bbnoo et lbnouo ne peut donc être du lar-
boustois; ni du louronnais, car le louronnais donne aussi béyge^-àwe.
2o c Fut» est dit foc ; mais f n'était-elle pas déjà passée à /i dans le
canton? auj. ke âûk « il fut ». — S» On trouve pour l'article les formes
DBU, AU, LA.. L (dans lanobl) et lo. Il se peut qu'elles aient existé
au moins certaines, en luchonnais (Voy. la Morphologie de l'article) ; mais
les formes courantes sont aujourd'hui etch^ detchy atch (avec assimila-
tions), et exa, — 4» Enfin, il y a peut-être des fautes, commises par les
premiers auteurs. Ainsi : obte pour * obtec {jeték\ si c'est un passé
défini ; cf. crbbc (Mais peut-être faut-il prendre oete pour le présent
jéte; nous aurions alors ici, une finale en b (e), issue du second a de jactat,
qui jurerait avec la finale a de prbdigaba) ; — tarbctb (c.-à-d. •tarestb)
p. * tarrésiCy de terrestre, avec a possible devant ?t ; forme inconnue
aujourd'hui; — db « de » devant paradis, sans article (possible pourtant :
cf. auj. ta dyàbble « au diable ») ; -^ b « et > oublié devant bba dans
la 2* inscr. ; peut-être par apocope (é ' ba) ? bien hardie I — Enfin é c et »
écrit B et BT ; — kàm « comment, pourquoi >, écrit gom, cum et cm en
abrégé.
Profitons de l'occasion pour dire qu'à notre avis le mot mes, sur
lequel on a fort disputé, vient prob. du nominatif mê(n)s (Voy. dans la
436 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
b) Contre- finales.
Les atones libres oontre-finalessont en général plus solides
Morphologie d'autres exemples de nominatifs conservés), qui en lucbon-
nais donnerait régulièrement la forme * mes.
Pour plus de clarté, donnons ici le texte tel que le donne J. Sacaze,
avec sa traduction et notre transcription luchonnaise.
1 CM IHS : GREBC : BBA : DBU : DBU .* COCTAT : DB ADAM
€ Comment Jésus créa Eve du côté d'Adam. »
Kûm ou mieux Se Hn Jézûs kreék Êbo (Eva aurait donné «^Ki^iro, si le
mot n'était savant) dek kustàd d'Adam (ou même de Adam).
2 : coM : lanobl : obtb adam : eba : db pabadis : tabbgtb :
« Comment Tange jeta Adam [et] Eve [hors] du paradis terrestre. »
(t jeta » ? ou jette?)
Se kin edj ànje jeiék (ou jéte) Adam [è] Ébo [hù^o] dep Patadls ter-
réstre.
3 CUM. SBNT. JOB AN. PBBDICABA AU POBBLB BT FOC PRBS PBB BBB0DB3
ff Comment saint Jean prêchait au peuple et fut pris par Hérode ».
Se kin Sen-Jwàn predikàw* ap pôbb'.e è /itic prenût {prés est ancien , e^
même encore larboustois) pet Ezôdo.
4 BBCi LO coronahent: db nostra : dama
m Voici le couronnement de Notre-Dame ».
(Besi viendrait régulièrement de vïde, bé a vois » et de (ec)ce^h)ic, s
« ci », mais ne se dit pas auj.; nous tournons par « ici ») Asi 'k kutu-
nomént (larb. kutiinamént) de Nostraddmo (larb. Nàstrculdma).
5 CI bos qub bbn tb bbngo
TEN LA MBS B LA LBNGUO.
Ni la traduction de M. Bernard, restaurateur des inscriptions, ni celle
de J. Sacaze ne sont admissibles pour ce distique. La nôtre, avec le sens
que nous donnons à mbs, est toute naturelle : « Si tu veux que bien
t'advienne, reliens ton esprit et ta langue », c.-à-d. évite de pécher en
pensées et en paroles. — En luch. : Se bas ke bey VarHbe (mieux que eb
béfjge ou te béygé)^ arretéy edj espHt é \a ^^ygo.
Nous croyons pouvoir conclure que l'on a affaire ici : !• à une notation
assez incertaine ; 2° à un dialecte peut-être mélangé, dont les éléments
ont pu être pris à des patois diflérents [pourtant To final de benoo et
de LENOOO s'expliquerait peut-être par une incertitude de notation pour
un a pr6s de passer à o; mais il faut admettre pour sauver Tunilé que
OBTB est pour oetec, car un dialecte qui dirait predicaba (ou -o et
bengo (ou -a) ne peut dire oete de jactat, mais * gbto (ou -a)], ces élé-
ments devant en tout cas être cherchés presque sûrement au nord-ouest
du pays de Luchon, dans le gascon de la Plaine, à cause surtout des
formes de Tarticle (On dit p. ex. à Pau, auj., lu, la, dew, aw).
ET DE SA VALLEE 4 37
que les finales. Cependant leur maintien (sauf poura) s*explique
le plus souvent par Tanalogie, importante surtout pour les
formes verbales. De plus, dans les composés refaits par le
roman, la contre- finale constituant la syllabe initiale du
second composant a persisté comme une espèce de contre-
tonique. Inversement, dans certains dérivés qui sont déjà
comme des composés (ainsi, pour a, les mots en -mént)^ la
contre-finale a été traitée comme finale. — Dans le détsCil (en
laissant de côté pour Tinstant les cas où la contre-finale est
en hiatus) :
1^) a. Persiste toujours en larboustois ; en luchonnais, per-
siste, notamment dans les formes verbales, ou, dans les mots
en -ment, -mens, et autres composés, passe à o. Ex. :
1. *ferrâtûra, Kerradûxo «ferrure ».
* cannâbâria, kanatoèco, « chènevièreo.
cantar-(h)abeo, * cantaraio, kantaxê «je chanterai ».
2. * pacaméntu, larb. pagamént, mais luch. pago-
ment « paiement ».
longa-mente -|- », larb. luygaménSy luch.
luygoméns « longuement ».
De même, a persiste en luch. dans les composés proprement
dits comme :
Simadûs (n. d'un village en ruines), litt. « cîme
douce ».
palaâêr « bêche », litt. « pelle-fer ».
Nditradâmo « Notre-Dame »*.
On dit (avec a mieux que o) :
Aygwabèto ou Aygtoobêto (n. de Heu), litt. « eau
belle ».
Kadaplâs ou KQdoplàs{n. de lieu), litt. « plans (c'est-
à-dire petits plateaux) de la maison ».
Mais echchûgo-màs « essuie mains » ;
' Cf. NOSTRA DAMA SUT l'inscriplion de Gazaux-de-Larboustf et sur
celle de la croix de Kastellùyk (sovbnansa db nostra dama de kosari.
Inscription (aranaise?) assez ancienne. En luchonnais actuel : subenànso
de Nôstradàmo de Wuzà'Ci c souvenir de Notre-Dame du Rosaire »).
L
438 LE PARLER DE BAGNERES^DE-LUCHON
arrigo-gwélh a libellule », litt. a arrache-œil » ; et
pourtant barrakâr) a étoffe de bure », litt. a euferme-chien ».
C*est que ce dernier composé est plus ancien, et quMl j a,
sans doute, influence des a voisins, comme dans palaâêr ou
Kadaplâs,
On le Yoit, dans les composés les deux lois de la persistance
de a final et de a contre-tonique vont de concert.
2») et 3») èeie tombent. Ex. :
2®) opërâriu, dawbri « ouvrier » (adj.).
ca1èfâ(ce)re, kato/id a chauffer ».
3**) verêcùndia, bergûnho « vergogne ».
(hjospïtàle, ustâw a maison ».
Begorrïtànu, Bigurdâr) « Bigourdan ».
Mais masiegâ f mastlcâre) « mâcher » , musegd (morsïcàre)
« mordre » sont formes de conjugaison ; de là le maintien
de e,
4*) i tombe également. Ex. :
exsarritare, echchartâ « essarter ».
Mais kastigà (castîgàre) « châtier » est forme de conjugai-
son; dans bedyàw « prestation », V\ de vicinale a été main-
tenu par la formation d*un hiatus ; dans buxidûg a fermenta-
tion », de ^bullîtione, et les mots analogues, Tî (d*ailleurs
primitivement non contre- final) a été maintenu par les infi-
nitifs correspondants (6ti%2 « bouillir », etc.); sans compter
rinfiuence savante: cf. eskmitât u obscurité », lat. obscurl-
tàte, etc.
5**) et 6*) ô eio tombent. Ex. :
5®) colôcâre, kugâ « coucher ».
6^) labôrare, latotd a labourer ».
*miscûlâre, meskld « mêler ».
Mais dezlugà (dis-lôcare) « déplacer, disloquer », a$toà p.
* asuà (ad-sônâre) c appeler » ont gardé ô sous forme de u, ô
étant là voyelle de sjllabe initiale plutôt que contre-
tonique ; d'ailleurs, ce sont des formes verbales, comme bris^
ET DE SA VALLEE 4 39
(u/d a torréfier »,d6 p(e)rustû1àre mi-sav.^ carustûlâre donne
ûsklà) Iremu là « trembler », de ^tremûlâre, etc.
Mettons à part :
Sedotoédo on moins bien Sedutoédo (n. de lieu) de Ipsa ïdû-
lêda ; ou par rédupl. * ïtàbêtâ? (Quant, bypoth.).
petezàm « entrailles de mouton », de *pectorànu (?].
Le premier pourrait être sorti, par un simple relâchement de
prononciation , d*une forme * Sedwèdo ; le second est sans
doute issu, d*une manière analogue, de *peytrâm^ *petrâm,
par affaiblissement de r en « après / et introduction d'un e
d*appui (Voyez les groupes de consonnes).
V) û tombe. Ex. :
mandûcâre, *maynjâ (?), auj. minjâ a manger ».
SMl persiste dans salûiâ (salûtâre) « saluer », ajûdà (adjû-
tare) « aider >, esturnûdà (sternûtare) « éternuer » (montalb.
estizurnà, avec altération de l'initiale également, et de plus
métathèse), ce sont formes de conjugaison.
c) Pénultièmes.
Les atones libres pénultièmes, elles aussi, tombent ou
deviennent plus fermés ; elles ne sont guère plus solides que
les finales. Les plus fréquentes étaient les brèves à, ê, I,
ô et û.
P) à persiste, mais en passant àe. Ex. :
*cantâbâmus, kantâwem « nous chantions ».
*cantàbâtis, kanlàwet a vous chantiez ».
*cânnâpe, kânep « chanvre ».
Mais krâmbo a chambre » vient s. d. de caméra, qui existe
à côté de càmâra ; et séggle a seigle » vient s. d. du français,
car ^sécâle p. secâle aurait dû donner ""ségetol^e montalb. dit
«eje/, mais inversement kârbe pour « chanvre »).
2^) é tombe toujours ; sa chute a même précédé celle de
é final. Ex. :
1 * càpere, * kâbxe^ puis kâbe a contenir » .
véndère, * bén-xe^ puis béne « vendre » .
véspèru, * bêsp^tCf puis bêspe « soir », etc.
440 LE PARLER DE BAGNERES-DE-LUCHON
2. orédôre, ^kréd-xe^ puis hréy t croire ».
càdére, * kâd-xe, puis kày a tomber», etc.
Les infinitifs en e atone de la 3* conjugaison fournissent ici
les plus nombreux exemples. Leure atone ne vient, en effet,
ni de ô final, ni de ê pénultième, mais ce sont les groupes
en -xe qui Tont laissé à leur place ; aussi vaudrait-il mieux
écrire ci-dessus * kâb-x que ^kâb-xe^ etc Voy. plus loin Tio-
fiuence des consonnes sur les voyelles et les groupes de con-
sonnes.
3^) I tombe le plus souvent ; quand il persiste (ordinaire-
ment en hiatus) il passe à ù Ex. :
dispôsliu, dis;ôst u dispos d.
véndlta, béndo c vente ».
fémina âénno « femme 0.
formâtïcu, Hurmâdje a fromage ».
*fidïcu, fiidje « foie ».
Mais : sâpïdu, Sàbi (n. de ruisseau, et de famille),
limplda, limpyo c limpide > fém.
sômniu, sôni a songe ».
Antôniu, Antôni « Antoine » mot mi-savant.
*pàrtïo, parti «je pars »,
et tous les présenta en i atone, issus de lo ou de éo rameno
à ïo. L'analogie est intervenue ici, et Tt doit être considéré,
croyons -nous, non comme conservé, mais comme réintroduit,
même dans les verbes de la 4* comme partie car pârtio aurait
dû donner ^pàrs. Cf. ci-dessus le maintien de la finale î carac-
téristique du nom. masc. pi. dans la 2* déclinaison.
4^) ô tombe souvent; quand il persiste, il passe au*. Ex. :
1 arbore, * àrb-ze^ puis nrbe « arbre »
lépôre, *lêb't€, puis lêbe « lièvre »
-âtôre, •-rtrf-te, puis -àyze
episcôpu, abéske « évêque »
1 Le montalb. a parfois conservé ici V6 et l'û atones, mais en les fai-
sant tous deux passer à u tonique. Ei. :
"acr'^ÔIu, (j^'ifùi « houx >
- cumûlu, kumûln comh\Q^
ET DE SA VALLEE 441
2. Mais : * trifôlu, * Iré/iuto, auj. tréw « tr èfle jaune » ;
*acrifôlu, *Qy%éfiuw^ auj. a%éw « houx » ;
et peut-être aussi :
apôstôlu , * apôstuWy auj . apôstu « apôtre » ; mi-savant
en tout cas (p maintenu).
5*) u tombe régulièrement*. Ex. :
ëbùlu, *êwuw^ auj. jêw « hièble ».
miràcûlu, mirâlh > miroir»,
facûla, Hâlho « chandelle de résine » .
(h)à^tûla, âsklo « bûche > .
cûmûlu, kûmble c comble » (on dit plutôt.
kalamêlch)^ etc.
Nous reviendrons plus loin sur la réduction des hiatus et
des diphtongues qui se produisent souvent avec les pénultiè
mes, et sur la fusion des atones avec diverses consonnes.
B) Voyelles entravées
D'une manière générale, les vojelles entravées, toniques
ou atones, persistent. Cependant les toniques deviennent par-
fois plus ouvertes et les atones plus fermées. Ainsi :
P) a entravé tonique reste d (1); atone, il est encore a (1),
sauf à la syllabe finale où il passe à e, comme a libre final
devant t ou s. Ex :
1. arbore, ârbe t arbre »
ârca, ârko a coffre du char >
vàcca, bàko « vache d, etc.
2. pastôre, paslû < berger »
parlire, parli c partir », etc.
Mais : càntânt, kânten a ils chantent »
cantàbânt, kantàwen « ils chantaient >
(1) Si nâscere donne tiécfie • naître », laxare, lichà « laisser », cela
tient à des réductions de diphtongues; si (h)astella donne estera a co-
peau », à l'apocope de l'a de *astêro et à l'analogie, avec les mots com-
Biençanl par «/-; si a(u)scultare donne eskutd « écouter », c'est encore
par analogie avec les mots latins commençant par ïsc- (esk-).
4 42 LE PARLER DE BÂ6NERES-DE LUGHON
(et toutes les troisièmes personnes da plariel, formées par
analogie : sâben, léjen^ parient kanlèten, kantêsen, etc. — Voy.
la morphologie du verbe). Ce passage de à final entravé à
e caractérise le luchonnais; dès Saint-Béat^ on a, ici aussi, à
{kàntôn^ etc. — Voy. T Appendice à la suite des consonnes).
2*^ et 3®) è eie entravés toniques restent en général ê et é;
atones, ils donnent tous deux e. Ex.:
2®) 1. (h)erba, êrbo t herbe ».
terra, têrro « terre ».
-ellu, -ella, -êtch^ -êxo^ fr. « -eau, -elle ».
septe, $êt c sept », etc.
2. sestivu, estyéto c été d.
verticulu, bertélh c peson de fuseau ».
*vecticulu, hetilh « levier ».
■
3") 1. epïscopu, aiéske • évéque ».
capïstru, kabéstre c chevétre ».
crïspu, krésp t croûte ».
squïlla, e$kézo h clochette ».
ïllu, -a, étchj éco « lui, elle ».
2. pïscâre, peskâ t pêcher ».
ïntendere, enténe < entendre » .
*vïndémia, p. vindémia, ^betémya^ *brémya, puis brènho
c vendange ».
Il y a toutefois une importante remarque à faire : é, même
tonique, placé devant le groupe n-|-consonne (sans parler,
bien entendu, du groupe ns du latin classique, réduit à s en
latin populaire, rendant e long et ne formant pas entrave. Ex.:
pê(n^su, pés « poids ») a toujours donné é. Ex.:
convéntu, kumbént « couvent »,
moméntu, mumént « moment »«
comme tous les noms en -ment et tous les adverbes en -m^)5 ;
lucénte, lûdént a luisant a,
comme prâ(i^fi/ c prudent o, sabént ^ savant», et tous les
participes présents des trois dernières conjugaisons ;
ET DE SA VALLEE 448
pruiéntia, prùdénso a prudence » ;
Lauréntiu, Lawzéns (n. de famille);
véndere, béne c vendre b,
inténdere, enténe a entendre •,
comme (mais avec diphtongaison) estyéne « étendre » (cf.
Ryéne « fendre », de fïndere).
Comment expliquer ces faits? Sans doute par la tendance
de Te à se fermer devant des groupes semblables, c Ainsi, en
> latin, ë devient i devant une nasale gutturale, et, en germa-
» nique, devant n-f-oonsonne » (Communication de M. Gram-
mont). Il se peut donc qu*on ait eu jadis en luchonnais, com-
me aujourd'hui en provençal, *lûiênt (prov. iuzêni)^ *kumbênt
(prov. kubênt), *prûdênso (prov. prûdênso); mais aujourd'hui
c'est é qu'on a en luohonnais dans tous ces cas. Ce caractère
de la phonétique luchonnaise sépare le luchonnaisdu proven-
çal, et le rapproche, comme le montalbanais et le languedo-
cien, de l'espagnol qui ne connaît que é. Cf. plus loin le trai-
tement de ô tonique entravé.
4^) I entravé, tonique ou atone, reste i. Ex. :
1. cîngula, ^tffQ^^ a sangle»,
missa, miso «messes.
2. *cînquâginta, siykânto «cinquante».
lînteôlu, linsô « drap de lit».
5® et 6'). d et 0 entravés toniques restent d'abord 6 et d,
mais d tonique entravé passe ensuite (comme ô tonique
libre) à û\ atones, ils donnent tous deux u. Ëx. :
5') 1. porta, porto «porte».
*môrtu, mort «mort^.
sôlvere, sôbe «tremper, dissoudre».
Costa, kôsto «côte»,
molle, match ahumide».
ponte, pont « pont» .
fonte, ^dn/ «fontaine», etc.
2. pôrtàre, purtà «porter».
*fôntàle, âuntdw «lieu humide»,
môntànea, muntânho « montagne, pâturage
élevé».
4 44 LE PARLER DE BAGNÈRES*DE-LUCHON
6*) 1. côrte, contrdecô(h)ôrte, A:urM< grange»,
sûrdu, sùrt « sourd n.
*gùrgu p. gupgite, yûrk «tourbillon d'eau»
* tûrbeoutûrbo p. turbine, tûrp « tourbillon de
neige ».
8ûlcu, sûk tt sillon ».
tûttii, tût «tout' ».
pûllu, pûtch acoqo.
2. ûrtica, urtigo a ortie».
pûrgâre, purgâ « nettoyer le blé * » .
•^ fûrcina, Huchino t fourche de fer».
pûUâre, pusâ «pousser t.
tûssire, tun «tousser»'.
* pûllicu, pmik «poussin ».
Remarquons que à reste ô en luchonnais même devant la
groupe n -|- consonne [pônt^ fiant); il n'y a donc pas parallé-
lisme entre son traitement et celui de é dans le même cas.
Sans doute, « mont» se dit mûnt ; mais peut-être muni vient-
il de *mônte pour monte, ou peut-être y at-il eu influence
des nombreux dérivés et composés où il entre comme procliti-
que (muntdnho^ muntankàrt^ Muntawbây^ Munnê^ etc.). Au
contraire, le montalbanais dit, non seulement mûn^ mais
encore pûn et fûn, traitant ainsi ê devant n -f- consonne
comme d; et le louronnais et Taurois vont jusqu'à dire mûri
«mort»; mais Tespagnol diphtongue icio en ue.
7<^ û entravé, tonique ou atone, reste à. Ex. :
1 Cependant (h)irundula donne arr(5//o t hirondelle», et non •ariti//o;
à mûttu correspond mot «mot», et non '*mût ;
à singlùttu, say glati, hoquet», et non ^sayglûf.
Mais les deux derniers sont sans doute des emprunts, et le premier doit
a voir subi l'influence analogique de am///â« rouler » de rôtulâre, ind. prés.
an'ôlli, impér. arrôllo^ etc., — Mëdùllu < moelle», a de même dû donner
môtch (au lieu de ''mûtch, par '*méwtch : montalb. métolo^ de medulla)
sous l'influence de môtch .♦ humide » (et peut-être anciennement «mou ■)
de molle.
• Montalb. tàsi, avec ii, peut-être sous l'influence de l'i de tussio. —
Voy. û ci-après, pour pùrgà « purger».
£T DE SA VALLEE 4 45
1. jûstu oa }XiBie fjûst «juste, justement ».
fûste, /iùst tt bâton, fût ».
2. jûsta-mente, jûstoméns^ etc.
Il j a quelques cas difficiles. Jûnl « joint d et puni « point n
pourraient venir de jûnctu, qui est possibie,et de pûnctu, qui
est classique; mais ils pourraient venir aussi des formes
jÛDctu et pûnctu, où Yû serait dû à Tinfluence du c devant t,
analogue à celle du y dans cûneu, d*où kûnh a coin ». Voy.
plus loin.
D'autre part, à fûrtu (û sans doute comme dans fur) cor-
respond fûrt (( vol d'objets » (il aurait du
moins fallu ^âûrt)
à cûrtu correspond à la fois kûri « court »
et kûrt (( qui a la queue coupée » ;
à pûrgare, à la fois purgà « nettoyer le blé o
et pur g d « purger w.
Les formes en û sont là savantes ; seulement elles n'ont
pu être prises au français (pas même sans doute pûrgà);
elles sont venues du latin savant, dont Tu se prononce û
(sauf devant nasale -\- consonne) dans toute fia France.
De même bûw « bulle » doit venir de bûlla, mais par le
latin savant; si Ton a bmo au lieu de ^bûlo^ cela doit tenir
àTinfluence de buxt ((bouillir». Cf. la locution a bûls ak
gros bouillons » ; bûls plur. de bûlh , inusité, de ^bûlliu, tiré
de bullio, avec influence du y.
Enfin, taudis qu'on a régulièrement
/iûne c fondre» de fûndere ,
et même Kûns a fond »,de fûndus^
«fonder» se dit Rûndà et ((fondement » Rûndomént. Comme
on ne peut avoir que fûndare et fûndamentu, avec û, il faut
admettre ici encore des emprunts (hypothèse confirmée par
le maintien dans ces mots de d après n), mais des emprunts,
non au français qui aurait donné, Y^^rfa, "fundomént, mais au
latin savant, qui devait être ici pour les anciens luchonnais
fôndare, fwndaméntum, avec û et non o» comme aujourd'hui
en France. La présence de /i n'est pas une objection : elle
446 LE PARLER DE BÂGNERES-DE-LUCHON
prouve simplement que les mots en question ont été emprun-
tés avant le passage àe fkâ en luoh., ou Tinvasion des f.
Ainsi, en résumé, les voyelles entravées ne nous donnent,
comme atones, que a, ^, t, u et â ; comme toniques, a, é^ t,
6 et si Ton veut û ont persisté ; i a persisté le plus souvent,
mais devant n -{- consonne est passé à ^ ; 6 est passé à û.
Le traitement de é et de d entravés caractérise le luohonnais.
B. Sarribu.
LES CARTULAIRES D'ALBI
Cartnlalre AAl
Les archives municipales d'Albi possèdent sept cartulait*cs.
ku milieu de beaucoup de documents connus, il s'y en trouve
certains qui ont été dédaignés ; non pas qu'ils manquent
d'intérêt, mais parce que les historiens albigeois n'ont pas
trouvé Toccasion de les utiliser. Nous nous proposons de par-
courir, feuillet par feuillet, ces vénérables parchemins et d'en
extraire tout ce qu'ils contiennent d'inédit. Pour donner une
idée sufSsante de chacun d'eux, nous analyserons les pièces
que nous ne reproduirons pas.
Sans doute les faits que nous relèverons n'ont pas, au point
de vue historique, une importance capitale; ce sont, généra-
lement^ de menus détails : entrées et mort des évéques, fami-
nes, tremblements de terre, mortalités, éclipses de soleil,
règlements locaux, etc., etc., etc.; ce sont pourtant ces
détails qui composaient autrefois l'histoire. Au point de vue
philologique l'intérêt est beaucoup plus considérable. Sans
doute, on n'y fera pas, comme dans les séries BB et CC, une
abondante récolte de mots nouveaux; mais on pourra surpren-
dre sur le fait les successives transformations de la langue
romane, au cours de trois ou quatre siècles, l'invasion pro-
gressive de la langue d'oil dans le dialecte albigeois.
Le Libre de Memorias de Jacme Mascaro, dont M. Ch. Bar-
bier a su tirer un si merveilleux parti, et que notre travail
rappellera, n'embrasse qu'une période fort restreinte, insuffi-
sante pour suivre la décadence de la langue. Sous ce rapport,
4 48 LES CARTULAIRES D^ALBl
tout au moins, les Cartulaires d*Âlbi offrent plus d'intérêt que
les Memorias.
Sans autre préambule nous abordons Texamen du Cartu-
laire AAl. Le premier document est un règlement sur la per-
ception du droit de pesade. Voici le préambule : » Coma
» tumult, brega ^ e discordiafos sobre Tusatge e la persepcio
» de la patz delà vila d'Albi e de las pertenensas entrels leva-
» dors de la dicba patz, d'una part, els ciutadas d'Àibi e de la
)> pertenensa, d'autra; e de paraula venga hom a batemens,
}) e de batemens mort se puescha essegre, fo adordenat,
» sobre Tusatge e sobre Topsebement de la dichapatz, so que
» se sec. »
Ce règlement comporte buit articles dont les titres sont
écrits à l'encre rouge : 1® Hom levan e colgan; 2® Hom que
vengra estar ad Albi ; 3* Hom de mar aura... LX ans non
pague * ; 4* del bestial ; 5® tôt brau e tôt poli ; 6® tota bestia
que bastege * ; 7® tôt parec de fedas * ; 8** araire complit '.
Vient ensuite une transaction entre Tévêque Guilhem
Peyre ^ et les consuls : « Ajsso es la composicio que fo fâcha
» ab mosseinher Guilhem Peire, avesque d'Albi sa enreires, et
ï> ab los cossols et ab la universitat dels prohomes d'Albi ; e
)) ditz enaissi coma se essec ». Voici les points sur lesquels
porte la transaction: 1* D'ome cant mor ses far testament;
2° De comandas qui las fa ad Albi ; 3*^ Se bom estrainh se mu-
dava en la vila d'Albi ; 4" Que hom no sia près que présente
^ Cr. Du Cang. Briga = jurgium, rixa, pugna-
s Po may adordenat que negus hom no sia tengut de pagar patz de son
cors de mars LX ans passatz.
3 Fo may adordeaat que tota bestia que bastege, rosci o ega o mul. Baste»
gar = porter bât. Conf. Du Caog. Bast et basta.
^ Dans le corps de l'art, on lit : Tôt parec de fedas complit de c beslias o
de plus, que i ega en cledas, pague V s, el mieg parrec... Parrec = trou-
peau.
B Ce document n'est pas daté, peut être môme est-il inachevé. Il est trans-
crit en efifet sur une feuille de parchemin détachée, mais ayant même format
que le carlulaire, soit 21 ceut. 5 X ^6 cent. 5.
0 Cet évéque, de la maison des Laurac de Brens, d*où sortit le fameux
hérétique Guillaume Pétri, est désigné sous le nom de Guilhem Peyre Vai-
terus ou Galterus; il occupi le siège de 1192 ou 1193 à 1230.
LES GARTULAIRES d'aLBI 44(»
drech e puesca fermar ; 5® Que hom non puesca guidar *■ autre
per deute contra la voluntat d*aquel a oui deu ; 6^ De quista,
de touta, d*albergua, de segui ' ; 7^ Sel biàbe avia piach o
contrast ab los homes d'Albi ; 8® De sancforo ^ ; 9^ De mur-
trier; 10^ De adulteri *; 11® De las autras costumas bonas que
aissi no S80 escriutas, que slotengudas; 12® Los covienhs
d*ambas las parts.
L'accord se termine ainsi : k Et aisso fo fach Tan de la
incarnacio de Dieu Ihu Xrist M® CO XX®, renhan llo rei Phelip
de Fransa: videlicetXVIlkl. de mai '. Phelip o escrius.
La célèbre transaction dite de saint Louis occupe le bas
du recto du folio 3, tout le verso, les folios 4 et 5, et la moi-
tié du recto suivant. Elle porte pour titre : « Ajsso es la
» composicio fâcha per mossenher Loys, rei de Fransa, e per
» mossenher B. de Cumbret, avesque d'Albi % sobre las cau-
» sas que la u demandava a l'autre en la vila d'Albi per raso
a dels Frotiers ''. Editz enaissi ». Elle est trop connue pour
que nous en essayons même une analyse. La date de cette
transaction est décembre 1265.
tt Aisso es la pronunciacio, la ordenacio, la diffinicio el
» establiment que pronuntiec mosseinher Johan de SoUic,
)) arciavesque de Bezorgas ^, sobre lo compromes que era; e
» fo fach en lo dich seinhor arciavesque pe[r] mosseinher B.
» de Cumbret, avesque d'Albi, e per la glieia, d'una part, e
1 Est-ce le guiarede Du Gang, qui se traduit par gager ou minus off'erref
' Divers droits seigneuriaux : pour touta Cf. Du Gang. ToUa : Unum
quarterium vioi quod auDuatim mihi reddebatur de exactione, quod vulgo
appellabatur Toute. Segui : obligation pour le vassal de suivre le seigneur à
la guerre Gf. Du Can. Segua,
3 De TelTusion de sang.
^ Cet article est curieux : E dissero mai que qui près sera ab autrui molher,
que corro ambidoi essems nutz, se acordar nos volio ab lo seinhor bisbe, ese
buin autre lor o retresia d'aqui enant que fos en eissa la pena.
s 15 avril.
« Bernard de Gombret occupa le siège épiscopal de 1254 à 1272.
' Les Frotiers étaient coseigneurs d'Albi. Un Frotier, coseigneur d*Albi,
était évèque de cette ville en 972. Signalons à M. Emile Lévy Terreur que,
sur la foi de Compayré, il a laissé glisser dans son Supplément a
Raynouard. Frottier est un nom propre et pas un nom commun.
* Bourges, dont Tévôcbë d'Albi était suffragant. Jean de Sully occupa e
siège de 1201 à 1291. îdy
4^)0 LES CARTULATRES d'aLBI
0 per los cossols e per la universitat d'Albi, d*autra part. E
» pronunciec enaissi ».
La transaction portait sur les points suivants : 1® De crims
que pena porta de sanc ; 2o de jutgar lo malfachor; 3^ de
crim notori o manifest; 4° de la crida cominal; 5^ de la renda
del pont de Tarn ; 6® del crear cossols e accosseilhadors de
lor^ ; T^'de panar peisches, conils, colomsogalinas;8* de pausar
forestiers ; 9° d'aquels que panarau frucha ; 10^ de las carriei-
ras nedejar ; 11° de falsa mesura ditz enaissi ; 12® de mesura
d*oli ; 13ode mesura de blat o de sal ; 14° de mesura de draps;
15° de tôt fais pes ; 16° de pa vendedor ; 17° de carns mese-
las ^ vendudas o unas per autras; 18° de carns moriosas' o
mortas per lor propria mort ; 19° dels notaris publics crea-
dors ; 20° d'ome cant mor ses testament e no i apar heretier;
21° de las claus de la vila d*Albi gardar; 22° que nos fassa
cofrairias o colligacios ab sagramen ; 23° de la ost e de la
cavalgada e de la pila ; 24° de la pila ; 25° cossi tôt aquo que
es dich sia gardât.
La charte se termine ainsi : « Fach fo aisso ad Albi e dat
» en la glieia de Sta-Cecelia, em plenier parlamen dels dichs
» ciutadas e de la universitat; presen lo dich avesque. Anno
» domini MCCLXVIIII, lo dimecres aprep la festa de S. Ma-
» thieu Tapostol, en lo mes de setembre ».
La charte qui suit porte pour titre : « Aisso es la carta del
1 Cet article a été le code électoral d'Albi jusqu'en 1402. Nous le
reproduisons : « Quant cossols e li accosselhadors do lor seran creadors,
> ajustât parlamen si coma es de costuma, li homes de cadauna gâcha
> de la ciutat elegiran dos baros prohomes en cossols et autres dos en
> acosselhadors , li quais seran presentatz al evesque; el avesque recebra
> sagramen de lor que eill las drechuras del avesque e de la glieia
» d'Albi e de la ciutat fiselment gardaran et aquel oflici fizelment esse-
» gran. Juraran mai las autras causas que au acostumadas jurar ; et en
» sobre que de las obvencios del pont alcuna causa non despendran o
p despendre per lor poder no sostenran contra l'avesque o contra la
u glieia albienca ».
' Ladres. Cf. Du Can. Mezellus. Porcus leprosus seu mezellus.
3 Mort de maladie. Cf. Du Can. Mot-ia^ vieux franc. Uorie, Anima-
lium ex quovis morbo mortuorum carnes morticinse.
LES GARTULÂIRES O'âLBI 451
» cornu, oossis deu far ni levar ad Âlbi, sagelat ab dos sagels
n e ditz aissi *>. Elle est des ides de février ' 1236.
Suivent des extraits des Evangiles selon saint Marc, saint
Luc, saint Mathieu et saint Jean. C*estun simple exercice de
calligraphie.
Autre charte sur le mode d'établissement et de perception
des communs, du 3 des ides de mai 1245 ^
Dans le calendrier qui occupe les folios 13 à 18, nous relè-
verons seulement Tentête et les quelques notes qui s*j ren-
contrent • :
Januarius habet dies XXXI, luna XXX ; nox habet horas
XVI ; dies octo. Eu face du 8 des ides (6 janv.) on lit : Afesto
stelle mirando perûce iunam, post XL dies LXX ûet et si
bisextus fuerit, subadditur unus ; si cadat in iucem Domini,
suppone sequentem.
Sur la ligne du 15 des kal. (18 janv.) : Sol in aquario, et
sur celle du 5 (28 janv.) : claves XL.
Febriarius habet dies XXVIII, luna XXIX. Nox habet
horas XIIII ; dies X. Hic concurrentes mutantur.
Sur la ligne de 15 de kal. (15 févr ) : Sol in pisce.
Marcius habet dies XXXI, luna XXX. Nox habet horas
XII, dies vero XII.
En face du 5 des ides (Il mars) : Claves Pasche ; et du 15
des kal. (18 mars) : Sol in ariete. Au 31 mars, on lit :
lUius est menais cul dat lunatio ûnem.
* 13 février. Cette charte fut octroyée par Tévéque Durand, qui occupa
le siège de 1230 à 1*254. G'eat lui qui fonda le couvent des Frères Mi-
neurs. (Fonds Doat, vol. 113, f» 305).
* 15 mai.
> Nous avons négligé certains signes dont nous n'avons pu deviner la valeur.
Comme iU peuvent élre intéressants pour quelqu'un, nous indiquons leur
place dans le caleadrier. C^h si^iÇoes co;nprennent : un .d. toujours barré
ob'iquement de droite à gauche dans la boucle et entre deux points ; un .d.
et un .e. séparés par un point ; un .h ou .ho. ou ,hora. et enfin un chiffre
roioaio.
En janvier : 1 et 25 ; .D. En février, au 4 .D. e. En mars, au 8 .D. e.ho.
l'.Eo avril, au 21 .D. a. ho. X. En mai, au 3 et au 25 .D. En juin, au 10. D.
e. ho. VI; au 16. D. hora, XV(. A partir de juillet jusqu'à novembre, néant.
Ko décembre, au 7 .D. au 22 .D, e .bo. VU.
Ahfi LBS CARTULAIRES d'aLBI
Aprilis habet dies XXX, luna XXIX. Nox habet horas
decem ; dies vero XIIII.
Au 2 des Nones (4 avril) : ultima intentio lune paschalis;
au XY des kalen. (17 avril) : Sol in thauro, et au 3 des kalen.
(29 avr.) : Terminus Penthecoste.
Madius habet dies XXXI, luna XXX ; nox habet horas
VIII, dies vero XVI.
Au XV des kalen. de juin (18 mai) : Sol in geminis ; sur la
ligne du IX de ces mêmes kalen. (24 mai) : Sol oritur. Sur la
ligne suivante, 25 mai, fête de saint Urbain : Ver fugat Urba-
nus, estatem Simphorianus.
Junius habet dies XXX, luna XXIX ; nox habet horas sex;
dies vero XVIII.
A Nones (5 juin) : ultimus terminus Penthecoste.
Sur la ligne du 15 des kalen. de juillet (17 juin) : Sol in
cancro ; et sur la ligne suivante : Solsticium.
Julius habet dies XXXI, luna XXX ; nox vero habet horas
VIII, dies XVI.
Au 16 des kalend. d'août (17 juillet) : Sol in leone. Inci-
piunt dies caniculares. Au 14 des kalen. : Ab ista die usque
ad nonas septembris non te minuas.
Augustus habet dies XXXI, luna XXIX ; nox habet horas
X, dies XIIII. Au XV des kalen. de sept. (18 août) : Sol in vir-
gine.
September habet dies XXX, luna XXIX ; nox horas XII
habet, et dies XII.
Au 2 des ides (12 sept.): Dies caniculares ûniunt.AuXV des
Kalen d'oct. (17 sept.) : Sol in libra ; au XIII (19 sept.) :
Ëquinoctium autumnale.
November habet dies XXX, luna XXX ; nox habet horas
XVI, dies vero VIII.
Au 16 des kalen. de décem. (16 novem.); Sol in sagittario.
Au 9 des mêmes kalen. (23 novem.), fête de saint Clément :
Festum démentis caputest jemis orientis ; cedit jems rétro
Cathedrato Sjmone Petro. Et au-dessous : Ver fugat Urba-
nus, statem Scinforianus ; post venit octumnus et sic claudi-
tur totus annus.
December habet dies XXXI, luna XXVIIII ; nox horas
XVllI, dies vero scx.
LES CARTULAIRES d'ALBI 453
Au 16 des kalen. de janv.(17 décem.) : Sol in capricorno.
Remembransa sia que, en Tan que homcomtavaMCC*XCVI,
îo fâcha ordenacio e declarament de vendas e de foriscapis en
cal manieira se devo penre e levar per aquels que han âeus e
cesses en la ciutat d*Albi et dins lo dex, em presencia del
seinher B. de Castanet, avesqne d*Albi, e dels prebostz de
St» Cecelia e de S. Salvi *.
Ce règlement contient 8 articles qui n*ont pas de titre '.
Afferme du poids public. Texte latin, du 24 janvier 1336.
Sequitur pronunciatio facta per reverendum in Christo
patrem dominum Castrensem episcopum supra debatis et
cootroversionibus vertentibus inter reverendum in Chri-îto
patrem dominum Albiensem episcopum, ex una parte, et uni-
versltatem civitatis Albiensis, ex parte altéra.
Document non daté.
On remarquera, dans les pages qui vont suivre, qu'un certain
nombre de mots nous ont échappé. Le cartulaire AAl a été si
souvent feuilleté que, sur les bords extérieurs, le parchemin
a jauni et les lettres ont disparu. Nous aurions pu essayer de
les faire revivre, en j déposant, avec un pinceau, une légère
couche de sulfhjdrate d'ammoniaque concentré ; mais outre
que le succès de la réaction chimique nous a paru, pour bien
des cas, un peu problématique, nous avons hésité à soumettre
le précieux document à une opération qui aurait pu le dété-
riorer.
L*an MCCCXXXIII, fo gran fam e gran carestia ; valia lo sestier
del froment sinquanta soutz e tornec vas Pantacosta ; e S. Johan se
culhic e s*es vendut a XIIIl s.
< Bernard de Castanet est un des évoques d'AIbi dont le nom a fait le
plus de bruit dans THisloire ; il éveille aussitôt Tidée dMnquisition. Quel que
soit le jugement que l'on porte sur ce prélat, qui fut un terrible homme, il
ne faut pas oublier que ses cruautés vis-à-vis des hérétiques Albigeois furent
coodamnées par le roi de France et deux délégués du Saint-SiAge. Hauréau,
membre de Tlnstitut, a publié en 1878, chez Hachette, un volume qui porte
le titre : Bernard Délicieux et V Inquisition, La figure de l'évoque Inquisi-
teur y est définitivement fixée.
<0n énumère les différents cas qui donnent ou ne donnent pas lieu à per-
ception des droits de matation.
454 LES CARTULAIBES D AI.BI
Item l'an XLVlll,foc gr&n mal an de fam, de que motigro gaore
de gens.
It. l'an XLVIII, foc la gran mortalitat, que foc la gran(s) mortaliUt
de ris 6 de psubreB que de la hora que Diaus venc en l'angea Maria
no eab hom que foa ta gran(s) '.
It. r>a LX, foc carestia ; valc lo seatier del froment quatr
floria.
It. l'an LXl, foc autra mortalitat, mas no pa» ta grands coma fr
l'an XLVIII ; e morigro may d'efans que de gens grans.
It. l'an LXIX foc autra carestia , que valîa lo cestïer del frome
quatre floria ; e valc tro que hom ne colhic, e per bons razo, car,
gert, ni rie ni paubre non «via blat vielh, per aut rie hora que f
de que fo gran miracle de Diau, aytan gran fe quant sadolec d>
pas e de V pejaea V melia personas '.
It. l'an MCCCLXXIl.aXIIIdel mes de julb.,foc, ad Albi, la
tempesta e noi i demorec negun de blat ni de vi, mas fort petit.
It. l'an dessus, lo segon jorn de mars ', que fo lo premier r
carême... • fe la terra tremol.
It. l'an MCCCLXXV, el mes de abril e de ma?, el mes de jv.
froment lo aesiier X floris, e seguel VIII florigedavant... • nad
froment V e VI floria e aeguel... * e morigro ganre de geospaul
fam.
It. l'an LXXVI. a XXVI del mea de setenibre. fo Tarn t.
que eb un eaplegh ^ pogra hom penre de l'aygua de bub lo
la fusta ; e venc Ihin la procession de St» Cecilia portan lo a*
Dieu; mas be fora eatat mage*
A XXV de setembre, Tan MCCCLXXXVl, nasquec lo pre
filh del t6j, noetre senhor, de Franasa, segon que aparia j
t Uême cberté à Béi'en ; le rroneel
valut 2 franca
La valeur du noria, i Albi, ta 1369 <
es! de quinze .
' Ed DOuvesu ElylB 1373.
1 mots effacé».
oq moLurlTaci^Ei.
is mois eflacés.
ITacéB.
phru« est eflacée. Oa
1 croit lire: Ji
456 LES CARTULAIRES d'aLBI
Verbum multiplicatum
Générât tediam
Non est arnicas qui
Amicum peccatorem non corripit.
Vitam habemus ex matuo,
Non autem ex debito ^'
L*an M» CCCLXVIII, la vespra de S. Marc, casec la gran tempesta,
e tempestec otral pon , e, de la part desa, una gran partida de Fal-
guairac e delà Calm e de Castelvielh.
L*an MCCCLXI, a VI dias del mes d'abrial, fo fach Tacort dels
senhors cossols d'Albi del dich an am los serviens del rey e de moss.
d'Albi ; e M* Dorde Gaudetru, notari, fen carta per la partida dels
senhors cossols.
Peccata tempore latent et tempore patent.
L*an MCGCLX, e a XXI del mes de janoier, I home ausic I autre
home, otra lo pon de Tarn, al riu del Montelh, e fo près per las gens
del rei d*otra lo pon e menât a la cort del jutge d*AIbi ; e pueys fo
remes a la cort de M® Tavesque d'Albi ; el jutge d'Albi auec lo jutgar
e tener cort al barri del Gap del pon, e mandetz los prohomes que
anesso donar lor cosselh de la part delà. Et ayssi fo fag; et aquel
home fo jutgat am lo cosselh dels digs prohomes, e perdec lo ponh
aqui bon avia fag lo murtre, e pendut a Valcabrieyra.
L'an MCCCLXXI, a XXX del mes de may, les senhors cossols del
dich an baylero los senhals persenhar las mesuras de las fustas e del
coyre a M* Johan Augier, menescalc d'Albi, loqual promes, a so sa-
gramen, se esser bo(s) e lial(s) el dichoffîsi e que no senhara denguna
mesura que hi conoges barat ni falsa, nin penra mas so que antiqua-
mens n*es taxai. E fo présentât a la cort temporal per Domenge de
Monnac e per Frances Donat, cossols del dich an ; e M* Bertran de
Montalasac fen carta, Tan el dia dessus. Et aqui meteys, Tan el dia
dessus, en la mayo cominal d'Albi, en la presencia dels sobredichs
cossols e may del seuhen Galhart Golfier, senhen Pos Viema,
M« Bernât Lonc, Bernât Col, Bernât Dales, P. Soelh, P. Godieyra
cossols del dich an, per lore per lors companhos e per la universitat,
lo sobredich Johan Augier promes e promec en la manieyra que desns
es dich.
< Ici se place le tarif du pontanage que nous avons publié dans cette
même Revue, année 1901, pp. 481-513.
LES CARTULAIRES D'aLBI 457
Testimonis M« R. Vidal, notari, Bernât Taulas, sabatier d'Albi.
L'an MCCCLXXI, a XXIX de setembre, fo perdut lo sasfel petit
del cossolat, et,aXXXI dia del dichmes, foc desavoat lo dich sagel
en la majo cominal d*Albi per los senhors cossols del dich an, en la
presencia del discret senhor lo senhen Galhart Golfier, loctenen de
M» lo viguier de la cort real d'Albi, e de M» G"» Granier, loctenen de
M® lo jutge de la dicha cort ; del quai receup carta M« Johan Duran,
notari real d^Albi.
L*an Mille e XX, stec de ploure per totz los mcses de mars, abrial
e de may, que no ploc de totz aquels très meses seno doas vetz en
lo mes de may, e los frugs de la terra mot... *. E foro Paschas a VII
de abrial e Rbsas se...^, io jornde Rampalm, que fo lo darier jom de
mars ', majossas, et serieyas a Pascas, lo VII d'abrial ; e comensec
hom a segar las seguials a setze de may; e lo auta renhec et fe grans
dampnatges a totz los frugs de la terra, que derayguava los albres
e destrusia las vinhas e derocava los teules dels hostals ; e renhec per
dos tneses e may.
L'an MCCCXXVIII, lo segon jour de febner, fos terra tremol sus
lo solhel levan e durée qualque z .. quant... * ; e foc tant gran e ta
fort que ad acha de ornes anticas no foc tal.
L'an MCCCLXXXI, lo dimergue XXII del mes d'abril, moss. Do-
menge, aveaque d'Albi 5, intrec az Albi e fo en sa intrada moss.
Felip de Levis, senh de Rocha*, G" de Rabastenxs ^, vescomte
de Paulinh, lo senh de Venes, e ganre d'autres. E jurée nos, en sa
cossiencia. meten la ma sus lo pietz, de teoer nostras costumas ; et
aqui metey?, enans que intres. baylee las elaus als portiers. De que
preyro carta M" Johan Durand per nos e M« Izarn de Rieus per moss.
Tavesque.
ï Mot effacé commeoçant par i ri et termiDé par rotges.
3 Illisibie.
3 Mot effacé.
* Mots effacés. Le z = moitié.
» Dominique de Florence qui abandonna le siège d'Albi, en 1382, pour
celui de Saint Pons de Thomières.et le reprit en 1392. En 1407, il devint
archevêque de Toulouse dont il occupa le siège jusqu'à sa mort survenue en
1412.
• Pilippe m qui épousa, en 1372, Eléonore de Villars, et mourut celte
même année 1380, Il éUit fils de Guy de Lévis et de Laure de La Barthe.
Guy était seig. de la Roche en Rénier et de Graulhet. Cf. Les Seigneurs
de Graulhet, par L. M. p, 39.
' Les délibérations de 1372 à 1388 du Conseil de Ville nous apprennent
le rdie important que ce personnage joua & celte époque.
4 58 LES CAIITULAIRES D'ALBI
Quidquid agas prudenter agas et respice finem.
L'an MCCCLXXXl, a II de dezembre, comprero los senhors cossols
que fo Tan el dia desus, so es assaber M* Helias de Vesplaii,
M" Bernât Lonc, Frances Donat, Ar. del Port» els autres cossols,
d'en G^ Colobres C. Ibr. de renda que avia cadanssus la vila lo dig
G"; et aysso per XVIIolbr., pagan lo franc per XX s., quedeii aver
lo dig G^huna am totz los darayratges degutzal dig G" dels ans pas-
satz, los quais so encluzes in la ssoma de las dichas XVIIc Ibr. E
M* Johan Prevenquier, notari, fen carta de la venda.
I/an MCCCLXXXIII, lo mecres, a XII jorns del mes d^aost,
moss. Johan la Saya *, perla gracia de Dieu avesque d*Albi, intrec
preraieiramen en la ciut«it d'Albi, per la porta del Viga, e promes,
pausan sa ma sobre son piegz coma prélat, servar e gardar las cos-
tumas de la presen cintat, enaisi coma los autres senhors avesques
d*Albi, SOS predecessorp, au acostumat de far. E foro presens los
senhors en Galhart Golfier, en Duran Daunis. M« Dorde Gaudetru, en
G™ Condat, M* Azemar Grasset, M* Izarn de Rius. Et aqui meteiss
los digs senhors cossols bailero las claus de las portas de la vila al
dig moss. Tavesque; el dig moss. Tavesque aqui meteiss restituit las
dichas claus e las bailec als portiers que aqui foro presentatz per
los digs senhors cossols; e los digs portiers aqui meteiss jurero
aissi quant es acostumat ni en lo insturmen sus aisso recenbut se
conte. E M* Johan Duran fen carta.
L*an MCCCLXXXIII, (blanc) * los senhors cossols, so es asaber
senh Gualhart Golfier, en Duran Daunis, Me Dorde Gaudetru ,
M* Isarn de Rius, M« Ademar Grasset, Guilhera Colobres, cossols de
la ciutat d'Albi, presentero al revcren payre en Crist mossen Johan,
per la gracia de Dieu avesque d'Albi, per crida cominal so es assaber
Ramon Borrulh, loqual jurée en las mas del dich moss. l'avesque en
ayssi coma es coutengut en la costuma ; * e d*aysso fe carta
Me Dorde de Laroqua, notari.
1 II occupa le siège 1 an à peine. La ville lui fit cadeau de 150 florins
d'or et de 4 pipes de vin. B B 16.
* L'acte est postérieur au 12 août, puisque la présentation du crieur
public est faite à Jean de Saya qui ftt son entrée, nous^enons de le voir, à
cette date.
* La coutume est enregistrée dans la transactioo ménagée par Tarchevé-
que de Bourges eotre Tévéque Bernard de Combret et les consuls; eMe e^t
ainsi conçue : c La crida cominal per los cossols e p^r los prohomes sera
» eligit(z] el al avesque si coma a seiahor sera presentatz), lo quai peara
> de lui sagramen que en aquel ofAci flzelmen se aja tant vas l'avesque
LES r.ARTULAIRES d'ALBI 4 59
L'an MCCCLXV, a XXI dia del mes de may, devant moss. Amielh
Cabiral et moss. P. de Lescura, vicaris de moss. d'Albi, lo poble de
cascuna gâcha de la ciuetat d'Albi, nompnero, elegiro e presentero
en cossols, a toi Tan venen, los cossols de Tan passut; so es
assaber : de la gacba de Verdussa, en G™ Ortz e'n Frances Picart; e
de la gâcha del Viga senhen Bernât d'Avizac e'n R. Oelet; e de la
gâcha de S*» Martiana M» Jacme Trencavel e'n G" Barrau ; e de la
gâcha de Sanh Estephe en Johan Gieussa e'n G* Rebieyra ; e de la
gâcha de las Combas Esteve Mercadil ; e d'ot'ral pon en P. Molinier.
Et yssamen foro fathz accosselladors aquels de Tan passât per Tan
venen. E quant que als dihgs senhors vicaris fos greu e neguesso
que los dihgs cossols e cosselhadors de Tan passât non podian ni
deviao esser per l'an venen, mar de nouvel ne dévia lo poble autres
eligir e nompnar, el dihg poble lo contrari dizen, volen et afferman,
e que d'autras vegadas era estât fahg lo seinl)lan, los sobre dihgs
cossols de l'an passât et acosselhadors per Tan venen foron creatz e
fahgz. E maestre Johan de Lamota fes ne carta.
L'an MCCCLXX e VI, a II de octombre, cresquec Tarn e fon ta
gran que venc entro la porta del abeurador, e dec gran dampnatge
als naolis d*Albi e de Marsac * et a totz los molis que ero tro Cofo-
lens. '
La MCCCLXXXV 3, lo premier jour de jenier, sus la hora entre
prima e tercia, venc subdamen gran escurdat de segle, en tant que
a penas doas personas que fosso essemps vesia petit Tautra ; e, segon
que se dizia, fo aquo per lo universalmen ; e dizia se per alscus que
lo solelh era tornat en eclipsi. Aquo durée entorn Tespazi de aitant
quant hoin ponharia anar del Cap del pont de Tarn d'Albi tro a la
porta del Viga del dig loc. E aquel jorn fo lus, comensamen de set-
mana, e de mes e de an, e la luna hi fo novela sus Palba. ^
> quant vas los ciuladas; ecridara départ de l'avesque e dels prohomes si
• coma es acostumat eDlrogas(?) a oras; e oo sera refudai z) per Tavesque
> se n'era sospechos d'iretguia o eo autra manieira diffamada persona o
> eoemic(s) manifest del avesque. »
• Gant. d'Albi.
' Coufouleux, cant. de Rabastens, arrond. de Gaillac.
' En nouveau style 1386.
• A remarquer que le premier janvier est considéré comme le pre-
mier jour de Tan, bien que l'année officielle ne commence que le 25 mars.
Nous avons signalé cette particularité dans Les statuts et les coutumes de
la Commanderie de Saint André de Gaillac. Rev. des Lang. rom. 1899,
p. 228 ; nous l'avons rencontrée trois autres fois dans les comptes
consulaires d'Albi du quatorzième siècle qui sont à l'impression.
4 60 LES CARTULAIRES d'ABBI
L'an M^GCLXXXVII (blanc) del mes d*auost, moss. G™ Maestre
prebost de la glieya de S. Salvi, huna essemps am los canonges de
la dicha glieya, coffecero aqui totz essems que la vila era ea pose-
cio et en saysina, de totz temps que avia estât, [de] la gâcha e la
bada cominal sus lo cloquier de S. Salvi, davas la glieya de Sta Mar-
siana. E may fo aqui meteys ordenat que la vila deu far, a soa
despens, la torn tro a la. ' E M* Izarn de Rieus e M* Johan de
Montalaza feyron carta coma notaris.
L'an MCCCXCII, a XV d'octobre, viro de mieg dia, vaquée la se,
per la mort de M® G. de la Voûta, avesque d*Albi. E fo regen M* A.
Grasset e jutge M« R. Ysart
E sia saubut que la cest%yrada de la terra de vinha e d*ort de la
juridiccio d'Âibi deu aver de tôt cayre XVII I pergas, e cada perga
deu esser de XVII palms justz*. Et en denaysi en cada cestayrada
deu aver LXXII pergas de la meysso desus dicha.
Mémorial sia que en lo mes de febrier entro a la fi de mars, Tan
mial IIIP XXV, valeq lo sestier del froment II escutz d'aur, el les-
tier de la seguial valeq, al dich temps dessus, II Ibr. ; e al comensa-
ment del mes d'abrial llllo XXVI, [lo] froment tomec a I escut d'aur,
el sestier de la seguial lornec a I Ibr. ; e ayso car fe bel temps e clar
e ses aygas, que los blatz nobels fuero tans bels que dizom que non
avia de L o de LX ans no vigro tant en la mostra. E foro Pascas lo
darier jorn de noiars, l'an mial IIIIo XXVI.
Mémorial sia que, a très jorns del mes île mars, Tan MCCCCXXX
très ' vaquet la sse* de la Glieia d'Albi,per la mort delreveren payre
en Dieu moss. P. Enebot*', per la gracia de Dieu avesque d'Albi;
lo cal moric lo jorn desus, sus la ora de prima. E sus lo d. jorn los
senhors de capitol preyro lo temporal e la berbia a lor ma, coma suc-
cessors ; e meyro en la berbia et en la cort lors armas ^ E sus la ora
1 Mot effacé. Dans le cartulaire A A 4 on trouve le texte intégral de
cet accord. Le quantième du mois n'est pas indiqué.
Cf. sur cette affaire notre travail intitulé : La tour de Saint Salvi
d\ilhi. Bull, de la Soc, archéologique du Midi de la France, 1901,
pp. 331-340.
< L'empaD d'Albi vaulO met. 223. La surface delà sétérée pour les vigoes
et les jardins égale donc 46 ares 56 cenfiares 424644.
3 Ed nouveau style 1434.
^ Siège épiscopal; nous avons trouvé et nous retrouverons cette expression
qui rappelle le sede vacante si usité.
> Pierre Neveu, aussi appelé Nebot et Nepos. Il avait pris possession du
siège en 1411. Arch. comm. BB 5.
^ Les armoiiies du Chapitre métropolitain étaient: de gueules à une croix
LES CARTULAIRES D*ALBI 461
de vespras, los senhors cossols e d'autres singulars anero en lo dich
ostal de la berbia per pregar e requérir los dihtz senhors de capitol
que volgesso beu gardar lo sobre dib ostal. Et en ayssi o fero e ne
requerigro esturmen ; local sturmen près mestre Pos Vernhas. Et
estan aqui los sobredihtz senhors de Capitol e cossols, hun, apelat lo
senhor de Vilayna, local avia una bota per molher del dih senhor
avesque, près Postal de la berbia a ssa ma c fermet las portas que el
lo ténia e nom de m?' de Pardiac ^
Item sia saubut que après, non tardet I jorn o H, vengro gran cop
de senhors pregar ais ssenhors de capitol que volgesson helegir en
avesques los que au dretz, so es assaber : P. Amielh, prebost del mo-
nestier de S. Salvi, e doctor en leys' ; M» B. de Cazilhac, prebost de
Santa Sezelia epriorde Fargas ', lecenciat en decretz; moss^'' Taves-
que de Cavalho, apellat m* Johan Rocas, natural de la presen siu-
tat ^, m* en tehologia ; m^' d*Arpajo, per I de sos filhs '^ ; moss. lo
senescalc de Garcassona per moss. Tavesque de Cozerans, appelât
moss. Giraut Fajdit ; moss. Tavesque de Sant Papol ; m<^ lo prior de
la Daurada ; 1 filh de moss^** de Castelpers ; 1 frayre de m*** de
Casteinou de Bretenos, e ganre d'autres ssenhors ^say ne foro ; los cals
vengro par pregar los sobredihtz ssenhors del capitol e no re mens
los senhors cossols ; e foc trobat per cosselh que los ssenhors cossols
pregero per totz aquels que eron pregatz et requeregutz als dihtz
pattée et ancrée à Textrémilé supérieure, et au pied fixé d'or, chargée d'une
agatbe ovale et de pierreries de diverses couleurs, sommée d'un globe d'argent
eotouré d*uo cercle bordé de huit perles d'argent, accompagné de quatre
croix d'or, deux enhandées et à double traverse, suspendues au bout de
l'ancre avec des chaînettes de même, et deux anglées de perles et bourdon-
nées, suspendues à des traverses, accostées de deux losanges d'or aussi sus-
pendues à des chaînettes de même aux extrémités de la croix.
Cf. Rev. du Tarn, vol. VIII, supplément.
1 Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac, gendre du fameux rey Jacques,
cnmle de Castres.
' Ces quatre derniers mots ont été can elles.
* Ce prieuré avait été fondé en 1325 par l'évéque d'Albi, Béraud de Far-
gues. On voit encore les restes de ce prieuré dans la rue qui lui doit son
nom.
* Mot à demi effacé, on dirait : etz escellen.
' Hugues d'Arpajon, chevalier, sgr de Labruguière pour un tiers et de
Montfa.
Par acte du 24 mars 1431, il acquiert, par voie d'échange avec Pierre
de Lautrec, la baronnie de Montredon. Revue du Ta>m, 1, p. 28.
* Nous traduisons ainsi le sigle essors.
4 62 LES CARTULAIRES d'aLBI
Bsenhors de Capitol ; es en ayssi o fero no dopten (?) de la premieyra
pregaria *.
It. a catre del sobre dih mes, foc sebelhit lo sobredih avesqae en la
glieyza de Sancta Sezelia ; de que portavo lo drap dava[n]de l'aurlos
ssenhors cossols una am P. Bona, viguier de Rochas... ^.
It. a XVI II del sobredih mes, foc fâcha la novena del sobredih aves-
que, en que foc donat per los ssenhors cossols I drap d*aur e X tor-
chas cascuna de H Ibr. Z ' en las cals torchas e drap foron mesas las
armas de la viala; e lo sobredih drap d'aur foc raalevat del capitol
de la Qlieja d*Albi, local prestero amiablamen als ssenhors cossols
ses degun cost.
L*an MCCCCXLIX, en lo mes de julh, ce vendec vi ad Albi, en
taverna, a dos dénies la liai, et la crida lo cridet en aquel près; et lo
près comu era III I d. la liai, e lo melhor era VI d. ; e per aquel de
II d. era bo ; e ssa es an la plassa d'Albi ce vendia vi en gros, coma
de Cestayrol *, I ff*» e XX sols la pipa.
L*an M Ulh XX, a XXII I de maj, los senhors cossols An-
thoni Boyer, M« P. Ayral... Yssaras, Phelip Baldy e Guiraut de
Belpuech, tost... de la presen ciutat, en presencia del honorable
senhor moss. Ar* d*A... licenciât en leys, jutge real d'Albi, feyro
appelar en la mayo cominal, los maseliers de la presen ciutat, et
aysso per mètre en executio Ins letras de. . . autrejada[s] a la vila per
lo très exellen senhor m^ lo Regen et Dalfi. . ., so es assaber que la
vila levé dos dénies per liura carnacieyra que vendran los maselies en
la ciutat d'Albi. . . quertidos i la reparatio de las muralhas de la
villa ; lasquals letras foro mesas eu exequtio aqui meteys, de voler et
de consentement dels ditz maselies ; et devo donar la liura carna-
cieyra del moto per II s. VI d , liura de vedel de lag II s. VI d. e liura
1 L'élection eut lieu le 6 avril. Le 3 de ce mois, deux consuls d*Albi ac-
compagnés de plusieurs notables, se rendirent à Lombers auprès du roi
Jacques pour le supplier d'engager les chanoines à élire un bon prohome
et bon home al profiech de las armas et de la glieysa. On sait que le Cha-
pitre élut Bernard de Casilhac ; mais le pape avait donné pour successeurà
Pierre Neveu, Bernard Dauphin, candidat du roi. Les deux compétiteurs
se disputéreut le siège les armes à la main. La guerre civile ensanglanta
l'Albigeois pendant une vingtaine d'années. Cf. Arch. comm., GC 183 et
suivants, et l'étude que Quicherat a consacrée à Rodrigue de Villan-
drando, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes^ 1845.
* L'écriture des six dernières lignes de la page a tellement pâli qu'elle
est illisible
> Ce sigle, sorte de Z grec, signifie demi.
^ Gant, de Qaillac .
LES CARTULAIRES D ALBI 463
d*anhel XXVI II d., per cascun cabri t III I d., liura de buou e de baca
e de porc XX d., liura de bocz, cabra, crestat, detz d„ liura de la
feda se vendra XVI d, ; et aysso del jorn presen entro a la festa de
Totz Sans ; et cascuna liura carnacieyra deu pesar très libras primas
que so XLVIII oosas *; e si foc. • . per los digz senhors cossols ad
Ar. Yssaras maselier que pesés las dichas carns en gros als digz ma-
selies ; loqual juret ben et fîzellemeot pesar ad utilitat de la vila e
dels ditz maselies, e deu may scriure las carns que pesara de cascun
maselie et tener bon conte als ditz senhors cossols Iro que autramen
per los ditz senhors cossols hi sia provesit. . .
L*an MCCCLXII, lo dimengue, darier de julh, tombet sus lo clo-
quier de S. Salvi lo foize ont ero lo tocasens ; e hun notary apelat
M* Gibbert de FOspital, local lo tronoyre Tausit ; es homes que fos
sus lo cloquier non val. . .^ per gran meravilhas.
Mémorial sia que la presentacio e la collacio de la quapelania fon-
dada en la gleia d'Alby per Guiraut Marti, saentras mergan d*Alby,
sobre Tostal seu asituat davant lo sementeri de la dicha gleia, se
aperte al cossol de la gâcha de las Combas de la ciutat d'Âlby, aysi
corn se conte en Testurmen de la dicha fondacio receubut per M* An-
thoni Planas.
L*an mil quatre cens soixante, Johan, comte d'Armanhac, par
arrest donné par les gens tenant le parlemen a Paris fut privé tant
de son comté que de toutes terres qu*il tenoit en tout le réanime de
France ; et tout ce par manière de confiscation appliquée à la cou-
rené.
Mémorial sia a totz aquels que aysso legiran que lan que hom
contava mial 111^ e XXVII, lo dilus que foc lo jorn de Nostra Dona,
que era ados del mes de febrier, sus lahorade prima, fec granterra-
tremol per tôt lo monde universal ; loqual fo dich que de la morta-
litat granda ensa non foc ausit tant grant; et diverses bastimens ne
tombero et se escoyssigro, et tropas de chemineyas d'Alby ne
tombero.
An ascel que me ha fach scriure done Dieus hun pe de pieuse et a'n
îî'iuel que ho ha scrich done Dieus una formic.
Les 23 folios qui suivent sont pris^ à quelques exceptions près, par
rénumération des talhs imposés depuis 1399 jusquà 1493. Nous relève-
rons les seuls articles qui offrent un intérêt quelconque.
Endig Tan MCCCC VIII, a XII de julh, per la reparacio de la
1 La livre ordinaire d'Aibi égale 407 grammes 920.
' Nombreux mots effacés. Il faut comprendre : ne furent pas foudroyés.
464 LES CARTULAIRES d'aLBI
clausura, pagan V d per cascuna sepmana de Tan, que monta
XXI s. Vlll d., e per la femna veuaa, la meytat, que son X s. X d. et
per I[ieura] de po[ces8ori] II d. e per 1. de ino[ble] III d. una veg pa-
gadors.
II talh[8] endig[8] a IIII de febrier, lan MIIIIc XXVI, per la bueja
de Conobaffa \ pagan V s. per t[e8ta] e II d. per 1. p* e III m[ealh]as
per moble, e contant escut de laur per XXII s. YI d. e moto d*aur
per XIII 8. IX d. ; tôt pagan de bona moneda.
L'an MCCCCLX, la vespra de la festa Sant Jordi', fes tant de
frech e de glas ad Albi et al torn que totz albres de canha condicio
que fosso, que fosso brotonatz ni salhitz, fosso vinhas, noguies,
pomies, peries, prunies, durayquies (?), preseguies e tôt autre fru-
cbier, lot se perdec, que de tota aquela annada del territori d^esta
vila, no se foro trobadas, quant acomparanssa, II saumadas de fru-
cha ; e per so se endevenc que de diverssas partz portavo vendre ad
Albi totas fruchas coma serieyas, guinas, peras, prunas, pomas, e
belcop d'autras fruchas ; de tal manieira que al comensamen n'i
vengro de Carcassona que se vendia la 1. VI d. de las serieyas e de
guinas, et après... ^ mercat; et ayssi meteis se vendero III petitas
perotas II d.,talamen que tôt lo monde foc meravilhat quant. . ^ se
vendec tota frucha, quinha que fos, a pes. Dieus nos vuelha per sa
gracia gardar d'ayssi avan.
L*an MCCCCLXIllI, a XXVII de jenier, que era dimenge, fes sa
novela intrada M® Johan Jaufre, ^ cardenal e avesque d'Alby, per la
porta del Viga; et al intran de la dila porta el juret de tener e ser-
var las costumas, libertatz e franchissas scrichas enon scrichas de la
presan sieutat. E fo acompanhat de totz los cossols entre a Santa
Geselia, e aqui fes lo offici, et los dits cossols c'en anero dinar amb
el a la berbia am gran companhia dels habitans de la dita sieutat.
Item après que hom foc levât de taula. M" Felip del Pradal, jut-
ge real d*Albi, et sendic especialmen a'n aquo, fes omematge e sa-
gramen de fiseltat al die M»^ d'Alby, en nom de tota la dita sieutat, en
presencia de M° Bertran de Quasilhac, canonge, de M® Guilhaumes
d'Arpajo, chivalier, e belcops d'autres senhors aqui presens.
> Cant. de Monestier, arrond. d'Albi. Les évoques d'Albi y possédaient un
château. Combefa était occupe par les Anglais. Cf. Arch. comm., GC. 182.
2 24 avril.
3 Deux OU trois mots effacés.
* Mot effacé.
B Le cardinal Joffroi. U mourut le 24 novembre 1473, au prieuré de Rully .
Son corps fut transporté à Albi et ses restes reposent dans la chapelle de
Sainte -Croix où son portrait esl peint.
LES GÀRTULAIKBS s'aLBI 465
It dos Ulhs eodichs en la cieutat d*AlbT, a XXI del mes d«
abrial. Tan mial IIIIc LXXUII, lo hun per lo fait del rej, et Tautre
per los affaires * de la viU ; pagan VII s. VI s. C per testa, X soutx
per la premieyra lieura de pocessori, e dos soati siejs d. per lieura
de moble, per lo talh del rey. Et per le talh dels affaires, pa^an
detz diniers per tota lieura de pocessori et dotie diniea per tota lieum
de moble. Los quais talhs son statx vendotz a André Carre, habitan
d*Alby, so es lod. talb del rej per lo près de quinte cens XXX lieuras,
et lo talb dels affaires per lo près de très cens LXX liearas, en
ajBsi corn apar per carta presa per mi P. Ajralb, notari d'Albj.
Siamemoriaqae los talbs que son ajssi en lodarrieritem specifficatz,
dels qaals n'i a bu m per lo rey et bun autre per los affaires et repa-
racios de la vila, et au^si autres' dos talbs enditz darrieyramen, a
detz de jenier, Tan MI II le LXX sinq, la bun per pagar los dénies del
rey apelats la crua mesa sobre la vila de Galbac, et Tautre per los
affaires et reparatios de la vila, pagan per lo talb del rey, so es la dita
crua dos soutz per testa, dos soutz per la premieyra lieura, deti
dinies per 1. de pocessori, e XV d. per 1. de moble ; et per los affaires
et reparatios de lad. vila, sine dinies per tota autra lieura tant de
pocessori que de moble ; los quais quatre talbs, dos per lo rey et dos
per los d. affaires et reparatios, son statz vendutz al noble Hermet
de Bocbarambaut et a Joban Boroier, mercban d^Alby, so es los d.
dos talhs del rey per lo près de dos melia sinquanta buecb lieuras
tor. , et los autres dos talhs dels affaires et reparatios de la vila per
lo près de buecb cens sinquanta buech lieuras tor.; et en ayssi com
apar et staferm en hum instrumen près et receubut per mi not.
Sia memoria que Tau mial llllo LXXXIII, lo tresque crestia
princeps, mossenbor Loys, per la gracia de Dieu rey de Fransa
renban, e lo révérend payre en Dieu M<^ Loys d'Amboysa, evesque
d*Alby stan, ^ lo cestier de la mossola, mesura d'Alby, se vendet
Alby mitre lieuras tor. et comunamen tôt l'an stec quasi a*n aquel
près ; et se disia en la dita cieutat e per lo pays que se no fos lo blat
que los mercbans anavo sercar et los strangies merchans portavo
del pays de Catalonha et de la Terra bassa, lo blat se fora vendut
al doble. En lo quai an morigro de paures strangies per los pes de
las portas, a Sinqucinas (?) et a la plassa d*Alby sus las taulas ;
cascun ser jasiaa plus de XL ho paures, talamen que, eu nombre
del mes de mars jusquas al mes de julhet ', morigro en la cieutat,
< Autres mots de langue d*oil.
9 Louis d*Amboise occupa le siège épiscopal de 1473 à 1503. On lui
doit le fameux chœur de Sainte-Cécile.
» Influence de la langue d'oil-
)0
4 66 LES CâRTULâIHES D^âLBI
tant de paures et autres gens et quasi los plus aecessaris cap d'ostals,
XV ho XVI cens personas.
En lod. an moric lorey de Fransaque se apelava Loys de Valoys',
a XIX de aost, et las honora foro fâchas a Sta Cezelia, la ont los
senhors cossols feiro lors honors am gran tast de mossenhors de la
cieutat en las companhas.
Les folios compris entre 67 et 72 sont occupés par le tarif du
pain. Le prix, 1 denier, restant le même, la quantité de pain varie
suivant le prix de Vémine de moussole. Un exemple fera compren-
dre le mécanisme de ce tarif.
Gant Temina de la mosola costa III s. de ternes , con[tadas] totas
mecios, deu hom donar XXXIII onsas de po per 1 d. de t[oraes].
Et a III s. e VI d. deu hom donar per 1 d. XXXI e mieja
Le piix de l'émine est prévu jusqu'à 12 sous, 3 deniers.
Le froment est considéré comme inférieur à la moussole.
Quant Temina del forment costa III s. de tomes, deu hom donar
XXXIII onsas per 1 d. depo gros.
Quant Teiiiina del forment costa III s. de tomes, deu hom donar
XXXVII onsas e mieja per 1 d. de po mollet.
L*an M IIII*' LXII, a XI de novembre, que eralo jora deS. Marti,
vaquet la se de la glieya d'Albi, per la mort del reveren pajre en
Dieu moss. B. de Casilhac ' , per la gracia de Dieu avesque d*Albi;
lo quai anec de vida a trespassamen lod. jom entre nou et detz
horas de la nuech : et slec mort, avans que fo sebelhit, de la dicha
hora, que era lod. jorn a sser, tro la dissapde ; e lod. jom del dis-
sapde foc sebelhit sus la hora de très horas.
Item sia saubut que, lo jom de Sant Clément ', foc fâcha la [no]-
vena deld. senhor en la glieya de Santa Gecelia ont la vila hi fes portar
a la honor 1 drap d'aur, am las armas de la vila. lo quai los senhors
de Capitol lo prestero liberalamen a la vila; et la vila hi donec VIII
torchas, cascuna de doas liuras, en las quais ero los seussels am las
armas de la vila ; lo quai drap era tôt d'aur, exceptât aquel del capita
de sancta Cecilia.
L*an mial IIII*^ LIX, los honorables senhors moss. Aymeric Arvoyas,
licenciât en leys, Anthoni Caste, Bernât Boicieira, M* Johan Palet,
1 Louis XI.
• L'Evéque élu par le chapitre à la mort de Pierre Neveu et qui
avait fini par se faire reconnaître comme légitime titulaire du siège
d'Albi.
5* 23 novembre.
LES CâRTULàIRES d'aLBI 467
Pejre Paech et Johaa de Beipuech, merchaDs, cossols de la cieutat
d*Àlbi, impetreroQ unas letras reals, las quaU foron doaadaa a Chi-
non, a XV defebrier, Tan dessus, contra gens degleya et autras teoens
possessios que fosson de antiqua contributio de la vila d*Albi', que
per las dicbas possessios ajoQ a pagar et contribuir a las talhas,
coma plus a pie apar per la ténor de las d. letras ; et foron roesas en
concelh de lad. vila a très de mars. Tan dessus, et aponchat per
las gens del concelh que fosson mesas en exsequtio.
It. Tan dessus, messenhors ne impetreron unas autras [letras] contra
tota gen de la gleya que ajon a contribuir a las reparatios de la vila,
soas de las muralhas et de las autras causas necessarias ; et foron
donadas et mesas en concelh. Aponchat coma dessus es dich de las
autras.
L*an mial IIIIo LXII, aXXVll del mes de may, rooss. lojutgede Cu-
menge fegs una exequtio contra las gens de la gleya per captio de
lors portas, par so que recusavon pagar las talhas reals et las repa-
ratios, et a la fi totz pagueron; et las letras de lad. exequtio eron
emanadas del rey, nostre sobiran senhor ; et las impetret lo discret
home M« Jorda Mealh, notari, a la requesta dels honorables et savis
aenhors Moss. P. Arnaut, licenciât en leys, M« Johan de Molergas,
bachalier en décrets, senhen Johan Marinier, jove, merchan, M«
Bernât, Blat... ^ senhen Bertran Laurens, senhen P. Avilhac, cos-
sols per la dicha annada.
L*anmialCCCCeXLVlI,aXlIIdelmesde8etembre,Moss. P. Arnaut,
licenciât en leys, Duran del Pradal, Phelip Clari, raerchans, M« Johan
Helias, jove, notari, Ramon del Lum e Johan Calvet, cossols de laciu-
tat d'Alby de ranMCGCCXLVl, finit XLVII, baylero a Bernât Mon-
domie et Aymeric Conilh, habitans d'Albi, las muralhas e tors del
torn d*Albi que aras son cubertas e que per lo temps a venir seran
fâchas et cubertas, e los hostals de la vila, so es assaber la mayso
cominal. Testai de la plassa, las scolas, lo masel e lo bordel, a las
teaer condrechas et recubertas a lor[8] propris despens, am los pac-
tes que se ensegon, so es assaber que los digs cossols lor deyo far
* Primitivement les gens d'église étaient exempts de toute taille et de
toute imposition communale; peu à peu les exceptions naquirent. Les
biens nouvellement acquis durent d'abord payer l'impôt, royal ou commu-
nal ; n'en étaient exceptés que les biens d'antique possession qui n'avaient
jamais été soumis aux tailles. On voit que cette exception prit fin en 1459.
Cf. sur cette question Institutions politiques et administratives du pays
de Languedoc^ par M. Paul Dognon, p. 303 et suiv.
* Fin de mot illisible .
46S LES GâRTULÂIRES D^ÂLBI
portar tota la materia que hy fora bezonh al pe de las muralhas et
non re mens devo esser quitis per tostems de la mieja testa et de la
meytat del carc raetedor sus la premieyra Ib. cascun dels. Et en
aysso far, tener et cornplir tant quant viuran se son obligatz, ayssi
corn plus a pie se conte en lo insturmen de la obligansa receubut
per M* Jorda A3nral, notan de la mayo cominal, Tan e lo dia dessus.
E per so es stat ayssi mes per memoria.
L*an MCCCGXLII, en lo cartjom del mes'de mars, lo rey nostre
senhor e madama la regina, e m?*^ lo Daufy e autres grans senhors
del reaime, ero a Montalba, en que lo rey, nostre dig senhor, orde-
net e apuntet, am son gran cosselh, que d'oras avant totz clers
mecanic[an]s paguesso del an el jorn dessus ensa de totz lors bes.
E per so es mes ayssi per memoria, per que del dig an e jorn dessus
om mesassa pagar totz los dig^ clercs mecanic[an]8.
L'an M CCCCXLVI, a V d'octombre, vengro enestavi]a,hun comte
de Egipte, lo Petit apelat, comte deVaydam, ont menavaam sy III o
un ben gens de be ; e dizian que ero gentials omes, e d'autras gens,
entre omes e femnas a Taviron de XLo L pressonas ; e lor foc fag pre-
sen, com trobares a raministracio del dig cossolat. ' De que las
dona8 e los enfans petits e los omes, quand podian, panavan tôt
quant podian ateuje.
L'an MCCCCXIII',lo rey de Franssa, nostre sobiran senhor, e m*'
lo Dalphi son filh, passero la ribieyra de Garona per anar tener la
Jornada de Tartas, elos Englezes no se auzero trotar els camis... '
per la gran parstrussa (?) que lo rey nostre senhor avia ; car om dizia
que lo rey dévia. . G combatens. Es après, lo mes d*aost, lo rey
anec a Sant Glar, cap de Gasco[n]ha que era ajupat per los dihtz
Englezes .,
L'an M GGGGX LUI, mossenhor lo Dalphi, filh del rey de Franssa,
vencad Albi, parten (?) de Gaias ont avia estât gran tems ; es intret
ad Albi Tendema de Nadal, e say estet tro Tendema de TAparexio,
1 Les comptes consulaires de 1446-47 mentionnent, en effet, cette
dépense au 8 octobre. Ge comte amenait ayec lui 30 cheraux. 11 est qua-
lifié de duc. La Tille donna à cette troupe 60 miches de pain, une barri-
que de vin. Un autre comte d'Egypte passa à Albi le 8 février suivant,
ce 195.
• Il faut lire M GGGG XLIII.
» L'écriture a tellement pâli qu'il n'est possible de lire que quelques
lambeaux de phrase.
LES CARTULAIRES d'aLBI 4 60
e fes pasaar totas las gens d'armas que avia agudaa de Salazart ^
I capitanî que era de gens d'armas, totas dins la vila, ont passero tôt
premieyramen tôt .. * ont ero entorn M V* rossis, de que i foron conta-
das cent o VI ^^ fennnas putanies, que jobes que vielhas ; es après
passe ron entorn V*o VI* balesties, totz acavalontavia plus de Iloarnes
de... ' ; es après passeron IIIo IlII 3tz fustz de lansa ont totz los ornes
ero quberts de fer ; et ce dizia que cans av... ^ no vie ta bêla corn-
panhia ni ta ben ap... ' la vila avia plus deXXfust[z] de lanssa... ^
ce dizia que per conte, car contatz foro sus lo pont de Roanel... ^
Le verso du dernier folio est tellement surchargé et Tencre a telle-
ment pâli qu*il est à peine possible d*en arracher quelques bribes de
phrases.
Lo...av^IIjornde...^anMCCCCXLlIlI,mo^..locomted'Armanhac...
al castel de La Vaur ont era... es se dysia que... filha dévia esser
molher del rey... E per aco se dysia per alcus que era stat fah ; e
Charles m**', filh de m**' d*Armanhac, foc menât Alby, a la Berbia.
Après hun tems m®' lo daufy fes menar m®' d'Armanhac e sas
filhas a Carcassona, en Sieutat, e may Charles m*'* son filh ; et inca-
ras i son.
Auguste Vidal.
1 Les consuls s'opposaient au passage de cette troupe à travers la
ville. Cf. ce 192.
* Un mot illisible.
' Mot illisible ; on dirait carta ou plutôt cata avec un tilde
sur a.
* Deux ou trois mots illisibles.
* Fin de ligne illisible.
* d« d"
^ Dernière ligne illisible.
DOCUMENTS SUR LES RELATIONS
DE
L'EMPEREUR MAXIMILIEN ET DE LUDOVIC SFORZA
BN L*ANNÉB U99
(SuiU)
23
Ludovic Sforsa à Mareheslno Stanga *
(MUan, 15 juin 1499)
Dux Mediolani. M. Marchesino.
Dal R. M. Petro da Triest in la venuta sua e dopoi, ne è continua-
mente facto quella bona relatione de M.Matheo Lang che più sepotesse
desiderare da alcuno nostro affectionato, e per quello si è cognosciuto
alla giornata e per voi ne è abondantissimamente confirmato, sel
fosse creatura nostra, confessamo chel non porria fare più : unde li
rcstamo molto obbligati, e tenendoci debitori de dovei'lo ben recognos-
cere, como siamo per fare, tuttavolta ne ritroviamo relevati da le exces-
sive gravezze ne lequale siamo : ma, per non manchare ancora fra tan to
de fargli segno del bono animo nostro, e farlo certo che le opère
facte e quelle fara ad beneficio nostro siano bene collocate, volemo che
ultra li cento florini del Rheno quali li avete dato al giungere vostro, se
anchora vi trovarete al ricevuto di questo dove epso sara, gli dagate
altri ducento fiorini ; e quando non vi trovasti dove sta il Lang, e che
Augustino Somenzio si trova cum vuy, li dareti ad epso Augustino che
gli li porti : se anche non fusse cum vuy, li mandareti ad epso Au-
* Milan, lùid. Pot. Est, — Minute originale. Susctnption t equiti
D. Marche[«;io iS/an] ghe, secretario oratori nostro dilectissimo.... Cite.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 471
gustino che gli li pord e presenti, cum farli dire che ricognoscemo
rnolto bene questo non satisfare al merito suo, ma che le grande spese
quale facemo non ne lassano che se possiamo dimonstrare cum epso
cum quella liberalita quale vorriamo. El che siamo per fare a megliore
tempo, e cusi lo pregareti ad haver cura de le cose nostre cum la
Maestà Cesarea. Mediolani die xv Junii 1499.
24
LudoTio Sforza à Maximilien'
(MUan, 17 juin 1499)
Mediolani xvn juni 1499. — Domfno Régi Romanorum.
Factus nuper snm certior Majestati vestrse delatum esse victualia
et alia necessaria ad Grisanos assensu meo proferri. Incredibile est
quantam ex hocraolestiam acceperira. Nihil enim magis unquamoptavi
qaam, accepto hoc statu a Majestate vestra, ostendere ei ac palam
omnibus facere meum erga ipsam singularem afiectum et parendi
atudium, et non solum statum, quem ab ea accepi, et fortunas omnes
meas etmeipsum pro Majestatis vestrse gloria et amplitudine exhibcre
posse; Deumque Immortalem testor^poslquam ab sacroiraperio litteiie
Majestatis vestrse nomine exscriptae superioribus diebus ad me missse
fuerunt ' ad Grisanos vehi paterer, me non solum ipsi obtempérasse
sicuti in posterum facturus sum, sed tam accurate et tanto affectu in
hoc ac ceteris,quse Cesarea) Majestati et suis favere posse intelligebam,
egisse ut nihil plus si de animse meae salute ageretur prsestare potuerim.
Declarare id prseter alia debuerunt, quod in dies Majestati vestre signi-
ficari ab mois jussi, etmissus in Vallem Tellinam jureconsultus suus
referre potuit; confirmant apertius litterse Grisanorum hodie ad me
perlatds quas R. D. Petro Bonomo Majestati vestrse mittendas dedi et
quod ipsi undique ab illis meis finitimis scribitur, sicut D. Petrus
perscripsit.. Quœcum ita sint, et tam aperto periculo, ut debeoet fac-
turus semper sim me oblulerim Majestati vestrse servum, doleo for-
tunam meam non déesse tamen qui de me falsa Majestati vestrse
déferre audeant. Quod idcirco plurimum me afficit : quia, cum ipsius
erga me amorem super omnia humana estimem et maximi faciam, nihil
etiaminagis mecommovere potest quod si nuUa culpa mea sit, ipsum
vel toUere vel imminuere queant; et ut apertiua Majestas vestra
1 Milan, ibid. Minute originale.
* Il y a ici des ratures dans le texte, mais le sens est clair : des lettrsa
m mterdisant de rien envoyer aux Grisons.
47 2 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA
sciât me vera loqui, rogo mittat vel araldum, vel ex suis quem malaerît,
qui in Vallem Telliaam et alia ditionis me» Grisanis finitima loca
profîciscatur et in eis immoretur et magna cura perquirat veritatem
eorum quse Majestati vestr» delata fuere; si vera invenerit, dolere et
merito me accusare poterit et ingratissimi principis nomen subire non
recuso ; quse si falsa esse perspiciet, ut vero fiet, sciet quantum
deinceps credere debeat iis qui de me mala loqui audebunt. Quod
superest, me ac mea, qu99 Majestatis vestrse sunt, ei commendo.
25
Ludovic Sforza au cardinal Ascanio Sforsa '
(Milan 21 juin 1499)
R. me in Christo pater, et ill.me Domine frater cordialissime,
La serenissima Regina de' Romani, nostra commune nepote, ne ha
scripto che haveodo Pigello Pormiano, fiolo de Thomase e suo
secretario, messo Tanimo a farse ecclesiastico, desidera obtenere de la
Sflntitade N. S. gratia de havere alchuni beneficii nel paesedel sere-
nissimo signor suo consorte e de lo ilLmo archiduca, maxime essen-
doli occorsa la opportunità del R. oratore del ser^o Re de Inghilterra,
quale è stato da la Maestà sua, e poi ad noy e hora vene li in corte ;
quale per Tamicitia ha cum el padre e fratelli de dicto Pigello, si è
offerto usare ogni industriaper farli obtenere questa gratia. Recercan-
done la Maestà de la Regina ad non mancare in questo del adviso e
favore nostro, perche se possi reportare questa gratia : perô, sapendo
quanto Tr:oma8o siabenemerito de la casa nostra, et anche per gratifi-
care la serenissima regina alli cui servitii è dicto Pigello, pregamo la
R,ma Signoria V.rache in nome nostrovoglia fare tuta quella opéra
sara expediente, cossi cum la Santità de Nostro Signore como farlafare
cum qualuncha altra persona sara bisogno, acioche dicto R. ambascia-
tore inglese reporta questa gratia per el secretario de la ser.ma regiqa ;
cum fareintendere alla Beat"» sua che in questo ne fara cosa de gran-
dissimo piacere, per el desiderio havemo che la Maestà de la Regina,
alla quale questa cosa è molto ad core per le gagliarde lettere ne ha
scripto, reporta questa gratia da la Santità de Nostro Signore.
Mediolani,21Juniil499.
1 Milan, ibid. Carteggio Générale (Original) Suscription (en partie
détruite) : [Re] t. do p. ri et ill.mo D. no | [...] to D.no As. Ma. S. a |
[...) acono car.li Sfor i [...] ti S. R E vice | [cancellari] o ac Bononi»
legato.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA. 4 73
Frater cordialissimua Ludovicus Maria Sfortia Anglus dux Medio-
lani.
B. Chalcus.
26
Maxlmllien à Baldassare Pnsterla et à LndoTlc Sforsa *
(24 et 28 juin 1499)
Maximilianua, divina &c.
Magnifiée fidelis dilecte, scripsit ad nos ill.mus princeps affinis et
conaanguineus noster carissimus se omnino et sine dubio ad diem
vigesimum septimum prsesentis mensis duodecim milia ducatos aureos
in auro et quingentos in manibus (sic) vel capitnnii custodie sue
depositurum; quapropter ad te serioxe requirimus, committentes ut
illos quamprimum habueris, honesto, devoto ac fideli nobis dillectis
f.)miliari et argentario nostro presbytero Luce de Renaldis et Jacobo
Hocbs, argentario nostro, exibeas , nec aliter facias; ut illi de
pecuniis ipsis secnndum commissiones nostras disponere possint. In
illo enim nobis rem gratam faciès nostram adimplendo voluntatem.
Datoin Landech, die 24 Junii A. D. 1499. R. N. Rom. 14 mo.
SuscripHon: Magnifiée nostro et imperii sacri fideli dillecto Baldas-
8ari Pusterle, illnstri Mediolani ducis consiliario.
In ejus absentia Badino de Papia, ducalis custodie eapetanio.
Maximiliamus &c.
lllustris &c.
Etsi nobis in dies de tua in nos bona fideetobservantiauno omnium
ore predicatur, tamen, quoniam nonverbis, sed factis, ipsamerganos
in omnibus fideliter ostendis, tibi in dies mag^s afficimur ; et prsBcipue
quum nobis in exhibitione illorum triginta trium milium fiorenorum
annuisti et morem in eo gessisti ; in quo certe uti de te semper spera-
yimus fecisti ; teque verum affinem et principem nostrum ostendisti:
tibi gratias agimus, curaturi id omne erga te, si se quando occasio
obtulerit, pari vicissitudine reeognoseere.
Datum in eastro nostro Feldchirchen, die XXVIII Junii, Anno Dom.
MCCCCLXXXXVIIII.
t Milan, ibid. Pot. Est, Germania, Originaux.
474 MÂXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA
27
Ludovic Sforsa à Galeazso Viscontlf
son oonaelUer et ambassadeur en Allemagne
(27 et 28 Juin 1499 t
Médlolani, 27 Junu 1499.
M. Vesconte, Taltro hieri matina arrivé M. Marchisino, quale,dopo
signiâcatione de quanto li haveva dicto la Maeatà Cesarea, e lui haveva
cogaosciuto del animo e dispositione sua verso noi, taie che più amo-
revole ne maior poriiamo desiderarla, con certitudine che in qualuncha
case nostro la sii sempre per torlo per proprio, ne ha referto Topera
grande per lui facta secundo la commissione nostra per mitigarla e
disponerla alla pacificalione cum li magnifie! confederati e Suiceri:
da unde era reuscito che era restata contenta che ad epsi mandassimo
ambassatore, subjungendone che havendo ricercato la S. M., como
li havevamo scripto, qualche particularita de la volunta sua circa
questo assetto, li respose che non li pareva dire altro più di quello
che haveva dicto secundo ne haveva scripto ; ve lo significamo perche
ne habiate noticia, como vi diximo al partir vestro che fariamo, e
acio faciati intendere a quelli Magnifici confederati questo reporto di
Messer Marchesino, con affirmarli che voi non sieti per roanchare di
opéra alcuna, como vi havemo commisso, per fare succedere questa
pacificatione, e pero circa epso liberamente vi vogliano aprire Tanimo
suo ; quando vi fosse dicto che cosa vole la Maestà Gesarea, li res-
pondereti che ad epsa non paredoverlo dire, e che questo non toccaa
lei, ma ezpectare quello che epsi M. ci confederati recercano; el che
quando vi faciano intendere, voi usarete ogni studio e diligentia per
fare le cose succédané bene, como è il desiderio nostro. Et acio che
li predicti Magnifici confederati meglio cognoscano la bona opéra
nostra, e quanto la Maestà Gesarea si move per nostro respecte,
li fareti intendere quanto per Tincluso exemple de capitule ne ha
scripto Augustino Somenzio circa Grisani, e che in questo possano
etiam melio cognoscere la bonta nostra, che epsi Grisani non fano
mai altro cha minaciarne de venire a brusare e damnificare il paese
nostro ; e noi per il contrario li havemo sempre facto bene e procuramo
i Milan, ibid, Carleggis générale. Original. Suscription- Sp[ectabi]li
equiti D.no Galeacio Vicecomiti co[nsilia]rio Mag[iit] ro aule et or[ator]i
nostro dilectissimo.
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZÂ 4 75
tuttavia e1 bene suo; et perôessere officio di loro confederati fargelo
ben intendere che deveno ricognoscerlo ; et in fine certificareti dicti
confederati che noi continuamo pur, e per lettere, e per mezo de
Augustino Somenzio, in tenere più disposta sii possibile la predicta
Gesarea Maestà a questa pacificatione ; e che, giuncto sareti ad loi,
fareti ancora voi el medesimo, sforzando vi per fare seguire questo
effecto da noi desiderato sopra ognialtra cosa di présente.
(27 juin)i
Ve driciamo al paese de quelli Magnifici confederati, ove credemo
siate adesso, lettere del ezemplo incluso : questo mandamo in mane
de Augustino Somenzio, perche subito sareti arrivato a la Cesarea
Maestà ' sapeti la commissione contenuta in lo memoriale
vestro ; tra le altre cose, che, doppo la espositione de la dispositione
e bone opère nostre, declarasti alli signori electori e prencipi del
imperio ultra la Cesarea Maestà leminacie ne fano Francesi de famé
guerra, e li pregasti chevenendo li oratori Francesi'alla dieta, voglinoa
chiarirli de la investitura facta in noi, e se la Maestà Christianissima
prétende raxoni in questo ducato, la domanda da Sua Cesarea Maestà
e loro, expectando ad epsi el juditio de tal cosa» e che facendo altra-
mente ne defendarano per qualuncha via: e parendo alla Cesarea
Maestà voi parlasti al conspecto de dicti oratori, lo fareti. Ve adver-
temo che de tutto questo parlati prima alla Cesarea Maestà ricercan-
doli la volunta sua, se havereti parlare o non, et in che modo, alli
predicti electori e piencipi, e poi in presentia de li oratori francesi, e
secondo che lei dira, exeguireti la volunta e norma sua, como li direti
hnvere da nuy commissione.
In la prima audientia vi dara la Cesarea Maestà, H direti e cossi alli
principi e signori cum liquali parlareti de la causa de Tandata vostra,
che noi, corne bono e catolico prencipe crestiano, desideraressimo
chetutta la cristianità restasse in pace e tianquilita; hncrescendone de
li movimenti sono tra la Cesarea Maestà sua e li confederati de
Suiceri, havemo facto confortare e pregare S. M. ad essere contenta
de lassare assetare questi movimenti de guerra, e che per questo
effecto, havendo noi mandate voi da li predicti confederati per intro-
metteme a questa bona opéra, vi havemo commisse vi transferati poi
1 Milan, ibid. Copie : Ezemplum D. Galeacio Vicecomiti, commissario
gentium armigerarum.
' Quelques mot« illisibles.
4 76 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA
alla S. Maestà per fare el medesimo conforlo e declararli quanto haveti
reportato da loro, como havereti dirli particularmente el tutto, usaa-
doli poi quelle parole siino al proposito per confortarla ad questa
pacificatione, de laquale ne seguira laude e gloria immortale. Que&ta
sara la substantia de quelle havereti ad parlare voi.e la M. S.vi fara
declarare sépara tamen te da Augustino quelle che più ultra havereti a
fare e corne havereti a governarvi e cosi havereti a fare, teaendone
aviaati de quanto se avisara alla giornata.
(28 juin) I
Hogi sono arrivate lettere da Berna, in risposta de quello gli scrip-
simo, sopra Taviso havuto da M. Marchesino che la Cesarea Maestà
se remettera a noi de mandare ambasatori in la liga ; de lequali havemo
facto fare Tincluso summario, in el quale essendo due cose principale,
Tuna che non ve facessimo fare capo a Berna, ma ve driciassimo a
Lucera per non insospcttire più Bernesi, Taltrache expectassemo fosse
missa la dieta ad inviarvi : Quanto alla prima, dovendo voi a questo
giorno havere passa to li monti. questo aviso è giunto a tempo, che ne
pare maie potere remediare ; circa ad farci tenire altra via, volemo
bene, quando possiati lassar di canto Berna et andare de longo a
Lucera el faciati, overo non potendosi fare cum manco che non se vadi
a Berna, ne remettemo alla prudentia vestra, che quello non se po
fare, cum tenire altro camino, de fagire de dare graveza a Bernesi, el
faciati, o cum la poccadimora in Berna, o secundo cheparira a voi che
seti sul facto, desiderando noi chel se satisfacia al desiderio loro.
Circa Taltra parte de expectare fosse deliberata e stabilita la dieta
ad spazarvi, non potendosi fare altro per la partita vestra, ne occorre
solo ricordarvi, che quanto è facto in questa celeritate el porreti
pigliare per argumente de demonstrarli più el bono animo mio:
dicendo che havuto el predicto aviso da M. Marchesino, ne parso
subito e scriverne alli magnifie! coufederati, e, senza expectare la
risposta sua, elegervi ed inviarvi, prima per farli segno cum questo
quanto sii grande el desiderio nostro de interponersi alla pacificatione,
e quanto voluntera el faciamo : secundariamente el volsemo fare per
avanzare tempo cum questa celeritate, havendo visto quello ne scrip-
sino da Lucera delà bona dispositionesua ; laquale, ultra el principale
desiderio nostro, ne movera tanto più ad non mancare in cosa alcuna
de procurare dicto effecto.
El medesimo havereti ancora ad dire ad Bernesi, e fargli intendere
1 Milan, ibid. Original ; minute.
MAXIMILIKN ET LUDOVIC SFORZA 477
quanto vi accade ad andarli, el rispecto quale se haveva mosso ad
farvi fare capo a loro, e che poi, inteso el scrivere suo, voluntera per
seguire tanto quanto ô el parère suo in questo, ve havemo commisso
e voi haved facto tanto quanto sara succesao.
In el resto, attendereti ad ezeguire l'instructione vostra e per essere
in el summario Taviso de li fanti quali vano in Ast, mettereti bona
mente per sapere el numéro che li va e di quale cantono, quanti ne
sono richesti e per quanto tempo, dove se gli dano dinari e quanti.
El medesimo dicemo per el capitano quale è ritornato de Franza ed
è in Lucera ; e perche sapiati quello habiamo risposto sopra dicto e siati
informati de la mence nostra, le mandamo exemple di tutte le res-
poste.
E perche porria accadere fosti già arrivati a Berna prima receve-
reti queste mie littere ; acioche Bernesi non habiino ad starne malcon-
tenti, e cum dubio che li habii insuspectire noi ultra quello scrivemo
a loro che la causa ve ha facto elegere la via de san Bemardo e poi a
Berna èstata per essersi creduto che quella fosse la più facile e com-
moda e secura via de andare in li confederati, non essendo voi chiarito
in quale loco specialmente havesti andare : se è ancora parso per più
loro discarico mandare, e mandamo a posto un fiolo de Bernardine
Moresino, che havemo alli servitii nostri, quale porta le lettere del
incluso extracto a suo padre, acio chel facii intendere alla commu-
nitate ed alli Bernesi quanto vedereti e * ve vegni incontra.
28
Galeaszo Visconti à Ludovic Sforsa '
(Berne, 29 juin 1499)
Sub die 29 junii 1499. Berne. Duci Mediolani.
Da la partita mia da Novara in qua, non ho scripto cosaalcuna a la
E V., per nonessenni occorsoche scrivere, excepte se non li havesse
volute dire de la via, che mi è parso moite longa : che si per la via
dritta se fane 200 mila da Milano a Berna, per questa trêve haveme
facto appresso a 300. Sono aduncha questa sera, cen la gratia de Nostre
Signer Die, giuncto qua, accompagnate nel modo che la V. Ex. inten-
dera. L*altrheri, io gionse a S. Maaritio,dove non havendo trovato li
* Quelques mots emportés par une déchirure.
< Milan, ibid. Pot,Ett.Svizeera, Original.
478 MâXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA
messi de Bernesi, secundo era Tordine, subito ezpedite uno cavalaro in
diligentia a Berna avisare quelU signori de la giunta mia, arichedendo
rexpedilione del cavalaro che li era mandato fia da Milano ; e
nondimeno el di sequente che fuo hyeri, non mi parse soprastare, ma
proseguire el camino mio e farmi inanti, maxime che, quantuncha
havesse a passare per un locho che ô de la jurisdictione de' Bernesi,
la magior parte del paese era pero del duca de Savoya ; e cosi me ne
venue ad un loco che si dimanda Romon, pur de Savoia, distante de
bene una giornata, e li me incontrorno li ambasatori de* Bernesi, che
fomo M. Adriano de Bobombergh, cavalaro, D. Constantio de ,
e D. Jacomo da Berna, con compagnia de circha venti cavalli. La expo-
sitione sua fo in significarmi quanto piacere e contenteza sentino li
Signori suoi de la venuta mia, e quanto voluntiera siano per vedermi
ed accarezarmi, si per la naturale inclinatione che hano a la K. V.,
como anche per la causa che me gli manda ; alaquale prometterano
che li trovaria et inclinati e disposti. Alche havendo facto conve-
niente risposta, et essendo quesla nocte allogiati de compania e facta
bona cera insieme con haverli facto le spese a tutti, questa mattina se
siamo inviati e venuti a disnare a Friburgo ; dove apena fuoi smon-
lato che venero li duoi offitiali, e unagrandissima frotta de li signori de
la terraavisitarmiarhostaria, etcondolendosifinalcelode nonhavermi
incontrato et honorato secondo séria stato el desideriosuo ; dicendoel
measo mio non era giunto, seuoa de circha mezhora inante ; inelquale
tempo non havevanopotuto mettersi insieme per venirmi adincontrare ;
me pregorno ad haverli per excusati, ofierendomilepersoneerobe loro
e quanto havevano, con dimonstrare de vedermi tanto voluntera quanto
fosse più poasibile a dire ; e cosi anche me fecero presentare certi vini
a la costuma del paese. lo li retenue tutti a disnare con mi, alche
non fecero alchuna resistentia, per modo che a la prima mia tavola
erano circha veuticinque Alamanni con li ambasatori de* Bernesi. La
Ex. V. puo estimare sel li è stato un bel bevere, et io non mancho a
fare el coly tho, e trovo che me gliadextro assai bene ; per modo che haven
doli fin da mo assai bon principio, spero,quandosaro a Milano, che la
V. Ex. che mi trovera ben todeschato. Ma sia certa la V. Ex. che in
questo e in fare tutti li giochi che siano possibili a fare, ionon man-
charoper condure lecose al disegno edesiderio suo, ne perdonaro ad
cosa del mundo. Fin qua non mi pare fosse possibile trovare li animi
de costoro più dispositi a Tassetto de queste cose, et al desiderio de
la V. Ex. tanto de li primi quanto de li populari, quanto facio. Per
modo ch'io ne facio omne boagiudicio, ne mi serin possibile declarare
quanto tutto questo paese demonstri vedermi voluntera , aLzando
tutti le mine al celo, per parerli che possino tenere periadubitato che
MAXIMILIEN ET LUDOVIC SP0R2A 479
io li debia inogni modo portare la salute e pacea casa, harendo ezosa
qaesta guerra, maxime per la apesa, laquale gli ô intollerabile ; e de
Taltro canto prehendano grandi ssimo piacere a condure cosi bella
compagnia, non essendo bomo cbe se ricordi mai venire in questa
parte una ambassiata cosi honorevole, cbe veramente non poteria la
compagnia far più bello ne più omato vado, tanto per esser bene a
cavallo quanto de veste e tutte le altre cose. Doppo il disnar questa
matina, rAvojr (sic) de Fiiburgo, cbe è il primo officiale cbe précède
el Sculteto, mi preg6 in nome delà communita ad voler restare H per
bogi, acio me potessero bonorare ; elcbe buvendo io recusato, mi sub-
junxe cbe, poicbe io non voleva restare per venire presto a Berna a
attendere a quelle cose, non mi voleva impedire, anzi mi confortava
a venire et attendere a questo tractato de pace con ogni céleri ta pos-
sibile ; dicendo cbe, essendo al présente li animi dispositi, la tardita
per qualcbe successo da Tuno o da Taltro canto poteria parturire
mutatione ; e cbe, quantuneba luy sia francese, el cbe confessa ingenua -
mente cbe nondimeno in questa materia mi porgera tanto aiuto
quanto sia più possibile a fare, dicendo cbe venisse ad operarse se
statuisse el di de la dieta, cbe poi vadria con efiecti sel mi diceva la
verita ; ricordando sopra tutto ad fare presto, maxime per esser qua,
coroo la V.Ex. intendera di sotto, uno ambasatore francese a dexpec-
tarsene duoi altri. E poicbe io bo gia considerato di quanto adiu-
mento séria a la reductione de quesfe cose el possere une volta sus-
pendere le arme e levar Toccasione cbe per qualuncbe successo li
animi se potessino mutare, ne motegiai qualcbe cosacon el predicto
officiale et alcbuni altri de questi primi. Aliquali parse proprio cbe li
aprisse el paradiso, dicendo e replicando più volte cbe se venga una
volta a la dieta e cbe poi se lassi a loro la faticba de tractare del
modo de questa suspensione ; el quale non dubitano cbe troverano
taie cbe sera con satisfactione de Tbonore de la Cesarea Maestà e
sacro impeiio.
Doppo questi rasonamenti, essendo montato al bora débita, in com-
pagnia sempre de li ambasatori bernesi e poi molti citadini de Fri-
bargo, son giuncto qua a Berna circba le 25 bore ; dove medesimamente
son stato generalmente visto tanto voluntera cbel non séria possibile
exprimere più. Son stato incontrato in diverse strade da bonorevole
numéro de citadini Bernesi ; di quali alcbuni ne sono venuti lontani da
Berna 8 e 10 mila. E veramente non poteria dire in quanta venera-
tione sia in queste parte el nome de V. Ex. Ognbora son visitato et
bonorato da questi capitaneiet altri bomeni da beue, chesono stati a
li servitii suoi, liquali servano memoria de li boni tractamentiepaga-
menti bavuti de la E. V., et ancbe di qualcbe particolare aconzo
4 80 MâXIMILIEN et LUDOVIC SFORZÀ
faloli per me ; ita che non se possono satiare de fare omne poasibile
dimonstratione d*amore et affeclione ; promettendomi de fare coa
questi populi ogni bono officio per disponerli a queeta recoociliatioiie.
Questa sera, per esser Thora tarda, non ho atteso senoa a respondere
a la visitatione ; domane saro coq questi del consilio e di quanto
seguira per altre mie in questa medesima cavalchata ne faro noti-
tia a la E. V.
L^ambasciatore Francese delquale ho parlato de sopra ô une che se
dimanda Fuogli (sic), quale ô nativo de Friburgo, ma stato gran tempo
e maritato io Franza. Sono circha quindeci dî chel è giuncto qua, e
ha richesto a nome del Re de Franza 5.000 homini per mettere a le
confine e rompere guerra a Vestra Ëxcellentia a spese de la Maestà del
Re. Da ogni canto mi è affermato tutta la lega essere molto sdegnata
de tal richiestu, parendoli chel Re non curi senonel particular sac,
richedendo homini in questi tempi che hanno la guerra a casa, senza
fare alcbuna mentione de aiuto ne de observatione de alchuna cosa
gli sià promessa. E per quanto intendo, lunedi proxirao ô ordinata la
dieta per farli risposta, che ha ad essere negativa in tutto. Nondimeno
essendo hora qui, io staro attento a tutto, e sia certa Vostra Ëxcel-
lentia che non mancharo de omne industria e diligentia per condure
li disegni e desiderii de Vostra Ëxcellentia et interrumpere quelli de
li nimici suoi, sicomo la sera presentialmente avvisata a la giomata.
P, S, Questi signorî Bernesi non hano voluto chio sia andato allô-
giare air hostaria, e mi hanno facto dare allogiamento in casa del
prevosto, che è la più bella stantia di questa terra, e Thano pui tanto
ornata de panni de araza, paramenti ed altre cose chel bastaria se
havessero havuto ad ricevere uno de li primi signori de Italia. In
ceteris, non poteria dire quanto mi sia facto bona cera e quanto honore
e bona demonstratione me habiano facto e faciano de hora in hora '.
' Une copie de cette lettre fut adressée à Somenza pour être commu-
niquée à Tempereur: «« Pra l'altre parte, yederete quanto scriro per
fare che, da questo canto verso Suiceri, se lassino venire qualche Tic-
tualie per le rasone che se alligano che sono efficacissime ; maxime per
levare a costoro omne causa de diffîdentia in questo tracta to de recon-
ciliatione. Potereti dextramente tocharne qualche cosa con la Cesarea
Maestà per intendere Tanimo suo e subito dare aviso a Milano et a me
de quelle ne havera. »
MAXIMILIEK ET LUDOVIC SFORZÂ 481
29
Giovanni Colla, ambassadeor milanais, à Ludovic Sforza *
(Inopruch, 28 juin 1499)
Illuslrissimo et excellentissimo sigaore raio observandissimo,
Uno Spagnolo, che veoe da Hispania e ha facto il camÎDO di Francia,
giuocto qui questa sera in casa del oratore Hispano, U ha referto
como treceoto lance francese bene in oi*dine, de che erano capi el Bas-
tardo de Burbono, Gratiano de Guerra, e Roberto de la Marchia,
sono andate in adiuto del duca de Ghelero, havendo passato per Leze^
econtado de Namurra de lo ill.mo archiduca, cum volunta sua, perche
volendoli H popoli vetare il passe, li fece fare comandamento li lassa-
rono passare, e che havendo li capitanei cesarei de quella impresa
havuto aviso de la venuta de qiieste trecento lanze, se sono retirati
il duca Géorgie de Bavieracum il duca deJulietin unoloco, etil duca
Alberto de Saxonia cum il duca de Cleve in uno altro, in modo chel
paese del duca de Ghelero è in tuto libère ; et epso spagnolo afferma
questo aviso per cosa certa, per quello mha dicte Toratore ; e dice che
vene alcune giornate in compagniadesse 300 lanze francese. L'oratore
spagnolo prega la E. V. ad non farlo auctere de questo aviso. Et in
bona gratia sua humilmenle me ricomando. Ispruch, 28 junii 1499.
Fidelissimus servitor Joannes Colla.
30
Le cardinal Ascanio Sforza à Ladovic Sforza ^
vRome, 29 juin 1499)
Illustrissime princeps et excellentissime domine frater et pater
honorandissime.
t Milan, ibid. Original autographe. Snscription : Ill[u8tris8i]mo principi
et e[xcellentissi]mo Domino meo. Obser[vandissiJmo Domino duci
Mediolani.
* Liège.
« Milan, ibid. Pot. Estere: Homa. Original. Suscription : Illustrissime
principi et eicellentissimo domino, Domino frati et palri honorandissime
Domine Duci Mediolani.
31
4^2 MAXl^lLlEÏ^ ET LUDOVIC SPOBZA
Per la copia del incluso capitolo,la Excellentia Vestra vedera^uei/o
che écrive el vescovo de' Fazzi de Franza^, E perche dice in epsa
lettera che queste cose francese sono rescaldate da quindeci dî in qua
per le rasone scripte per altre, havendo voluto intendere le rasone,
mi è dicto essere potissime perche la Ëxcellentia Vostra lia irnlato
il Re di Franza con haveie dalo dinar! a la Cesarea Maestà contra il
duca de Gelher e contra li Suiceri soi amici, et nutrito che Tacordo
con l'arciduca non seguisse, e per questo esser stalo necessario resti-
tuire le tre terre al archiduca; le quale cose son tanto a diminutione
del honor de Sua Maestà che se non facesse hora questa impresa, dice
se teneria lo più vituperato homo del mondo. â la Ëxcellentia Vostra
mi raccomando.
Frater filius et servitor Âscanius Maria Cardinalis Sfortia Vice-
cornes, S. R. K. Vicecancellarius.
31
Giovanni Colla & Ludovio Sforza '
(Du4aa27juiUetl499)
(4 juiUet)
Intendo che queste fan tarie sono maie obediente a li capitani, e
contra ad alcuni hanno già preso le arme ; e fra li altii ne sono qui
doi, el capitaneo quando se fece ei conilitto a Malsz, ed il conte
ZoanneVertembergh , che non oisino uscire per minaze di qiiesti
viilani.
(Inspruch, 13 juillet)
El pievosto de Brixina è venuto hogi in quella terra, e m^è venutoa
visiture, e pariato de varie cose, credendome fosse venuto per stare qui
al consilio, me dice cosi subitamente como domani voleva partire ; ed
havendone demonstrato admiratione de questo suo partire cosi subito,
me risposi che gii era necessario andare in certi lochi comandali da
la Maestà Cesarea; la quale, cum tre lettere contrarie Tuna e i'aitra,
li face va commissione de andare in varii lochi, e che era venuto qui
per tore alcune expeditione. lo, inteso questo, me ingegnai cum bono
modo de incitarlo ad dirme dove havesse andare ; per il che è reuscito
ï Li^^ne chiffrée, dont le déchiffrement est donné dans Toriginal.
2 Milan, ihid, Pot.EstercGermania. Dépêches originales. Fragments.
MAXIMILIEN Et LUDOVIC StORZÀ 4Ô^
ad aprirme como la Maestà Cesarea li proponeva due legatione,
una a RoDia, Taltra in Savoia, ma chc lui haveva scripto questa sera
a la Maestà sua acceptare quella di Roma; e cheritornava a Brixina
per metterse ad ordine ; pregando la Maestà sua a provederlo del
andata, per che qui a la caméra non li era proveduto, como scriveva
la Maestà sua, per non esserli dinari ; e per questo effecto era venuto
qui. Havendome ricevuto questa sera la lettera de la Signoria Vostra
che fa instantia del mandate in Savoia uno oratore Cesareo, non ho
perso la commodità de operare che esso preposilo venga lui E cosi
H ho facto intendere che, andando lui a Roma, andatia a loco dove
non sarabene veduto, per non esser Nostro Signore amico a la Maestà
Cesarea, como li ho facto vedere per li sumarii di Roma, e dove non
gratificaiia alcuno altro prencipe, et haveria, secundo il parère mio, a
tractare cose pocho grate a la Maestà Cesarea ; dove non haria sperare
se non dispiacere ; andando in Savoia, andaria a locho dove gratificaria
la Excellentia Vostra, e per essere quella legatione in questi movi-
menti de tanta importantia, quanto pote va considerare, non solo a la
Ë. V., ma a la Maestà Cesarea, poteva sperare magiore honore e
fructo, e maxime da la E. V., la quale sapeva pur essere tanto grata
a chi li servi como alcuno altro principe ; e che, havendome lui più
volte dicto desiderare venire alla E. V., era il tempo de satisfarse;
per le quale persuasione s*è voltato et deliberato in tuto voler la lega-
tione di Savoia, et ha scripto per questa a la Maestà Cesarea, retenendo
le altre prime lettere che ancora non erano andate, ed è in desiderio
di venire. Bene supplica la E. V. ad non publicare la venuta sua,
ma tenerla sécréta per che demonstra cosi havere comissione de la
Maestà Cesarea, ue Tha pur voluto lassare intendere al consilio qui.
lo affirmo bene alla E. V. chio non li sapperia^ne designare ne desi-
derare persona più al propoiiito de lui, perche per affectione, ingegno
et experientia, li satisfaia benissimo. E la E. V. lo voltara ad ogui
Buo proposito, maxime facendoli a la venuta sua bono volto cum qual-
che piccola demonstratione. De questo n'ho avisato Augustino, accio
operi cum la Maestà Cesarea la eipeditione, advertendolo ad non par-
lare in particulare del prevosto, se la Maestà Sua non gii ne parla
prima, como certo fara. Etc.
(Inspruch, 15 juillet 1499)
Ho facto la communicatione a questi consiliarii de le lettere e sum-
marî portati per li doi cavallari, per liquali havendo loro visto tant!
avisi che Francesi vengono, el che non pono credere, diceado sapere
4 84 MAXIMÎLIEN ET LUDOVIC SF0R2A
certo per avisi havuti da udo de' primi sigaori de Franza che non rom-
perano cum la Excellentia Vostra, li ho ricercato che adiuto poteva
expectare la E. V. da la Maestà Cesarea e da loro ; e m'hano risposto
che la debia expectare tanto quauto poterano fare, perche lo faranno
cum efiecto ; ma che sperano finire la guena per la E. Y. cum Franza
più presto che loro non la comeozarano ; perche, se in la giornata se
ha a fare cum Suiceri^ (la quale ognhora me affirmano più se fara pur
presto e ne stano in expectatione, reponendo in questa giomato ogoi
suo designo e speranza), sarano batuti Suiceri, como sperano in N. S.
Dio, defensore de la justitiache è dal canto suo, accompagnandoseli
le forze de la Maestà Cesarea, sarano batuti pur Francesi e Venetiani,
et ognialtro inimico de la E. V.
— Zoanne Todesco, che mandai in diligentia a la E. V., è
ritornato cum fede de havere facto il débite, dolendosi non essere
stato pagato, richedendome chio lo pagasse per che li haveva pro-
messo Ma volendo la E. V. havere li avisi, è necessario la facia
pagare li cavallari e messi chi si mandano da qui forestieri, e la sup-
plico farme mandare quesli dieci fiorini de Zoanne todesco. Et in bona
gratia sua humilmente me ricomando.
(Inspruch, 18 juillet 1499;
Questa sera recevuta la lettera de la E. V., et una de Stefiano da
Novara per li mile fanti vorria, sono stato cum questi consiliarii li-
quali, intesa la richiesta e consultatela fia loro, mhanno risposto
che in questo vedevano due difficultade : Tuna, che quelle gente che
sono a Mais sono tutti paesani, che mal voluntera stanno in campo,
ma che li stanno per commandamento, e dubitono che non andarano
ad alti'o soldo ; Taltra che havendosi a fare laimpresa contra Grisani
de présente, non sano como potere munire Tesercito, al quale, perche
non eraa compimento de ottomila fanti, tuttora n*hano mandati.Tutta-
volta, desiderosi de démons trare a la E. V. el desiderio hanno di
serviria, ma non parendoli de torse tan ta auctorità in questi tempi che
hanno a periculo tutta la patria ne dirli de non, se sono risolti de
scrivere alla Maestà Cesarea, pregandola ad essere contenta coinpia-
cere la E!^cellentia Vostra. E si li è mandita una stafeta, ed io ancora
ne ho scripto ad Augustino Somenza. Etc.
(Inspruch, 21 juillet J499)
Hogi chVa el giorno che li Cesarei dovevano intrare in Agnelina
pep andare verso Coira, messer Polo Liettestanaro (sic) ha scripto
MAXÎMILIEn et LUDOVIC SFORZA 485
a qiiesti consiliarii havere recevuto lettere da la Maestà Cesarea che
non lassi movere le gente, ne vadino più in Âgnelina, perche Sua
Maestà ha certo altro disegno quale vole prima exeguire. Ho investi-
gato in publico al consilio et in privato se sciano che disegno sia
questo, ma non ho potuto intendere altro. Etc.
( Inspmch 21 juillet 1499)
Ricevuto hogi le lettere de la E. V. de 13, scripte in zifra per la
patente de Don Ferrando, subito sono stato cum questi consilieri,
e significatoli la causa de Tandata sua cum ricercarli la patente;
havendo fra se consultato la cosa, m'hanno risposto non havere aucto-
rità de fare lettere patente che se extenda fora del contado de Tirolo ;
e poi non consentiriano a una cosa de simile sorte senza la saputa de
la Maestà Cesarea, e pero a loro pareva de expedire una stafeta a la
Maestà Cesarea, che in tri giorni se haveria la risposta. lo li replicai
che questo consilio in soi bisogni haveva, senza saputa de la Maestà
Cesarea, domandato de le cose più importante alla E. V., che
amorevolmente li haveva compiaciuto, e pero dovevano ancora loro
spendere uno poco de auctorita in questo caso, che a loro era pro-
fitabile; e che era certo che la E. V. haveriane scripto alla Maestà
Cesarea, ma per più celerita, per esser Thomo suo in camino, ricercava
se facessino qui per mandarle più presto, e che questo temporizare
porria impedire l'effecto, de che la Maestà Cesarea saria pocho con-
tenta de loro. Tutavolta non ho potuto obtenere che la faciano, excu-
sandosi non volere incorrere la indignatione de la Maestà Cesarea,
transgradiendo l'officio suo. Non possendo havere altro, li ho lassato
scrivere, e 8*è niandato la stafeta. lo ho scripto ad Augustino Somenzio
che solicita questa lettera e me la manda \ et io la mandaro volando
a M. Horasmo', havendolo advertito a fare scrivere da la Maestà
Cesarea a questi consilieri che in li bisogni de la E. Y. vogliano
expedire da se, senza scrivere et expectare risposta de la Maestà Sua.
(Inspruch 25 juillet 1499)
[ 3j Me motezano ancora sperare che la Maestà Cesarea se
acordara cum Franza, et insiema asseptara le cose de la E. Y., e
t Ladite patente fut accordée le 25 juillet 1499.
2 Herasmo Brascha.
3 II annonce l'arrivée de l'empereur à Lindau pour préparer l'entre-
prise contre les Grisons.
486 MAXTMILIEN ET LUDOVIC SFORZA
benche me sforza più dextramente che posso per iatendere più ioante,
tamen non ne posso cavare altro particolare.
(Inspruch 26 juillet 1499)
La Cesarea Maestà ha mandato el spazo del preposito de Brixina de
scripture e de dinari in mane a questi regenti, e loro hanno mandato
uno cavallaro ad esso preposito, che sara da lui questa nocte ; e cre-
dono che fra doi giorni se mettara a camino per venire da la Excel-
lentia Vostra, e poi andare in Savoia.
Uno servitore del Rrnjsinch (sic) è venuto qui hogi ; quale referisse
como li populi de Austria hanno deliberato soccorrere alla Maestà
Cesarea del pagamento de mille cavalli et che la Maestà Cesarea fa
condure il suo thesoro dove si trova, per suo patrono che è in camino
ad condurlo.
(Inspruch 27 juillet 1499)
Hogi ho communicato a questi regenti la roptura facta ad
Alexandria dai Francesi e la afifectione dcmonstrata da li prelati e
gentilhuomini de la K. V. ; de quello io ho sentito quella più singo-
lare consolatione che più possa desiderare a questo mondo, e ne ho
mille volte ringratiato N. S. Dio, sperando non abandonara la V. Excel-
lentiache è principe reliogissimo, accompagnandoseli poi la sapientia
sua curn le gran preparatione facte et che fara tuthora. De questa
roptura hanno dimonstrato surnma displicentia, e tanto più che la è
facto in tempo che loro non pono fare de le démon stratione che ha
facto la E. V. cum loro, per essere in medesimo bisogno e periculo ;
e sia certo la E. V. che durano extrema faticha in mandare le fantarie
in campo ; e per carestia de fanti non pono far cosi presto la impre^a
de Grisoni ; nondimeno quello che si po fare per loro, Ihanno facto
voluntiera in recomandare caldamente per nuovelettere la E. V. alla
Maestà Cesarea, e per haverli mi facto nuova instantia che in questo
augumento de fantarie che fano al présente, vogliano vedere farne
tanti più che possino servire la E. V. de mile o cinquecenti al mcno,
n'hanno scripto alla Maestà Cesarea, promettendomi fare il possibile
per servirla e li ho ricordato non solo ad sciivere, ma che pensano da
loro de elegerne in qualche loco che melio li parira, e proponere el
partire a la Maestà Cesarea, accioche la cosa se facilita più. Non man-
caro solicitare e ricordare questo effecto.
De Taccordio de lo illustrissime archiduca cum Franza non me ne
sciano dire niente.
MÂXIMIUEN ET LUDOVIC SFORZA 4 87
32
LadoTic Sforsa à N.
(MUan, 31 jaUlet 1499)
Dux Mediolani. Dilecte ooster, volemo che cam bono modo e dex-
t-eza permetti che Grissani e Suiceri possino venire io el dorainio
nostro a tore vino et altre victualie e condurle a casa sua liberamente,
et ancora habiano tutti H commertii che vorrano cum H subditi nostri,
non roonstrando ne habii altra commissione da noi de questo, ma che
tu non li advertischi ne curi de prohibirli cosa alcuna, e H lassi fare a
suo modo. laquai cosa tenerai sécréta in te e ne remandarai la pré-
sente iettera inclusa in una tua, e se ben nuy te scrivessimo poi,
monstrando di espere corrociato con ti de questa cosa, monstrarai
sempre che da noi non habii havuto commissione alcuna.
Mediolani ultimo Julii 1499
B. Chalcus
• Milan, ibid. Dépêche originale. — Document caractéristiqne de la
mauvaise foi que Ludovic Sforza apportait à ses relations avec Maximilien.
Cette dépêche ne porte pas de nom de destinataire. Elle est sûrement
adressée à Tun des commissaires ou caslellans résidant dans le voisinage
des frontières Suisses.
(A suivre.) L.-G. Pklissibiu
CONTES LENGADOUCIANS
Dau piooh de Sant-Loup au piooh de SantGla
(SuiU)
XII
UN POUGNAT DE GALEJADAS
A Banal, BROLSâs, Coumbalat, Dblmas,
Dbzbuzb , Fbdiéira, Fournel, Loubbt,
Marsal, Messinb e Vbran, loas bons
coumpans de la « Campana de Maga-
louna » .
1. — Lou Barbie amourous
Sandrou TArroutioat, garçou barbejaire enco de Vitounet,
èra amourous couma una cata de la cbarmantota Finou. E
de loDga sVii venië sus la porta de la boutiga,toutafre8cadet,
espinchà se, per asard, passariè pas Toubj et de sas amours.
XII
UNE POIGNÉE DE BONNES HISTOIRES
A Banal, Bboussb, Combàlat, Delmas,
Dkzruzb, Frdibrb, Fournel, Loubet, Mar-
sal, Mkssinr et Vbran, les bons compa-
gnons de la " Campane de Maguelonne ".
Le Barbier amoareux
Alexandre le Déluré, garçon barbier chez maître Victorin, était
amoureux, comme une chatte, de la charmante Joséphine. A tout
instant il apparaissait sur le seuil de sa boutique, empressé, affriolé,
épiant si, par hasard, ne passerait poiut par là lobjet de son amo^r.
CONTES LANGUEDOGIBNS 4 89
Cau dire qne raeardfasié passa Toubjetâe sas amours perlou
mens dès-e-sèt oops per jour.
Pamens, aquel dissate, anava picà mièjour, e de Finous
D*aviè pancara passât la coueta d*uiia. Sandrou n'èra à mitai
monrrent. La vèlha, perpati-pata pas res, s^èroun carcagne-
jats embé sa migueta, e lou paure el se demandava se la
poulidacardounilha fougnava pas encara.Trefoulissiè tout en
rasclaLt lou mourre de las prabicas.
— Passarà?... Passarà pas?...
Era dins Tôli boulhent.
Amai lou patrou atabé i*èra dins Tôli boulhent. Sa fenna,
partida de bon niati per demeura la journada à Poussan,
faviè quitat, tout leste de la vèlha, un grand platat debràu-
dou, d'aquel bràndou roussèl per quau mèstre Vitou auriè fach
de bassessas.
— Ai! moun Dieu, que fai caud! marmoutissiè souvent.
SouHde, ma merlussa sentira.
S'en dounava de pèiras au fege. Atabé, prouôtant d'un
Il faut dire que le hasard faisait passer par là Tobjet de son amour
pour le moins dix-sept fois par jour.
Et cependant, le samedi dont je veux vous parler, bien que midi fut
sur le point de sonner, de Joséphine il n'en avait encore passé mie.
Alexandre s'abimait dans la consternation. La veille, pour patati
patata des vétilles, ils 8*étaient un peu contrariés, sa bonne amie et
lui, et le pauvre diable se demandait anxieusement si la méchante
mignonne ne boudait pas son amoureux. 11 grillait d'impatience tout
en raclant le museau des clients.
— Passera?... Passera pas ?...
Ah ! combien il y mijotait dedans 1 huile bouillante !
Et le patron aussi y mijotait dans Thuile. Sa femme partie de grand
matin pour demeurer absente durant tout le jour, lui avait laissé,
préparée de la veille, une grande platée de brandade, de cette bonne
brandade parfumée et dorée pour laquelle maître Victor eût commis
des bassesses.
— > Mon Dieu ! marmottait-il fréquemment, qu'il fait chaud aujour-
d'hui 1... Je suis sûr que ma morue va tourner à l'aigre!
Il s*en donnait des pierres au foie.
Vint enfin un moment où il n'y eût plus, dans la boutique, d*autre
490 CONTES LANGUEDOCIENS
moumen que i*aviè pas mai que moussa Nicoulau en irin de se
faire pela las gautas per nostre Arrôutinat, yite coaris à la
co usina, aganta lou plat, lou porta ras dau jour, lou sentis e
lou ressentis:
— Oh ! sacre-petard-de-miolal sou-dis: a passât, perdi!...
Dequ'agèt pas dich aqui?... Sus lou cop de < A passât »,
Sandrou planta Nicoulau, s'acoussa vers la porta, la doubris
entrefoulit e crida coufle d*emoucioun.
— A-n-our»te, patron : en bas on en naut?...
2. — Lous Uns !...
Mèstre .Tan Patalàs, magou de soun estât, qu'aimava mai
tout que la mitât, embé soun manobre Flambalard, un estampa
se nM*aviè un,caminavoun de bon mati sus lou cami de Mount-
ferrie, ounte anavoun travalhà.
Tout-à-nun cop, — èren en tems de cassa, — pin ! pan ! pan !
quatre ou cinq cops de fusil petoun pas lient d*eles. An pas
client que M. Nicolas de qui justement le Déluré était en train de
ratisser les joues. Victorin, vous pensez, courut vite à la cuisine. Il
prit le plat, revint prestement, s'approcha du jour, flaira, reflaira et
s'exclama, dépité :
— Oh ! sacré tonnerre d'un chien I... Elle a passé, pardi !...
Qu*eût-il pas dit là?... Sur ces mots d' « Elle a passé », mons
Alexandre vous plante M. Nicolas, se précipite sur la porte, Touvre
tout aflblé et s'écrie, défaillant d'émotion :
— De quel côté, patron ; en bas ou en haut?...
2. — Qaelqu^un !...
Maître Jean Pattelarge, maçon de son métier, aimait mieux, dit>on,
le tout que la moitié. Voici qui semble le prouver.
Un bon matin, en compagnie de son manœuvre Flambelard, fiefle
garnement s'il en fut, ils cheminaient vers Montferrier où ils allaient
faire la journée. Tout-à -coup, — on était en temps de chasse, —
pin ! pan ! pan 1 quatre ou cinq coups de fusil éclatent derrière eux.
 peine ont-ils fait demi- tour pour savoir de quoi il letourne qu'un
CONTES LANGUEDOCIENS 401
fach mièch-tour per veire se virava do picas ou de caires
qu'un foutrassau de lebrassa vèn 8*araourrà davans sous
nasses. D^ausida, mèstre Jan Tempougna e, zou! jouta la
bloda.
— Quaote un bon que n^anan faire!... dis lou manobre.
E bavava pas que de ie pensa.
— Lous uns, moun enfant, lous uns.
Tout escasseta s^acabava de parla que lous cassaires seguè-
roun aqui. Un d'elrs ie fai :
— Avès pas vist passa 'na lèbre, camaradas ?
— Si-fèt; amai que rausava pas: semblava un fum ! respond
mèstre Jean.
Mes lou paure siblet de Fiaoïbalard, de per darrîès mèstre
Jan, fasiè touta mena de grimaças. Auriè caugut èstre avugle
ou pus sot qu*un Tôni per pas coumprene que vouliè dire :
ce Agacbas-ie jouta la bloda. t
Tant-i'a que, — per coupa court, — lous cassaires levèroun
la lèbre au maçou« amai i'espoussèroun las arnas un pauo
coumase deu.
beau lièvre vient s'abattre à dix pieds de leurs nez Cueillir ranimai et
le faire disparaître sous sa blouse, — ni vu, ni connu I — ce fut pour
mnître Jean l'affaire d*un instant.
— Quel bon repas nous allons faire !... susura le manœuvre.
Et Peau déjà lui emplissait la bouche.
— Quelqn*un, mon enfant, quelqu'un !...
Tout juste achevait-il de parler que les chasseurs arrivèrent. L'un
d'eux leur fit :
— N'auriez-vous pas vu passer un lièvre, camarades ?
— Que si !... Et même qu'il ne musardait pas : une fumée !...
répondit maître Jean.
Mais ce mauvais sujet de Flambelard, par derrière maître Jean, se
livrait à une mimique des plus expressives. A tel point qu'il aurait
fallu être aveugle ou plus bête qu'un Saint-Nicodème pour ne pas
voir qu'il voulait dire : « Regardez lui donc sous la blouse ! »
Tant il y a que, — pour couper au plus court, — les chasseurs
enlevèrent le lièvre à notre maçon, et même lui secouèrent les puces
de maltresse façon.
492 CONTES LANGUEDOCIENS
Quand seguèroun partits:
— Coussi trapes, piohot, que nous an ben acivadat, aqueles
cassaires?
— Lous uns, mèstre, lous uns...
3. — Mouneda de la Pèça
Mèstre Jan Cougourla es vengut à la vila per vendre un
panièirat d'iôus. E tout en faguent sa venda, intra enco
d*un marchand per croumpà 'n coutèl. N*en trova un que ie
counvèny mes nTen demandoun trenta fous.
— Trenta sôus, fai Jan Cougourla, lou trove pas bon
marcat.
— Voulès rire, brave cme, rebèca lou vendeire. Se vou'n
caliè faire un antau per aquel pris!...
— Es vrai. Anûn, vous lou prendrai, mes à la coundicîoun
que vous lou pague embé d'iôus.
-* Tamben: d'iôus ne eau toujour dins un oustau.... Tè!
Catin, dis à sa fenna, vèni querre aqueles iôus.
Quand ils furent partis.
— Comment trouves-tu, petit, qu^ils nous ont étrillés, ces chas-
seurs là ?
— Quelqu'un, maître, quelqu'un !. .
3. — La Monnaie de la Pièce
Maître Jean Citrouille est venu à la ville pour y vendre un plein
panier d*œufs. Et, tout en faisant sa vente, de maison eu maison, il
entre chez un coutelier afin d'acheter un couteau. 11 en trouve un qui
lui plaît, mais on lui en demande trente sous.
— Trente sous, fait Jean Citrouille, ça n est pas trop bon marché.
— Vous voulez rire, brave homme réplique le marchand. S'il vous
fallait faire le pareil pour ce prix-là !...
— C'est vrai. Enfin, je veux bien le prendre, mais à une condition.
— C'est ?...
— C'est que je vous le paie avec des œufs.
— Tout aussi bien. Des œufs, il en faut toujours dans une mai-
sonnée... Tiens! Catherine, dit-il à sa femme, viens prendre ces
quelques œufs.
CONTES LANGUEDOCIENS 4 93
Aladounc mèstre Jan empocha soun ooutèl e enrega dèch
ions sus lou coamtaclou.
— A très sôus chacnn, dis, ires cops dèoh fan trenta. Aqui
Yostres trenta sôus, Moussu.
— Saique badinas? ie vén la dama. Très sôus un iôu? A
dous sôus es déjà trop pagat!
— Trop pagaty à dons sôus?... Madama, se n*en fasès nn,
iéu vou*n done quatre I...
4. — Lou Moussu
Moussu Copa-tèu , dau Mas de TOurtiga , un richàs se
n'i*a un, es be lou pus famous sarra-piastras que la'terra porte.
Se planis fins qu'as abilhages e carga, jours e dimencbes, una
roupa salla couma la barra d'un galiniè, embé pétasses 8U;)
pétasses, de bralhas traucadas ounte vole pas dire, un capèl
que s*en adoubariè la sonpa per vint pastres, elou resta que
seguis lou branle.
Pour lors maître Jean empoche son couteau et aligne dix œufs sur
le comptoir.
— A trois S0U8 chacun, fait-il, trois fois dix, trente. Voila vos
trente sous. Monsieur.
— Vous badinez, je pense ? s*écrie la dame. Trois sous, un œuf ?
A deux sous, c*est déjà trop payé !..,
— Trop payé, à deux sous ?•.. Si vous en pondez un pareil, madame,
moi, je vous en donne quatre I...
4. — Le Monsieur
Monsieur Pince-mailles, du Mas de POrtie, un richard 8*il en fut,
est bien le plus fameux grigou qui se puisse trouver sous la calotte
des cieux. 11 se plaint jusqu'aux vêtements. Jours et dimanches on le
voit affublé d'une étemelle souquenille, sale comme la barre d*un
poulaillier, et faite de pièces disparates sur pièces disparates. Il a
des chausses percées, le plus souvent, à Tendroit que je ne veux pas
autrement désigner. 11 porte un chapeau tellement graisseux qu^on
en pourrait assaisonner la soupe pour vingt bergers. Et le reste est à
Tavenant
494 CONTÉS LANGUEDOCIENS
L*autre dimtnche, Ëstève lou bouscatiè, arrivèt au mas
per croumpà la coupa d*un bosc. La ramouneta lou fagaèt
intrà dins la cousina e anèt sounà lou Moussu.
Mes quand lou vegèt veni tant mau acoutrat Ëstève se
pensèt:
— Ai I d'aqueles gusasses de varlets que voudrièo se trafà
de iéu !... Vous ses pas levais prou mati, coullègas... TronI
u'auriàs deugut causi un pus poulit, au mens, per faire lou
Moussu !... Espèra-te *n pauc, moussu das Couîdes-Traucats,
te farai veire se sièi de Balharguet.
E, lou capèi à la man, ie fai :
— Es vous lou Moussu ?
^Oui.
— Eh ! be, moun orne, acha que se ta fenoa es couma tus,
devès faire un poulit parel de porcs!...
5. — Un marrit tour
Aicis un das tours de Niqueta, lou famous galejaire que
vou*n ai déjà prou parlât.
L'un de ces derniers dimanches, Ëstève, le bûcheron, se rendit au
Mas de l'Ortie pour acheter une coupe de bois. La ramonette le fit
entrer dans la cuisine et s'en alla quérir le Monsieur,
Mais quand il vit venir un monsieur si misérablement accoutré,
Kstève se dit à part soi :
— Oh! de ces gueusards de valets qui voudraient se gausser de
moi !... Vous ne vous êtes pas levés d'assez bonne heure, camarades !...
Et puis, vrai, vous auriez dû en choisir un plus joli que ça pour faire
Iq Monsieur \.., Attends un peu, Monsieur des Coudes-Percés, je m'en
vais te montrer si je reviens de Pontoise.
Et, chapeau bas, très civilement il lui demanda :
— C'est vous, le Monsieur ?
— Oui.
— Ehl ben, mon bonhomme, si ta femme est comme toi, vous
devez faire un beau couple de porcs!...
5. — Un bien vilain Toar
Voulez- vous que je vous conte un des tours de Niquette, ce fameux
mystificateur dont je vous ai parlé plus d'une fois ?
CONTES LANGUEDOCIENS 495
Se passejava dins Pamparigousta qu*èra prou matinet e
que fasiè fresquièira. Es vous dire que Ion mounde rambalha-
voun pas per carrièiras. S'enanava tout escrancat, — n'en
pourtava alor quatre-vints susTesquina, — embé sa cana, sa
bouneta negra e sa granda roupassa : una roupaque ie dava-
lava ÛDs qu*as talous, qu*aviè dous grands panelasses couma
de lençôus, que degus poudiè pas s'imagina d'oante i'èra ven-
guda, e que iéu, qu'ère adounc pas mai qu*un oadelàs, i'ai
toujour vist pourtà.
En se passejant, se crousèt emb' una marchanda d'iôus.
— Quand lous vendes, fenneta? ie dis.
— Sege sôus la dougena, moussu, pas mai.
— E soun fresses, au mens ?
— Saique badinas, moussu ? Ta pas que de lous veire.
— Eh ! be, coumtàs-m'en tresdougenas ; vous lous prendrai.
— Mes, moussu, vendrai jusqu'à vostre oustau. Vous eau
quicon per lous mètre.
^ Qu'aco vous soucite pas, ma brava fenua. Agantàs aqui
lou panel de ma livita ; iéu tendrai l'autre bout : couma s'èra
un mantau. ÂnenI ie ses?... Vai ben. Dequé dises?... Saique
Niquette, donc, se promenait dans Pampérigouste de bon matin et
par UQ temps assez frisquet. C'est dire que ie monde n'embarrassait
guère dans les rues. Notre bon vieux, tout courbé, tout cassé, — il
en portait alors quatre-vingts bien sonnés, — cheminait tout doucet-
tement, canne à la main, bonnet noir sur la tète et houppelande sur le
dos. Oh! mais, une houppelande, mes amis, qui lui tombait jus-
qu'aux talons, qui avait deux basques grandes comme des draps et
dont personne n'a jamais pu deviner Torigine I Pour ma part, —
je n'étais alors, il est vrai, qu'un jouvenceau, —je la lui ai toujours
vu porter.
Dans le cours de sa promenade, Niquette rencontra une marchande
d'œufs.
— Combien les vendez-vous, la mère? demanda- t-il.
— Seize sous la douzaine, Monsieur, pas davantage.
— Ils sont frais, au moins ?
— Vous badinez, monsieur? Il n'est que de les voir.
— Ehl bien, comptez m'en irois douzaines : je les prendrai.
— Mais, Monsieur, je viendrai jusqu'à votre maison. 11 vous faut
quelque chose pour les mettre.
4 96 CONTKS LANGUEDOCIENS
vostre panièirat Tanarià be tout entiè? Tenès vostre bout
couma se deu, au mens?
— Oui, moussu.
— Per môia! d'abord que soun fresses, metèsm'en quatre
dougenas. Mountariè très francs quatre, vous bailarai loo
comte round, e diguen pas res encara.
La fenna pausèt soun paniè sus un davans de porta e se
metèt à eoumtà : dons, quatre... Anava acabà soun escagoa
quand tout d'un cop veja-t-aqui Niqueta que brama :
— Ail moun Dieu, ai! de moun ventre!... Seguissès-me,
vite, vite, que...
Ë se sarrant d'un recantou, desfai un boutou, pioi un autre,
pioi... auûn bou vole pas dire.
Afairada à ben tène lou panel per que lous i6us toum-
bèssouD pas, la marchanda se mauâsavapas de res, mes quand
s'avisèt d'aqueste trava), lachèt tout couma se se bruUava.
— Aquel grand pourcàs ! cridèt ; vous geinés pasl... se
voulès qu'on vous tangue lou lum ?...
— Ne vous inquiétez pas pour si peu, ma bonne femme. Tenez :
prenez par là le pan de mon habit ; je tiendrai l'autre bout : commd
si c*était un tablier. Allons! vous y êtes? Parfait Qu'en dites-
vous?... Je crois que vous pourriez y loger toute votre panerée!...
Vous tenez votre bout bien comme il faut, au moins?
— Oui, Monsieur.
— Pardine ! puisqu^ilii sont si frais, vous m'en mettrez quatre dou-
zaines. Ça ferait trois francs quatre sous; je vous donnerai le compte
rond et ne répliquons rien, s'il vous plaft. ..
La femme posa son panier sur le seuil d'une porte et se mit à
compter : deux et deux, quatre... Elle allait être au bout de son
écheveau lorsque, soudain, voilà mon Niquette qui braille :
— Aie! aïe!... mon Dieu!... aie ! aïe ! mon ventre !... Suivez-moi,
vite, vite, que...
Et s'approchant d'un recoin, il déût un bouton, puis un autre, puis...
enfin je ne veux pas le dire.
Toute appliquée à bien tenir les basques de l'habit, pour que les
œufs ne tombent point, la marchande, tout d'abord, ne ] orta atten-
tion à rien d'autre. Bientôt cependant elle en vint à s'aviser du tour
que prenait l'aventure. Elle lâcha tout subitement comme si c'eut été
du feu.
CÔNtES LAÎ^GUÉDOClENâ 4^9 "^
— Dequ'avès fach, madama? rebequèt loa vièl d'un er tout
estoumacat; m'aviàs dich qu'hou teniàs couma se deu !...0h !
pioi, tant pis per voua s'hou avès laissât anà : iéu pode pas
pagà vostras bardoutadas. . . Chaval ! e dises que soun fresses ?. . .
Mes pudissoun qu*empouisounoun I N*en vole pas ges, quand
me lous dounèsses !...
E la quitèt en plan.
6. — Bèutat
Quand Poulit-Mourre vouguèt maridà sa ûlha embé Tainat
de mèstre Ambrôsi, lapichotasefaguètunpauctiràl*aurelha.
Aco se oompren: Catarineta se capitava un poulitgrel,fres-
cassa, galharda e avenenta, àloga que s'hou eau tout dire,
l'enfant de mèstre Ambrèsi le fasiè pas parel.
— Dequé ie troves tant à redire, à toun nôvie ? le veniè
Poulit-Mourre.
— Mes, moun paire, ie trove... ie trove qu^es pas poulit,
pardieu! amai que s'en mancal
— Espèce de vieux salel cria-t-elle. Ne vous gênez donc paë?...
Faudrait-il pas encore vous tenir la chandelle?...
— Qu'avez-vous fait, Madame? répliqua le vieillard d'un air tout
ébaubi; voua m'aviez assuré que vous teniez votre bout comme il
faut!... Vous savez, c'est tant pis pour vous si les œufs sont cassés :
moi, je ne peux pas payer vos sottes maladresses.... Ouais! et vous
dites qu'ils sont frais? .. Mais ils puent, ils empestent vos œufs!...
Bèh! je n'en veux pas, quand bien môme vous me les donneriez!...
Et, bel et bien, il vous la planta là.
6. — La Beauté
Lorsque Joly-Museau voulut marier sa fille au fils aîné de Maître
Ambroise, la demoiselle se fit un peu tirer l'oreille. Rien de plus na-
turel : Catherine était un beau brin, toute rose, bien en chair, ave-
nante au possible, tandis que le fils de Maître Ambroise!. .ça ne fai-
sait guère le pendant.
— Mais enfin, que trouves-tu donc à redire à ton fiancé ? lui deman-
dait Jolj-Museau.
— Héî mon père, je trouve... je trouve qu'il n'est pas joli, pardinel
Et de beaucoup s'en faut ! 3 >
4^6 CONTES LANGUEDOCIENS
— An ! vai, foutraleia, es pas poulit !.«. Aoo's bon per las
fennas d'èstre poulidas, mes un orne, saique, amai que siègue
pas pus lourd qu'un ase, n'i*a be prou ?. .
(A suivrej. Gustave Tbérond.
— Va ! va, grosse nigaude, il n'est pas joli ! C'est bon pour les fem-
mes d*être jolies!.. Mais un homme, voyons : qu*il ne soit pas plus
laid qu'un âne, ça suffit!...
6. Thérond.
(il gtdvre).
AVIS DE CONCOURS
La Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers, dans
la séance publique qu^elle tiendra le jeudi de l*Ascension, 21 mai
1903, décernera :
l" Une couronne de laurier en argent à Fauteur d'un travail histo-
rique, biographique ou archéologique concernant le Midi de la France
écrit, autant que possible, diaprés des documents originaux et accom-
pagné de pièces justificatives.
2* Un rameau d olivier en argent à la meilleure pièce de vers en
langue néo-romane. Tous les idiomes du Midi de la France sont
admis à concourir.
3° Un ranieau de chêne aussi en argent à la meilleure pièce de vers
français.
La Société pourra décerner, en outre, des médailles de bronze,
d'argent ou de vermeil aux œuvres qui seront jugées dignes de cette
distinction.
Les œuvres destinées au concours ne seront pas signées et dev vont
être adressées en double copie et franches de port, avec un billet
cacheté contenant le nom et l'adresse de l'auteur, avant le !•' avril
PROCHALX, terme de rigueur, à M. Antonin Soucaille, secrétaire de la
Société, allées Paul-Riquet, n® 9.
Le programme détaillé sera envoyé à toute personne qui en fera la
demande par carte postale au secrétaire de la Société.
BIBLIOGRAPHIE
COMPTES RENDUS CRITIQUES
Gfegorio (6. de) — Etimologie, Estratto dalla Miscellanea linguistica
in onore di G. Ascoliy Torino 1901
Si les patois & dialectes fournissent toujours un champ fertile à
Tétimologiste, les mots appartenant à des langues littéraires & dès
longtemps connus ont été tellement retournés de toute façon qu*il est
bien difficile aujourdui de trouver du nouveau à leur égard & que la
plupart de ceux dont Tétimologie n'est pas établie peuvent être consi-
dérés comme désespérés. Grâce à la précision des métodes nou-
velles on arrive assez fréquemment à prouver que des étimologies
regardées jusqu'à présent comme douteuses mais possibles, doivent
être définitivement écartées, mais souvent on n*a rien à mettre à la
place.
M. de Gregorio étudie quatre étimologies dans ce mémoire : l^ it.
biado, prov. blatz, fr. bléf etc. L'auteur montre nettement que abla^
tum ne convient ni pour le sens ni pour la forme; du participe passé
de aufero on aurait pu arriver au sens de «c récolte », mais il i a loin
delà à la signification précise du mot <c blé»; d'autre part il serait
surprenant qu*il ne restât trace de l'a- initial dans aucun dialecte;
enfin * blatuin devrait donner en italien *biatOy non biado, La foné-
tique postule bladum^ & l'auteur note en efifet que cette forme est
plusieurs fois livrée dans la littérature médiévale; elle ne Test pour-
tant pas à une époque assez ancienne pour avoir une autorité indiscu-
table. Ce bladum serait d'origine celtique, cf. gall. blavod «farine».
Cette éiimologie avait déjà été proposée par J. Grimm, mais elle pré-
sente auss. des difficultés : il n'i en a pas au point de vue séman-
tique, comme le montrent gr. pg^tv);, lat. milium, lit. malnos\ mais
on ne peut expliquer le d que par la forme du gallois moderne blaiod,
& dès lors on ne se rend pas compte de l'extension de cette forme
dans toute la France & presque toute Tltalie, car le moyen gallois a
encore le t : blawly & la forme celtique devait avoir un< : * blàlo- ;
500 BIBLIOGRAPHIE
bladum reste donc de nouveau inexpliqué. — 2*» it. gagliardo^ fr.
gaillard, i^rov.galhart, esp., ^ort gallardo. M. de Gregorio objecte
à ceux qui voient à l'origine de ces mots un tème celtique * gala la
difficulté constituée par Vt qui précède le suffixe; elle avait déjà été
remarquée. Il i en a d'autres, en particulier celle-ci : si le mot com-
mence bien par un g- , comme notre auteur le montre pour Titalien»
& non pas parunta-, on ne comprend guère qu'un mot d'origine celtique
ne soit pas ancien en français, mais que cette langue ait dû l'emprunter
à Titalien, à l'espagnol ou au moins au provençal ; on attend en français
*jaillard, M. de Gregorio i voit un dérivé du nom de pays Gallia au
moyen du suffixe -ard, comme savoyard de Savoie. On conçoit dès
lors que ce mot ne soit pas indigène dans le domaine de la Gallia^
mais i soit entré par emprunt à l'italien. Il ne saurait être question d*un
emprunt à l'espagnol, puisque cette langue ne connaît pas le suffixe
-ardo; ce vocable lui est donc sûrement venu de la France ou de
r Italie. Quant à ce dernier pays, les Gaulois i avaient la réputation
d'être particulièrement forts & robustes ; on leur donnait la préfé-
rence comme gladiateurs. On ne peut donc faire aucune objection ni
fonétiqne ni sémantique à l'étimologie du professeur oe Palerme;
néanmoins elle est indémontrable, car il n'est pas impossible que
l'italien ait emprunté ce mot au français & que dans cette dernière
langue il remonte à une forme commençant par w-, -^ 3** it. tovaglia,
fr. louaille, esp, taalla, prov., port, loalha. M. de Gregorio quia
orreur des étimologies germaniques avait proposé dans le premier
volume de ses Sludi glottologici italiani, p. 159, de voir dans ce mot
un dérivé de tabula au moyen du suffixe -alin. il renonce ici à cette
étimologie. Avec raison, car elle ne convenait ni pour la forme m
pour le sens. Il songe aujourdui k*togalia, dérivé de ioga; mais
celte nouvelle ipotôse n'est guère acceptable fonétiquement puisque
rogare donne en esp. & port rogar & en vfr. rover, rouver. Au point
de vue sémantique il n'i faut pas non plus penser : le suffixe -alta a un
sens collectif: ferraille^ rocaille, grenaille^ ou péjoratif : an/t^ua/Z/e,
prêiraille, mangeaille, dont l'on ne trouve aucune trace dans uu
c< essuie-mains ». D'autre part le mot ioga^ bien qu'appartenant à une
racine signifiant ««couvrir », n'avait guère en latin que le sens très
particulier & très précis de « toge », si bien que * logalia aurait dû
désigner une « collection de toges » ou une <f mauvaise toge ». VA
même en admettant que * togalia ait pu conserver le sens de la racine,
il resterait toujours entre une « couverture » & un « essuie-mains »
un abîme difficile â franchir. Nous nous en tiendrons donc avec Diez
à //iiraAya, jusqu'à ce qu'on ait trouvé mieux. — 4° fr. blême. L'au-
teur montre après d'autres que 1' s est ancien dans vfr. blesms & que
BIBlIOGBAPHIE 501
par conséquenl Pétimologie hldmi est à rejeter. Il propose à son tour
hlas[phe)mare qui aurait donné blesmer, d*où le substantif verbal
hlesme. Pour le sens cette étiroologie est loin de slmposer, & la foné-
tique ne saurait s'en accommoder ; Va français entravé reste intact
même lorsqu'il est atone : castellu — château^ masticare — mâcher,
pasiura — pâlurCy raslellu — râteau. Dans les mots où Tauteur croit
citer des exemples d*a atone devenu e ou ai il s*agit d*un a libre
ou suivi d*une palatale : ces cas n*ontrien à voir ici.
En résumé cet article contient des observations très justes» quel-
ques-unes définitives, mais le résultat total est plutôt négatif.
Maurice Grammont
Regnavd (P). — Le français quenouille (ReYue de phil. fr. & de litt.,
XVI, p. 303-304).
M. P. Regnaud a éprouvé le besoin de s'occuper du mot fr. que-
nouille qui depuis longtemps ne demandait rien à personne. Cette
occasion lui a suffi pour montrer en quelques lignes qu'il n'entendait
rien & l'istoire des langues germaniques ni à celle des langues roma-
nes.
Maurice Grammont.
Stadi glotlMogioi italiani diretti da G. de Gregorio. Vol. primo 1899
[246 p.], lire 10; vol. seconde 1901 [308 p.], lire 12, Torino, Lœscher
C'est une nouvelle revue de filologie romane, fondée par M. G. de
Gregorio, déjà connu par des travaux nombreux & importants à
divers titres. Il en a publié le premier tome à Toccasion du XIl« con-
grès international des orientalistes tenu à Rome en 1899. Plus des
quatre cinquièmes du volume sont dus à la plume du professeur de
Palerme. II débute par un long article (p. 1-202) intitulé Contributi
alla etimologia e lessicografia romama con ispeciale considéra-
tione ai vernacoli siciUani. Il passe en revue successivement 608
« bases » romanes donnant à chaque fois les vocables des patois
siciliens qui s'i rapportent, discutant les étimologies qui lui semblent
incertaines &. en proposant parfois de nouvelles, surtout quand les
mots siciliens lui paraissent jeter un jour nouveau sur la question.
Cet article était destiné à fournir une nouvelle source à M. Kôrting
pour la 2* édition de son dictionnaire, mais il a paru trop tard pour
cela & ne sera utilisable que pour la 3« édition.
La revue étimologique est précédée de deux notes. Dans la seconde
Tauteur étudie les produits du groupe cl intervocalique. Du moment
qu'une occlusive sourde intervocalique reste intacte après l'accent &
502 BIBLIOaBÂPHIE
devient sonore devant, la loi de simétrie porte à attendre comme pro-
duit du groupe cl devant Taccent gghi^ puisqu'il donne cchi après.
Quant à gli qui apparaît fréquemment à la place d*un ancien c/, il n en
est nulle part un aboutissement fonétique;il est dû à un changement
italien de suffîxes, fenomène très commun qui aboutit au remplace-
ment presque complet de certains suffîxes rares par des suffixes
fréquents, &, quand il 8*agit de deux suffîxes également répandus, à
Tésitation continuelle entre les deux.
Dans la première note M. de Gregorio insinue que Ton est en géné>
rai trop porté à rechercher pour des mots romans une origine germa>
nique & qu^un grand nombre detimologies germaniques admises com-
munément doivent être remplacées par d'autres rentrant dans le
domaine latin ou grec. Cette téorie n'a rien en elle-même qui puisse
choquer, mais il faut voir les faits. Nous allons en faire une révision
rapide en les empruntant, comme de juste, au travail même que nous
avons sous les ieux : 1® it. liscîaref prov. lis, lissar, fr. lisse, lisser, esp.
alisar remonteraient à* lixare ou* allixare,({yà ne convient ni pour le
sens ni pour la forme : Vx ne devenant pas ^ en esp., \i, qui est forcé-
ment bref dans* allixare, ne pouvant pas donner i enprov. ni enfr. ;
2° si esp. loco remonte à alucus (ou aluccus), norm. luquer n'en peut
pas dépendre ; 3** it. hotiare, buUare, fr. bouter, esp., port., prov.
bokir remonteraient à * bailere (de battuere) devanu * baitare ; mais
le sens s'accommode mal de * baitare & la fonétique pas du tout; l'a
de la première sillabe ne peut pas devenir o, malgré la labiale,
comme le montrent surabondamment les représentants réels de * bat.
tere & les autres mots qui se trouvent dans les mêmes conditions;
4« it. imbroccare « atteindre », imbroglio « embrouillement »», mon-
tai, sbreccare « rompre », etc. sortiraient de gr. /3p<5;(oç « lacet »
ou de lat. bolus « coup de filet ». Nous devons avouer que la « ra-
gione allotrôpica » ne nous suffit pas pour admettre ces propositions ;
5® fr. brossCt prov. brossa sortiraient de brusca; mais ce brusca,
qui avait Tu long à en juger par les mots qui remontent sûrement à
bruscum, aurait donné en fr. * bruche ; 6** it. cazsa, fr. casse remon-
teraient à, *cap^i<7 ; mais ce mot aurait donné caccia; 7° on croira
difficilement que ciappa « dalle » ait quelque chose de commun avec
capulusit corde à nœud coulant»; 8® it. ranco, rancare, prov. raucs,
vfr. ranCj fr. rancart, esp. ranco^ etc. i;emonteraient à crancus ;
mais M un crabe » n'est ni « estropié » ni « boiteux » & il n'i a trace
dans aucun de ces mots du c initial ; fr. crampe sortirait de la même
souche; mais d'où viendrait le p ? 9® it. diffalcare, fr. défalquer
esp. rfe5/a/car sortiraient de de-^falco defalx(o{i plutôt dis-\-falco) ;
c'est l'ancienne étimologie, antérieure à celle de Diez, & probable-
BIBLIOGRAPHIE 503
ment la bonne ; 10® sic. scirari^ vfr. eschirer^ fr. déchirer remonte-
raient à discedere^ qui fonétiquement ne convient en rien ni pour le sic,
ni pour le fr. (L'observation que germ.sAtr- aurait donné en {v.esquir-
et non pas eschir- est en outre erronée, cf. shîna — échiné) ; 1 1® ags.
east eortirait de lat. Auguslus ou, si l'on préfère, de lat. Ausier ; on
eut étonné dès lors de ne pas trouver dans le même article des éti-
mologies analogues pour les trois autres points cardinaux ; \2^ i a-
t-il rien de moins comestible que la laichCf dont on ne fait guère
que de la litière & du fumier, que la u chènevote ( partie ligneuse du
chanvre) », le « chaume » ou les c arêtes de poisson » , trois objets
qui sont désignés par it. lisca ? Pourtant M. de Gregorio veut rap-
porter laîche & lisca à lat. esca; 13® it. schiattare, fr. éclater ne
peuvent pas remonter fonétiquement à * excaptare\ 14» * extravacuare
rend difficilement compte de it. siraccare & pour le sens & pour la
forme; 15® Temprunt au germanique du mot désignant la couleur
fauve n*est pas plus surprenant que celui de bianco. D'ailleurs * fal-
vus aurait donné* falvo comme salvus : salvo^ & non falbo ; 16» l'éti-
mologie yav6; pour it. falà, fr. falot a déjà été proposée par Diez.
Pour fr. fanoTiy vha. fano convient mieux pour la forme & pour le
sens que ^av(i;. Quant à rapporter sic. ofanu^ esp. ufano, it. a tiffo
au même yavoç, il n'i faut pas songer ; 17® it. fresco^ fr. frais^ fraîche^
prov. fresc^ esp., port, fresco sont rapportés à * frigescere: mais si la
brévité de IV s'explique dans frigiduSy il n'en est pas de même pour
* frigescere; 18®it. m^anware, roum. ingan, prov. enganar, vfr. enga-
ner, etc. remonteraient à //anea; mais quel rapport sémantique peut-il
bien i avoir entre « tromper, moquer »&« hutte, bordel»? D'autre part
fonétiquement le double n de Ht. & du fr. (cf. Dampr. rzànâ = * re-
gannare) ne s'explique pas par nj ; 19® it. galopparc, fr. galoper
provenant de xa>ôç -|- ÎTriroç se passe de commentaire ; 20® it. laidoj
fr. laid ne peuvent pas remonter fonétiquement à laedo; 21® it. lap-
pare, fr. laper, prov. lepar n'ont rien de commun au point de vue
sémantique avec la plante appelée lappa ; 2*2® it. leccare, fr. lécher,
etc. reportent fonétiquement à ^lîccare (cf. Dampr. laci), qui ne peut
pas sortir de * lingicare; 23® M. de Gregorio qui a proposé plus aut
(cf. 1®) * lixare pour lisciare veut faire remonter iciliscio à * liseus. 11
semble que l'auteur devrait choisir lui-même entre ses deux ipotèses
ou au moins renvoyer de l'une à l'autre. En tout cas la seconde ne
convient pas plus fonétiquement que la première; 24» it. malvagio,
fr. mauvais, etc. sortiraient de maie + vapidus ; mais si sapidus a
donné sage en fr., vapidus devait i donner * vage & si sapidus donne
sade, vapidus devait donner *vade ; 25® on ne saisit pas bien quel
rapport il peut i avoir entre vfr. maron « guide à travers les Alpes »,
fr. marron « chien du St-Bemard » & le premier élément de germ.
504 BIBLIOGRAPHIE
marahskalh qui veut dire « cheval»; 26* it. marchio « signe,
marque » n*a certainement rien de commun avec marcus « marteau » ;
27*> quant à sic. marchiggio < filouterie », avec les noms de lieux
Âîarcanza, Marcanzotta, on ne conçoit pas quel rapport ils peuvent
avoir avec germ. marha <l province frontière v. 11 semble évident que
ces deux noms de lieux désignent d'anciens marchés et que le nom
commun fait allusion à Tabileté parfois exagérée des commerçants;
28° entre it. smarrire « écarter, mettre de côté » & arab. marr
V corde » il i a un abîme ; 29<* le fait que masca est attesté en moyen
latin ne saurait en rien faire préjuger son origine; 30° comment it.
nocca peut-il bien sortir de nucleus ? SI* si it. orda^ fr. ^r(/e remon-
tent à ordo, d'où vient Vh aspiré en français ? 32° il i a une grosse
difficulté fonétique à tirer it. predella d'une forme * pedella dérivée de
pes, & d*autre part on ne voit pas comment un simple suffixe diminutif
ajouté kpes pourrait avoir le don de créer une forme signifiant « tabou-
ret, escabeau » ; 33° it. scfnzznre ne peut en aucune façon venir sémaxL
tiquement de * ex-quieliare ; il faut en rapprocher vfr. esclicier ; 34°
fr. dérober^ it. rubare^ etc. remontant à robur ne supporte pas Texamen ;
35° ^fxifn signifie ?c couture » & it. refe signifie « fil », ce qui n'est pas
la njême chose ; & pourquoi l'a grec serait-il devenu e en it. ? 36° la
base qui a fourni it. zocco, fr. souche^ etc. peut avoir été influencée
par soccus\ mais que ces mots remontent purement et simplement à
soccits, non pas ; 37° pour it. tovaglia, fr. touaille^ cf. supra p. 500;
38° tricae ne convient ni pour le sens ni pour la forme à it. iresca^ fr.
treschier^ etc. ; 39° it. treppiare^ fr. Ireper^ etc. ne peuvent pas remonter
fonétiquement k* tripediare\ 40° que l'existence de lat. uas, uadts lit
facilité l'iutroduction de germ. * wadjan dans le domaine roman, est
un fait déjà mainte fois signalé; mais qu'un *uadiare latin ait pu
donner xi.go.ggiare^ fr. gager ^ etc., la fonétique ne saurait l'admettre;
41° sUus au point de vue du seus pourrait servir à désigner un omme
nianéy mais on ne voit pas bien comment il pourrait s'appliquer au
simple fiancé que désigne le sic. zitu. Quant à ail. 3it2e il est évident
qu'il ne convient en rien.
On vient de le voir par cette rapide revue, sur une quarantaine
d'étimologies antigermaniques proposées par l'auteur, il n'i en a
guère qu'une qui soit acceptable. Sans doute il en est certaines dont
le germanisme n'est pas assuré, nr.ais même pour celles là les suppo-
sitions de M. de Gregorio sont encore plus douteuses. Nous avons tenu
à insister sur ce point pour ne pas laisser passer cette occasion de
montrer combien il est dangereux de poser une téorie a priori & de
violenter les faits pour la démontrer.
Parmi les 567 autres numéros nous n'en considérerons que quel-
ques-uns, car nous avons déjà dé[»assé les limites ordinaires d'un
BIBLIOGRAPHIE S 05
compte rendu. N<» 41 le fameux andare, qui a déjà tant fait couler
d'encre, remonterait à *antedare. M. Marchot, de son côté, a pro-
posé la même étimologie (voyez dans ces Studio t. 11, p. 114). Au
point de vue sémantique cette ipotèse est aussi acceptable que beau-
coup d'autres; mais, du moment que puUdus donne « putto >*,
* putidana « puttana », niiidus « nett.) », nitidare « nettare »,
* anlednre devait donner ' aniare. L'auteur a bien senti la difficulté
& a essavé d'expliquer la chute de la sillabe -te- par le fénomène
que nous avons nommé superposition sillabique (La dissimilation,
p. 147, sqq.) ; mais il n'en peut pas être question ici, les conditions
requises n'étant pas réalisées : il faut que les éléments consonanti-
tiques des deux sillabes en jeu soient rigoureusement identiques.
N° 177 fr. danger^ vfr. dangier s'expliqueraient mieux, selon l'au-
teur, par * damnaticum à cause du g que par * damnarium ou
* dominariuûi. Eu réalité aucune de ces formes ne peut donner
danger^ qui remonte, comme on l'a reconnu depuis longtemps, à
* dominiarium ; cf. vfr. dongier. N** 244 it., esp., sic. frasca ne peu-
vent pas plus être un substantif verbal remontant à fragescere que
fresco un substantif verbal remontant à * frigescere ; fragescere n'exis-
tant pas en latin vulgaire le substantif verbal serait ancien et aurait
été accentué * fragésca, d'où l'impossibilité pour lui de donner
frasca. Relevons en passant le rapprochement de lat. frango avec
/inyvuut, qui constitue une erreur un peu grosse. N^ 310 vfr. laigner^
it. lagnarsi s'accordent mal pour le sens avec languere & ne peu-
vent point s'i rapporter fonétiquement. La comparaison avec les pro-
duits de sangxiinare (fr. saigner, it segnare) n'est pas soutenable,
car sanyuinare contient deux n dont le premier est régulièrement
dissimilé par le second à la fase * sangnare^ d'où ' sagnare. M. de
Gregorio, dont la fonétique s'accroche à tous les écueils, au risque
d'i sombrer, tire un grand parti de ce sanguinare ; il i trouve encore
le moyen d'expliquer (n® 343) comment fr. moignon vient de mancus.
Le croira qui voudra. N» 375 it. minore^ mina, fr. miner, mine^ etc.
n'ont rien à voir ni pour lu forme ni pour le sens avec mînare.
N® 403 it., esp., port , prov. nuca, fr. nuque ne peuvent pas davan-
tage être rapportés à nux dont Vu est bref. N** 570 fr. trogne^ piém.
Irogno, trugno ne peuvent pas sortir fonétiquement de tiuo. N*» 590
fr. virer ne peut pas non plus descendre de ueru^ car Ve latin ne
devient pas t dans ces conditions.
Bornant ici notre révision, nous remarquons que nous n'avons
signalé d'étimologies que pour les combattre. Il n*en faudrait pas
conclure que nous approuvons toutes celles dont nous n'avons rien
dit. Mais nous serions désolé d'autre part que l'on crût devoir conclure
de notre compte rendu que l'article de M. de Gregorio est dénué de
506 BIBLIOGRAPHIE
valeur. Il contient beaucoup d^étimologies qui sont très bonnes &, si
nous ne les avons pas signalées, c'est parce que, obligé de nous
limiter, nous ne pouvions pas reprendre un à un chaque numéro, &
qu'il nous a paru bon dès lors de courir au plus pressé, comme U
guide qui va conduire des excursionnistes dans les montagnes com-
mence par les mettre en gardi contre les mauvais chemins, ceux qui
ne mènent qu'à des abîmes.
Nous conclurons donc en toute sincérité que le travail de M. de
de Gregorio, malgré l'élasticité de sa sémantique & l'indulgence de
sa fonétique, est une précieuse contribution à l'étude du vocabulaire
roman. Son principal mérite consiste bien moins dans l'addition de
quelques étimoiogies nouvelles à la masse constituant aujourdui le
domaine commun, que dans l'introduction dans ce domaine des dialec-
tes siciliens que l'auteur connaît si bien.
Le volume se termine par une note du môme savant (p. 239-244) a
propos d'un article de M. Ascoli intitulé Sopra un problema di
sintassi comparata dialellale. Il s'agit des expressions dialectales
va chiama^ va e chiama, va a chiama. M. de Gregorio complète &
précise les faits d'une façon très intéressante & très suggestive en ce
qui concerne les dialectes siciliens.
Entre ces deux travaux du directeur de la revue, nous avons à
signaler un article de M. R. Sabbadini intitulé Saggio di loponomas-
tica delV isola delV Elha, Cet essai plein de documents curieux &
précis fait souaiter que l'auteur poursuive ses recherches de topoao-
mastique & en étende le domaine.
Enfin M. M. La Via nous donne la fonétique du patois de Nicosia en
Sicile. C'est un de ceux auxquels a touché M. de Gregorio dans si
Fonetica dei dialetii gallo-italici di Sicilia ; mais il n'était pas connu
dans son ensemble. Nous en avons ici le vocalisme (p. 222-234) & le
consonantisme vient de paraître dans le tome II, p. 115-128. C'est un
travail consciencieux & utile, sans rien d'ailleurs de particulièrement
remarquable.
La plus grande partie du tome II (186 pages sur 308) est remplie
par deux articles qui ne répondent pas au titre de la revue : l'un
traite du parfait grec & l'autre de la langue éoé. Nous connaissons
d'autres périodiques qui se sont rendus coupables de la même incon-
séquence & nous croyons m*me que les Montpelliérains seraient
très malvenus à la reprocher aux autres. D'ailleurs nous ne deman-
dons jamais à un article d'où il vient ni où il a paru, mais unique-
ment ce qu'il vaut.
P. l-î)l. E. La Terza : TraUamento délia vocale radicale ncl
tema del perfeUo greco. Nous n'avons rien trouvé de nouveau daus
ce travail, si ce n'est parfois des rapprochements & des assertions
BIBLIOGRAPHIE 507
contestables. C'est un recueil de formes. — P. 93-100. R. Sabbadini :
Bacimolature glottologiche. C'est une série de petites notes filolo-
giqaes sur des sujets très variés & sans aucun lien entre elles ; si
bien que dans Tune il est question de Taccent latin & dans une autre
d'un document basque de la première moitié du seizième siècle. Le
tout intéressant.— P. 101-103. T. Zanardelli: Manxpolo dï etimologie
sttl dialetlo sardo antico e tnoderno. Une poignée de bonnes étimo-
logies parmi lesquelles nous signalerons hardàna & buiakésos,
P. 129-223. G. de Gregorio : Sulla siruUura délia lingua KvK.
L'Huteur, qui s était déjà occupé des langues bantou [Cenni di gloUO'
logia hantUy Torino, Lœscher, 1882), a eu la bonne fortune d*avoir à
sa disposition pendant deux mois en 1899 une caravane de 60 nègres
du Togo parlant la langue Eve. Il en a profité pour étudier leur par-
ler «S: recueillir de vive voix sur lui le plus de documents possible.
L'Eve est indigène dans une région de la Guinée septentrionale ayant
pour limites au sud TAtlantique, à Touest le fieuve Volta, à Test le
territoire de TYoruba & au nord une ligne mal déterminée. M. do
Gregorio eu étudie rapidement, mais avec précision, le vocalisme &
le consonantisine, puis il passe à la formation des mots et au méca-
nisme de la langue. C'est à partir de ce moment que les idées per-
sonnelles de Tauteur se font jour, & aussi son but qui est particulière-
ment de montrer que TEvé est une langue bantou.
Aucun de ses arguments ne nous a paru décisif. Il nous indique lui-
même que les traits caractéristiques du bantou sont au nombre de
quatre, & il les énumère. Mais il s'empresse d'ajouter que pour deux
de ces purticularitcs aucun parallèle ne peut être établi entre l'Eve &
le bantou : c'est déjà un mauvais son de cloche pour sa téorie. Des
deux autres, l'une est que les pronoms sont dérivés des préfixes des
noms. Dans la langue Eve ce serait le contraire, puisque, d*après l'au-
teur même, ce seraient les préfixes qui seraient sortis des pronoms.
Mais ce dernier point même n*est pas sans prêter largeinont à la dis-
cussion. Le préfixe a- serait un ancien article déterminatif ou pro-
nom démonstratif, dont la forme ancienne & complète serait la. Au
point de vue sémantique il n'i a rien à opposer à cette etimologie,
puisqu'en fait ce préfixe apparaît dans des mots de sens très variés
sans en modifier en rien la signification, & peut même disparaître sans
changement appréciable. Ceci est d'ailleurs quelque peu en contradiction
avec une téorie de l'auteur suivant laquelle il n'i aurait pas de préfixes
proprement dits dans la langue Eve, mais seulement des mots ayant
chacun sa signification propre & la gardant nettement en composition.
Mais, pour l'étimologie, qu'est-ce qui peut nous porter à croire que
cet a- est un débris d'un ancien /a, puisqu'il u'apparait dans aucun
mot sous cette forme ? Et d'une manière générale quelle peut bien
508 BIBLIOGRAPHIE
être la valeur d^une étimologie dans une langue qui n*a pa9 d^istoire,
dont aucun état antérieur n^est connu & dont la parenté n*est pas
déterminée? Que vaudrait une dissertation étimologique sur Taiticle
français le sans la connaissance du latin ou des autres langues roma-
nes? Ne pourrait-on pas dire avec autant de vraisemblance que U
protèse ce- du grec, qui elle aussi apparaît ou disparaît sans rien
changer à la signification, est un débris de Tarticle ou pronom dé-
monstratif râ? Le préfixe e-, qui de nouveau se présente dans des
mots de significations très diverses sans i rien changer & lui aussi
tantôt apparaît tantôt disparaît, serait originairement le pronom per-
sonnel de la troisième personne du singulier eye, e- ; on ne voit pas
trop ce que ce pronom personnel serait venu faire en tête de substantifs.
Serait-il plus ardi de supposer que Taugraent homérique è-, qui lui
aussi apparaît d'une manière intermittente, est le pronom personnel
de la troisième personne s? La différence d*accentuation ne constitue
pas la moindre difficulté. Le troisième et dernier préfixe, nu, e$t,
d'après Tauteur même, non pas un pronom, mais un substantif signi-
fiant « chose ».
L'autre caractéristique du bantou, c'est que les noms i sont répar-
tis en classes ou genres déterminés par les divers préfixes. 11 n*en est
pas de même en Eve, puisqu^à côté des mots qui ont le préfixe a- &
de ceux qui ont le préfixe e-, il i a les mêmes mots sans piéfixe,
puis les mots formés au moyen de suffixes, les substantifs formés par
rédupHcation, & enfin ceux qui ne sont formés d'aucune des manières
précédentes.
11 i aurait aussi quelques coïncidences lexicologîques entre T^vé &
le bantou; mais elles sont rares & fort contestables : ce serait Eve
me « dans » en Cafre mu^ ii « arbre, plante » en Eve & en bantou,
puis les mots voulant dire « boire, crier, marcher, oreille, bras, trois,
quatre ». Il i a tout lieu de croire que ce sont là de simples rencon-
tres dues au asard, car on en peut trouver autant ou davantage entre
deux langues quelconques n'ayant entre elles aucun lien de parenté.
Notons d'abord que pour ces cinq derniers mots le rapport n'est pas
bien frappant; comparons l'Eve avec une langue bantou, le Mpongvcé.
« Boire » se dit nu en E. eiyonga en Mp., « crier i> se dit kli en E.
& lena en Mp , « marcher » se àxide en E. & genda en Mp., « oreille «>
se dit to en E. & oroi en Mp. , « bras » se dit aho en E. & ogo en
Mp., « trois » se dit alo en E. & raro en Mp., « quatre » se dit ene
en E. & nai en Mp. En feuilletant rapidement le vocabulaire Eve & le
vocabulaire grec, on i trouverait des rapports beaucoup plus nom-
breux & plus frappants. D'abord Eve me « dans » & gr. cv, entre
lesquels il n'i a de différence que la métatèse, fénomène des plus cou-
rants dans toutes les langues quand une sonante est en jeu, & l'échange
BlBLIOGtlÂÏ^HlE 50^
de n avec m précisément comme dans le mot *< boire » en Pokomo
nwa & en Senna mioa ; puie les mots Eve addu « dent » gr. o(?oûç,
E. acUisi « larme » gr. ^abepv, E. aya « vent » gr. âiQ^Ax, E. toe-deka
« onze » gr. Mithol, E. haton « 120 » gr. ixarei» « 100 », E. eg-
hana « il vint » gr. f^atvt, E. m àxo « moi j'aurai » gr. I;^w
« j*ai », E. edeti « palme ». edehu « dattier » gr. ^axrvXoç, E.
nu-AoAtotf « rire » gr. xa;^îlâÇ», E. «x**^ ** lance » gr. lyx^^^ K**
bantou chaque classe de noms a une forme particulière de pluriel
déterminée par le préfixe ; en Eve tous les pluriels sont formés au
moyen du suffixe u. Le bantou forme un génitif, un datif et un ablatif
au moyen de préfixes spéciaux ; TEvé ne connait rien d'analogue. En
Cafre Tadjectif s'accorde au moyen de préfixes avec le substantif
auquel il se rapporte ; en Eve il reste invariable En Cafre les troisiè-
mes personnes des temps ont douze formes difiérentes suivant leur
sujet ; en Eve elles sont invariables.
Nous bornerons là ces observations que Ton pourrait multiplier.
Elles ont suffisamment fait comprendre, à notre sens, qu'en voulant
établir que TEvé est une langue bantou, M. de Gregorio a démontré
le contraire. Avec les arguments dont il sesert on rattacherait beau-
coup plus aisément au bantou la langue d*Homère que celle du Togo.
Mais si nous avons discuté longuementcet article au lieu de le passer
sous silence ou d'en indiquer seulement le sujet, c'est que, abstraction
faite des téories qu'il contient, il reste une contribution très précise &
très précieuse à l'étude de la langue Eve.
P. 225-238 G. de Gregorio e Chr. F. Seybold : Sugli elemenii
arabi net dialeito e nella toponomastica deU'isola di Paniellerxa.
Le parler de l'Ile de Pantelleria n'a jamais été jusqu'à présent l'objet
d'un travail scientifique sérieux. C'est un dialecte sicilien avec un
mélange considérable d*arabe, dans lequel la plupart des dialectes
italiens ont pénétré et laissé des traces. Les deux collaborateurs ont
isolé dans cette langue particulièrement intéressante l'élément arabe et
en ont étudié l'étimologie. U est à souaiter qu'on recueille bientôt ce
parler dans son ensemble. — P. 239-245 M. Niedermann ; Das rer-
sehreihen. On a enfin reconnu (on i a mis sept ans) que les fénomènes
de dissimilation, assimilation, métatèse, etc. n'étaient pas des acci-
dents dus au asard, mais répondaient à des lois qui leur sont propres.
On a compris également qu'ils n'étaient pas accessoires et négligea-
bles dans le développement des langues, mais i jouaient un rôle capi-
tal. MM. Meringer & Meyer avaient étudié les fautes de ce genre
que l'on fait en parlant &en lisant; M. Niedermann nous donne ici des
exemples très précis de celles que l'on fait en écrivant. Il les a extrai-
tes de 33 dictées faites à 16 écolières. On trouverait des faits analo-
gues dans les fautes commises par les scribes dans les manuscrita
510 BIBLIOGRAPHIE
qu*ils nous ont laissés. Elles ont été depuis longtemps cataloguées
parles fîlologues, mais les linguistes ne les ont pas encore mises en
lumière. On pourrait aussi tirer parti des fautes que font les composi-
teurs d'imprimerie. — P. 248-301 G. de Gregorio : Ancora per il
principio délia varietà di origine dei dialetii gallo-italici di Sicilia.
L'auteur, qui s*est fait une spécialité de Tétude des dialectes gallo-
italiens de Sicile, ajoute a ses données précédentes un nombre consi-
dérable de mots appartenant aux parlera de San Fratello, de Piazza &
deNicosia. 11 en donne autant que possible Tétimologie, ou renvoie,
quand il i a lieu, aux numéros de ses ConirihuU qui ouvrent le pre-
mier volume de ces Studi. L'importance de cette étude se dénonce
d'elle-même. L'article se termine par une nouvelle discussion sur Tori-
gine de ces dialectes. Les opinions émises dès 1897 à ce sujet par
M. de Gregorio ont été contestées par M Salvioni qui a essayé de
leur en substituer d'autres. La chose est devenue entre les deux sa-
vants une sorte de querelle personnelle. Pour traiter la question il serait
nécessaire de sortir de ce volume & de reprendre successivement les di-
vers articles que les deux champions lui ont consacrés ; mais nous ne
pourrions le faire , que le jour ou les passions seront apaisév^s. La
science n'a point de patrie; à plus forte raison les affaires de cha-
pelle ou de sentiments doivent-elles lui être étrangères. L'umanité a
l'œil fixé sur les savants et épie les résultats de leurs recherches ;
mais ce qu'elle attend d eux, ce sont uniquement des faits exacts,
des découvertes précises, des démonstrations rigoureuses, le tout im-
personnel.
Ces deux volumes font scuaiter que le troisième paraisse en 1903.
Maurice Grammont.
Paul et Victor Glachani. — Un laboratoire draniatitrgique. Essai
critique sur le théâtre de Victor Hugo. Les drames m vers de f époque
et de la formule romantique (1827-1839). — Paris, Hachette, 1902,
in-16, 3.50.
Dans un volume paru en 1899 et qui portait pour titre: Papiers
d'autrefois^ MM. P. et V. Glachant ont donné de précieux détails
sur les manuscrits de Victor Hugo, leur aspect, leur chronologie, ce
qu'ils nous apprennent des procédés de travail du grand poète. Com-
me l'a dit M. Fagiiet, ils nous ont fait pénétrer dans le laboratoire où
ont été préparées tant d'œuvres admirables ou curieuses. Mais com-
ment, une fois entrés dans ce laboratoire, se résigner à en sortit*
sans avoir tout vu, tout examiné, tout compris? Cédant aux désirs
des lettrés et des travailleurs, l'un des auteurs de Papiers d'autrefois
a donc publié dans la Revue universitaire des études critiques sur
wblïographïe bu
divers poèmes de Victor Hugo; et voici que tons deux ontentreprîs et
commencent à donner au public une étude complote sur ses manuscrits
dramatiques.
Uouvrage formera deux volumes, dont le second étudiera les drames
en prose et ceux des drames en vers (les Burgraves, le Théâtre en
liberté) pour lesquels le poète a cédé à une inspiration épique ou
fantaisiste. C'est donc aux drames en vers de l'époque et de la formule
romantique que le premier volume est consacré : à Cromwell, à Ma-
rion de Lorme, à Hernani, au Roi s'amuse, à Ruy Blas et aux Ju-
meaux. Je ne mentionne pas Topera la Esmeralda, parce que le
manusciit en est perdu.
11 est fâcheux que, des six manuscrits ainsi dépouillés par MM. Gla-
chant, un seul (celui de Hevnani) soit le brouillon môme du poète ^
Les cinq autres sont des copies autographes, qui nous dérobent toute
une partie, très importante, du travail d*abord fait par le dramaturge.
Mais, même quand il a une fois mis au net son texte, un Victor Hugo
ne se lasse pas de le revoir et de le remanier : les observations faites
par MM. Glacbant sont donc, malgré tout, fort instructives.
Elles nous renseignent d'abord sur la façon même dont le poôle
conçoit son œuvre. Cromvoell est une pièce encore classique, où Fau-
teur, inexpérimenté, a usé et abusé des procédés traditionnels^ Hugo,
en se relisant, s'est efforcé d'être plus romantique, et il a cherché
des traits plaisants pour en rehausser un fond sérieux (acte 111,
se. 6 et 9). De même, en écrivant les œuvres suivantes, Hugo ou-
bliait quelquefois ses théories et négligeait de mêler le plaisant au
tragique : il se ravisait alors après coup et ajoutait des épisodes bouf-
fons [Ruy Blas, I, 5 et H, 1 ; Hernani, passim), — D'autres fois,
au contraire, c'est la hardiesse et le romantisme qui étaient d*abord
outrés : Hugo y remédiait de son mieux, et supprimait un dialogue
scabreux dans Marion de Lorme (V, 2), ou diminuait la dose du
réalisme brutal au dénouement de Hernani. — Des remaniements
plus importants sont visibles dans les manuscrits : le premier et le
dernier acte ont été tout transformés dans Hernani\ pour Marion de
Lorme il y a eu un plan primitif que Hugo a abandonné, mais qu'il
nous révèle dans quelques notes; et nous avons d'autres indications
de ce genre, par exemple pour Ruy Blas. — D'utiles jeux de scène,
sur lesquels les éditions ne nous renseignent pas, nous sont aussi
révélés par le manuscrit du Roi s^amuse.
Comment Hugo attaquait-il la rédaction de son œuvre ? A la façon
de Lamartine et surtout d'André Chénier. 11 écrivait un bref canevas
U Quelques feuilles sont aussi restées du brouillon de Ruy Blas.'
biè Bibliographie
en prose, où brusquement venaient se placer quelques vers très
expressifs, sortes de noyaux de cristallisation autour desquels
devaient se former les développements exigés parle sujet: MM. Gla-
chant citent un de ces curieux canevas au quatrième acte de Ruy
Blas.
Son texte une fois écrit, Hugo poète épique ou lyrique Tamplifiait
en intercalant çà et là des idées ou des développements secondaires,
au risque de donner au tout une étendue démesurée. Hugo poète dra-
matique ne peut s'empêcher de procéder de même, et ses additions
sont parfois excellentes (voy. p. ex. Cromvoell^ p. 105). Mais la patience
d*un public de théâtre est facile à lasser, et Hugo ne Toublie pas au-
tant qu'on pourrait le croire. Il coupe, il taille, il retranche, avec un
courage d'autant plus méritoire que les morceaux supprimés sont par-
fois charmants (voy. un long fragment inédit de Marion de Lorme,
p. 177-181 ; voy. aussi p. 246). Seulement, il se réserve de porter
ailleurs ce qu'il n'a pu utiliser ici ou là (voy. p. 178, n. 2; \91 ; 201 ;
207, n. 1 ; 254 ; 375, n. 1, etc.) : il n'est pas jusqu'à ces deux rimes
excellence^ silence^ qui, supprimées de Marion de Lorme, essayées
puis biffées dans Hernani, ne finissent par se caser dans les Bar-
graves (voy. p. 190, n. 1).
Sur ^s corrections de détail de Victor Hugo il y aurait lieu d'insis-
ter, si une étude de ce genre ne demandait trop de place, et s'il ne valait
mieux renvoyer au riche recueil de variantes qu'ont donné MM. G la-
chant. Hugo retournait un vers en tous sens, changeait jnsqu'à cinq
fois une expression, et se conteutait rarement de ce qu'il avait écrit.
Son goût, d'ailleurs, à cet égard était très sûr, et lui qui gâtait volon-
tiers un ensemble par ses aiditions, améliorait presque toujours le
détail par ses retouches.
Quel dommage qu'un écrivain si soigneux soit lu dans des éditions
si négligées! L'édition dite définitive est remplie de fautes mons-
trueuses, et MM. Glachant n'ont pas rendu à leur auteur un petit
service en relevant un grand nombre de ces erreurs.
Le livre de MM. Glachant commence par une introduction sur les
manuscrits dramatiques de Victor Hugo* et se termine par une très
intéressante note sur Victor Hugo et la musique.
* N'y a-t-il pas quelque contradiction entre la page 33 : t On verra
que, selon le sujet qu'il traite, il se fait de son système dramatique une
idée très variable » et la pa^^e 43 : « A chaque sujet qu'il traite, il se
sent ramener, parla force des choses, aux mêmes situations... » ?
La « gracieuse parabole b des deux vers de Dante, dont l'un se déclare
périssable pendant que l'autre se sent immortel, est citée d'après R. Les-
clide et 0. Rivet : elle se trouve aussi, en prose dans le Post-scriptum
âIâLlOGBÂt>HlÊ ^13
Ai-je donné une idée de tout ce qu*on peut trouver dans cet ou-
vrage? Non certes, et la mine peut être creusée en bien des sens que
je n*ai môme pas indiqués. Aussi soubaitons-nous que le second volume
paraisse bientôt et que les deux auteurs entreprennent sur les recueils
lyriques, épiques et satiriques du poète les études analogues qu*ils
jugent avec raison indispensables.
Eugène Riqal.
A. Joannidés. — La Comédie-Française de 1680 « 1900, dictionnaire
général des pièces et des auteurs. Avec une préface de Jules Claretie...
Ouvrage accompagné de dix-neuf fac-similés, — Paris^ Plon-NoutTÎt
et Cie, 1901, gr, 8o.
Il y a quelques années, nous avons rendu compte ici même d'un
ouvrage de M. Soubies qui portait ce titre: La Comédie- Française
depuis Vépoque romantique (1825-1894). Dans de lumineux ta-
bleaux, M. Soubies nous avait montré quelles pièces la Maison de
Molière avait représentées tous les ans pendant près des trois-quarts
du XIX« siècle et combien de fois elle îes avait représentées. Ce travail
était fort instructif et avait coûté de longues recherches.
Beaucoup plus instructif et beaucoup plus méritoire encore est
Touvrage que nous donne M. Joannidés, un « jeune bénédictin » —
cor. me l'appelle ajuste titre M. Claretie —, qui, né à Manchester de
parents grecs, s*est, dès son arrivée à Paris, pris d'une affection vive
et singulièrement agissante pour le premier théAtre littéraire de la
France. Avec un soin et une patience fort louables, il a reconstitué
toute rhistoirc de la Comédie-Française depuis sa fondation officielle
en 1680 jusqu'au d€i nier jour duXlX» siècle. Pas un auteur, pas une
pièce, pas un à-propos en vers ou en prose, pas une date n'ont été
omis.
Dans ce riche répertoire on trouve : une Table alphabétique des
pièces avec la date de leur première représentation; — une Table
alphabétique des auteurs ; — un Tableau chronologique des pièces
avec le nombre des représentations pour chaque année (les pièces nou-
velles sont signalées par des italiques); — divers appendices men-
tionnant les représentations données par la Comédie- Française à
rOdéon. en province, à Londres, etc.; — enfin de très intéressants
fac-similés, depuis le frontispice du vénérable registre commencé à
de ma vie (De la vie et de la mort)^ en vers dans Religions et Reliyion
(IV); et, chose curieuse, elle a été développée par M. Haraucourt dans
sts Poèmes du temps passé (VImmottalite),
33
^U âlBLlOGRAÏ^mc
THôtel de Guénégaud, le 30 avril 1680 Jusqu'au bulletin de réouver-
ture de la nouvelle salle le 29 décembre 1900. — N'oublions pas les
curieux tableaux où M. Jotinnidès a lésumé Tbistoire du répertoire de
Corneille, de Molièie, de Racine, de Regnard, de Marivaux, de Beau-
loarcbais, de Hugo, de Musset, d'Augier et de Dumas fiis.
A quelles importantes études se prête un dictionnaire aussi détaille
et aussi sûr que celui de M. Joannidès, on lo devine sans que nous
ayons à le prouver longuement. Nous nous contenterons de quelques
brèves indications.
1. Vous vous dites que ce le Français né malin » et à qui Rabelais n'a
pas eu de peine à persuader que u rire était le propre de l'homme »» a
sans doute préféré la comédie aux pièces sérieuses ? — Vous avez
raison. Molière, à lui tout seul, a été représenté 20290 fois, beaucoup
plus que Corneille, Racine et Voltaire réunis, puisque Corneille a été
représenté 4717 fois, Racine 6270 et Voltaire 395'3. Encore laissè-
je à l'actif des ces tragiques les représentations de leurs comédies:
or le Menteur a été joué 650 fois, plus que toute autre pièce de
Corneille, le Cid excepté; /es Plaideurs ont été joués 1219 fois,
400 fois de plus qu'il ndromaque^ 800 de plus qyiA Uialie ou que Bajazel;
et Naninemètne (qui le croirait?) a été jouée presque autant quAlzire.
— En cette affaire, d'ailleurs, rien n'est plus caractéristique que le
succès de Regnard. Avec ses 5262 représentations, il a tenu l'affiche
beaucoup plus que Voltaire, plus que corneille, plus que Racine poète
tragique.
2. Le succès de nos grands classiques n'a pas toujours été égale-
ment soutenu, et le goût public leur a été, selon les temps, plus ou
moins favorable. Le Cid est joué 7 fois par an en moyenne de 1701 à
1720;il l'est moins de 2 fois de 1751 à 1770; 7 fois de nouveau de
1801 à 1820; moins de2fois de 1851 à 1870. Andromaque subit des
fluctuations analogues: près de 6 fois de 1701 à 1720; 1 fois 1/2
de 1751 à 1780; 6 fois 1/2 de 1801 à 1820 ; moins de 2 fois de 1851
à 1870. Il n'est sans doute pas besoin d'autres chiffres pour se con-
vaincre qu'à la fin du règne de Louis XV et pendant tout le règne de
Napoléon III il y avait quelque incompatibilité entre l'esprit public et
l'ar tragique.
3. Les meilleures pièces de nos grands auteurs se classent aujour-
d'hui pour nous dans un certain ordre, qui n'a pas toujours été, tant
s'en faut, l'ordre accepté par les siècles précédents, et qui, pour des
raison d'ordre scénique, peut aussi ne pas rendre compte des succès
relatifs obtenus au théâtre. Il nous paraît que Polyeucic est le chef-
d'œuvre de Corneille; or Polyeucte n'est par le nombre de ses repré-
sentations (418) que la cinquième pièce de son auteur: inférieure an
Ctd (919), au Menteur (650), à Cinna (619J, à Horace {586), k peine
fiIBLiOftRAPHlË bià
supérieure à Rodogune (396); et pendant 34 ans (de 1790 à 1802, de
1819 à 1839) cette tragédie n'a pas été jouée une seule fois. — Les
pièces de Racine les plus représentées, après les Plaideurs, sont
Phèdre, Andromaque, IphigéniCy BrUannicus, Mithridaie, Athalie
vient bien loin après Briiannicus (457 contre 707), et Bérénice n'a
qu'un nombre fort restreint de représentations( 156) : pendant plus
d'un siècle, de 1791 à 1892, elle n*a été jouée que 6 fois. — Enfin le
triomphe de Regnard n'est ni avec les Ménechmes (532), ni avec
le Joueur (817), ni avec le Légataire (925), mais avec les Folies
amoureuses ( 1 039^.
4. Ajoutons que les belles œuvres disparaissent du répertoire pour
y reparaître plus ou moins longtemps après : i^o^^une est jouée
9 fois de 1861 à 1867, après quoi il n'en sera plus question jusqu'en
1902; Nicomède paraît 4 fois en 1861: quand le reverra-t-onà /a
Comédie ?
5. Les premières comédies ou tragi comédies de Corneille étaient
mortes pour la scèoe bien avant 1680. D'autres pièces ont disparu
depuis un peu plus ou un peu moins de deux siècles: Agésilas, An-
dromède, Attila, Œdipe, Othon, Sophonisbe, la Toison d'or, les
Amants magnifiques. Des fantaisies plus ou moins heureuses ont fait
reparaître l'Illusion comique en 1861 (12 représentations), Médée en
1868 (6 représentations de fragments), la Suite du Menteur qui
certes méritait un meilleur sort, en 1807 (7 représentations), rfon Gar-
de de Navarre, en 1871 (2 représentations du second acte), Mélicerte
en 1864 (3 repré-îcntations), Alexandre le Grand en 1866 (une
représentation d'un acte), la Thébaïde en 1864 (2 représentations de
3 actes).
6. Pour ne pas multiplier ici les chiffres, je note sommairement
quelle lumière peut jaillir du dictionnaire de M. Joannidès sur les
luttes dramatiques du passé. Commençant en 1680, le Tableau
chronologique ne nous éclaire malheureusement pas sur les luttes
entre le théâtre de Molière et celui de l'Hôtel de Bourgogne entre
Corneille et Racine, entre Racine et Pradon (encore ai-je tort de
m'exprimer d'une façon aussi absolue, car il est intéressant de cons-
tater qu'en 1680, trois ans après la bataille des deux Phèdres, celle de
Racine poursuit sa triomphante carrière, tandis que celle de Pradon
est désormais et pour toujours inconnue. Mais que ne peut nous
apprendre ce Tableau sur les rivalités de Voltaire et de Crébillon,
des classiques et des romantiques, de l'école romantique et de
r« Ecole du bon sens «... ! 11 est vrai que, pour le XlXe siècle iiu
dictionnaire de la Comédie- Française ne nous suffit plus: il nous
en faudrait d'autres bientôt, et, en premier lieu, un dictionnaire de
rOdéon.
516 BlâL10ÛRAt>Hl£
7. S'il est fort instructif de voir combien de fois il est arrivé à une
œuvre de premier ordre d'être tenue en échec par une œuvre médio-
cre ou même mauvaise, il ne Test pas moins de constater comment,
plus ou moins vite, une sélection se fait, et comment, dans le vaste
cimetière de Tart dramatique, quelques belles œuvres restent debout.
Les chefs-d'œuvre de Corneille, vers 1640, étaient par tous mis en
balance avec les pièces de vingt ou trente dramaturges applaudis.
Cherchez ce quesont devenus quarante ans plus tard les Scudéry, les
Claveret, les Mairet, les Maréchal, les Baro, les Beusserade, les
Durval, les Chevreau, les La Calprenède, les Guerin de Bouscal, et
tant d'autres ! Le nom de Boisrobert quitte l'affiche en 1683, celui de
Tristan THermite en 1703, celui de Desmarets en 1716> celui de du
K}-er en 1747 ; seul Hotrou obtient quelques rares représentations
au XIX^ siècle avec son Venceslas, postérieur aux grandes tragédies
de Corneille et certainement iuspiré par elles.
Nous pourrions poursuivre ces observations ; mais on voit déjà
quel sérieux intérêt ofire le volume de M. Joannidès. Les volumes
annuels que le jeune auteur se propose de publier sur la vie de la
Comédie- Française au XX« siècle lui gagneront plus que celui-ci la
faveur du grand public; dès à présent, c'est la reconnaissance des
travailleurs qui lui est acquise.
Eugène Kioal.
Les cahiet's d'un bibliophile. — Le Parasite^ la Mariane^ la Mort de
Sénèque^ de Tristan rHermite, p. p. Edmond Girard. — En la Mai-
son des Poètes, 42, rue Mathurin Régnier, Paris.
Tristan THermite n'a pas été un homme heureux ; mais, comme
son mérite était grand, de bonnes fortunes lui sont cependant échues
pendant sa vie et après sa mort. Quelques-unes de ses pièces ont eu
un vif succès en leur nouveauté , surtout La Afariane, qui, en 1636,
a éclipsé Médée, et, eu 1637, ne s'est pas laissé écraser par Le C'uL
Quand la Comédie- Française s'est fondée, deux pièces du poète, mort
depuis vingt-cinq ans, ont figuié au lépertoire. Le Parasite et La
Mariant ; et cetie ilernière n'a disparu de 1 affiche qu'en 1703, encore
y a-t-elle été bientôt remplacée par deux contrefaçons ; celle de
l'abbé Nadal ei celle de Voltaire. Presque oublié ensuite pendant
près d'un siècle, Tristan a eu coup sur coup plusieurs bouhtuis : en
1875, M. Fournel a publié son Parasite, avec quelques coupures, au
tome 111 de ses Contemporains de Molière ; en 1897, sa Mariane a été
jouée à rOdéon avec uue décoration fidèlement imitée de la décora-
tion ong liule ; en 1900, enfin, M. Edmond Girard a entrepris une
foi t luxueuse édition de toute son œuvre dramatique.
BIBLIOGRAPHIE 517
Trois pièces ont paru : Le Parante, La Afariane, La Mort de Séné-
que ; une quatrième a commencé à paraître : La Folie du Sage, Tant
qu*elle n'est point terminée, nous ne dirons rien de cette dernière.
Beau papier aux amples marges, impression nette, caractères agréa-
bles et qui rappellent ceux des éditions originales, reproduction page
par page et comme en fac-similé de certaines éditions avec collation
des autres (ou tout nu moins des principales), tout est fait pour char-
mer les bibliophiles dans les « cahiers » que Mlle Lucie Girard imprime
à deux cents exemplaires numérotés, et qu elle enferme dans de jolis
étuis spéciaux. Les érudits aussi seront reconnaissants à Téditeur ;
seulement ils auront à formuler do petites réserves, et je vais essayer
de les formuler à leur place.
Pour des réimpressions de ce genre deux méthodes sont admissibles
entre lesquelles il faut choisir. Ou bien on reproduit le texte d'une
édition déterminée avec une exactitude scrupuleuse, et en gardant
même les fautes les plus évidentes, sauf à signaler dans un appen-
dice les variantes des autres éditions. Ou bien — et ceci me parait
préférable — , tout en reproduisant la physionomie du texte , on
le corrige d'après d'autres éditions ou d'après les règles, sagement
appliquées, de la critique: les leçons authentiques sont, en appen-
dice, fidèlement signalées aux lecteurs. M. Girard a choisi d'abord
la première méthode , et il a imprimé sciemment Lonare pour
Zonare dans Y Avertissement au lecteur de Mariane, il a gardé deux
Scène deuxiesme au troisième acte de la même tragédie; mais il
s'est ravisé ensuite, et il a introduit des corrections dans les vers de
La Mort de Sénèque,
Examinons d'abord cette pièce. Les corrections des pages 14 et 20
(préférer au lieu de prêter , violer b.\i lieu de viiyder) sont excellentes ;
à la p. 54, c'est évidemment le texte de 1646, choisi par M. Girard,
qui est le bon :
Mais iuge de mon cœur et non pas de mon stile.
En revanche, la correction de la p. 117 :
Quoy ! nous ne verrons plus cette perle de Cour !
(au lieu àe perte) ne me paraît pas heureuse : l'expression est bien
alambiquée. Le manuscrit devait porter « peste de Cour », façon de
parler fréquente, et l'imprimeur a changé inconsciemment le texte,
sous l'influence du mot perdu qui est au vers suivant
Pour le vers de la p. 60, que M. Girard n'a pas osé corriger :
Ce songe absolument sont de vaines menaces,
518 BIBLIOGRAPHIE
je propose :
Les songes bien souvent sont de vaines menaces ;
la confusion des majuscules C et L est fréquente, Vs finale de aoii-
ges aura été prise pour un a, Vê longue de sotivent pour un L
En outre, des corrections s'imposaient dans la ponctuation de cer-
tains vers (p. 5, v. 2, pas de point final ; p. 48, v. 16, pas de point
d'interrogation ; p. 66, v. 12, un point d'interrogation est néces-
saire).
Dans la bibliographie de Mariane^ M. Girard a été bien inspiré en
reproduisant les variantes que lui fournissait le manuscrit original.
Mais il eût fallu aussi, puisqu*on ne corrigeait pas le texte de 1644,
signaler quelques fautes de ce texte, auxquelles le manuscrit ne
remédie pas (à vrai dire, plusieurs sont peut-être des fautes de la
réimpression nouvelle *) :
P. 25 : Tousiours les vieux Hircane et mon frère meurtris
pour : le vieux ;
P. 51 : eile brave^ pour elle brave ;
P. 78 : le suis à la punir instement animé
pour : iustement ;
P. 99 : le n'en sçaurois douter, et ie ne la sçaurois croire
pour : et ne la sçaurois croire.
Voici des fautes du Parasite^ qu'il importait de corriger ou de
signaler : p. 5 : toute à Fheure, pour tout à Vheure ; p. 6, ces affec-
tions^ pour ne» affections ; p. 8: médecins pour médecines (en rime avec
racines) ; p. 16 :
Lescher encor le plat n'as-tu pas acheué ?
pour Lescher encor leplat!; p. 35 : dsssouSy pour dessous ; p. 38 : Elle
ne te liait pas ^ pour Elle ne te liait pas ; p. 45 :
Toy qui sur mon malheur est si digne de blâme ?
pour es si digne ; p. 54 :
Il faudroit bien le prendre, où tout seroit perdu
ï Voici, au reste, des coquHlea qui appartiennent sans conteste à l'édi-
tion Girard : p. 128 fin : Page 11, pour Page 12 ; p. 130 :
Pherore^ mon mérite a la faible d'Alcide
pour le foible ; p. 1 40 : Page 181 , pour Page 101 ; ibid. : Perdant Ic^
sent imens ^^^o\xv Les sentiment ;\i.iki -.Quelle affreuse montagne, pour Quelle.
BIBLIOGRAPHIE »19
pour : ou tout seroit perdu ; p. 57 :
Poltron, examine si ie fentens encore
pour : Poltron examiné, ai ie t'entens encore,,, ! D'ailleurs, cette
correction ne me satisfait encore qu'à moitié, car poltron examiné
signifierait ici : « poltron incontesté », et je ne sais si cette interpré-
tation est possible. En tout cas, une explication n*eût pas été de
trop.
P. 108, Taparté: « Ha! que i'en suis rauie! » ne peut appartenir à
Lisandre, puisque le participe est au féminin (en rime avec vie), 11
faut le restituer à Phénice ou à Lucinde.
Et enfin, il est d'autres cas où de brèves explications seraient
utiles. En lisant cette phrase àeVepietre : <« Vous auez receu les erres
de tout ce bien, dès Theure de vostre naissance », tout le monde
comprendra-t il que erreê est une autre forme du mot ari'hes ? — En
lisant ce vers de la p. 72 :
Est- il poste eâ'ronté qui le soit à ce point ?
se rappellera-t-on le sens du mot poste ? « On appelle populaire
ment un petit poste (dit Furetière) un garçon vif et éveillé qui aime
à courir, qui ne peut tenir en place. » — N'est-il pas bon, à la p. 78,
de remarquer que croyez se prononçait souvent crayez^ ce qui a per-
mis le jeu de mots de Phénice :
Si vous ne le croyez, charbonnez-le bon homme.
— Est-il supei'flu de dire qu'à la p. 94 :
le veux que d'un leuier on m'herne comme un chien.
herne est sans doute une mauvaise graphie pour erne, du verbe
emer, esrener, c.-àd. éreinter ? — A la p. 113, au sujet du vers de
Fripesauces :
Cet emprunteur de noms se doit appeler Charle,
il était bon de citer les Curiosités d'Oudin : « Vous estes un Charles^
par allusion de Charlatan ^ i « un discoureur, un abuseur par belles
paroles », vulg. » — L'exclamation de la p. 140: Vos fortes fleures
mules (en rime avec ridicules) paraît être une combinaison de deux
imprécations : vos fortes fièvres I et vos maies mules I (dans Rabelais,
les mules sont des engelures) ; mais il n'y a certes là rien d'évident.
Toutes ces taches sont bien excusables ; mais j'ai tenu à les rele-
ver, pour que M. Edmond Girard rende plus profitables encore ses
précieuses réimpressions.
Eugène RiGAL.
520 BIBLIOGRAPHIE
Ernest Dapny. ^ La jeunesse de Victor Hugo, brochure in- 18 jésos,
1 fr. 50, 1902. Société française d'Imprimerie et de Librairie.
Henri d' Aimeras. — Avant la gloire, leurs débuts, première et deuxième
série, 2 vol. in-18 jésus, à 3fr.50, 190i-1903. JOid.
Sur Victor Hugo, l'homme et le poète, M. Krnest Dupuj avait
publié un ouvrage éloquent, plein de vues ingénieuses, auquel on ne
pouvait reprocher qu'un plan un peu factice et un enthousiasme peut-
être trop constant. Le centenaire de Victor Hugo, qui était pour le
critique une excellente occasion de revenir sur son poète favori, lui a
inspiré, outre un article de la Revue de Paris, une conférence faite à
l'Ecole normale d'institutrices de Fontenay; et c'est cette conférence
qui, développée par endroits, a paru en brochure sous ce titre : La
jeunesse de Victor Hugo,
Il serait, d'ailleurs, impossible, si l'auteur ne nous le disait, de
deviner que cette savante, délicate et impartiale étude a été d'abord
une manifestation oratoire. Après avoir pratiqué des fouilles heureu-
ses dans les archives de l'Académie Française, après 8*être entouré
de documents peu connus ou inédits, après avoir établi avec soin la
chronologie des premières œuvres de Hugo et des œuvres contem-
poraines, M. Dupuy a suivi le poote depuis son premier concours
académique en 1817 jusqu'à sou triomphe d'Hernani en 1830, et il
a signalé nettement les influences qu'il a subies, les événements qui
ont déterminé la direction de sa pensée, les amis et les disciples
qu'il a groupes autour de lui, les changements et les progrès qui se
sont marqués dans ses productions. Chemin faisant, il a rectifie des
dires de M. Biré, semé des remarques intéressantes, cité des arti-
cles curieux du Conservateur littéraire et de la Muse française,
La jeunesse de Victor Hugo est, à coup sûr, une des meilleures
études qu'ait suscitées le centenaire du grand poète.
M. d'Alméras a-t-il voulu épargner aux Dupuys de l'avenir la
peine de déterrer les premières œuvres de nos auteurs célèbres et de
retrouver les traces de leurs efforts, voire de leurs souffrances avant
qu'aient lui pour eux les premiers rayons de la gloire, plus doux
(comme l'on sait) que les premier feux de l'aurore? En tous cas, les
érudits, dans cinquante ans, lui devront des renseignements précieux
et des indications qu'il leur eût été bien difficile de se procurer
sans ce guide informé et aimable. M. d'Alméras a lu pour eux force
livres oubliés; il a feuilleté les collections, assez courtes générale-
ment, mais innombrables, des revues et des journaux où se sont
déposés depuis un demi-siècle la prose et les vers des aspirants à la
gloire littéraire; il a interrogé, sans se croire obligé de les croire
sur parole, tous ceux qui pouvaient rendre plus riches et plus sûres
BIBLIOGRAPHIE ^21
ses notices. Il nous a ainsi appris quantité de faits caractéristiques ;
il nous a montré quelle destinée curieuse avaient eu des livres, que
nous croyons avoir toujours été estimés ou méprisés parce qu'ils
sont estimés ou méprisés aujourd'hui ; ils nous a cité des textes inté-
ressants, dont parfois on ne connaissait que les titres, dont souvent
on ignorait même qu'ils eussent existé.
Sous ce titre : Avant la gloire^ c'est la période la plus obscure de
la vie de nos auteurs, celle sur laquelle eux-mêmes font le moins
volontiers la lumière, qu'il a étudiée avec patience et racontée avec
verve. Dumas fils jusqu'à la Dame aux Camélias, Vallès jusqu'à Jac-
ques VingtraSf les Goncourt jusqu'à l'échec utile à^ Henriette Mare-
chalj Daudet jusqu'à Fromont jeune, Coppée jusqu'au Basant, Halévy
jusqu'à la Belle Hélène^ Anatole France jusqu'à Thaïs, Bourget ]\X9'
qnk Cruelle JSnigme. Loti jusqu'à Pécheurs d'Islande.,., telle est la
matière de ses articles. Le moment où l'écrivain commence à être
connu de tous est rarement celui où il commence à mériter de l'être,
et il y a là matière à réflexions ; il arrive même que ce soit celui où
il commence à mériter l'oubli, et ceci est plus digne de réflexions
encore, a A cette nouvelle école — dit M. d'Alraéras en parlant des
décadents — ... il fallait un chef. On prit Verlaine qui était disponible
C'est de cette époque que date sa véritable réputation. 11 devint célèbre
le jour où, vieilli, fatigué, épave littéraire transformée en drapeau, il
commença, après avoir eu du génie, à ne pas avoir de talent. »
Si je nomme quelques autres auteurs étudiés par M. d'Alméras
(Montépin, Malot. Ohnet, Philibert Audebrand, Ranc, Drumont,
Bergerat), on se demandera si les érudits de l'avenir auront vr.^iment
affaire de tout ce qu'on leur donne ici, et si le mot de ghii'e n'est pas
un peu bien retentissant. Mais M. d'.Alméras reconnaît lui-même qu'il
a pris le mot de glo're parce qu'il était le plus commode, non parce
qu'il était le plus juste : notoriété, succès eussent été plus exacts,
seulement ils eussent aussi été plus ternes. Et quant aux érudits de
l'avenir, qu'importe que tout ne les intéresse pas dans ces articles,
pourvu que nous y trouvions nous-mêmes utilité et agrément?
Au reste, il faut distinguer entre les deux séries de Avant la
gloire, La première est consacrée surtout à des auteurs de livres, la
seconde à des journalistes (Rochefort, Henry Maret, Paul de Cassa-
gnac, Clemenceau) ; et, si ce doit être la moins durable, ce n'est pas
la moins piquante ; il y a de l'esprit dans la notice sur Bergerat, et
il y a de l'éloquence dans la notice sur Clénjenceau. La méthode
même de l'auteur a changé d'un volume à l'autre. «Élargissant à des-
sein le cadre de mes biographies — dit M. d'Alméras — j'essaie de
multiplier autant que possible les anecdotes et les portraits » : et
voici, en effet, l'histoire du Magasin littéraire à propos de Charles
522 BIBLIOGRAPHIE
Foley (l), l'histoire de Pierrot à propos de Paal Margueritte, celle
d^AIezandre Dumas père directeur de théâtre à propos de Jules
Verne.
Nous en plaindrons-nous? pas plus que de voir examiner certains
faits (le rôle de Clemenceau au 18 mars, par exemple) avec un détail
que le premier volume ne connaissait point. Nous aurions plutôt
envie de discuter certains jugements de M. d*Alméras, de lui signa-
ler les lacunes d*une Bibliographie fort utile (rien sur Halévj et Ma-
let, un seul titre de Jules Verne...), de lui demander un peu plus de
chronologie précise çà et là, de lui reprocher des plaisanteries trop
faciles et trop répétées (sur le baccalauréat, notamment), qu'il pou-
vait laisser à de moins riches que lui en esprit véritable. Mais ce ne
sont là que des détails, sur lesquels il y aurait mauvais goût à insis-
ter. Les études de M. d*Aiméras sont à la fois amusantes et sérieu-
ses, elles plairont aux lecteurs frivoles et elles serviront aux travail-
leurs : on ne peut qu'engager Tauteur à les poursuivre.
Eugène RiGAL.
R. Birbiera. — La principessa Belgiojoso, i suoi amici e nemici, il suo
tempo. — Un vol. in- 12. Milan, Trêves, 1902.
L'auteur des Figure e Figurine del secolo chi muore et du Salotto
délia coiitessa Maffei vient de publier une nouvelle étude d'histoire
politique, sociale et littéraire, consacrée à la célèbre princesse Belgio-
joso qui, de 1808 à 1871, a rempli de son nom et de ses aventures
l'Italie et Paris. Cristina Trivulzio a trouvé en lui le biographe qu'elle
méritait, bien documenté, bien informé de maint détail que Ton com-
mence à peine à pouvoir écrire, et en même temps plein de sympathie
et d'admiration. La vie de cette belle et célèbre milanaise a été si
étroitement liée au progrès de l'indépendance italienne et la formation
de la jeune monarchie, qu'elle dépasse les mesures et Tintérét d'une
biographie féminine pour être un chapitre véritable de l'histoire de
(1) Pape 245, et non 145, comme il est dit à la Table des noms et
titres. Disons en passant que les fautes d'impression sont trop nom-
breuses, au moins dans le premier volume: liaymond Kalbris, p. 186:
les Rougon-AfacAarf/, p. 1%; Serge Pneani, p. 242, etc. — Le sixi<>me
des vers cités p. 14, le troisième et le quatrième des vers cités p. 83,
sont faux. — 11 y a aussi quelques négligences de rédaction: t. I,
p. 6, i> Régent Musiel^ commencé le 31 mars 1851, terminé le 11 mai
suivant, est le roman le plus rapidement écrit du siècle ; six pages plus
loin, on voit que La Dame aux Camélias a été écrite en quinze
jours.
BIBLIOGRAPHIE 523
ritalie contemporaine, et, tout en traçant un portrait véiidique de
80Q héroïne, Tauteur a su écrire ce chapitre-là. De la froide et tiiste
Casa Trivulzio au palais Belgiojoeo, à Milan, du mariage à la sépa-
ration et à )a fuite de la princesse, il la suit dans ses relations mon-
daines et aristocratiques, puis dans ses rapports de conspiration et
d'intrigues avec la Giovane Italia et dans son exil à Paris, où elle
devient une des figures représentatives, une des incarnations les plus
acclamées et aimées de son pays. Kxilée et centre de la société exilée,
la princesse devient journaliste en fondant la Gazzetta Italiana, en
collaborant à la Revue des Deux Mondes, en écrivant le Crociato; elle
devient condottiere en organisant à Naples un bataillon de deux cents
volontaires, infirmière au siège de Rome ; elle voyage en Orient,
manque d'v être assassinée, rentre en France, puis en Italie, se
trouve à Turin et y rencontre Cavour, à la veille de la guerre de 1839,
qu'elle préconise, écrit en prophète autant qu'en historien L'histoire
de la maison de Savoie, et achève à Blevio (sur le lac de Corne) et à
Milan, une carrière mouvementée et romanesque, une vie sinon
très longue, du moins pleine de sensations et d'aventures.
La princesse Belgiojoso a rencontré et côtoyé, dans cette existence
diverse et accidentée, un grand nombre de littérateurs français et
italiens, et c'est par où le livre de M. Barbiera, si important à tant
d'égards, nous intéresse ici particulièrement. Filippo Buonarotti,
Terenzio Mamiani, Nicolô Tommaseo, V. Gioberti, G. Ferrari,
Massari, Sirtori, Bellini, Pellegrino Rossi, ont été ses hôtes à Paris;
elle y a connu ou rencontré Thiers, Lafayette, Lamennais^ Musset,
Henri Heine, Mignet, Aug. Thierry, Chopin, Delacroix, Hugo, Dumas
père. Chateaubriand, Barbier, la comtesse d'Agoult (Daniel Stem) et
tant d^autres personnages illustres ou notoires. On sait que Balzac
crut reconnaître en elle le modèle de la duchesse Sanseverina de la
Chartreuse de Parme. Stendhal lui déclara, il est vrai, qu'il se trompait,
mais cette dénégation de Stendhal n'est pas très convaincante. On sait
aussi quels furent ses sentiments [>our Mignet, et je regrette de n'avoir
pas retrouvé ici l'histoire de la célé'jre messe de réconcilia tton^ dévo-
tement écoutée par les deux amants après je ne sais quelle brouille
passagère. Mais, à défaut de celle-là, bien d'autres anecdotes se
rencontrent dans ce livre, utiles ou curieuses pour l'histoire littéraire
de la France au XIX* siècle, et plus encore pour l'histoire des rela-
tions d'idées et de sentiments franco-italiens, de 1830 à 1850: « Per-
sonne, a dit M. Hanotaux, ne fît plus qu'elle, eu France, pour la
propagation de l'idée italienne >'. Sur son rôle et sur ses contempo-
rains, le livre de M. Barbiera, sans eue peut-être aussi complet et
surtout aussi précis qu'il aurait été nécessaire, abonde en renseigne •
ments de première main, parfois puisés à des traditions orales et à
624 BIBLIOGRAPHIE
des sources inédites : il sera des plus utiles, et il fort amusant
à lire.
L.-G. Pblissibb.
PERIODIQUES
RoMANiA, XXXI, 1 (janvier 1902)- P. 1. A. Thomas. Problèmes
étymologiques. I. Caillou, [Suppose • cac^at?M5, et noa * caclagas ^
comme le veut M.Schuchardt (Zeilschriflfûr romanische Philologie,
XXV , 244-253 ). La racine ramène au grec y.ox^OL^ «^ 'dx^iriÇ ,
variantes dialectales d'un même mot. L'origine du 8uffixe-at?ii5 reste
à trouver] — II. Trouver. [M. A. Thomas se prononce plus nette-
ment qu'il nelavait fait jusqu'ici (cf. i^om.XXIX, 438, et XXX, 154)
pour l'étymologie * tropare due à M. G. Paris, contre turhare,
récemment soutenu, avec autant d'esprit que d'érudition, par M. Schu-
chardt. M. G. Paris termine une note additionnelle par cette con-
clusion, à laquelle nous nous rallions complètement :« Les difficultés
sémantiques que présente l'identification de trouver à'TROPARB ne
sont pas, en somme, plus grands (à mon avis, elle le sont beaucoup
moins) que celles que présente l'identification de trouver àxuRBARK,
et la première de ces identifications a pour elle de porter sur
deux mots dont la correspondance phonétique est irréprochable. >» ]
— P. 14. C. H. Grandgent. Dante and St-Paul — P. 28 Pio. Rajna.
L'episodio délie Questioni d^amore nel Filocolo di Boccaccio.
[Mémoire d'une ingénieuse érudition, où l'auteur montre que l'épi-
sode des questions d'amour, au 4e livre du Filocolo, est comme un
premier jet du Decameron, dont deux nouvelles, celle du Jardin
magique et celle de la Dame ressuscitée, dérivent certainement du
Filocolo. L'auteur admet l'origine française et surtout provençale de
cette coutume de poser, dans des réunions, des questions sur les cho-
ses d'amour, coutume dont les témoignages les plus anciens se trou-
vent dans les partimens et les jeux partis.] — P. 82. Lazare Sai-
néan. Les éléments orientaux en roumain.
MÉLANGES. — p. 100. G. Paris. Une fable à retrouver. [Le y. 3053
d'AliscanSf Est ço la fable dou tor et dou mouton^ où il faut sans
doute lire, d'après le ms. de St-Marc, Est ço la fable dou tor et dou
nuiton^ donne le titre d'une fable qu'on n'a encore trouvée nulle part].
— P. 103. Ad. Mussafia. Perun passo del romanzo Flamenca. [Les
corrections proposées aux v. 5352-3 par MM P. Meyer et Chaba-
ncau sont inutiles ; il suffit de ponctuer ainsi : Malaventura Deus li
dOf Qui mais vos amara, qu'eu sia. Le sens est: « Malheur à moi. si
jamais je vous aimais», c'est-à-dire : « Je ne vous aimerai jamais. «•
BlBLT0ORAÏ>Hm 5è5
La même tournure, qui sert à mettre en relief la personne qui parle,
se retrouve en français (qui ou que je »ot«)J.— P. 104. P. Meyer. Frag
ment d'un mystère du XV* siècle. [C'est un rôle d*actear appartenant
à un mystère tiré du Nouveau Testament: on n'en connaît qu'un autre,
tiré du mystère briançonnais de saint André, qui nous a été conservé
dans son entier. Il y a un certain nombre de fautes]. — P. 106. A.
Delboulle. Surquier (Jakemart Gielée, Renart le nouvel, 1078, id. Méon)
[D'un hypothétique *8oricare ; cf. surgier {Roman de la Rose) et le bas-
normand surguer — Loincel^ linsel, locel, etc. [Appuie Tétymologie
de M. A. Thomas, *globu8cellum, d*où glouscellum], — P. 108. Ch.
Joret. Huterel (Mystère de la Passion de Greban). [Le ms. porte en
réalité tumberel^ et huterel est à rayer du Dictionnaire de Godefroy :
il n'existe, plus ou moins modifié, que comme nom de lieu]. — P. 109.
Ov. Densusianu. Roum. indatina, datina. [De l'anc. slave dëdina], —
P. 110. G. do Gregorio. It. a hizeffe. [De l'arabe bizzaf, beaucoup;
cf. l'algérien bezef], — P. 112. E. Rolland. Dérivés parisiens de
morne. [M. E. R. croit que mignard, mignon^ sont des abréviations de
momignard, momignon (ce dernier hypothétique). La rédaction de la
Romania fait observer que c'est peu probable, parla raison que ces
mots remontent au XV* siècle et ne sont pas sans analogues dans
les autres langues romanes].
Corrections. — P. 173. G. Paris. Sur Sone deNansai. [Longue et
précieuse suite de corrections à l'édition qu'a publiée M. Moritz
Goldschmidt de ce long poème (plus de 21.000 versj, corrections qui
complètent et parfois rectifient celles qu'a données M. Ad. Tobler
dans r Archiv fur das Sludtum der neueren Sprachen, t. CXIV,
p. 114-123].
Comptes rendus. — P. 133. E. Zaccaria, Uelemento germantco
nella lingua ilaliana [C. Cipriaiii: travail très utile, mais qui aurait
pu l'être plus encore, si l'auteur eût eu plus de souci des détails]. —
P. 136. A. Pillet, Bas Fableau von den Trois bossus ménestrels
und verwandle Erzàhlungen frûher und spœter Zeit. [G. Psivis:
éloges, mais l'éminent critique comprend autrement que M. P. le
classement des divers récits se rapportant à ce thème]. — P. 144.
M. Boiidet. Registres consulaires de Saint-Flour en langue romane,
avec résumé français (1376-1405). [P. Meyer: édition qui sera plus
utile aux historiens qu'aux philologues, à cause des nombreuses
fautes de lecture qu'elle contient, notamment dans la résolution des
abréviations].
PÉRIODIQUES. — p. 150. Revue des langues romanes, t. XLII et
XLIÎI (1899 etl900) (P.Meyer).— P. 154. Z^/isc^n/^/wr ro m awiV/fô
Philologie, XXV, E.6 (G. Paris). — P. 157. Siudj di Filologia
romanza, t. VIII (fasc. 21, 22, 23), 1899-1901 (P. Meyer).— P. 164.
Chronique, — P. 167. Livres annoncés sommairement.
XXXI, 2-3 (avril-juillet 1902, — P. 177. J. Leite de Vasconcellos.
Cançâo de Sancta Fides de Agen, texto provençal. [Escellenle édi-
tion (avec fac-.simile) du ms. unique de Leyde contenant la vie de
sainte Foid*Agen en laisses monorimes de vers octosyllabiques, dont
on ne connaissait que les 20 vers publiés par Cl. Fauchet. 11 est à
désirer que le savant éditeur, qui n*a joint au texte que quelques
lignes d'introduction et quelques notes sommaires, publie au plus tôt
rintroduction promise, qui sera certainement aussi intéressante au
point da vue historique qu'instructive au point de vue linguistiques].
— P. 201. E. Philipon. Les accusatifs en- on et cn-ain. [M. G. Paris
déclare en note accepter les conclusions de ce savant mémoire, {«es
voici : 1® Le lype Pieres Peron est d'origine purement latine
(= Petrus Petronem) ; loin d'avoir été calqué, en quelque sorte, sur
le type germanique Hugo Hûgon, c*eat lui qui a servi de modèle au
type roman, Hûgos Hugôn, Hues Huôn\ 2° Les règles de l'accen-
tuation latine, aussi bien que celles de la phonétique romane, s'op-
posent de la façon la plus absolue à ce qu'on voie dans le roman
Hûgos Hugôn, Hues Huôn le sub3titut du francique Hugo Hûgon,
et, à plus forte raison celui du burgonde ou du wisigotique Hùga
Hugan; 3^ L'habitude de plier les noms de femmes en-a-o; d'origine
latine à une déclinaison imparisyllabique en -a ane remonte au temps
de rem[)ire romain; A^ Au moyen âge, ces noms suivent la déclinaison
en a ane^ dans des pays où, comme dans le Velay et dans le Langue-
doc, les noms d'origine germanique sont indéclinables ou suivent la
déclinaison rosa rosœ ; 5° Pour les noms communs, les adjectifs, les
noms de rivières ou de lieu, et enfin les noms masculins tels que
Salanas, Baptisla^ la flexion en -an ne peut s'expliquer que par une
déclinaison en a-ane d'origine purement latine]. — P. 252. Paul
Meycr. La vie et la translation de saint Jacques le Majeur ^ mise en
prose d'un poème perdu. [Tirée du ms. 3516 de l'Arsenal. L'éditeur y a
joint les parties qu'a utilisées l'nuteur du poème perdu dans la com-
pilation latine d'Aimeri Picaud do Partenai, offerte par lui à l'Eglise
de Compostelle entre 1 145 et 1173, et dont les diverses parties sont
attribuées faussement aux papes Calixte et saint l éon ]. — P. 274.
C. Salvioni. Etymologie [nombreuses étymologies italiennes, surtout
dialectales]. — P. 296. J. A. Candrea-Hecht. Etymologies roumaines,
— P. 315. A. Piaget. La Belle dame sans merci «^ ses tm/Za/ùm^. IV.
La Cruelle femme en amour d'^cAi7/e CaM/^c/-. [Achille Caulier, de
Tournai, qui faisait probablement partie de la joyeuse confrérie du
Chapel vert de cette ville, est aussi l'auteur de VHôpital d'amour^
composé avent 1441, qui contient une allusion au dénouement de la
Bibliographie h2*f
Cruelle femme^ et d*un Lay fait en Vhonneur de la Vierge Marie^
poème de 12 strophes de 12 vers octosyllabiques, que M. A. P. joiat
à Téditioa de la Cruelle femme, donnée d'api-ès les mss. connus et
l'impiimé dû à Verard, Jardin d^ Plaisance y f" CXLII v"]. —
P. 350. Â. DelbouUe. Mots obscurs el rares de V ancienne langue
française [Curieuse liste de mots (à continuer) dont M. A. D., l'infati-
gable lexicographe, sollicite Texplication ; nous n avons ici que les
mots de a à c]
Mélanges. — P. 376. P. Meyer. Satire en vers rythmiques sur
la légende de saint Brendan. [Tirée du ms. lat. XXVI 1 de Lincoln
Collège, à Oxford : critique un peu lourde, mais en somme assez
spirituelle de la fameuse légende]. — P. 379. P. .Meyer. Poème en
quatrains sur la pécheresse de V Evangile, — P. 381. A. Mussafia.
Corrections à Flamenca, v. 2761 et suiv. — P. 384. Fr. Wulff, Les
premières ébauches de Pétrarque après le 19 mai 1348 (jour où il
apprit la mort de Laure). — P. 388. A. DelbouUe. Canle et ses dérivés
[Ce mot, qe'on ne trouve que chez Gillon le Muisit, signifie « cha-
landise, achalandage )>; cf. acanler, décanler et, en fr. propre, chan-
lant, desachanler], - P. 389. A. DelbouUe. Crâne = grue (machine).
— P. 390. A. Thomas. Ane. fr, fauterne [= faltema, nom de l'aristo-
loche dans les Dynamidia, recueil de matière médicale de TEcoie de
Salerne (ms. du X* siècle) ]. — P. 392. J. Loth. Ganelon et le breton
g ânes [= Gannes, Gaenes^ cas sujet de Ganelon"],
Comptes rendus. — P. 394. W. Meyer-Liibke, EinfUhrung in dos
Studium der romanischen Spachwissenschaft [Mario Roques : éloges;
mais le manuel dépasse souvent la force des étudiants auquel il est
destiné]. — P. 400. W. Fœrster et Ed» Koschwitz, Alt/ranzœsisches
Uebungshiich (2* édition). [P. Meyer: quelques rectifications au texte
de la Vie de saint Alexis du ms. de Tours (aujourd'hui B. N. nouv.
acq. fr. 4503); le savant critique revendique une fois de plus la prio-
rité pour la correction du nom de l'auteur du fragment d'Alexandre,
Albéric de Besançon en Albéric de Briançon]. — P. 402. M. Ennecce-
rus, Versbau und gesangliger Vortrag des œltesten framœsischen Liedes
[Al. François : travail qui dénote une préparation insuffisante]. —
P. 404. A. Marignan, La Tapisserie de Bayeux. [G. Paris : long et
très intéressant article où est reprise la question de la date de la
Chanson de Roland, que M. G. P. croit toujours antérieure à 1096, et
que M. Marignan place vers 1 125]. — P. 420. W. Fœrster, Kristian von
Troyesxi Cligesy* (2« édition). [J. Mettrop : n'accepte pas la thèse de
M. W. F., qui croit que Chrétien a voulu opposer ici l'amour légitime
à l'umour adultère, qu'il avait glorifié dans son Tristan, aujourd'hui
perdu et dont on ne peut juger qtie d'aptes les fragments dj son imi-
DÎÈ HlBLlOGRAPHÏE
tateur probable, Thomas]. — P^ 426. G. Grœber, Altfiranzœêiscke
Glossen [Am. Salmon : éloges]. — P. 429. K. Kemna, Der Begriff
« Schriffti im Franzc&sischen (thèse de Marburg) [A. Thomas : bon
début; quelques omissions signalées]. — P. 433. Charlotte- J. Cipriani,
Etude sur quelques noms propres d'origine germanique {en français ei
en italien). [A. Thomas : éloges; quelques rectifications]. — P. 436.
U. Lindelof et .A. Wallensxseld, Les chansons de Gautier d'Elpinal (édi-
tion critique). [A. Jeanroy : bon, mais Tabsence de biographie et de
notes exégétiques est regrettable]. — P. 440. G. Steffens, Der kri-
tische Text der Gedichte von Richart de Semilli mit den Lesarten aller
hekant^.n Handschriften, [A Jeanroy: soigné, mais hâtif; le commen-
taire indispensable manque]. — P. 444. Mémoires de philologie romane
offerts au professeur suédois A Geijer, [G. Paris : compte rendu le
plus souveut favorable de ceux de ces mémoires qui ne se rapportent
pas à une période trop modeine pour la Rumania,
Pkriodiqubs. — P. 450. Zeitschrift fUr romanische Philologie^ XKVI,
1-3 [G, Paris]. — P. 454. Archivio glottologico italiano^ XV, 3. et
SuppUinenti periodici^ VU [M. Roques]. — P. 458 Literaiarblatl fiir
gernianische und romanische Philologie^ XXII (1901) [15. Muret). —
^AQiQ, Zeitschrift fur franzœsische Spache und Literatur, XXII ^1900)
[A. Jeanioy]. — P. 4l55. Bulletin de lit Société des anciens text^ fran-
çais, 1901. — P. 466. Chronique. — P. 474. Livres annoncés som-
mairement.
XXX, 4 (octobre 1902). — P. 481. A. Thomas. Les substantifs
abstraits en -ier et le suffixe- anus. [La transformation de -arias en
-erius ne semble à M. Th. pouvoir s'expliquer que par influence du suf-
fixe germanique areis, facilitée par l'introduction en Gaule dès le cin-
quième siècle de très nombreux noms propres germaniques latinisés en
'charius et en -gtirhis. L'explication, très séduisante en soi, a encore
besoin d'être fortifiée sur quelques points de détail]. — P. 409. C.
Nigra. Notes étytnologlqurs et lexicales. 1. fr. aiguille ; 2. dérivés romans
de barba; 3. b.-lat. benana, a. fr. besaine, etc. ; 4. a, fr. brusler, it.
bruciare, etc. ; 5. cajoler, « chanter, crier comme un geai, une pie >» ;
6. a. fr. carole, querole, it. enrôla, etc. ; 7. noms du menton dans
l'Italie du nord et du centre ; 8. it. tutto, fr. tout [L'italien viendrait
du latin tûticus = « publicus »», a. osque tuvtiks, de (ovta, «» populus,
civitas »> ; le fr. de tôt [us -\- quô] tus ou tôt [+ quô\ tus, ou de * tovtus,
également dérivé de l'a. osque tovta On ne peut qu'admirer l'érudition
dont fait preuve l'auteur de l'article, bien que les étymologies propo-
sées n'entraînent pas toutes la conviction]. — P. 527. G. Raynaud.
Un nouveau manuscrit du Petit Jean de Saintré. [Description du ma.
Harruis, passé dans la bibliothèque d'Ashburuam-Place et récemment
acquis par la Bibliothèque nationale, Nouv. acq. fr. 10057, classifi-
BIBLIOGRAPHIE o2^
cation des mss. connus et étude sur les rapports de la nouvelle avec le
Livre des faits de Jacques Lelaing, dont le véritable auteur est égale-
ment Antoine de La Sale]. — P. 557. Lazare Sainéan. Les éléments
orientaux du roumain (fin). [La conclusion de ce savant mémoire est
que « la seule influence durable et appréciable en roumain est celle
de Tosmanli, qui, restée étrangère à la littérature religieuse, se reflète
d'une part dans la littérature documentale et dans les chants popu-
laires, et, d*autre part, constitue un contingent important de la langue
roumaine moderne].
Mblanoes. — P. 590. P. E. Guarneiio. Par ticelli pronominali Sarde.
A.log. cunde « con lui », cundcs « con loro » ; B. log. gitteuy itteu, log.
mod. ite, proite, proiteu, mer. tto, poita. — P. 593. A Thomas. A. fr,
gers. [Le plus ancien exemple de Ténigmatiquo gieres a été tiré pur
Wœlflin des Questiones grammaticœ du ms. 83 de Berne, X** ou au
moins XI* siècle]. — P. 594. A. Thomas. A, fr. moule de frument.
IMoule (Psautier d'Oxford, éd. Michel, p. 244) = non « meule», mais
« moelle »]. — P. 595. Anton Wallner. Sur le poème latin £ie« Misères
delà vie humaines. [Ce poème, dont M. Th. Batiouchkof(/?om.XX.56ô)
cite quelques vers d*après le ms. 5084 du Vatican, porte à tort dans
ce ms. le titre De contentione anime et corporis ; cf. éd. du Méril, Pois,
popul. lat. du moyen âge^ p. 108-121, qui publie le poème entier, d*après
le ms. B. N. latin 2389], — P. 596. P. Meyer. Un nouveau texte de
la pièce Flors de paradis [dans le ms. Asburnam 105, aujourd'hui à
la Laurentienne ; copie très mauvaise ; cf. ci-dessus, p. 352]. — P. 597.
A. Piaget. Un manuscrit de la Cour amoureuse de Charles VI.
Comptes rendus. — P. 604. A Emesto Monaci... Scritti vari di
filologie. [G. Paris rend compte brièvement de ceux de ces mémoires
qui rentrent dans le cadre de la Romania^ en insistant sur celui de
E. Bovet, Ancora il problema c andare i]. — P. 611. Beitnnge Mur
romanischen und englischen Philologie. [G. Paris : à voir surtout ce
qui est dit au sujet des mémoires de Zenker, Die Sinagon-Epis'.de des
Moniage Guillaume II, et de H.Suchier,Z>i« Mundartder Strassburger
Eide]. — P. 620. A. Pillet, Studien nur Pastourelle (Extrait de la
Festschri/t zum Deutschen Neuphilologentag ). [A. Jeanroj : éloges
avec quelques réserves]. — P. 622. G. Thureau, Der Refrain in der
franzœsischen Chanson [A. Jeanroj: amas intéressant, mai < confus,
de documents insufffisamment mis en valeur].
PÉRIODIQUES. — P. 625. Zeitschri/t fur romanische Philologie, XXVI.
4 [A. Thomas et G. Paris ; ce dernier réplique vigoureusement à la
réponse de M. Schuchardt au sujet de son étymologie de trobary
trouver = turbare, et maintient sa propre étymologie := * tropare^
qu*il juge avec raison irréprochable au point de vue phonétique et
34
^àO BIBLIOGRAPHIE
plus probable que celle de M. Sch. au point de vue sémantique]. —
P. 630. Romanische Forschungen, XI, Xll et XIII (1899-19J2; (G.
Paris). — P. 636. KriUschev Jahresbericht iiber die ForUchritte der
Romaniêchen Philologie, 1. 111 et IV. [G. Paris : généralement élogieux ;
indispensable aux romanistes qui veulent se tenir au courant de la
science]. — P. 640. Chronique. — P. 641. Livres annoncés sommai-
rement. Léopold CONSTANS.
Zeitsohrif t f ûr romanische Philologie 1900, XXIV Bd.
P. 1-32. J. NiBDBRLABNDER. Le dialccto de Namur (suite). Nous avons
rendu compte de cette publication dans \9. Revue et plus récemment
dans le Musée Belge, 1901, partie bibliographique.
P.32-60. 0.SoLTAU. Les œuvres du troubadour Blacatz (suite et fin).
Cette deuxième partie du travail de M. S. contient les notes explicatives
et un rimario. P. 38, il n^est pas sûr que M. Appel se soit trompé en
écrivant auiol pour naujol ; je crois qu'il faut maintenir auiol ou aiol^
mais avec gran qui se trouve dans DCMR et T. Aiole pour aujoU ne
présente pas de difficulté. P. 40, n. 25 : était-il absolument nécessai-
re d'intervertir Tordre des mots? Le v. v. 27, ne se comprend guère;
en tous cas manga ne représente pas maucha, P. 43. L'hypothèse de
M. S. pour expliquer orbacha me parait aussi bien verfehlL
P. 61-76. L.-W. Brucrnkr. Les diphtongues des mots empruntés
au germanique en italien. L auteur a publié depuis une Charasterislik
der germ, Elemente im italienischen (programme de Bàle, 1899). Dans
le présent article il étudie le sort des diphtongues d'origine germani-
que. Dans les plus anciens emprunts les diphtongues s'étaient réduites
à des raonophtongues. Les formes roba : rubare du même radical
raub- s'expliquent par la différence d'accentuation (cf. odo- udire du
latin aud'), tandis que Braune admettait des formes germaniques
en u : l'analogie a plus tard généralisé l'un ou l'autre de ces radi-
caux. Les mots où la diphtongue s'est maintenue sont entrés en ita-
lien après la domination lombarde. La diphtongue ger.r anique eu s'est
réduite à e : dans les emprunts postéiieurs, comme pour au, la diph-
tongue s'est maintenue. La diphtongue germanique ai s'est réduite à
a : dans les mots empruntés plus tard ai provenant de ei reparait.
Enfin les plus anciens emprunts italiens présentent o et non uo, car
le lombard et le gotique (qui ont en grande partie fourni ces em-
prunts) ne connaissent pas cette diphtongaison.
P. 77-111, Ë. Hbrzoo. Histoire des formes de l'infinitif français.
M. H. donne de nombreux exemples empruntés aux textes anciens et
aux parlera modernes. L'étymologie proposée p. 92, n. 2, pour (umou-
vir ne nous paraft pas henrensc.
BI)3LIÛ6RAt>mË h^l
P. 112-120. J. Ulrich. Nouvelles versions de la Riote du monde.
Deux fragments d'après des ms. de Berne et d*Epinal. Imprime à la
suite les fragments de Metz et de Paris et dresse à la fîn un tableau,
une sorte de table généalogique de ces différentes compositions.
Mèianges. — I. Histoire littéraire. 1. P. 121-122, J. Grévin et J.
Sambucus (Ph. Âug. Becker). Cite deux exemplaires de la tiaduction
faite par Jacques Grévin des EmbUmata du poète hongrois J. Sam-
bucus. 2. P. 122. Autre allusion à Valensa (0. Schultz-Gora). Se
trouve dans une strophe de Lanfranc Cigala. II. Histoire des mots. I.
122-125 A. fr. Ânf élise (0. Schultz-Gora). Doit venir de l'arabe al-
halisa; on pourrait comparer à Alfelise^ Anfelise la forme prov. An-
fos. 2. P. 125-126. Li port de GuiUend dans la Ch. de Roland (0.
Schultz-Gora). Prouve par de nombreux exeuiples que le mot ne
signifie pas ici les ports, mais la limite» la frontière. 3. P. 127. Etymo-
logies romanes (H. Schuchardt). Tessinois papadàu: logudorien rus-
piare {'raccare X * conspuer e). 4. P. 127. A. fr. mitou, fr. matou. (P.
Marchot). Mitou compromis entre mite et marcoWy matou mélange de
mxtou et marcou : voilà bien des mélanges et des compromissions ! 5.
P. 128. Fr. amarrer (J. Suback). Ne peut pas se rattacher au holl.
maaren^ k cause des deux r ; vient du napolitain ammarrare (^ in +
*barrare). III. Morphologie. P. 129. Au sujet de l'imparfait en béar-
nais (A. Zauner). Réponse aux objections de M. Ducamin (Revue de
Gascogne, janvier 1899). IV. Syntaxe. P. 130-132. Mélange de dis-
cours direct et indirect dans une phrase interrogative (A. Tobler)*
Intéressante réponse de M. A. Tobler aux observations de M. Kalepky
(ZRPh. 23, 491), au sujet de phrases comme est-ce que c'était donc
vrai et non était-ce que c'était donc vrai'?
P. 123. Bibliographie. P. 139. Périodiques. P. 159. Livres nou-
veaux. P. 160. Rectification (0. Dittrich).
Zeitschrlft fflr romanische Philologie, 2 et 3. — P. 161-
198. W. SuoHiBR. Sur le poème La Venjance nostre Seigneur.
M. W. S. étudie dans une première partie le contenu (p. 161)
de ce poème encore inédit, puis l'exposition du sujet (p. 162), la forme
et la langue (p. 164), l'époque de la composition. Dans la deuxième
partie il étudie les diverses rédactions et les différents manuscrits.
Pour établir les rapports des manuscrits entre eux, M. W. S. publie
une édition critique des cinq premières laisses et des trois dernières.
(V. 10 écrire culvert comme v. 6, vivant; pourquoi demaine, v. 46 et
moine v. 56? Mire v. 83; v. 87 il vaudrait mieux ne pas mettre un
point d'interrogation.) Les pages 182-188 contiennent une table des
532 BIBLIOGRAPHIE
laisses. La fin de Tarticle est consacrée à Pétude du texte primitif et
de ses différents remaniements.
P. 199-248. J. GiRARDiN. Le vocalisme du fribourgeois au XV* $iècle
(en français). Cette étude porte sur les Comptes de dépenses de la
construction du clocher de Saint-Nicolas à Frihourg en Suisse, publiés
en 1858, à Paris par Blavignac. Relève quelques erreurs de l'éditeur.
Les Comptes sont un mélange de français et d^idiome fribourgeois. M .
G. a pris pour modèle le travail de M. Gauchat sur le Patois de
Dampierre,
P. 249-250. P. Marohot. Note sur le consonantisme de Tancien
fribourgeois. Courte note sur quelques points de détail.
P. 251-309. J. NiBDBRLAENDBR, Die Mundart von Namur. Fin de
l'étude, avec vocabulaire (p. 294-309).
P. 310-318. Hugo Waitz. Addition aux chansons de Gillebert de
Berneville, éditées dans le volume composé en l'honneur du profes-
seur G. Grôber. Ce travail n'a pas pu prendre place dans le volume
en question. 1<* Résultats provenant de l'examen des rimes ; 2** carac-
téristique des manuscrits.
P. 319-328. H. TiKTiN. Le consonantisme du roumain (à suivre).
Cette première partie ne comprend que la liquide l,
P. 329-357. A. Pbllborim. // Piccino, suite de l'édition commen-
cée dans le tome précédent de \si Zeitschrift (à suivre).
P. 358-369. 0. ScHULTZ-GoRA, Un Salu d'amers avec réponse
(édité pour la première fois). Ce salu d'amors n'a pas encore été
imprimé ; il se trouve dans le manuscrit qui nous a gardé les autres
saluts d'amour y Bibl. nat, f, fr, 837. Ce qui caractérise ce salut d^amour
c'est qu'à la fin de chaque strophe se trouve un refrain emprunté et
qu'il est accompagné d'une réponse. V. 60: m'esperance ,
Id, Le « vers court » dans le Folcon de Candie du manuscrit de Boulo-
gne, n**192. Reprend la question des^clausules qui terminent certaines
laisses du cycle d'Ajmeri et de Guillaume ; prend 60 laisses tirées
du plus ancien ms. de Folcon de Candie et les compare à 60 passa-
ges correspondants du ms. de la Bibliothèque nationale /./r. 25518,
manuscrit où les vers de chaque laisse sont égaux. Ingénieuse dis-
cussion qui aboutit au résultat suivant : dans un assez grand nom-
bre de cas rien uc nous autorise à dire quelle est la forme la plus
ancienne ; mais dans l'ensemble les clausules du manuscrit de
Boulogne ne peuvent pas être considérées comme un signe d'anti-
quité.
P. 388-394. Wolfram V. Zingerlk, Un manuscrit tyrolien (de Tan
1400 environ). Le ms. se trouve aux archives de l'Etat à Innspruck.
C'est une sorte de cahier d'écolier de 12 pages contenant un court
BIBLIOGRAPHIE 533
glossaire latin-roman, une lettre latine et romane et une passion :
cette dernière paraît avoir été copiée sur un texte plus ancien. La
langue de ces documents est l'ancien vénitien, exactement l'ancien
véronais.
Mélange». — 1. Critique des textes. — P. 395-400, A. Stimming,
Notes sur l'édition des deux poèmes publiés par M. 0. Schultz-Gora
(La chastelaine de Saint- Gille et le Chevalier au harizel). Quelques-
unes de ces remarques sont un peu subtiles, celle-ci par exemple :
sire vient de *8ejor non de senior. — II. Histoire des mots. —
1 Fr. envoyé (W. Meyer-Lûbke). Ne peut pas renvoyer a anguetum ;
la plus ancienne forme serait *anguillu ; les autres formes romanes
viendraient de là par l'intermédiaire des suffixes romans — ettu, —
eolu^ — iclu, 2. Fr. panne» (W. Meyer-Lûbke). Examine Tétymo-
logie des différents mots qui se cachent sous cette môme forme fran-
çaise Pour ^nn6 (terme de la marine) M. M. L. admettrait comme
substratum un collectif pluriel de pannus. 3. Fr. piêter, piéton; a.
îr, piétaille, (W. Meyer-Liibke) Piéter est formé comme culeter, jam-
heter^eic, ; piéton viendrait d'un croisement de pion avec piétaille
< *peditalia. 4. P. 405-409, Trémousser (G. Baist). Après avoir
examiné les mots français dont la première syllabe contient une r
dite adventice (brûler, fringale, trésor, etc.), M. B. pense que sur
tremuese (tremblement de terre) s'est formé un trémoter d'où est venu
trémousser, comme de barboter — barbousser, — 5. P. 409. Lodier
(G. Baist). Etablit contre Diez que de lodier (couverture) vient lodier
(terme d'injure). 6. P. 409. Métivier (G. B.iist). Ne vient pas de mes-
sis cBStiua,est un dérivé de mixtum (Du Gange, s. u. 2 et 6) par mes-
tiua, mestiuare. 7. P. 410, JVopare (G. Baist, H. Schuchardt). Ne
vient pas directement de tropus mais de r^oKokà^tt'», latinisé en iropare,
M. Sch. au nom delà sémantique élève des doutes contre cette déri-
vation. 8. P. 412. Fr. port. corme(\{. Schuchardt). Du grec x(5fiaoov;
cite des exemples de mélanges du radical corm- et sorb- (de sorbus), —
9. P. 413 Vénitien anguela (H. Schuchardt). Le mot est rattaché par
M. C.Salvioni à acuto//a influencé par anguilla. D'après M. S. on disait
tantôt agone, tantôt aguglia et cette dernière forme a été influencée
par anguilla. — P. 415. Port, fisga, ital. puschia (H. Schuchardt).
Port, fisga se rattache à la même racine proposée autrefois par NT. J.
Ulrich pour espagnol fisger {* fixicare). Pusca qui désigne sur les
bords de l'Adriatique une sorte d'hameçon viendrait de * fuscia. —
(p pour/à cause d'une influence des langues slaves), * Fuschia pour-
rait aussi renvoyer à fuscula, diminutif de * fusca. W. — P. 417.
Suisse-franç. Vaudois cocalé (H. Schuchardt). Ne vient pas de coccala,
534 BIBLIOGRAPHIE
mai8 de * coccalia, 12. P. 417. Haut-italiea hôrrer ( H. Schu-
chardt). Ne vient pas de l'ail, hurian (Rom.Etym. Il, 132), ni du lat.
abhorrere, nnais est d'origine onoraatopéique (burr, purr ont formé en
allemand burren etpurren) ; une formation de ce genre s'est produite
en roman. — 13. P. 418. IntàriCa (H. Schuchardt). Correspond exac-
tement à un tjpe latin ' interritare. — 14. P. 418. A propos de
permaine (H. Schuchardt). Confirme l'étymologie donnée par M. W.
Foerster (ZeitichiHft Rom. PhiL, XXllI , 423). — 15. P. 419.
Additions et corrections à : A. Ive, / dialetti ladino-veneii delf Isiria
(H. Schuchart), — 16. P. 421-426. Ane. sic. sictinu, a. fr. septain
(article en italien) ( De Gregorio). Ktymologie : septenus : pourrait
être dit plus brièvement! 17. P. 426. Ital. chiovo, chiodo. Expli-
que cette dérivation qui paraît d'abord anormale (<^ clauus). — . 18.
P. 527. A. fr. bail/arc (F. Kluge) N'admet pas exactement l'ana-
logie proposée par M. Thomas (Rom. 28, 171). Le type latin ne pour-
rait étro que baralicum; mais dans ce cas la mouillure de / ne s'ex-
plique pas. — 19. P. 428. A. fr. port ^ ville (F. Kluge). Ce n'est
pas seulement en ancien français que port signifie ville; on trouve le
même mot avec le même sens en anglo-saxon et en moyen-néerlan-
dais. — 20. P. 428. Fr. suie (Thurneysen). Le mot est d'origine
celtique et se trouvé dans les gloses de Philargyre (VU* siècle). La
forme gauloise serait * sûdia. — 21. Bibelot (G. Groeber). Ajoute
un exemple aux exemples cités par M. Foerster (Zeitschri/t Rom.
Phil.f XXII, 266) : bibelos, qui sont choses d'estain en mercerie (Baudet
Herenc, Doctrinal de la seconde rétoriquey année 1432).
P. 430. Comptes Rendus.
P. 444. PÉRIODIQUES.
4* livraison. — P. 465,-488. 0. Dittrioh, Les mots composés
en français moderne. M. D. reprend la classification des noms com-
posés qu'il a proposée (ZRPh. XXllI ) et donne de nombreux
exemples; très complet, avec tendance à introduire trop de divisions
dans le sujet.
P. 489-500, H. TiRTix Le consonantisme du roumain. Suite; com-
prend r et les nasales. P. 499 pàtlâginà renvoie k'plantagniam^ plu-
tôt qu'à plantaginem.
P. 501-507. P. Savj.Lopez, Études d'ancien italien. I. L'infinitif
conjugué. Traite quelques exemples curieux de déclinaison non seule-
ment de l'infinitif, mais même du participe et du gérondif, dans le
dialecte napolitain du XV» siècle. Quand le sujet de la proposition est
un pluriel l'infinitif, le gérondif et le participe présent peuvent prendre
une désinence personnelle, -mo ou -wo, selon que le sujet est de in
première ou de la troisième personne. Ex: la cruda morte, ...non devr-
BIBLIOGRAPHIE 535
mo timeref essendomo intale ahito aduBoti. IL La terminaison ^eze
serait le représentant de la t. -ities,
P, 508-544. G. Ebelino. Sur l'édition de Aféraugis de Friedwagner.
Suite d'un compte rendu commencé dans VArchiv,/. w. Spr. ; com-
prend les vers 300 à 2000 Les corrections proposées par le savant
éditeur d*Auberée sont très nombreuses et pour la plupart très vrai-
semblables. P. 513, il n'était peut-être pas bien nécessaire d'emprun-
ter à toutes les langes romanes — le provençal moderne compris —
des exemples de Texpression : je îui dirai deux mots.
P. 545-555. A. Horning. Sur le traitement de ty, cy. Dans certains
mots ty, q/y placés après Taccent aboutissent kzet cela dans toutes
les langues romanes (cf. iudicium, a îv, juize^ a. pr. servizi» etc.). Ce
sont des formes non pas savantes mais demi- savanteê : pour les expli-
quer d'une manière suffisante, il faudrait pouvoir préciser l'époque
où elles sont entrés dans la langue populaire. Les mots en -ise [fran
chisé)y -oise {richoiaé), -ais, aise, sont également des formes semi- sa-
vantes.
MÉL\N6Bs. — P. 556. Esp. alechigar ^allecticare, comme fr. allé-
cher; fr. suie (A. Horning). M. H. exprime des doutes sur Tétymologie
suie ^v. irl. suidi proposée par M. Thurnejsen (Ztsch. 24, 428). Cer-
taines formes des Vosges, de la Franche-Comté et'du Dauphiné ne
peuvent pas s'expliquer par ce substratum. — Fr. iroche, trochet,
^ traducem, traducam^ traudcam. — P. 557-564. Neptunus ^ lutin
(F, Ed Schneegans). Montre comment les dérivés de Neptunus ont
désigné d'abord un monstre marin (cf. luiton^de mer au XVll* siècle)
puis un farfadet, un lutin, et comment ce dernier sens a survécu à
l'autre. P. 564-565, A îv.lat8{0. Schuitz-Gora). Ajoute trois exem-
ples de lais =s la tus) aux exemples donnés par MM. Museafia et
G. Paris {Rom., 23, 112-113). P. 565-566, A, fr. escarimant
(0. SchuUz-Gora). Désigne une sorte de couverture et vient du grec
(jjtapa/xayxov; apparaît pour la première fois dans le pèlerinage de
Charlemagne à Constantinople. Cette étymologie ])araît sûre. P. 566-
569, Les noms romans de la cloche (H. Schuchardt). M. Sch.
ajoute quelques observations aux articles de M.Wôlfflin sur les noms
latins de la c\oc\ïe. Ckiwpana, clocca, signum survivent; tintinnabulum,
nola disparaissent. Notons le fém. prov. campana, ital. masc. cam-
pano. A rapprocher de Tesp. cascabel le prov. mod. cascavèu. —
P. 569-571, La méthode dans l'histoire des mots (H. Sch.) A propos
de l'explication de fr. gabieu donnée par Mayer-Lûbke fZRPh 19, 94)
M. Sch., appelle l'attention des jeunes lexicographes sur l'intérêt
qu'il y aà connaître les termes techniques et à se représenter exacte-
ment ce qu'ils signifient avant d'en aborder l'étymologie. P. 571. Fr.
536 BIBLIOGRAPHIE
calibre (P. Sch.) Renvoie bien au turc ^(!iZy6, contrairement à Topinion
exprimée dans le Dict gén, s. u. P. 571. Ragusien follér ^foUarui^
folîariê qui se trouve sur une monnaie de Raguse. P. 572. Fr. ihie
(H. Sch.) Le mot peut venir de l'angl. <t>, comme le dit M. Thomas
{Rom. 29, 200, 208), mais M. Sch. s étonne qu'un objet connu dans
beaucoup de pays romans ait reçu un nom germanique.Ces scrupules
paraissent excessifs. P. 572-573. Vénit./oZpo(H. Sch.) Répondant à
une question de M. Meyer-Lubke M Sch. reconnaît qu'il y a dissi-
milation dans ce mot, comme dans \io\on. fioppa ^ pôpulus, et se
demande s'il y a là influence de la prononciation slave.
P. 574-587. Bibliographie. P. 587-592. Périodiques. P. 592-595.
La critique d'une critique. Réponse de M. Schuchardt aux observa-
tions de M. A. Thomas (Eom 29, 438, 440).
P. 596-601. Index.
J. Anglaub.
OUVRAGES ANNONCÉS SOMMAIREMENT
Un nooveaa dictionnaire de la langae catalane
Il existe plus d^un dictionnaire catalan publié soit à Barcelona,
soit à Valencia. 11 n'en existe point pour Mallorca. Mais ce n'est pas
seulement afin de combler cette lacune que le vicaire général de
Mallorca, Mossen Antoni M* Alcover, fait appel au concours de tous
les amis de la langue catalane. Il rêve de composer un dictionnaire
qui embrasse dans le passé et dans le présent toutes les variétés de
cette langue, et non pas tant pour en connaître les richesses que
pour en développer l'usage. On ne saurait trop encourager cette
entreprise.
Quelque opinion qu'on ait sur l'avenir du provençal, il est certain
que le mouvement de renaissance dont il a été capable dans ces der-
nières années n'a pas été seulement l'occasion de beaucoup de bavar-
dages et le prétexte de nombreux banquets. N'eût-il produit que
Mireille, il n'en faudrait pas plus pour le justifier que Téclosion de
ce pur chef- d'œuvre. Or, le catalan est autrement vivace que le pro-
vençal. A vrai dire, son évolution n'a jamais été interrompue. Si le
nouveau dictionnaire de M. Alcover permettait d'en écrire rhistoire.
il ne rendrait pas un mince service. Il se présente malheureusement
beaucoup plus comme une arme de combat que comme un instru-
ment de travail. Si l'on en juge par la « Lletra de Convit» ^ et parle
premier « Bolletl » ', on serait presque tenté d'y voir une machine de
' Palma, imprimerie de Félip Onasp 1901.
« V. le n«» de décembre 1901.
BIBLIOGRAPHIE 537
guerre de ce catalanisme que les Castillans confondent volontiers
avec le cléricalisme.
On aimerait mieux moins de bénédictions épiscopales et plus de réfé-
rences scientifiques. Dans la distribution des matières, quelque provi-
soire qu'elle soit, on est surpris de la part assez mesquine qui est
faite à la philosophie et aux lettres par rapport à U théologie et au
droit canonique. Enfin la méthode de travail recommandée aux colla-
borateurs laisse craindre que le nouveau dictionnaire ne mette pas à
profit avec la précision qu'il faudrait les progrès et les ressources
de la philologie contemporaine. Souhaitons que cette crainte s'éva-
nouisse à la lecture des premiers fascicules du nouveau diction-
naire. 11 est certain en tout cas que le trav lil considérable entrepris
sous la direction de M. Alcover ne sera pas, quel qu'il soit, sans uti-
lité et sans intérêt. E. M.
SalTioni (G.). - Il pianto délie Marie in antico volgare marchigiano
(Rendic. délia R. Accad. dei Lincei, vol. VIII, Roma 1900)[32 p.].
Le ms. n^ 42 de la bibliotèque universitaire de Pavie contient une
Lauda en langue vulgaire, qui paraît remonter au commencement du
XIV* siècle. L'auteur montre d'abord par difiërents faits précis que
le dialecte de ce poème appartient à la région des Marches & plus
exactement de Macerata. Puis il étudie avec un grand soin la foné-
tique & la morfologie, le mètre & la rime de cette œuvre poétique, en
donne le texte & le fait suivre de notes filologiques& d'un glossaire.
M. G
Salvioni(G). — Etimologie, Tovino, Lœscher i^i (Extrait
des Mélanges Ascoli).
L'auteur bien connu des Postille ital, al vocab, lal^-romanzo étu-
die de nouveau ici au point de vue étimologique vingt-cinq mots ou
groupes de mots. La 3« édition du dictionnaire de Kôrting, qui, nous
l'espérons, ne se fera pas aussi longtemps attendre que la seconde, i
pourra faire de nombreux emprunts. Nous signalerons parmi les plus
intéres:iants les articles cascina^ desuglià^ scàrla.
M. G.
SaWioni (*'.).— Dell' antico di;iletto Pavese. Estratto dal Botl. d. Soc.
Pavese di iStoria Patria, Pavia, 1902 [03 p.J.
M. Salvioni étudie trois textes des XIV« Se XV* siècles. Après
avoT établi avec précision quels sont les principaux caractères dis-
tinctifs du iialecte de Pavie, il montre nettement que ces textes lui
appartiennent & sont par conséquent propres à nous éclairer sur son
état à cette époque. 11 résume cet état sous forme de notes fonétipe^
5^8 BIBLIOGRAPHIE
& morfologiques. Puis il nous donne par ordre alfabétiqne le vocabu-
laire de ces textes & termine par divers morceaux choisis écrits dans
Tancienne langue de Pavie. M. G.
Marins Sêpet. — Le drame reli/ieux au moyen âge (Dans la collection
Science et Religion). Paris, Bloud, 1903, p. in-16, 0 fr. 60.
Nous avons rendu compte ici même du gros volume de M. Sepet *•
Origines catholiques du théâtre moderne. Aussi nous abstiendrions-
nous de signaler la petite brochure de 64 pages que publie le même
auteur, si elle n'était qu'un résumé de son ouvrage précédent. Mais,
tout en étant beaucoup plus succincte, cette nouvelle étude est plus
complète, puisque, au lieu d'être un recueil d'articles, elle constitue
une exposition suivie, où se trouve même un chapitre sur le drame
religieux hors de France. Elle est aussi plus au courant des récents
travaux, puisqu'elle cite jusqu'à un mémoire académique paru à Cia-
covie en avril 1902. On lira donc avec profit cette exquisse intéies-
sante et bien informée, dont l'auteur — on le sait — est on ne peut
plus familier avec le sujet qu'il traite.
Eugène RiGAL.
Dreyfai-Britac (E.) — Les classiques imitateurs de Ronsard,
in-12 de 190 pages, Paris, Calmann Lévy, 1902.
M. Dreyfus-Brisac soutient que la chute de Ronsard fut moins pro-
fonde que ne l'a dit Roileau et que « l'orgueilleux poète » eut encore
au XVII* siècle des lecteurs, des admirateurs et même des copistes.
Cette thèse me parait extrêmement vraisemblable et il y a. je crois,
tout un livre à faire sur ce qu'on pourrait appeler U queue de Ron-
sard. Celui qui l'entreprendra trouvera des indications utiles dans le
volume de M. Dreyfus- Brisac, mais en très petit nombre. Presque
aucun des rapprochements qui y sont fuits entre Ronsard et nos clas-
siques n'a d'intérêt. Entre les textes confrontés la ressemblance est
le plus souvent insignifiante, ou elle s'explique autrement que par
l'imitation. Il est probable, d'aileurs, que les imitateurs de Ronsard
au XV11« siècle ont été, non pas Corneille, ni Racine, mais des écri-
vains de second ou de troisième ordre. Si le vers de nos tragiques
sonne quelquefois comme celui de Ronsard, c'est qu'ils ont beaucoup
lu Robert Garnier, qui fait ainsi l'anneau entre Ronsard et eux,
comme Régnier le fait entre Ronsard et Boileau. Les arguments de
M. Dreyfus -Brisac sont donc très fragiles, mais son livre pose un
problème intéressant.
Joseph Vianet
BIBLIOGRAPHIE 539
Mélanges lingnittiqaet offerts à M. Antoine Mbillbt par ses élèves
D. Barbblbnbt, g. Dottin. R. Oauthiot, M. Orammont, A. Larondb,
M. NiBDKRMANN, J. Vbndryès, Evec un avant propos par P. Boybr,
Paris, Klincktieek, 1902 [VI1M34 p.].
S'il eat encore des gens qui pensent que la France ne possède pas
de linguistes, la lecture de cet ouvrage les fera cei taineraent changer
d'opinion. Ils verront en effet qu'il i a une école française de lingui -
tiquej qui se distingue des autres par une métode qui lui est propre. Ce
qui frappe le plus dans ce recueil, c'est précisément de rencontrer d'un
bout à l*autre, sous les plumes diverses, la même métode & les mêmes
tendances. Que M. Dottin nous parle de la Déclinaison irlandaise^
M. Gauthiot du Degré zéro^ M. Grammont du Langage des enfants
on retrouve toujours la même métode dont M. Vendryès résume les
principes dans ses Réflexions sur les lois phonétiques. C'est pour
cette métode même que ces Mélanges méritent d'attirer l'attention
des romanistes. Elle consiste particulièrement dans la recherche des
lois générales & des causes des fénomènes linguistiques : le reste
n*est pas à proprement parler objet de science. Elle a déjà montré à
plusieurs reprises depuis 1895 qu'elle est féconde, mais elle n'est
encore qu'à ses débuts & reste pleine de promesses.
M. G.
SaUioui (C). — La divina commedia, TOrlando furioso e la Gerusa-
lemme liberata nelle versioni e nei travestimenti dialettali a stampa,
Saggiuolobibliografico(NozzEMAoaiNi-SALViONi) 1 aprile 1902, 125 exem-
plaires numérotés & non mis dans le commerce, in 8', 44 p.
L'auteur utilise les notes bibliografiques déjà parues sur ces trois
poèmes, pour les compléter & les rectifier au besoin. Il ressort de ce
travail, utile à divers titres, quelques remarques générales à la fois
curieuses & intéressantes : VOrlando commence a être traduit dès le
milieu du XVI« siècle tandis que la Gerusalemme doit attendre
presque un siècle de plus & la Cotnmedia jusqu'au commencement
du XIX* siècle, époque à laquelle on ne traduit plus l'Arioste &
presque plus le Tasse. D'autre part c'est la Gerusalemnt'i qui a été
le plus fréquemment traduite, parce qu'elle était davantage à la por-
tée du peuple et qu'elle était moins étendue que la Commedia & sur-
tout que VOrlando,
M. G.
Santangelo. — Studio suUa poesia goliardica. Un vol. in-12, 92 pp.
Palerme. Reber 1902.
Ce mémoire, d'une lecture difficile, dénué de tout index et de la
plus simple table des matières, paraît bien documenté et bien conduit.
54 0 BIBLIOGRAPHIE
L'auteur fixe au XIII* siècle (concile de Sens 1239) rapparition dea
goliards « tiutahnos et alios vagos scholares aut goliardos. » 2? Les
Goliarda ne sont pas des m Scholares vagantes ». 3° Ce sont des jon-
gleurs, des bouffons; ils ne sont pas poètes, ni auteurs des poésies
Goliardiques. 4» Golias, dont Giraud de Cambrai a écrit la notice
dans son Spéculum Ecclesiae, vers 1220, est un être imaginaire. 5«
L'étjmologie de Goliard est Gula, guliardus. 6" La poésie Goliardi-
que, tantôt satirique, tantôt amoureuse, tantôt bachique, n'est pas
*'œuvre d'une classe spéciale d'auteurs, n'est pas en opposition avec
l'esprit du temps qui la vit naître et prospérer ; elle est l'œuvre des
gens d'église, étudiants, moines, prêtres. 7* On peut préciser, d'après
les règles de l'accentuation latine en France, règles qui apparaissent
dans la versification rhytmique latine du moyen âge, quelles sont les
poésies originaires de France ; il est peut-être moins absurde que
cela a paru à Pio Rajna, de dériver l'origine du décasyllabe français
du trimètre daclylique hypercatalectique. 8" 11 y a des poésies Go-
liardiques d'origine italienne, — dans des manuscrits de la Marciana,
de la Casanatense, de la Riccardiana, dans TAntiphonarium de Pie
tro de'Medici, dans le cod. Fitalia de Palerme, etc. Il n'y a pas de
conclusion générale. Peut-être tous les raisonnements de l'auteur,
volontiers sévère et cassant pour ses devanciers , ne sont-ils pas
aussi rigoureux et aussi convaincants quMl le croit : mais son travail
apporte un certain nombre de vues nouvelles, souvent originales,
dont il faudra, nécessairement, tenir compte dans les études ultéiieures
sur cette question d'histoire littéraire et sociale.
L.-G. P.
Bolton King et Thomas Okey. — L*Italia d'oggi. Trarluzione dairinglese
[par Benedetto Croce]. Un vol. in-12"» XVIII-497. Biblioteca di cul-
tura moderna. Gius. Laterza e figli. Bari 1902.
Ce livre est un indispensable complément à l'Histoire de l'Unité
italienne de Bolton King, dont une traduction française a paru déjà,
et ce sera un utile manuel d^histoire contemporaine, qui manquait
encore. C'est en effet ordinairement en 1870 à la fondation du
royaume d'Italie que s'arrêtent les historiens, mais en 1870, « l'Italia
è fatta, ma non è compiuta », et les règnes de Victor Emmanuel II
(1870-1878). et de Humbert le Continuateur (1878-190C) sont désor-
mais des périodes historiques. On avait beaucoup de récits de
voyages et de recueils d'impressions de reporters, les uns spécialistes
comme Léon Say ou Rostand père, ou pessimistes comme Gallenga et
Merlino, les autres spirituels et malveillants comme Bazin, Narjoux,
E. Tissot, d'autres simplement niais ; on avait quelques pages d'une
CHRONIQUE 541
haute portée sociologique dans la Rome de Zola ; il n*ezistait pas un
tableau d'ensemble de ces trente années de développement politique
et social, et il faut remercier B. King et T. Okey de l'avoir esquissé,
sinon rempli. S'il n'est pas sans lacunes, on y trouvera, du moins,
sans paradoxes, des renseignements sur tous les aspects de la vie
nationale italienne, contemporaine et politique : groupes constitution-
nels, parti catholique, masses socialistes; les fatti di Maggio 1898,
et leurs conséquences, l'antagonisme entre le Nord et le Midi, la
camorra et la maffia; économie sociale et institutions ; situation des
ouvriers agricoles, des classes rurales, progrès des conLadini ; les
idées coopératives et leurs applications ; les relations entre l'Etat et
IKglisc, etc. Enfin deux chapitres spéciaux sont relatifs à la diplo-
matie franco-italienne et à la » Più grande Italia » qui se consti-
tuera plus aisément dans le Sud- Amérique, qu'en Erythrée ou qu'en
Extrême-Orient — Il est vraiment fâcheux que les auteurs n'aient
pas écrit quelques pages sur le mouvement littéraire et artistique qui
est bien aussi intéressant que les progrès financiers ou agricoles, et
qui aurait pu ici nous retenir plus longtemps. A signaler une
bibliographie choisie de livres à consulter sur l'Italie de 1870 à
1900. — En somme ce volume est un début do bon augure pour la
Bihlioteca di cultura moderna.
L.-G. P.
CHRONIQUE
Mistral à V Utiiversitéde Yole. — « L'Université de Yale, à New-Haven ,
est la plus ancienne de ce pays; elle est très importante, et les pro-
fesseurs en sont connus dans le monde de la science. J'ai rencontré
parmi ces maîtres le professeur des langues romanes (en anglais
professor of Romance Flilology)^ M. Henry Roseman Lang. 11 me
connaissait de nom , et il s'est mis tout de suite à me parler
de la langue provençale et surtout de la langue moderne.
Il s'y intéresse énormément et trouve que l'enseignement du pro-
vençal est d'une grande utilité pour l'étude des langues. Il connaît
parfaitement toutes vos œuvres et s'en sert pour ses cours.
11 fait traduire Nerto, MirHo et Calendau aux jeunes gens qui
fréquentent ses conférences. 11 trouve Nerto surtout très bon à
542 CHRONIQUE
donner à traduire. Il ne connaît pas encore le « Poème du Rhône »,
mais il apprécie beaucoup le Trésor dôu Felihrige. La bibliothèque
de Yale le possède et M. Lang en a lui-même un exemplaire.
Je viens de recevoir Lou Pichoi Trésor, du Père Xavier, et je vais
en parler à Téminent romaniste qui le mettra aux mains de ses
élèves. Pour vous bien rendre compte de ce succès felibréen, si loin
de la Provence, dans ce pays qu*en France on qualifie souvent de
K sauvage », j*aime à vous répéter que l'institut de Yale est une
grande université qui vient de célébrer 8on deuxième centenaire. Et à
cette occasion les anciens étudiants ont offert tous ensemble deux
millions de dollars à leur aima mater et l'on construit avec ce cadeau
des bâtiments magnifiques pour fouder de nouveaux cours.
Vous voyez donc que la Coumlesso est fêtée ici « coume se dèu ».
(Extrait d'une lettre de Mme C.-A. Janvier à Mistral, du 15 mai 19(12,
communiquée par M. Ghassary.)
Nous sommes priés de rappeler aux membres de renseignement
primaire qu'une des bourses de séjour à l'étranger destinées à
l'enseignement primaire est réservée à la langue italienne. Les can-
didats peuvent s'adresser, pour tous renseignements, à M. Dejob,
professeur à la Sorbonne (80, rue Ménilmontant, Paris).
Le Gérant responsable: P. Hamblin.
TABLE DES MATIÈRES
TOME XLV
ARTICLRS DB FOND
Pages.
Anqladk. — Latin Gurgus, formes féminines et masculines en
provençal 276
Bbrtom. — Noterelle provenzali, I et II 348
Ch%banbau. — Une nouvelle édition du roman de Flamenca. . . 1
(vOULKT (J.). — La nouvelle provençale du Papagai 289
Sarrieu. — Le parler de Bagnères-de-Luchon. 1. Phonétique. 385
Troubat. — La danse des Treilles. 97
Vidal. — Les cartulaires d'Albi 447
TEXTES ET DOCUMENTS
BiPKUN. — Le nouveau testament en haut engadinois, édit.
Ulrich (suite) 357
Castkts. — I dodicicanti. Epopée romanesque du XVI* siàcle.
Chants XI et Xll. («uite) 65,152
Jranrot. — Refrains inédits du Xlll* siècle 193
PÉLissiRR. — Pièces justificatives du texte de Gohory. IV. Re-
lations de Maximilien I et de Ludovic Sforza. (suite) 72, 470
Rbstori — Recettes de fauconnerie et éléments de médecine.. 337
Stkngbl. — Le chansonnier de Bernart Amoros. (fin) 44, 120, 211
Thbrond. — Dau pioch de Sant-Loup aupioch de Sant-Clar,, . 488
variétés
Angladr. — La Société des Langues romanes k Bonn 86
XXX. - Les noces d'argent de Mistral et TAllemagne. 174
BIBLIOGRAPHIE
Almêras (d*). — Avant la gloire (Rigal) 520
AscoLi. — La sibilante tra vocali nel toscano (Grammont).. . . 335
Barbikra. — La principessa, Belgiojoso (Pélissier) 522
Bartoli. — Ueber eine studienreise zur erforschung des altro-
manischen Dalmatiens (Qrammont) 92
Bernardin. — La comédie italienne en France, et les théâtres
de la Foire et du Boulevard (Eug. Rigal). 332
54 4 Table des matières
BoDRCiBz. — Les mots espagnols comparés aux mots gascons
(Anglade) 286
DiDKROT. — Paradoxe sur le comédien, édit Dupuy (E. Rigvl).. . 278
DuPUY. — La jeunesse de Victor Hugo (Rioal) 520
DuRRiBUX. — Dictionnaire étymologique de la langue gasconne
(Grammont) 181
Faouet. — La politique comparée de Montesquieu, Voltaire et
Rousseau (Rigal) 381
F.RMBRY. — Traductions allemandes de poèmes français au
moyen âge (Grammont) 281
Girard. — Les cahiers d'un bibliophile. Théâtre de Tristan
l'Hermite (Rigal) 516
Glachant. — André Chénier critique et critiqué (K. Rigal). . . 280
— Essai critique sur le théâtre de Victor Hugo (E. Uigal). 510
Grkgorio (G. dk). — Etimologie (Grammont) 499
— Studi glottologici italiani (Grammoxt) 501
Jeanroy. — Règle des chanoinesses augustines (Coulkt) 378
JoANMDÈs. — La comédie française de 1680 à 1800 (Rigal). . . 513
Kempb. — Die ortsnainen des Philomena (Coulet) 382
Laurent et Hartmann. — Vocabulaire étymologique de la lan-
gue grecque et de la langue latine (Grammont) 182
Lemaître — Quatre discours (Rigal) 332
M ACÉ. — Essai sur Suétone (T.) 184
Marohot. — Petite phonétique du français prélittéraire (Gram-
mont) 91
MRYBR-LliBKE. — Einfûhrung in das studium der romanischen
sprachwissenschaft (Grammont) - ... 90
MoTT (Levis F.). — The provençal lyrik (Angladk) 283
Orbans. — Die Leygues'chen reform der fi anzosischen syntax
(Grammont) 283
Regnaud. — Le français quenouille (Grammont) 501
Eomania, 1901 , 1902 (Constans) 176, 524
Vendryès. — L'intensité initiale en latin (Grammont) 3*i3
Zeitschrift fiir romanische philologie ( Anglade) 530
Livres annoncés sommairement; Baist, p. 3S1 ; Levi, p. 185;
Onoranzr à AscoLi, p. 335 ; Thomas, p. 185 ; Vabrb, p. 185. —
Un nouveau dictionnaire de la langue catalane, p. 536 ; Sal-
vioNi. pp. 5iS7, 539 ; Marins Sepet, p. 539 ; Dretfus-Brisag,
p. 538. Mélanges linguistiques offerts à Meillet, p. 539: San-
tangelo, p. 539. BoLTON KiNG, p. 540.
Chronique. 93, 186, 336, 498, 542
Erratum 288
Table des matibres 543
/